Dictionnaire topographique, historique et statistique de la Sarthe/Précis historique/Avertissement

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AVERTISSEMENT



« Si à l’histoire physique et naturelle, on joignait l’histoire morale des hommes, la peinture fidèle de leurs mœurs, de leurs vertus, de leurs qualités, de leurs vices, on trouverait encore plus de variété dans le tableau, et en même tems plus d’instruction et d’agrément. Il n’est pas douteux que dans chaque ville, dans chaque village, dans chaque hameau, il n’y ait un ton particulier, un sentiment d’instinct, une façon, propre à l’endroit, et commune aux habitans , d’appercevoir les objets, de penser, de raisonner et d’agir. Des détails de cette espèce, s’ils étaient faits avec soin, seraient très-intéressans et très-lumineux, pour l’histoire du genre humain et d’un état particulier. » EXPILLY , Dict. Géogr., article montelimar.

Je dois, en commençant la publication du dictionnaire topographique, historique et statistique du département de la sarthe, rendre compte à mes lecteurs du plan que j’ai suivi dans sa rédaction, et des motifs qui m’ont dirigé dans l’adoption de certaines parties de ce plan. Quelques personnes, qui veulent bien s’intéresser à mon ouvrage, auraient préféré que j’eusse adopté la forme méthodique des statistiques. Plusieurs raisons s’y sont opposées : la première est que l’ancien dictionnaire du maine, de l’abbé Lepaige, existait ; que ce livre avait eu du succès, malgré les défauts qu’on pouvait lui reprocher ; que chaque jour on sentait l’utilité, le besoin d’un tel ouvrage, adapté aux connaissances et aux localités actuelles ; qu’il était convenable, par conséquent, d’essayer de le reproduire, pour le département de la Sarthe, en le perfectionnant. La seconde, qui a dû me faire persévérer dans l’adoption de ce plan, c’est que le judicieux M. Cauvin, ayant publié un Essai de statistique d’un des arrondissemens du département, qui doit être suivi de ceux des trois autres, il eût été ridicule de faire payer au public, ce qu’on lui donne gratuitement dans l’Annuaire.

Je ne suis pas le seul qui ait adopté la forme de Dictionnaire, pour ces sortes d’ouvrages ; forme plus convenable, il faut en convenir, pour l’usage ordinaire. Déjà M. Claude Dupin avait donné, en l'an II, un Dictionnaire des Deux-Sèvres, lorsqu’il était préfet à Niort ; et son exemple a été suivi pour des publications analogues, sur les départemens d’Indre-et-Loire et du Cantal.

Quant au perfectionnement apporté au cadre de Lepaige, c’est au public à en juger : pour cela il suffira, je le crois, de comparer l’ensemble des deux ouvrages, et les articles correspondans dans chacun.

Pour opérer ce perfectionnement, non-seulement je m’étais dit ce qu’avait écrit Expilly depuis long-tems, dans l’épigraphe qui précède ; mais de plus, j’étais convaincu de quelques autres vérités, développées dans l’Encyclopédie méthodique, et que je transcris ici : « La géographie historique est celle qui, en indiquant un pays ou une ville, en présente les différentes révolutions, annonce par quels princes ces lieux ont été successivement gouvernés ; parle du commerce qui s’y fait, de la religion qui y a été établie, de leurs lois, des monumens anciens et modernes, des mœurs, de la population, de la température du climat, des productions, des sièges que les villes ont soutenus ; elle indique les conciles qui s’y sont tenus, les grands hommes qu’elles ont produits , les lieux où se sont données les batailles fameuses ; la stature, la figure, la couleur et le caractère des habitans de tous les pays lui appartiennent ; elle fait connaître encore les animaux de toute espèce, soit qu’ils se retirent au fond des forêts, qu’ils s’élèvent dans les airs, ou qu’ils se cachent dans les eaux. » Masson de Morvilliers ; Disc. sur la Géographie.

