Documents inédits sur Alfred de Musset/Les Portraits d’Alfred de Musset

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LES PORTRAITS


Il est une petite pièce de vers, écrite en 1854, qu’on chercherait en vain dans les dix volumes de ses Œuvres complètes et que nous citons page 205 de ce livre, dans laquelle Alfred de Musset fait lui-même la critique des portraits qui le représentent. Plusieurs sont omis, des meilleurs. Cependant, elles ne sont pas aussi nombreuses qu’on pourrait le croire, les reproductions des traits de l’auteur des Nuits. Je ne parle ni des caricatures ni des charges, non plus que de ses portraits quand il était enfant, figures qui n’ont d’autre mérite que celui de la curiosité ou de la rareté. Tous les portraits d’Alfred de Musset se rapportent à quatre types, dessinés, peints ou sculptés du vivant du poète par David d’Angers, Eugène Lami, Charles Landelle et Gavarni ; lesquels, après 1857, ont servi de modèles à ceux, peintres ou sculpteurs, qui ont voulu le représenter. Je ferai remarquer que ce sont les portraits les plus ressemblants qui sont les moins connus.


VAN BRÉE
1814.

Portrait à l’huile, dont l’original est au musée Carnavalet. La soeur du poète, Mme Lardin de Musset, en possède une copie exacte, cadre et toile.

Alfred de Musset a trois ans ; c’est un bébé tout rose, avec de jolis cheveux blonds qui tombent en boucles sur ses épaules. Dans la clairière d’un bois, il est assis sur une grosse pierre, au bord d’un ruisseau, les pieds dans l’eau, retenant avec ses mains, le long de sa poitrine, sa petite chemise qui glisse et le laisse presque nu. A ses côtés est une grande épée « pour se défendre contre les grenouilles » qui le regardent curieusement.

Gravé à l’eau-forte par Lalauze, en 1891, et joint à l’édition du conte d’Alfred de Musset La Mouche, publiée à la librairie Ferroud. (1 vol. in-8º.)


DUFAUT
1815.

Portraits d’Alfred et de Paul de Musset, formant groupe ; peinture à l’huile représentant les deux frères à mi-corps ; Alfred a une petite robe rouge ; ses cheveux blonds bouclés, tombent sur ses épaules. Il appuie la tête contre la poitrine de son frère Paul, qui met la main sur l’épaule d’Alfred, plus petit que lui.

L’original est, comme celui du portrait précédent, au Musée Carnavalet. Mme Lardin de Musset en a également fait exécuter une copie exacte : « Je ne crois pas, dit M. Jules Cousin, dans l’Intermédiaire des Chercheurs et Curieux du 28 février 1898, qu’il ait été publié de reproduction gravée de ce double portrait ; nous la réservons pour le grand album des pièces les plus curieuses du Musée. Mais j’en ai fait prendre un beau cliché photographique, dont tout intéressé obtiendrait sans difficulté l’autorisation de faire tirer à ses frais une épreuve. » Je ne connais pas non plus de reproduction gravée ; mais, comme M. Cousin, je suis possesseur d’un cliché photographique dont quelques épreuves ont été données meis et amicis.


ROEHN
1828.

Le beau Grec, portrait-charge d’Alfred de Musset au fusain et crayon de couleur avec lavis. La tête seule du patient, émergeant d’un faux-col et coiffée d’un fez rouge qui est posé sur des cheveux en broussaille, est représentée de profil à gauche.

En 1890, j’ai fait fac-similer cette caricature, par l’imprimerie Lemercier, à Paris ; il a été tiré trente épreuves in-4º sur Hollande, puis la pierre a été effacée.


DEVÉRIA
Vers 1830.

Alfred de Musset en costume de page, portrait en pied lithographié, exécuté probablement pour l’une des soirées travesties données par Achille Devéria.

I. PLANCHE REFUSÉE, in-4º. — Il n’existe, à ma connaissance, qu’une seule épreuve de cette planche, appartenant à M. Gabriel Devéria. Dans la campagne, dont des rochers forment le fond, le jeune page, la main gauche appuyée sur la hanche, soutient de la main droite le bouffant de sa manche. Il a les yeux baissés et regarde de côté ; un poignard pend à sa ceinture.

Reproduit en phototypie dans le volume de Mme Arvède Barine sur Alfred de Musset. (Hachette, 1893, in-12).

II. PLANCHE PUBLIÉE, grand in-4º. — Lithographie de Fonrouge. Même costume que ci-dessus, mais sans le poignard. Le décor est changé : dans une salle, la main droite appuyée sur le dossier d’une chaise, la main gauche sur la hanche, le page tourne légèrement la tête à gauche, bien que le regard soit dirigé de face. C’est le portrait le plus ressemblant d’Alfred de Musset jeune. La lithographie originale n’a pas, que je sache, été reproduite.


DAVID D’ANGERS
1831.

Médaillon rond de 0m17 de diamètre, représentant Alfred de Musset à l’âge de 23 ans : col nu, cheveux longs ramenés en avant ; la figure, vue de trois quarts, ne porte ni barbe ni moustache, mais seulement de légers favoris ; les yeux sont tournés à droite ; sur le côté droit du médaillon, est gravé le nom du poète ; à gauche, on lit : « David, 1831. »

L’original, en plâtre, appartient à Mme Lardin de Musset. Des reproductions en bronze ont été et sont faites par la maison Thiébault frères, à Paris. Alfred de Musset venait poser à l’atelier de David, comme le témoigne cette lettre[1] :


« Paris, samedi soir. 1831.

« Monsieur,

« Je suis de service demain, pour presque toute la journée ; c’est ce qui me privera du plaisir de vous recevoir à mon atelier. Lundi, le jury qui doit juger le concours pour la monnaie du Roy, aura certainement terminé son opération vers midi ; je me rendrai de suite rue de Fleurus, et si vous pouvez disposer de quelques instants, je vous y attendrai. Vous obligerez votre bien dévoué serviteur.

« DAVID. »

Le poète et le sculpteur restèrent en relations amicales. M. Henry Jouin, dans son livre David d’Angers et ses relations littéraires (Plon, 1890. In-8º, p. 67), publie le billet suivant, écrit probablement en 1832 :

« Mon cher David, je suis allé chez Micheli pour avoir de vos médailles. Il demande une autorisation de vous pour cela. Soyez assez bon pour m’envoyer deux mots de votre main, pour Micheli et pour votre Petit Cardillac des Enfants Rouges ; vous obligerez votre dévoué de cœur. »

« ALFD DE MUSSET. »

Que signifie ce Petit Cardillac des Enfants Rouges ? Je n’ai pu trouver le sens de ce surnom et l’expliquer mieux que M. H. Jouin. En janvier 1828, David d’Angers fut victime d’une tentative d’assassinat, à trois pas de l’Abbaye, derrière Saint-Germain-des-Prés. La rue des Enfants-Rouges allait de la rue Porte-Foin à celle des Quatre-Fils ; c’est aujourd’hui la rue des Archives. Quel rapport peut-il y avoir entre Cardillac, l’orfèvre assassin des Contes d’Hoffmann, et l’assassin de David ? la rue de l’Abbaye, où s’est passé le drame de 1828, et cette rue du Quartier du Temple ?

Le médaillon de David a été reproduit par la gravure :

1º En 1876, eau-forte in-32 par Waltner, pour l’édition des Œuvres d’Alfred de Musset dans la collection dite Petite Bibliothèque Charpentier. (Salon de 1876, no 4004).

2º En 1877, eau-forte in-18 par Martinez, pour l’édition des Œuvres à la librairie Lemerre. (Salon de 1877, no 4165).

3º En 1889, eau-forte in-8º par F. Courboin, publiée dans l’Artiste du 1er janvier 1890.

4º En 1896, gravure in-8º sur bois par Florian, publiée comme frontispice de Les Nuits, par Alfred de Musset. (Paris, Pelletan, 1896. 1 vol. in-8º).

5º En 1898, pointe-sèche in-4º, gravée par Bracquemond d’après le médaillon (la figure est renversée) et tirée à dix épreuves, numérotées et signées par le graveur ; après ce tirage restreint, le cuivre a été verni et encadré.

Voir l’ouvrage intitulé : David d’Angers, sa vie, son œuvre, par H. Jouin. (Paris, Plon, 1877, 2 vol. in-4º) et un article de Théophile Gautier dans le Moniteur Universel du 4 mai 1868.


