Effets physiologiques de la naphtaline

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ÉCOLE NATIONALE VÉTÉRINAIRE DE TOULOUSE


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EFFETS PHYSIOLOGIQUES


DE


LA NAPHTALINE


PAR


Clément BELLOCQ
De Monein (Basses-Pyrénées).


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THÈSE POUR LE DIPLÔME DE MÉDECIN VÉTÉRINAIRE


Présentée le 24 juillet 1876


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TOULOUSE


IMPRIMERIE PRADEL, VIGUIER ET BOÉ


RUE DES GESTES, 6


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1876



À LA MÉMOIRE DE MA MÈRE






À MON PÈRE






À MES FRÈRES



À MON ONCLE J. BELLOCQ






À MES AMIS






À MES MAÎTRES


Messieurs les Professeurs et Chefs de service de l’École de Toulouse

AVANT-PROPOS




Les animaux domestiques, en dehors de cas exceptionnels qui ne sauraient nous préoccuper en ce moment, sont pour nous des machines qui fournissent un certain revenu. C’est assez dire que dans tout ce qui les concerne, l’intérêt doit être consulté ; par conséquent le médecin-vétérinaire qui traite un animal, a deux buts à remplir : 1° guérir ; 2° guérir à bon marché. Il est inutile de dire que toute cure dont les frais dépassent la valeur du malade est par cela même à rejeter. Il en résulte que les dépenses d’un traitement doivent être inférieures à une valeur déterminée, d’où l’obligation de rechercher nos moyens thérapeutiques dans les conditions les moins onéreuses.

Ces considérations m’ont conduit à me demander si la naphtaline, qui n’est qu’un caput mortuum dans nos usines à gaz, où elle se forme, ne pourrait trouver une application dans notre médecine. Malheureusement, il m’a été impossible d’étudier les divers points de cette question ; je ne puis en présenter qu’une première partie (les effets physiologiques de la naphtaline), me réservant de la continuer plus tard.

Pour rendre le sujet plus intéressant, il m’a semblé qu’il serait bon de rappeler d’abord les propriétés physiques et chimiques de ce corps, puis d’exposer l’étude de ses effets physiologiques, enfin de signaler les principales indications thérapeutiques auxquelles on a pensé qu’il pourrait satisfaire.

Tel est le plan de notre travail.

C.B.






EFFETS PHYSIOLOGIQUES DE LA NAPHTALINE


Formule atomique C10 H8 ; en équivalents C20H8.




La Naphtaline se forme lorsqu’on décompose un grand nombre de substances organiques à une température élevée ; néanmoins elle n’est connue que depuis 1820. C’est Garden qui la remarqua le premier, et l’obtint en chauffant au rouge du goudron de houille. L’année suivante Kidd en fit connaître les principales propriétés physiques, mais il ne l’analysa pas ; Faraday en détermina la composition et décrivit l’acide sulfonaphtalique (C20 H7 S2 O5, H O), qui le conduisit à la formule C20 H8 pour la naphtaline, Dumas en prit la densité de vapeur et en fixa le poids moléculaire ; mais le chimiste qui a le plus contribué à développer son histoire, c’est Laurent. C’est surtout à lui qu’on en doit une étude approfondie ; il étudia pendant plusieurs années l’action du chlore, du brome, de l’acide azotique et des oxydants sur la naphtaline, et décrivit une foule de dérivés. Depuis Laurent, la naphtaline a été le sujet de nombreuses recherches qui ont ajouté beaucoup de faits à l’histoire si riche de cet hydrocarbure. Qu’il suffise de citer Erlemmeyer, Faraday, Berzelius, Dumas, Berthelot, etc., etc., pour donner une juste idée de la valeur des travaux dont ce corps a été l’objet.

La naphtaline prend naissance par l’action d’une température rouge sur les matières organiques ; le goudron obtenu dans la fabrication du gaz d’éclairage par la distillation sèche de la houille, des résines ou des huiles en fournit de notables quantités ; Reichenbach l’a trouvée dans le noir de fumée, dans le goudron des matières animales ; il a également reconnu que le corps cristallisé obtenu par de Saussure en décomposant l’alcool à une température élevée était de la naphtaline, ce qui a été confirmé par les recherches ultérieures de M. Berthelot. La naphtaline a été également trouvée par Pelletier et Walter dans la distillation sèche de la poix ; et par d’Arcet dans la destruction du camphre au rouge. M. Berthelot en a constaté la formation dans un grand nombre de circonstances : dans la décomposition par la chaleur rouge de l’acide acétique (C4 H4 O4) et de plusieurs carbures d’hydrogène ; par l’action réciproque, au rouge, de ces mêmes carbures ; la naphtaline se forme également lorsqu’on dirige un mélange de sulfure de carbone (C S2) et d’hydrogène sulfuré sur de la tournure de cuivre chauffée au rouge.


PRÉPARATION

Nous ne nous occuperons point des moyens spéciaux employés pour former la naphtaline de toutes pièces, ou pour la retirer des opérations ou réactions ci-dessus dénommées ; nous nous écarterions complètement du but proposé, notre intention n’étant point d’étudier la naphtaline au point de vue chimique. Il nous suffira donc de prendre la naphtaline brute, telle qu’elle se dépose d’ailleurs dans les tuyaux des usines à gaz, et de voir comment on peut la ramener à un état tel, qu’elle puisse être employée en médecine. C’est donc moins une préparation qu’une purification de la naphtaline que nous allons décrire. Cette purification se fait dans les laboratoires d’une façon très-simple : la naphtaline brute est étendue sur un vase ; on recouvre celui-ci au moyen d’une feuille de papier joseph fixée avec un peu de colle ; sur cette feuille de papier, on place un cône qui circonscrit exactement le vase. Le tout étant ainsi préparé, on chauffe au bain de sable. En employant une douce température, la naphtaline se sublimera et viendra se fixer en partie sur le papier collé au vase ; là se déposeront les plus belles lames qui sont d’une transparence parfaite ; mais une autre partie passera à travers cette feuille de papier et viendra se déposer à la face interne du cône. Les vapeurs de naphtaline commencent à paraître dix minutes environ après qu’on a commencé de chauffer. Dans la capsule, il reste un résidu noir, d’une odeur goudronneuse forte et désagréable.


