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Encyclopédie méthodique/Beaux-Arts/Lettre S

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(p. 273-408).
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S

SACRIFICE, (subst. masc.) On appelle sacrifice dans les ouvrages de l'art certaines beautés partielle que l'artiste sacrifie à la beautés, à la perfection du tout-ensemble. Ce n'est pas quelquefois un des plus foibles moyens de terminer & de perfectionner un ouvrage, que d'y sacrifier des parties auxquelles on avaît d'abord donné beaucoup de soin. Sacrifier n'est pas toujours effacer, supprimer ce qu'on avoit fait ; c'est l'envelopper dans la demiteinte ou dans l'ombre, c'est le cacher en quelque sorte, en le laissant cependant subsister ; c'est empêcher qu'il n'attire les regards du spectateur aux dépens de ce qui doit les fixer.

Il y a donc des sacrifices de composition & des sacrifices d'effet. Les sacrifices de composition confinent à supprimer des figures ou des objets accessoires qui nuiraient à l'impression que doivent faire les objets capitaux ; les sacrifices d'effet consistent à éteindre l'éclat des objets qui doivent céder à l'autres & ne pas arrêter & distraire la vue.

« Les beaux effets de lumière, dit Félibien, & ces éclats de jour que, dans un tableau, on voit frapper le sommet d'une montagne qui l'omble véritablement éclairée du soleil, ne seroient ni si vrais ni si agréables, si le peintre n'eût pas su ménager les couleurs, les plus claires, & s'il les eût répandues également dans tout son ouvrage. Ce sont ces épargnes intelligentes qui font, en peinture, ce qu'on nomme le précieux. Il ne doit y avoir guère de ces richesses. Comme bien souvent ce n'est une petite perfection à un orateur de savoir supprimer beaucoup de choses, ce n'est pas non plus un témoignage de peu d'habileté, à un peintre, de retrancher plusieurs parties qui seroient delles en elles mêmes, mais dont la beauté feroit tort au principal objet. C'est ainsi qu'il affecte d'éteindre les couleurs vives dans une draperie, & toute sorte de broderies dans un vêtement, de peur que ces petits avantages ne nuisent à ceux d'une belle carnation. C'est ainsi qu'il ne veut pas donner de gaieté à un paysage, afin que la vue ne s'y arrête pas, mais qu'elle se porte aux figures qui sont faites pour être le principal objet du tableau. Car il est vrai qu'il y a des ouvrages qui, pour être trop riches, sont moins beaux, comme il arriva à la statue que Néron fit


dorer ; elle ne put augmenter de prix sans perdre beaucoup de sa grace. Ce peintre pensoit avoir bien réussi qui, montrant à Apelies un tableau où il avoir peint Hélene richement vêtue, lui en demandait son avis, on plutôt son approbation. Mais Apelles lui répondit avec sa sincérité ordinaire, qu'il avoit fait une figure fort riche, mais non pas belle. »

« La beauté ne consiste point dans les parures & dans les ornemens. Un peintre ne doit pas s'attacher aux petits ajustemens, surtout dans les sujets d'histoire où il prétend représenter quelque chose de grand & d'héroique. Il y doit faire paroître de la force, de la grandeur, de la noblesse ; mais rien de petit, de délicat, ni de trop recherché. Il en est des ouvrages de peinture comme de ceux de poesie ; il ne faut pas qu'il paroisse que l'article ait pris plus de plaisir à se satisfaire lui-même, & à faire connoître le jeu de son esprit & la délicate se de son pinceau, qu'à considérer le mérite de son sujet. »

« Il faut, il est vrai, qu'il y ait dans les tableaux quelque chose d'agréable & de touchant, aussi bien que de grand & de fort : mais cet agrément doit toujours naître du sujet que l'on traite, & non pas de choses étrangères. On ne prétend, pas retrancher les choses belles, quand elles sont propres aux lieux où on les met ; mais on condamne ceux qui gâtent un sujet qui de soi est noble & grand, parce qu'ils s'arrêtent trop à la recherche des ornemens de certaines parties inutiles. »

« Ces observations sont connaître la difficulté qu'il y a d'être un grand peintre. Quoiqu'un homme soit né avec les qualités propres à la peinture, il lui reste quantité de choses qu'il doit apprendre, & que la nature ne donne pas. Jamais on n'a assez de temps pour acquérir les connoissances nécessaires à la perfection de cet art. »

SAGE, (adj.) La signification de ce mot appliqué aux arts a quelque chose de vague, comme celle de tous les termes moraux dont on se sert figurément pour des objets physiques.

Un ouvrage de peinture est composé de l'image qui en fait le partie matérielle, & de l'intention qui en est la partie spirituelle.

C’est à cette seconde partie que se rapporte l’idée qu’exprime le mot sage. En établissant cette division, on conçoit que, dans l’ordre des convenances dont j’ai parlé principalement au mot goût, l’intention d’un tableau doit être sage, c’est-à-dire convenable ; mais on apperçoit aussi que si ce précepte est juste, il est, comme je l’ai dit, un peu vague. On doit observer encore que, par un effet assez ordinaire aux termes qui offrent un mêlange d’idées de méchanisme & de théorie, le sens du mot dont il s’agit s’est détourné de sa signification ; car, dans les atteliers, on appelle généralement sage ce qui est simple & sans recherches.

On dit : « cette figure est sage ; » c’est-à-dire qu’elle a une disposition simple & naturelle. On dit aussi : « cette composition est sage » ; & l’on veut alors faire entendre que l’ordonnance n’en est point compliquée, &, comme l’on dit, tourmentée.

Dans les arts, comme parmi les hommes, sagesse, simplicité, naturelle, sont des termes qui ont des rapports intimes entr’eux. Bienséance, convenance, décence & bon goût font la base des régles données aux arts pour leur perfection, & aux hommes pour leur avantage.

(Article de M. Watelet.)

SAGESSE, (subst. fem.) Ne pourroit-on pas dire qu’elle est dans les arts, comme dans la conduite des hommes, l’observation des loix que prescrit la raison ? Un dessin sage, une composition sage, une attitude sage, sont un dessin dans lequel l’artiste a eu la sagesse de ne pas s’écarter de la raison & de la nature ; une composition sage est celle dont la raison a dirigé l’ordonnance ; une attitude sage est celle que prend un homme qui jouit de sa raison, & que des passions violentes n’écartent pas des mouvemens paisibles qui s’accordent avec le calme de l’ame. Les artistes qui ne consultent ni ne respectent la raison traitent la sagesse de froideur : cependant il n’est permis de s’en écarter que lorsqu’on représente une scène impétueuse, dont les personnages sont supposés être enlevés eux mêmes à la sagesse par l’effervescence de leurs passions.

L’effet a aussi une sagesse qui lui est propre. Il est destiné à assurer, à fortifier l’impression du sujet, & il est sage quand il s’accorde avec sa destination.

Lorsque le sujet exige des mouvemens violens dais la composition, cette composition ne sera pas contraire à la raison, mais on ne dira pas qu’elle est sage, parce que la sagesse emporte avec elle une idée de tranquillité. L’artiste a eu raison de représenter comme il convenoit des personnages qui ne jouissoient pas du calme de leur raison : il a été sage & rai-


sonnable lui-même ; mais sa composition n’est pas sage & ne devoit pas l’être. (L)

SALE, (adj.) On dit des couleurs sales, un pinceau sale. La même palette qui fourniroit à un peintre habile les teintes les plus fraîches, les plus brillantes, ne fournira au peintre qui ne saura pas en tirer parti que des teintes sales & brouillées. Si l’on tourmente les couleurs, si on les mêle entr’elles sans intelligence, on ne produira qu’un ouvrage sale dont l’œil des spectateurs sera rebuté.

SALIR (verbe act.) Quoique l’adjectif sale se prenne toujours en mauvaise part, il n’en est pas de même du verbe salir. Des censeurs intelligens conseillent quelquefois à un peintre de salir des tons trop brillans. Ce n’est qu’en salissant habilement certaines parties d’un ouvrage, qu’on donne à d’autres l’éclat qu’elles doivent avoir.

SC

SCÉNOGRAPHIE, (subst. fem.) C’est l’art de peindre des scènes, des décorations. Les anciens ont aussi employé ce mot pour exprimer l’art de mettre les objets en perspective, parce que cette science a été d’abord consacrée à la peinture des décorations. Vitruve nous apprend qu’elle existoit dès le temps d’Eschyle.

SCIENCE, (subst. fem.) Voyez sur les sciences nécessaires aux artistes, l’article qualité. Mais les artistes sont trop occupés de l’exercice de leur art, pour se promettre d’acquérir par des lectures toutes les connoissances qui pourroient leur être utiles, & qui exigeroient seules l’emploi de leur vie entière. Que pour réparer ce qui leur manque, ils suivent du moins les conseils de M. Reynolds.

« Quelques écrivains qui ont traité de la peinture, dit ce savant peintre, semblent avoir porté les choses trop loin, quand ils ont prétendu que cet art demande une science si universelle & si profonde, que la seule énumération des connoissances qu’il faut posséder suffit pour effrayer le jeune artiste. Vitruve, après avoir parlé du nombre infini des qualités naturelles & requises nécessaires à l’architecte, ajoute gravement qu’il doit être bien versé dans la jurisprudence, afin de ne pas être trompé dans l’acquisition du terrein sur lequel il veut bâtir. » « Mais, sans donner dans ces exagérations, on peut dire avec verité & certitude qu’un peintre doit posséder plus de science qu’il n’en peut trouver sur sa palette & dans son modèle, soit qu’il étudie la nature ou quelque production de l’art : car il est impossible de devenir un grand artiste, lorsqu’on est absolument ignorant. »

« Quiconque s’occupe à faire des descriptions, ou par écrit ou sur la toile, doit avoir une idée passable des poëtes dans une langue ou dans une autre, afin de se pénétrer plus ou moins de l’esprit poëtique & d’étendre le cercle de ses idées qu’il doit s’accoutumer à analyser & à comparer. Il faut aussi qu’il ne soit pas entièrement ignorant dans cette partie de la philosophie qui apprend à connoître l’homme, & à saisir les passions & les affections de l’ame, ainsi que les divers caractères & les différentes habitudes qui en résultent. De plus il est nécessaire qu’il ait une légère teinture de l’esprit de l’homme, & une connoissance approfondie de la structure de son corps. »

« Il ne faut donc pas que le peintre se livre à la lecture au point qu’il nuise par là à la pratique de son art, & qu’au lieu d’un artiste, il devienne un critique ; mais si l’usage d’un bon livre lui sert de récréation dans ses heures de loisir, il parviendra à étendre ses connoissances, & à orner son esprit, sans porter préjudice à ses travaux journaliers. »

« Er ce qu’une lecture trop peu suivie lui laissera désirer, il pourra l’apprendre par l’entretien des gens instruits & sensés, qui est le meilleur moyen & le plus sûr pour ceux à qui leurs occupations ne permettent pas de donner beaucoup de temps aux livres. Nous ne manquons pas aujourd’hui de personnes versées dans les sciences, & qui se sont un plaisir de communiquer leurs idées aux artistes curieux & dociles, lorsque ceux-ci leur témoignent l’honnêteté & la déférence qui leur sont justement dûes. Les jeunes artistes peuvent se flatter d’être admis avec le temps, dans ces sociétés lorsqu’ils s’en rendent dignes. Là, sans aucune instruction formelle ou directe, ils apprendront insensiblement à sentir & à penser comme ceux avec qui ils vivent & conversent, & à se former un systême raisonné de goût, que, par l’application des vérités générales à leurs idées particulières, ils sauront réduire peut-être à un plus exact & plus juste degré, que ne pourroient le faire ceux même de qui ils ont emprunté les idées primitives. »

(Extrait du septieme discours de M. Reynolds).

SCIOGRAPHIE, (sust, fem.) Ce mot signifie peinture des ombres, & les Grecs l’employoient dans le même sens que nous donnons au mot clair-obscur, que nous avons emprunté de l’italien schiaro-scuro. Appollodore fut


le premier des peintres Grecs qui fût rompre les couleurs, & exprimer, la privation de toute couleur dans les ombres. Pline dit qu’il fut le premier qui sut arrêter les regards, & c’est à quoi l’on ne parvient que par le jeu & l’opposition des ombres & des lumières. Sans cette partie, un ouvrage peut avoir beaucoup de mérite, mais il n’appelle pas. Les succès d’Apollodore lui méritèrent, de la part des Grecs, le surnom de Sciographe ; (peintre des ombres, peintre du clair-obscur). C’est ce que nous apprend Hésychius, & ce fait est de quelqu’importance pour l’histoire de l’art chez les anciens. (L)

SCULPTEURS. ([1]) Nous ne consacrons cet article qu’à l’histoire des sculpteurs qui ont paru depuis la renaissance de arts. On trouvera les sculpteurs de l’antiquité dans l’article suivant qui sera consacré à l’histoire de l’art antique.

On a pu voir, à l’article École, que ce sont des peintres appellés de la Grece qui ont fait revivre la peinture en Italie, d’où elle s’est répandue dans les autres États de l’Europe. Les Grecs, depuis longtemps, avoient cessé de faire des peintures profanes ; mais l’art de peindre avoit toujours subsisté chez eux, uniquement consacré à la religion, & seulement exercé par des ouvriers sans intelligence qu’ils nommoient faiseurs d’images, ειχονογραζοι Célèbres dans l’antiquité par leur talent dans la sculpture, ils avoient entièrement oublié cet art, parce que les statues, qu’ils nomment idoles, leur étoient interdites par la religion. La sculpture avoit au contraire toujours subsisté dans les pays soumis à l’église Romaine qui décore ses temples de statues ; & si l’art avoit péri, le métier n’avoit jamais été oublié. On ne faisoit, il est vrai, que des figures gothiques, sans souplesse, sans mouvement, sans proportion, sans intelligence ; mais enfin on faisoit des figures, & pour remonter du métier à l’art, il ne falloit que se livrer de meilleures études. Les noms des sculpteurs gothiques sont oubliés & doivent l’être, parce qu’on ne consacre pas la mémoire d’artisans maladroits.

C’étoit à la peinture ressuscitée à faire revivre l’art de la sculpture, & la Toscane qui avoit vu naître les premiers peintres artistes parmi les modernes, devoit aussi donner naissance aux premiers sculpteurs. Déjà Massolino avoit donée une sorte de grandeur & quelque mouvement à ses figures peintes ; déjà le Massaccio répandoit sur les siennes de l’aisance & de la grace, & montroit quelqu’intelligence dans la science des raccourcis, quand le même pays vit naître le Donato.

(1) Donato, plus connu sous le nom de Donatello parce que les Italiens aiment les diminutifs, naquit à Florence en 1383 de parens fort pauvres : un citoyen généreux lui servit de père, & lui donna un maître de dessin. Bientôt le jeune élève n’eut point d’égal dans cet art, il s’appliqua en même temps à l’architecture & à la perspective, & ne tarda point à étonner sa patrie par son premier essai en sculpture. C’étoit une annonciation en pierre. Quel dut être l’étonnement de ses contemporains, encore accoutumés aux travaux grossiers des sculpteurs gothiques, quand ils virent, dans la tête de la Vierge, l’aimable expression d’une pudeur timide, & des draperies traitées dans la manière des anciens Grecs ! Il lui manquoit encore la noblesse. Un crucifix en bois qu’il fit à peu-près dans le même temps tenoit plutôt de la nature rustique que de la beauté divine. « Tu as fait un paysan, & non un Dieu », lui dit un peintre qu’il consulta, & ce mot corrigea la manière du Donatello.

La figure qu’il regardoit comme son chef-d’œuvre représente un vieillard à tête chauve, l’une des quatre dont il décora la tour quarrée qui sert de clocher à l’église de Santa Maria dé Fiori. Il fit pour celle de Saint-Marc in orto les statues en bronze de Saint-Pierre, Saint-Georges & Saint-Marc. Toutes trois sont belles ; la république de Vénise, celle de Gênes, plusieurs princes de l’Europe en ont offert des sommes considérables. La figure de Saint-Georges, brillante de jeunesse, étonne par l’expression du courage & de la fierté : mais celle de Saint-Marc est consacrée par un mot de Michel-Ange. Un jour que ce célèbre statuaire la considéroit, il s’écria : Marco, perchè non mi parli ? (Marc, pourquoi ne me parles-tu pas ?) Ce n’est qu’un chef-d’œuvre de l’art qui a pu mériter ce mot d’un grand artiste.

Encouragé par les applaudissemens de ses concitoyens, il mit pour la première fois son nom à la statue en bronze de Judith qui vient de couper la tête d’Holopherne, ouvrage placé dans le sénat.

Sa réputation ne resta pas renfermée dans sa patrie. Il fut mandé à Padoue par le sénat de Venise, pour y jetter en bronze la statue d’Erasme Narni, géneral de la république. Il reçut dans cette ville la qualité de citoyen, & fit dans l’eglise de Saint-Antoine l’histoire de ce Saint en bas-reliefs. La com-


position en fut admirée, & le Donatello est regardé comme l’un des sculpteurs qui a le mieux entendu ce genre. On vouloit le fixer à Padoue. « Il faut, dit-il, que je retourne dans ma patrie : je ne reçois ici que des louanges : elles me feroient négliger mon art, & je l’aurois bientôt oublié : à Florence, je serai éperonné par la critique ».

Ses talens y furent employés par le célèbre Côme de Médicis, & sa vieillesse soutenue par les bienfaits de Pierre, fils de ce duc. Il avoit toujours été trop désintéressé pour acquérir de la fortune : il mettoit son argent dans un panier attaché au mur de sa chambre ; ses ouvriers & ses amis y puisoient à discrétion. Il mourut en 1466, âgé de quatre-vingt trois ans. On lui attribue les portes de bronze de la sacristie de Saint-Laurent, qui sont ornées de bas-reliefs : mais Baldinucci assure qu’elles sont l’ouvrage de Luc Della Robbia.

(2) Simon, frère de Donatello, fut son imitateur. Il fut mandé à Rome en 1431, par le pape Eugene IV, pou.— faire une des portes de bronze de l’église de Saint-Pierre. Il employa douze ans à cet ouvrage orné de bas-reliefs en plusieurs compartimens. Un de ses principaux ouvrages est le tombeau de Martin V, dans l’église de Saint-Jean de Latran. On ignore l’année de sa naissance & celle de sa mort : on fait qu’il vécut cinquante-cinq ans.

