Dictionnaire topographique, historique et statistique de la Sarthe/BAILLEUL

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BAILLEUL (le), Balliolum. Le mot bailleul, en celtique, veut dire tuteur ; on ne voit pas que cette étymologie puisse convenir à un nom de lieu : il n’est guère plus facile d’en trouver une satisfaisante pour ce nom, en la cherchant dans le latin. — Commune du canton et à 7 kilom. 8 hectom. S. O. de Malicorne ; à 9 k. 8 h. N. N. O. de la Flèche ; à 38. k. 5 h. S. O. du Mans. Anciennement de l’archi-prêtré et de l’élection de la Flèche ; du diocèse d’Angers et de la province d’Anjou. — Distances légales, 8, 12 et 44 kilom.

descript. Bornée au N. O. et au N. par Parcé ; au N. E. par Arthezé ; à l’E. par Villaine-sous-Malicorne ; au S. E. et au S. par Cromières ; au S. O. et à l’O. par la Chapelle-d’Aligné et Louaille ; sa forme est oblongue, du N. N. O. au S. S. E., avec un appendice à l’E., presque de la même forme et dans la même direction. Son diamètre central, du N. au S., est de 13 k. 2 h. ; celui de l’E. à l’O, de 15 k. 5 h. Plus petit diamètre, du N. au S., vers l’extrémité E., en passant dans le bourg, 5 k. 8 h. — Le bourg ayant une assez grande apparence d’ancienneté, situé à l’E. S. E., à 1 k. seulement de l’extrémité S. la plus rapprochée, se trouve éloigné de 9 k. environ de celles O. et N. O. Il se compose de deux rues principales, formant les deux côtés d’un triangle, dont la pointe vient aboutir à l’église. L’une de ces rues se dirige au S. E., et l’autre, assez large pour former comme une place, se dirige au N. — L’église, la plus curieuse que nous ayons encore décrite, annonce une construction du 11e siècle, ou du genre roman secondaire. Porte occidentale extrêmement remarquable, à plein-cintre, ayant son archivolte chargée de six rangs de cultures. — Au premier rang inférieur doubles demi-cercles avec un bouton au milieu ; le second détruit et indéterminable ; le troisième en zigzags arrondis ; le quatrième fruste comme le second ; le cinquième autres zigzags arrondis, plus gros que ceux du troisième ; enfin, le sixième ou rang supérieur, parait être un composé d’étoiles. Quatre colonnes engagées, de chaque côté de cette entrée, supportent l’archivolte : les chapitaux en sont indéterminables, mais je penche à croire qu’on y voyait des figures d’oiseaux. Le carré de ces chapiteaux est orné de dessins croisés en anses-de-panier. Un pilastre carré, placé de chaque côté extérieur des colonnes, termine cette décoration. Au-dessus de cette porte et au-dessous d’une croisée qui la surmonte, on voit une corniche dont les modillons sont des têtes d’hommes, grotesques et grimaçantes, et d’animaux tels que crapauds, lézards, etc. — Le clocher en flèche est placé sur un énorme tour carrée, sans corniche, à toit saillant en dehors de la tour ; à contre-forts plats et appliqués. — Cimetière situé à l’extrémité S. E. du bourg, entouré de haies et de murs, ayant une chapelle dédiée à S.te Anne, surmontée d’un petit clocheton, laquelle sert encore au culte : on y va en procession tous les mois.

populat. Portée jadis à 194 feux, on en compte 220 aujourd’hui, lesquels se composent de 401 indiv. mâl. et 600 fem. ; total, 1001, dont 228 dans le bourg.