PROPRIÉTÉS

La naphtaline se présente sous la forme de lamelles blanches et brillantes, d’une odeur de goudron, d’une saveur âcre et aromatique. Obtenue par sublimation, elle est en lames blanches, rhomboïdales, extrêmement minces. Sa densité est de 1,048, celle de sa vapeur est de 4,53 ; elle fond à 79°5, et bout à 217° ; elle se sublime à une température moins élevée. Elle distille facilement avec les vapeurs d’eau et avec les hydrocarbures liquides ; elle brûle avec une flamme excessivement fuligineuse. Elle est insoluble dans l’eau froide et très-peu soluble dans l’eau bouillante qui devient laiteuse par le refroidissement ; elle est très-soluble dans l’alcool, l’éther, les huiles grasses et les huiles essentielles. Une dissolution de naphtaline dans quatre fois son poids d’alcool bouillant se prend par le refroidissement en une masse cristalline solide. Elle est également soluble dans l’acide acétique, l’acide oxalique et un peu dans l’acide chlorhydrique chaud. Sa solution dans l’essence de térébenthine est accompagnée d’un abaissement de température.

Vohl a constaté quelques propriétés intéressantes de la naphtaline : lorsqu’elle est fondue, elle absorbe une très-grande quantité d’air qu’elle abandonne de nouveau par le refroidissement. Lorsqu’on opère sur un kilogramme de naphtaline, le dégagement de l’air se fait avec effervescence. Cet air est beaucoup plus riche en oxygène que l’air ordinaire. Fondue, la naphtaline dissout l’indigo, le phosphore, le soufre, les sulfures d’arsenic, d’étain et d’antimoine, qui s’en séparent cristallisés par le refroidissement.

Les alcalis sont sans action sur la naphtaline. L’acide azotique la transforme en dérivés nitrés ; les autres agents oxydants (acide chromique, peroxyde de manganèse et acide sulfurique) donnent un acide particulier et des matières colorantes. — La naphtaline soumise à l’action du chlore fournit un bichlorure C20 H8 Cl2 et un tétrachlorure C20 H8 Cl4 qui eux-mêmes donnent des dérivés chlorés. Avec le brome il se produit aussi des bromures. Un mélange de chlorate de potassium et d’acide chlorhydrique froid transforme la naphtaline en un mélange de tétrachlorure de naphtaline et de tétrachlorure de naphtaline chlorée. Par l’action de l’acide iodhydrique concentré, on obtient divers hydrocarbures suivant la durée de la réaction, la température et la concentration de l’acide.

Lorsqu’on dissout dans l’alcool bouillant de l’acide picrique et de la naphtaline, et qu’on laisse refroidir, on obtient une combinaison de molécules égales des deux corps en longues aiguilles d’un jaune d’or fusibles à 149° ; l’ammoniaque lui enlève tout l’acide picrique et laisse la naphtaline.

La naphtaline est le type d’une des séries les plus nombreuses et à la fois les plus remarquables de la chimie organique. On peut se faire une idée de la construction de cette série, en supposant que le carbone du premier terme restant constant, l’hydrogène soit remplacé en tout ou en partie par du chlore, du brome, de l’oxygène, de l’hypoazotide ; on peut également se figurer que la molécule primitive, soit qu’elle reste intacte, soit qu’elle se trouve modifiée par substitution, se combine avec du chlore ou avec de l’oxygène et donne naissance de cette manière à des composés doués de propriétés fondamentales tout autres que celles de la naphtaline elle-même.



EFFETS PHYSIOLOGIQUES




EXPÉRIENCES SUR LE CHIEN

I. — 2 septembre 1875. Chien loup, ! an. On lui fait prendre 0 gr. 50 de naphtaline contenus dans sept pilules composées ainsi qu’il suit : naphtaline 0 gr. 50 ; mélasse, 3 grammes ; poudre de réglisse 2 grammes. On administre le tout en une seule dose. L’animal ne paraît nullement inquiété ; il conserve son appétit ; aucun symptôme ne montre une modification dans l’économie du sujet.

Le lendemain on n’observe pas davantage un changement quelconque.


II. — 30 septembre 1875. Chien de rue pesant 5 kilog. âgé de huit mois. On lui administre un gramme de naphtaline bien pulvérisée et mélangée avec 40 grammes de viande coupée en petits morceaux. L’animal prend cette préparation sans aucune difficulté, il l’a mangée même avec avidité. C’est vers cinq heures de l’après-midi qu’on a donné ce mélange, le chien n’en a paru nullement incommodé, il est resté gai, et s’est amusé dans la soirée avec un autre jeune chien.

Le lendemain matin, on remarque que le sujet a émis une quantité notable d’excréments ; ceux-ci sont mous et contiennent des substances glaireuses ; de plus ils sont un peu foncés. Néanmoins, le chien paraît avoir conservé toute sa gaieté habituelle et tout son appétit. Le soir, les excréments sont encore mous.

Le surlendemain, 2 octobre, excréments encore ramollis, mais en quantité moins considérable.

3 octobre. Plus de modifications sensibles ; l’animal est en parfaite santé.


III. — Chienne loup, âgée de 2 ans. Le 12 octobre, on lui donne 2 grammes de naphtaline mélangée avec quatre-vingt-dix grammes de viande hachée comme précédemment. L’animal a hésité tout d’abord à cause de l’odeur assez forte de la naphtaline ; néanmoins il a mangé le tout en une seule fois.

13 octobre. Bien que le sujet n’eut mangé la veille que la quantité de viande qui facilitait l’administration de la naphtaline, on observe, le matin, une quantité considérable d’excréments mous, glaireux et un peu foncés ; ils avaient, en un mot, les caractères de ceux décrits dans l’observation précédente. On n’a observé aucune modification dans l’état du sujet ; sa gaîté est restée la même.


IV. — Le 30 octobre, on fait prendre à l’animal qui fait l’objet de l’administration précédente, deux autres grammes de naphtaline et dans les mêmes conditions : on a observé absolument les mêmes effets.

Nota. Cette même chienne a été l’objet de plusieurs administrations de naphtaline à la même dose ; toujours les premiers résultats ont été confirmés. Ces administrations se sont même répétées à des époques rapprochées sans qu’elle en parut impressionnée, l’émission constante de déjections alvines, ayant les caractères déjà cités, a été le seul effet de ces administrations successives. C’est ainsi que nous avons pu lui faire prendre deux grammes de naphtaline chaque jour pendant cinq jours consécutifs, sans observer de modifications autres que celles signalées plus haut.


V. — 11 janvier 1876. Chien loup, âgé de 3 ans. Administration de deux grammes et demi de naphtaline, avec quatre-vingt-dix grammes de viande, toujours préparée de la même façon. L’administration est faite à midi ; dans la soirée, pas d’émission d’excréments, pas de modification sensible dans l’état du sujet.

12 janvier. Le matin, on s’aperçoit que les excréments émis sont en quantité et présentent toujours des caractères analogues à ceux déjà signalés.