CARICATURES PAR LUI-MÊME
1833-1834.

Pendant les quelques mois que dura l’entente cordiale de George Sand et d’Alfred de Musset, à Paris comme à Venise, le poète fit plusieurs fois sa propre charge. Ces caricatures, dessinées à la mine de plomb, existent sur deux albums : celui de George Sand, qui appartient aujourd’hui à M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul, et celui d’Alfred de Musset, qui est entre les mains de sa sœur, Mme Lardin de Musset.

1º Le poète chevelu, 1833 (Album de G. Sand). De face, à mi-jambe, les deux mains dans ses poches ; taille de guêpe serrée dans une redingote boutonnée ; tête piriforme, de chaque côté de laquelle se relèvent les boucles enroulées d’une luxuriante chevelure. Il a été fait une reproduction lithographique in-8º, tirée à 25 exemplaires qui ont été joints au tirage à part de notre article intitulé : « Quelques oeuvres inédites ou peu connues d’Alfred de Musset », publié dans la Revue d’Histoire littéraire de la France du 15 janvier 1898.

2º Alfred de Musset et George Sand, décembre 1833 (Album d’A. de Musset). En buste, de face, coiffures et costumes plus ou moins vénitiens. Non reproduit.

3º « Ballade », 1834. (Album de G. Sand). En pied, vu de dos, canne à la main droite. Au fond, à droite, église et son clocher, que surmonte la lune, « comme un point sur un i ». Imite le dessin d’un enfant. Dessiné sur papier jaune, non reproduit.

4º « Don Juan allant emprunter dix sous, pour payer son idéale et enfoncer Byron ». 1834. (Album de G. Sand). En buste, de profil à droite, fumant un énorme cigare. Long nez et cheveux lissés, légers favoris. Non reproduit.


THÉOPHILE GAUTIER
1835.

Portrait-charge en pied d’Alfred de Musset et d’Honoré de Balzac, gravé sur bois par Géniole, d’après un dessin de Théophile Gautier, publié dans le Mercure de France du 15 juillet 1835.

Les deux écrivains sont l’un près de l’autre. A gauche, Alfred de Musset, vu de dos, les jambes écartées, la taille serrée dans sa redingote, et coiffé d’un chapeau haut de forme, lance en l’air la fumée de sa cigarette. A droite, Balzac, vu de profil, au ventre proéminent, tient de ses deux mains, derrière son dos, sa fameuse canne et son chapeau.

Une réduction de ces deux portraits a été publiée dans La Vie Moderne des 26 juillet et 9 août 1879.

En 1883, la vignette du Mercure de France a été fac-similée à l’eau-forte par Louis Charbonnel. Il a été fait un tirage ordinaire sur Hollande in-4º et un tirage de luxe à 26 épreuves en noir et 15 épreuves en sanguine sur Japon 1/2 colombier. (Imprimerie Lemercier.)

Le livre de M. Adolphe Jullien, Le Romantisme et l’Éditeur Eugène Renduel (Paris, Charpentier et Fasquelle, 1897. 1 vol. in-12) donne page 55 un nouveau fac-similé agrandi de cette vignette, et le Mois Littéraire de juin 1899, en publie page 697 une réduction.

En 1883, j’ai retrouvé un fragment du dessin original de Théophile Gautier, dessin qui semble avoir été coupé en quatre morceaux. Sur celui que je possède, il reste Alfred de Musset, vu depuis le milieu environ de la basque de son habit ; c’est un dessin à la sépia et au lavis. Louis Charbonnel l’a fac-similé à l’eau-forte et il en a été tiré par l’imprimerie Lemercier 41 épreuves en bistre sur Japon 1/2 colombier.


ROGER DE BEAUVOIR
Vers 1835.

Portrait-charge dessiné à la plume : Alfred de Musset en pied, vu de dos, brandit d’une main sa canne et de l’autre sa cigarette. Reproduit ci-contre.


CARICATURE PAR LUI-MÊME
Vers 1838.

Portrait-charge à mi-jambe, dessiné sur l’album de Mme Caroline Jaubert. Le poète s’est représenté de profil à droite, tête énorme, presque toute en nez ; jabot de dentelle.

L’album où se trouvait ce dessin fut perdu à Paris, dans une voiture, par une personne à laquelle Mme Jaubert l’avait confié. Mais il existait de cette charge une épreuve photographique unique, tirée par un ami de la Marraine, qui l’avait joint à l’exemplaire des Œuvres de son filleul ; c’est l’original actuel, dont il m’a été permis de prendre un cliché photographique.

Pour assurer la conservation de ce dessin, j’en ai fait faire un fac-similé sur zinc, dont il n’a été tiré que quelques épreuves,

données à des amis.
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EUGÈNE LAMI
1841.

Portrait en pied, dessiné au trait, en sanguine, et dont la tête seule est ombrée. Signé : « E. L. 1841. » Le poète est représenté de profil à gauche, la tête nue ; de la main droite, il tient son chapeau appuyé sur sa cuisse ; le bras gauche est replié derrière le dos, et dans la main gauche sont des gants. Il est vêtu d’un frac déboutonné, à collet de velours ; pantalon rayé, cravate montante, toute la barbe. La tête seule est terminée.

Le dessin original appartient à la Comédie-Française, à laquelle M. Alexandre Dumas fils en a fait don. H. : 0.180 — L. : 0.065.

La pose, trop affectée, n’est pas celle d’Alfred de Musset, m’ont dit plusieurs personnes qui ont connu le poète.

Ce dessin a été reproduit : 1º En fac-similé à l’eau-forte, par Legenisel : A. En 1874, de la grandeur de l’original. (Salon de 1874, no 3502). — B. En 1876, format in-32, pour être joint à un volume des Œuvres d’Alfred de Musset dans la Petite Bibliothèque Charpentier. — C. En 1878, format in-12, tiré à très petit nombre et non mis dans le commerce.

2º Gravé sur bois, in-8º, en noir, dans l’Univers Illustré du 4 mars 1882.

3º Par des procédés divers, in-12 et in-32, dans la Revue Encyclopédique du 14 novembre 1896, le Magasin littéraire du 1er décembre 1896, les Annales politiques et littéraires du 6 décembre 1896.


CARICATURE PAR LUI-MÊME
1842.

Tête de profil, au nez démesuré, dessinée à la mine de plomb par Alfred de Musset, sur son album, à Lorey. Les cheveux longs tombent à plat autour de la tête ; front aplati, menton rentrant, moustache tombante, col montant.

En 1876, il a été fait une reproduction à l’eau-forte, réduite de moitié environ, par les soins de l’éditeur Charpentier ; cette charge devait être jointe à l’un des volumes des Œuvres dans la Petite Bibliothèque Charpentier ; mais il fut décidé que l’édition ne donnerait que des portraits sérieux, et le cuivre, après avoir été tiré à 75 exemplaires sur papier vergé in-18, fut effacé. Aucun exemplaire n’a été mis dans le commerce.


BIARD
(Sans date).

Quel est ce portrait et où se trouve-t-il ? C’est ce qu’il m’a été impossible de savoir. La fille du peintre, Mme la baronne Double, n’a pu, malgré son bon vouloir, me fournir aucun renseignement.

Toutefois, Mme veuve Martelet, qui s’appelait Adèle Colin lorsqu’elle était gouvernante d’Alfred de Musset, m’a fait voir une petite photographie, format carte de visite, faite chez Pexme, 20, Chaussée-d’Antin, à Paris, photographie toute jaunie et déjà un peu effacée, que son maître lui avait donnée certain soir, vers 1844 ou 1845, en lui disant que c’était la reproduction d’un portrait qu’un peintre venait de faire de lui. Alfred de Musset est représenté en pied, de trois quarts à droite, la main gauche enfoncée dans la poche de son pantalon, le bras droit appuyé sur le fût d’une colonne ; redingote dont le seul bouton du haut est boutonné, pantalon uni. Le poète n’a pas le ruban de la Légion d’honneur, ce qui prouve que ce portrait est antérieur au 30 avril 1845. — Serait-ce une photographie du portrait de Biard ? Alfred de Musset n’a pas prononcé le nom du peintre en remettant la photographie à Mlle Colin, qui ne connaît pas le portrait de Biard.

