Dominique (1863)/07

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L. Hachette et Cie. (p. 146-161).


VII


Madeleine était perdue pour moi, et je l’aimais. Une secousse un peu moins vive ne m’aurait peut-être éclairé qu’à demi sur l’étendue de ce double malheur, mais la vue de M. de Nièvres, en m’atteignant à ce point, m’avait tout appris. Je restai anéanti, n’ayant plus qu’à subir une destinée qui fatalement s’accomplissait, et comprenant trop bien que je n’avais ni le droit d’y rien changer ni le pouvoir de la retarder d’une heure.

Je vous ai dit comment j’aimais Madeleine, avec quelle étourderie de conscience et quel détachement de tout espoir précis. L’idée d’un mariage, idée cent fois déraisonnable d’ailleurs, n’avait pas même encouragé le naïf élan d’une affection qui se suffisait presque à elle-même, se donnait pour se répandre, et cherchait un culte uniquement afin d’adorer. Quels étaient les sentiments de Madeleine ? Je n’y songeais pas non plus. À tort ou à raison, je lui prêtais des indifférences et des impassibilités d’idole ; je la supposais étrangère à tous les attachements qu’elle inspirait : je la plaçais ainsi dans des isolements chimériques, et cela suffisait au secret instinct qui, malgré tout, se loge au fond des cœurs les moins occupés d’eux-mêmes, au besoin d’imaginer que Madeleine était insensible et n’aimait personne.

Madeleine, j’en étais certain, ne pouvait ressentir aucun intérêt pour un étranger que le hasard avait jeté dans sa vie comme un accident. Il était possible qu’elle regrettât son passé de jeune fille, et qu’elle ne vît pas approcher sans alarmes le moment d’adopter un parti si grave. Mais il n’était pas douteux non plus, en admettant qu’elle fût libre de toute affection sérieuse, que le désir de son père, les considérations de rang, de position, de fortune, ne la décidassent pour une union où M. de Nièvres apportait, en outre de tant de convenances, des qualités sérieuses et attachantes.

Je n’éprouvais contre l’homme qui me rendait si malheureux ni ressentiment, ni colère, ni jalousie. Déjà il représentait l’empire de la raison avant de personnifier celui du droit. Aussi le jour où, dans le salon de Mme Ceyssac, M. d’Orsel nous présenta l’un à l’autre en disant de moi que j’étais le meilleur ami de sa fille, je me souviens qu’en serrant la main de M. de Nièvres, loyalement, je me dis : « Eh bien ! s’il en est aimé, qu’il l’aime ! » Et tout aussitôt j’allai m’asseoir au fond du salon ; et là, les regardant tous deux, bien convaincu de mon impuissance, plus que jamais condamné à me taire, sans aucune irritation contre l’homme qui ne me prenait rien puisqu’on ne m’avait rien donné, je revendiquai pourtant le droit d’aimer comme inséparable du droit de vivre, et je me disais avec désespoir : « Et moi ! »

À partir de ce jour, je m’isolai beaucoup. Moins qu’à personne, il m’appartenait de gêner des tête-à-tête d’où devait sortir l’intelligence de deux cœurs sans doute assez loin de se connaître. Je n’allai plus que le moins possible à l’hôtel d’Orsel. J’y jouais dorénavant un si petit rôle au milieu des intérêts qui s’y débattaient qu’il n’y avait pas le moindre inconvénient à m’y faire oublier.

Aucun de ces changements de conduite n’échappa certainement à Olivier ; mais il eut l’air de les trouver tout naturels, ne me parla de rien, ne s’étonna de rien, et ne s’expliqua pas davantage sur les faits qui se passaient dans sa famille. Une seule fois, une fois pour toutes, avec une habileté qui me dispensait presque d’un aveu, il avait établi que nous nous comprenions au sujet de M. de Nièvres.