(3) André Pisano, ou Pisanello, fut élève d’André del Castagno pour la peinture, & se signala entre les artistes de son temps. Il eût aussi de la réputation en qualité de sculpteur, & se distingua sur-tout par la gravure des médailles. On ne connoît ni l’année de sa naissance ni celle de sa mort ; mais on fait qu’il a fait la médaille de Mahomet II qui prit Constantinople en 1453, & l’on peut croire qu’elle fut frappée peu de temps après cet événement. On fait aussi qu’il travailloit encore à Florence en 1478.

(4) André Verochio, célébre dans son temps par ses talens en peinture, est connu aujourd’hui par la célébrité de ses éléves, Pierre Perugin, & Léonard de Vinci. Celui-ci surpassa tellement son maître, que le Verochio, honteux de la défaite, & désespérant de lutter avec avantage contre le jeune artiste qu’il venoit de former, abandonna les pinceaux & se livra entièrement à la sculpture. Il imagina le premier entre les modernes, ce qu’avoient pratiqué les anciens, de mouler le visage des personnes mortes pour conserver leur parfaite ressemblance. Il fut appelle par la république de Venise pour faire en bronze la statue équestre de Bartolomeo Colleone, de Bergame, général s eu de la république. Il avoit déjà fait le modèle du cheval, lorsqu'un sculpteur intrigant, nommé Vellano, cabala auprès de quelques sénateurs pour faire la figure du capitaine. André, justement irrité de ce qu'on vouloit lui ravir la gloire de faire tout le monument, brisa la tête de son modèle & prit la fuite. La seigneurie lui adressa de violens reproches & le menaça de lui faire couper la tête s'il retournoit dans les états. Il répondit qu'il se garderoit bien de s'y exposer, parce que leur seigneurie, toute puissante qu'elle étoit, ne fauroit jamais faire une tête comme la sienne, au lieu qu'il fauroit ben faire une tête de cheval encore meilleure que celle qu'il avoit détruite. Cette réponse ne déplut pas aux Vénitiens ; ils avoient eu apparemment le temps de reconnoître que l'intrigant Vellano n'étoit pas un émule digne de lui être associé : ils le rappellèrent avec des offres avantageuses : le Vérochio termina son modèle, mais il s'échauffa dans le temps de la fonte, & gagna une pleurésie dont il mourut. Ce fait prouve que les statuaires faisoient alors eux-mêmes la fonte de leurs ouvrages, & ne confioient pas à de simples artisans cette partie décisive du travail.

(5) JEAN-FRANÇOIS AUSTICI, né à Florence d'une famille noble, vers 1470, fut élève du Vérochio ; il se trouva dans cette école avec Léonard de Vinci devenu déjà le rival du maître dont il recevoit encore les leçons, & il se rendit son élève quand le Vérochio partit pour Venise. Léonard, savant dans tous les arts qui dépendent du dessin, lui enseigna la manière de modeler, celle de tailler le marbre, celle de couler en bronze, & lui démontra les principes de la perspective. Rustici, conduit par cet habile maître, devint l'un des plus habiles sculpteurs de son temps. Il fit en 1515 un Mercure en bronze, porté sur un globe & qui semble prêt à prendre son vol : cette figure couronne la fontaine qui est dans la grande cour du palais de Florence. Il fit aussi en bronze Saint-Jean Baptiste prêchant entre un lévite & un pharisien, ouvrage dont on estime les formes & l'expression. Mal récompensé de son travail, il ne s'occupa plus de son art que pour éviter l'ennui de l'oisiveté. On compte, entre ses ouvrages les plus remarquables, une Léda, une Europe, une Grace, un Vulcain, un Neptune, & un homme nud à cheval. Il fut appellé en France par François I, & travailla au modèle d'un cheval du double de grandeur naturelle qui devoit porter la statue de ce monarque : mais le prince mourut, & l'ouvrage ne fut pas terminé. Il retourna à Florence, trouva cette ville assiégée, vît son héritage


ravagé par les ennemis, & revint en France, où il mourut en 1550, âgé de quatre-vingts ans.

Il avoit trois maximes dont les deux premières surtout seroient bonnes à pratiquer : de réfléchir longtemps sur l'ouvrage qu'on veut entreprendre avant d'en faire l'esquisse ; de laisser reposer longtemps l'esquisse sans la regarder, avant de la mettre à exécution ; enfin de ne laisser voir son ouvrage que lorsqu'il est terminé.

(6) MICHEL-ANGE BUONARROTI, né en 1474, mort en 1564. Voyez ce que nous avons dit de ce grand artiste à l'article Ecole. Il mania le ciseau dès sa première enfance à l'imitation d'un tailleur de pierre, époux de sa nourrice. Très-jeune encore, il étonna Florence par la tête d'un vieux faune & bientôt après par une figure d'Hercule. Ayant fait le voyage de Bologne pour y étudier les plus beaux morceaux de peinture qui faisoient déjà l'ornement de cette ville, il y laissa deux figures qui manquoient à l'arcade de Saint-Dominique, celle de Sainte Pétronie & celle d'un ange. De retour à Florence, il y fit un Saint Jean & un amour fameux par une supercherie qu'il employa pour tromper les faux connoisseurs de l'antiquité. Il en cassa un bras, & fit enterrer la figure dans un endroit qu'on le préparoit à fouiller. Elle fut déterrée, on se récria sur la beauté de cette antique ; ce morceau fut envoyé à Rome & y excita la même admiration ; mais Michel-Ange montra le bras, & l'on critiqua l'ouvrage moderne. Un cardinal qui s'étoit hâté de l'acquérir, se hâta encore plus de s'en défaire. Ce fut vers ce temps qu'il fit son fameux Bacchus & le beau grouppe de la Notre Dame de pitié qui est dans la basilique Saint Pierre, à la chapelle de la Vierge. Il revint à Florence, où d'un marbre gâté par un sculpteur qui en avoit voulu faire un géant, il tira le jeune David armé d'une fronde. Nous avons parlé à l'article école, de sa fameuse statue collossale de Jules II, dont l'étonnante fierté étonna même le fier Pontife. Léon X le fit travailler aux tombeaux de Laurent & Julien de Médicis : l'artiste représenta ces deux princes eux-mêmes, & accompagna ces monumens des figures de l'aurore, du jour, du crépuscule & de la nuit, & il fit une Vierge assise dans le fond de la chapelle. Il finit ensuite à Rome le tombeau de Jules II qui lui avoit été autrefois commandé par ce pape lui-même. Suivant le premier dessin, ce monument devoit être composé de quarante figures : Michel-Ange obtint la permission d'en réduire le nombre. Lui-même en fit trois, entre lesquelles est ce célébre Moïse, en qui l'on peut bien reprendre 578

S c u quelques graves défauts de convenance, mais qui n'en reste pas moins célébre entre les plus beaux ouvrages de la sculpture moderne. Les autres figures qui font partie de ce monument, & qui représentent Jules II lui-même, la Vierge, un prophête & une sybille ne sont pas de sa main ; elles ont été exécutées sur ses modèles par Raphaël da Monto-Lupo & d'autres statuaires habiles. Les deux figures d'Esclaves, non terminées, que l'on voit aujourd'hui à Paris dans le jardin de l'hôtel de Richelieu, faisoient partie du premier projet de ce monument & sont de la main de Michel-Ange. La manœuvre hardie de ces deux morceaux est capable d'effrayer nos statuaites, plutôt que de les engager à l'imiter.

(7) JACQUES TATTI, n'est connu que sous le nom de SANSOVINO, qui est celui d'un bourg de Toscane près d'Arezzo, où il naquit en 1477. Cet artiste est célèbre à deux titres, celui d'architecte & celui de sculpteur ; nous ne le considérerons que sous le dernier. André Contucci, qui avoit alors de la réputation, lui donna les principes de la sculpture ; André del Sarto, son ami, peintre célébre, lui inspira le goût.

Amené à Rome encore jeune, il fit en concurrence avec deux sculpteurs habiles le modèle du fameux grouppe antique de Laocoon pour le jetter en bronze ; le sien eut la préférence, & il l'obtint au jugement de Raphaël.

Il venait de copier un chef-d'œuvre avec succès : ce fut avec le même succès qu'il fut occupé a en restaurer d'autres.

Obligé par le mauvais état de sa santé de retourner à Florence, il y fit une Vierge pour l'oratoire du marché neuf, & les figures des apôtres pour l'église de Sainte Marie des fleurs ; mais ce qui couronna sa réputation, ce fut la statue en marbre du jeune Bacchus, qui fut regardée comme le plus bel ouvrage de ce temp. Placée dans la galerie du grand-duc, elle a été détruite par un incendie en 1762, & il n'en reste plus que la gravure dans le tome III du Musée de Florence.

De retour à Rome, Sansovin fit, pour l'église de Saint Augustin, une Notre-Dame en marbre, & un Saint-Jacques pour celle des Espagnols.

Il quitta cette ville lorsqu'elle fut saccagée en 1527 par les troupes d'Espagne. Son dessin étoit de passer en France, & il étoit engagé à faire ce voyage par l'invitation de F'rançois I, mais il fut retenu à Venise & obtint la place d'architecte de la république. Il fit une Vierge en marbre, qui est placée sur la porte de l'église de Saint-Marc & trois figures en bronza, représentant un miracle de ce Saint. On


les voit dans la chapelle ducale de ce même temple.

La loge de la place de Saint-Marc est l'ouvrage de Sansovin : il plaça dans les niches quatre statues de bronze, représentant Pallas, Apollon, Mercure & la Paix, & un bas-relief allégorique au milieu de l'attique.

La Vierge en marbre de l'églil'e de Saint-Marc, & un Saint Jean-Baptiste, aussi en marbre, qui est au dessus du bénitier de celle de Cassa Grande, passent pour les chefs-d'œuvre du Sansovin, en sculpture. On loue en général la légèreté de ses draperies & l'action de ses figures ; mais Winckelmann lui reproche une excessive monotonie dans l'exécution. Il est pour l'architecture l'un des artistes les plus célèbres de l'Italie. Il mourut à Venise en 1570, âgé de quatre-vingt treize ans.

(8) BACCIO BANDINELLI, né à Florence en 1487, eut pour maître son père qui étoit orfèvre & qui le destinoit à sa profession. L'orfevrerie est bien une branche de la sculpture, mais le jeune Baccio vouloit exercer cet art dans toute son étendue, & il en reçut les leçons du Rustici. Il étoit encore plus animé par l'envie que par les dispositions naturelles & par l'émulation. Bon dessinateur, il crut pouvoir se rendre l'émule de Michel-Ange, & entreprit de peindre à l'huile & à fresque : mais il ne recueillit de cette tentative que des dégoûts, & retourna sans partage à la sculpture. Il n'avoit guère fait encore que de petits modèles ; il exécuta en marbre un Mercure tenant une flute, figure estimée, & qui fut envoyée à François I. Il fit à Rome pour Léon X, Orphée qui adoucit Cerbere par le son de sa lyre. Chargé de copier en marbre pour la France le grouppe du Laocoon, il parut avoir égalé son modèle. Clément VII voulut garder cet ouvrage pour la galerie de Florence où il a été detruit en 1762 par un incendie, & il aima mieux envoyer à François I de véritables antiques d'un mérite inférieur, que cette belle copie d'un chef-d'œuvre de l'antiquité.

Le Bandinelli finit en 1534, à Florence Hercule étouffant Cacus. Ce morceau est placé près du David de Michel-Ange, & soutient cet effrayant voisinage. Mais ses talens furent dégrades par son caractére. Ardent à envahir toutes les entreprises, il employoit tous les moyens de les enlever à les confrères, les commençoit, recevoit des à-comptes sur le prix convenu, & il les abandonnoit. La réputation des grands artistes faisoit son tourment, & on l'accuse d'avoir détruit des cartons célèbres de Michel-Ange & de Léonard de Vinci. Sa manière étoit savante, mais sauvage : on y reconnoît un imitateur de Michel-Ange s c u Ange qui n'avoit pas reçu de la nature le grand caractère de ce maître. On voit cependant de lui, au palais Pitti, un Bacchus en marbre traité d'une manière gracieuse. C'est lui qui a restauré le bras droit du Laocoon dont l'original étoit perdu. Savant dans l'anatomie, on l'accuse en général d'avoir trop affecté de montrer toute sa science. On voit de lui à Rome les bas-reliefs des tombeaux de Léon X & de Clément VII. Il est mort en 1559, âgé de soixante & douze ans. Son caractère avoit nui à la réputation qui augmenta après sa mort.

(9) BENVENUTO CELLINI, né à Florence en 1500, fut peintre, orfévre & sculpteur. Il est du nombre des artistes qui furent appellés en France par François I. Il fit pour ce prince plusieurs figures en bronze & des ouvrages d'orfévrerie. De retour dans sa patrie, il prouva que les beaux arts peuvent s'accorder avec les talens guerriers. Clément VII lui confia la défense du château Saint Ange, & l'artiste se distingua par la prudence & sa valeur. Il a publie l'histoire de sa vie & un traité de la sculpture. Il est mort à Florence en 1570, âgé de soixante & dix ans.

(10) PROPERZIA ROSSI, de Bologne, est la seule femme qui se soit fait connoître dans la sculpture, jusqu'à ce que, de nos jours, une autre à étonné par ses talens la Russie & la Hollande. On ignore l'année de la naissance de Properzia. Nous ne parlerons pas ici des figures qu'elle tailla sur des noyaux de pèche, ni de la passion de Jésus-Christ qu'elle traita en bas-relief sur l'un de ces noyaux ; ces petits ouvrages supposent de la patience & l'adresse ; mais ils se perdent devant les grands ouvrages de l'art. La réputation de Properzia est fondée sur le buste du comte Guido & sur deux anges en marbre dont elle décora la façade de l'église de Ste Pétronie. Etant mariée, elle eut, dit-on, le malheur de concevoir une passion violente pour un autre que son époux : & de ne pouvoir la faire partager. Dans une situation semblable à celle de la femme de de Putiphar, elle espéra de soulager son cœur en représentant dans un bas-relief la passion de cette malheureuse Égyptienne ; mais rien ne put charmer sa douleur qui la conduisit au tombeau. D'autres récits sont plus favorables à la mémoire de cette intéressante artiste. On dit que calomniée par un certain Amiconi, elle mourut de douleur à la fleur de l'âge en 1530. Née pour tous les talens, elle avoit peint & gravé quleques sujets d'histoire, & trouvoit ses délassemens dans la musique. Avec tant de moyens de plaire, est-il vraisemblable qu'elle ait aimé & n'ait reçu que des mépris.


Croyons plutôt au caractère atroce d'Amiconi, qu'à la folle passion de Properzia.

(11) DANIEL RICCIARELLI, dit DE VOLTERRE, parce qu'il naquit dans cette ville de la Toscane en 1509. Voyez ce que nous avons dit de cet artiste à l'article PEINTRES. Sa lenteur au travail l'a empêche de faire un grand nombre d'ouvrages en sculpture, & il en a laisse plusieurs imparfaits.

(12) JEAN GOUJON, né à Paris, on ne sait en quelle année, est le premier sculpteur dont la France se glorifie. On ignore les circonstances de sa vie ; il n'est connu que par ses ouvrages. On voyoit de lui à la porte de la pompe Notre-Dame un bas-relief représentant un fleuve & une nayade ; le dessin en étoit d'une grande élégance. Il a orné de quatorze mascarons l'arcade qui conduit à l'hôtel du premier président. Dans la cour du louvre, à l'ordre composite, il a représenté dans une frise des enfans entrelacés avec des festons. Dans les frontons circulaires qui couronnent les corps avancés de l'ordre composite, il a représente Mercure, l'Abondance, & au milieu deux génies qui supportent les armes du roi. Dans les entrepilastres de l'attique, les esclaves enchaînés & les figures allégoriques sont des ouvrages de ce maître. C'est aussi de lui qu'un voit, au château de Ste Genevieve des bois, à deux lieues de Corbeil, deux nayades coëffées de roseaux & épanchant leurs urnes. Mais les chefs-d'œuvres de cet artiste sont les bas-reliefs de la fontaine des nymphes, qu'on nommoit la fontaine des Innocens ; ouvrages transportés depuis peu à la nouvelle halle. Le faillant en est très doux. « L'intelligence, dit Dandré Bardon, qui a ménagé les tournans des objets en laisse apercevoir toute la rondeur. Les figures n'y paroissent nullement appliquées sur un fond : elles ont sur leur milieu une saillie suffisante qui leur prête la convexité du naturel, & qui les met en harmonie avec l'ensemble dont elle font portion. Cet ouvrage est un de ceux par lesquels les sculpteurs modernes se rapprochent le plus des sculpteurs anciens. Il présente une composition d'une noble simplicité ; des nayades dessinées d'un goût correct, dans des proportions sveltes & dans des attitudes animées par les graces. Leurs draperies légères, comme étoient celles dont on usoit anciennement dans l'isle de Cos, laissent décemment entrevoir le nud qu'elles cachent, & n'y sont adhérentes qu'avec une sorte de discrétion. Des personnages des deux sexes & d'âge divers y forment de gracieux contrastes, iîSo

S c u & concourent tout à la fois à l'agrément & à l'effet. »

Cet artiste étoit à la fois sculpteur & architecte. L'hôtel de Carnavalet fut élevé sur les dessins, & ce fut lui qui en décora la façade de refends vermiculés & de deux bas-reliefs où sont un lion & un léopard. Au dessus de la porte, deux enfans, placés dans un cartouche, soutiennent des armoiries. Les figures en bas-relief de la Force & de la Vigilance se voyent dans les trumeaux. On a de lui au louvre, à la salle des antiques, une tribune enrichie d'ornemens de bon goût & soutenue par quatre cariatides. Plusieurs écrivains lui ont attribué les deux figures assises de la Seine & de la Marne, qu'on voyoit à la porte St. Antoine ; mais on lisoit au bas de ces figures le nom d'Etienne Matesson. Jean Goujon se distingua aussi par l'art de graver les médailles, & celle de Catherine de Médicis, qui est son ouvrage, est recherchée des curieux. On ne peut douter que cet artiste qui paroît nourri de la belle antiquité, ait fait le voyage d'Italie. Il étoit calviniste, & le jour du massacre de la Saint-Barthélemi, en 1572, il fut tué sur son échafaud d'un coup de carabine.