En 1877, la librairie Charpentier joignait à l’un des volumes de l’édition in-32 des Œuvres d’Alfred de Musset, un portrait gravé à l’eau-forte par Monziès « d’après une photographie prise d’après nature ». Suivant les renseignements qui m’ont été fournis parla famille de Musset, Alfred de Musset n’a jamais été directement photographié. La tête du portrait de Monziès ressemble à celle de la photographie de Pexme. Une reproduction en phototypie de la photographie de Pexme, est publiée dans Dix Ans chez Alfred de Musset, par Mme Martelet, née Adèle Colin. (Paris, Chamuel, 1899. 1 vol. in-12).


RIFFAUT
1845.

Portrait à mi-corps, dessiné et gravé à la manière noire par A. Riffaut, publié dans l’Artiste du 18 janvier 1846. C’est un médaillon ovale, placé dans un encadrement rectangulaire, représentant Alfred de Musset presque de face, jusqu’à la hauteur des genoux. La tête, de trois quarts à droite, est découverte ; cheveux longs, toute la barbe ; le bras gauche est replié et le pouce gauche enfoncé dans la poche du gilet ; le bras droit pend le long du corps, et de la main droite le poète tient une canne. Pantalon uni, décoration.

La pose est raide et ni la figure ni le regard n’ont d’expression.


MADEMOISELLE MARIE MOULIN
1848.

Miniature peinte par Mlle Marie Moulin, cousine d’Alfred de Musset et figurant au Salon de 1848 (no 3411. Trois miniatures : Alfred de Musset, Paul de Musset et Mme M***.) C’est un portrait de face, à mi-corps, barbe légèrement taillée, frac déboutonné, gilet à fleurs très ouvert, tête découverte, cravate montante. L’original appartient à Mme Lardin de Musset.

Reproductions : 1º Photographie 18x24 exécutée par la maison Bingham, 50, rue de La Rochefoucauld, à Paris, pour la famille de Musset, et non mise dans le commerce.

2º Gravure à l’eau-forte par Burney, faite en 1887 pour l’édition des Nouvelles d’Alfred de Musset publiées en 1 vol. in-8º à la librairie Conquet. (Imp. Chardon.)


EUGÈNE GIRAUD
(Sans date).

Portrait-charge, dessiné et peint à l’aquarelle, représentant Alfred de Musset en pied, avec une très grosse tête sur un tout petit corps. L’original faisait partie de la collection de M. de Nieuwerkerke, et on a pu le voir quai Malaquais, à l’Exposition des Maîtres Français de la Caricature, qui fut faite à l’École des Beaux-Arts au mois d’avril 1888 (no 440 du catalogue). Actuellement, cette collection est en Italie : M. de Nieuwerkerke est mort, ses héritiers habitent près de Lucques, en Toscane, et il est à craindre que toute cette réunion des charges de nos meilleurs écrivains, ne soit perdue pour la France.

Ce portrait d’Alfred de Musset n’a pas été reproduit. L’Illustration du 5 mai 1888 donne ceux d’A. Houssaye et d’A. Dumas.


TRICHON ET C. F.
1853.

Portraits d’Alfred de Musset et de Berryer, « les deux derniers Académiciens », gravés sur bois par Trichon, d’après C. F. (Faxardo ?) et publiés à mi-page dans le Musée des Familles de novembre 1853, tome XXI, page 61.

Alfred de Musset, de trois quarts, est à gauche ; Berryer est de face, à droite. Le poète est représenté jusqu’au dessous de la ceinture, le bras droit tombant, le gauche légèrement replié ; il est vêtu d’une redingote ouverte, cravate montante, cheveux longs, toute la barbe. La note suivante accompagne les portraits :

« L’image de M. de Musset, nommé en même temps que M. Berryer et reçu l’année dernière, on se souvient avec quel succès, était digne d’accompagner sur la même page celle du grand orateur auprès duquel il va s’asseoir. Ces deux derniers Académiciens seront certainement deux des premiers sur les bancs des Quarante. »


PROSPER MÉRIMÉE
Vers 1853.

Tête de profil, dessinée à la plume par P. Mérimée, pendant une séance de l’Académie Française et donnant un Alfred de Musset plus vieilli que nature… ou endormi.

L’original de ce portrait appartient à M. le Vicomte de Spoelberch de Lovenjoul, qui, en 1891, a bien voulu m’autoriser à le l’aire fac-similer sur pierre et tirer à quelques épreuves sur vergé in-4º (Imprimerie Lemercier), dont aucune n’a été mise dans le commerce.


LANDELLE
1854.

Portrait dessiné au pastel, en 1854, par Charles Landelle et exposé au Salon de 1855 (no 5480).

Alfred de Musset est de profil, en buste, tête nue, les yeux tournés à droite ; il porte toute sa barbe, les cheveux rejetés en arrière sur le col ; cravate montante, faisant plusieurs tours. Il est vêtu d’une redingote boutonnée, ornée du ruban de la Légion d’honneur.

C’est le portrait le plus connu et le plus répandu. Mme Lardin de Musset, à laquelle je m’étais adressé pour savoir quel était le véritable original, m’écrivit le 17 octobre 1882 : « L’original du portrait de Landelle est le beau pastel qui est chez Madame Lardin de Musset. L’aquarelle de la Comédie-Française en est la copie faite par Pollet[2]. Le portrait à l’huile du Musée de Versailles est une copie du pastel, faite par Landelle lui-même, mais moins bonne que le pastel. » Alfred de Musset avait cependant posé pour cette reproduction :


Monsieur Alfred de Musset,

Rue du Monthabor, 6.

« Mardi 10 octobre 1854.

« Mon cher monsieur de Musset,

« Je viens réclamer de votre obligeance une séance pour terminer le portrait peint que je dois donner au Théâtre-Français.

« Si vous voulez bien me fixer d’avance le jour dont vous pourrez disposer la semaine prochaine, je m’arrangerai pour n’avoir pas modèle.

« Veuillez de nouveau croire à mes témoignages de sympathie et d’affection.


« C. LANDELLE. »

« Vous seriez bien gentil de venir déjeuner dimanche matin à 11 h. à l’atelier et de m’amener Arago, si vous le trouvez sur votre chemin.

« Réponse S. V. P. »

Nombreuses en sont les reproductions, mais toutes ne sont pas heureuses ni ressemblantes, par suite d’un défaut au nez, défaut causé par une ombre sur le pastel, qui est généralement traduite par une bosse dans les reproductions.

1º Photographie remontée sur bristol in-4º, exécutée par la maison Bertsch et Arnaud, en 1854, d’après le pastel original.

2º Photographie format carte de visite, tirée, en 1854, par la maison Bingham, sur le pastel original, pour la famille de Musset, et non mise dans le commerce.

3º Gravure in-32 sur acier par Gervais, (Imprimerie Chardon), faite d’après le portrait de Landelle, figure renversée, publiée dans la Biographie d’A. de Musset par E. de Mirecourt. (Paris, Roret, 1854, 1 vol. in-32).

4º Gravure in-4º sur bois par A. Greppi, publiée dans le Triboulet et Diogène du 13 mai 1857. Très mauvaise exécution ; on y remarque ce changement que le bas du buste est drapé dans un manteau.

5º Gravure in-4 sur acier par Pollet ; médaillon ovale de H. : 0.150, L. : 0.105, publié dans l’Artiste du 3 janvier 1858, exposé au Salon de 1859 (no 3638). (Imprimerie Drouart). Bonne reproduction, à laquelle M. Taxile Delord consacre une étude dans le Magasin de Librairie du 10 mai 1859.

6º Gravure in-8º sur acier par Daguin, avec encadrement rectangulaire, faite en 1865 et exposée au Salon de 1866 (no 3119). H. : 0.178. L. : 0.112.

7º Gravure in-4º sur acier par Léopold Flameng : médaillon ovale, entouré d’un cartouche rectangulaire et de branches de laurier. Publiée primitivement à la librairie Charpentier, dans l’édition in-4º des Œuvres d’Alfred de Musset, dite de souscription ; puis jointe à toutes les éditions in-4º et in-8º des Œuvres, comportant les figures de Bida. — Il existe des épreuves d’artiste, avant la lettre, ne donnant que le médaillon, sans aucun encadrement. — Exposée au Salon de 1867 (no 2610).