13. Les déjections sont encore un peu molles, mais en moindre quantité.

14.On n’observe plus de modifications du côté des viscères digestifs. L’appétit s’est toujours conservé avec la même intensité.


VI. — 4 février 1876. Chien d’arrêt pesant 10 kil., âgé de 2 ans. On lui administre quatre grammes de naphtaline, mélangée avec quatre-vingt grammes de viande. Le sujet a très-bien pris cette préparation en une seule fois. Après avoir mangé, l’animal reste gai comme avant, et dans la soirée il est difficile d’observer en lui aucune modification.

5 février. Le sujet paraît anxieux, la respiration est un peu accélérée, de même que le pouls, qui est en outre irrégulier. Il a émis des excréments presque complètement liquides et de la même couleur que dans les observations précédentes ; il y a diurèse.

6 février. Les troubles observés hier ont presque complètement disparu ; l’appétit est meilleur.

7. Il n’est plus possible de reconnaître aucun symptôme indiquant un dérangement dans l’économie ; l’appétit est revenu à son état ordinaire.


VII. — 26 février 1876. Chien d’arrêt, très-vieux, pesant 23 kil. On lui présente six grammes de naphtaline mélangée avec de la viande. Ce sujet, dont l’appétit est d’ailleurs très-faible et capricieux, refuse de prendre cette préparation. On essaye de lui faire avaler la même quantité de naphtaline en mélangeant celle-ci avec de la soupe, on n’obtient pas de meilleurs résultats.


VIII. — 25 mars 1876. Chien bouledogue, 4 ans. Administration de six grammes de naphtaline mélangée avec cent grammes de viande. Le sujet a bien mangé cette préparation, il l’a prise toute en une fois. Deux heures après, on n’observe aucun effet.

26. L’animal qui était très-excitable l’est bien moins aujourd’hui ; il a émis des excréments mous, foncés. Son appétit a diminué, la soif est plus vive au contraire ; la respiration à une odeur de naphtaline marquée.

27. Les excréments sont encore ramollis ; le sujet ne mange pas avec son ardeur accoutumée ; la respiration n’a plus qu’une faible odeur de naphtaline.

28. L’animal paraît complètement revenu à son état normal.


IX. — 4 avril 1876. Chienne loup, 3 ans, du poids de 5 kil. Administration de 8 gram. de naphtaline dans 80 gram. de viande en une seule dose. Après l’ingestion, le sujet reste dans son état normal ; trois heures après, on va le voir, on le trouve anxieux, la respiration est accélérée, la circulation aussi, les muqueuses sont injectées.

5. Diminution de l’appétit ; l’animal boit avec avidité. Il y a de la fièvre, le pouls est dur et précipité ; il y a chez le sujet un affaiblissement des facultés locomotrices, le nez n’a pas sa fraîcheur habituelle, la bouche est chaude, la langue est chargée de mucosités blanchâtres, l’animal reste couché et cherche à reposer son ventre sur un endroit frais. On constate des coliques qui sans être très-violentes sont continues, et l’animal a émis pendant la nuit des excréments mous ; il a même vomi des matières glaireuses et claires.

6. Les symptômes observés hier persistent, et se montrent même plus accusés.

7. Anorexie. Les vomissements continuent, les substances ainsi rejetées sont jaunes. Les excréments sont plus mous et projetés sous forme de filets, ces matières salissent la queue et les fesses. Le sujet est plus abattu, reste constamment couché. Respiration grande et accélérée, pouls irrégulier.

8. Le sujet est toujours triste ; il reste couché. Quand on lui ouvre sa loge, il en sort et s’il trouve des liquides, il boit. La diarrhée continue avec la même intensité, on trouve même quelques stries de sang dans les matières évacuées.

9. L’animal est plus triste ; il reste dans un assoupissement continuel. On observe aujourd’hui une diarrhée dysentérique qui paraît le fatiguer beaucoup. Le sujet meurt le soir, entre 2 et 3 heures.

L’autopsie est faite trois heures après la mort :

Le sujet est étendu sur la face latérale gauche. Il est d’un embonpoint satisfaisant ; sa bouche est humide, et contient de la salive vers les commissures des lèvres.

Cavité abdominale. — Le péritoine ne présente aucune lésion ; la masse intestinale a un volume un peu diminué, les intestins montrent un peu d’astriction. Si nous examinons le tube digestif dans toute son étendue, nous ne voyons rien dans la bouche, si ce n’est la salive dont nous avons parlé plus haut. L’œsophage ne montre aucune modification. L’estomac ne présente pas la même astriction que le tube intestinal ; au toucher, il donne la sensation d’une poche contenant un peu de liquide. Une ponction suffit pour vider cet organe car il ne contenait absolument que le liquide déjà perçu à l’extérieur. L’analyse de ce dernier montre qu’il a la composition du suc normal ; le papier tournesol montre qu’il est très-faiblement acide ; par l’azotate d’argent, on observe qu’il contient une quantité notable de chlorures ; l’oxalate d’ammoniaque y fait trouver un peu de chaux ; par le chlorhydrate d’ammoniaque on y remarque un peu d’acide phosphorique ; l’acide tartrique y fait reconnaître un peu de chlorure de sodium ; et l’acide picrique de la potasse et une petite quantité d’ammoniaque. En résumé, ce liquide contient de la potasse, un peu d’ammoniaque et d’acide phosphorique ; très-peu de chaux, des chlorures. Ce suc contenait, en outre, des débris de consistance fibrineuse, qui troublaient un peu sa limpidité. C’est là, comme on le voit, à peu près, la composition du suc gastrique normal. Extérieurement, l’estomac présente dans sa partie la plus déclive, autour de la grande courbure, une teinte rouge bien marquée. L’ouverture de cet organe permet de voir une muqueuse injectée dans la région correspondant à la partie extérieure rouge. Dans l’intestin grêle, la muqueuse présente vers les premières portions des arborisations et des plaques rouges dont la surface varie entre un demi et un centimètre carré. Au fur et à mesure qu’on se rapproche du gros intestin, la coloration rouge est plus étendue, et en arrivant dans cette dernière partie, elle est uniforme. Vers les portions les plus postérieures, cette coloration est foncée ; enfin, dans les parties qui précèdent le rectum, et dans celui-ci, les vaisseaux sont saillants et se montrent en relief, les veines ont une couleur complètement noire. Il y a un peu d’entérorrhagie. En résumé, l’inflammation va en augmentant des premières aux dernières parties de l’intestin.

Le foie est plus développé qu’à l’état normal, il est à peu près deux fois plus gros. La rate et le pancréas n’offrent aucune altération qui doive être signalée.