(13) GUILLAUME DELLA PORTA, né à Milan on ne sait en quelle année, eut son oncle pour maître, & se fortifia dans l'art du dessin, à Gênes, par les leçons de Perin del Vago. Il fit dans cette ville plusieurs ouvrages de sculpture, entr'autres seize prophêtes, de demi-relief, pour la chapelle de St. Jean, Jésus-Christ à qui St. Thomas touche le côté pour la porte St. Thomas, une Ste. Catherine & une Ste Barbe. Il se rendit à Rome en 1537, y restaura plusieurs antiques & fit les jambes du fameux Hercule. Michel-Ange trouva cette restauration si belle, que les jambes antiques ayant été retrouvées vingt-sept ans après, il ne jugea pas à propos de les rétablir. Della Porta fit au tombeau de Paul III, ouvrage de Michel-Ange, les deux figures couchées qui accompagnent celle du pape. Celle de la justice est d'une beauté portée jusqu'à l'idéal, & l'on raconte qu'elle fut souillée par l'amour d'un Espagnol, qui se laissa renfermer le soir dans l'église St. Pierre pour satisfaire sa passion. Ce qui est plus certain, c'est qu'on a couvert d'une draperie de bronze la nudité de cette figure. Les ouvrages les plus considérables de notre artiste sont les quatre prophêtes placés dans les niches qui sont entre les pilastres de la première arcade de St. Pierre.

Ce fut lui qui inventa la méthode de fondre par le bas les grandes statues en bronze, ce qui empêche le métal de se refroidir. M. Fal-


conet est persuadé que les anciens connoissoent & pratiquoient ce procédé.

(14) GERMAIN PILON, né à Paris, est le Corrège de la sculpture. Plein de grace, il est souvent incorrect. On le regarde comme le premier des sculpteurs qu1 ait supérieurement rendu le caractère des étoffes. Tous ses ouvrages connus sont dans des églises de Paris : à la Ste Chapelle, une Notre-Dame de pitié ; à St Gervais, un ecce homo ; un autre à Picpus ; un Christ mis au tombeau, une résurrection & trois petits bas-reliefs à St. Etienne du Mont ; la sépulture & la résurrection de ]ésus-Christ, en terre cuite, à Ste. Genevieve ; quatre anges de bronze & six vases au sanctuaire de St. Germain-l'Auxerrois ; le bas-relief du maître autel dans la même église ; les bas-reliefs de la chaire des Grands-Augustins, le St. François à genoux, figure en plâtre dans le cloître des mêmes religieux ; le mausolée du chancelier Birague & de son épouse dans l'église St. Louis rue St. Antoine ; plusieurs ouvrages dans l'église autrefois desservie par les Célestins & sur-tout son chef-d'œuvre dans cette même église ; ce sont les trois vertus théologales en albâtre, portées sur un piédestal en forme de trépied antique ; elles soutiennent une urne de bronze qui renferme les cœurs de Henri II & de Catherine de Médicis. Ces figures, grandes comme nature, sont remarquables par la beauté des têtes & par la légèreté des draperies. Cet artiste mourut en 1605 ; on ignore l'année de sa naissance.

(15) JEAN DE BOLOGNE naquit à Douai en 1624, & reçut dans sa patrie les premières leçons de la sculpture. Bien des personnes ont cru que cet artiste Flamand étoit Italien. Il est vrai qu'il passa de bonne heure à Rome, où il s'attacha à modeler les chefs-d'œuvre antiques & modernes que rassembloit cette ville ; des conseils de Michel-Ange contribuèrent, avec ces études, à développer ses dispositions naturelles. Il montroit un jour à ce grand maître un modèle terminé avec le plus grand soin : Michel-Ange en changea toute la disposition ; « il faut, dit-il au jeune homme, concevoir & raisonner son ouvrage avant de penser à le finir. »

L'infortune alloit ramener le jeune artiste dans la patrie : un riche amateur le retint à Florence par les bienfaits. Il pourvut à ses besoins, & lui fournit un bloc de marbre, dont le jeune artiste fit une Vénus. Cet ouvrage, le premier qu'il exécuta en marbre, commença sa réputation ; elle fut confirmée par le grouppe de Samson terrassant un Philistin, qu'il fit pour le grand-duc François de Médicis.

s c u Médicis. Vers le même temps il fondit en bronze le célèbre Mercure volant qui est généralement connu par des plâtres moulés ou par des copies. On admira le Neptune collossâl qu'il sit pour le Grand-Duc, & dont il décora un balsin dans le jardin de ce prince ; on admira encore davantage l'enlèvement d'une Sabine qui fait l'ornement de la place de Florence.

Cet artiste est, je crois, de tous les modernes, celui qui ait fait le plus grand collosse. C'est son Jupiter pluvieux : dans sa tête est une chambre qui sert de colombier, & dans son corps, une grotte ornée de coquillages & de jets-d'eau.

Appellé à Gênes, en 1580, il y fit un grand nombre de modèles qui furent fondus en bronze : six vertus, six anges, un crucifix, sept bas reliefs, dont le premier a pour sujet la présentation de Jésus-Christ au temple & dont les autres représentent diverses circonstances de la passion. On voit de lui à Venise, dans l'église des Dominiquains de St. Marc, la figure en bronze de St. Antonin, accompagnée de quatre anges plus grands que nature. Il fit à Florence les deux statues équestres des grandsducs François & Ferdinand. Le nombre de ses ouvrages fondus en bronze est considérable : on connoît de lui, en ce genre, au châteauneuf de Meudon, une statue d'Esculape. On voit aussi de lui, à Versailles, un grouppe de l'Amour & Psyché.

Il travailloit artistement le marbre, étoit svelte dans ses figures, & leur donnoit beaucoup de souplesse & de mouvement. En le comparant à l'antique, il peut sembler un peu manieré, mais il tient un des premiers rangs entre les statuaires modernes : il a moins de fierté que Michel-Ange, il affecte comme lui la science anatomique, il est l'un de les premiers imitateurs ; mais quoique peut-être quelquefois plus gracieux, il n'est pas son égal : il est mort en 1608, âgé de quatrevingt quatre ans, & n'a cesse de travailler qu'en cessant de vivre.

(16) PIERRE TACCA, élève de Jean de Bologne, succéda à quelques unes des entreprises de son maître, entre lesquelles étoit celle du cheval qui porte la statue de notre roi Henri IV, & dont le grand-duc Come II, vouloit faire présent à sa fille Marie de Médicis, épouse de ce prince. Nous ne dirons pas si Jean de Bologne en avoir avancé le modèle, ou si même il l'avoir commencé : on fait du moins qu'il fut fait ou terminé par Pierre Tacca, & quelques personnes ont prétendu qu'il travailla ce morceau sur un dessin du Cigoli. Quoique trois artistes paroissent y avoir eu part, ce n'est pas un chef-d'œuvre. Tacca termina aussi la figure & le cheval de la statue


équestre de Philippe III, & fit seul la statue équestre de Philippe IV. Le cheval court au galop, & n'a d'autre appui que ses pieds de derriere. Ce monument est en Espagne, dans le parc de Buen-Retiro. Quand M. Falconet, entreprit de représenter Pierre, monté sur un cheval qui gravit au ga1op une roche escarpée, on l'accusa de temérité & l'on prétendit que son projet n'etoit pas susceptible d'exécution. On ignoroit, & vraisemblablement lui-même ignoroit alors, que ce projet avoit été exécuté depuis plus d'un siecle. Mais on dit que Gallilée fournit à Tacca les moyens de mettre en équilibre la masse énorme de sa statue sur des appuis foibles en apparence ; & M. Falconet n'a da qu'à lui-même les moyens dont il a fait usage. Tacca est mort en 1640 : nous n'avons pu apprendre l'année de sa naissance.

(17) SIMON GUILLAIN, naquit à Paris en 1581. Son père, Sculpteur estimé dans son temps, lui donna les premières leçons de for art, & le ieune homme alla se perfectionner à Rome. L'ouvrage qui a le plus" contribué â sa réputation, parce qu'il étoit placé dans un des endroits les plus fréquentés de Paris, faisoit l'ornement de la jonction de deux courtes rues élevées sur la culée du Pont-au-Change. Elles ont été détruites quand on a démoli les maisons qui couvroient ce pont, l'ouvrage de Guillain a été ménagé, & l'on on peut croire qu'il sera placé un jour dans quelqu'endroit favorable à son exposition. Il représente Louis XIV, âgé de dix ans, monté fur un pied d'estal, entre Louis XIII son père, & Anne d'Autriche l'a mère ; une Renommée le couronne de lauriers. Ces figures en bronze, & grandes comme nature, se détachent sur un fond de marbre noir. Au dessous étoit un barrelief, d'une bonne composition, mais d'un travail un peu sec, qui représentoit des esclaves & des trophées.

C'est de Guillain que sont les figures qui décorent le portail de Saint-Gervais, & celui des Feuillans de la rue Saint-Honoré ; mais on distingue plus celles qui ornent le portail de la Sorbonne & celles des apôtres qui sont dans cette église. On estime, dans le chœur des moines qui desservent le couvent de l'Ave-Maria, le mausolée de Charlotte-Catherine de la Trémouille, veuve de Henri I, Prince de Condé : on y remarque le bon goût des ornemens, & des enfans en bronze qui tiennent des flambeaux.

Guillain vit instituer à Paris l'Académie royale de peinture & sculpture, & fut l'un des douze anciens de cette institution : ses nombreux travaux lui procurèrent une fortune assez considérable. A une exacte probité, à 282 § C Û une grande politesse, il unissoit beaucoup de courage. Paris manquoit encore de police, cette ville étoit infestée de voleurs ; mais Guillain s'étoit rendu la terreur des perturbateurs de la sûreté publique. Il ne marchoit jamais la nuit fans porter un fléau garni de chaînes qui se terminoient par des pointes d'acier : avec cette arme, maniée d'un bras vigoureux, il bravait les malfaiteurs & leurs armes, & eut plusieurs fois le plaisir de sauver des personnes attaquées. Sa réputation de valeur lui mérita d'ètre élu capitaine de son quartier ; alors les bourgeois de Paris se gardoient euxmêmes, usage tombé depuis en désuétude, mais qu'une constitution nouvelle vient de faire renouveller. Cet artiste est morten 1658, âgé de soixante & dix-sept ans.

(18) JACQUES SARRASIN, né à Noyon en 1590, fut amené à Paris dès son enfance, & eut pour maître le père de Simon Guillain. Le desir d'imiter les grands maîtres, lui fit entreprendre de bonne heure le voyage d'Italie, & il ne tarda pas à se distinguer entre les habiles artistes qui étoient alors à Rome. Le Cardinal Aldobrandin, neveu de Clément VIII, sentit le mérite du statuaire françois, & lui confia l'exécution de l'Atlas & du Polyphème qui soutiennent à Frescati, le voisinage des figures antiques, dont cette maison est décorée. Ce sut là que Sarrasin connut le Dominiquin & mérita son amitié. Ces deux artistes réunirent leurs talens pour faire en commun quelques ouvrages, entre lesquels on distingue deux termes en stuc. Notre statuaire eut à Rome le bon esprit d'étudier beauccup, Michel-Ange, & de se rendre propre la science & le génie de ce grand maître, sans devenir son imitateur.

Il ne revint à Paris qu'après dix-huit ans d'abnce, & tous les ouvrages qu'il a faits assurent sa réputation. Mais on distingue surtout les cariatides qui décorent le grand pavillon du vieux louvre, figures collossales & en même temps sveltes & légères : le crucifix qui est placé à Saint-Jacques de la Boucherie ; on en voit le modèle à l'Académie ; le mausolée de Henri de Bourbon, Prince de Condé ; le grouppe de Romulus & Rémus à Vctfaillcs ; le grouppe de deux enfans & d'une chèvre placé à Marli ; ces deux figures sont un peu manierées, mais elles semblent de chair ; le mbeau du Cardinal de Bérulle, aux Carmélites ; ouvrage dans lequel l'auteur a vaincu la dureté du marbre. Sarrasin possédoit de grandes parties de l'art, l'élégance, & les graces, jointes à la sévérité. Il fut en France pour la sculpture, ce que Vouet fut pour la peinture, le chef d'une école féconde en artistes célèbres ; entre lesquels on compte le


Gros & Lerambert. III est mort on 1660, âgé de soixante dix ans.

(19) FRANCOIS DU QUESNOI, bien plus connu sous le nom de François Flamand, naquit à Bruxelles en 1594. Fils d'un sculpteur, il reçut de son père les leçons de son art, & n'avoit pas encore quitté cette école, lorsqu'il fut chargé d'ouvrages publics pour sa ville natale. La manière dont il s'en acquitta, lui mérita la protection de l'archiduc Albert, qui lui accorda une pension pour faire le voyage d'Italie. Arrivé à Rome, il crut ne pouvoir se prescrire un meilleur plan d'étude, que celui de modeler les plus belles figures antiques. Ma avoit à peine atteint l'âge de vingtcinq ans, lorsque, par la mort de son bienfaiteur, il se vit obligé de travailler pour sa subsistance, & de faire des ouvrages plus capables d'arrêter que d'avancer ses progrès : telles étoient de petites figures en ivoire & en bois, & des têtes de Saints destinées à orner des reliquaires. Il étoit dans cette situation, lorsqu'il se lia avec le Poussin, infortuné comme lui, & comme lui, embrâsé de l'amour de l'art. Tous deux employoient le moins de temps qu'il leur étoit poble aux travaux qui les faisoient vivre, & donnoient le reste de leur temps à de savantes études. Le Flamand fit des modèles, & de petites figures en marbre qui furent admirées : &, ce qui est singulier, pendant que le Poussin cherchoit à porter dans ses tableaux le style des statues antiques ; le Flamand tâchoit de donner à la sculpture l'aimable mollesse des tableaux du Titien, & ce fut par l'étude de ce peintre qu'il surpassa tous les sculpteurs dans l'art de traiter les enfans. Il se fit bientôt, pour cette partie de l'art, une grande réputation, & fut chargé de modeler les grouppes d'enfans qui accompagnent les colonnes du maître-autel de Saint-Pierre. Malgré les obligations qu'il eut aux tableaux du Titien, il ne négligea pas la na ure, & l'on sait qu'il fit un grand nombre d'études d'après les enfans de l'Albane.

L'envie, forcée de l'applaudir, se plaisoit à répéter qu'il n'avoit de talent que dans un petit genre, & qu'il seroit incapable de réussir dans de grandes choses. Il confondit lesenvieux, en faisant la Sainte Suzanne qui est placée à Notre-Dame de Lorette, figure à laquelle il sut communiquer quelques-unes des beautés de l'antique. On y admire la noblesse de l'attitude, la beauté de la tête, une douce expression de pudeur & de piété, une belle & savante maniere de draper. Il mit beaucoup de temps à cette figure, il en recommença plusieurs fois les modèles, qui tous étoient le fruit d'une profonde étude : mais on ne compte ni le temps ni les travaux, quand ils sont sou couronnés par le succès. Par sa figure de Saint-André, placée dans la basilique de Saint-Pierre, il effaça la figure de Saint-Longin que fit en même temps le Bernin qui osoit le mépriser, & qui disoit qu'au lieu d'un apôtre, il ne ferait qu'un gros enfant. Cette statue haute de vingt-deux palmes, & fruit laborieux de cinq ans d'étude est une des plus belles de la Rome moderne. Les proportions sont élégantes, la tête élevée vers le ciel exprime la plus tendre dévotion, & est pour les artistes, un objet d'admiration & d'étude, la draperie est d'un grand goût. Un moine qui fréquentoit l'attelier du Flamand, prétendit que le Sculpteur lui avoir obligation du mérite de cette figura, & qu'il lui avait fait réformer des défauts choquans qui déparaient premier modèle ; dès-lors le Flamand prit l'usage de travailler sans témoins. Si tous les artistes étoient aussi sensibles que Duquesnoi à de semblables reproches, ils tiendroient leur portes fermées à tous les connoisseurs : mais on sait que les avis des connoisseurs peuvent faire gâter un ouvrage, & qu'ils n'inspirent des beautés qu'à de grands artistes.

Si Duquesnoy, n'a fait qu'un petit nombte d'ouvrages capitaux, c'est que son travail étoit le fruit des plus profondes réflexions & d'une étude répétée de la nature & de l'antique. Il faisoit plusieurs modèles non seulement du corps, des bras, des mains, des jambes, des pieds, & sur tou des têtes, mais encore des doigts, & des masses de plis des draperies. Peu d'Artistes ont moins produit de grands ouvrages & se sont fait une plus grande réputation. Quelqu'un lui disoit qu'une figure à laquelle il travailloit étoit assez terminée : « Vous le croyez ainsi, répondit le Statuaire, parceque vous n'avez pas sous les yeux le modèle que j'ai dans l'esprit, & dont mon ouvrage doit être une copie fidèle. »

Les Articles qui prennent tant de soin de leur réputation, vivent ordinairement dans la pauvreté : tel fut le sort du Flamand ; il voyait des sculpteurs médiocres comblés de récompenses, & il languissoit dans la misere. Il allait passer en France avec le Poussin ; un traitement honorable lui étit assuré ; déja il avait reçu l'argent de son voyage, & il faisoit les apprêts de son départ, lorsqu'il mourut, empoisonné, dit-on, par son frère, en 1646, à l'âge de cinquante-deux ans. Le scélérat fut brillé à Gand pour d'autres crimes, & l'on assure que, dans les tourmens, il confessa qu'il avoit donné à son frère un breuvage mortel. Ce fait a occasionné l'erreur de quelques personnes, qui croyent que le Flamand luina même a été brulé pour un péché que réprouve la nature. On a confondu le meurtrier avec sa victime. La conformité de nom & de profession a fortifié cette erreur.

Duquesnoy, que les Italiens nomment il


Flamingo, (le Flamand (cet homme qui a vécu dans la misère, & que la calomnie poursuit après sa mort, était du caractère le plus doux, de la plus belle taille, du plus aimable commerce, & l'on ne pouvoit le connoître ni même le voir sans l'aimer. La tendresse qu'eurent pour lui le sage Poussin & l'Albane, cet Artiste qui avoit tant de pudeur, suffit à sa justification, & feroit l'apologie de ses mœurs, s'il ne l'avoir pas écrite dans la douce & vertueuse expression de ses chefs-d'œuvres.