« Je ne te demande pas, me dit-il, comment tu trouves mon futur cousin. Tout homme qui, dans un petit monde aussi restreint et aussi uni que le nôtre, vient prendre une femme, c’est-à-dire nous enlever une sœur, une cousine, une amie, apporte par cela même un certain trouble, fait un trou dans nos amitiés, et dans aucun cas ne saurait être le bienvenu. Quant à moi, ce n’est pas précisément le mari que j’aurais voulu pour Madeleine. Madeleine est de sa province. M. de Nièvres me semble n’être de nulle part, comme beaucoup de gens de Paris ; il la transplantera et ne la fixera pas. À cela près, il est fort bien.

— Fort bien ! lui dis-je ; je suis convaincu qu’il fera le bonheur de Madeleine… et c’est après tout…

— Sans doute, reprit Olivier sur un ton de négligence affectée, sans doute, avec désintéressement ; c’est tout ce que nous pouvons souhaiter. »

Le mariage avait été fixé pour la fin de l’hiver, et nous y touchions. Madeleine était sérieuse ; mais cette attitude toute de convenance ne laissait plus le moindre doute sur l’état de ses résolutions. Elle gardait seulement cette mesure exquise qui lui servait à limiter avec tant de finesse l’expression des sentiments les plus délicats. Elle attendait en pleine indépendance, au milieu de délibérations loyales, l’événement qui devait la lier pour toujours et de son propre aveu. De son côté, pendant cette épreuve aussi difficile à diriger qu’à subir, M. de Nièvres avait beaucoup plu et déployé les ressources du savoir-vivre le plus sûr unies aux qualités du plus galant homme.

Un soir qu’il causait avec Madeleine, dans l’entraînement d’un entretien à demi-voix, on le vit faire le geste amical de lui présenter les deux mains. Madeleine alors jeta un rapide regard autour d’elle, comme pour nous prendre tous à témoin de ce qu’elle allait faire ; puis elle se leva, et, sans prononcer une seule parole, mais en accompagnant ce mouvement d’abandon du plus candide et du plus beau des sourires, elle posa ses deux mains dégantées dans les mains du comte.

Ce soir-là même, elle m’appela près d’elle, et, comme si la netteté de sa situation nouvelle lui permettait dorénavant de traiter en toute franchise les questions relatives à des affections secondaires :

« Asseyez-vous là que nous causions, me dit-elle. Il y a longtemps que je ne vous vois plus. Vous avez cru devoir vous retirer un peu de nous, ce dont je suis fâchée pour M. de Nièvres, car, grâce à votre discrétion, vous ne le connaissez guère… Enfin je me marie dans huit jours, et c’est le moment ou jamais de nous entendre. M. de Nièvres vous estime ; il sait le prix des affections que je possède ; il est et sera votre ami, vous serez le sien ; c’est un engagement que j’ai pris en votre nom, et que vous tiendrez, j’en suis certaine… »

Elle continua de la sorte simplement, librement, sans aucune ambiguïté de langage, parlant du passé, réglant en quelque sorte les intérêts de notre amitié future, non pour y mettre des conditions, mais pour me convaincre que les liens en seraient plus étroits ; puis elle ramenait entre nous le nom de M. de Nièvres, qui, disait-elle, ne désunissait rien, mais consolidait au contraire des relations qu’un autre mariage peut-être aurait pu briser. Son but évident, en m’intéressant de la sorte aux garanties offertes par M. de Nièvres, était d’obtenir de moi quelque chose comme une adhésion au choix qu’elle avait fait, et de s’assurer que sa détermination, prise en dehors de tout conseil d’ami, ne me causait aucun déplaisir.

Je fis de mon mieux pour la satisfaire, je lui promis que rien ne serait changé entre nous, et je lui jurai de demeurer fidèle à des sentiments mal exprimés, c’était possible, mais trop évidents pour qu’elle en doutât. Pour la première fois peut-être j’eus du sang-froid, de l’audace, et je réussis à mentir impudemment. Les mots d’ailleurs se prêtaient à tant de sens, les idées à tant d’équivoques, qu’en tout autre circonstance les mêmes protestations auraient pu signifier beaucoup plus. Elle les prit dans le sens le plus simple, et m’en remercia si chaudement qu’elle faillit m’ôter tout courage.