8º Gravure in-8º sur acier par Adrien Nargeot, publiée dans la Revue du XIXe siècle du 1er mai 1866. Médaillon ovale, porté par un socle, avec encadrement rectangulaire, sur fond haché. H. : 0.128. L. : 0.088.

9º Photographie in-32, faite par Colin en 1867, pour l’édition des Œuvres d’Alfred de Musset en 10 vol. in-32, ornée de la reproduction photographique des dessins de Bida.

10º Gravure sur acier, exécutée en 1867 par Goutière : médaillon ovale, fermé par un cordon de perles, dans un encadrement rectangulaire quadrillé, avec ornements. H. : 0.088. L. : 0.065. Sans nom d’imprimeur ni d’éditeur. Tirage in-folio sur Chine monté avant lettre, in-4º sur blanc avant lettre, et in-8º sur vélin avec lettre (Salon de 1867, no 2621).

C’EST, D’APRÈS LA DÉCLARATION MÊME DE Mme LARDIN DE MUSSET, LE PORTRAIT LE PLUS RESSEMBLANT DE SON FRÈRE ALFRED. L’artiste a su reconnaître que, sur le pastel original, la tache qui se voit au nez est une ombre portée de l’arcade sourcillière et non pas l’effet d’une protubérance. Tout le travail de gravure est d’une très grande finesse.

11º Gravure in-32 sur acier par Goutière, avec fac-similé de la signature d’Alfred de Musset. Publié en tête du tome I des Poésies d’Alfred de Musset. (Charpentier, 1867,2 vol. in-32).

Une contrefaçon de ce portrait a été publiée à Bruxelles, avec fac-similé de la signature au bas du médaillon ; on y a joint le fac-similé de la première strophe autographe de la Ballade à la Lune. Épreuves en noir et en sanguine, très mauvaise exécution.

12º Gravure à l’eau-forte par Mongin, faite en 1876 pour l’édition des Œuvres d’Alfred de Musset à la librairie Lemerre. (10 vol. in-18).

13º Gravure à l’eau-forte par Le Rat, d’après le portrait de Landelle, avec des modifications dans le costume, publiée en 1876 dans l’édition des Œuvres à la librairie Lemerre.

14º Gravure in-32 à l’eau-forte par Flameng, publiée en 1876 dans les Œuvres, collection de la Petite Bibliothèque Charpentier.

15º Gravure à l’eau-forte par Hanriot, figure renversée. Tirage sur Hollande in-4º et in-8º, sans nom d’imprimeur ni d’éditeur.

16º Gravure à l’eau-forte et pointe-sèche par Lessore, figure renversée. Éditée en 1878, à la librairie Rouquette. Imp. de Vve Cadart. Épreuves sur Hollande in-4º et in-8º.

17º En 1879, M. Mazerolle, dans son plafond de la salle de la Comédie-Française, a représenté Alfred de Musset dans un de ses groupes ; la tête est faite d’après le portrait de Landelle ; le poète, drapé dans son manteau, est placé aux côtés d’Alexandre Dumas.

L’Illustration du 2 août 1879 donne une gravure de ce plafond.

En 1882, M. Raphaël Breynat a gravé sur bois une reproduction de ce plafond pour le livre Paris (Librairie Rothschild). (Salon de 1882, no 5211).

18º Programme de la représentation extraordinaire, donnée au Palais du Trocadéro, le dimanche 9 mai 1880. (Imp. Motteroz, 4 pages in-4º). Parmi les ornements lithographies du titre, se trouve une reproduction du médaillon de Landelle.

19º Gravure in-32 sur bois, sans signature et d’une très mauvaise exécution, publiée dans Alfred de Musset et Edgar Quinet enfants, par V. Tinayre. (Paris, Keva, 1881, 1 vol. in-32).

20º Gravure in-8º sur acier, sans encadrement, par Adrien Nargeot, publiée dans Souvenirs poétiques de l’École Romantique, par Ed. Fournier. (Paris, Laplace, 1880, 1 vol. in-8).

21º Gravure in-8 sur bois par Thiriat, publiée dans la Lecture Rétrospective du 5 juillet 1890.

22º Gravure sur cuivre, à la pointe-sèche, par Adrien Nargeot, exécutée en octobre 1891 et destinée primitivement à orner l’édition du conte La Mouche, par Alfred de Musset, publiée à la librairie Ferroud. M. Lalauze ayant gravé toutes les vignettes du volume, fit une nouvelle planche du portrait qui fut donnée dans le livre à la place de celle de M. Nargeot. — Finement gravé.

23º Gravure à l’eau-forte par Lalauze, publiée dans La Mouche, par Alfred de Musset. (Paris, Ferroud, 1891, 1 vol. in-8º. Imp. Wittmann).

24º Dans le médaillon rond, renfermant le double portrait de George Sand et d’Alfred de Musset, gravé à l’eau-forte par Abot, qui orne le titre de l’édition de La Confession d’un enfant du siècle, publiée en 1891 chez Quantin, 1 vol. in-8º ; le buste du poète est la reproduction à peu près exacte du portrait de Landelle, ce qui est un anachronisme, la Confession étant de 1835 et le portrait, de 1854.

25º Je possède une épreuve in-4º sur Japon, sans date et sans nom d’imprimeur ni d’éditeur, d’un portrait d’Alfred de Musset, gravé à la pointe-sèche par Loys Delteil. Musset est représenté à mi-corps, presque de face, le bras droit replié et la main passée dans l’ouverture de sa redingote ; le bras gauche pend le long du corps. La tête est inspirée par le portrait de Landelle.

26º Le Programme de la soirée du 7 Octobre 1896, donnée à la Comédie-Française en l’honneur de LL. MM. le Czar et la Czarine (Stern, graveur, 1 f. in-4º), présente parmi son ornementation une reproduction du médaillon de Landelle.

27º Enfin, dans le commerce, on trouve des reproductions photographiques de ce portrait, trop noires en général, format carte-album et carte de visite, éditées par la maison Charles Jacotin.

Il existe encore d’autres reproductions du pastel de Landelle, dans des revues et des journaux illustrés, un entre autres, in-8º, gravée sur bois par Collette, dont il m’a été impossible de retrouver la provenance ; j’en ai rencontré jusque sur des titres de morceaux de musique. Tous ces portraits pèchent en général par leur exécution et ne sont, pour le plus grand nombre, que des clichages n’offrant aucun intérêt artistique.


GAVARNI
1854.

Portrait en pied, in-4º, lithographie par Gavarni, et publié dans la série des Contemporains illustres. (Imp. Lemercier).

Musset est presque de face, les yeux tournés à droite, cheveux longs, toute la barbe. De la main droite, il tient une canne, le bout en avant ; le bras gauche, appuyé sur la hanche, est recouvert par un vaste manteau qui, enveloppant les épaules et le buste, descend jusqu’aux genoux. Paysage au fond. — H : 0.345 ; L : 0.222. Trait rectangulaire, cintré dans la marge supérieure ; sous le portrait, fac-similé de la signature.

Le reproche qu’on peut adresser à ce portrait, est de représenter un Alfred de Musset plus vieilli qu’il n’était en réalité.

1º Reproduction partielle du buste seul, figure renversée, sans le manteau, gravée sur bois et publiée dans le Monde illustré du 9 mai 1857 et dans l’Almanach des célébrités contemporaines. (1 vol. in-8º, p. 26).

2º Fac-similé de la lithographie originale gravé sur bois par Pistho, publiée dans l’Illustration du 16 mai 1857.

3º Gravure sur bois in-12, non signée, représentant Alfred de Musset à mi-corps, publiée comme frontispice de l’Almanach de la littérature, du théâtre et des beaux-arts pour 1858, par J. Janin. (Paris, Pagnerre. 1 vol. in-12 carré).

4º Lithographie in-4º, semblable à l’original et probablement tirée sur la même pierre, publiée dans le Panthéon des Illustrations françaises au XIXe siècle, par Victor Frond. (Paris, Abel Pilon, 1865-1873. 17 vol. in-folio.)

5º Gravure à l’eau-forte par Boilvin, ne donnant que le haut du buste, exécutée en 1876, pour l’édition des Œuvres à la librairie Lemerre.