(20) PHILIPPE BUYSTÉR, naquit à Bruxelles en 1595. « Il quitta sa patrie, dit Dandré Bardon, pour exercer ses talons en France. Il donna des preuves de capacité dans la composition du tombeau du Cardinal de la Rochefoucaud, à Sainte Geneviève, le joueur de tambour de basque, le grouppe de deux satyres, la déesse Flore, le Poëme satyrique, & plusieurs autres figures qu'il fit pour le parc de Versailles. » Il est mort en 1688, âgé de quatre-vingt-treize ans.

(21) JEAN-LAURENT BERNINI, né à Naples en 1598, tint, pendant le dix-septième siècle, le sceptre de deux arts, la Sculpture & l'Architecture. Avec un génie facile, abondant, impétueux, il suivit plus ses caprices que les loix fondées parla sagesse des Artistes de l'antiquité, & s'il prêta un éclatà ces Arts, il faut convenir que c'étoit un éclat trompeur qui les menaçait de, leur décadence. Plus sa réputation fut grande & méritée, & plus devint dangereuse l'influence de ses défauts. La célébrité de son nom, la réalité de son mérite devinrent des autorités puissantes pour ceux qui s'écartèren de la simplicité, & l'on ne petit abandonner simplicite, sans s'éloigner de la route dans laquelle se trouve la véritable beauté, sans se laisser tromper par des manières affectées que l'on prend pour elle.

Le Bernin, fils d'un Sculpteur, fut au nombre des enfans prodigieux : ses premiers jeux furent des ouvrages de l'art ; il en mania les instrumens en sortant du berçeau, & dès l'âge de huit ans, il fit une tête de Faune qui étonna les connoisseurs. Conduit à Rome par son père, il passoit à l'âge de dix ans les journées dans le Vatican, toujours occupé de l'étude des chefsd'œuvre qu'il renferme, & fit dès lors une tète de marbre qui fur placée dans l'église de Sainte Potentienne. Les Amateurs de l'art, croyoient voirs'élever un nouveau Michel-Ange ; mais le Bernin n'avoir pas reçu de la nature le grand caractére de l'artiste Florentin, Michel-Ange étonne, instruit, en mème temps qu'il repousse en quelque sorte par une austérité sauvage : le Bernin plaît par des charmes séducteurs ; mais il attire à lui pour égarer.

La protection du Cardinal Maffei ; de la maison des Barberins, lui procura celle du pape Paul

Nnij £84 S C U V ; son mérite naissant fut accueilli pst des récompenses, & les récompenses l'excitèrent à de nouveaux efforts. Apres avoir fait les bustes du cardinal Bellarmin, du neveu de Paul V, & de ce Pontife lui-même, il surprit même ceux qui attendoient de lui de grandes choses, en mettant au jour, à l'âge de quinze ans, deux Statues de grandeur naturelle : l'une représentoit Saint Laurent, l'autre Énée qui enleve son père. A peine étoit-il sorti de l'enfance, & déja aucun Statuaire n'égaloit sa réputation : aussitôt après il l'augmenta par son David qui est compté entre ses meilleurs ouvrages. Il l'a saisi au moment où le jeune heros lance la pierre contre Goliath. On admira l'expression dans les sourcils froncés qui peignent l'indignation, dans le mouvement de la lèvre supérieure qui couvre l'inférieure : mais, dans la suite, des juges sévères, éclairés par les conceptions les plus judicieuses des anciens Grecs, ont blamé justement la bassesse de cette expression, qui conviendroit mieux à la figure d'un soldat, qu'à celle d'un héros. Le Bernin n'employa que six mois à cet ouvrage, & lui même disoit qu'il dévoroit le marbre. Quarante ans après, jettant les yeux sur les productions de sa première jeunesse, il s'écria tristement : « Combien j'ai fait peu de progrès dans la Sculpture en un si grand nombre d'années ! »

Il n'avoit pas encore dix-huit ans, quand il fit pour le cardinal Borghese, à qui appartenoit son Enée & son David, le grouppe d'Apollon & Daphné qu'il tailla dans un seul bloc de marbre. Le Dieu est près de saisir son amante ; il n'en est éloigné que d'un demi-pied ; mais déja il l'a perdue & la métamorphose est commene Ce grouppe fut regardé comme le chefd'œuvre de la Sculpture moderne. C'étoit au moins, peut-être, le morçeau le plus agréable qu'elle eût encore produit.

Le protecteur du Bernin, le cardinal Maffei, devint pape sous le nom d'Urbain VIII, & le chargea de décorer cette parti de la basilique de Saint Pierre qu'on nomme la confession, entreprise que l'artiste avoit désirée dès son enfance. Il eut le plus grand succès, & pendant qu'on le comblot d'éloges, lui-même avouoit qu'il en devoit une grande au partie hasard, puisque, dans un si grand espace, il n'étoit guere possible de prendre des mesures assez justes pour s'assurer d'avance de produire l'effet qu'on désiroit.

Le génie du Bernin le portoit surtout aux compositions riches & magnifiques ; il échouoit dans celles qui exigent de la sagesse. Il put suivre son impulsion dans le mausolée d'Urbain VIII placé dans l'église de Saint Pierre. « Dans une niche, dit M. D… paroît un dais de marbre à quatre faces, ayant trois ordres d'Architecture ; au dessus est une urne cinéraire. De là s'élève un grand piédestal qui


soutient la Statue en bronze du Pape, assis sur son trône, & en action de donner la bénédiction. A gauche paroît la justice, accompagnée de deux petits enfans : elle a les yeux fixés sur le Pape & semble plongée dans une douleur profonde. A droite est la charité tenant un jeune enfant qu'elle allaite : un autre est à côté, mais plus grand, qui paroit déplorer la perte d'un aussi bon Pape. Au dessus de l'urne, on voit la mort en bronze ; elle tient un grand livre, dans lequel elle a coutume d'inscrire avec sa faulx les noms des Papes morts. Elle semble écrire en lettres d'or ces mots : URBANUS VIII, BARBERINUS PONT. MAX. Et pour augmenter l'illusion, l'Artiste a mis sur le feuillet précédent une partie du nom de Grégoire V, prédécesseur d'Urbain. »

Peu de temps avant la mort de ce Pontife, Louis XIII avoir fait offrir au Bernin une pension de douze mille écus pour l'attirer en France ; l'Artiste fut retenu par les bienfaits d'Urbain, & par son goût pour le sejour de Rome. Mais il ne résista point en 1665 à l'invitation de Louis XIV, qui, trop peu sensible aux talens de Perrault, crut que le Bernin seul étoit capable de donner au château du Louvre une noblesse digne de la majesté du Monarque. « L'artiste fut conduit, à Paris, dit Voltaire, en homme qui venoit honorer la France. Il reçut, outre cinq louis par jour pendant huit mois qu'il y resta, un présent de cinquante mille écus, avec une pension de deux mille écus, & une de cinq cent pour son fils. » Le fruit que le Monarque recueillit de tant de dépenses fut un dessin pour la façade du Louvre ; projet plus brillant par les écarts de l'imagination que par « des beautés solides, qui auroit exigé des dépenses excessives, & qui ne fut pas exécuté. »

Mais le Bernin, pendant son séjour en France, étonna les Sculpteurs par sa hard esse ; il exécuta le buste de Louis XIV sur le marbre, sans avoir fait aucun modèle, & sans autres préparatifs que quelques légers dessins qu'il avoit relevés de pastels. De retour en Italie, t empressé de témoigner au Roi sa reconnoissance, il tailla dans un seul bloc de marbre, le plus grand qui soit connu jusqu'à ce jour, la Statue équestre de ce Prince. Ce morçeau n'a guere de remarquable que sa grandeur colossale. Carle Maratte qui le vit à Rome, dit : « Voilà une figure qui ne fera pas d'enfans, » voulant faire entendre qu'on ne s'empresseroit pas de l'imiter. Tous les autres Italiens admirerent, car le Bernin avoit du crédit. Comme il n'en avoit point en France, elle fut généralement trouvée fort médiocre. Louis XIV chargea Girardon de changer les traits de la tête, & de réprésenter des flâmmes sous les pieds du cheval, pour faire de ce morçeau le dévouement de Curtius.

Le Bernin continua d'être plus heureux en s c u Italie. Entre les anges dont il fit les modèles pour orner le pont Saint-Ange, il en exécuta deux de sa main : mais Clément IX ne voulut pas que des ouvrages qui lui sembloient si précieux fussent exposés aux injures de l’air, il les fit remplacer par des copies & donna les originaux au Cardinal son neveu. Le Bernin fit encore pour le même pont un autre ange tenant en main l’inscription de la croix. « Vous voulez donc absolument, lui dit obligeament le Pontife, me faire faire encore les frais d’une copie ? »

Il seroit trop long de détailler les ouvrages de sculpture de cet Artiste fécond. On célèbre sur tout sa Sainte Bibiane & sa Sainte Thérèse, en qui l’exstase de l’amour divin ressemble trop à celui d’une volupté profane. Ses principaux ouvrages d’architecture sont le baldaquin & la confession de Saint Pierre, la chaire de la même église, & la fontaine de la place Navonne. Au milieu des occupations dont on croyoit qu’il eût dû être accablé, il trouvoit le temps de se récréer par la peinture, & l’on connoît près de cent cinquante tableaux de sa main. Cet Artiste, laborieux jusqu’aux derniers instans de sa vie, est mort en 1680, à l’âge de quatre-vingt-deux ans.

Comme architecte, il s’éleva trop au dessus des régies, il se livra trop à l’impetuosité de son imagination, & ses fantaisies toujours ingénieuses, toujours magnifiques, ne furent pas toujours approuvées par le goût. On reconnoît que ses licences sont agréables, mais on lui reproche d’avoir ouvert la carrière aux extravagances du Borromini.

Mengs l’a jugé comme Sculpteur. « Le Bernin, dit-il, cherchant uniquement à éblouir les yeux, se livra, dans l’invention de ses statues & de ses groupes, à une manière hardie & même fantasque, mais qui ne laissoit pas d’être agréable, comme on peut le voir par ses ouvrages qui sont à Rome, dans lesquels il a toujours sacrifié la correction au brillant, & dont il a altéré toutes les formes. »

L’Auteur des vies des Architectes & des Sculpteurs, après avoir dit que, depuis la mort Je Michel-Ange, Rome n’avoit pas eu d’Artistes qui en approchât plus que le Bernin par la supériorité & la multiplicité des talens, que personne ne tira parti du marbre comme lui ; qu’il savoit lui donner une souplesse surprenante & le travailler avec un goût & des graces singulieres ; qu’il a excellé dans plusieurs bustes ou portraits d’après nature ; cet écrivain, dis-je, se croit obligé d’ajouter : « Il faut néanmoins avouer que son faire, en général, tient peu du vrai, & qu’il est d’ailleurs très maniéré : dans ses draperies : il prodigue autant l’étoffe que les Grecs l’épargnoient ; il y met un


fracas qui fatigue l’œil, fait paroître ses figures maigres, & les suppose agitées par un vent violent. C’est une hardiesse qui n’est pas à imiter, de faire en sculpture des draperies volantes & trop repliées. »

(22) ALEXANDRE ALGARDI, né à Bologne en 1602, se destina d’abord à la peinture, & fut placé dans l’école de Louis Carrache. Ses liaisons avec un sculpteur le décidèrent en faveur de l’art qu’exerçoit son ami : mais en se consacrant à cet art, il l’envisagea souvent en peintre, ce que l’on peut attribuer à sa première éducation. Les uns l’on loué d’avoir procuré à la sculpture une nouvelle richesse ; les autres l’on blamé d’avoir excédé les limites dans lesquelles elle doit se tenir renfermée. A l’âge de vingt ans, il fut conduit à Mantoue où il étudia, dans le palais du T, les peintures de Jules Romain : on y voit des reflets de l’antique, mais il auroit été plus utile à l’Algarde de pouvoir, dès-lors, étudier l’antique lui-même ; ne pouvant le voir en grand, il ne négligea pas du moins de le voir en petit & de dessiner ou modèler d’après les médailles, les pierres gravées ou les bronzes qui ornoient la galerie des Ducs de Mantoue. Il étoit en même temps au service du Duc, pour lequel il travailloit en ivoire, ou faisoit de petits modèles de figures ou d’ornemens, destinés à être exécutés en bronze ou en argent.

De semblables travaux étoient plutôt capables de lui faire contracter une petite manière que de le conduire au grand ; il alla enfin à Rome, aux frais du Duc, à l’âge de vingt-trois ans, & fut quelque temps occupé à restaurer des antiques pour le Cardinal Ludovis. Il devint l’ami du Dominiquin, qui lui procura les deux premiers grands ouvrages qui aient été produits par son ciseau. C’étoient deux figures en stuc, plus grandes que nature. L’une représente Saint-Jean ; l’autre, qui commença la réputation de l’artiste, est une Magdelène. Cependant il resta encore sans occupations dignes de son talent, obligé pour vivre de vendre son temps à des orfévres, & de modeler pour eux des figures d’enfant, des ornemens & des crucifix. Ses travaux les plus remarquables, étoient des restaurations d’antiques, & l’on se ressouviendra long-temps à Rome de son talent en ce genre. Il y fit les parties qui manquoient à l’Hercule du Palais Vérospi : on retrouva dans la suite les parties antiques, mais celles qui éroient l’ouvrage de l’Algarde, parurent encore si belles malgré la comparaison, qu’on prit le parti de les respecter : on se contenta de placer auprès de la statue, ceiles qu’on avoit recouvrées.

Comme l’envie se plaît à faire un tort aux artistes des occasions qui leur ont manqué, 226 S C U & qu'on leur reproche de n'avoir pas le talent qu'on ne leur a pas fourni le moyen d'exercer, on prétendit que l'Algarde, tout habile qu'il étoit à modeler, ne seroit plus le même si on lui confioit quelque grand ouvrage en marbre. Il fit enfin pour la sacristie des prêtres de l'Oratoire, la figure de Saint-Philippe de Néri, & il prouva que, dans son habileté à tailler le marbre, il ne le cédoit point à ses rivaux. Il prouva bien plus, en faisant bientôt après pour l'église des Barnabites de Bologne, le groupe de la décoration de Saint-Paul ; c'est qu'il n'avoir point de supériour dans l'art de la composition, dans la beauté de l'expression & du caractère. On admira l'expression pathétique de la figure du saint ; on admira plus encore la figure du bourreau. Et il en faut convenir, les modernes ont plus complettement réussi dans ces sortes de figures que dans celles de héros ou de créatures célestes, & c'est en quoi ils se montrent surtout inférieurs aux anciens : mais il faut peut-être moins accuser le génie des modernes, que les modèles vivans dont ils peuvent disposer. Ils ne sont leurs études que d'après des hommes grossiers ; ils ne peuvent même se les procurer à leur choix ; & les Grecs avoient des occasions fréquentes de voir s'exercer sans vêtemens une jeunesse choisie.

L'Algarde entreprit ensuite le tombeau de Léon XI, placé dans l'église de St. Pierre, & fit bientôt après, pour cette même église, le plus célèbre de ses ouvrages : c'est ce fameux bas relief d'Attila, où ce conquérant féroce est représenté s'éloignant de Rome & prenant la suite, effrayé de l'apparition menaçante des Saints Apôtres Pierre & Paul. Cet ouvrage a trente-deux pieds de haut sur dix-huit de large. Les figures du devant sont entiérement de relief, & la dégradation perspective est de cinq pieds effectifs de profondeur. Les figures du premier plan ont près de quatorze pieds de proportion. « Le roi des Huns, dit Dandré Bardon, isolé dans sa partie supérieure, est soutenu dans son saillant par un grouppe de figures si artistement dégradées, qu'elles vont insensiblement se confondre dans le fond. Saint-Léon partaît sur le second site du ba-relief. Ces deux figures sont liées par la médiation d'un page qu'elles couvrent d'une large demi-teinte, propre à relever leur éclat & leur saillant. Saint-Pierre & Saint-Paul planent dans les airs : ils sont traités d'un relief assorti à leur situation. Une douce saillie leur prête tout à la fois la légereté qui leur convient & la consistance nécessaire au soutien du reste de la composition, avec laquelle ils sont grouppés par l'entremise des nuages. Les finesses &


la fierté des travaux sont partout ménagées, en proportion du caractère & de la place des figures. Tout y concourt à la vérité des effets, & à la peinture énergique de la surprise d'Attila, menacé par Saint-Léon de l'indignation des deux Apôtres, s'il exécute, le projet de venir saccager Rome. »

Des hommes dont leur mérite dans les arts donna un grand poids à leur jugement, n'hésitent pas à préférer ce bas-relief à tous ceux de l'antiquité, & ils s'en servent même, comme d'un exemple frappant, pour critiquer la pratique des anciens dans leurs compositions en ce genre. D'autres juges non moins imposans, regardent ce qui fait l'admiration des premiers, comme un brillant défaut, & comme une infraction des loix qu'impose la nature du genre lui-même. Les uns & les autres s'appuyent sur des raisonnemens au moins trèsspécieux.

Le même artiste a fait la statue en bronze du pape Innocent X. La fonte manqua : le statuaire paroissoit inconsolable ; mais le pontife lui rendit le courage par une riche récompense, & par la décoration de l'ordre de Christ. L'Algarde recommença la fonte, elle réussit, & c'est la plus belle statue de pape que l'on voye à Rome. Après un accident bien moins considérable, on se plut à rassèmbler les dégoûts sur un artiste qui vit encore : M. Falconet ne se laissa point abbatre par les menées de ses ennemis ; il répara les défauts de la première fonte par une seconde fonte partielle, qui termina la belle statue équestre de Pierre I.

