Don Quichotte (Florian)

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Fables de FlorianLouis Fauche-BorelVolume 9 (p. 161-163).

Et choisit l’état de berger.
Le voilà donc qui prend panetière & houlette,
Le petit chapeau rond garni d’un ruban vert
Sous le menton faisant rosette.
Jugez de la grâce & de l’air
De ce nouveau Tircis ! Sur sa rauque musette
Il s’essaie à charmer l’écho de ces cantons,
Achète au boucher deux moutons,
Prend un roquet galeux, &, dans cet équipage,
Par l’hiver le plus froid qu’on eût vu de longtemps,
Dispersant son troupeau sur les rives du Tage,
Au milieu de la neige il chante le printemps.
Point de mal jusques là : chacun à sa manière
Est libre d’avoir du plaisir.
Mais il vint à passer une grosse vachère ;
Et le pasteur, pressé d’un amoureux désir,
Court & tombe à ses pieds : ô belle Timarette,
Dit-il, toi que l’on voit parmi tes jeunes sœurs
Comme le lis parmi les fleurs,
Cher & cruel objet de ma flamme secrète,
Abandonne un moment le soin de tes agneaux ;
Viens voir un nid de tourtereaux
Que j’ai découvert sur ce chêne.
Je veux te les donner : hélas ! C’est tout mon bien.
Ils sont blancs : leur couleur, Timarette, est la tienne ;

Mais, par malheur pour moi, leur cœur n’est pas le tien.
À ce discours, la Timarette,
Dont le vrai nom étoit Fanchon,
Ouvre une large bouche, &, d’un œil fixe & bête,
Contemple le vieux Céladon ;
Quand un valet de ferme, amoureux de la belle,
Paraissant tout-à-coup, tombe à coups de bâton
Sur le berger tendre & fidèle,
Et vous l’étend sur le gazon.
Don Quichotte crioit : arrête,
Pasteur ignorant & brutal ;
Ne sais-tu pas nos lois ? Le cœur de Timarette
Doit devenir le prix d’un combat pastoral :
Chante, & ne frappe pas. Vainement il l’implore ;
L’autre frappoit toujours, & frapperoit encore,
Si l’on n’étoit venu secourir le berger
Et l’arracher à sa furie.
Ainsi guérir d’une folie,
Bien souvent ce n’est qu’en changer.




FABLE XX.

Le Voyage.


Partir avant le jour, à tâtons, sans voir goutte,
Sans songer seulement à demander sa route,