Après avoir exposé les règles tracées par Masson et par Expilly, il me reste à faire connaître jusqu’à quel point j’ai suivi ces deux excellens guides.

Ainsi que je l’ai avancé dans mon prospectus, et comme l’avait dit avant moi le savant Ledru , on chercherait vainement ailleurs la plupart des documens historiques que Lepaige avait recueillis; mais on peut ajouter, sans crainte d’être démenti, qu’ils ne sont pas toujours, dans son ouvrage, rangés dans le meilleur ordre possible, pour l’utilité ou l’agrément du lecteur.

J’ai donc cru qu’un précis historique, qui présenterait l’histoire générale de la province du maine, pour les faits antérieurs à la révolution ; du département de la sarthe, pour ceux qui lui sont postérieurs, serait une introduction convenable au Dictionnaire, dans lequel les faits particuliers trouveraient leur place aux articles de détail. Ainsi, dans ce précis, auquel j’ai donné tous mes soins, afin qu’il fût aussi exact que complet, j’ai dû me tracer un plan que je me crois particulier, et qui consiste, non à imiter les résumés historiques, ce qui eût pu servir mes intérêts pécuniaires, en remplissant une double destination ; mais à faire une histoire, appliquée spécialement à l’ouvrage que j’entreprenais : en lisant ce précis, le lecteur se convaincra qu’il perdrait à être séparé de cet ouvrage, dont il est l’introduction.

Mais ce tableau lui-même, quelque complet qu’il puisse être, sous le rapport historique proprement dit, ne remplirait point le cadre que je me suis tracé, si je ne traitais les généralités relatives aux antiquités, au langage, aux mœurs et aux usages ; à la géologie, à l’histoire naturelle, à l’agriculture, à l’industrie, au commerce, etc., etc., objets qui auront chacun un article spécial, à la fin du précis.

A la suite de ce travail, je donnerai une notice bibliographique des ouvrages que j’ai dû consulter pour sa rédaction ; je la ferai suivre de la liste des personnes qui ont bien voulu me seconder dans mon entreprise, avec l’indication des secours que j’en ai reçus. J’ai préféré cette forme à celle suivie par Lepaige, et que j’avais d’abord annoncée, de placer ces citations à chaque article : j’ai besoin de réduire l’espace, mon plan étant vaste, mes matériaux nombreux, et la citation à chaque article des ouvrages consultés, entraînant de fréquentes répétitions.

Lepaige, ainsi que je l’ai dit ailleurs, s’était borné dans son dictionnaire aux seuls articles des villes et bourgs. J’ai dû adopter une autre marche, et je dois exposer quelles règles j’ai suivies, pour ne pas multiplier outre mesure le nombre des articles, qui est du double de ceux des communes du département.

Non-seulement j’ai dû en faire un pour chacune des petites contrées connues sous un nom particulier, comme belinois, fertois, saosnois, etc., articles d’ailleurs fort peu nombreux ; mais il m’a fallu, pour remplir mon cadre statistique, donner, par exemple, le mot sarthe, rivière ; et celui sarthe (Département de la). De même, les articles des chefs-lieux d’arrondissement doivent être compris sous les trois acceptions d’arrondissement, de canton et de commune ; les chefs-lieux de canton, sous deux, d’après une semblable distinction. Dans l’impossibilité de porter à l’ordre alphabétique tous nos innombrables cours d’eau, collines, étangs et marais, dont le nombre excéderait peut-être un millier, je me suis tracé des règles d’admission. Ainsi, je n’ai porté à cet ordre, pour en faire des articles séparés, que les ruisseaux ayant un cours de 5 kilomètres et au-dessus ; ce qui s’accorde à-peu-près, avec le nombre de ceux dont Cassini, sur sa carte, a écrit les noms. Pour les montagnes, j’ai pris une hauteur de 100 mètres et au-dessus ; pour les étangs et les marais 10 hectares. J’ai négligé les vallées, à l’exception du vau-du-loir : cet objet m’eût mené trop loin ; il eût offert des noms, qui n’auraient été que la répétition de ceux des cours d’eau, des collines déjà désignées, ou des autres lieux circonvoisins.

