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Dom François roy de Bungo

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Inconnu
Dom François roy de Bungo
Tragédie dediée à Messeigneurs, Messeigneurs les rewart, mayeur, eschevins, conseil, et huit-hommes de la ville de Lille
Jean-Baptiste de Moitemont.


DOM FRANÇOIS
ROY DE BVNGO,
TRAGEDIE
DEDIÉE
À MESSEIGNEURS, MESSEIGNEURS
LES REWART, MAYEUR,
ESCHEVINS, CONSEIL,
ET HUIT-HOMMES
DE LA VILLE DE LILLE,
Par la liberalité deſquels les prix ſeront diſtribués.
REPRESENTÉE
Par les Écoliers du College de la Compagnie de JÉSUS à Lille, le 7 Septembre 1690. à deux heures aprés midi pour les Dames ſeulement, & et le 9. pour les Messieurs, à la même heure.
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À LILLE,
De l’Imprimerie de Jean-Baptiste de Moitemont, à la Bible d’or couronnée.


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SUJET.

D
Om François Roy de Bungo, n’eut pas plûtôt quitté le gouvernement de l’État en faveur de son Fils Conſtantin, que celuy-cy pouſṡé d’un deſir paſṡionné d’affermir la Couronne, & d’ailleurs porté par les ſourdes pratiques d’Arimando & de Saxuma, tous deux ennemis jurés des Chrêtiens, renonça d’abord à la Foy ; & ſe réſolut enſuite sur leurs faux râports, de tremper les mains dans le ſang de ſon Pere : Mais ayant reconnu ſon innocence, il conçût tant d’horreur & de confuſion de ſon barbare deſſein, qu’il luy rendit le gouvernement, & conſacra le reſte de ſes jours à une tres-rude penitence. Hiſtoire du Japon.
la scene est à vosuqui,
dans le palais du roy.
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ACTE PREMIER.


D
Om François ſenſiblement affligé de l’Apoſtaſie de Conſtantin, ſe ſeroit retiré de la Cour, 2. ſi ſes deux autres Fils ne luy euſſent repreſenté que par ſon éloignement il s’alloit âtirer le reproche de n’avoir point aſſez de courage pour ſoûtenir vigoureuſement la querelle de JÉSUS-CHRIST : 3. Céte penſée l’arrête, & le porte à tenter toutes les voyes imaginables pour ramener le deſerteur au gyron de l’Égliſe. 4. Il le va trouver dans ce deſſein ; mais Arimando luy défend l’entrée du Palais, & l’oblige ; malgré qu’il en ait, de s’en retourner ſur ſes pas. Saxuma avoit inſtruit ce jeune Prince d’en uſer de la ſorte, de peur que le grand pouvoir que le Pere avoit ſur l’eſprit du Fils, ne l’ébranlat, & ne l’engageat à reprendre enfin le parti des Chrétiens. 5. Pour joüer à coup ſeur, ils convinrent enſemble de prevenir Conſtantin, & de luy faire accroire que ſon Pere ſe repentoit d’avoir quitté la Couronne, ne doutant pas, que, comme il en étoit extrémement jaloux, il ne donnat d’abord dans le panneau.
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ACTE SECOND.


COnſtantin declare à ſon Fils, que, quelque promeſſe qu’il ait faite à Saxuma de bannir tous les Chrétiens du Royaume, il veut neanmoins retenir ſon Pere à la Cour, & ordonne en même temps à ſon Frere de le ſupplier de s’y en venir au plûtôt. 2. Tandis que celuy-cy execute ces ordres avec joye ; l’autre frappé d’un changement ſi ſoudain, court en avertir l’Ambaſſadeur ; Le Roy en uſoit ainſi, pour découvrir la verité des rapports qu’on luy avoit faits de ſon Pere ; & pour y reüſſir avec plus de ſûreté, il a recours à la diſſimulation. 3. Dés auſſitôt qu’il l’apperçoit venir, il luy va au devant, ſe jette à ſes pieds, & feint d’avoir un regret ſenſible de ſon infidelité. 4. Saxuma arrivant là deſſus, & voyant les embraſſemens reciproques du Pere & du Fils, proteſte hautement qu’il ſe vangera de l’inconſtance de ce Prince ; & s’adreſſant à Arimando, il eſt temps, luy dit-il, d’executer les ordres de l’Empereur, la Couronne eſt à vous. 5. Celuy-cy n’en veut pas davantage, il va en diligence amaſſer les Payens pour exterminer le culte de JÉSUS-CHRIST, & ſe mettre ſur le Trône de ſon Pere.


