Encyclopédie méthodique/Beaux-Arts/Dictionnaire de la pratique/Tableau (nettoyage des)

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Index Général A B C D E F G H I JK L M N O P Q R S T UV W X Y Z
◄  Stucateur
Taffetas  ►

T

TABLEAU. (subst. masc.) Nettoyage des tableaux. Il s’opere avec une brosse à peindre un peu rude, qu’on détrempe dans une lessive tiede, composée d’une pinte d’eau de riviere & d’un quarteron de savon noir. Mais il faut se ressouvenir que ce savon est mordant, & bien prendre garde qu’il ne gâte le tableau, & n’enleve les couleurs, & surtout les glacis, ce qui ne manqueroit pas d’arriver, si on le laissoit trop longtemps séjourner sur le tableau, ou si l’on frottoit avec trop peu de ménagement. Il faut donc tenir toujours de l’eau prête, pour noyer promptement le savon, si l’on s’apperçoit qu’il puisse devenir dangereux. Quand le tableau est lavé & bien sec, on y applique une ou deux couches de vernis. On doit donner à ces couches fort peu d’épaisseur, & elles ne communiqueront toujours que trop de brillant à la peinture.

Nous avons annoncé que l’usage du savon noir n’est pas sans danger, & qu’il ne sauroit être employé avec trop de prudence & de dextérité. Il y a cependant des personnes qui usent de moyens plus dangereux encore ; telles que les lessives de potasse & de cendres gravelées, l’urine affoiblie par un mêlange d’eau, &c. Ce n’est pas que ces moyens doivent être absolument rejettés ; mais ils ne doivent être adoptés qu’avec une sorte de crainte & les plus grands ménagemens. Le plus prudent, quand la nécessité n’oblige pas à recourir à de trop violens remedes, c’est de n’employer que l’eau pure : on la laisse séjourner quelque temps sur la couleur, pour qu’elle puisse dissoudre la fumée, la crasse, les ordures de mouches. Avant de nétoyer le tableau, il faut en enlever le vernis : l’eau seule, par son séjour, peut nuire aux tableaux, quand ils ont été couverts de vernis ou autres compositions dont on ignore la nature.


Voici, pour le nettoyage des tableaux, différentes recettes, que je trouve dans la derniere édition des Elémens de peinture pratique. La premiere est la plus innocente ; les autres exigent toute la timidité, toute la prudence que nous avons déja recommandées. Mettez sur le tableau une serviette blanche : mouillez-la continuellement avec de l’eau nette pendant douze ou quinze jours & davantage, s’il en est besoin, jusqu’à ce que le linge ait attiré toute la crasse & toutes les ordures du tableau. Alors prenez de l’huile de lin dépurée longtemps au soleil, & frottez-en votre tableau avec le bout du doigt.



Autre. Prenez deux pintes de la plus vieille lessive, & un quarteron de savon de Gênes rapé ou coupé fort mince : versez dans ce mêlange une chopine de vin blanc, & faites bouillir le tout sur le feu pendant un demi-quart d’heure. Passez cette composition dans un linge, & laissez-la refroidir. Alors ayant trempé une brosse dans cette liqueur, vous en frotterez votre tableau également partout, & le laisserez sécher. Donnez-lui une seconde couche, si vous le jugez nécessaire. Enfin donnez-lui une légere couche d’huile de noix avec un peu de coton ou une éponge. Cette derniere couche étant bien séche, prenez un linge chaud & passez-le par-dessus votre tableau. On sent qu’il faut une main bien expérimentée, pour hazarder de porter sur les couleurs des substances corrosives, telles que la lessive, le savon, le vin blanc. Je crois qu’au lieu de laisser sécher ce mêlange sur la peinture, il faudroit le laver à grande eau, & ensuite laisser sécher.

Autre pour rendre un vieux tableau aussi beau que s’il étoit neuf. Mettez dans un pot de terre environ un quarteron de soude grise en poudre : rapez-y un peu de savon de Gênes, & faites-les bouillir dans de l’eau environ un quart d’heure. tirez cette lessive du feu, pour la laisser un peu refroidir : quand elle ne sera plus que tiede, lavez-en votre tableau & essuyez-le bien. Passez-y de l’huile d’olive & essuyez-la de même. L’observation que nous avons faite sur la recette précédente, porte également sur celle-ci & sur celle qui va suivre.