Appareil urinaire. — Les reins ne montrent rien de particulier. La vessie à ses dimensions les plus restreintes. La muqueuse est en contact avec elle-même dans toute son étendue ; elle à une teinte rose qui indique une légère inflammation.

Cavité thoracique. — Le cœur à son volume ordinaire ; ses cavités sont parfaitement nettes, cet organe ne présente aucune lésion. Les vaisseaux ne montrent non plus aucune altération pathologique.

Les poumons ont une belle couleur rosée, de nombreuses incisions dans leur masse démontrent la parfaite santé de ces organes. La trachée et le larynx sont aussi parfaitement sains.

Encéphale. — Les méninges sont injectées ; la substance cérébrale aussi montre une trace de l’irritation qui l’a atteinte, l’hypérémie sablée existe sur toute sa masse. Les cavités ventriculaires ne contiennent rien que de très-naturel ; les plexus choroïdes n’offrent pas de modifications sensibles.

L’action évacuante de la naphtaline, que nous avons reproduite à volonté, en administrant de un à quatre grammes de cette substance aux chiens, nous a montré une action purgative de ce carbure d’hydrogène donné à doses convenables. À l’exemple de plusieurs pharmacologistes qui ont cherché à déterminer l’action des purgatifs en les injectant directement dans une partie circonscrite de l’intestin, et en pesant ensuite les liquides ainsi sécrétés sous l’influence de ces substances, nous avons entrepris l’expérience suivante avec la naphtaline.


X. — 15 avril 1876. Chien d’arrêt, très-vieux. Pour déterminer l’action de la naphtaline d’une façon absolue, nous avons rendu l’expérience comparative. Nous avons fait au flanc gauche une incision de cinq centimètres environ ; par l’ouverture ainsi pratiquée, nous avons attiré une partie de l’intestin grêle. Nous avons appliqué sur lui deux lames de bois de manière à le comprimer ; les deux petits casseaux ont été maintenus sur l’intestin en les fixant ensemble par leurs deux extrémités au moyen de crin de cheval avec lequel nous avons fait le nœud de la saignée. Le compresseur appliqué, nous avons soulevé l’anse intestinale de manière à faire descendre progressivement les matières alimentaires, et nous l’avons pressée doucement entre les doigts à partir du point intercepté jusqu’à ce qu’elle ait été débarrassée de son contenu sur une longueur de soixante centimètres environ. Sans déplacer les doigts, nous avons appliqué là un second compresseur semblable au premier, sans le serrer encore. Nous avons injecté ensuite un gramme de naphtaline tenue partie en dissolution, partie en suspension, dans deux grammes d’huile d’olive. L’incision par laquelle nous avons introduit cette substance a été faite juste en dehors du dernier compresseur que nous avons serré immédiatement après avoir injecté. Pour rendre cette expérience comparative, comme nous l’avons déjà dit, nous avons isolé absolument de la même façon une autre anse intestinale de même longueur, et dans cette portion, aucune substance n’a été introduite, on s’est contenté de la vider comme précédemment.

Il est facile de comprendre qu’en agissant ainsi, nous avons obtenu tous les avantages que M. Colin a conservés au moyen de son compresseur qui n’était pas à notre disposition. Les compresseurs ont été serrés modérément de manière à ne pas blesser trop fortement les membranes sur lesquelles ils portaient leur action. La circulation n’est en aucune façon troublée puisque les petites anastomoses de l’anse intestinale sont en dehors des points interceptés.

Deux heures après, nous avons tué l’animal par effusion de sang. Dans les anses intestinales qui avaient été isolées, nous avons laissé descendre par son propre poids à une extrémité de chacune d’elles, le liquide sécrété dans leur intérieur, et nous l’avons retiré au moyen d’une ponction. La quantité de liquide contenue dans l’anse intestinale où on n’avait rien injecté pèse dix grammes ; celle contenue dans l’autre anse intestinale pèse treize grammes. La différence est peu sensible quant à la quantité, mais il n’en est plus de même sur le rapport de la qualité. Le liquide de la première anse est clair, ne se ressent pas de la moindre trace d’inflammation ; celui de l’anse où on avait injecté la naphtaline est épais et d’un rouge foncé. L’examen des deux anses intestinales ne montre pour la première aucune trace d’irritation, tandis que dans la seconde, il y a une coloration rouge sur toute la surface ; cette coloration se montre en pointillés, en arborisations, on aperçoit même des plaques qui se distinguent parfaitement par leur coloration rouge plus foncée ; celles-ci se montrent surtout du côté de la grande courbure.


EXPÉRIENCES SUR LE CHEVAL ET LE MULET


XI. — 10 janvier 1875. Cheval ariégeois hors d’âge. On lui administre dix grammes de naphtaline en suspension dans un litre d’eau et en breuvage. Le sujet ne paraît nullement troublé après avoir pris cette préparation.

11. On n’observe aucune modification ; il n’y a pas eu d’effets produits


XII. — 15 janvier 1876. Mulet gascon hors d’âge. On lui donne en breuvage dix grammes de naphtaline en suspension dans un demi-litre d’eau. Pas d’effets appréciables.


XIII. — 20 janvier. Mulet gascon hors d’âge. Administration, à deux heures de l’après-midi, de quinze grammes de naphtaline avec un litre d’eau. Dans la soirée on n’observe aucune modification.

21. Le sujet a émis des crottins foncés, ils ont gardé leur forme ordinaire, et ils exhalent une odeur de naphtaline dans leur ensemble.


XIV. — 25 janvier 1876. Cheval ariégeois, hors d’âge. Ce sujet n’a rien mangé depuis le 24 au matin. On lui fait prendre, à midi, vingt grammes de naphtaline dans un litre d’eau et en breuvage. Le sujet est laissé dans une diète absolue. Dans la soirée, on n’observe rien de particulier.

26. Le sujet a émis une quantité d’excréments qui paraît un peu augmentée, ceux-ci sont moulés, ils ont leur dureté ordinaire et ils sont noirs à leur surface. Ils ont de plus l’odeur de naphtaline. Les excréments ont encore cette odeur le lendemain et le surlendemain.


XV. 31 janvier 1876. Mulet gascon hors d’âge. Administration comme précédemment de vingt-cinq grammes de naphtaline.

1er février. Les excréments ne sont pas augmentés et ont les caractères déjà signalés dans les observations précédentes ; il y a eu un peu de tympanite qui a disparu le jour même.


XVI. — 20 février 1876. Cheval du pays, 18 ans. On lui donne 25 grammes de naphtaline en solution dans 200 grammes d’huile d’olive et en breuvage. L’examen du sujet avant l’administration ne montre rien d’anormal, c’est un sujet vieux, usé, mais il n’y a pas de trace d’inflammation ; il a bon appétit, on compte 35 pulsations et 12 respirations par minute. Quatre heures après avoir donné la dose sus-indiquée, le sujet ne montre aucune modification.