INTERMEDE COMIQUE.

Le Soldat malgré luy par ordre de ſon Pere.

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ACTE TROISIÉME.


Lsc|E Roy ayant âpris de Ximando l’inſolent âtentat de ſon Fils, ordonne à ce fidele Miniſtre de s’emparer incontinent de toutes les avenuës du Palais, & d’empêcher quiconque d’y entrer, hors Saxuma & Arimando. 2. À peine a-t’il donné ces ordres, qu’il les entrevoit tous deux ; le Fils neanmoins ſe retire, de crainte d’irriter ſon Pere : l’Ambaſſadeur s’avance, & demande bruſquement de la part de l’Empereur la mort de Dom François, & des autres Chrétiens avec des menaces ſi terribles, que Conſtantin ne jugeant pas de l’aigrir d’avantage, lui repart froidement, qu’il ne ſouhaite rien tant que d’obeïr aux ordres de l’Empereur, & que même il eſt prêt de donner cét employ à ſon Fils, s’il veut bien s’en charger. 3. Ce n’eſt pourtant qu’une feinte ; car dés que le Fils paroit, le Pere leve le maſque ; il luy reproche ſa felonnie, le fait jetter dans le cachot, & commande en même temps à l’Ambaſſadeur de ſortir promptement de ſes États. On ne vit jamais rien de plus deconcerté que ces deux perſonnes ; celuy-là ſe veut excuſer ſur le mauvais deſſein que tramoit Dom François de remonter ſur le Trône pour abolir le culte des Dieux ; celuy-cy proteſte de violence : Mais ni l’un ni l’autre ne ſont écoutés. 4. Aprés une action auſſi hardie qu’eſt celle-là, le Roy revenant un peu de ſon emportement, repaſſe dans ſon eſprit les dernieres paroles de ſon Fils, & ne pouvant s’âpaiſer sur les ſoupçons qu’elles luy font naître, il rentre dans ſon Cabinet pour réver aux moyens de penetrer les ſentimens de ſon Pere.


INTERMEDE COMIQUE.
Le Soldat eſtropié, le Pere trompé.
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ACTE QUATRIÉME.


COnſtantin s’étoit fait venir ſon Frere Sebaſte dans l’eſperance d’en tirer tout l’éclairciſſement qu’il ſouhaitoit ; & pour le ſurprendre plus finement, il fait ſemblant de vouloir rendre à ſon Pere le gouvernement du Royaume, prevoyant bien qu’il ne le pourroit tenir longtemps parmi tant de troubles. Le pauvre Sebaſte, qui ne s’âperçoit pas du piege que luy tend ſon Frere, ſe met d’abord à le loüer ſur ce genereux deſſein, qui ne pouvoit être que tres-avantageux à la Religion Chrêtienne ; il s’échape même juſqu’à luy inſinuer, que les Chrétiens le deſiroient paſſionnément, & que c’étoit l’unique raiſon qui retenoit Dom François dans le Royaume. 2. Aprés céte naïve declaration, le Roi ne doutant plus du fait, l’envoye querir par Sebaſte ſous pretexte de le revêtir de la Pourpre, mais en effét pour le ſacrifier à ſon indignation. 3. Comme il s’âplaudiſſoit de céte découverte, voici qu’on luy annonce que Saxuma avoit rompu les fers d’Arimando, & qu’ils avoient inveſti le Palais avec une groſſe troupe de Payens ; allarmé de céte nouvelle, il donne ordre d’arrêter ſon Pere à ſon arrivée, & court luy-même âpaiſer ces tumultuaires, par la promeſſe de le leur livrer entre les mains. 4. Dom François cependant arrive avec ſes deux Fils ; on oblige Sebaſte de ſe retirer, & on arrête le Pere en preſence du Cadet, qui rencontrant ſon Frere luy âprend céte déplorable diſgrace. 5. Sebaſte outré de douleur, & de colere atteſte le Ciel & la Terre que tôt ou tard il le vangera hautement des execrables fourberies de Conſtantin.


