Dictionnaire philosophique/La Raison par alphabet - 6e ed. - Cramer (1769)/Crédo

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Cramer (Tome 1p. 222-226).
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CRÉDO.[modifier]

Je récite mon Pater & mon Crédo tous les matins, je ne ressemble point à Broussin dont Réminiac disait :

Broussin, dès l’âge le plus tendre,
Posséda la sauce Robert,
Sans que son précepteur lui pût jamais apprendre
Ni son crédo ni son pater.

Le Symbole ou la collation, vient du mot Symbolein, et l’Église Latine adopte ce mot comme elle a tout pris de l’Église Grecque. Les théologiens un peu instruits savent que ce symbole qu’on nomme des apôtres, n’est point du tout des apôtres.

On appelait symbole chez les Grecs, les paroles, les signes auxquels les initiés aux mystères de Cérès, de Cibèle, de Mithra se reconnaissaient[1] ; les chrétiens avec le tems eurent leur symbole. S’il avait existé du tems des apôtres, il est à croire que Saint Luc en aurait parlé.

On attribue à St. Augustin une histoire du symbole dans son sermon 115. on lui fait dire dans ce sermon que Pierre avait commencé le symbole en disant, Je crois en Dieu père tout-puissant ; Jean ajouta, créateur du ciel & de la terre ; Jaques ajouta, Je crois en Jésus-Christ son fils unique notre Seigneur ; & ainsi du reste. On a retranché cette fable dans la dernière édition d’Augustin. Je m’en rapporte aux révérends pères Bénédictins, pour savoir au juste s’il fallait retrancher ou non ce petit morceau qui est curieux.

Le fait est que personne n’entendit parler de ce Crédo pendant plus de quatre cents années. Le peuple dit que Paris n’a pas été bâti en un jour, le peuple a souvent raison dans ses proverbes. Les apôtres eurent notre symbole dans le cœur, mais ils ne le mirent point par écrit. On en forma un du tems de St. Irénée, qui ne ressemble point à celui que nous récitons. Notre symbole tel qu’il est aujourd’hui est constamment du cinquième siècle. Il est postérieur à celui de Nicée. L’article qui dit que Jésus descendit aux enfers, celui qui parle de la communion des saints, ne se trouvent dans aucun des symboles qui précédèrent le nôtre. Et en effet, ni les Évangiles, ni les Actes des apôtres ne disent que Jésus descendit dans l’enfer. Mais c’était une opinion établie dès le troisième siècle que Jésus était descendu dans l’Hadès, dans le Tartare, mots que nous traduisons par celui d’enfer. L’enfer en ce sens n’est pas le mot hébreu Scheol, qui veut dire le souterrain, la fosse. Et c’est pourquoi St. Athanase nous apprit depuis comment notre Sauveur était descendu dans les enfers. Son humanité, dit-il, ne fut ni tout entière dans le sépulcre, ni tout entière dans l’enfer. Elle fut dans le sépulcre selon la chair, & dans l’enfer selon l’ame.

St. Thomas assure que les saints qui ressuscitèrent à la mort de Jésus-Christ, moururent de nouveau pour ressusciter ensuite avec lui ; c’est le sentiment le plus suivi. Toutes ces opinions sont absolument étrangères à la morale ; il faut être homme de bien soit que les saints soient ressuscités deux fois, soit que Dieu ne les ait ressuscités qu’une. Notre symbole a été fait tard, je l’avoue, mais la vertu est de toute éternité.

S’il est permis de citer des modernes dans une matière si grave, je rapporterai ici le Credo de l’abbé de St. Pierre, tel qu’il est écrit de sa main dans son livre sur la pureté de la religion, lequel n’a point été imprimé, & que j’ai copié fidèlement.

« Je crois en un seul Dieu & je l’aime. Je crois qu’il illumine toute ame venant au monde ainsi que le dit Saint Jean. J’entends par là toute ame qui le cherche de bonne foi.

« Je crois en un seul Dieu, parce qu’il ne peut y avoir qu’une seule ame du grand tout ; un seul être vivifiant ; un formateur unique.

« Je crois en Dieu le père puissant, parce qu’il est père commun de la nature, de tous les hommes qui sont également ses enfans. Je crois que celui qui les fait tous naître également, qui arrangea les ressorts de notre vie de la même manière, leur a donné les mêmes principes de morale, aperçue par eux dès qu’ils réfléchissent, n’a mis aucune différence entre ses enfans que celle du crime & de la vertu.

« Je crois que le Chinois juste & bienfaisant est plus précieux devant lui qu’un docteur pointilleux & arrogant.

« Je crois que Dieu étant notre père commun, nous sommes tenus de regarder tous les hommes comme nos frères.

« Je crois que le persécuteur est abominable, & qu’il marche immédiatement après l’empoisonneur & le parricide.

« Je crois que les disputes théologiques sont à la fois la farce la plus ridicule & le fléau le plus affreux de la terre, immédiatement après la guerre, la peste, la famine & la vérole.

« Je crois que les ecclésiastiques doivent être payés, & bien payés, comme serviteurs du public, précepteurs de morale, teneurs des registres des enfans & des morts ; mais qu’on ne doit leur donner ni les richesses des fermiers généraux, ni le rang des princes, parce que l’un & l’autre corrompent l’ame, & que rien n’est plus révoltant que de voir des hommes si riches & si fiers, faire prêcher l’humilité, & l’amour de la pauvreté par des gens qui n’ont que cent écus de gages.

« Je crois que tous les prêtres qui desservent une paroisse doivent être mariés, non seulement pour avoir une femme honnête qui prenne soin de leur ménage, mais pour être meilleurs citoyens, donner de bons sujets à l’État, & pour avoir beaucoup d’enfans bien élevés.

« Je crois qu’il faut absolument extirper les moines, que c’est rendre un très grand service à la patrie & à eux-mêmes. Ce sont des hommes que Circé a changés en pourceaux, le sage Ulysse doit leur rendre la forme humaine. »

Paradis aux bienfaisants !


  1. Arnobe liv. 5. Simbola quæ rogata sacrorum &c. Voyez aussi Clément d’Alexandrie dans son sermon protreptique, ou cohortatio ad gentes.