Discours d'ouverture au Ier congrès de l’Internationale Communiste

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Discours d'ouverture au Ier congrès de l'Internationale communiste



2 mars 1919


Le Comité central du Parti communiste de Russie m'a chargé d'inaugurer le premier Congrès communiste international. Tout d'abord je propose à tous les assistants d'observer une minute de silence à la mémoire de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg, ces meilleurs représentants de la IIIe Internationale. (Tous se lèvent.)

Camarades, notre Congrès et un grand événement historique d'une portée universelle. Il témoigne de la faillite de toutes les illusions de la démocratie bourgeoise. En effet, non seulement en Russie, mais aussi dans les pays capitalistes les plus évolués de l'Europe, comme par exemple en Allemagne, la guerre civile est devenue un fait acquis.

La bourgeoisie est affolée devant la montée du mouvement révolutionnaire du prolétariat. La raison en paraîtra claire si l'on songe que la marche des événements, après la guerre impérialiste, favorise inévitablement le mouvement révolutionnaire du prolétariat, et que la révolution mondiale internationale commence et grandit dans tous les pays.

Le peuple a conscience de la grandeur et de l'importance de la lutte qui s'engage à l'heure actuelle. Il faut seulement trouver la forme pratique qui permettrait au prolétariat de réaliser sa domination. Cette forme, c'est le système des Soviets avec la dictature du prolétariat ! La dictature du prolétariat ! Ces mots, jusqu'ici, c'était du latin pour les masses. Grâce au rayonnement du système des Soviets dans le monde, ce latin est traduit dans toutes les langues modernes ; la forme pratique de la dictature a été trouvée par les masses ouvrières. Elle est devenue compréhensible pour les grandes masses ouvrières grâce au pouvoir des Soviets en Russie, grâce aux spartakistes en Allemagne[1] et aux organisations analogues dans d'autres pays, comme, par exemple, les Shop Stewards Commitees en Grande-Bretagne[2]. Tout cela montre que la forme révolutionnaire de la dictature du prolétariat est trouvée, que le prolétariat est maintenant capable de mettre en pratique sa domination.

Camarades, je pense qu'après les événements de Russie, après la bataille de janvier en Allemagne, il est particulièrement important de noter que la forme moderne du mouvement prolétarien se fraie la voie et devient prépondérante aussi dans d'autres pays. C'est ainsi qu'aujourd'hui j'ai lu dans un journal antisocialiste une dépêche annonçant que le gouvernement britannique a reçu le Soviet des députés ouvriers de Birmingham et s'est déclaré prêt à reconnaître les Soviets comme des organisations économiques[3]. Le système soviétique a vaincu non seulement dans la Russie arriérée, mais aussi en Allemagne, pays d'Europe le plus évolué, et en Grande-Bretagne, le plus vieux pays capitaliste.

La bourgeoisie aura beau sévir, aura beau massacrer encore des milliers d'ouvriers, la victoire est à nous, la victoire de la révolution communiste mondiale est assurée.

Camarades, je vous salue de tout cœur au nom du Comité central du Parti communiste de Russie, et je propose d'élire le Bureau du congrès. Je vous prie de désigner des candidats.

  1. Membres de l'organisation révolutionnaire des social-démocrates allemands de gauche fondée au début de la première guerre mondiale par Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg, Franz Mehring, etc. Les spartakistes portaient la propagande révolutionnaire dans les masses, organisaient des manifestations contre la guerre, dirigeaient les grèves, dénonçaient le caractère impérialiste de la guerre et la trahison des chefs opportunistes de la social-démocratie. En avril 1917, les spartakistes fusionnèrent avec le parti des « indépendants » tout en conservant leur autonomie d'organisation. Pendant la révolution de novembre 1918, les spartakistes rompirent avec les « indépendants » pour fonder, en janvier 1919, le Parti communiste d'Allemagne.
  2. Les Comités de délégués d'usine étaient des organisations ouvrières élues qui fonctionnèrent dans certaines branches de l'industrie anglaise pendant la première guerre mondiale. À l'encontre des trade-unions conciliateurs qui promouvaient une politique de « paix sociale », les comités faisaient de la propagande contre la guerre, défendaient les intérêts de la classe ouvrière. Ils soutinrent activement la Russie des Soviets. Nombres de militants de ces comités participèrent par la suite au mouvement communiste.
  3. Il est probable que le journal qu'avait lu Lénine avait fait une erreur. Il s'agissait sans doute du comité de délégués d'usine et non pas du Soviet des députés ouvriers de Birmingham.