Nous ne citerons plus des ouvrages de l'Algarde que fon Christ en croix qui a été multiplié par un grand nombre de sculpteurs, & qu'on nomme le crucifix de l'Algarde. Cet artiste s'est aussi distingué dans l'architecture, & a gravé quelques planches à l'eau-forte. est mort en 1654, âgé de cinquante-deux ans. Le grand nombre de ses ouvrages rend témoignage à sa facilité. Cette facilité est d'autant plus étonnante, qu'il avoit trente-huit ans lorsqu'il fit son Saint-Philippe de Néri, le premier morceau où il ait eu occasion de travailler le marbre en grand. On lui a reproché d'avoir tin peu trop marqué le soin recherché qu'il donnoit à ses têtes, & d'avoir été quelquefois maniéré dans ses draperies.

Ecoutons, sur cet artiste, le sévère jugement de Mengs. « L'Algarde commença, diril, à introduire dans la sculpture le style que les peintres de son temps avoient déjà adopté : c'est-à-dire qu'il chercha à se servir dans son art de la même imitation qu'on employe dans la peinture, qui consiste à chercher les effets du clair-obscur, à aggrandir certaines parties propres à frapper la s c u vue ; en un mot à sortir des limites do la sculpture, dont l'objet est d'imiter les formes de la nature, & non les apparences des objets ; partie qui appartient à la peinture : c'est de cette façon qu'il introduisit le style maniéré. »

(23) FRANÇOIS ANGUIER, né dans la ville d'Eu, en Normandie, en 1604, fut placé à Paris dans l'école de Simon Guillain, & fit des progrès rapides sous ce maître habile qu'il surpassa. Sa fortune ne lui permettoit pas de faire le voyage d'Italie ; mais ayant eu occasion d'exercer ses talens en Angleterre, il fit assez d'épargnes sur le prix de ses ouvrages, pour aller perfectionner ses études à Rome. Il y mérita l'amitié respectable du Poussin. De retour à Paris, il fut encouragé par les bienfaits de Louis XIII, qui lui donna un logement au Louvre, & la garde de son cabinet des antiques. Quand l'académie royale fut instituée, il resta, par modestie, dans la classe des maîtres.

Il est, dit Dandré Bardon, un des premiers sculpteurs François qui aient donné le sentiment à la pierre. Paris renferme un grand nombre d'ouvrages de cet artiste qui conservent l'estime des connoisseurs. On distingue surtout à l'Oratoire le tombeau du cardinal de Bérulle, celui des de Thou dans l'église de St. Andrédes-Arcs, & le crucifix en marbre du maître-autel de la Sorbonne. Mais le plus grand, le plus considérable de ses ouvrages, monument imposant par l'effet qu'il produit, & très-estimable par la manière dont il est traité, est le superbe mausolée érigé dans l'église des religieuses de Sainte-Marie, à Moulins, au dernier duc de Montmorency décapité à Toulouse. « Sur un sarcophage, dit M. D..., le duc est représenté à moitié couché, & appuyé sur le coude, portant une main sur son casque, & de l'autre tenant son épée ; la duchesse, son épouse, Marie-Félix des Ursins, qui lui a fait construire ce tombeau, est à ses pieds, voilée & en mante. Sur les côtés du sarcophage sont deux figures assises, dont l'une représente la Valeur désignée par Hercule, & l'autre la Libéralité. Un portique formé de quatre colonnes, dont deux soutiennent un fronton, enrichit ce tombeau. Dans les entre-collonnemens on voit les figures de la Noblesse & de la Piété. Au milieu est une urne cinéraire, entourée de festons. Deux autres anges plus grands, mais qui ne sont pas de la main d'Anguier, accompagnent les armes de Montmorency, placées au-dessus du fronton. »

On voit encore du même artiste, dans l'église des Célestins, la pyramide de la maison de Longueville, accompagnée de statues & de


bas-reliefs, & le mausolée de Henri Chabot, duc de Rohan. On pourroit reprocher à François une manière un peu ronde & pesante. Il est mort à Paris en 1699, âgé de quatre-vingt quinze ans.

(24) GILES GUERIN, né à Paris en 1606 ; avoir peu de génie, peu de caractère, & no réparoit pas ces défauts naturels par cette perfection d'étude qui a élevé des artistes peu favorisés de la nature, bien au-dessus de la médiocrité. Si nous saisons ici mention de lui, c'est qu'il tailloit le marbre avec beaucoup d'intelligence, &, comme l'observe Dandre' Bardon, cette partie qui ne tient qu'au métier, étoit alors fort estimée, parce qu'elle étoit encore peu commune. On voit de lui à Versailles, dans les bains d'Apollon, un grouppe de chevaux qu'une pensée triviale fait admirer du vulgaire, mais qui n'est point estimé des connoisseurs, & qui relève à leurs yeux le mérite du beau grouppe des frères Marsy. Il a fait aussi, dans le même parc, uno figure peu remarquable représentant l'Afrique, & à Paris, dans l'église de Saint-Sauveur, la résurrection. Il est mort en 1678, âgé de soixante & douze ans.

(25) JEAN THEODON, sculpteur françois, a peu travaillé pour sa patrie. Nous n'avons pu apprendre ers quelle année, ni dans quelle ville il avoit pris naissance. On prétend que quelques dégoûts qu'il éprouva en France de la part de ses confrères, l'engagèrent à porter ses talens à Rome. Il est vraisemblable qu'il connoissoit déjà cette patrie des arts, & qu'il y avoir fait ses premières études. Ses talens y furent estimés, & il eut l'honneur d'avoir le Bernin pour émule ; lorsqu'il y fit la belle figure de Saint-Jean-de-Latran. Ce n'était pas une foible gloire d'être jugé digne, par les Italiens eux-mêmes, d'entrer en combat d'émulation avec un artiste qui, suivant eux, n'avoit point alors d'égal.

La France artiste remporta encore à Rome un nouveau triomphe. Les Jésuites voulurent décorer de deux grouppes, composés chacun de cinq figures, l'autel de Saint-Ignace qu'ils faisoient élever dans l'église du Jésus. Ils proposèrent ces ouvrages au concours ; les plus célèbres sculpteurs d'Italie se présentèrent dans la lice, & deux François obtinrent la palme ; l'un étoit le Gros, & l'autre Théodon, alors sculpteur de la fabrique de Saint-Pierre. Leurs deux grouppes sont cités entre les chefs-d'oeuvre de la Rome moderne. Celui de Théodnon représente la foi qui foudroye l'idolatrie, exprimée par une figure de femme qui se termine en serpent ; près d'elle est un roi d Japon qui le soumet à la foi chrétienne.

288’ , S C U Il a fait, pour le Mont-de-Piété, un bas-relief représentant les enfans de Jacob, accusés du vol d'une coupe d'or, & amenés devant Joseph, leur frère. Il a aussi orne d'un bas-relief le tombeau de la fameuse Christine, reine de Suéde.

On voit de lui à Versailles deux termes, celui de l'été & celui de l'hiver, & à Paris, dans la salle des antiques, une figure en marbre. C'est lui qui a commencé le grouppe d'Arrie & Poetus qui est placé aux Tuilleries, & qui étoit resté imparfait à Rome. I1 a été terminé par le Pautre. On peut croire que, s'il l'avoit fini lui-même, il y auroit lassé moins de pesanteur. Il est mort à Paris vers 1680.

(26) MICHEL ANGUIER, frère de François, naquit à Eu en 1612. Il reçut dans sa ville natale les premières leçons de son art, & fit, dès l'âge de quinze ans, quelques ouvrages pour les Jésuites de cette ville. Il entra ensuite à Paris dans l'école de Guillain, aida ce maître dans quelques travaux, & par son extrême frugalité, il se ménagea quelques épargnes pour faire le voyage de Rome. Il y trouva, dans l'attelier de l'Algarde, les mêmes avantages que dans celui de Guillain, des leçons & des travaux payés. Il fit, d'après les modèles & sous les yeux de ce célèbre maître, plusieurs bas-reliefs : il fut chargé de quelques ouvrages subalternes pour l'église de St. Pierre pour les palais de plusieurs cardinaux. Ces occupations suffisoient a sa subsistance, & lui laissoient le ; loisir d'étudier les plus beaux monumens de l'antiquité.

Après dix ans d'études, il revint à Paris en 1651, y trouva la guerre civile, & auroit langui dans la misère, si son frère, chargé alors de faire le tombeau du duc de Montmorency, & quelques autres ouvrages pour les religieuses de Ste. Marie de Moulins, ne lui avoit pas donné de l'occupation. Il fit dans la même année le modèle de la statue de Louis XIII, qui fut jette en bronze à Narbonne.

Cet ouvrage, envoyé en province, devoit peu contribuer à sa réputation : mais il eut occasion, l'année suivante, de faire connoître son talent, par les douze figures en bronze posées sur le tabernacle de l'Institution. On en admira le tour fin & agréable. Enfin après deux ans de séjour en France il fur chargé de travaux considérables. Il décora, dans le vieux Louvre, l'appartement de la reine Anne d'Autriche, orné des peintures du Romanelli. « La sculpture de la première pièce, qu'il entreprit en 1653, consiste en huit grands termes, au milieu desquels sont placés les élémens en quatre médaillons. Les parties les plus étroites du plafond sont occupées par quatre satyres mâles & femelles, d'une grande beauté, emblêmes des saisons. Le haut de la voute fait voir l'année & les heures du jour, élégamment traités en bas-reliefs feints de bronze. »

« Dans la seconde pièce, des figures de fleuves désignent la Scéne, le Rhône, la Garonne & la Loire. Les quatre renommées, placées aux extrêmités du plafond, portent les armes du roi & de la reine ; elles sont belles, sveltes, & d'un très. beau caractére. Deux bas-reliefs, feints de bronze, représentant la France & la Navarre, ornent le haut de la voute. » « Les angles du plafond de la troisième pièce offrent des renommées & des génies ; ils grouppent avec des trophées & des monumens élevés à l'immortalité. Douze petits amoursportent une guirlande autour dugrand morceau de peinture qui forme le milieu de cette pièce. Dans le cabinet sont des vertus & huit petits génies dont chacun tient une fleur de lys. »

La magnificence royale du surintendant Fouquet, & le luxe de quelques particuliers donnèrent pendant quelques années de l'occupation à notre artiste, qui fut ensuite chargé par la reine Anne d'Autriche, de la plus grande partie des sculptures du Val-de-Grace. La nativité en marbre qu'il plaça sur l'autel, est regardée comme le plus beau grouppe qui soit sorti de sa main. I1 décora de seize figures de femmes l'intérieur de ce superbe temple. On lui reproche d'avoir trop multiplié les ornemens de la voure.

Il fit un mélange de la ronde bosse & du bas-relief dans le morceau qu'il exécuta, encore par ordre d'Anne d'Autriche, pour le grand-autel de St. Denis de la Chartre. Le sujet est Notre-Seigneur venant communier lui-même dans la prison ou Chartre, Saint-Denis & les compagnons. L'artiste s'est ménagé un effet piquant, en supposant la prison de forme circulaire, & faisant tomber la lumiere d'en haut. On estime aussi de lui le tombeau du maréchal de Souvré, à Saint-Jean-de-Latran, & le crucifix qu'il fit pour le cimetiere de St. Roch, & qui est aujourd'hui placé dans dans la chapelle du Calvaire. La décoration de cette chapelle est l'ouvrage de M. Falconet. Les derniers travaux d'Anguier, qui couronneront sa réputation, furent les statues & les bas-reliefs de la porte St. Denis. La statue de la Hollande & celle du Rhin, one été faites sur les dessins de Lebrun, qui voulant se réserver la gloire de tous les travaux faits pour Louis XIV, laissoit rarement aux plus habiles artistes la liberté de se livrer à leur génie.


Michel

I SCO Michel Anguier est mort à Paris, en 1686, âgé de soixante & quatorze ans.

(27) LOUIS LÉRAMBERT, né à Paris en 1614, entra d'abord dans l'école du Vouet, & y reçut les'principes du dessin ; mais le goût qu'il conçut pour la sculpture le fit passer dans l'attelier de Sarrazin. Elève des arts, il étoit en même temps courtisan. Fils du garde des antiques de Louis XIII, & filleul de ce roi, il avoir auprès de lui un accès, qu'il conserva dans la suite auprès de son successeur. Au talent de la sculpture, il joignoit des taleras agréables ; il étoit musicien, il faisoit des vers, & dansoit assez bien pour tenir place dans les ballets de la Cour : il plaisoit par la gaieté de son imagination, par la vivacité de ses réparties. Avec des talens moins variés, il auroit peut-être laissé un nom plus célèbre, mais il aurait éprouvé moins d'agrémens pendant sa vie.

Les premiers ouvrages dont il fut chargé ne devoient pas le conduire au grand : c'etoient des bustes & des médaillons représentant les portraits des personnes les plus distinguées de la cour & de la ville. On 'immoralise rarement par de semblables travaux, mais un plaît à ses contemporains.

Il obtint enfin une entreprise plus considérable, celle du tombeau du marquis de Dampierre placé dans la paroisse de ce seigneur, à trois lieues de Gien. Auteur des sculptures, il le sut aussi de l'épitaphe, & la fit en vers.

Il exécuta pour Versailles les figures en marbre de Pan, d'un faune, d'une hamadryade dansante, d'une nymphe jouant du tambour de barque. Ces figures placées autour du bassin d'Apollon, en furent retirées dans la suite, parce qu'elles n'étoient que de pierre, & transportées au jardin du palais-royal d'où elles on été encore déplacées. Elles étoient dégradées par le temps, mais on estimoit surtout Phamadryade, qui plaisoit par un expression de gaiété & par la légéeté de ta draperie. Il fit encore, pour la terrasse près de l'orangeri, deux sphinx en marbre blanc, montés par des ensans de bronze jouant avec des guirlandes, & quatre grouppes de trois enfans dans l'allée d'eau qui descend à la fountaine du dragon. Ces grouppes plurent tellement à Louvois, qu'il voulut qu'ils sussent jettés en bronze.

Lérambert avec du mérite n'est pas capable de tenir un rang entre les grands artistes ; mais, dit Dandré Bardon, ses ouvrages présentent beaucoup de goût, de vérité. & une bonne manière. Il est mort à Paris en 1670, âgé de cinquante six ans. Il est utile aux artistes d'avoir des manières polies, de l'esprit, & même un esprit très-cultivé ; mais il est bien difficile qu'ils ne perdent pas du côté de l'art, quand ils veulent, ainsi que Lérambert, faire profession du courtisans & de beauxesprits.

(28) PIERRE-PAUL PUGET, peintre, architecte & sculpteur, naquit à Marseille en 1622. Son père qui étoit sculpteur & architecte, ne, s'est fait de réputation ni dans l'un ni dans l'autre de ces arts. Il contribua peu à la première éducation de son fil, & le plaça, dès l'àge de qua orze ans, chez un sculpteur médiocre, qui étoit en même temps constructeur de gelères, & que son élève eut bientôt surpasse. L'éléve engagea le maître à lui confier al construction & la sculpture d'un bâtiment, & ce fut le meilleur ouvrage qui eût passé sous le nom de cet article obscur.

Le Puget étoit peut-être dès lors le premier article de Marseille : mais son génie lui apprenait qu'il savoit encore à peine les premiers élémens de l'art, & que c'étoit en Italie que les mystères lui en seroient dévoilés : il entendoit nommer les habiles maîtres de cette contrée, & il brûloit de voir leurs ouvrages & de recevoir les leçons de ceux qui vivoient encore. Il partit sans calculer ses moyens, & arrivé à Florence, à l'âge de quinze ans, il se trouva sans argent, sans amis, sans ressources, demandant de l'ouvrage à des artistes qui ne lui répondoient qu'avec mépris. Il parvint enfin a être employé par un sculpteur en bois qui lui confia d'abord quelques ouvrages do peu d'importance, & qui bientôt aprés reconnoissant son maître dans le compagnon qu'il soudoioit, lui abandona la composition de ses ouvrages les plus considérables. Il perdit un an entier dans ces occupations peu dignes de lui, & passa ensuite à Rome, où quelques dessins qu'il fit voir à Pietre de Cortone lui méritèrent l'estime & l'amitié de ce maître. Alors il te consacra principalement à la peinture, prit pour modèles les ouvrages du Cortone, & les imita de si près que les siens lui furent plusieurs fois attribués. Que ne seroit pas devenn le Puget si, puisant la science de l'are dans une source plus pure, il avoit employé le même temps à fonder, à pénétrer les principes des articles de la Grece, a étudler profondément ceux de leurs chefsd'oeuvre qui ont échappé à la destruction ? Les modernes n'auroient pas eu de stuaires qu'ils eussent pu opposer au Puget. Mais en peut dire aussi que les articles qui n'ont pas ére entièrement contrariés par les circonstances, sont devenus à peu-près ce qu'ils devaient être. Puisque le Puget, à Rome, imita plutôt le Cortone que l'antique & Raphaël, c'est que son penchant l'entraînait a cette imitation.

Après six ans de sejour en Italie, il revin

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Tome II. Beaux-Arts. O o
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à Marseille & fut mandé à Toulon par le duc de Brezé, amiral de France, qui le chargea de faire le modèle du plus beau vaisseau qu'il pût imaginer. Il passa quelques années dans sa patrie, & retourna à Rome où il ne s'occupa que de la peinture & du dessin des principales beautés de cette ville : il ne revint à Marseille qu'en 1653, & eut une maladie dangereuse, après laquelle on lui conseilla d'abandonner le pinceau, & de se faire des occupations plus proportionnées à ses forces corporelles qui exigeoient de l'exercice. Dès lors il se livra tout entier à l'architecture & à la sculpture. Il autoit été perdu dans la foule des peintres qui ont eu du talent sans avoir le premier des talens ; la maladie qui menaça ses jours fut la cause de sa gloire.

On dût prévoir le gland nom qu'il se feroit dans la sculpture, quand, pour coup d'essai, il produisit les deux termes collossaux qui soutiennent, à Toulon, le balcon de l'hôtel-de-ville : ouvrages que leur beauté auroit fait transporter à Versailles, comme Louis XIV l'avoit ordonné sur le rapport du marquis de Seignelay, s'ils n'avoient pas été composés de plusieurs pièces.

