Du piétin

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Imprimerie des orphelins Jules Pailhès (p. 1-32).
ÉCOLE NATIONALE VÉTÉRINAIRE DE TOULOUSE


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DU PIÉTIN


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THÈSE POUR LE DIPLOME DE MÉDECIN VÉTÉRINAIRE


Présentée le 20 juillet 1875


PAR


J. P. BOUILLERCE


Né à Osse (Basses-Pyrénées)


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TOULOUSE


IMPRIMERIE DES ORPHELINS JULES PAILHÈS


36, Rue des Filatiers, 36.


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1875


ÉCOLES NATIONALES VÉTÉRINAIRES
inspecteur général

M. H. BOULEY, O. ❄, membre de l’Institut, de
l’Académie de Médecine, etc.
――――
ÉCOLE DE TOULOUSE

directeur

M. LAVOCAT ❄, membre de l’Académie des sciences de
Toulouse, etc.

professeurs :

MM. LAVOCAT ❄, Tératologie.
Anatomie des régions chirurgicales.
LAFOSSE ❄, Pathologie spéciale.
Police sanitaire et Jurisprudence.
Clinique et Consultations.
LARROQUE, Physique.
Chimie.
Pharmacie et Matière médicale.
Toxicologie et Médecine légale.
GOURDON, Hygiène générale et Agriculture.
Hygiène appliquée ou Zootechnie.
Botanique.
Extérieur des animaux domestiques.
SERRES, Pathologie et Thérapeutique générales.
Pathologie chirurgicale et Obstétrique.
Manuel opératoire et Maréchalerie.
Direction des exercices pratiques.
ARLOING, Anatomie générale et Histologie.
Anatomie descriptive.
Physiologie.

chefs de service :
 
MM. MAURI, Clinique, Pathologie spéciale, Police sanitaire et Jurisprudence.
BIDAUD, Physique, Chimie et Pharmacie.
LAULANIÉ, Anatomie générale et descriptive, Histologie, Physiologie.
LAUGERON, Clinique chirurgicale et chirurgie, Pathologie générale, Histologie pathologique, Extérieur et Zootechnie.




JURY D’EXAMEN
――
MM. BOULEY O. ❄, Inspecteur-général.
LAVOCAT ❄, Directeur.
LAFOSSE ❄, Professeurs.
LARROQUE,
GOURDON,
SERRES,
ARLOING
MAURI, Chefs de Service.
BIDAUD,
LAULANIÉ,
LAUGERON.
――✾oo✾――
PROGRAMME D’EXAMEN
Instruction ministérielle du 12 octobre 1866.
――
THÉORIE Épreuves
écrites
Dissertation sur une question de Pathologie spéciale dans ses rapports avec la Jurisprudence et la Police sanitaire, en la forme soit d’un procès-verbal, soit d’un rapport judiciaire, ou à l’autorité administrative ;
Dissertation sur une question complexe d’Anatomie, de Physiologie et d’Histologie.
Épreuves
orales
Pathologie médicale spéciale ;
Pathologie générale ;
Pathologie chirurgicale ;
Maréchalerie, Chirurgie ;
Thérapeutique, Posologie, Toxicologie, Médecine légale ;
Police sanitaire et Jurisprudence ;
Agriculture, Hygiène, Zootechnie.
PRATIQUE Épreuves
pratiques
Opérations chirurgicales et Ferrure ;
Examen clinique d’un animal malade ;
Examen extérieur de l’animal en vente ;
Analyses chimiques ;
Pharmacie pratique ;
Examen pratique de Botanique médicale et fourragère.



À MON PÈRE, À MA MÈRE


Faible témoignage de reconnaissance et d’amour filial.


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À MON GRAND-PÈRE


Gage d’affection.


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À MES FRÈRES ET SŒURS


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À TOUS MES PARENTS


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À MES PROFESSEURS


―――――



À MES AMIS.







CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES
SUR LE PIED DU MOUTON




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Avant d’entreprendre l’étude du piétin, il est nécessaire d’entrer dans quelques considérations sur l’anatomie et la physiologie du pied du mouton, afin de rendre plus compréhensibles la marche de la maladie et les lésions qui l’accompagnent. D’un autre côté, nous trouverons dans cette étude la raison de l’aptitude spéciale du mouton au développement de cette affection. À cet effet, voyons d’abord quelles sont les parties que nous rencontrons en procédant de dehors en dedans.

Nous trouvons deux onglons formant chacun une boite cornée destinée à protéger les parties profondes qui ont un rôle plus ou moins important à remplir. Situés l’un à côté de l’autre, chaque onglon présente par conséquent deux faces, une externe, une interne ; et, vu leur forme conoïde, ils présentent en outre une base ou sole et un sommet.

La face externe, oblique de haut en bas et convexe d’avant en arrière, représente la paroi du sabot chez le cheval ; la corne qui correspond à cette face à une épaisseur relativement considérable, épaisseur qui diminue de plus en plus en se dirigeant vers le talon. Dans cette région, la corne semble changer de nature et se rapprocher de celle de la sole.

