Drames de la vie réelle/Chapitre VII

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J. A. Chenevert (p. 12).

VII

Le mariage de Julie avait eu lieu à l’inénarrable surprise du docteur, soit qu’aveuglé par son fol amour, il ne se doutât de rien, soit qu’on lui eût caché soigneusement à dessein ou autrement les relations de Julie avec son fiancé, lesquelles du reste ne se manifestèrent à Sorel, ouvertement, que quelques jours avant le mariage, par la présence du fiancé.

On conçoit l’immense désespoir que ce fait accompli jeta dans l’âme tourmentée du vieil amoureux. Dès qu’il eût la certitude de son bonheur anticipé perdu, il s’absenta durant plusieurs jours, en donnant pour prétexte à son vieil ami le curé qu’il allait assister aux conférences retentissantes que son frère l’abbé*** donnait alors à Québec ; et, même à son retour, il fut plusieurs jours sans aller au presbytère : il ne visitait que rarement son vieil ami et puis il cessa définitivement d’aller au presbytère, ce qui donnait au vieillard perspicace beaucoup à réfléchir, tout en étant du reste, aussi réticent, au sujet de Julie, que l’était notre ex ou plutôt notre amoureux toujours de plus en plus tourmenté.

Va sans dire que la lune de miel de Julie fut ce qu’elle devait être. Elle avait épousé un jeune homme appartenant à l’une de nos premières familles, bien doué sous tous les rapports au moral comme au physique, et singulièrement, par rapport à ce récit, son mari était aussi un médecin de talent et possédant déjà une bonne clientèle, ce qui, du reste, importait peu, car il était riche et pratiquait en amateur, sans toutefois négliger la clientèle qui affluait, l’autre médecin de la même paroisse de *** se faisant vieux.