« À la bonne heure. J’aime à vous entendre parler ainsi. Répétez encore ce que vous avez dit, pour que j’emporte de vous ces bonnes paroles qui consolent de vos ennuyeux silences et réparent bien des oublis qui blessent sans que vous le sachiez. »

Elle parlait vite, avec une effusion de gestes et de paroles, une ardeur de physionomie qui rendaient notre entretien des plus dangereux.

« Ainsi voilà qui est convenu, continua-t-elle. Notre bonne et vieille amitié n’a plus rien à craindre. Vous en répondez pour ce qui vous regarde. C’est tout ce que je voulais savoir. Il faut qu’elle nous suive et qu’elle ne se perde pas dans ce grand Paris, qui, dit-on, disperse tant de bons sentiments et rend oublieux les cœurs les plus droits. Vous savez que M. de Nièvres a l’intention de s’y fixer, au moins pendant les mois d’hiver. Olivier et vous, vous y serez à la fin de l’année. J’emmène avec moi mon père et Julie. J’y marierai ma sœur. Oh ! j’ai pour elle toutes sortes d’ambitions, les mêmes à peu près que pour vous, dit-elle en rougissant imperceptiblement. Personne ne connaît Julie. C’est encore un caractère fermé, celui là ; mais moi, je la connais. Et maintenant je vous ai dit, je crois, tout ce que j’avais à vous dire, excepté sur un dernier point que je vous recommande. Veillez sur Olivier. Il a le meilleur cœur du monde ; qu’il en soit économe, et qu’il le réserve pour les grands moments. — Et ceci est mon testament de jeune fille », ajouta-t-elle assez haut pour que M. de Nièvres l’entendît. Et elle l’invita à se rapprocher.

Très peu de jours après, le mariage eut lieu. C’était vers la fin de l’hiver, par une gelée rigoureuse. Le souvenir d’une réelle douleur physique se mêle encore aujourd’hui, comme une souffrance ridicule, au sentiment confus de mon chagrin. Je donnais le bras à Julie, et c’est moi qui la conduisis à travers la longue église encombrée de curieux, suivant l’usage importun des provinces. Elle était pâle comme une morte, tremblante de froid et d’émotion. Au moment où fut prononcé le oui irrévocable qui décidait du sort de Madeleine et du mien, un soupir étouffé me tira de la stupeur imbécile où j’étais plongé. C’était Julie qui se cachait le visage dans son mouchoir et qui sanglotait. Le soir, elle était encore plus triste, si c’est possible ; mais elle faisait des efforts inouïs pour se contraindre devant sa sœur.

Quelle étrange enfant c’était alors : brune, menue, nerveuse, avec son air impénétrable de jeune sphinx, son regard qui quelquefois interrogeait, mais ne répondait jamais, son œil absorbant ! Cet œil, le plus admirable et le moins séduisant peut-être que j’aie jamais vu, était ce qu’il y avait de plus frappant dans la physionomie de ce petit être ombrageux, souffrant et fier. Grand, large, avec de longs cils qui n’y laissaient jamais paraître un seul point brillant, voilé d’un bleu sombre qui lui donnait la couleur indéfinissable des nuits d’été, cet œil énigmatique se dilatait sans lumière, et tous les rayonnements de la vie s’y concentraient pour n’en plus jaillir.

« Prenons garde à Madeleine », me disait-elle dans une angoisse où perçaient des perspicacités qui m’effrayaient.

Puis elle essuyait ses joues avec colère, et s’en prenait à moi de cet excès d’insurmontable faiblesse contre lequel les vigoureux instincts de sa nature se révoltaient.

« C’est aussi votre faute si je pleure. Regardez Olivier, comme il se tient bien. »

Je comparais cette douleur innocente à la mienne, je lui enviais amèrement le droit qu’elle avait de la laisser paraître, et ne trouvais pas un mot pour la consoler.