La face interne présente une direction verticale ; la corne qui la constitue est fort mince et va en s’atténuant de plus en plus en se dirigeant vers le talon où elle se confond avec celle de la face externe et de la sole. En outre, la corne de la face interne ne monte pas au-dessus du bourrelet périoplique, et cette disposition, qu’on rencontre seulement chez le mouton, est on ne peut plus favorable au développement du piétin. Nous verrons, en effet, que cette maladie, à son début, a toujours son siège à la face interne de l’onglon et commence par l’inflammation des tissus qui échappent à la protection de la corne.

La Sole n’offre rien de remarquable à signaler ; sa disposition rappelle celle du sabot du cheval avec cette différence que la corne n’acquiert jamais une grande épaisseur, et qu’elle se détache facilement par lamelles très analogues à celles qu’on remarque dans certaines maladies squameuses.

Nous pouvons encore citer le périople, mince couche cornée, sécrétée par un organe spécial qui recouvre la paroi en formant une espèce de vernis à sa surface.

Les tissus vivants renfermés dans l’onglon sont très nombreux comme on peut le voir par l’énoncé suivant : le dernier phalangien et le petit sésamoïde ; des ligaments articulaires et interdigités ; des tendons ; un coussinet plantaire ; une membrane kératogène ; un appareil sécréteur de la corne ou bourrelet ; des vaisseaux et des nerfs.

Nous n’avons pas l’intention de faire une description détaillée de chacune de ces parties : cela nous entraînerait trop loin du but que nous nous sommes proposé. Nous nous bornerons à donner quelques détails sur les plus importants pour mieux juger des lésions produites par le piétin.

Le coussinet plantaire est le représentant de celui du cheval, avec des différences toutefois consistant dans sa forme et son organisation. C’est une masse convexe, triangulaire, qui recouvre le bulbe du talon de chaque doigt en s’étendant sur l’insertion du tendon du fléchisseur profond des phalanges ; il est formé par de larges aréoles de tissu fibreux élastique, au centre desquelles se trouvent disposés des pelotons adipeux.

La membrane Kératogène n’est autre chose que la continuation de la peau qui s’engage sous la corne pour entourer, à la manière d’un bas, le coussinet plantaire et les divers ligaments de cette région ; mais elle subit des transformations nombreuses, exigées par la multiplicité de ses fonctions. Elle offre, en effet, les mêmes divisions que chez le cheval, c’est-à-dire un bourrelet périoplique présentant à sa surface de longues papilles ; le bourrelet proprement dit, plus large et moins saillant, qui se confond en dedans et en dehors avec le coussinet plantaire. Les papilles qu’il présente à sa surface sont moins longues que celles qui recouvrent le bourrelet périoplique. On trouve encore un tissu feuilleté et un tissu velouté qui ont les mêmes fonctions que chez le cheval.



DÉVELOPPEMENT DE L’ONGLON.



L’onglon est, comme nous l’avons vu plus haut, un organe assez complexe ; c’est une dépendance de l’épiderme et se développe par la formation incessante de cellules aux dépens du plasma exhalé par les nombreux vaisseaux qui se distribuent dans la membrane kératogène.

Chacune de ses parties a un organe particulier qui lui sert de matrice : ainsi, le bourrelet périoplique est l’organe formateur du périople, le bourrelet proprement dit, celui de la paroi et le tissu velouté, celui de la sole. Au fur et à mesure que les cellules se multiplient, elles se disposent en lamelles aplaties dans le sens des organes secréteurs ; ainsi la paroi s’accroit de haut en bas et la sole de sa face interne à sa face externe.

Les papilles du bourrelet et du tissu velouté sont le point de départ de cellules cornées se groupant autour de ces organes, d’où la forme tubuleuse de la corne ; les tubes sont soudés entre eux par des cellules venant du corps muqueux de Malpighi et une exhalation particulière qui à la propriété d’entretenir l’élasticité de la corne ; le tout se complète par la formation de cellules qui se tassent à l’intérieur des tubes cornés.

Jusqu’ici nous n’avons pas parlé du rôle du tissu feuilleté dans la formation de la corne, et cela, parce que son rôle est tout-à-fait secondaire à l’état physiologique. Toutefois il y a multiplication de cellules à sa surface, qui s’accolent à la face interne des lames kéraphilleuses descendant du bourrelet pour suivre désormais leur direction. Ces cellules jouent un rôle mécanique en quelque sorte ; elles favorisent, en effet, la descente de la corne venant du bourrelet, à la manière des billots qu’on place sous les grosses pièces de bois pour les déplacer. Mais, si à l’état physiologique le tissu feuilleté est un organe peu actif, nous verrons en parlant du piétin qu’il n’en est pas de même lorsqu’il est sous l’influence de l’inflammation : il devient alors le siège d’une prolifération cellulaire considérable ; mais la corne ainsi produite n’est pas définitive, c’est-à-dire qu’elle doit être plus tard remplacée par celle du bourrelet.


DU PIÉTIN

DÉFINITION. ― SYNONYMIE.

On donne le nom de piétin à une inflammation spéciale de la membrane Kératogène des animaux de l’espèce ovine ; inflammation qui se caractérise par un décollement plus ou moins étendu de l’onglon, un suintement muco-purulent d’une odeur infecte, et parfois aussi, des ulcérations le plus souvent superficielles, mais qui peuvent s’étendre aux tissus sous-jacents et arriver jusqu’à l’os.

