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Discours de la prise du capitaine Chapeau et du capitaine la Callande

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Discours de la Prinse du capitaine Chapeau et du capitaine la Callande, de par Monsieur le Prevost de l’hostel, grand prevost de France, ensemble l’execution qui en a esté faicte dans la ville de Montargy.

1586



Discours de la Prinse du capitaine Chapeau et du capitaine la Callande1, de par Monsieur le Prevost de l’hostel, grand prevost de France, ensemble l’execution qui en a esté faicte dans la ville de Montargy, pour avoir lever des compagnies sans commission et pour avoir voller et ransçonner les bourgs et villages tant de autour de Montargy que du chasteau Renard2 et Osouay3, dont les testes des capitaines ont esté apportées devant le chasteau du Louvre, à Paris.
À Paris, pour Laurens du Coudret, maistre imprimeur.
1586. In-8.

La perfection de l’homme (sans laquelle il ne peut estre politique, et moins apte pour se nommer membre du corps mystique de Jesus-Christ) consiste en l’obeyssance deue à Dieu, et par consequent à ceux lesquels il a establis sur nous, quels sont les prelats et ministres de l’Eglise, les roys, princes et aultres par eux deleguez pour la vengeance des malfaiteurs et asseurance de ceux qui chemineront selon la loy. De sorte que ceux qui, ou de fait ou de propos, contreviennent à ceste ordonnance, semblent d’autant indignes du nom chrestien qu’ils se reculent de la trace de l’Escriture saincte, et refusent suyvre celuy Jesus-Christ duquel ils se denomment et glorifient, voire mesme se bandent contre Dieu, autheur et protecteur de la dignité royale. Quand tu viendras en la terre que le Seigneur ton Dieu te donne, et que tu possederas, et y demeureras et diras : « Je mettray un roy sur moy comme toutes les nations qui sont à l’entour de moy », lors tu constituras sur toi le roy que le Seigneur ton Dieu eslira du nombre de tes frères. Quoy considerant, l’homme chrestien rejettera tout pretexte et couleur que puissent prendre les rebelles, puisque, suyvant la doctrine de l’apostre sainct Pierre, les subjets se doivent en toute crainte soubmettre à leurs maistres, non seulement bons et humains, mais aussi rigoureux. Car cela est aggreable si quelqu’un, à cause de la conscience qu’il a envers Dieu, endure fascherie, souffrant injustement : car ne permet aucunement nostre Dieu se bander contre son maistre, ne le vassal prendre les armes contre son roy. Qu’ainsy soit pour le vous donner à entendre de deux capitaines : ne craignant Dieu, ne roy, ny justice, se sont mis à lever des hommes sans permission ni commission du roy (nostre très souverain seigneur et maistre), et pilloient, ransçonnoiont tous les pauvres laboureurs d’entour la ville de Montargy, jusques à violer femmes et filles, et mesme jusque à battre et tuer et meurdrir leurs hostes et hostesses.

Dont Dieu ne lessans les meschans impunis, et la sainte justice en estant advertie, M. le prevost de l’hostel et grand prevost de France, ayant entendu les plaintes et advertissement des pauvres laboureurs des cruaultez et tirannies faites par Jehan Bellange, dict capitaine Chapeau, et par Jehan du Dont, dict capitaine La Calande, et les soldats de leurs suittes, les a fait prendre trois lieues près Montargy, près Osouy, et furent amenez dans la ville de Montargy, et condamnez par juste sentence de M. le prevost de l’autel, grand prevost de France :

Que le capitaine Chapeau-Rouge et le capitaine La Calande seroient rompus dans la halle, le lundy dix-septième jour de mars mil cinq cens quatre vingts six, et leurs testes apportées devant le chasteau du Louvre à Paris.

Remonstrance.

Que pourront donc alleguer les rebelles, veu que les exactions que les princes pourroient faire ne sont suffisantes causes d’esmouvoir leurs sujets contr’eux ? On peut faire des remontrances, requerir des estats et rechercher autres voyes raisonnables, non lever les armes, assassiner son prince ; joinct que, quand on auroit regardé toutes choses d’œil sain et droict, on verroit que plusieurs causes légitimes, voire comme necessitez urgentes, contraignent quelquefois les rois requerir de leurs sujets aides et subsides plus que de coustume, parquoy il faut que ceux qui se glorifient du nom de chrestien, qu’ils regardent à prier Dieu pour leur roy, selon la doctrine de sainct Paul.


1. C’étoient deux des capitaines de ces troupes ligueuses qui l’année précédente s’étoient emparées du château de Montargis.

2. Chef lieu de canton du département du Loiret, arrondissement de Montargis ; Anquetil en étoit prieur. On montre encore la tour du château où il écrivit une partie de son Histoire de France. (Boyard, Statist. de l’arrondiss. de Montargis, p. 67.)

3. Commune du même arrondissement, canton de Lorris.