21. Le sujet est un peu triste, il ne mange pas bien ; rien de particulier à noter dans ses excréments.

22. Une irritation intestinale se manifeste par des symptômes marqués. La bouche est chaude, la soif vive ; on entend même à distance des borborygmes bruyants qui se dirigent vers les parties postérieures de l’intestin ; l’animal regarde son ventre qui est légèrement ballonné, il expulse des vents et éprouve des épreintes accusées par le relâchement et le resserrement de l’anus. Le pouls est un peu plus plein que le jour de l’administration ; on compte, quarante pulsations par minute. C’est surtout le nombre des respirations qui est augmenté ; on en comptait douze, il y en a aujourd’hui vingt par minute.

23. Le pouls qui était légèrement modifié est revenu à son état primitif ; la respiration est encore un peu vite ; on n’entend plus les borborygmes avec la même intensité ; l’appétit est revenu.

24. L’amélioration se continue, il y a un peu d’accélération de la respiration, c’est là le seul indice de l’irritation qui s’est montrée.

25. Le sujet est complètement remis.


XVII. — 15 mars 1876. Mulet gascon, hors d’âge. On lui administre le soir, à 2 heures, quarante grammes de naphtaline en solution dans trois cents grammes d’huile d’olive, la dissolution n’est pas complète. On fait prendre le tout en une dose et en breuvage. Trois heures après l’administration, le pouls et la respiration sont un peu accélérés.

16. Le ventre est légèrement ballonné, les excréments ne montrent rien de particulier, si ce n’est qu’ils sont un peu ramollis. La respiration exhale une forte odeur de naphtaline.

17. La respiration et la circulation sont accélérées, on compte vingt-cinq respirations et soixante-dix pulsations par minute ; mais nous pensons qu’il faut surtout attribuer ces effets non à la naphtaline, mais à la surexcitation d’une plaie que l’animal a au genou gauche, et qui a été irritée pendant les exercices de ferrure pour lesquels le sujet a servi.

Le soir l’animal est sacrifié pour les opérations. L’autopsie ne montre pas d’irritation dans l’estomac, ni dans l’intestin, c’est à peine si on trouve quelque petites plaques rouges très-peu marquées dans l’intestin grêle. Celui-ci contient des matières alimentaires délayées dans une quantité de liquide plus grande que d’habitude chez les, solipèdes. Ce liquide est glaireux et présente une très-légère nuance jaune. Les glandes annexées au tube digestif n’offrent rien de particulier ; les reins non plus, mais la vessie montre une coloration rouge bien marquée sur toute l’étendue de la muqueuse.


Applications externes.


XVIII. — 1er avril 1876. Chien de rue, 2 ans. On fait une incision à la peau et on applique dans le tissu conjonctif sous-jacent, un gramme d’une solution concentrée de naphtaline dans l’huile d’olive. Pas d’effets appréciables.


XIX. — 8 avril 1876. Chien dogue 3 ans. On lui fait une friction avec 15 grammes d’huile d’olive à laquelle on a ajouté 4 grammes de naphtaline. On opère à la face interne de la cuisse gauche, et sur une surface de moins d’un décimètre carré. Cette friction n’a été suivie d’aucune modification.

Ces deux dernières expériences ont été répétées plusieurs fois ; mais elles ont donné toujours les mêmes résultats ; nous pensons qu’il suffit de signaler ces deux observations pour ne pas tomber dans des redites inutiles.

Nous terminerons l’exposé des observations, en donnant connaissance de quelques faits spéciaux observés en administrant à deux chiens de la naphtaline en solution dans l’huile.


XX. — 24 avril 1876. Chien bichon, 10 mois. On fait dissoudre 4 grammes de naphtaline dans 40 grammes d’huile d’olive ; la solution n’est pas tout à fait complète. On donne 32 grammes et demi de cette préparation ; le sujet vomit deux fois, et il est impossible de continuer l’administration. L’animal tombe et reste couché en décubitus latéral. La respiration est très-accélérée ; la circulation est précipitée, on compte cent soixante-dix pulsations par minute ; les muqueuses sont injectées, principalement la conjonctive. La pupille est très-dilatée, elle occupe toute la surface de la cornée transparente. Le sujet est raide en partie, il éprouve des convulsions cloniques bien visibles aux membres. Ceux-ci éprouvent des flexions subites marquées surtout aux membres antérieurs ; la contraction des muscles pectoraux semble être le point de départ de l’action qui agit sur ces membres ; aussi voit-on leur flexion se manifester au commencement de chaque mouvement inspiratoire. L’animal reste dans cet état pendant trente minutes. Il se lève non sans difficulté et reste un instant étourdi comme dans un état d’ivresse ; il essaye de marcher, mais il ne peut y réussir. Les membres postérieurs agissent, mais les antérieurs ne peuvent fonctionner et ils refusent d’obéir à l’impulsion des membres postérieurs. Enfin, après une marche titubante, l’animal paraît remis tout à fait ; dans quarante minutes tout a disparu.

Nous nous sommes demandé si ces effets ne pouvaient pas résulter d’une action mécanique, de pressions exercées sur le corps, l’animal étant maintenu dans des positions quelquefois pénibles pendant l’administration ; ou bien d’une fausse route prise par les substances ingérées ; mais il a été facile de nous convaincre que ces causes n’ont pas agi. En nous rapprochant autant que possible des conditions de la première administration, nous avons pu donner de la même façon des quantités d’huile d’olive pure égales, plus fortes, doubles même, sans observer aucun des effets que nous avons signalés.

Ce sont là des symptômes que nous avons observés aussi sur un vieux chien d’arrêt auquel nous avons voulu faire prendre de la naphtaline de la même manière. Nous ne savons à quoi attribuer les effets complexes que nous venons de signaler ; il est probable qu’ils sont dus aux trois causes suivantes : 1° À une action spécifique exercée sur la substance nerveuse ; 2° À une congestion sanguine qui s’établit dans les centres nerveux et leurs enveloppes ; 3° À la gêne de la respiration et à l’hématose imparfaite qui en est la suite.

Dans le résumé que nous avons donné de chaque expérience, nous nous sommes surtout attachés à faire connaître les modifications du tube digestif. Indépendamment des effets subis par cet appareil, il en est d’autres qui agissent soit sur la respiration, soit sur la circulation, etc. Comme ceux-ci se sont montrés toujours avec des caractères identiques, nous avons cru ne pas devoir les signaler à la fin de chaque observation. Ils trouveront leur place dans l’exposé général qui suit.