Cependant, j’ai dû enfreindre quelquefois les règles que je viens de tracer, à l’égard des objets pour lesquels un intérêt historique, ou autre, m’en a, pour ainsi dire, imposé l’obligation.

Au surplus, les objets qui ne forment pas d’articles particuliers, n’en sont pas moins décrits ou indiqués dans ceux des communes où ils sont situés, et pourront se présenter facilement aux recherches, au moyen d’une table alphabétique générale, qui sera placée à la fin du Dictionnaire.

Toutes les forêts du département, et les principaux massifs de bois, connus sous un nom spécial, auront des articles qui leur seront propres, excepté les bois dont le nom est le même que celui de la commune dans laquelle ils sont situés, et où ils seront indiqués.

J’ai adopté une marche analogue pour les châteaux. Je n’ai fait des articles spéciaux que pour ceux qui se recommandent par leur importance, leur beauté, ou un intérêt quelconque de construction, ou par les souvenirs historiques qu’ils peuvent rappeler.

Il me reste à exposer également les règles que j’ai suivies pour la description des communes.

Leurs noms, pour la plupart, ne sont plus ce qu’ils étaient autrefois ; dix siècles les ont étrangement défigurés, et dans la manière de les écrire, et dans celle de les prononcer : aussi en comparant les noms actuels avec ceux recueillis dans les vieilles annales, dans les cartulaires, dans les anciens titres, on trouve des changemens fort singuliers.

J’ai suivi, pour la manière d’écrire le premier de ces noms, la liste insérée dans l’Annuaire de la Sarthe, pour 1824. Il m’a semblé que cette liste, qui varie, quant à l’orthographe, presque tous les ans, était une de celles où ces noms étaient, de nos jours, le plus convenablement écrits. Mais, l’intérêt d’utilité ou de curiosité, exigeant l’admission des différens noms connus, j’ai dû, pour satisfaire à ce qu’exige la forme de Dictionnaire, et pour faciliter les recherches, porter à leur ordre alphabétique tous ces noms, excepté lorsque, dans la manière de les écrire, une lettre différente ne vient point séparer un nom d’un autre. Ainsi, par exemple, je ne fais pas deux articles de volnai et volnay, puisqu’il n’existe aucun autre mot entre ces deux modes d’écrire le même nom ; mais j’en fais deux de marçon et marson, parce qu’entre eux il s’en trouve plusieurs d’interposés.

J’ai compris, dans la nomenclature de ces noms, ceux qui furent imposés aux communes à l’époque de 1793, tout ridicules qu’ils fussent quelquefois. Non-seulement ils deviennent un objet de curiosité historique, mais il existe des actes, des écrits quelconques, où ces noms peuvent se rencontrer, et il peut être satisfaisant quelquefois, d’y retrouver leur concordance avec les noms anciens réhabilités.

On a fait disparaître le t, dans l’usage ordinaire, de plusieurs noms formés de la racine mont : j’ai cru devoir les restituer avec renvoi à la manière de les écrire actuellement, pour ceux de ces noms dans lesquels cette suppression a lieu.

Je n’ai point voulu établir les noms de lieux, dans l’ordre alphabétique, avec les articles le, la, les. Cette manière de les classer m’a paru fautive, en ce qu’elle fait confusion et rend les recherches difficiles. Cependant, j’ai cru devoir porter un seul article de chacune de ces trois espèces, avec renvoi, afin que le lecteur qui les chercherait ainsi, se trouvât prévenu qu’il doit supprimer l’article du nom qu’il désire trouver.

La suppression des prénoms saint et sainte, faite par Lepaige, offre quelque chose de dur et de disparate, qui m’a engagé à ranger tous les lieux qui les portent sous cette classification. Néanmoins, en cherchant le nom propre, sans le prénom, on le rencontrera également, avec renvoi.