Autre. Faites bouillir parties égales de cendres gravelées & de soude blanche dans une pinte d’eau commune, jusqu’à la réduction de moitié. Vous vous servirez de cette eau quand elle sera tiede, pour en frotter le tableau avec une éponge. Ensuite vous le laverez avec une éponge qui soit bien claire & bien nette.

Parlerai-je du procédé suivant lequel on met de la limaille dans un linge pour en frotter le tableau ? C’est plutôt user la peinture, que la nétoyer.

Enfin quelques personnes ouvrent une pomme de reinette & en frottent leur tableau. Cette pomme est un acide, & tout acide, pour l’objet dont il s’agit, peut devenir funeste dans une main téméraire. Maniere de nétoyer les tableaux les plus vieux & les plus noirs. Cette condition supposée du tableau, exige des remedes violens, & qui ne peuvent guere manquer de fatiguer les sujets. Prenez une bonne quantité d'oseille, & ayant étendu à plat le tableau sur une table ou sur le plancher, prenez ces feuilles à poignée, & frottez jusqu'à ce qu'elles moussent & se réduisent en une sorte de boue. Renouvellez les poignées d'oseille, jusqu'à ce que le tableau en soit entierement couvert. Alors ôtez les feuilles & le marc, & ne laissez que ce qui est réduit en boue. Prenez une décrottoire un peu forte que vous passerez partout. Ensuite vous laverez le tableau avec de l'eau claire, vous l'essuyerez avec un linge & le laisserez sécher. On prend après cela de la mie de pain, on la froisse entre les mains, & on en frotte encore la peinture. Enfin on prend des blancs d'œufs frais, on les bat, on les fait mousser, on en passe une ou deux couches avec une éponge, & on les laisse sécher, Heureux si, après une si dure opération, l'ouvrage a conservé quelques unes de ses premieres finesses.

Autre. On commence par bien dégraisser le tableau avec une brosse ou avec une éponge trempée dans une lessive commune, bien chaude ; ensuite on le lave avec de l'eau claire & on le laisse sécher. Il est alors en état de recevoir le vernis suivant.

Prenez un pot neuf de terre vernissée ; remplissez-le de moitié d'huile de noix & de moitié d'eau commune ; ajoutez environ deux poignées de verre concassé & non broyé, & faites bouillir le tout sur un feu de charbon, jusqu'à consommation du tiers. Laissez refroidir. Versez très-doucement la liqueur refroidie dans un autre pot, de maniere qu'elle n'entraîne pas de verre. Laissez-la reposer & transvasez-la dans une bouteille de grès, en y ajoutant une égale quantité d'urine toute fraîche. Exposéz cette bouteille au soleil pendant un mois, ayant soin de la remuer de temps en temps. Laissez-la reposer une huitaine de jours sans la remuer. Ensuite coulez toute l'huile pure dans une autre bouteille, prenant garde qu'il n'y coule en même temps de l'urine : il vaut mieux perdre un peu d'huile. Quand elle est ainsi transvasée, on y ajoute, à proportion de la quantité de l'huile, vingt ou trente clous de gérofle, gros comme un pois de litharge d'or, & autant de blanc de plomb, sans rien piler. Les clous de gérofle ne servent qu'à détruire l'odeur d'urine que l'huile peut avoir contractée. Il faut serrer ce vernis dans une bouteille bien bouchée. Pour s'en servir, on en verse un peu sur une éponge dont on frotte toute la surface du tableau. Ce vernis est fort siccatif, & ne change jamais.

Si le tableau craque, lorsqu'on passe le doigt dessus, c'est une preuve que les couleurs en sont


usées & ne peuvent revenir. On entreprendroit envain de le nétoyer.