Mouv. décenn. De 1793 à 1802, inclusiv. : mar., 73 ; naiss. 276 ; déc., 246 — De 1803 à 1812 : mar., 70 ; naiss., 251 ; déc. 264. — De 1813 à 1822 : mar., 93 ; naiss., 315 ; déc. 212.

hist. eccl. L’église du Bailleul est sous le patronage de S. Pierre ; une forte assemblée a lieu le dimanche le plus prochain du 29 juin. — La cure était à la présentation du chapitre de S. Pierre d’Angers. Le curé et le procureur de fabrique présentaient à la chapelle S.te Anne, du cimetière, à celles de S. Nicolas, de S. Julien et de la Turpinière ; le curé seul à celle de S. Blaise, alias Briouse de Montsoreau ; et le seigneur du lieu, à celle de S.te Marie-Magdelaine de la Philippière. — Montsoreau, situé au N. du bourg, sur la route de Parcé, était un bénéfice de l’ordre de Malte.

hist. feod. La seigneurie de paroisse était une châtellenie dépendante de la sirerie de Pescheseul, aux seigneurs de Champagne, tenue à foi et hommage lige de la baronnie de Durtal et de Mathefêlon : les bois et landes du Bailleul en dépendaient également. Cette châtellenie était attachée au lieu où est actuellement la ferme du Pié-du-Fou. — La terre de Malleville, autre fief qui, de la famille le Loyer, passa dans celle de la Barberie. Suivant un aveu du 26 février 1673, fait à Jeanne de Schomberg, veuve de messire Boger du Plessis, duc de Laroche-Guyon, seigneur de Liancourt, etc., fille de messire de Schomberg maréchal de France, comtesse de Durtal, terre dont elle avait hérité de son mari, les fiefs de Malleville et de Maumusson, relevaient du comté de Durtal. Ils appartenaient alors à Jacques le Loyer, seigneur de Malleville, ingénieur géographe du roi, demeurant à la Flèche (V. la Biographie), et à ses cohéritiers. — Henri, capitaine de vaisseau, fils d’Henri de la Barberie, écuyer, fut tué dans un combat naval ; et Alexis, un autre de ses fils, ingénieur, le fut en montant une batterie de canons au siège de Charleroi. Ambroise, fils d’Ambroise de la Barberie, vendit la terre de Malleville, vers 1777.

hist. civ. Le Bailleul ressortissait, pour partie, à la sénéchaussée de Baugé. (Cout. d’Anjou). — René Chopin, célèbre jurisconsulte du 16.e siècle, auteur de plusieurs ouvrages de jurisprudence, naquit à la ferme de Chaton, dans la paroisse du Bailleul. V. la Biographie. — Paul Sorin, fils d’Etienne Sorin, sieur de la Chinardaye, avocat au parlement de Paris et premier fiscal de Sablé en 1677, était également né au Bailleul. — On prétend que le Bailleul était autrefois une ville assez considérable, et que deux incendies l’ont réduite à son état actuel de bourg. On montre encore, dans la rue du S. E., des bâtimens qu’on dit avoir été ceux d’un ancien collège très-fréquenté. — Le curé Touchais, mort il y a deux ans, à l’âge de 88 ans 1/2, a fait don, par testament y d’une somme de 1200 fr., aux pauvres de la commune.

antiq. Il est probable que le lieu appelé la Cour-du-Bois, situé au N. N. E. du clocher, et, en effet, à l’entrée des bois, était le lieu de la juridiction seigneuriale dont ce genre de propriété était l’objet ; comme celui de la Cour-des-Deffais, qu’on trouve ailleurs, l’était de la même juridiction en matière de pêche. Je tire cette induction de la multiplicité des lieux actuels d’habitation portant ce nom.

hydrog. La petite rivière d’Argance (v. ce mot), arrose la commune de l’E. au S. S. O., et la limite au S. Le ruisseau de la Planche, qui part de la ferme de ce nom, et coule du N. O. au S., vient s’y jeter au-dessus du moulin du Bailleul ; un autre ruisseau, coule au N., et va se réunir à la Sarthe en Parcé. V. Montsoreau, ruisseau. — Etang de la Baronnière, de 60 ares environ ; étang Carreau, partie du Bailleul et partie de la Chapelle-d’Aligné, dont la bonde fait la séparation.