On me reprochera peut-être d’avoir voulu donner les étymologies des noms des communes, et de quelques autres lieux. Je sais, comme ceux qui me feraient ce reproche, combien ces recherches sont difficiles et leurs résultats incertains. Cependant, ce genre d’étude ne m’a pas paru aussi inutile qu’on le prétend généralement. J’ajouterai que c’est au milieu des épines de mon travail, une des fleurs que j’ai eu le plus de plaisir à cueillir : qui serait assez sévère, pour vouloir m’en priver ? D’ailleurs, je ne force personne à croire ce que je n’avance, le plus souvent, que sous la forme du doute, de l’hésitation. Au surplus, je dois ajouter que ce que j’offre au public en ce genre, est le résultat d’études suivies, de recherches nombreuses, de longues réflexions ; que ces résultats ne sont point aussi hasardés qu’on le pourrait croire ; et que cet essai m’a convaincu que ce ne sont pas toujours les étymologies les plus extraordinaires, les plus ridicules même, en apparence, qui sont les moins certaines. Il faut se reporter aux tems où les différens noms de lieux leur ont été imposés, pour bien se pénétrer de cette vérité.

Les distances que je donne de chaque commune au chef-lieu de canton, d’arrondissement et de département, sont toujours prises géométriquement, ou à vol d’oiseau, d’un clocher à l’autre, et cela, d’après Cassini, le meilleur guide que l’on puisse encore suivre aujourd’hui. Celles que j’indique sous le titre de distances légales, sont extraites d’un tableau officiel, destiné à l’usage des tribunaux, pour les taxations judiciaires, arrêté le 20 septembre 1824, par le préfet de la Sarthe, et dressé en exécution du règlement du 18 juin 1811.

L’expression de bourg, que j’ai adoptée généralement, pour désigner le lieu où se trouve placés l’église et la plupart des établissemens publics, n’est pas, je le sais, conforme aux distinctions établies à cet égard dans le dictionnaire de l’Académie. Suivant lui on ne doit appeler ainsi qu’un lieu tenant le milieu entre les petites villes et les simples villages, dans lequel sont établis des foires et marchés. Mais on appelle bourg, dans l’Ouest de la France, tout ce qui n’a pas le titre de ville ; et l’on nomme village, dans quelques parties du département de la Sarthe, ce que dans d’autres parties, et partout ailleurs, on appelle hameau.

J’entre dans quelques détails descriptifs de la forme des monumens religieux, des châteaux et même des maisons remarquables par leur ancienneté : c’est surtout dans les premiers articles, que j’insiste sur ces détails, afin de bien caractériser ces monumens. La connaissance de l’architecture du moyen âge, est une science neuve, sur laquelle on ne possédait aucune règle certaine, avant que M. de Caumont, membre de la Société des Antiquaires de Normandie, avec lequel j’ai l’avantage d’être lié, eût publié un excellent traité sur cette matière si intéressante[1]. A l’aide de cet ouvrage on parvient à connaître, par les différens styles et les divers ornemens de cette architecture, l’époque à laquelle ces monumens ont été construits. Je donnerai quelques généralités à ce sujet, pour guider dans cette connaissance, à l’article antiquités du précis historique, et, dans la suite des articles du Dictionnaire, je me bornerai à de courtes indications, excepté pour les édifices bien remarquables de ce genre, qui méritent de fixer l’attention. Cet objet doit d’autant plus exciter l’intérêt, que, si ce n’est sur notre belle église cathédrale de Saint-Julien du Mans, aucun de nos savans manceaux n’a rien écrit qui fut relatif à ces sortes de constructions.