Résumé analytique des expériences signalées.

Pour ne rien omettre, et afin d’exposer toutes les particularités relatives à notre sujet, nous étudierons d’abord le mode d’administration, puis les effets produits par les diverses doses ; nous verrons s’il n’y a pas des circonstances capables de les modifier, et nous parlerons des effets physiologiques.

A. — Mode d’administration. Nous avons donné la naphtaline en suspension dans l’eau, et en dissolution dans l’huile ; nous l’avons administrée en breuvage, ou bien pour les carnivores mélangée avec la viande hachée ; dans ce dernier cas, lorsque la dose était trop forte, nous y ajoutions quelque gouttes d’huile d’olive pour cacher la naphtaline et diminuer son odeur. Le premier et le deuxième mode, nous les avons employés sur les solipèdes, et à doses égales, la naphtaline en solution dans l’huile a donné des effets plus sensibles, ce qui est d’ailleurs très-naturel : cette substance étant soluble dans ce dernier liquide et non dans l’autre. Nous n’avons pas observé sur les chevaux, avec les doses que nous leur avons administrées, les effets remarqués sur le chien en donnant la naphtaline dissoute dans l’huile en breuvage ; aussi avons-nous préféré ce mode d’administration pour les solipèdes, tandis que nous avons été obligé de l’abandonner pour les chiens. Pour ceux-ci, un bon mode d’administration consiste à mélanger la naphtaline avec de la viande en petits morceaux ; ainsi le sujet prend cette préparation sans difficulté et se purge de lui-même ; de plus, comme je l’ai déjà dit, on peut y ajouter quelques gouttes d’huile si la dose du carbure d’hydrogène est trop forte, l’animal prend ainsi mieux le mélange et n’en ressent aucun inconvénient. Il faut donner la naphtaline à jeun, si on veut obtenir tous ses effets. Il faut qu’on administre cette substance par l’estomac ; employée en frictions sur la peau ou dans le tissu sous-dermique, nous n’avons pas eu de résultats.

B. — Doses. Pour accélérer les déjections alvines, 3 grammes de naphtaline suffisent pour un chien de moyenne taille. Quatre grammes sur un sujet ordinaire, provoquent une légère irritation ; six grammes donnent parfois une inflammation des voies digestives ; enfin, à huit grammes, nous avons vu une chienne mourir d’une entérite diarrhéique et entérorrhagique. Ajoutons encore qu’à faible dose, un ou deux grammes, nous avons eu des évacuations plus abondantes qu’en donnant la dose plus forte, quatre, cinq ou six grammes par exemple ; avec celle-ci nous avons eu des excréments ramollis mais non augmentés. Enfin, nous avons vu que chez le cheval on peut donner dix et vingt grammes sans avoir d’effet manifeste ; à vingt-cinq grammes, nous avons eu, une fois, une légère irritation qui a disparu au bout de trois jours ; et à la dose de quarante grammes chez le mulet, nous n’avons pas eu d’irritation des voies digestives bien marquée, mais la muqueuse de la vessie avait une teinte rouge sur toute son étendue.

C. — Circonstances qui peuvent modifier les effets de la naphtaline. — Celles-ci tiennent à la taille, à l’âge et à l’espèce. Il est inutile d’insister sur la première de ces influences ; la dose devra varier selon que la taille est plus ou moins grande, le sujet plus ou moins fort. Ceci est tellement vrai, qu’on a essayé de déterminer les doses de certains médicaments, des purgatifs surtout, en les basant sur un kilogramme du poids vivant du sujet. Une influence bien marquée tient à l’âge : à la dose de un gramme, nous avons obtenu des évacuations molles et en quantité sur un chien dogue d’assez belle taille, âgé de dix mois ; tandis que cette même dose n’a pas eu de résultats sur des sujets moins grands, mais plus âgés. Nous avons pu donner deux grammes de naphtaline par jour, pendant cinq jours consécutifs, à une chienne loup âgée de deux ans, sans avoir d’autre résultat qu’une augmentation des déjections alvines ramollies, pendant le même temps ; sur un chien croisé loup bichon, âgé de six mois, il a suffi d’une seule dose de 2 grammes pour provoquer le vomissement, et donner une légère inflammation des voies digestives. Les différences tiennent encore à l’espèce, nous avons vu que pour les solipèdes on peut leur donner jusqu’à quarante grammes de naphtaline, et on n’a qu’une irritation passagère des voies digestives et un peu de cytiste.


D. — Effets physiologiques. — Nous allons les distinguer en effets locaux et en effets généraux.


Effets locaux. — Injectée sous la peau en suspension dans l’eau, en solution dans l’huile, ou incorporée à l’axonge, la naphtaline ne produit d’autre effet qu’une irritation mécanique résultant de l’action d’une substance étrangère introduite dans cette partie, mais nous ne pensons pas qu’il y ait là une action particulière due à cette substance. En frictions sur la peau, nous n’avons pas davantage observé d’effets, que la naphtaline fut en suspension dans l’eau ou en solution dans l’huile d’olive. Administrée par la bouche, elle donne quelquefois le vomissement aux carnivores, et surtout aux jeunes chiens ; ce que nous avons attribué à l’âcreté de cette substance, produisant un effet beaucoup plus sensible chez les jeunes sujets. Ce qui nous a fait admettre cette manière de voir, c’est que nous avons pu donner des doses beaucoup plus grandes, quelquefois même exagérées, à des sujets plus âgés sans avoir le vomissement : cet effet est donc, pensons-nous, le résultat d’une action purement locale et non point élective, comme cela a lieu pour les vomitifs proprement dits. Ce qu’il y a surtout à remarquer, c’est une inflammation bien manifeste des endroits où la naphtaline se trouve en quantité trop grande. C’est ainsi que dans une expérience plus haut signalée, il nous a suffi d’injecter un gramme de naphtaline directement dans une anse d’intestin grêle qui avait une longueur de soixante centimètres, pour voir cette partie de l’intestin présenter une coloration rouge sur toute la surface de sa muqueuse, et des plaques rouges plus foncées vers la grande courbure.


Effets généraux. — Donnée à des doses modérées, la naphtaline n’influe que très-peu sur l’ensemble de l’économie, nous avons vu des administrations suivies de déjections alvines abondantes ne s’accompagner presque d’aucun autre symptôme dans les autres parties du corps. Toutefois, quand les doses sont augmentées, la naphtaline ne tarde pas à réagir sur les appareils de l’organisme ; mais la plupart ne paraissent modifiés que 10 ou 15 heures après l’administration, de sorte qu’on est à se demander si quelques-uns de ces effets dépendent, non d’une action propre de la naphtaline, mais de l’irritation qu’elle provoque dans le tube digestif. Quoi qu’il en soit, nous allons décrire les effets observés, et pour ne rien omettre, nous allons envisager les modifications sur chaque appareil isolément.