Le piétin a reçu différents noms, ainsi il était étudié par Chabert sous le nom de crapaud ; plus tard, on lui a donné les noms de limace, de fourchet, de maladie aphtungulaire, de mal de pied, de pourriture du pied ; dénominations dont la plupart ne sont pas exactes, comme nous le verrons en faisant le diagnostic différentiel de cette maladie. Le mot piétin lui-même ne dit rien au point de vue de la nature de l’affection ; il a été tiré ou du siège du mal, ou de l’action du piétiner qu’elle détermine chez les animaux qui en sont atteints.


HISTORIQUE.


Cette maladie a été pendant longtemps inconnue en France ; ce n’est que depuis l’introduction de la race mérine qu’elle a été observée par Chabert d’abord sous le nom de crapaud du mouton. Plus tard, en 1805, Charles Pictet décrivit le piétin comme une maladie jusqu’alors inconnue ; mais si l’honneur de la découverte revient à Chabert, nous devons à C. Pictet des travaux nombreux sur la propriété contagieuse de cette maladie.

Depuis, elle a été l’objet de plusieurs bons écrits dûs à Gohier, Morel de Vindé, Chaumontel, Gasparin, Delafond, Sorillon, Mercier, M. Lafosse, dans sa pathologie, et M. Reynal, dans sa police sanitare, décrivent encore cette maladie.

Le piétin a régné à différentes époques, soit à l’état enzootique, soit à l’état épizootique : en 1791, dans les Pyrénées ; en 1805, dans la Gironde, et en 1819-20-21, en Suisse et dans plusieurs départements de la France, notamment dans la Corrèze.

SIÈGE DE LA MALADIE


Le piétin a son siège à la face interne de l’onglon, sous la portion de paroi correspondant à l’espace interdigité ; nous savons déjà que la membrane kératogène se trouve mal protégée dans cette région et exposée, par conséquent, à toutes les causes qui peuvent déterminer son inflammation. De là, elle peut s’étendre au tissu velouté, au canal biflexe situé en avant et un peu au-dessus de l’espace interdigité, s’accompagnant de décollements plus ou moins étendus de l’onglon, et d’une sécrétion purulente très fétide.

D’un autre côté, le piétin peut affecter diverses formes ; ainsi, il est sporadique, c’est-à-dire n’attaquant qu’une seule ou quelques bêtes dans un troupeau ; enzootique, lorsque les troupeaux d’une localité en sont affectés, et enfin, épizootique, lorsqu’il sévit sur les troupeaux de toute une contrée. Dans les deux derniers cas, l’affection est très grave, irrégulière dans sa marche, les bêtes maigrissent, leur laine reste courte, la sécrétion lactée se tarit insensiblement et la guérison s’obtient très difficilement : toutes conditions très onéreuses pour les propriétaires.

ÉTIOLOGIE.


On a tour à tour fait intervenir les causes les plus diverses pour expliquer le développement de l’affection : la sécheresse, l’humidité, le séjour trop prolongé des fumiers dans les bergeries, la contagion. À ces causes on pourrait ajouter une prédisposition organique, consistant dans la disposition de la face interne de l’onglon, particulière aux animaux de l’espèce ovine, qui, comme on le sait, est formée par une corne mince et comme interrompue dans son milieu, d’où il résulte que les tissus sous-jacents sont peu protégés contre les agents extérieurs.

Comme cause prédisposante, on doit tenir compte de la race ; ainsi l’expérience a démontré que la race mérine et les autres races descendant plus ou moins directement de celle-là, sont les plus sujettes à contracter cette affection. Il y a évidemment dans ce cas un état constitutionnel, une idiosyncrasie particulière qui préside au développement de l’affection ; et d’ailleurs, la maladie n’a-t-elle pas été observée la première fois après l’introduction des mérinos en France ?

Faisant du piétin une maladie constitutionnelle, ne pourrait-on pas trouver plus facilement l’explication d’une cause générale dans la prédisposition des sujets depuis l’introduction, dans nos races indigènes, du sang de la race mérine, prédisposition jointe aux autres causes que nous allons faire connaître ?

La sécheresse agirait, d’après quelques auteurs, en amenant l’astriction de la corne et l’action de petits graviers entre les deux onglons ; mais, si un temps sec peut devenir une cause pour le développement du piétin, cette cause est bien peu efficace, attendu que les animaux affectés sont peu nombreux, et que la maladie ne résiste jamais à quelque traitement qu’on emploie pour obtenir la guérison.

L’humidité, au contraire, est une cause dont l’effet n’est pas le moindre ; elle agit en ramollissant la corne, en irritant les tissus sous-jacents. Cependant, lorsqu’elle agit seule, cette cause est bien moins redoutable que lorsqu’elle s’adjoint celle de la chaleur, celle de produits plus ou moins décomposés, tels que les fumiers, les boues âcres des cours etc. Aussi, il est constant de voir le piétin régner sur une plus grande échelle pendant les étés pluvieux que pendant l’hiver ou l’automne, parce que, dans le premier cas, la chaleur vient aider l’action macérante et putréfiante de l’humidité ; nous avons pu en faire souvent la remarque dans nos pays de montagnes. Il est vrai que l’humidité n’agit pas seule ; la négligence des bergers contribue pour une bonne part au développement du piétin, et ce, en faisant parquer les troupeaux dans des espèces de cours mal tenues, où la boue mêlée aux déjections forme une couche de plusieurs centimètres.