Autre. Mettez tremper un peu d'alun en poudre fine, & autant de sel commun dans de l'urine chaude, & lavez-en le tableau doucement. Vous le vernirez ensuite avec la composition suivante. Deux onces de carabé blanc, autant de sandaraque, de la gomme laque, & de la gomme animé, infusés dans une pinte d'esprit de vin. On peut aussi composer le vernis de la maniere suivante. Mettez de l'huile de noix nouvelle dans une bouteille de verre, & ajoutez-y le tiers de bon esprit de vin. Exposez cette liqueur au soleil pendant deux ou trois mois, dans les chaleurs de l'été. Ce vernis est excellent & ne maroquine jamais.


La note suivante de M. ROBIN, indique les procédés que suivent en général les personnes les plus exercées à nétoyer les tableaux.

Le nétoyage des tableaux, dit cet artiste, exige de grandes connoissances ; car il faut choisir entre les divers moyens connus, ceux qui sont propres au genre d'exécution & à la sorte de dégradation des morceaux qu'on veut restaurer.

Si l'on est assez heureux pour que le tableau ait été couvert d'un vernis qui ait reçu toutes les saletés qui le dégradent, sans qu'elles ayent pénétré jusqu'à la couleur, il suffit d'enlever ce vernis, & l'ouvrage se trouve nétoyé. On parvient à ôter le vernis, en prenant, à mesure que le besoin l'exige, de l'esprit de vin sur un linge fin & bien sec, dont on s'entoure le doigt. On peut aussi l'enlever, en le faisant tomber en poussiere par un frottement répété. Si l'on agissoit sans ménagement dans ces deux procédés, on detruiroit le tableau. Par le premier, on délayeroit la couleur ; par le second, on la raperoit comme avec du sable.

Quelquefois une légere eau de savon suffit pour ôter la crasse produite par la fumée. Lorsque la saleté se trouve plus tenace, & qu'elle provient autant des huiles que les couleurs ont poussées au dehors, que de la crasse de l'extérieur ; quand cette crasse s'est durcie par le longtemps qu'elle a résidé sur l'ouvrage, on est alors obligé d'employer un moyen plus puissant. Ce moyen efficace, mais terrible, est l'eau-forte il faut la bien mitiger avec de l'eau simple, &, après ce mêlange, elle se nomme eau seconde.

on peut aussi, dans les cas difficiles, faire usage du savon noir ; mais en se gardant bien de le laisser séjourner sur la peinture, & en le lavant très-promptement avec une éponge bien imbibée d'eau froide & bien claire.

Mais nous ne saurions trop le répéter ; en employant ces moyens dangereux, il faut user de la plus grande circonspection, pour ne pas détruire les teintes dans lesquelles il entre des blancs ou de l’outremer ; couleurs qui se dissolvent très-aisément, & ensuite pour ne pas enlever les glacis, que des yeux peu exercés dans la pratique de l’art de peindre, & dans celle du nétoyage, prennent souvent pour de la crasse.

Une des grandes maladies des tableaux est causée par les ordures de mouches. La fiente de cet insecte est très-mordante, & pénétre dans la couleur au point d’y faire de petits trous. Je ne sache pas qu’on ait trouvé jusqu’à présent aucune liqueur qui puisse dissoudre ces taches sans emporter la couleur du tableau. Le seul moyen que j’aie vu employer avec succès pour les enlever, est de les attendrir autant qu’il est possible, avec les liquides dont j’ai parlé, ou seulement avec de l’eau tiede, & de les détacher ensuite l’une après l’autre avec la pointe d’un bon grattoir ; ce qui demande autant de patience que de légéreté de main. Si cependant les chiures de mouches se trouvent sur un vernis bien épais, elles s’enlevent en même temps que ce vernis.

On se sert aussi du gratoir pour toutes les taches de matieres trop mordantes que les liquides indiqués ne peuvent emporter sans altérer l’ouvrage : mais on conçoit avec quelle adresse & quelle attention il faut user de cet instrument.


Recette pour garantir les tableaux des ordures de mouches. Faites tremper une botte de poreaux dans un demi-seau d’eau, & lavez-en le tableau. Ce lavage le préservera des dégats qu’y causent ces insectes. Je trouve ce secret dans lesElémens de peinture pratique. Si, comme on l’assure, il est éprouvé, on ne peut nier qu’il ne soit fort important. Il est aisé d’en faire l’essai sur un morceau de peu de valeur.