6º Réduction in-32, gravée à l’eau-forte par A. Leroy, en 1876, pour l’édition des Œuvres dans la Petite Bibliothèque Charpentier.

7º Reproduction du buste seul, gravé sur bois, dans El Libéral (Madrid) du 11 novembre 1898 pour accompagner une Notice sur A. de Musset, par Tello Tellez.

Voir : Gavarni, l’homme et l’œuvre, par E. et J. de Goncourt. (Paris, Plon, 1873. 1 vol. in-8º, pages 153 et 401.) — L’Œuvre de Gavarni, par Armelhaut et Bocher (Paris, Librairie des Bibliophiles, 1873. 1 vol. in-8º, p. 13).


NADAR
1857.

Portrait-charge in-32, gravé sur bois par Diolot, d’après un dessin de Nadar, publié dans la 1re livraison des Binettes Contemporaines, par Joseph Citrouillard, (Commerson). (Paris, Havard, 1857. 2 vol. in-32).

Musset, orné d’une énorme tête sur un tout petit corps, et vu de profil, se promène, en costume d’académicien, devant les lions de l’Institut. Une main dans sa poche, tenant de l’autre son chapeau derrière son dos, il roule de gros yeux et semble désespéré d’avoir un nez aussi phénoménal que celui dont on l’a doté.

La tête de ce portrait se trouve lithographiée sous le no 13 du Panthéon Nadar. (Prime du Figaro. 1 feuille in-plano grand aigle).

En 1883, M. Louis Charbonnel a gravé en fac-similé à l’eau-forte le bois de Nadar ; les quelques épreuves tirées à l’imprimerie Lemercier n’ont pas été mises dans le commerce.


BARRE
Le tombeau d’Alfred de Musset.
1859.

Buste en marbre blanc, sculpté par Auguste Barre et placé sur le tombeau d’Alfred de Musset, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Des reproductions de ce buste, également en marbre, se trouvent chez Mme Lardin de Musset et à l’Académie Française.

On trouve dans le commerce des photographies 18×24 du Tombeau et par conséquent du buste. En outre, buste et tombeau ont été gravés :

1º Sur bois, dans l’Illustration du 4 mai 1861.

2º A l’eau-forte, par Abot, en 1877, format in-32, pour l’édition des Œuvres dans la Petite Bibliothèque Charpentier.

Auguste Barre était un ami d’Alfred de Musset, qui s’était plusieurs fois essayé chez lui en l’art du statuaire. Certain jour que le poète devait l’aller voir, un événement inattendu l’en ayant empêché, il lui envoya ce billet :


« Mon cher ami,

« Je vous écris de chez Mlle Rachel, qui me garde à dîner. Ainsi, ne m’attendez donc pas ce soir. A bientôt.


« A vous,

« ALFd Mt. »

« J’ai ébauché une belle petite chatte. J’ai employé d’abord un couperet de cuisine, puis mes mains, puis vos petits bâtons. J’ai tout lieu de croire que ce sera admirable, mais dans ce moment-ci, mon idéal a encore un torticolis et une fluxion. Venez donc voir ça. »

C’est sans doute à cause de cette intimité que Paul de Musset s’adressa à M. Barre pour le buste qui devait orner le tombeau de son frère. Ce tombeau, qui se trouve au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, est construit sur les plans donnés par l’architecte Anatole Jal, dans la grande avenue qui mène à la chapelle centrale ; il est élevé sur un emplacement concédé par l’État, aux frais de la famille de Musset et de l’éditeur Charpentier :


« A Monsieur le Préfet de la Seine.

« Paris, 8 juin 1857.

« Monsieur le Préfet,

« Alfred de Musset, dont la mort prématurée cause en ce moment une émotion si profonde, est né à Paris. Comme la plupart des grands poètes, il ne laisse point de fortune. Dans une élégie touchante, que tout le monde connaît, il a exprimé le vœu suivant :

Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière ;
J’aime son feuillage éploré,
La pâleur m’en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
A la terre où je dormirai.

« Afin de pouvoir répondre au désir formulé dans ces vers, je prends la liberté de m’adresser à vous, Monsieur le Préfet, pour obtenir la concession gratuite au Cimetière de l’Est, d’un terrain de cinq ou six mètres carrés, espace rigoureusement nécessaire à l’érection d’un tombeau modeste, orné d’un buste en marbre, offert par le statuaire Barre, et accompagné d’un saule pleureur.

« Le poète si justement regretté n’est pas seulement une des gloires de la France ; il est aussi un enfant de Paris, et j’ose espérer que sa ville natale voudra bien accorder à l’un des esprits les plus aimables et les plus aimés qu’elle ait produit, une dernière demeure digne de lui.

« Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l’assurance de ma haute considération.


« PAUL DE MUSSET. »

« Je recommande à la bienveillance de Monsieur le Préfet de la Seine la demande de M. Paul de Musset ; que le vœu exprimé d’une manière si poétique et si touchante, par son frère, soit rempli. La Ville de Paris doit un tombeau à un poète né dans ses murs et dont la mémoire ne finira jamais.

« P. MÉRIMÉE. »

« Je me joins bien cordialement à mon confrère M. Mérimée.

« EMPIS. »

« Le saule que demande ce jeune et charmant poète, aura des pèlerins ; à présent, ceux qui l’ont aimé, et toujours, ceux qui sauront aimer et lire la poésie impérissable. — Puisse la Ville de Paris planter et renouveler perpétuellement cet arbre mélancolique sur sa tombe.

« ALFRED DE VIGNY. »

« Je me joins à mes confrères dans le vœu qu’ils expriment en faveur d’un des rares poètes dont le nom survivra.

« SAINTE-BEUVE, de l’Académie Française. »

Mais M. le baron Haussmann, préfet de la Seine, n’était pas partisan de ce projet et trouva mille prétextes pour en ajourner l’examen. Paul de Musset, dans le but d’obtenir la concession nécessaire au tombeau, fit agir d’autres influences :


« A Monsieur Alfred Arago.

« Mon cher Alfred,

« On me fait observer que M. Delmas ayant promis à Jal que la pétition déjà lancée serait classée parmi celles que l’Empereur doit lire et non parmi celles dont on lui rend compte, il serait convenable, avant de tenter une autre démarche, d’attendre le résultat de celle-là. Il n’y a pas de raison pour que ce résultat ne soit pas favorable. Je ne demande qu’un appui dans l’accomplissement d’un devoir pieux, et je me sens très fort sur ce terrain. Le Conseil Municipal a été pressenti : tous les membres à qui on en a parlé, ont été d’avis que le rapport fût présenté. M. Husson a fait ce rapport et l’a porté à la signature : M. le Préfet a refusé de le signer. Il n’y a pas d’autre obstacle.

« Pendant ce temps-là, Charpentier me proposait d’ouvrir une souscription pour l’achat du terrain, disant que les frais en seraient couverts en quelques jours. Je ne l’ai pas voulu, pour l’honneur de la Ville de Paris, car il ne faut pas se dissimuler que tout cela est de l’histoire, et qu’on lira le récit de ces détails dans cinq cents ans.

« Dites toujours au Prince Impérial[3] combien je suis touché de l’intérêt qu’il prend à cette affaire et des paroles chaleureuses qu’il vous a fait entendre. Malgré la démarche dont je dois, par convenance, attendre le résultat, un mot de lui au Préfet ne peut pas nuire.

« A bientôt, mon cher Alfred, et tout à vous.

« PAUL DE MUSSET.

« Vendredi, 27 novembre 1857. »

La parcelle de terrain fut enfin obtenue… par achat et le tombeau aussitôt érigé.

L’exhumation eut lieu le 23 mars 1858.


« A Monsieur le Sénateur, Préfet de la Seine.

« Paris, le 12 mai 1858.

« Monsieur le Préfet,

« J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien autoriser le remboursement de la somme qui doit me revenir sur le prix d’un terrain de deux mètres au cimetière de l’Est, acquis conditionnellement le 3 mai 1857, pour la sépulture de Louis-Charles-Alfred de Musset, mon frère, décédé le 2 du même mois ; ce terrain étant devenu libre par suite de l’exhumation faite le 23 mars 1858 et de la réinhumation dans un terrain de trois mètres 38 c., acquis le 29 décembre 1857, sous le numéro 936. Ci-joint le certificat de M. le Conservateur du cimetière de l’Est.

« Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l’assurance de ma haute considération.

« PAUL DE MUSSET.

« Rue des Pyramides, 8. »

M. Paget, dans l’Illustration du 4 mai 1861, décrit ainsi le tombeau :

« Le monument dont nous donnons ici la figure, a 2m de large sur 2m20 de haut. La partie supérieure, forme médaillon placé dans le fronton, porte la tête de Minerve, symbole de l’Institut. Au-dessous du piédouche qui supporte le buste en marbre d’Alfred de Musset, tel qu’il était peu de temps avant sa mort, on a sculpté la lyre, la plume, avec une palme et une branche de laurier, attributs du poète illustre. Dans un cartel placé sous ces attributs, sont gravés six vers, extraits d’une élégie touchante que tout le monde connaît ; elle est intitulée Lucie :

Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière ;
J’aime son feuillage éploré,
La pâleur m’en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
A la terre où je dormirai.

«…Enfin, sur les deux cippes parallèles, sont gravés : d’un côté, quatre titres d’œuvres en vers : Namouna, Rolla, Mardoche, Les Nuits ; de l’autre, trois titres d’ouvrages en prose : Un Caprice, Lorenzaccio, Frédéric et Bernerette. »

Un saule pleureur est placé près du tombeau qu’il recouvre de ses branches ; mais le pauvre arbre a bien peu de terre et il faut le remplacer souvent, ce à quoi veilla d’abord le frère et veille aujourd’hui la sœur du poète. Fréquemment, des mains amies vont y déposer des fleurs et tous les ans, le 2 mai, une manifestation a lieu, organisée par des jeunes gens enthousiastes et des admirateurs de l’auteur des Nuits.

Le 9 mai 1880, une représentation extraordinaire fut donnée au Palais du Trocadéro, organisée par MM. Grippa de Winter, Buchelbry, Raymond Bonnial, le comité des fêtes du Quartier-Latin, l’école de M. Talbot et les délégations des Facultés de Bruxelles, Lille, Liège, etc…, sous la présidence d’honneur de M. Paul de Musset. Une quête fut faite par Mmes Sarah Bernhardt, Leslino, Hess, Schriwanech, etc…, dont le produit devait être affecté à l’embellissement de la tombe d’Alfred de Musset, quête contre laquelle protesta Paul de Musset par cette lettre adressée au Figaro :


« A Monsieur le Rédacteur du Figaro.

« Le 10 mai 1880.

« Monsieur le Rédacteur,

« L’état de ma santé ne m’a pas permis d’assister hier, 9 mai, à la représentation extraordinaire qui a eu lieu dans la salle du Trocadéro, en l’honneur d’Alfred de Musset. Mais je viens d’apprendre qu’une quête, organisée par des dames, a été faite, malgré ma défense, dont le produit est destiné à l’embellissement de la tombe d’Alfred de Musset.

« Je proteste contre cette étrange prétention d’embellir la tombe de mon frère. Cette tombe est connue de toute la terre par la photographie ; elle n’a besoin d’aucun embellissement, et je ne permettrai à personne d’y porter les mains.

« Si le saule pleureur a été gelé, le jardinier du cimetière le remplacera ; il est payé pour cela. Que ces dames portent des couronnes et des fleurs tant qu’elles voudront, elles ne seront pas les seules. Mais l’entretien du tombeau n’appartient qu’à la famille du poète.

« Je vous serai très obligé, monsieur le Rédacteur, si vous voulez bien prêter à ma protestation le secours de votre grande publicité.

« Recevez, Monsieur, l’assurance de ma considération la plus distinguée.

« PAUL DE MUSSET. »

A l’occasion de cette fête, on moula le buste d’A. de Musset, dû au ciseau de Barre, et ce buste fut couronné au cours de la représentation ; moule et buste sont depuis lors chez Mme Lardin de Musset. Un programme, orné d’une vignette lithographiée par H. Dillon, fut imprimé.

Le Petit Journal du 2 novembre 1891 donne une petite vignette du tombeau, qu’accompagne un article descriptif.

A propos de la manifestation du 3 mai 1892, M. Paul Ferrier composa une pièce de vers « Sur la tombe d’Alfred de Musset » :

Portez des fleurs au cimetière,
Les fleurs du printemps que j’aimai
Les lilas à la grappe altière
Et les pâles roses de mai ;
Venez avec une prière
Sur la tombe où je dormirai.
………………………

que publièrent le Gaulois du 8 mai 1892 et la Semaine Politique et Littéraire du 6 novembre de la même année.


MEZZARA
1865.

Buste en marbre, sculpté par Mezzara en 1865 et dont la physionomie semble inspirée principalement par le portrait de Landelle. Alfred de Musset est représenté de trois quarts à gauche, le col découvert, la cravate retombant au milieu de la poitrine, les épaules drapées dans un manteau. Sur le socle, on lit : « Alfred de Musset, né à Paris le 11 décembre 1810, mort le 2 mai 1857. »

« A Monsieur Alfred Arago.

« 20 avril 1865.

« Mon cher Alfred,

« Le buste de Mezzara est terminé. Je le trouve vraiement très ressemblant. On a dit à l’auteur qu’on lui enverrait l’Inspecteur des Beaux-Arts. Tâchez donc que ce soit vous, car un autre n’ayant pas connu mon frère ne pourrait point juger de la ressemblance, qui est une chose très importante.

« Je voudrais bien que ce buste fût mis dans le foyer de la Comédie-Française. Il y serait bien à sa place. M. Mezzara m’a l’air d’un homme très modeste, sans protections, comme beaucoup de gens de talent. Il ne semble pas que ce soit une raison de l’abandonner. Tâchez de faire quelque chose pour lui.

« Tout à vous,

« PAUL DE MUSSET. »

« A Monsieur Alfred Arago.

« 10 février 1868.

« Mon cher Alfred,

« J’ai revu pour la dernière fois le buste de mon frère dans l’atelier de M. Mezzara et je l’ai trouvé parfait. Ma sœur et moi, nous avons presqu’été scandalisés de ne plus trouver une seule observation à faire à l’auteur sur la ressemblance. M. Mezzara a réellement beaucoup de talent. Il pense avec raison que le foyer de la Comédie Française sera pour lui la meilleure des expositions. Je suis aussi pressé que lui de voir ce beau buste dans les rangs des Corneille et des Molière. Faites écrire à l’artiste de vous l’envoyer. Édouard Thierry l’attend.

« Je vous serre la main bien cordialement et suis tout à vous.

« PAUL DE MUSSET. »

Le buste est placé dans la galerie du Foyer public au théâtre de la Comédie-Française : « Musset, le poète aimé qui revit dans l’œuvre de Mezzara, dit M. René Delorme, reçoit chaque jour de pieuses visites. Souvent, des groupes s’arrêtent pour le contempler ; aucune physionomie ne reste indifférente alors : les unes s’assombrissent, les autres s’éclairent, double hommage de regret et d’admiration[4]. »

Quatre reproductions : 1º Gravure à l’eau-forte in-32 par A. Lamotte, faite en 1876 pour l’édition des Œuvres dans la Petite Bibliothèque Charpentier.

2º Gravure à l’eau-forte par Monziès, en 1877, pour l’édition in-18 des Œuvres à la librairie Lemerre.

3º Peinture sur émail faite en 1881 par Mme Rosine Mezzara.

4º Glyptographie in-4º, publiée en tête du tome I de l’édition populaire illustrée des Œuvres à la librairie Charpentier, 1889. (5 vol. in-4º).


EUGÈNE LAMI
1879.

Dans le portrait d’Alfred de Musset peint en 1879 par M. Eugène Lami, le poète est représenté à mi-corps, de trois quarts, la figure à droite. Il est appuyé sur la tablette d’une cheminée et de la main gauche tient un livre à demi fermé.

Gravé à l’eau-forte par Waltner, pour l’édition in-32 des Œuvres dans la Petite Bibliothèque Charpentier.


PIERRE GRANET
1882.

Statue en pied, exécutée en 1882 par Pierre Granet, et figurant au Salon de la même année. Alfred de Musset est représenté de face ; de la main gauche, il tient son chapeau appuyé sur la cuisse ; son bras droit est replié, et, dans la main droite, il tient un stick et des gants ; un long manteau, tombant de l’épaule droite, lui couvre une partie du dos.