De toutes les causes, le séjour trop prolongé des fumiers dans les bergeries, est la principale qui produise la maladie, ou tout au moins qui en favorise le plus l’éclosion. Parmi les pratiques surannées des propriétaires de nos campagnes, il en existe une bien fâcheuse, c’est celle de laisser le fumier s’accumuler dans les bergeries pendant deux, trois mois et quelquefois davantage. C’est une pratique fâcheuse à plusieurs points de vue ; 1° au point de vue économique : nous savons, en effet, que le fumier qui reste trop longtemps dans les écuries acquiert des propriétés plus nutritives, mais il perd de son poids par la fermentation ; et, cela est si vrai que pour obtenir 400 k° de fumier dans ces conditions, on perd à peu près 1000 k° de fumier frais dont l’emploi immédiat eût certainement donné de meilleurs résultats.

Mais laissons une question qui nous entraînerait trop loin si nous voulions la développer et revenons à notre sujet. 2° au point de vue hygiénique, cette pratique exerce une influence malfaisante pour plusieurs raisons : parce que l’air est rendu délétère par les gaz qui se dégagent de la fermentation du fumier ; parce que des miasmes se déposent parmi les aliments qui, par leur ingestion, peuvent déterminer des maladies plus ou moins graves ; parce que, au point de vue qui nous occupe, les fumiers exercent sur la corne une action toute locale en amenant son ramollissement, sa putréfaction, l’inflammation du tissu podophilleux, en raison de la chaleur, des gaz irritants (ammoniaque) produits par leur fermentation.

On a invoqué une autre cause, la contagion. Le piétin est-il contagieux ? Cette question a été résolue et par l’affirmative et par la négative. Les faits sur lesquels s’appuient les partisans de ces opinions contraires sont les mêmes ; mais ils ont été interprétés d’une manière différente. Les contagionistes s’appuient : 1° sur ce fait que, depuis l’introduction des mérinos en France, le piétin s’est étendu sur nos races indigènes jusqu’alors parfaitement étrangères à cette affection ; 2° sur des faits d’observation cités par Pictet en 1805, Gohier en 1808, Sorillon en 1827-1828, où la contagion aurait eu lieu dans les pâturages et par cohabitation.

De plus, des expériences ont été faites dans le but de démontrer cette contagion : celles dues à Favre de Genève sont en faveur de cette opinion, car il a toujours réussi par des inoculations à faire développer le piétin. Mais, après lui, les expérimentateurs ne sont pas arrivés au même résultat ; M. Lafosse, par exemple, sur quinze inoculations faites à des époques différentes n’a jamais pu transmettre la maladie.

Les partisans de la non-contagion sont nombreux ; nous citerons particulièrement. Péal, en Angleterre, Mercier, Roche-Lubin, en France. Ces savants praticiens considèrent le piétin comme une inflammation spéciale du tissu podophilleux, analogue au crapaud du cheval. Ils opposent aux faits précédents des objections sérieuses ; ainsi l’apparition du piétin en France depuis 1791 ne serait-elle pas due à une plus grande prédisposition de nos races indigènes, plus ou moins transformées par les croisements avec la race mérine ? D’un autre côté, outre que les faits cités en faveur de la contagion sont peu nombreux, ils sont encore contradictoires et sont loin de jeter toute la clarté désirable sur cette intéressante question. Ayant encore trop peu d’expérience pour nous faire une opinion à ce sujet, nous nous bornons à citer les faits, nous réservant d’éclaircir nos doutes dans notre future pratique.


SYMPTÔMES.


Les symptômes varient alors que l’on envisage la maladie aux diverses périodes de son existence. Au début, elle peut affecter un seul pied et même un seul onglon ; mais elle finit toujours par passer à tous ou à quelques-uns des autres.

Comme toutes les inflammations, le piétin commence par une hypérémie du tissu podophilleux et de la peau qui l’avoisine ; cet état s’accompagne du décollement de la corne correspondante. Sept ou huit jours après apparaissent de petites plaques d’un blanc grisâtre, formant bientôt des saillies coniques, entourées d’une auréole inflammatoire qui étend progressivement le décollement de la corne. Tous ces phénomènes s’observent en enlevant la corne décollée, et sont annoncés en quelque sorte par un suintement plus ou moins abondant se faisant jour au biseau et par l’apparition d’une boiterie toujours légère à cette période.