J’ai négligé sciemment de donner un article hameaux. Cette indication est fautive ; c’est un véritable double-emploi. Nos hameaux ne sont autre chose, pour la plupart, que l’agglomération sur un ou plusieurs points de la commune, des bâtimens d’un certain nombre de petites fermes, bordages ou closeries. Je n’ai signalé, dans les articles de communes, que les hameaux quelque peu considérables ; et je n’ai fait des articles placés à l’ordre alphabétique, que du petit nombre de ceux qui, par leur situation, peuvent être remarquables comme lieux de passage et de gîte, ou par quelqu’autre cause que ce soit.

Je dois dire, pour l’intelligence des lecteurs étrangers à la localité, que ce que l’on nomme ailleurs fête patronale, fête communale ou de village, corps-saint, dans quelque pays, s’appelle dans le nôtre assemblée : l’indication de ces fêtes qui, comme partout, attirent beaucoup de monde, et sont de petites foires assez souvent, se trouve à la division histoire ecclésiastique, de chaque lieu.

Relativement à l’histoire particulière de chaque localité, tout en exploitant la mine féconde offerte par Lepaige, dont j’ai guillemeté les articles quand je les ai copiés littéralement, je n’ai pas dû le faire aveuglément et sans critique. On trouvera des observations et des rectifications nombreuses sur ces articles, et j’ai tâché d’y ajouter tout ce que des recherches ultérieures ont pu me fournir à ce sujet.

Si l’histoire moderne de ces localités n’est point aussi complète que je l’aurais désiré, c’est la faute des habitans, des fonctionnaires publics surtout, qui, par une réserve mal entendue, n’ont point répondu à mon appel. Quant à la manière dont j’écris les détails des faits que j’ai pu me procurer, sur l’histoire de nos troubles civils, je doute que l’on puisse, avec quelque raison, me reprocher la moindre partialité, la moindre affectation d’esprit de parti. Je blâme l’exagération, les actes cruels surtout, dans chaque opinion ; je plains les victimes dans quelques rangs, de quelque côté qu’elles se trouvent : c’est un sentiment d’humanité qui m’inspire ces plaintes ; qui pourrait le condamner ? Au surplus, narrateur exact et impartial, historien fidèle, autant qu’il dépend de moi, j’évite les récriminations ; je suis ménager même de réflexions, quand je crois pouvoir m’en dispenser.

J’ai porté à l’histoire civile les établissemens d’instruction et de charité, les dotations qui leur sont affectées, etc. J’y indique également le nom des hommes remarquables nés dans le lieu, avec renvoi à la biographie, qui, comme je l’ai annoncé, formera un volume distinct, mais ne se vendra point séparément. C’est une faute de Lepaige d’avoir placé ces sortes de renseignemens dans des articles où ils sont comme perdus. On sait le nom d’un individu célèbre, mais on ignore le lieu de sa naissance ; alors il devient très-difficile de trouver son article. Il est bien préférable, je le crois, de réunir en un corps d’ouvrage ce genre de travail, et c’est à quoi j’ai cru devoir me décider. On peut voir, à cet égard, l’avertissement placé en tête de la Biographie.

Tous les objets que je décris à l’article antiquités, ont été vus, examinés, mesurés par moi : un grand nombre était inédit ; plusieurs même étaient inconnus. M’étant transporté moi-même, dans toutes les communes du département, afin de ne parler d’aucun lieu sans l’avoir vu, et de le faire sciemment, il n’est pas un seul genre de recherches dans lequel je n’aie fait quelques découvertes, soit en antiquités, soit en histoire naturelle, etc.

On trouvera dans mes articles hydrographie, beaucoup de cours d’eau qui jusqu’ici n’avaient pas été nommés, désignés quelquefois sous des noms différens de ceux établis dans un autre travail dont j’ai parlé. Il eût été à désirer, que dans l’un comme dans l’autre ouvrage, on eût adopté les dénominations portées sur les plans cadastraux. Pour ma part, cela ne m’a pas été possible, et je dois dire qu’ayant pris des renseignemens sur les lieux mêmes, j’ai rencontré tant de divergence dans les désignations, que, pour tous les noms pour lesquels je n’ai pu trouver les habitans d’accord, j’ai donné celui du lieu d’habitation le plus rapproché de chacun de ces cours d’eau. Au surplus, ceci ne s’applique qu’aux moins importans, le tems et l’usage ayant consacré les noms de la plupart de ceux portés à l’ordre alphabétique.