Moulins du Bailleul, de Louvet, (Cadastr.), ou de Touvoi, (Cassini) ; tous deux sur l’Argance, chacun à une roue et à blé.

geolog. Sol généralement plat, excepté vers le S. de la commune, où un coteau venant de l’E. et se dirigeant au S. O. suit le cours de l’Argance, à quelque distance de sa rive droite. Passage des terrains secondaires aux tertiaires ou de transport, dont les roches, de calcaire grossier, sont recouvertes d’une couche argileuse à l’E. et à l’O. ; argilo-sablonneuse au S. ; et entièrement sablono-quartzeuse et graveleuse au centre, et surtout au N. et au N. O.

hist. natur. Minéral. Calcaire à bâtir et à chaux, en extraction dans trois carrières, au N. et au N. O. ; calcaire coquillier formant le coteau S., et contenant les fossiles indiqués à l’art. Arthezé ; sable quartzeux, recouvrant le gravier.

cadastr. Les descriptions données plus haut de la forme de la commune, le sont d’après le levé géométrique cadastral : le travail relatif aux contenances par nature de terrain et à leurs évaluations, n’étant pas encore terminé, ne pourra être donné qu’au supplément. — La surface de la commune, est, d’après le levé géométrique, de 4800 hectares, que l’on peut, provisoirement, diviser ainsi : Terres labour., 3640 hectares. — Vignes, 120. — jardins, 140. — Landes, 600. — Prairies, 73. — Bois-taillis, 97, — Etangs, 3. — Superf. des bâtim., 12. — Rout. et chem., 70. — riv. et ruiss., 37.

contrib. Foncier, 5167 fr, ; pers. et mobil., 476 fr. ; port. et fen., 204.fr. ; 19 patentés : dr. fix, 133 fr. ; dr. prop., 22 fr. : Total, 6,002 fr. — Perception de Cromières.

cultur. Terres à froment au levant et au couchant ; (v. plus haut géolog.) ; à seigle, et poussant bien en bois, au Nord ; froment et seigle en majeure partie ; orge, avoine, menus, sarrasin, moitié moins ; beaucoup de trèfle, très-peu de sainfoin ; pommes-de-terre, citrouilles, chanvre, un peu de lin d’hiver, vigne, arbres à fruits, noyers. Beaucoup d’élèves de bestiaux de toutes sortes, peu de moutons : engrais de porcs en quantité ; de quelques poulardes seulement. — 30 fermes, autant de closeries ; 40 charrues. Culture améliorée depuis l’emploi de la chaux, dont on fait un grand usage à défaut de marne.

comm. agric. Exportation du quart au tiers des céréales récoltées ; beaucoup de graine de trèfle ; chanvre et fil ; trop peu de vin pour l’exportation ; cidre et fruits cuits, noix. Jeunes bestiaux, porcs gras, poulardes en petit nombre ; menues denrées.

comm. industr. Trois ou quatre tisserands font quelques pièces de toile, dites communes, en 3/4 et de 30 aunes de long, de commande, pour l’usage des habitans. Extraction du calcaire ; 2 fours à chaux.

march. fréq. Malicorne, la Flèche, Sablé.

rout. et chem. La grande route de la Flèche à Sablé, en bon état, traverse la commune à l’O. ; l’ancienne route de la Flèche à Parcé, s’embranchant avec la précédente à Cromières, la traverse par le S. E. en passant dans le bourg ; le chemin dit de Charité, parce qu’il fut ouvert pour occuper les indigens, pendant la disette de 1817, passe du N. N. E. au N. O., pour aller joindre la première de ces routes. — Le Bailleul était un passage très-fréquenté autrefois, du Maine en Anjou, avant que la grande route actuelle fut confectionnée : l’ouverture du chemin de Charité, a porté un dernier coup très-nuisible à ce bourg.

habit. et lieux remarq. L’ancien fief de Malleville, ayant autrefois sa cage d’escalier en forme de tour, est une assez jolie maison moderne aujourd’hui, entourée de douves, appartenant à M. Archambaud, maire. La Grande-Maison, ancien château ; Montsoreau et la Cour-du-Bois, dont j’ai parlé, ainsi que Château-Bonnet, sont de simples fermes aujourd’hui ; la Philippière, où était une chapelle, est un hameau ; l’Anglottière, maison bourgeoise près le bourg, était aussi un fief autrefois.

etabliss. publ. Mairie, succursale, un instituteur primaire, avec une légère rétribution. Bureau de poste aux lettres à la Flèche.