Il fut attire à Paris par un amateur, pour lequel il fit au château de Vaudreuil, en Normandie, une figure & un grouppe en pierre, dans la proportion de huit pieds l'une représentant Hercule, l'autre la. terre qui couronne Janus. Le Pautre les vit, il en parla à Fouquet, & le surintendant voulut être des premiers à occuper l'habile statuaire. Il le chargea d'aller choisir lui-même à Gênes les plus beaux marbres pour les ouvrages qu'il lui demandoit. Puget partit, s'acquitta de sa commission, & pendant qu'il veilloit à l'embarquement des marbres, il fit l'Hercule Gaulois aujourd'hui placé dans les jardins de Sceaux. Il alloit repasser en France, quand il apprit la disgrace de Fouquet. On lui proposoit à Gênes des ouvrages importans : il y resta, & fit pour l'église de Notre-Dame de Carignan un St. Sébastien, & un bien heureux Alexandre Saoli, statues en marbre de treize pieds de haut. Bientôt après il exécuta, pour le duc de Mantoue, un bas-relief représentant l'Assomption. Lebrun, qui venoit en France, se détourna de sa route pour voir cet ouvrage & l'admira. Il en parla à Colbert, qui engagea le roi à rappeller le Puget en France, avec le titre de sculpteur & directeur des ouvrages concernant les ornemens des vaisseaux, & une pension de douze cents écus.

Pendant que le Puget étoit à Gênes, un noble lui demanda une statue sans convenir du prix. La statue fut terminée, ce noble l'admira, mais il crut pouvoir disputer pour la somme que l'artiste en demandoit. Puget, sans


perdre le temps à contester, brisa la statue, & adressant la parole au Genois : « je suis plus noble que vous, lui dit-il, car je sait dédaigner le prix de mon travail, & vou n'avez pas la noblesse d'employer votre a gent. à acquérir une belle chose. »

Il se délassoit à Toulon de ses travaux po la marine, en ébauchant le grouppe d'Alexandre & Diogêne qui ne fut terminé longtemps après. Plusieurs blocs de marbre d Gênes devoient être embarqués pour le Havre-de-Grace ; il en obtint trois de Colbert, & de l'un d'eux, il fit sa célèbre statue de Milon, placée dans le parc de Versailles, & qui assure sa réputation. L'expression de douleur, de force & de résistance y est sensible dans tous les membres. Par tout le marbre a perdu l'apparence de sa dureté & pris la souplesse de la chair. Ce morceau, le chef-d'oeuvre de son auteur, & l'un des plus beaux ouvrages qu'ait produit le ciseau des modernes, ne le cederoit pas même au Laocoon antique si les formes avoient la même pureté Puget ne pouvoit trouver aucun modèle assez intelligent, assez sensible, pour poser le pied souffrant de l'Athlete. Il le posa lui-même en mettant dans cette partie toute l'expression qu'il avoit dans son ame, se fit mouler le pied, & travailla son, marbre d'après ce modèle.

Eloigné de Paris, il étoit étranger aux cabales des artistes, & ceux-ci avoient intérêt de no pas exposer ses talens dans le plus grand jour. Aussi parvinrent-ils à faire placer son chef-d'oeuvre dans un endroit détourné du parc. Mais Louis XIV, qui savoit quelquefois pénétrer & déconcerter les petites manoeuvres de l'envie, ordonna de le placer à l'entrée de l'allée royale. Il desira que l'auteur s'occupât d'un ouvrage correspondant, & Puget fit le grouppe d'Andromède délivrée par Persée. Le roi préféra ce grouppe au Milon, jugement qui ne fut pas confirmé par l'auteur, & que n'a pas la postérité. La beauté, la noblesse héroïque & par conséquent idéale, étoit nécessaire dans ce morceau, & on ne la trouve pas dans la figure de Persée : loin d'être un héros, fils de Jupiter, & supérieur à la nature humaine, il n'est part même un jeune homme d'une beauté remarquable. L'Andromède a une tête plus agréable que belle : mais le Puget seul pouvoit exprimer la délicatesse, la morbidezze des chairs qu'on ne peut trop admirer dans cette figure chat mante. Elle semble trop petite pat comparaison à celle de Persée : l'auteur s'excusoit sur la maladresse d'un artiste à qui il en avoit confié l'ébauche, & qui avoit gâté le marbre

Cet ouvrage avoit été présenté au roi par le fils du statuaire ; il vint lui-même à la cour en 1688, fut touché de l'accueil du monarque &c peu satisfait du prix que les ministres mirent à ses travaux. Il ne resta que sept à huit mois éloigné de son pays & ne consentit à recevoir la visite d'aucun artiste. Il ne pouvoit ignorer que quelques uns ne rendoient pas justice à ses talens, & il les enveloppa tous dans sa haine. Coysevox vint un jour dans son attelier sans lui être connu & conduit par un ami commun : mais cet ami eut l'imprudence de le nommer, & le Puget prenant aussitôt l'artiste par les épaules. le fit sortir en lui disant : « eh quoi ! Monsieur Coysevox, un habile homme comme vous vient voir travailler un ignorant comme moi ! »

On lui offroit des ouvrages à Versailles : mais Lebrun abusant de sa réputation & de sa qualité de premier peintre, s'obstinoit a fournir les dessins des travaux demandés par le roi, & à paroître les diriger, Le Puget ne voulut pas fléchir sous le despote des arts, & s'empressa de quitter un pays où le génie lui-même étoit enchaîné.

Ce fut après son retour qu'il termina son bas-relief d'Alexandre devant Diogêne. II l'envoya à Paris ; mais cet ouvrage n'y fut pas goûte, on ne lui assigna pas de place & il resta négligé dans la salle des antiques. On y trouve de l'incorrection, trop peu, de noblesse, des figures qui sembleroient avoir été exécutées sur les dessins de Jordaëns, & qui tiennent plus au style trivial de ce peintre flamand qu'a la beauté antique : on y voit un cheval qui n'a pas été étudié sur la nature : mais on y remarque aussi des parties qui font reconnoître la main du maître. Ce sont ces parties qui ont fait dire à Dandré Bardon : « l'enthousiame qui y brille, le feu qui perce de toutes parts sont si séduisans qu'a peine a-t-on le temps de s'appercevoir des négligences échappées au sculpteur. Disons tout : le charme qui en résulte est capable d'adoucir l'humeur même de la censure disposée à les relever. » M. Falconet, plus sensible aux défauts qui, dégradent ce bas-relief & que ses beautés ne sont pas capables de réparer, a dit que c'étoit l'ouvrage foible d'un très-savant artiste, qui a risque un genre qu'il n'avoit pas étudié & qu'il ne sentoit pas. Cependant cet artiste avoit déja fait, comme nous l'avons dit, le bas-relief de l'Assomption admiré par le Bernin. Ce fut aussi par un bas-relief qu'il termina sa carrière, il n'eut pas même le temps de le finir. Il représente la peste de Milan. On dit qu'il est incorrect, mal dessiné & qu'il se ressent de la vieillesse de l'artiste.

Le Puget mourut dans sa patrie en 1634 âgé de soixante-douze ans. Peut-être, depuis Michel-Ange, aucun artiste n'avoit reçu plus que lui le génie de la sculpture. Ses défauts


sont balancés par des qualités qui le placent dans le petit nombre des plus grands statuaires. Heureux si, comme les anciens, il avoit été curieux de la plus grande correction & sensible à l'amour de la beauté : la beauté, la correction, la noblesse sont bien plus indispensables encore dans la sculpture que dans la peinture, qui répare l'absence de ces qualités par les charmes, séduisans du clair-obscur & de la couleur. Comme Michel-Ange, il travailloit le marbre avec une hardiesse qui alloit jusqu'à l'audace, n'ayant souvent pour se diriger qu'un petit modèle ou même une maquette, & négligeant les aplombs, les compas, les équerres. Ses contemporains, dit M. D... assuroient avoir vu une partie de son Milon fort avancé, tandis que le reste n'étoit pas encore tout-à-fait dégrossi.

(29) ANTOINE RAGGI, dit le Lombard, naquit en 1624, à Vicomorto, lieu appartenant aux Suisses sur les confins de l'état de Milan. Venu jeune à Rome, il entra dans l'école de l'Algarde, perdit trop tôt ce maître, & fut admis entre les élèves du Bernin. On sait qu'il parvint aux honneurs d'académicien de Rome. Il a fait dans cette ville un grand nombre d'ouvrages, ce qui prouve du moins qu'il étoit l'un des artistes estimes do son temps. Il seroit très-invtile d'entasser ici les titres de ses productions, lorsque nous no pouvons en apprécier le mérite & le caractère. Nous avons à Paris, aux Carmes Déchaux, un morceau de sa main, mais fait sur le modèle du Bernin, & qui n'est pas d'ailleurs d'une beauté remarquable : c'est nue vierge tenant l'enfant Jésus sur ses genoux. Cet artiste se procure par ses talens une fortune considerable, & mourut en 1686, âgé de soixante & deux ans.

(30) THOMAS REGNAULDIN, né Moulins en 1627, fut élève de François Anguier. Il reçut dans sa jeunesse des secours qui ont souvent manqué aux grands talens, fut envoyé à Rome par Louis XIV, eut de ce Prince une pension de 3000 livres, & ne manqua pas d'occupations à son retour ; mais ; tous ces avantages ne purent l'emporter sur la nature qui ne lui avoit, donné que les dispositions qui conduisent à une honnête médiocrité. On regarde comme son meilleur ouvrage, les trois nymphes placées derrière le dieu dans les bains d'Apollon à Versailles. On ne peut rien conclure contre lui de ce qu'elles sont exécutées sur les dessins de le Brun : nous avons déja observé que les plus grands statuaires étoient soumis à cotte servitude. Le grouppe fort médiocre, de Cybèle enlevée par Saturne, dans les jardins des Tuilleries ; est aussi de cet artiste qui mourut en

i j â^2 S c u 1706 âgé de soixante & dix-neuf ans. On lui reproche de la manière & de la pesanteur.

(31) DOMINIQUE GUIDI, naquit à Massa-Garréra, ville du Duché de Toscane, en 1628, & vint fort jeune à Rome, où il entra dans l'école de l'Algarde. I1 fit honneur aux leçons de cet habile maître, & est compté au nombre des artistes qui se sont fait un nom sans avoir place au premier rang. Il auroit joui d'une plus grande réputation s'il avoit été plus curieux de la ménager ; mais il préféra trop souvent le profit à la gloire ; il entreprenoit des ouvrages à tout prix, & les faisoit exécuter par des artistes médiocres il adoptoit même des ouvrages de ses élèves, après les avoir foiblement retouchés. Pour se faire une idée de son talent, il faut faire un choix entre le trop grand nombre de morceaux qu'il n'a pas rougi de laisser passer sous son nom. On remarque surtout sa statue du cardinal de Bagi, dans l'église de Saint-Alexis, au Mont-Aventin, celle de Clément IX, à Sainte-Marie majeure, le songe de Joseph, à qui un ange révèle le mystère de l'incarnation, dans l'eglise de la Madonna della Vittoria, un bas-relief sur l'autel de l'oratoire du Mont-de-Piété. La réputation de cet artiste parvint jusqu'en France, & Louis XIV voulut avoir un ouvrage de lui. Il est plaçé à Versailles, au-delà du bassin de Neptune, & répresent ? la Renommée qui rit la vie du Monarque : l'Envie est sous ses pieds, le Temps tient le livre dans lequel écrit la déesse, qui de la main gauche tient le médaillon du roi. Quoique le Guidi fût à Rome, loin de le Brun, il ne put se soustraire à l'empire du premier peintre, & fut obligé de travailler sur le dessin qu'il en reçut. Il mourut à Rome en 1701, âgé de soixante-treize ans.

(32) GASPARD ET BALTHASAR MARSY . Nous ne séparerons pas ces deux frères qui se plurent à unir leurs talens. Tous deux naquirent à Cambrai, Gaspard en 1624, & Balthasar en 1628. Ils furent élèves de leur père, ne vinrent à Paris, qu'en 1648, & furent réduits à travailler d'abord pour un sculpteur en bois : ils parvinrent ensuite à être connus de Sarrasin & de Buyster, qui les firent travailler pour eux. Ils passèrent plusieurs années dans ces occupations subalternes, jusqu'à ce qu'ils furent chargés de décorer l'hôtel du secrétaire d'état la Vrillière, qui est aujourd'hui l'hôtel de Toulouse : ce fut alors que commença leur réputation. Cependant leurs travaux restoient encore renfermés dans des hôtels, lorsqu'ils trouvèrent enfin l'occasion de faire un ouvrage public. Ce fut la décoration en stuc de la chapelle basse des Martyrs, dans l'église de


l'Abbaye de Montmartre, où ils exécutèrent en albâtre, la statue de Saint-Denis, grande comme nature.

Mais Versailles étoit le plus digne théâtre des grands talens : ils y débutèrent par les figures en bronze placés aux fontaines du dragon, de Bacchus & de Latone : cette dernière est comptée entre leurs, ouvrages célèbres ; mais ils se surpassèrent encore dans le second grouppe de chevaux des bains d'Apollon, où le mérite de leur ouvrage est relevé par la médiocrité du premier grouppe, qui est de Guérin. Leur composition est pleine de feu, leur exécution d'élégance & de finesse. Le dernier ouvrage que les deux frères aient fait en commun, est dans l'église de l'Abbaye Saint-Germain-des-Prés, le tombeau de Jean Casimir, Roi de Pologne, offrant à Dieu sa couronne. Balthasar après avoir mis la dernière main à cet ouvrage, abandonna la sculpture & se livra aux douceurs d'une vie obscure & tranquille. Il mourut, suivant Dandré Bardon en 1684, âgé de cinquante-six ans.

Quand les deux frères eurent cessé d'associer leurs talens, on reconnut que c'étoit Balthasar qui avoit le plus apporté dans cette association : Gaspard, réduit à lui-même, ne montra qu'un talent sensiblement inférieur, quoique non méprisable. C'est lui qui a fait à Versailles, sur les dessins de le Brun, les figures du Point du jour, de l'Afrique & de Mars, & celle d'Encelade. Il a exécuté à la porte Saint-Martin, du côté du fauxbourg, le bas-relief qui représente Mars portant l'écu de France & poursuivant un aigle. Son dernier ouvrage, qu'il ne put terminer, est ce foible grouppe de l'enlèvement d'Orythie aux Tuilleries : il y travailloit lorsqu'il mourut en 1681, dans sa cinquante septième année.

(33) ETIENNE LE HONGRE, né à Paris en 1628, « fit pour Versailles, dit Dandré Bardon, plusieurs ouvrages estimés ; une figure qui représente l'air, & deux termes désignant l'un Vertumne, & l'autre Pomone. L'un des quatre bas-reliefs de la porte Saint-Martin, est l'ouvrage de son ciseau, & c'est d'après a son modèle qu'a été fondue la statue équestre de Louis XIV, érigée à Dijon. » Il est mort en 1690, âgé de soixante deux ans.

(34) FRANÇORS GIRARDON est, de tous les sculpteurs qui furent employés pour le faste de Louis. XIV, celui qui a laisse le nom le plus célèbre. Il dut une grande partie de sa réputation à ses talens, mais il fit contribuer aussi à sa célébrité la souplesse de son caractère.

Il naquit en 1630 à Troies en Champagné. Son père qui étoit fondeur, croyoit que les arts ouvroient une route trop incertaine pour aller à la s c u fortune, & que l'état de procureur en-offroit une plus assurée. Ce fut à cette profession qu'il destina son fils, & i1 le mit quelque temps en apprentissage de chicane : vaincu enfin par les instances du jeune homme, il consentit à le placer chez un menuisier sculpteur ; mais dans l'espérance de le rebuter, il pria le maître de l'employer aux travaux les plus pénibles & les plus désagréables. Le menuisier, à qui les talens de l'élève devinrent bientôt utiles, se rendit son appui auprès de son père, & le jeune homme obtint la liberté de suivre son penchant.

Il auroit fait peu de progrès dans une semblable école, s'il n'avoit pas eu d'autres recours : mais les églises de Troies lui ossroient pour objet d'imitation & d'étude un très-grand nombre de statues d'un bon style. Faites dans le seizième siècle, elles sont l'ouvrage de deux artistes dont on n'a retenu que les noms. L'un, nommé Gentil, étoit de Tripes, & son goût formé fur l'antique, témoigne qu'il avoit été en Italie : l'autre, nommé Domenico, étoit Florentin, avoit été amené en France par Maître Roux & s'étoit attaché au Primatice. Guidé par ces modèles, Girardon, fans être encore sorti de sa ville natale, fit une statue de la Vierge que sa famille conserve encore, & qui est recommandable par la légèreté des draperies.

Son maître eut occasion de travailler, à quatre lieues de Troies, au château de Saint-Liébaut, qui appartenait au chancelier Séguier ; il ne manqua pas de mener avec lui son élève, & ce voyage fut, pour le jeune homme, l'occasion de sa fortune. Le chancelier reconnut ses heureuses dispositions, & lui fit faire le voyage de Rome à ses frais. Le souple (Girardon s'étudia dans cette ville à gagner l'amitié de Mignard. De retour en France, il reçut du chancelier une pension sur le sceau, & pour gagner l'utile amitié de le Brun, qui émit a me de ce magistrat, il eut pour lui les complaisances d'un élève, affecta de ne paroître travailler que d'après ses conseils, de le regarder comme son maîitre, & d'adopter son goût de dessin, qu'on peut même reconnoître dans les ouvrages où il étoit libre de se livrer à son propre goût : il avoit fini par se rendre propre cette manière qu'il avoit tant de fois suivie par politique.

Les hommes bas & flateurs sont ordinairement envieux : Girardon le fut du Puget, quand cet artiste, dont il ne pouvoit égaler le génie ni la fière exécution, parut à la cour ; il fut effrayé de l'apparition d'un tel rival, & on lui attribue, comme à leur premier auteur, les dégoûts qu'éprouva le statuaire provençal, qui lui rendirent odieux les artistes de Paris, & l'engagèrent à renoncer aux travaux de la cour.

Les deux statues, grandes comme nature,


qui décorent la chapelle de Notre-Dame-de-la-Paix, aux Capucins de la rue Saint-Honoré, sont les premiers ouvrages de Girardon ; il en fut chargé à son retour de Rome. C'est de lui que sont quatre figures des bains d'Apollon : il fut, dans cette entreprise, déclaré, le vainqueur de ses rivaux, & reçut des mains de Louis XIV, le prix d'honneur consistant en une bourse de trois cens louis : les frères Marsy n'auroient pas été indignes de le partager.

