Encore les Chapteuil

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ENCORE LES CHAPTEUIL


Nous avions imprimé la notice sur les Chapteuil, qui figure en tête des présents Mémoires de notre Société, lorsque notre ami, M. Jacotin, archiviste départemental, nous a communiqué l’analyse qui suit d’un titre de 1270 (1er dimanche avant la fête de la Purification) :

Hommage de Guicharde, veuve du seigneur Arnphos de Chapteuil « Guicharda relicta quondam Amphoci de Chaptolio domicelli », de ce qu’elle tenait en fief du seigneur Pons, seigneur de Glavenas, abbé de Saint-Pierre-Latour, du Puy, et seigneur de Lardeyrol « domino Poncio Glaven. abbate Sancti Petri de Turre Aniciensis et domino de Lardeyrol, » ou de tout ce que d’autres tenaient en son nom et devaient tenir d’elle dans le susdit château de Lardeyrol et mandement et appartenances de ce château « et quidquid alii ab ea tenebant et tenere debebant in predicto castro de Lardayrol et mandamento seu pertinentiis ejusdem castri. » Elle reconnait, en outre, tenir en fief ce qu’elle possède nominativement dans les villages de Bouchas, de la Pinède et de Chayros et dans leurs appartenances « et nominatim illud quod habebat in villa del Boschas et de la Pineda et de Chayros et in pertinentiis earumdem villarum. »

Elle reconnaît hommage et fidélité pour les choses susdites audit seigneur de Lardeyrol en son nom et en celui de ses héritiers. En conséquence, Pons, fils dudit feu Amphocus et de Guicharde « Poncetus communis filius predicti quondam Amphoci et Guicharde, » en présence de moi, Raymond, notaire, suivant l’ordre et volonté expresse de ladite Guicharde, sa mère, a prêté serment d’hommage et de fidélité audit seigneur de Lardeyrol « in presentia mei Raymundi notarii de mandato et voluntate expressa domine Guicharde matris sue fecit homagium domino de Lardayrol. »

Cet acte prouve qu’à côté de la famille des Fay, propriétaires de la baronnie de Chapteuil, il y avait une branche collatérale, des parents ou agnats, portant le même nom de Chapteuil. Rien de plus commun, au reste, dans notre pays et ailleurs que de voir des puînés ou descendants de puînés, pourvus d’une maigre légitime et réduits à une condition modeste et quelquefois précaire, tandis que le chef de la famille ou ses hoirs jouissaient, en vertu de substitutions, des domaines patrimoniaux et menaient une grande existence ; mais ce titre de 1270 soulève un petit problème dont la solution nous échappe.

Comment se fait-il qu’en 1270 le seigneur de Glavenas possède le château de Lardeyrol et qu’en 1288 Pons de Goudet, héritier apparent de Pons de Chapteuil, transmette ce même château à l’église du Puy ? On ne peut pas dire que les seigneurs de Chapteuil avaient, en 1288, le haut domaine seulement du fief de Lardeyrol et que Pons de Goudet céda à l’église du Puy un simple droit de suzeraineté sur ce fief. Le seigneur d’Eynac, en effet, remit à l’évêque Frédol le château lui-même avec toute sa mouvance… castrum de Lardayrol cum suo mandamento et omnia alia feuda

Il faut s’en tenir à une autre explication. Suivant nous, après 1270, les seigneurs de Chapteuil se prétendirent maîtres de Lardeyrol et obtinrent même gain de cause contre les Glavenas. Par la transaction de 1288, le seigneur d’Eynac transporta ses droits sur le château de Lardeyrol à l’évêque du Puy et l’on comprend, dès lors, la clause formelle de garantie stipulée par l’évêque à propos de cette cession. L’acte de 1288 laisse percer assez clairement le caractère litigieux de la possession des Chapteuil sur cette terre de Lardeyrol. Il semble aussi résulter du Répertoire des Hommages, p. 208, que l’église du Puy eut à compter avec les résistances des Glavenas à propos de la même terre. Il est certain qu’à partir de 1296 la famille de Glavenas rentra en possession de son fief, puisqu’en cette année Pons de Glavenas en fit hommage à Jean de Cumènes.

Le Gall. Christiana. Eccl. Aniciensis, t. II, col. 754, fait abbé de Saint-Pierre-Latour, Pons de Glavenas à partir de 1268 et lui donne pour successeur dans sa dignité abbatiale Bertrand de La Tour en 1269. Il est prouvé par notre titre que si Bertrand de La Tour remplaça réellement Pons de Glavenas, comme abbé de Saint-Pierre-Latour, ce fut après 1270 ou tout au moins dans le cours de cette année.

Pons de Glavenas était déjà chanoine de Notre-Dame en 1233[1]. Dans un acte du 19 novembre 1244, il prend le titre de trésorier de l’église du Puy[2].

Ch. Rocher.




  1. Tablettes, VII, 373.
  2. Inventaire des titres de la maison de Bourbon, no 270.