La douleur de Julie, la mienne, la longueur des cérémonies, la vieille église où tant de gens indifférents chuchotaient gaiement autour de ma détresse, la maison d’Orsel transformée, parée, fleurie, pour cette fête unique, des toilettes, des élégances inusitées, un excès de lumière et d’odeurs troublantes à me faire évanouir, certaines sensations poignantes dont le ressentiment a persisté longtemps comme la trace d’inguérissables piqûres, en un mot les souvenirs incohérents d’un mauvais rêve : voilà tout ce qui reste aujourd’hui de cette journée qui vit s’accomplir un des malheurs de ma vie les moins douteux. Une figure apparaît distinctement sur le fond de ce tableau quasi imaginaire et le résume : c’est le spectre un peu bizarre lui-même de Madeleine, avec son bouquet, sa couronne, son voile et ses habits blancs. Encore y a-t-il des moments, tant la légèreté singulière de cet vision contraste avec les réalités plus crues qui la précèdent et qui la suivent, où je la confonds pour ainsi dire avec le fantôme de ma propre jeunesse, vierge, voilée et disparue.

J’étais le seul qui n’eût point osé embrasser Mme de Nièvres au retour de l’église. En fit-elle la remarque ? Y eut-il chez elle un mouvement de dépit, ou céda-t-elle tout simplement à l’élan plus naturel d’une amitié dont elle avait voulu, quelques jours auparavant, régler elle-même les engagements très-sincères ? Je ne sais ; mais dans la soirée M. d’Orsel vint à moi, me prit par le bras et m’amena plus mort que vif jusque devant Madeleine. Elle était au milieu du salon, debout près de son mari, dans cette tenue éblouissante qui la transfigurait.

« Madame… » lui dis-je.

Elle sourit à ce nom nouveau, et, j’en demande pardon à la mémoire d’un cœur irréprochable, incapable de détour et de trahison, son sourire avait à son insu des significations si cruelles qu’il acheva de me bouleverser. Elle fit un geste pour se pencher vers moi. Je ne sais plus ni ce que je lui dis, ni ce qu’elle ajouta. Je vis ses yeux effrayants de douceur tout près des miens, puis tout cessa d’être intelligible.

Quand il me fut possible de me reconnaître au milieu d’un cercle d’hommes et de femmes parées qui m’examinaient avec un intérêt indulgent capable de me tuer, je sentis que quelqu’un me saisissait rudement ; je tournai la tête, c’était Olivier.

« Tu te donnes en spectacle ; es-tu fou ? » me dit-il assez bas pour que personne autre que moi ne l’entendît, mais avec une vivacité d’expression qui me remplit d’épouvante.

Je restai quelques instants encore contenu par la violence de son étreinte ; puis je gagnai la porte avec lui. Arrivé là, je me dégageai.

« Ne me retiens pas, lui dis-je, et au nom de ce qu’il y a de plus sacré, ne me parle jamais de ce que tu as vu. »

Il me suivit jusque dans la cour et voulut parler.

« Tais-toi », lui dis-je encore, et je m’échappai.

Aussitôt que je fus rentré dans ma chambre et que je pus réfléchir, j’eus un accès de honte, de désespoir et de folie amoureuse qui ne me consola pas, mais qui me soulagea. Je serais bien en peine de vous dire ce qui se passa en moi pendant ces quelques heures tumultueuses, les premières qui me firent connaître avec mille pressentiments de délices, mille souffrances toutes atroces, depuis les plus avouables jusqu’aux plus vulgaires. Sensation de ce que je pouvais rêver de plus doux, crainte effroyable de m’être à jamais perdu, angoisses de l’avenir, sentiment humiliant de ma vie présente, tout, je connus tout, y compris une douleur inattendue, très-cuisante, et qui ressemblait beaucoup à l’âcre frisson de l’amour-propre blessé.