Appareil digestif. — En petite quantité, de un à quatre grammes chez le chien, par exemple, on n’observe pas d’irritation locale ; mais si pendant que les évacuations sont abondantes on ouvre le sujet, on remarque une quantité exagérée de suc entérique dans l’intestin grêle. Il s’est produit dans ce cas, probablement, une action dialytique ; action qui, comme on le sait, a été admise à priori par le baron Liebig, démontrée par Poiseuille, et constatée sur les animaux par Moreau. Lorsque la quantité de la naphtaline est augmentée, les déjections sont moindres, les sécrétions intestinales diminuées, et l’irritation des voies digestives ne tarda pas à se montrer. Enfin, lorsque les doses sont trop exagérées, l’inflammation ne tarde pas à se montrer sur toute l’étendue du tube digestif ; nous l’avons observée sur une chienne loup à laquelle nous avions donné 8 grammes de naphtaline ; une diarrhée accompagnée d’un peu d’entérorrhagie s’est produite, et le sujet est mort au bout de 6 jours.


Appareil urinaire. — Cet appareil se ressent aussi de l’administration de la naphtaline. Nous avons observé des symptômes de cystite sur une chienne et un mulet, qui avaient pris la première 8 grammes et le second 40 grammes de cette substance.


Appareil respiratoire. — Au moment même de l’administration ou de suite après, la naphtaline produit une irritation des voies aériennes qui se traduit par des expirations brusques, par la toux. Ces effets sont de courte durée, et bientôt les mouvements de la respiration ne sont plus modifiés dans leur forme, mais leur nombre est plus grand. Nous avons compté vingt respirations par minute, sur un cheval à qui nous avions donné 30 grammes de ce carbure d’hydrogène ; et plus de 50, dans le même temps, sur un chien à qui nous en avions donné 6 grammes.


Appareil circulatoire. — Le pouls subit des modifications analogues à la respiration, il s’accélère et il devient un peu plus fort. Nous avons compté 150 pulsations sur un chien, et 70 sur un mulet, par minute. Le sang ne reçoit guère de modifications ; l’examen microscopique de ce liquide a été fait avant l’administration, et dans les différentes périodes où se sont produits les effets de la naphtaline, nous n’avons pu observer aucun changement. Toutefois, nous avons recueilli du sang dans des hématomètres avant et pendant les effets de la naphtaline, et nous avons observé une légère augmentation du caillot rouge pendant que la naphtaline produisait ses effets les plus sensibles.

Nous nous hâtons d’ajouter que les modifications de la respiration et de la circulation s’observent surtout en même temps que l’inflammation des voies digestives, de sorte que nous croyons qu’elles dépendent exclusivement de cette inflammation et nullement d’une action spéciale de la naphtaline.


Système nerveux. — D’après M. Tabourin, la naphtaline exerce une action sédative évidente sur le système nerveux, mais elle ne produit jamais les effets narcotiques du camphre. Nous pensons que les effets de la naphtaline ne se bornent pas à une action sédative exclusivement. Elle peut produire une excitation bien manifeste sur le système nerveux ; c’est ce que nous ont démontré deux expériences sur le chien, en administrant la naphtaline en solution dans l’huile d’olive.


Élimination de la naphtaline. — Cette substance sous l’influence de l’absorption passe dans le sang où on peut la retrouver en nature. Elle est éliminée ensuite par la respiration, comme le démontre la forte odeur de naphtaline exhalée par l’air expiré ; elle s’élimine aussi par les voies urinaires en produisant la diurèse.






INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES DE LA NAPHTALINE



La naphtaline, tant étudiée au point de vue chimique, a été au contraire délaissée au point de vue médical, On ne s’est point occupé à rechercher avec l’attention, la persistance que comportent l’intérêt des recherches thérapeutiques, les usages de cette substance ; aussi ne trouve-t-on à son égard que quelques notions superficielles dans les traités de matière médicale. Ce n’est pas qu’elle ne puisse trouver aucune application, la naphtaline pourrait constituer la partie active de préparations parfois très-utiles d’abord, à cause de leurs propriétés et aussi à cause de leur prix modéré. C’est ainsi que, d’après M. Rossignon, « la naphtaline possède beaucoup de propriétés physiques et physiologiques du camphre. Elle peut le remplacer dans l’art de guérir et même être utilisée avec avantage pour détruire les insectes dans les engrais pulvérulents et dans quelques terres, emploi pour lequel le camphre, en raison de son prix élevé, n’aurait pu être mis à profit. La naphtaline amenée à l’état de pureté absolue a un prix modéré ; elle se dissout facilement dans l’alcool faible, et forme ainsi un alcoolé qui à toutes les propriétés de l’eau-de-vie camphrée, sans coûter aussi cher.

« La médecine vétérinaire et même la médecine humaine doivent donc trouver dans cette substance une ressource véritablement avantageuse.

« Déjà même on a remplacé le camphre par la naphtaline dans un grand nombre de préparations dont cet agent fait partie, et leur application a été suivie des mêmes succès ; des inflammations chroniques des paupières, rebelles à tous les autres modes de traitement, ont cédé à la seule influence de la pommade naphtalinée. »

Ces quelques lignes suffisent, nous l’espérons, pour faire comprendre que la naphtaline aurait des droits pour faire partie des préparations pharmaceutiques, et même pour démontrer qu’elle y aurait mieux sa place que plusieurs médicaments à propriétés contestables que l’on y trouve. Combien de substances en effet, maintenues dans la pharmacie beaucoup plutôt à cause de leur réputation que des services qu’elles rendent à la thérapeutique ? Combien de produits délaissés qui pourraient cependant trouver d’heureuses applications ?

Comme il ne nous a pas été possible d’observer les effets thérapeutiques de la naphtaline, nous ne pouvons pas établir sur les faits observés les avantages que cette substance pourrait fournir. Aussi nous bornerons-nous à rappeler les indications fournies par MM. Rossignon, Dupasquier, Zundel, à propos des applications de cette substance.