Cette statue a été inspirée pour la pose et l’attitude par les portraits en pied d’Eugène Lami et de Gavarni ; pour la figure, beaucoup par celui de Mlle Marie Moulin et un peu par celui de Landelle. Elle était primitivement destinée au concours ouvert par la Ville de Paris pour l’ornementation des façades de l’Hôtel de Ville ; mais, par suite de circonstances indépendantes de sa volonté, M. Granet n’ayant pu prendre part à ce concours, il présenta son œuvre à Mme Lardin de Musset qui l’accepta et, à son tour, proposa à la Société des Gens de lettres de dresser cette statue sur l’une des places publiques de Paris ; mais, comme on le verra plus loin, ce projet échoua. Aujourd’hui, cette statue est au Louvre.

Une reproduction a été gravée à l’eau-forte à la fin de l’année 1882 par Louis Charbonnel, pour servir de frontispice à ma Bibliographie des Œuvres d’Alfred de Musset (Rouquette, 1883, gr. in-8º). Voir dans le Salon de 1882 édité chez Baschet, (1 vol. in-4º, p. 253), le jugement porté par M. Philippe Burty sur cette statue. Une contrefaçon en phototypie, un peu réduite, de l’eau-forte de Charbonnel, est publiée dans A Selection from the Poetry and comedies of Alf. de Musset, edited by Oscar Kuhns. (Boston, 1895, in-8º).


IDRAC
1883.

Statue en pied, exécutée en 1883 par M. J.-M.-A. Idrac et placée dans l’une des niches de la façade de l’Hôtel de Ville de Paris, côté du quai, pavillon de droite, 1er étage.

Alfred de Musset est de face : la main gauche, glissée dans la poche de son pantalon, soulève le pan de sa redingote ; la main droite émerge en avant, sortant des plis du manteau, qui, tombant de l’épaule, recouvre le bras droit qui le soutient.

Une reproduction par M. D. Cauconnier se trouve page 145 de l’ouvrage intitulé : Les Statues de l’Hôtel de Ville, par Georges Veyrat. (Paris, ancienne librairie Quantin, 1892, 1 vol. gr. in-8º.) — L’Art du 1er octobre 1892 donne également le dessin de cette statue.


FALGUIÈRE et MERCIÉ
Monument d’Alfred de Musset.

Il y a vingt-deux ans que l’on parle, si je ne me trompe, d’élever une statue à Alfred de Musset, et je crois que ce fut M. Félix Platel qui, le premier, en eut l’idée ; il écrivait dans le Figaro du 27 juin 1877 :

«…. Un autre poète français, Ponsard, que j’ai beaucoup connu, a déjà sa statue. Musset ne l’a pas, quoique bien plus grand. C’est que Musset est parisien, et seule, la province élève des statues à ses compatriotes…. Pour le poète immortel, coupez dans la carrière une belle tranche de marbre. Musset ! C’est toi et moi, ô lecteur ! C’est l’homme fait d’âme et de chair, que vous aimez, avez aimé ou aimerez, ô lectrice ! C’est notre jeunesse ! — IGNOTUS ».

Trois ans plus tard, le 9 décembre 1880, dans le même journal, Émile Zola revient sur cette idée, alors qu’il était question d’ériger une statue à Balzac :

«….O Paris ingrat ! s’il te faut des gloires littéraires, où est la statue de Musset, ce grand poète du siècle, le plus humain et le plus vivant ? où est celle de Théophile Gautier, cet artiste parfait… ? »

Mais ce n’étaient encore que propos d’atelier ou de salon et c’est seulement en 1887 qu’on tenta réellement de mettre ce projet à exécution. M. Marquet de Vasselot, auteur de la statue de Lamartine qui se dresse à Passy, offrit de sculpter gratuitement une statue à Alfred de Musset. Un comité se forma, présidé par Arsène Houssaye[5]. — D’autre part, Mme Lardin de Musset s’entendait avec la Société des Gens de Lettres et lui soumettait une maquette par Pierre La Fontaine, Granet, exécutée depuis 1882. Mais la Société, occupée de la statue de n’eut pas le temps ou ne voulut pas s’occuper de celle d’Alfred de Musset[6].

En 1888, cette même Société des Gens de Lettres, sur la proposition de M. Philibert Audebrant, décidait qu’un Congrès littéraire international serait ouvert à Paris en 1889, qui devait coïncider avec le centenaire de 1789 et l’Exposition Universelle, et que trois statues seraient érigées à Balzac, A. de Musset et V. Hugo, mais cette décision resta toujours à l’état de voeu.

Pendant que ces divers projets s’élaboraient sans aboutir, un riche Américain, M. Osiris, agissait : il mettait à la disposition du Conseil municipal de Paris la somme nécessaire à l’érection d’un monument ; MM. Falguière et Mercié, de l’Institut, seraient chargés de son exécution : M. Mercié, de la statue elle-même, M. Falguière, du piédestal et des allégories qui l’orneront. La Cocarde, du 27 février 1889, le décrit ainsi :

«….Ce monument se compose d’un piédestal sur lequel est placée la statue du poète ; une figure allégorique, représentant la Jeunesse, dépose des fleurs à ses pieds. MM. Falguière, Mercié et Osiris ont demandé, pour y édifier leur œuvre, le terre-plein situé devant la Comédie-Française. »

Le Conseil Municipal préférait voir la statue de Musset s’élever sur le square situé devant l’église Saint-Augustin.

La même année 1889 voit se former un nouveau comité ayant pour but d’ériger par souscription une statue à Alfred de Musset[7]. Cette affiche fut placardée un peu partout :

SOUSCRIPTION
ouverte par la Jeunesse de France pour élever une statue à
ALFRED DE MUSSET

Camarades,

On parle depuis longtemps d’élever une statue à Alfred de Musset. L’heure nous semble venue de passer de la parole à l’action. C’est à nous, les jeunes, qu’il appartient de prendre l’initiative d’un monument à celui qui est et restera le poète des jeunes.


Camarades,

Vous entendrez notre appel, et bientôt, grâce à vous, Paris verra se dresser sur l’une de ses places, l’image impérissable d’Alfred de Musset.


LE COMITÉ.

Une longue liste de noms suivait. Le comité se subdivisait : 1º En comité d’initiative : MM. Frédéric Giraud et Auguste Renucci, secrétaires. — 2º En comité d’honneur : M. Émile Augier, président. MM. J. Claretie, F. Coppée, A. Dumas, L. Halévy, Ed. Pailleron, Ch. Buloz, H. Fouquier, A. Houssaye, J. Richepin, F. Sarcey, E. Zola, Delaunay, Got, G. Charpentier, etc. Les souscriptions étaient reçues à la librairie Lemerre. — Mais 912 francs seulement furent recueillis, qui suffirent à peine à solder les frais de publicité.

Il ne restait plus que le monument Falguière-Mercié. Plusieurs maquettes furent successivement modelées.

1891. Le Gaulois, 13 avril. — «….Musset est représenté assis, les yeux fixés sur un livre. Devant lui, passe une figure allégorique, la Muse de la Poésie, effeuillant des fleurs dans l’espace. L’ensemble est imposant et d’une grâce empreinte de mélancolie. Le monument aura environ 7m 50 de hauteur. Les deux grands sculpteurs espèrent que leur œuvre sera achevée vers le mois de juillet. »

1892. Le Temps, 26 février. — «….On verra dans la partie inférieure, une Muse, foulant d’un pied léger le soubassement, se tourner au passage vers le poète ; du bras droit, elle tiendra une lyre appuyée contre sa poitrine ; elle déposera de la main gauche une palme aux pieds du chantre des Nuits, que M. Mercié représentera assis, les jambes croisées, sur une roche, et le bras appuyé sur son genou, le menton dans sa main, méditant. »

Dans une lettre que publie l’Événement du 18 août 1892, M. Osiris déclare que le monument est presque terminé, et cependant les mois et les années se passent sans qu’Alfred de Musset ait sa statue. La cause de ce retard ? La raison donnée est que MM. Mercié et Falguière attendent que le Conseil municipal leur désigne l’emplacement, pour savoir quelles proportions ils doivent donner à leur monument. De son côté, le Conseil municipal déclare attendre que MM. Falguière et Mercié aient terminé leur œuvre avec ses dimensions pour désigner l’emplacement. Le Gaulois du 29 octobre 1896 s’étonne à bon droit d’un pareil retard, alors que depuis plus de deux ans la maquette est acceptée par le Conseil municipal, et, sans résultat du reste, demande des explications. Le plus ennuyé est M. Osiris, qui, sur la somme de quarante mille francs à laquelle la Commission des Beaux-Arts a évalué le prix du Monument, en a versé dix mille et voudrait remettre le surplus aux mains du Conseil municipal.