La faveur de Girardon baissa avec celle de le Brun à la mort de Colbert : Louvois, au lieu de consulter le premier peintre, donnoit toute sa confiance à Mansard : Girardon eut souvent l'humiliation d'erre chargé des ouvrages peu recherchés par ses rivaux ; mais il avoit trop de réputation pour ne pas continuer. d'être employé.

Quand Mignard devint premier peintre, Girardon fut l'humble courtisan de cet artiste, comme il l'avoit été de le Brun, ennemi de Mignard. On prétend que le peintre n'exerçoit pas avec modestie l'empire que lui donnoit le statuaire ; il affectoit avec lui l'orgueil d'un artiste supérieur sur un ouvrier subalterne, & peut-être goûtoit-il quelque plaisir à humilier l'artiste qui se dégradoit & qui, près l'avoir flatté lui-même s'étoit reconnu la créature de le Brun.

Mais cessons de nous arrêter sur les foiblesses du statuaire & ne nous occupons que de ses ouvrages. L'un de ceux qui ont le plus contribué à sa réputation, est le mausolée de Richelieu dans l'église de la Sorbonne : la composition est de le Brun, mais on sait combien il y a loin d'un dessin à l'exécution d'un ouvrage de sculpture.

La statue équestre de Louis XIV, érigée dans la place de Vendôme, est l'un des monumens célèbres de Paris ; elle a vingt-un pieds de haut, & c'est la première de cette grandeur qui ait été fondue d'un seul jet, au moins par les modernes. On sait que Girardon a un peu tâtonné cet ouvrage ; mais qu'importe les premières incertitudes de l'artiste quand le travail est terminé ? Ce qu'on a droit de reprocher à ce monument, c'est la pésanteur des formes dans Ia figure du héros, le défaut de finesse de grace, de mouvement, & une certaine rondeur qui se remarquent dans cette figure & dans celle du cheval.

Girardon avoit fait un autre modèle qui se trouva trop petit. Il fut cependant jetté en bronze, & est aujourd'hui érigé à Beauvais.

On connoît de ce statuaire le tombeau de son épouse à Saint-Landri ; il a été exécuté par ses élèves, & est trop grand pour le temple dans lequel il est place, celui de la princesse de Conti à Saint-André-des-Arcs ; celui de 2P4 s G U Louvois aux Capucines ; celui de MM. Castellan à St.-Germain-des prés.

Entre ceux de ses ouvrages qui décorent le parc de Versailles, on distingue les sculptures du bassin de Neptune, l'Hiver sous la figure d'un vieillard, tenant un vase de feu, la fontaine de la pyramide, & surtout le grouppe de l'enlévement de Proserpine. Tous ces ouvrages, excepté le troisième, ont été exécutés sur les dessins de le Brun.

On reproche à Girardon de n'avoir pas bien su travailler le marbre, & d'avoir imprimé à ses ouvrages une pésanteur que leur donne le vice de l'exécution. Dandré Bardon tâche de l'excuser, en disant que trop occupé pour pouvoir travailler lui-même ses marbres, il abandonna cette partie essentielle de la sculpture à des artistes qui, quoiqu'habiles, n'ont pas jette dans l'exécution tout l'esprit & toute la vérité quo la main des auteurs y imprime ordinairement.

On peut croire cependant que s'il eût bien possédé le travail du marbre, il n'auroit pas souffert que ses ouvrages eussent conservé une tache d'imperfection qu'il auroit dépendu de lui de leur ôter. Il auroit fait avancer ses marbres, & leur auroit imprimé le dernier caractère du maître. Quoiqu'il en soit, on avoue qu'il possédoit à un haut dégré l'art de modeler. « La figure de Jupiter, placée dans une des niches de la colonnade du Louvre, dépose de son talent en cette partie. Ce plâtre travaillé à la main, dit M. D..., a douze pieds de proportion, & quoique ce ne soit qu'une première pensée, il est un de ceux qui peuvent faire juger plus réellement du mérite de son auteur. »

Girardon est mort à Paris en 1715, âgé de quatre-vingt-cinq ans.

(35) JEAN-BAPTISTE TUBI, naquit à Rome en 1630. Je ne trouve ni quel fut son maître, ni en quelle année il vint en France ; mais on sait qu'il fut admis à l'Académie royale en 1663, à l'âge de trente-trois ans. Quoique la qualité de copiste soit rarement un titre de gloire, il suffiroit à celle de Tubi d'avoir fait la belle copie en marbre du grouppe antique de Laocoon, qui décore les jardins de Trianon. Ce morceau peut consoler les François de ne pas jouir de l'ouvrage original.

Tubi a fait à Versailles, au milieu du bassin d'Apollon, ce Dieu monté sur un char tiré par quatre coursiers que conduisent des Tritons ; la fontaine de Flore, la Poésie Lyrique, Acis & Galatée, & la figure de l'Amour tenant un peloton de fil.

On voit de lui à Paris un morceau célèbre ; c'est la belle demi-figure représentant la mére


de le Brun, dans l'église de St. Nioolas-du Chardonnet.

On regarde encore comme de beaux ouvrages les figures de la Religion, & celle de l'Immortalité, toutes deux placées dans l'église de Saint-Lustache, la première au tombeau de Colbert, la seconde à celui de la Chambre, médecin ordinaire du roi. Il est l'auteur des deux grands bas-reliefs de la porte Saint-Bernard, & du grouppe qui, à Saint-Denis, représente, sur le tombeau de Turenne, ce grand capitaine expirant dans les bras de l'Immortalité. Un écrivain observe qu'un grand nombre des ouvrages de Tubi sont faits sur les dessins de le Brun, d'aprés lesquels, ajoute-t-il, les plus fameux sculpteurs se faisoient gloire de travailler. II auroit été plus vrai de dire qu'ils étoient contraints de se soumettre à cette humiliation, & que c'étoit à ce prix qu'ils achetoient l'avantage d'être employés aux travaux ordonnés par le roi. Cette tyrannie du peintre a peut-être privé les arts de quelques chefs-d'oeuvre du Puget.

Tubi est mort à Paris en 1700, âgé do soixante & dix ans.

(36) CHRISTOPHE VEIRIER, né à Tretz Provence en 1630, « fut, dit Dandré Bardon, un digne élève de Puget, son parent. I1 n'est guère connu que dans sa patrie, parce qu'il n'en sortit jamais. Il exécuta une partis des ouvrages de son maître, & notammen le cartel de l'hôtel-de-ville de Marseille. On voit, au bureau de la consigne de cette même ville, un enfant en marbre de demi-relief ; à Aix, dans une des chapelles de l'Oratoire, la figure d'un Jésus ; aux Carmélites, deux bas-reliefs ; un Mars au pavillon dit de la Molle ; un faune chez M. d'Eiguilles, & chez M. de Brue un Lysimachus que les grands maîtres ne désavoueroient pas. » Il est mort en 1689 âgé de cinquante-neuf ans.

(37) MARTIN VANDEN BOGAERT, conne sous le none de DESJARDINS, naquit à Bréda, en Hollande, en 1640. Il vint encore jeune à Paris, & fut reçu de l'Académie royale à l'âge de trente-un ans. Il fit présent à ce corps d'un bas-relief représentant Hercule couronne par la Gloire, du portrait du Marquis de Villacerf, du nom de Colbert, mais surtout de celai de Mignard, morceau distingué. Le premier de ses ouvrages considérables est la statue équestre de Louis XIV, érigée à Lyon dans la place de Bellecour. Il orna ensuite de six grouppes de pierre, représentant les évangélistes & les pères de l'église grecque & latine, le portail de l'église du collége Mazarin ; il sculpta en marbre, pour le petit parc de Versailles, Versailles, le Soir désigné par Diane, ayant prés d’elle une levrette ; par la manière dont il termina la statue d’Artémise, commencée par le Fevre, il se rendit propre cette figure ; il fit pour l’orangerie la figure pédestre de Louis XIV, vêtue à la romaine : mais rien ne donna plus d’éclat à sa réputation que le monument de la place des Victoires, érigé aux frais du maréchal de la Feuillade qui, dans ce siècle des flatteurs, se distingua par ses flatteries fastueuses, & fut imprimer à ses actions de courtisan un caractère de grandeur. Le roi, couronné par la victoire, est représenté debout, vêtu des ornemens de la royauté, & ayant sous ses pieds un cerbère, pour désigner son triomphe sur la triple alliance. Ce grouppe a treize pieds de haut, & fut fondu d’un seul jet. Ce fut Desjardins lui-même qui dirigea la fonte, & il étonna la France qui n’avoit pas encore vu tenter, d’un seul jet, des fontes collossales. Le piédestal étoit orné de six bas-reliefs : & aux quatre angles paroissoient enchaînés des esclaves en bronze qui désignoient les nations dont le monarque avoit triomphé. Ces esclaves viennent d’être enlevés, en 1790, par décret de l’Assemblée Nationale.

On voit aussi à Paris, du même artiste, les quatre Vertus Cardinales, distribuées en quatre bas — reliefs, dans l’église de Sainte-Catherine, & aux Capucines la figure en bronze de la Vigilance qui décore le tombeau de Louvois.

Desjardins mourut fort riche, en 1694, âgé de cinquante-quatre ans. Son fils reçut des lettres de noblesse, & ne se distingua que par le titre de nouveau gentilhomme, & par celui d’amateur de l’Académie royale, où son père s’étoit illustré comme artiste, réunissant en sa personne des titres de noblesse bien plus respectables.

(38) Antoine Coysevox, originaire d’Espagne, naquit à Lyon en 1640. Avant l’âge de dix-sept ans, il s’émit déjà fait connoitre dans cette ville par use statue de la Vierge : il vint alors à Paris, travailla sous Lérambert & sous d’autres maîtres habiles, fit par leurs exemples & leurs leçons de rapides progrès, se rendit bientôt célèbre, & avoit à peine vingt-sept ans quand il fut choisi par le cardinal de Fustenberg pour aller en Alsace décorer son palais de Saverne. Ces ouvrages l’occupèrent quatre années, après lesquelles il ne revint à Paris que pour partager avec les artistes les plus célèbres les travaux les plus capables, par leur importance, d’immortaliser leurs noms.

Après avoir fait la statue pédestre de Louis XIV que l’on voit dans la cour de l’hôtel-de-ville de Paris, & les deux bas-reliefs dont est enrichi le piédestal, il fut chargé par les États de Bretagne d’exécuter la statue équestre du même roi, ouvrage en bronze de quinze pieds de haut. Il ne crut pas, comme l’avoit apparemment pensé le Bernin, que pour représenter des chevaux, il suffit d’avoir jetté sur ces animaux quelques regards, ou d’en avoir fait tout au plus quelques études légères. Il sentit que le succès en ce genre ne pouvoit être que le fruit d’une profonde étude, il se fit amener seize ou dix-sept des plus beaux chevaux des écuries du roi, choisissant entre ces animaux, choisis eu-mêmes, les plus belles formes qui distinguoient chacun d’eux, les observant dans l’état de repos & dans tous leurs mouvemens, fixant dans sa mémoire, traçant sur le papier ou imprimant dans la terre ou la cire les mouvemens les plus fugitifs, s’instruisant ainsi par lui même & par les leçons des plus habiles écuyers, perfectionnant enfin toutes ces études en les appuyant sur la bâse de l’anatomie, & faisant lui-même des dissections de chevaux. C’est à l’opiniâtreté de semblables études que sont dûs les succès dans les arts. Des études légères peuvent quelquefois procurer des succès brillans, mais passagers.

On voit à Paris des preuves de l’habileté que Coysevox s’acquit en ce genre, dans les deux chevaux ailés, destinés d’abord pour les jardins de Marly, & placés ensuite aux Tuilleries. L’un porte Mercure, & l’autre la Renommée, figure remarquable par son extrême légèreté Ils ne sont pas tout-à fait exempts de manière, mais on voit que cette manière est fondée sur la science, & que ne pardonne-t-on pas d’ailleurs au feu dont ils sont animés ? Ce jardin offre encore du même artiste le fluteur, jeune faune, dans lequel l’artiste a exprimé la vigueur de l’homme champêtre, & deux autres ouvrages moins remarquables, dont l’un représente Flore, & l’autre une Hamadriade.

Paris renferme des monumens plus austères ; ouvrages de la même main : le tombeau du cardinal Mazarin aux Quatre-Nations, celui du prince Ferdinand de Fustenberg à l’abbaye Saint-Germain-des-prés, celui de Mansard à Saint-Paul ; mais surtout celui de Colbert à Saint-Eustache, qui est compté entre ses chefs-d’œuvre.

Coysevox a fait à Marly les grouppes placés aux deux extrêmités de la rivière de Marly ; on y distingue le Neptune & l’Amphitrite ; à Versailles, deux fleuves en bronze, la Dordogne & le Garonne, l’Abondance, un esclave attaché à des trophées, sept bas-reliefs dans la colonade, un grand vase entouré de bas-reliefs relatifs à l’histoire de Louis XIV, &c, à Sceaux, une figure de fleuve placée dans àf6

S eu une niche rocaillée ; à Chantilly, la statue en marbre du Grand Condé.

Ces travaux considérables ne l'empêchèrent pas de faire un grand nombre de portraits. On peut juger de leur mérite en général, par celui de le Nostre à Saint-Roch, de Colbert à Saint-Eustache, de le Brun à Saint-Nicolas du Chardonnet.

Des portraits de Louis XV en bustes & en médaillons, & la figure en marbre de Louis XIV, placée dans le chœur de Notre-Dame, sont des ouvrages de sa vieillesse. Il est mort à Paris, en 1720 ; âgé de quatre-vingts ans.

(39) CORNEILLE VANCLEVE, originaire de Flandres, naquit à Paris en 1645, fut placé chez François Anguier, & seconda ce maître dans le travail des bas-reliefs de la porte Saint-Martin. Il remporta le grand prix à l'Académie Royale, & partit pour Rome en 1671 avec la pension du Roi.

Après six ans d'études dans cette ville, il revint à Paris, & ne tarda pas à être reçu de l'Académie Royale, à laquelle il donna en 1681, pour morceau de réception, la figure de Polyphème. Nos temples renferment un grand nombre de ses ouvrages. On voit de lui à Notre-Dame, deux anges en bronze, de grandeur naturelle, tenant des instrumens de la passion ; ce sont les plus voisins du maître-autel : dans l'église de Sorbonne, un ange de marbre, sur le fronton du maître-autel ; aux Invalides, trois bas-reliefs ; l'un représentant la sépulture du Sauveur ; l'autre, Saint Louis faisant la translation de la couronne d'épines ; & le troisième, ce Prince recevant l'Extrême-Onction ; les anges qui sont au-dessus de la porte du cûté de la campagne, tant en dehors qu'en dedans ; les deux anges & la gloire placés au grand-autel dans l'église de Saint-Paul.

L'un des grouppes de marbre placés dans le jardin des Tuileries, au bas du fer à cheval, est l'ouvrage de Vanclève, & fait honneur à cet Artiste ; c'est celui qui représente la Loire & le Loiret sous la figure d'un fleuve & d'une rivière.

C'est lui qui fut chargé de décorer le maître-autel de la chapelle du Roi à Versailles. Il a fait pour la fontaine de Diane, dans le parc, le modèle du lion qui terrasse un loup, ouvrage fondu par les Kellers ; c'est encore de lui qu'est dans le même parc, la statue de Mercure. Il a travaillé aux cariatides de Marly. S'il n'est pas du nombre des artistes qui ont répandu le plus gland éclat, il est au moins du nombre de ceux qui méritent de l'estime, & on ne pourroit lui en refuser, quand il n'auroit fait que donner l'exemple d'un zèle ardent pour son art & d'une vie très-laborieuse. On assure qu'il se leva toute sa vie à quatre heures du matin,


pour donner au travail un temps où le silence & la tranquillité règnent encore dans la nature. Il se satisfaisoit difficilement lui-même, revenoit plusieurs fois sur ses idées avant de s'arrêter sur l'une d'elles, détruisoit & recommençoit les esquisses & les maquettes ; & quand il avoit enfin arrêté son projet, il ne se montroit pas moins difficile sur le choix des formes, & sur l'exécution. Il avoit moulé sur la nature un grand nombre de figures de femmes pour avoir toujours ces objets sous les yeux ; mais si ces moulures lui offroient les formes dans la plus grande vérité, elles n'offroient pas de même le sentiment de la chair ; aussi reproche-t-on à notre artiste d'avoir quelquefois manqué dans cette partie. Il est mort à Paris en 1732, âgé de quatre-vingt-sept ans : il joignoit à une exacte probité, une humeur affable & un caractère confiant, & ne se montroit pointilleux que sur les égards qu'il croyoit dûs au rang qu'il occupoit à l'Académie, dont il fut Recteur & ensuite Chancelier.

(40) SÉBASTIEN SLODZ naquit à Anvers en 1655, & vint à Paris où il entra dans l'école de Girardon. C'est de lui que l'on voit aux Tuileries cette figure d'Annibal qui compte les anneaux des Chevaliers Romains ; morceau justement estimé par la précision des formes & par la beauté du travail, mais auquel on reproche justement le défaut de noblesse & d'expression. C'est encore un bon ouvrage que son bas relief, placé aux Invalides, & qui représente Saint Louis envoyant des Missionnaires dans les Indes. Il a exécuté à Versailles le grouppe de Protée & d'Aristée, & à Marly la figure de Vertumne. Il est mort en 1726, âgé de soixante-onze ans.

(41) PIERRE LE GROS, né à Paris en 1656, fils d'un sculpteur dont il à effacé le mérite mais qui avoit eu assez de talent pour être Professeur de l'Académie Royale, remporta le grand prix, & fut envoyé à Rome avec la pension du Roi dès l'âge de vingt ans. Bientôt il eut occasion d'y faire connoître ses talens & d'y prendre place avec les Sculpteurs qui jouissoient alors de la plus grande célébrité. C'étoit le temps où les Jésuites faisoient décorer l'autel de Saint-Ignace dans l'eglise des Jesus : ils ouvrirent un concours pour deux grouppes qui devoient être placés aux côtés de cet autel, & le Gros se sentoit intérieurement capable de prendre part à ce combat ; mais on ne croit pas volontiers qu'un jeune homme puisse lutter avec ceux que l'on compte au rang des maîtres ; l'âge de le Gros pouvoit inspirer à ses juges des préventions qui lui auroient été peu favorables. Les Jésuites eux-mêmes qui sentoient que son mérite étoit au-dessus dessus de son âge, lui conseillèrent de faire ses modèles en secret, & de les envoyer encaissés comme s’ils arrivoient de Gènes. Le jour du jugement arrive ; les modèles des concurrens sont exposés ; ceux de le Gros sont tirés de leurs caisses : artistes, amateurs, tous admirent l’ouvrage de l’artiste étranger ; tous lui adjugent unanimement le prix, & apprennent avec étonnement que l’inconnu est ce jeune le Gros dont ils auroient peut-être blâmé l’audace, s’il leur avoit été nommé plutôt. Cet événement fit si réputation, & il sut bien la conserver.