INTERMEDE COMIQUE.

Le Soldat aſtrologue, le Pere joüé.

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ACTE CINQUIÈME.


DOm François n’âtendoit plus que la mort, & ſe conſoloit avec ſon petit Loüis ſur le bonheur qu’il eſperoit de répandre ſon Sang pour JÉSUS-CHRIST, 2. lors qu’Arimando vient l’arracher d’entre les bras de ce cher Enfant pour le trainer au ſupplice ; ce fut la plus heureuſe nouvelle qu’il reçût jamais ; jamais il ne parut ſi Prince, jamais il n’eut l’eſprit plus paiſible, ni le viſage plus ſerain, ni l’œil plus aſſûré, ni le pas plus ferme, que dans céte occaſion. Mais Dieu qui n’avoit permis toute céte intrigue que pour la gloire de ce Heros Chrétien, ſe contenta de ſa bonne volonté, & renverſa toutes les entrepriſes du perfide Arimando par la revolte générale des peuples qui ne pouvoient ſouffrir qu’on immolat une perſonne, dont le Regne les avoit comblés de bienfaits. 3. C’eſt ce que Saxuma luy râporte, le preſſant de mettre avec luy ſon ſalut dans la fuite, parce que Conſtantin revenu de ſes ſoupçons, les cherchoit tous deux pour les perdre. 4. En effét ils ne ſont pas plutôt evadés, que ce Prince arrive dans la penſée d’executer ſon deſſein : mais entendant qu’on menoit ſon Pere à la mort, & que ſon fils en étoit l’auteur, il s’alloit emporter aux actions de fureur, ſi par un bonheur ineſperé, il ne l’eut vû revenir plein de vie, Dayro & Ximando l’ayant heureuſement retiré de la main du bourreau. 5. C’eſt ici que Conſtantin s’abandonne enfin à la douleur, & fait paroître toutes les marques viſibles d’une veritable penitence : il pleure, il gemit, il ſe jette par terre, il embraſſe les genoux de ſon Pere, & ne les veut pas quitter, qu’il ne luy ait promis de reprendre le Sceptre & la Couronne, afin qu’il puiſſe plus librement continuer ſes regrets tout le temps de ſa vie. Dom François ſe rend aprés pluſieurs conteſtations ; mais il proteſte qu’il ne les reprend que pour les luy rendre dés qu’il aura pacifié les peuples, & fait regner JÉSUS-CHRIST dans tous les États du Royaume.

À la plus grande gloire de DIEU,
& de la Vierge Immaculée.
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ACTEURS.

DOM FRANÇOIS Pere de Conſtantin Roy de Bungo, Eugene Hyacinthe des Wazieres de la Volandre, Rhetoricien de Lille.
CONSTANTIN Fils de Dom François Roy de Bungo, Iean Galliot, Rhetoricien de Lille.
ARIMANDO Fils de Conſtantin, Michel-Ange Albert du Bois, Rhetoricien de Lille.
DOM SEBASTE,

DOM LOUIS,
André Iean Erneſt des Wazieres de Thilloy, Rhet. Fils Chrétiens de Dom François, (de Lille, François Cuvelier, Grammarien de Lille.
SAXUMA Ambaſſadeur de l’Empereur du Japon auprés du Roy, Iean de Wall, Rhetoricien de Lille.
DAYRO Confident de Dom François, Iacque Simon Morel, Syntaxien de Lille.
XIMANDO Confident de Conſtantin, Bruno-Ange Matiſſart, Syntaxien de Lille.
CORINDO Prince de la Cour, Nicolas Ignace de Sains, Figuristien de Lille.

ACTEURS AUX COMIQUES.

Denis Iean-Baptiſte de Grincourt, Rhetoricien de Lille.
Michel-Ange Albert du Bois, Rhetoricien de Lille.
André Iean Erneſt des Wazieres de Thilloy, de Lille.
Antoine Pollet, Syntaxien de Lille.
Philippe Benoist Dominique des Wazieres de la Rive, Figuriſtien de Lille.