Bientôt les saillies dont nous avons parlé et qui représentent de véritables pustules, se crèvent en donnant jour à un liquide très épais, d’une couleur blanchâtre, et laissent à leur place des ulcérations à fond d’un rouge vif, à bords irréguliers taillés à pic ; la maladie est alors arrivée à la période dite d’ulcération. Le liquide sécrété par les ulcérations est du pus mal élaboré qui jouit de propriétés corrosives ; il répand une odeur fétide, très ammoniacale. En s’insinuant entre les feuillets du tissu podophilleux, il détermine progressivement le décollement de la corne vers la sole, la boiterie devient plus forte surtout lorsque le liquide sécrété ne se fait pas jour au-dehors ; mais la sole ne tarde pas à se perforer par l’action dissolvante du pus qui, en s’éliminant par cette voie, diminue l’intensité de la douleur et l’animal est soulagé. Pendant que la corne tend à disparaître là où siège le mal, elle acquiert en pince un développement remarquable ; elle s’allonge considérablement, mais au lieu de conserver une surface lisse, unie, et une direction légèrement oblique de haut en bas, elle présente des cercles nombreux et se dirige tantôt en-dehors, tantôt en dedans, parfois même elle se recourbe à son extrémité inférieure.

La maladie peut rester pendant longtemps à cette période et la guérison peut même survenir ; dans ce cas, les ulcères se cicatrisent, les tissus velouté et feuilleté, qui s’étaient hypertrophiés pendant l’inflammation et surtout sous l’action du liquide fourni par les ulcères, reviennent à leur état physiologique, sécrètent une corne de bonne nature qui reste recouverte pendant quelques jours par la corne décollée ou celle qui était le produit d’une sécrétion anormale. Mais la maladie progresse parfois et passe alors à une 3me période ; période très grave, mais heureusement fort rare.

Le tissu podophilleux continue à s’ulcérer ; il suinte à sa surface une matière noirâtre, extrêmement fétide qui amène progressivement le décollement de la sole, des talons et parfois de la face externe de l’onglon ; mais elle agit en outre sur le tissu podophilleux lui-même et les organes situés au-dessous, tels que tendons ; ligaments, os, dont elle détermine la nécrose et par suite l’élimination. Il se forme des abcès ou phlegmons autour de la couronne, dans l’espace interdigité, et lorsqu’ils s’ouvrent ou qu’on détermine par une ponction l’élimination du pus, les plaies restent fistuleuses parce quelles correspondent à une partie nécrosée. L’inflammation s’étend parfois au canal biflexe et on a par suite le piétin compliqué de fourchet.

Pendant que toutes ces lésions se produisent, l’état général des sujets présente des changements. Les animaux éprouvent une forte fièvre de réaction ; leurs fonctions digestives se troublent ; l’appétit disparaît ; ils tombent dans un état de consomption excessif, dans le marasme et la mort finit bientôt par mettre fin à ce misérable tableau.

MARCHE, DURÉE, TERMINAISONS.


Le piétin a une marche rapide à l’état aigü ; mais il peut durer pendant plusieurs mois, lorsque les sécrétions morbides sont peu abondantes et qu’en outre, elles se font jour facilement au-dehors. Pendant la marche de la maladie, lorsque celle-ci attaque les deux pieds antérieurs à la fois, il peut y avoir fièvre de réaction ; au pâturage les bêtes marchent sur leurs genoux : elles restent couchées, au contraire, lorsque tous les pieds sont malades. Il est facile de comprendre que la nutrition ne puisse pas bien se faire dans ces conditions ; aussi les animaux maigrissent et mettent un temps très-long pour revenir à un état satisfaisant.

Enfin la maladie peut se terminer en laissant des exostoses, des ankyloses vraies ou fausses, complètes ou incomplètes de l’articulation du pied ; lorsqu’elle s’accompagne d’une forte fièvre de réaction ; elle amène le trouble des fonctions digestives et la mort peut survenir au bout de quelques semaines. Il est rare cependant que la maladie traitée rationnellement dès son invasion, ne soit facilement enrayée dans sa marche ; toutefois lorsque le piétin est épizootique, il est très difficile de le combattre avec avantage, et cela parce que guéri dans un point, il se développe dans d’autres avec une gravité le plus souvent redoutable, sous l’influence de cette cause qu’on a nommé le génie épizootitique.

DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL.


Le piétin, qu’on a encore désigné sous le nom de fourchet, de maladie aphtungulaire, diffère cependant de ces deux affections ainsi que nous allons le faire connaître en donnant les caractères principaux de celles-ci.

Le Fourchet est l’inflammation du canal biflexe, déterminée le plus souvent par l’introduction de corps étrangers dans son intérieur, tels que sable, graviers, ou le séjour trop prolongé de la matière sébacée sécrétée à son intérieur. Il y a engorgement à la partie antérieure de l’espace interdigité ; si on écarte les onglons, on voit l’entrée du canal biflexe circonscrite par une espèce de saillie rougeâtre. Ces quelques mots suffisent pour établir la différence entre le fourchet et le piétin ; d’ailleurs s’il restait quelques doutes, on pourrait les éclaircir en pressant l’espace interdigité : cette pression déterminerait l’expulsion, par l’entrée du cul-de-sac, d’une matière grasse, purulente, d’une odeur ammoniacale entraînant souvent avec elle les corps étrangers qui ont déterminé sa formation. La maladie aphtungulaire présente quelques analogies avec le piétin ; mais elle en diffère essentiellement par sa nature et par quelques caractères particuliers. Comme le piétin, la maladie aphtungulaire se manifeste par la présence de pustules dans l’espace interdigité, par le décollement du biseau de la face interne de l’onglon ; mais les pustules sécrètent un liquide limpide tout différent de celui du piétin qui, comme nous l’avons vu, est très épais et d’une odeur fétide. De plus, cette maladie s’accompagne toujours de fièvre au début, quelle que soit d’ailleurs sa bénignité ; d’où le nom de fièvre aphtheuse sous lequel on la désigne généralement. Un autre caractère qui facilité le diagnostic, c’est que la fièvre aphtheuse ne reste pas localisée aux pieds : des aphthes se montrent dans d’autres régions, principalement à la bouche. En résumé, la nature du liquide sécrété par les pustules, la fièvre constante au début, l’apparition d’aphthes à la bouche, voilà les caractères d’une maladie qu’il est impossible de confondre avec l’affection que nous étudions.