Il était tard, la nuit était profonde. Je vous ai parlé de ma chambre située dans les combles, sorte d’observatoire où je m’étais créé, comme aux Trembles, de continuelles intelligences avec ce qui m’entourait, soit par la vue, soit par l’habitude constante d’écouter. J’y marchai longtemps (et mes souvenirs redeviennent ici très-précis) dans un abattement que je ne saurais vous peindre. Je me disais : « J’aime une femme mariée ! » Je demeurais fixé sur cette idée, vaguement aiguillonné par ce qu’elle avait d’irritant, mais atterré surtout et fasciné pour ainsi dire par ce qu’elle contenait d’impossible, et je m’étonnais de répéter le mot qui m’avait tant surpris dans la bouche d’Olivier : J’attendrai… Je me demandais : quoi ? Et à cela, je n’avais rien à répondre, sinon des suppositions abominables dont l’image de Madeleine me paraissait aussitôt profanée. Puis j’apercevais Paris, l’avenir, et dans des lointains en dehors de toute certitude, la main cachée du hasard qui pouvait simplifier de tant de manières ce terrible tissu de problèmes, et, comme l’épée du Grec, les trancher, sinon les résoudre. J’acceptais même une catastrophe, à la condition qu’elle fût une issue, et peut-être, avec quelques années de plus, j’aurais lâchement cherché le moyen de terminer tout de suite une vie qui pouvait nuire à tant d’autres.

Vers le milieu de la nuit, j’entendis à travers le toit, à travers la distance, à toute portée de son, un cri bref, aigu, qui, même au plus fort de ces convulsions, me fit battre le cœur comme un cri d’ami. J’ouvris la fenêtre et j’écoutai. C’étaient des courlis de mer qui remontaient avec la marée haute et se dirigeaient à plein vol vers la rivière. Le cri se répéta une ou deux fois, mais il fallut le surprendre au passage, puis on ne l’entendit plus. Tout était immobile et sommeillant. Un petit nombre d’étoiles très-brillantes vibraient dans l’air calme et bleu de la nuit. À peine avait-on le sentiment du froid, quoiqu’il fût rendu plus intense encore par la limpidité du ciel et l’absence de vent.

Je pensai aux Trembles ; il y avait si longtemps que je n’y pensais plus ! Ce fut comme une lueur de salut. Chose bizarre, par un retour subit à des impressions si lointaines, je fus rappelé tout à coup vers les aspects les plus austères et les plus calmants de ma vie champêtre. Je revis Villeneuve avec sa longue ligne de maisons blanches à peine élevées au-dessus du coteau, ses toits fumants, sa campagne assombrie par l’hiver, ses buissons de prunelliers roussis par les gelées et bordant des chemins glacés. Avec la lucidité d’une imagination surexcitée à un point extrême, j’eus en quelques minutes la perception rapide, instantanée de tout ce qui avait charmé ma première enfance. Partout où j’avais puisé des agitations, je ne rencontrais plus que l’immuable paix. Tout était douceur et quiétude dans ce qui m’avait autrefois causé les premiers troubles que j’aie connus. Quel changement ! pensais-je, et sous les incandescences dont j’étais brûlé, je retrouvais plus fraîche que jamais la source de mes premiers attachements.

Le cœur est si lâche, il a si grand besoin de repos, que, pendant un moment, je me jetai dans je ne sais quel espoir aussi chimérique que tous les autres de retraite absolue dans ma maison des Trembles. Personne autour de moi, des années entières de solitude avec une consolation certaine, mes livres, un pays que j’adore et le travail ; toutes choses irréalisables, et cependant cette hypothèse était la plus douce, et je retrouvai un peu de calme en y songeant.

Puis les heures voisines du matin se mirent à sonner. Deux horloges les répétèrent ensemble, presque à l’unisson, comme si la seconde eût été l’écho immédiat de la première. C’étaient le séminaire et le collége. Ce brusque rappel aux réalités dérisoires du lendemain écrasa ma douleur sous une sensation unique de petitesse, et m’atteignit en plein désespoir comme un coup de férule.