La géologie du département de la Sarthe n’est point encore suffisamment étudiée, pour qu’on puisse en offrir un tableau bien satisfaisant : l’époque où elle le sera ne peut tarder à arriver, par le zèle des naturalistes du pays et par l’établissement d’un cabinet minéralogique départemental. En attendant, j’essaierai, aidé des lumières et de la bienveillance des naturalistes dont je viens de parler, et de celles du savant M. Allou, ingénieur des mines du département, d’en tracer un apperçu général, ainsi que de l’histoire naturelle, à la suite de mon précis. Quant aux articles de détail, sur ces mêmes objets, en offrant sur chaque localité les particularités que j’ai pu réunir, je dois prévenir qu’on ne doit conclure autre chose, du silence en ce genre, à certains articles, que le défaut d’études de la localité.

J’aurais désiré donner le cadastrement en forme de tableau : mais, voulant y faire entrer les évaluations des terrains, la seule partie de ce travail, véritablement utile aux propriétaires ou fermiers, ce genre de composition typographique n’a pas été possible, à moins d’employer un caractère d’impression différent, ce qui était choquant à l’œil. J’ai pensé que la forme adoptée pour ces sortes d’articles ne nuirait en rien aux recherches qu’on y pourrait faire, et qu’en ce cas, l’utile, plus que l’agréable, méritait d’être préféré. Cette espèce de renseignemens devrait seule assurer le succès de mon livre.

J’ai suppléé au cadastrement, pour les communes où cette opération n’est pas exécutée , par un article intitulé division des terres ; mais je préviens qu’on ne doit regarder les indications que j’y donne, d’après d’anciennes statistiques ou sur des renseignemens pris dans les lieux, que comme des approximations auxquelles il ne faut donner que l’importance qu’elles méritent, puisque le cadastrement seul peut offrir à cet égard des renseignemens certains. Au surplus, je répète ici ce que j’ai dit dans mon prospectus, que je donnerais la suite des sultats cadastraux, en forme de supplément, à mesure que l’opération cadastrale s’effectuerait.

L’impôt de chaque commune est établi à l’article contributions, d’après la répartition pour 1828, excepté pour les patentes, pour lesquelles il a fallu se servir des rôles de 1827 : cet article, au surplus, n’éprouve de changemens, que quant au nombre, si variable, des patentés. J’ai indiqué ce nombre, par chaque commune, parce qu’il est plus propre que la quotité de l’impôt, à faire soupçonner le plus ou moins de commerce ou d’industrie du lieu. N’ayant établi que le principal de chaque contribution, comme il est d’usage dans ces sortes de renseignemens, si l’on veut connaître quel est l’impôt absolu ou total, de chaque commune, il faut ajouter 58 cent. 9/16.e par franc, d’accessoires sur le foncier ; 55 cent. 7/16.e sur le personnel et mobilier ; 24 cent. 13/16.e sur les portes et fenêtres ; enfin, 13 cent. 32/37.e sur les patentes, le tout environ, et pour 1828.

Plusieurs communes du département possédaient, avant la révolution, des mesures particulières, soit linéaires, soit agraires, soit de capacité, ce qui était un droit féodal affecté aux principaux fiefs : je donne à la suite de cet avertissement une table de comparaison ou de réduction de celles de ces mesures qui étaient générales à la contrée ; j’en donne également de comparaison des mesures décimales, itinéraires et agraires, dont j’ai fait usage dans mon ouvrage, et à côté desquelles il n’est pas possible de placer à chaque instant la comparaison en anciennes mesures, mieux connues du public, mais moins exactes, et que, dans des ouvrages de ce genre, on est forcé d’abandonner.