NATURE DE LA MALADIE


Tous les auteurs ne sont pas d’accord sur la nature du piétin ; ainsi, Morel de Vindé prétend que cette maladie est due à la présence d’un parasite qui s’insinue sous l’ongle des animaux de l’espèce ovine, parasite analogue à la chique américaine (pulex penetrans) chez l’espèce humaine ; mais depuis, personne n’a découvert cet animalcule, malgré les recherches faites à ce sujet. Il est donc à peu près sûr que Morel de Vindé a pris pour la cause de la maladie des vibrioniens qui se rencontrent dans tout produit de décomposition.

On admet généralement que cette affection est un ulcère du pied ; cette opinion est trop absolue, car l’ulcère n’est pas constant ; il ne se produit que 8, 10 jours après le début de la maladie, si on n’arrête son cours par une médication bien comprise.

M. Reynal considère le piétin comme une manifestation de la fièvre aphtheuse de l’espèce bovine ; je crois que c’est à tort, nous avons déjà donné les caractères différentiels de ces deux affections ; d’ailleurs la fièvre aphtheuse, éminemment contagieuse, se communique soit à l’espèce ovine, soit à l’espèce porcine, ainsi qu’il résulte de faits rapportés dans le Journal des Vétérinaires du midi, 1856, et dans le Recueil des médecins vétérinaires, 1857 ; tandis que si le piétin est contagieux, il ne se communique qu’entre animaux de l’espèce ovine, nous ne sachons pas du moins qu’on ait observé des faits de contagion de cette maladie aux autres animaux domestiques.

M. Lafosse, et, avec lui, un grand nombre de vétérinaires, considère cette affection comme une inflammation spécifique ulcéreuse de la membrane kératogène du pied des bêtes ovines ; nous nous rallions volontiers à l’opinion de notre savant professeur. L’observation prouve, en effet, que c’est ce tissu qui, primitivement, est le siège de l’affection ; nous avons vu qu’elle commence par les phénomènes objectifs de l’inflammation : rougeur, tuméfaction, douleur ; nous avons vu les fonctions du tissu podophilleux perverties au point de fournir une matière purulente fétide, au lieu de sécréter du suc corné, etc.

PRONOSTIC.


Peu grave dans la généralité des cas, le pronostic est extrêmement fâcheux lorsque la maladie est arrivée à la troisième période. Il en est de même lorsque le piétin prend la forme épizootique, car nous avons vu qu’il est alors très difficile d’enrayer la maladie. Sous le rapport économique, les intérêts des particuliers sont fortement atteints, parce que les troupeaux perdent momentanément de leur valeur, et, surtout, parce que les revenus sont parfois si réduits qu’on a de la peine à couvrir les frais d’entretien.

TRAITEMENT.


Le traitement du piétin peut être préservatif ou curatif.

Traitement préservatif. — Il n’est pas de propriétaires ou de bergers qui ne connaissent un moyen de traitement, si simple qu’il soit, pour combattre la maladie sitôt qu’elle s’est développée ; mais il en est bien peu qui sachent ou qui veulent employer les moyens propres pour en prévenir le développement. Il est vrai que les moyens préservatifs vont à l’encontre d’un des préjugés agricoles le plus généralement répandu dans nos campagnes : en effet, il serait difficile d’obtenir, de la part du plus grand nombre de nos cultivateurs, l’assainissement des bergeries humides, soit au moyen du drainage, soit au moyen de fossés établis autour des fondations, soit en enlevant les fumiers et curant les bergeries tous les quinze jours ou tous les mois au plus tard. Par ce dernier moyen, on remplirait deux indications, l’une au point de vue hygiénique, l’autre au point de vue économique ; car si le fumier perd quelques propriétés fertilisantes par son bref séjour dans les bergeries, on les rattrape par la plus grande quantité obtenue : c’est un fait d’observation.

Le vétérinaire qui conseillerait ce moyen préservatif ne serait pas écouté ; il lui serait répondu que ces mesures sont impraticables attendu la perte de temps qu’entraînerait leur exécution. Nous n’avons pas besoin d’entrer dans des détails pour démontrer la fausseté de cette objection, car le temps est proportionné à la quantité de fumier accumulé dans la bergerie. Les propriétaires préfèrent perdre du temps et une partie des revenus que donne le troupeau en attaquant le mal lorsqu’il est déclaré, que d’aller contre une pratique sanctionnée par la routine.