A la fin de l’année 1897, M. Falguière se retire de l’association :

«….Il a considéré, d’accord avec son ami Mercié, que ce serait trop de deux auteurs pour une œuvre qui ne saurait être de dimensions très grandes. Et comme M. Mercié était chargé de la figure principale, il a été convenu que le même artiste s’occuperait également des motifs accessoires…. »

Telle est l’explication que donne le Figaro du 10 octobre 1897. Je crois que l’ennui causé par tous ces retards est la véritable raison de la retraite de M. Falguière. Et, à mon humble avis, il se passera bien du temps encore, avant que nous ne voyions la statue d’Alfred de Musset se dresser à Paris, sur une place publique ; cependant, l’Exposition universelle de 1900 présente une excellente occasion d’inaugurer ce monument.

M. Antonin Mercié reste donc seul chargé de l’exécution. Le Figaro du 17 janvier 1898 donne la description de la maquette du dernier projet :

«….Mercié nous a montré une cire représentant Alfred de Musset assis sur un banc, un livre à la main, un manteau tombant de ses épaules, le regard perdu dans un rêve. Ingres n’eût pas mieux dessiné l’élégant poète dandy, que Mercié nous a rendu vivant : « C’est tout. Peut-être encore sur le piédestal, un bas-relief donnant quelques scènes des proverbes. Cela dépendra de l’ampleur du monument, c’est-à-dire de la place que va me désigner le Conseil. »

place du Théâtre-Français, qui fait face à la rue Saint-Honoré, et sur lequel donne l’entrée des artistes de la Comédie Française ; on le débarrassera des édicules qui l’encombrent. Il avait également été question d’ériger la statue d’Alfred de Musset, place de la Sorbonne, au milieu de la jeunesse des Écoles ; ce projet semble abandonné.

Quant à la physionomie elle-même de la statue, M. Mercié l’a composée d’après les portraits exécutés du vivant d’Alfred de Musset et les données que lui fournirent diverses personnes, parents et amis, ayant connu le poète. Mme Lardin de Musset a remis au sculpteur des vêtements portés par l’auteur de Un Caprice et est même venue poser pour les yeux et le haut de la figure qu’elle a semblables à ceux de son frère.


PORTRAITS DIVERS

I. — Portrait-charge dessiné par Alfred de Musset sur l’album de son ami Alfred Tattet. Mme Tattet avait bien voulu me faire voir ce portrait ; mais aujourd’hui cette dame est morte et j’ignore lequel de ses héritiers le possède actuellement.

II. — Un matin de l’année 1882, le graveur Louis Charbonnel m’apporta un portrait peint à l’huile sur une toile collée sur carton fort ; il prétendait que c’était Alfred de Musset par Eugène Delacroix : le poète était représenté en buste, de face et vêtu d’une chemise de femme. Je ne pouvais discuter avec lui l’authenticité du Delacroix, car il avait sous ce rapport beaucoup plus de connaissances que moi ; mais, ce que je pus lui affirmer, c’est que son tableau me semblait une affreuse croûte et que ce n’était sûrement pas Alfred de Musset. Charbonnel n’en voulut pas moins graver à l’eau-forte ce portrait, le réduisant à peu près au quart, et me donna le cuivre. Cet ami est mort en 1884 et je ne sais ce qu’est devenu l’original ; quant au cuivre j’en ai, cette même année 1884, fait tirer 25 épreuves à l’imprimerie Lemercier et l’ai mis au fond d’un de mes tiroirs où il est encore.

III. — Une vignette de Bertall, gravée sur bois par Le Blanc : « Panthéon du Diable à Paris : la poésie, la philosophie, la littérature », publiée dans le Diable à Paris, (Hetzel, 1845, 2 vol. in-4º, tome II, page 336), renferme un petit portrait-charge d’Alfred de Musset.

IV. — On prétend qu’Alfred de Musset aurait, sans le savoir, été pris comme modèle pour cette gravure de modes : « L’Homme du Monde, par Humann, 83, rue Neuve-des-Petits-Champs », lithographie in-4º par Gavarni, publiée dans : Le Voyageur, journal de l’office aqw universel, place de la Bourse, 27. 1847 ; — La Mode, 15 décembre 1847. Puis isolément avec cette légende : « L’Homme du Monde au foyer de l’Opéra, par Humann. » (Imp. Lemercier.) — Je ne connais aucune preuve à l’appui de ce dire.

V. — Vignette sur bois non signée, publiée dans le Livre des 400 auteurs. (Paris, Bureau du Magasin des Familles, 1850, 1 vol. in-4º, page 8) : « Pourquoi Alfred de Musset résiste-t-il avec tant de froideur à la Muse, que pour lui échapper il lui laisse aux mains son manteau de poète. » La vignette représente la scène de Joseph et la femme de Putiphar.

VI. — Dans l’Album des portraits comiques, contenant plus de 100 sujets variés, (Paris, Bureau du Magasin des Familles, s. d., in-8º oblong), on trouve page 11, un portrait-charge d’Alfred de Musset en berger, qui n’est autre que le portrait d’Arsène Houssaye.

VII. — La Comédie des comédiennes, no 2. « C’est une belle chose que l’Amour, n’est-ce pas, poète ? C’est Dieu qui a fait l’Amour ! — Oui, mais c’est le diable qui a fait la femme ». Lithographie in-4º par Cisneros d’après Talin, (Imp. Bertauts), publiée dans l’Artiste du 16 décembre 1855. Ce sont, dit-on, Alfred de Musset et Rachel.

VIII. — Portrait d’Alfred de Musset, tableau par M. Eugène Carrière. Salon de 1878 (no 412).

IX. — En 1881, le libraire et marchand d’estampes Fabré vendait un portrait in-8º, gravé au vernis mou, signé : « Ch. Senties » et portant à côté de ce nom le fac-similé de la signature d’Alfred de Musset. J’ignore quel personnage M. Ch. Senties a voulu représenter ; mais, quel qu’il soit, ce n’est pas un portrait d’Alfred de Musset.

X. — Buste en plâtre, par Zacharie Rimbez. Salon de 1885 (no 4139).

XI. — « Trinité Poétique : Alfred de Musset, Victor Hugo, Lamartine. » Tableau par Guillaume Dubuffe. Salon de 1888 (n° 887).

XII. — « Collection Prunaire, n° 43. Alfred de Musset ». Portrait in-8º colorié, gravé sur bois par A. Prunaire, d’après le dessin de E. Loevy, (Picard et Kaan, éditeurs à Paris. Imp. de Ch. Unsinger), avec, au verso, une notice par H. Mossier. Image donnée en récompense dans les écoles.

XIII. — Caricature in-32, gravée au trait par Malatesta, à propos de Lorenzaccio :

Publiez mes secrets, défigurez mon drame, Mais épargnez du moins l’interview à mon âme.

publiée dans l’Illustration du 30 janvier 1897.


  1. Publiée en 1893 dans la Revue de l’Art français, page 204. Il s’agit de son service comme garde national.
  2. Exposée au Salon de 1859, no 2491.
  3. A cette époque, le Prince Impérial était encore Joseph Napoléon, nommé par décret du 18 décembre 1852, confirmé le 23 par un sénatus-consulte.
  4. Le Musée de la Comédie-Française. Paris, Ollendorff, 1878. 1 vol. in-8, p. 46.
  5. Voir : Le Figaro, 12 mars 1887, Suppl. Art. par George Herbert. — Le Gil Blas, 19 avril 1887, art. par F. Xau.
  6. Voir : L’Écho de Paris, 13 avril 1887. — La Petite Presse, 17 avril 1887, etc.
  7. Voir : Le Gaulois, 24 avril 1889. — Paris, 11 juillet. — Le Public, Le Voltaire, 18 juillet. — Le Parisien, 25 septembre, etc.