Expectorant. Quand on met en contact avec la langue un ou deux centigrammes de naphtaline, dit M. Dupasquier, on a bientôt la sensation d’une saveur forte, âcre et désagréable ; bientôt on éprouve depuis le voile du palais et l’extrémité supérieure du pharynx jusqu’à la muqueuse qui tapisse les bronches, une sensation de chaleur qui s’accroît peu à peu et se change en picotement incommode, lequel ne tarde pas à déterminer la toux et l’expulsion d’un ou de plusieurs crachats, s’il se trouve du mucus bronchique ou des mucosités filantes accumulées dans les voies aériennes. Cette expérience, nous l’avons répétée plusieurs fois sur nous-même et sur plusieurs de nos camarades, et il nous a été impossible d’observer les effets énoncés, du moins avec la faible dose indiquée. Aussi sommes-nous à nous demander si, pour ressentir cette sensation de chaleur, ce picotement et enfin la toux, il ne faut pas qu’une accumulation de mucus bronchique dans les poumons réclame des efforts expulsifs de l’appareil respiratoire. Néanmoins, l’effet expectorant, nous l’avons observé, et même dans les observations que nous avons citées, chaque fois après l’administration de la naphtaline à des chiens, nous avons remarqué la toux, des efforts comme pour éliminer une cause d’embarras bronchique. L’effet propre aux médicaments incisifs et expectorants, ajoute M. Dupasquier, est infiniment plus prononcé avec la naphtaline que lorsqu’il est produit par la gomme ammoniaque, le baume de tolu, l’acide benzoïque, etc., qui sont regardés comme les plus énergiques parmi les agents thérapeutiques de cette classe.

Cette propriété de la naphtaline, non encore signalée, a fait penser à cet auteur que ce carbure d’hydrogène pourrait prendre place et même être mis en première ligne parmi les médicaments expectorants. L’expérience clinique a confirmé cette prévision. La naphtaline, employée dans les cas où une vive stimulation de la muqueuse bronchique est nécessaire et même urgente, a produit d’excellents résultats ; c’est ce qui a été observé chez un assez grand nombre de vieillards débiles, atteints de catarrhe pulmonaire chronique, et arrivés à un état de suffocation imminente par l’effet de l’impossibilité où ils étaient d’expulser les matières muqueuses, glutineuses, qui obstruaient les bronches. À ce titre, on pourrait peut-être retirer d’excellents avantages de la naphtaline dans le cas de la maladie des chiens qui se complique si souvent de pneumonie. M. Zundel s’en est servi avec avantage contre la gourme chronique, les jetages et les affections typhoïdes catarrhales.

M. Rossignon nous apprend que, donnée à l’intérieur, la naphtaline produit de bons effets dans les affections vermineuses. Il ajoute que cette substance s’associe parfaitement aux corps gras, et les pommades ainsi obtenues peuvent être employées en frictions dans les cas de contusions, d’entorses, etc.

Sur un vieux chien d’arrêt, nous avons fait quatre incisions horizontales intéressant toute l’épaisseur de la peau, de manière à arriver dans le tissu conjonctif sous-jacent. Ces incisions avaient chacune deux centimètres de longueur ; il y en a une sur la face latérale de la poitrine, et une sur le flanc à droite ; les deux autres sont dans les régions correspondantes à gauche. À droite, l’incision antérieure est onctionnée avec de l’axonge pure, et la postérieure avec de la pommade naphtalinée au 1/5, à gauche on ne met rien sur les deux incisions. L’opération a été faite le 26 janvier ; trois jours après, l’incision où on avait mis la naphtaline est complètement fermée, et la cicatrice s’est faite rapidement et avec une régularité remarquable. Les autres incisions étaient encore ouvertes le 4 février, et finalement, c’est la cicatrice de l’incision où on avait mis l’axonge pure qui s’est achevée la dernière.

C’est là un fait isolé sur lequel nous ne voulons nullement nous baser pour attribuer une influence cicatrisante quelconque à la naphtaline, car nous pensons que ce n’est qu’après avoir observé une foule de fois, et dans des circonstances variées, les résultats d’un médicament qu’on peut affirmer ses effets thérapeutiques ; mais c’est au moins là une observation qui ne peut qu’encourager à faire des essais dans ce sens.

La naphtaline a été employée chez l’homme comme collyre à l’état de pommade, et comme topique contre diverses affections de la peau ; elle a fourni des résultats satisfaisants.

Il résulte de nos observations qu’à la dose de 1 à 6 grammes la naphtaline constitue un bon purgatif pour le chien. L’action évacuante, en effet, a toujours suivi l’administration de cette substance. La purgation se montre généralement au bout de 10 à 15 heures.

Enfin, comme produit pyrogéné, la naphtaline jouit de propriétés désinfectantes qui ne sauraient lui être contestées ; aussi pensons-nous qu’elle serait très-bien indiquée dans certaines maladies du pied, qui s’accompagnent parfois de plaies qui ont une très-mauvaise odeur, comme cela s’observe chez les solipèdes ; la pommade naphtalinée au 1/3 au 1/4 ou au 1/5 recevrait peut-être dans ces circonstances de très-heureuses applications.

Parmi les préparations naphtalinées nous citerons les trois formules suivantes préconisées par M. Dupasquier :


looch à la naphtaline


Pr. Looch blanc n° 1
Naphtaline 50 centigr. à 2 gr.
F.S.A.

La naphtaline étant insoluble dans l’eau, doit être longtemps triturée avec la gomme, afin de l’obtenir dans un grand état de division et surtout pour qu’elle puisse rester longtemps en état de suspension dans le liquide. On administre ce looch par cuillerées à bouche de quart d’heure en quart d’heure.


sirop de naphtaline
Pr. Naphtaline 1 gr.

Dissolvez dans la plus petite quantité possible d’alcool élevé à peu près au degré de l’ébullition, puis triturez avec sirop de sucre 125 gr.


La naphtaline se dissout complètement dans l’alcool par l’intermédiaire de la chaleur, mais elle se précipite aussitôt qu’on la mélange au sirop, ce qui fait que celui-ci devient trouble et prend l’apparence du sirop d’orgeat.


tablettes de naphtaline
Pr. Naphtaline 5 gr.
Sucre 500 gr.
Mucilage de gomme adragante q. s.
Essence d’anis q. s.
F.S.A. des tablettes de 1 gr.

Celles-ci s’emploient à la manière des tablettes de tolu dans le cas de catarrhe pulmonaire chronique. Elles excitent l’expectoration plus énergiquement que ces dernières. Les malades peuvent en prendre jusqu’à vingt par jour.

Nous devons indiquer aussi la pommade naphtalinée. Emery a donné la formule suivante : Naphtaline 2 gr. ; axonge 30 gr. ; mêlez. Cette pommade peut remplacer la pommade au goudron dans le traitement des dartres sèches, entre autres les divers psoriasis.

Enfin, nous signalerons encore l’eau-de-vie naphtalinée préconisée par M. Rossignon, comme jouissant des mêmes propriétés que l’eau-de-vie camphrée sans coûter la moitié du prix de cette dernière.





INDEX BIBLIOGRAPHIQUE



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