Cependant il en est qui ont compris que l’opiniâtreté était dans les causes qui produisent la maladie, plutôt que dans la maladie elle-même ; aussi les ont-ils attaquées et s’en sont rendus maîtres. Dés lors, le piétin n’a été dans leurs bergeries qu’une affection légère dont on se débarrassait par les plus simples traitements.

Traitement curatif. — Le traitement curatif consiste dans des soins chirurgicaux et thérapeutiques.

1° Il est toujours indispensable, pour agir avec efficacité, de donner issue à la matière purulente accumulée sous la corne et de mettre ainsi les parties malades à nu, afin de les traiter directement par les agents thérapeutiques que l’on a choisis. Pour cela, il y a une opération très simple à pratiquer, c’est d’enlever toute la corne décollée. À cet effet, on se sert d’un canif bien tranchant, d’un bistouri ou d’une feuille de sauge ; dans nos montagnes, les bergers se servent d’un couteau à lame étroite qu’ils manient avec assez d’habileté ; seulement ils ne prennent pas toujours la précaution de ne pas faire saigner les parties malades.

On peut disposer l’animal à opérer de plusieurs manières : on le couche sur une table ; on l’étend sur le dos et l’opérateur le maintient dans cette position en le fixant entre ses jambes ; ou bien on peut encore opérer étant debout, le dos du sujet appuyé contre le ventre de l’opérateur ; mais ce dernier procédé très fatiguant pour l’opérateur, l’expose en outre à être blessé lorsque l’animal se débat. Cela fait, on prend le pied malade avec une main, et avec l’autre, armée du bistouri, on fait l’extraction de la corne et on termine par l’application du médicament ; puis, s’il y a lieu, on passe aux autres pieds qu’on opère de la même manière.

Lorsqu’il y a tout un troupeau à opérer, il est bon d’avoir au moins un aide à sa disposition, qui est chargé d’amener les animaux malades à l’opérateur.

2° Les agents thérapeutiques employés contre le piétin sont excessivement nombreux et tous ont été plus ou moins efficaces entre les mains de ceux qui les ont employés avec méthode et discernement, et qui les ont fait suivre des soins hygiéniques que nous ferons connaître plus loin.

Un des traitements le plus simple que j’ai souvent vu employer par les bergers de nos montagnes, c’est le suivant : après avoir enlevé la corne décollée, ils se bornent à promener pendant quelques secondes sur les parties malades, du vitriol bleu (sulfate de cuivre) après l’avoir légèrement humecté avec de la salive. Ce moyen, si simple en apparence, est le plus souvent suivi de bons résultats mais il faut attaquer le mal à la première et à la seconde période, il devient tout-à-fait inefficace à la troisième, alors que des lésions graves ont déjà apparu.

Morel de Vindé a préconisé l’acide azotique contre le piétin ; on a bien reproché à ce caustique de produire une guérison apparente en déterminant une escharre superficielle qui en tombant laisse reparaître la maladie ; mais beaucoup de vétérinaires ont pu apprécier ses bons effets ; ainsi Delafond, M. Lafosse le considèrent comme un moyen héroïque à la première période ; cependant il doit être employé avec prudence si l’on ne veut s’exposer à de graves accidents.

Considérant l’emploi dangereux de ce caustique, on a cherché à pallier son action en lui associant d’autres agents ; ainsi Derender, agriculteur à Boulogne-sur-Mer, a employé le composé suivant :

Acide azotique parties égales 32 gram.
«  Sulfurique
Opium brut délayé dans 2 cuillerées d’eau chaude. 16 gram.

mais cette liqueur s’est montrée trop inférieure pour en conseiller l’usage.

On pourrait encore employer un liquide caustique dû à Duvillé et dont voici la composition :

Aloès 500 gram.
Alcool 1 kilog.
Acide sulfurique 600 gram.

La pâte caustique de Plasse, la liqueur que Mercier a employé contre le crapaud et qui est composée, d’acide sulfurique, 1 partie, essence de térébenthine, 4, donnent aussi de bons résultats. Un autre médicament, rapporté dans l’abeille médicale donnerait des résultats merveilleux. Voici la formule et le mode d’emploi de ce médicament dû à Leloup qui lui a donné le nom d’oxymellite de cuivre térébenthinée :

Miel 875 gram.
Acide acétique 140
Verdet pulvérisé 310

« On mélange et on fait cuire dans un bassin de cuivre de large dimension jusqu’à ce que le mélange ait acquis une couleur rouge-pourpre et une consistance de miel ; on ajoute alors au mélange ci-dessus et maintenu sur un feu léger :

Térébenthine de Venise 875 gram.

On agite pour rendre le mélange bien homogène.

On fait deux applications à 12 heures d’intervalle après avoir nettoyé les parties malades ; vingt-quatre heures après la dernière application, la guérison est complète. » Une si prompte guérison nous paraît trop extraordinaire pour l’accepter sans réserve. Enfin nous citerons le procédé de M. Malingé, propriétaire de Loir-et-Cher, qui consiste à faire passer les animaux dans des caisses de bois contenant une dissolution concentrée de chaux, et disposées à l’entrée de la bergerie. Ce traitement, dont on a tant vanté les bons effets, ne peut cependant être classé parmi les moyens curatifs ; mais c’est un bon moyen préservatif.