Voici le nom des lieux qui possédaient les anciennes mesures locales, dont je viens de parler, et dont on trouvera la comparaison en mesures décimales, aux articles de ces communes, division commerce agricole, ou commerce industriel.

Ces communes sont Avessé, boisseau et pinte ; Ballon, idem ; Beaumont, idem ; Belinois, idem ; Bonnétable, idem ; Brûlon, idem ; Château-du-Loir, busse, boisseau, pinte et aune; Conlie, boisseau et pinte ; Courgains, idem ; Ferté-Bernard (la), boisseau, pinte et aune ; Flèche (la), boisseau et pinte ; Fresnay, idem ; Loué, boisseau ; Lucé (le Grand-), boisseau et pinte ; Lude (le), idem; Mamers, idem ; Mans (le), boisseau, busse, velle, pinte et aune ; Montfort, boisseau et pinte ; Montmirail, boisseau, pinte et aune ; Mont-Regnault, boisseau ; Poillé, comme Avessé ; René, boisseau ; Sablé, boisseau, pinte et aune ; Saint-Calais, idem ; Saint-Côme, idem ; Saint-Maixent, boisseau et pinte ; Saosnois, aune ; Sillé-le-Guillaume, boisseau et pinte ; Suze (la), busse et boisseau ; Vallon, boisseau et pinte ; Vibraye, pinte seulement.

Dans un article habitations et lieux remarquables, je signale tout ce qui me paraît rappeler des noms anciens et historiques, des établissemens féodaux, militaires, religieux, de charité ; des usines, fabriques, etc. qui ont disparu. C’est une manière neuve, à ce qu’il m’a semblé, de scruter le passé, pour l’instruction du présent; de fixer l’attention de ceux qui, à l’avenir, seraient assez curieux, assez fortunés surtout, pour explorer notre territoire avec soin, faire des recherches, entreprendre des fouilles qui offriroient, j’en suis convaincu, de nombreux et intéressans résultats, si elles étaient exécutées avec intelligence, et que les résultats en fussent soigneusement notés.

Moi-même, si j’ose me citer, sur la seule indication du nom de camp, que porte une ferme, m’étant imaginé que ce nom ne pouvait lui avoir été imposé sans motif, j’ai découvert en effet dans ce lieu des briques romaines en abondance, produites par la démolition d’anciennes constructions, dans un endroit qui a dû être fortifié. Tous les jours, nous découvrons ainsi des vestiges, des débris d’antiquités, là où l’on n’en avait jamais soupçonnés ; des médailles romaines par milliers, où rien ne pouvait faire préjuger l’existence de pareils trésors. Que ne trouverait-on pas, dans nos nombreuses tombelles, par exemple, sous nos dolmens, aux pieds de nos peulvens, où il est si raisonnable de croire qu’il existe des objets propres à éclairer sur leur véritable destination ?

Je dois dire un mot des abréviations qui commencent chacune des divisions des articles de communes. Elles sont toutes faciles à deviner, et d’ailleurs, les mots abrégés se trouvent en entier aux articles, Aigné, Ailléres et Alonnes, où l’on peut recourir au besoin.

Je prie toutes les personnes qui ont bien voulu m’aider de leurs lumières, d’en recevoir ici mes sincères remercîmens. Elles trouveront, comme je le dis plus haut, leurs noms mentionnés avec reconnaissance, dans le catalogue que je donnerai des autorités sur lesquelles mon ouvrage est appuyé : en attendant, elles se contenteront, je n’en doute pas, de cette simple expression de ma gratitude, et de la satisfaction d’avoir contribué à l’érection d’un édifice véritablement utile et quelque peu intéressant.

  1. Essai sur l’architecture religieuse du moyen âge, etc. par M. de Caumont; I, vol. in-8,° avec des lithographies pour l’intelligence du texte ; Caën, 1824.