Comme nous l’avons vu en faisant l’énumération de ces divers agents, c’est seulement aux deux premières périodes qu’ils peuvent être employés avec succès ; mais lorsque la maladie est arrivée à la troisième période, le traitement doit être modifié suivant les indications. Ainsi nous avons vu qu’à cette période de la maladie, on observe le décollement presque complet de la corne, des nécroses, des abcès, des complications de fourchet, etc. ; dans ces divers cas, on peut employer un traitement spécial et on agit de la manière suivante. S’agit-il de nécroses de l’os du pied et des divers ligaments de cette région ? Il est d’abord nécessaire de faire l’ablation totale de la corne puis on débride les fistules et on arrive sur les parties mortifiées qui peuvent être, dans quelques cas, extraites directement. Lorsqu’elles sont trop adhérentes, on emploie divers moyens pour en déterminer l’élimination : la cautérisation actuelle, par exemple, conseillée par M. Lecoq, que l’on fait suivre d’applications d’onguent Égyptiac, de Solleysel, ou mieux encore de liqueur de Villate ; que l’on maintient au moyen de petites étoupades. « On visite les plaies tous les 5 ou 6 jours, dit M. Lafosse, et l’on réitère les mémes pansements jusqu’à ce que les escharres soient tombées et que les plaies prennent un bel aspect. Alors, des pansements avec de l’eau alcoolisée suffisent jusqu’à ce que la corne se régénère ; ils doivent, du reste, devenir de moins en moins fréquents. »

Il peut arriver que ces moyens ne soient pas suffisants pour la guérison de la maladie. De nouvelles fistules se forment, l’articulation s’ouvre et par suite il y a des arthrites qui, en déterminant des souffrances très fortes, amènent le dépérissement des sujets ; alors le meilleur remède consiste à faire l’amputation d’un ou des deux onglons. Dans le 1er cas, les animaux guérissent parfaitement ; mais ils restent estropiés toute leur vie, lorsqu’on fait l’amputation des deux onglons ; aussi cette opération reste toujours limitée aux animaux de prix, aux reproducteurs pour l’amélioration des races, par exemple.

Nous avons déjà vu que dans le cours de l’affection, il se forme parfois des abcès autour de la couronne ; ces abcès doivent être percés lorsqu’il y a une fluctuation bien manifeste. On arrive alors sur des nécroses qu’on traite comme nous l’avons indiqué ci-dessus.

Ces divers soins ne peuvent être donnés que par un homme de l’art ; mais il est rare qu’il soit appelé dans nos pays de montagnes où la maladie n’arrive que très rarement à ce degré, et où, d’ailleurs, on recule devant les frais, les animaux n’ayant pas une très grande valeur.

HYGIÈNE DES ANIMAUX OPÉRÉS.


Il est d’une bonne pratique de ne sortir les animaux opérés que dans des conditions atmosphériques particulières. Un temps sec est favorable sous tous les rapports ; tandis que par un temps de pluie, l’humidité agit contrairement au traitement employé, soit en neutralisant son action, soit en déterminant la chute des agents qui font la base de ce traitement.

La bergerie doit être nettoyée avec soin tous les deux ou trois jours et il doit y avoir constamment une couche de litière fraîche.

Les animaux opérés doivent être souvent visités, soit pour suivre la marche de la maladie, soit pour enlever le fumier qui pourrait s’être arrêté aux pieds malades ; nous savons, en effet, que cet agent contribue pour une bonne part à entretenir l’inflammation ; de plus il nuit par sa présence à l’action des médicaments.

Enfin, si on pouvait disposer d’un local assez vaste, on pourrait en affecter une partie pour les bêtes saines, une deuxième pour les animaux malades et opérés, et enfin, une troisième pour les bêtes guéries. Par ce moyen, on éviterait la contagion, si toutefois cette cause existe.

POLICE SANITAIRE


En admettant que le piétin soit contagieux, il y aurait des mesures de police sanitaire à prendre ; mais outre qu’on n’est pas encore bien fixé à ce sujet, les règlements sanitaires, tels que la déclaration, la visite, l’indication de pacages, d’abreuvoirs, de chemins de parcours spéciaux seraient d’une application difficile, tant par la résistance qu’on éprouverait de la part des propriétaires que par la gêne que ces mesures apporteraient dans une contrée éminemment pastorale. Aussi si nous parlons ici de ces mesures, c’est uniquement pour remplir le cadre que nous nous sommes tracé.

L’inoculation, que l’on a proposé comme un moyen de police sanitaire, offre-t-elle des avantages plus assurés ? Le seul avantage qu’elle pourrait présenter, ce serait celui de permettre le traitement simultané de tout un troupeau sur lequel on aurait fait développer l’affection ; mais l’inoculation n’offre pas assez de garanties pour être mise en pratique, d’autant plus qu’elle n’a pas réussi à tous les expérimentateurs ; c’est donc encore un moyen à abandonner. Toutes les mesures sanitaires, d’après nous, se bornent aux moyens préservatifs de l’affection que nous avons fait connaître précédemment. Ils sont d’une application facile et à la portée de tout le monde ; aussi nous espérons que les propriétaires, comprenant mieux leurs intérêts, n’hésiteront pas à sacrifier un de leurs préjugés pour les mettre en pratique.