Il ne tarda pas à faire le fameux bas-relief où le Bienheureux Louis de Gonzague est représenté dans la gloire. « Il est composé, dit Dandré Bardon, de deux grouppes saillans liés par des objets intermédiaires de différens reliefs. Dans le grouppe principal, le héros, tout-à-fait isolé dans sa partie supérieure, & détaché sur un ciel qui lui sert de fond, est porté sur un trône de nuées soutenu par des anges. C’est par les tournas de la figure, & par les fuyans des nuages, que les objets accessoires conduisent cette masse jusqu’au champ du bas-relief. Un même artifice dirige les effets produits par les chérubins qui forment le second grouppe. Les ailes étendues du principal émissaire céleste, ses draperies voltigeantes, les nuées qui l’environnent, les anges qui l’accompagnent, concourent successivement au stratagême du ciseau. Eh ! quels accidens de lumière n’en résulte-t-il pas ? De grandes masses de jours & d’ombres, des parties de demi-teintes très-étendues qui les sont valoir, des échos qui les rappellent, jettent dans l’ouvrage les charmes du clair-obscur. Des travaux variés & finis, des piquans répandus, des noirs fouillés dans les objets des premiers sites, un faire savamment négligé, & presqu’effacé, des légèretés, des indécisions ménagées avec adresse dans les parties fuyantes, l’embellissent des charmes de la vérité. On croit voir l’air rouler autour des corps, & tous les corps se mouvoir dans les airs. Quelle magie produit une illusion plus séduisante ? N’est-ce pas l’industrie avec laquelle on expose les différens reliefs, qui prête le mouvement aux objets ? Sans doute l’œil attiré successivement sur les divers points présentés par la rondeur des figures, croit voir en elles l’action qu’il se donne pour en parcourir les beautés. Tel un voyageur, du sein d’un navire, croit appercevoir les bords de la mer fuir loin de lui, tandis que c’est lui-même qui s’en éloigne. »

On compte aussi au nombre des célèbres ouvrages de le Gros, la figure de Saint Stanislas. Il est représenté de grandeur naturelle & couché sur le lit de mort : sa tête, ses mains, ses


pieds sont de marbre blanc, sa robe de marbre noir, & son lit de marbre sicilien de différentes couleurs ; exemple qu’il ne faudroit pas imiter. L’objet de la sculpture n’est pas d’exprimer la couleur propre, & chez elle ces sortes de recherches de la vérité ne sont que rendre le mensonge plus sensible. Si le marbre noir peut imiter la couleur de la robe d’un jésuite, le marbre blanc ne peut imiter celle de la chair. Ces bigarrures de marbres variés ont quelque chose de gothique : ce n’est pas elles que les vrais connoisseurs admirent dans l’ouvrage de le Gros, mais l’art par lequel il les a réparées.

La rivalité avec ce grand statuaire, ne pouvoit plus choquer les plus habiles sculpteurs ; ils durent le voir sans envie concourir avec eux pour la décoration de Saint Jean de Latran, & faire les statues des apôtres Saint Thomas & Saint Barthelemi. Sa statue de Saint Dominique, dans la basilique de Saint Pierre,. est comptée au nombre des chefs-d’œuvre de Rome.

Il venoit de la terminer, quand il voulut revoir sa patrie où il ne devoit pas recevoir l’accueil qu’il méritoit. Il y décora l’hôtel de Crozat, qui a été depuis celui de Choiseul, & qu’on a détruit avec les ouvrages de notre artiste, pour bâtir la salle de la Comédie Italienne. Il fit aussi quelques sculptures à Montmorency.

On ne peut assurer s’il fit pendant ce séjour, ou s’il envoya de Rome cette belle figure représentant une Dame Romaine, que l’on voit au jardin des Tuileries, & que les artistes regardent comme un monument précieux de la science & du grand goût de ce statuaire. Il est vrai qu’une figure antique lui en a inspiré l’idée ; mais la gloire du succès lui reste tout entière, & l’original qu’il a suivi ne peut guère être regardé que comme une pensée ou une esquisse qui lui laisse à lui-même le mérite de l’originalité.

Voici la description du morceau antique qu’on lit dans le Voyage d’un François en Italie, tome IV. « Il y a dans un portique ouvert de la ville Médicis, du côté du jardin, une matrône qui a été copiée par le Gros. L’attitude de cette figure est belle, ainsi que l’ordonnance de sa draperie : mais l’exécution en est sèche, les plis en sont égaux, sans variété ; le caractère de la tête en est dur, & sans aucun agrément, quoique en grand ; les cheveux droits & secs ; les pieds en sont chaussés à sandales dans lesquelles il y a un bas. » On peut voir dans les jardins de Sceaux, une copie exacte de cette antique, & l’on reconnoîtra combien elle a gagné dans l’imitation du statuaire moderne. Cette imitation « devient originale, dit Dandré Dandré Bardon, par les beautés que le Gros y a introduites. Il a su concilier la belle intention quo présente le marbre qui lui a servi de modèle, avec les vérités dont it est dépourvu, & dont on sent qu’il étoit susceptible. »

Il ne resta que deux ans à Paris, & partit mécontent de l’académie qui, au lieu de rechercher l’honneur de se l’associer, ne lui donna que des dégoûts. il auroit desiré d’être au nombre de ses membres ; mais son mérite étoit assez connu, pour qu’il pensât qu’on dût le dispenser de venir montrer des ouvrages comme un homme dont le talent est encore incertain. Les corps sont naturellement attachés à leurs formes ordinaires ; mais it est des hommes que leur mérite doit mettre au-dessus de ces formes, & des réputations qui sont trop générales & trop brillantes pour devoir être soum ses à des jugemens particuliers. Mais les envieux traitèrent le Gros comme ils avoient traité le Pujet ; au lieu de joindre lours applaudissemens à ceux du public, ils cherchèrent à dégrader la gloire de ces hommes qu’ils redoutoient, & les noms de cos deux grands statuaires manquent a la liste des académiciens. L’absence de ces noms fameux y fait une tache. Le Gros retourna à Rome, & aggrava, par de nouveaux chefs-d’œuvre, l’injustice de sa patrie.

On distingue entre eux le bas-relief de Tobie dans l’oratoire du Mont-de-piété ; la statue en pied du Cardinal Casanatta à la Minerve, & le tombeau de ce même Cardinal à Saint Jean de Latran ; celui de Pie IV à Sainte Marie Majeure ; celui d’un prélat de la maison Aldobrandine à Saint Pierre aux liens ; celui de Grégoire XV à Saint Ignace.

Dans l’eglise du Jesus, il a fait la figure de Saint Ignace, en argent, de neuf pieds de proportion ; elle est grouppée avec trois anges. La Sainte Thérèse qu’on voit de lui à Turin, dans l’eglise des Carmélites, est mise au nombre de ses meilleurs ouvrages.

La France doit regretter d’avoir si peu de monumens d’un artiste qu’elle a produit, & doit être jalouse de ce que Rome, pour me servir des expressions de M. D…, est la seule qui puisse dire que ce fut un grand homme. Il étoit persuadé que, dans son art, ce qui n’est qu’agreable, sans avoir un grand caractère, n’est point beau ; il voyoit avec peine le goût de son pays pour tous ces petits agrémens qu’on y préfere trop souvent à la beauté : « Vous ne voulez que du tendre, du joli, de l’aimable disoit-il un jour à un François ; & souvent le beau, le grand vous échappe. »

Il mourut à Rome en 1719, âgé de cinquante-trois ans. On croit que ses jours furent abrégés par le chagrin. Il ne pouvoit se consoler


de l’indifférence qu’avoient témoignée pour ses talens les académiciens de Paris : il auroit dû se persuader qu’ils lui auroient fait un meilleur accueil, s’ils avoient intérieurement rendu moins de justice à sa supériorité.

(42) Nicolas Coustou, né à Lyon en 1658, apprit les premiers principes de son art sous son père, qui étoit sculpteur en bois, & vint à Paris, à l’âge de dix-huit ans, recevoir les leçons plus savantes de Coysevox, son oncle. Il remporta le grand prix de l’académie à l’âge de vingt-trois ans, & fit le voyage de Rome avec la pension du Roi. Il s’appliqua principalement, dans cette ville, à étudier les ouvrages de Michel-Ange & de l’Algarde, tempérant par les agrémens de l’un ce que l’autre a de rudesse. Ce fut dans cette ville qu’il fit la copie de l’Hercule Commode qui est placée dans les jardins ; & comme l’original n’est qu’une antique des siècles inférieurs de l’art, il se crut permis de ne s’y pas attacher servilement.

Après trois ans d’absence, il revint à Paris & vit son talent recherché. L’ouvrage le plus important par lequel il commença à le consacrer, fut le grouppe qui représente la jonction de la Seine & de la Marne. Ces deux figures ont neuf pieds de proportion, & sont accompagnées de figures d’enfans qui tiennent les attributs de ces rivières. Ce morceau capital, que l’on continue d’estimer, étoit destiné aux jardins de Marly ; mais it est placé aux Tuileries, & fait un des ornemens de la capitale. On voit encore, dans le même jardin, quatre ouvrages de cet artiste : deux retours de chasse, figurés par des nymphes dont chacune est grouppée avec un enfant ; la statue de Jules César, & sur-tout le berger chasseur. On estime moins les deux chasseurs qu’il a saits pour le jardin de Marly. L’un vient de terrasser un sanglier, & est prêt à lui donner la mort ; l’animal est une belle imitation du sanglier antique de Florence : l’autre tient un cerf par le bois, & va lui plonger le couteau dans la gorge. On blame le costume de ces deux figures ; on y trouve un goût françois trop opposé au goût pur de l’antique. Mais on retrouve tout le talent de Coustou dans le grouppe de tritons qui décore la cascade rustique de Versailles. On l’admire encore plus dans la descente de croix, qu’on appelle le vœu de Louis XIII, & qui est placée au fond du chœur de Notre-Dame, à Paris. C’est, suivant Dandré Bardon, un chef-d’œuvre qui renferme ce que le grand caractère de dessin & le majestueux pathétique de l’expression ont d’intéressant. On voit aussi du même artiste, dans cette église, un Saint Denys en marbre, & le crucifix éléve au-dessus de la grille du chœur, C’est de lui qu’est le tombeau du Prince de Conti dans le chœur de l’église de Saint André des Arcs, & celui du Maréchal de Créquy aux jacobins de la rue Saint-Honoré. Il fit pour la ville de Lyon, la figure en bronze de la Saone, de dix pieds de proportion, qui orne le piédestal de la statue de Louis XIV. Cet artiste a travaillé jusqu’à l’âge de soixante-seize ans, & le dernier de ses ouvrages, que la mort ne lui a même pas permis de terminer entiérement, est l’un des plus estimés : c’est un bas-relief en médaillon, représentant le passage du Rhin. Il est placé à Versailles, dans le sallon de la Guerre. Coustou a fini sa carrière laborieuse en 1733. Il s’est distingué par l’esprit de ses conceptions & l’agrément de son exécution. Ses formes ont de la pureté ; mais on ne trouve pas dans ses ouvrages le caractère sage de l’antique : on pourroit lui reprocher de s’être trop pénétré du goût françois, & d’avoir eu plus d’agrément que de grandeur.

(43) Camille Rusconni, né à Milan en 1658, apprit son art à Milan & se perfectionna à Rome. Il étudia surtout l’antique, & ce fut après l’avoir copié, qu’il tenta de l’imiter dans des ouvrages originaux. Il copia l’Antinoüs, l’enlévement de Proserpine, l’Apollon du Belvedere, & deux fois l’Hercule Farnèse. L’Apollon & l’un de ses Hercules, ont passé en Angleterre.

Il travailla d’abord en stuc, & ses premiers ouvrages en marbre sont le tombeau de Palavicini, & celui de Fabretti. Il a fait quatre des apôtres qui ornent la nef de Saint-Jean de Latran : ces figures, dans la proportion de dix— neuf pieds, représentent Saint-André, Saint-Mathieu, Saint-Jean & Saint-Jacques le Majeur. Son ouvrage capital est le tombeau de Grégoire XIII, placé dans l’église de Saint-Pierre. Sous une grande arcade, ce pontife est représenté assis dans la chaire papale, & revêtu de ses habits pontificaux. Plus bas, la Justice & la Piété, soulèvent une grande draperie, & lissent voir un bas-relief qui n’est pas moins estimé que le reste du monument. Quand cet ouvrage fut découvert, on y admira la beauté du génie soutenue par les charmes de l’exécution. « Peu de sculpteurs entre ses contemporains, dit M. D… ont approché comme lui de l’antique & de la nature. Ses attitudes sont belles & majestueuses, ses têtes pou communes, & ses draperies très-élégantes. Il donnoit à ses figures l’action qu’elles demandoient ; elles paroissoient vivantes, tant il savoit bien exprimer les passions de l’âme. » On ajoute qu’il étoit modeste avec de grands talens, que jamais il ne déprisoit les ouvrages de ses rivaux, & qu’épris d’amour pour, la gloire, il travailloit


pour elle bien plus que pour l’intérêt. Il est mort en 1728, âgé de soixante & dix ans.

(44) Grinling Gibbons. On ignore l’année qui a vu naître cet artiste Anglais ; on ne connoît pas même le lieu de sa naissance, & l’on ne sait de qui il reçut les principes de son talent. Le premier qui l’employa, fut un directeur de spectacles à Londres, qui lui confia les sculptures d’une salle de comédie. Il fut ensuite occupé par Charles II, à la décoration du Palais de Windsor, & de quelques autres maisons royales.

On dit que Gibbons fit son propre buste en bois ; on parle d’un bas-relief sur lequel il représenta le martyr de Saint Etienne. On soupçonne que ce fut lui qui fit le modèle de la statue en bronze de Jacques II, qui est dans le jardin de Witheal ; la seule circonstance qui autorise ce soupçon, c’est qu’on ne sache pas qu’il y eût alors en Angleterre aucun sculpteur capable d’entreprendre cet ouvrage : mais ce qui affoiblit beaucoup cette conjecture, c’est que les deux vertus qui accompagnent le buste de Prior à Westminster, & le tombeau de Newton, dans la même église, donnent une idée bien peu favorable du talent de Gibbons pour la figure. C’est dans la partie de l’ornement qu’il s est distingué, & nous aurions gardé le silence sur ce sculpteur, s’il n’étoit pas le seul qu’ait produit l’Angleterre. On vante de lui des morceaux qui tirent leur prix de la délicatesse du travail, & de l’extrême patience ; tels que des oiseaux dont il semble que l’on compte les plumes, une cravatte de dentelle, &c. Quels chefs-d’œuvre à citer, après avoir nommé ceux de Michel-Ange, du Bologna, de l’Algarde, de le Gros, du Puget ! Gibbons est mort à Londres en 1721.

(45) Marc Chabry, élève du Puget, naquit à Lyon en 1660. Il a fait pour cette ville la peinture & la sculpture du Maître-Autel de l’église de Saint-Antoine, & un bas-relief représentant Louis XIV à cheval, placé au-dessus de la porte de l’hôtel-de-Ville. Il fit présenter au roi une statue d’Hercule & une de la Vierge, & obtint le titre stérile de sculpteur de sa Majesté à Lyon. On nous apprend que le Maréchal de Villars, lui paya 8000 livres, une statue représentant l’Hiver : nous serions plus curieux de connoîre le mérite de cet ouvrage, que le prix qui en a été donné. Chabry fit à Mayence le portrait de l’électeur, revint dans sa patrie, & y est mort en 1727.

(46) Pierre le Pautre né à Paris en 1660, étoit fils d’un architecte. Il apprit la 50O

S C U sculpture sous un maître dont le nom est aujourd'hui oublié, mais il se pet perfectionna par l'étude de la nature & des grand ; maîtres. Il resta quatorze ans à Rome où il étoit allé avec la pension du Roi. De retour en France, il s'attacha à l'académie des maîtres, & ne voulut pas se présenter à l'acadmie royale. Cela ressembloit à de la modestie, mais la modestie cache bien souvent de l'orgueil. Il ne dissimuloit pas à ses amis qu'il n'étoit pas fâché de rester dans un corps où il n'avoit pas de rivaux. D'ailleurs le Brun tenoit le sceptre de l'académie royale, & le Pautre ne vouloit pas soumettre sa tête au joug. Avec de tels sentimens, on doit prévoir qu'il fit peu d'ouvrages pour le roi, puisque le Brun en étoit le distributeur.

Il en fit un cependant auquel il doit sa réputation : c'est le grouppe d'Enée enlevant son père Anchise, & tenant par la main son fils Ascagne, morceau que l'on voit aux Tuileries, & qui est compté au nombre des plus précieux ouvrages qu'aient produit les statuaires françois. Peut-être les anciens juges de la Grèce auroient ils exigé dans la figure d'Enée plus de grandeur, de noblesse, d'héroïsme : ils auroient voulu plus de beauté dans la tête du fils de Vénus : comme ils désignoient par un caractère bien marqué les descendans de Jupiter, ils auroient demandé qu'on eût reconnu dans Enée le fils de la plus belle des Déesses : mais des jugemens si sevères ne conviendroient pas aux modernes, qui sont trop souvent obligés a l'indulgence, & le grouppe de le Pautre conserve la réputation qui lut a été justement accordée. Nous avons dit ailleurs qu'il avoit terminé le grouppe d'Arrie & Poetus, commencé par Theodon.

On voit de lui à la Muette, Clitie changée en tourne-sol, & une femme arrosant des fleurs que lui présente l'amour. Sa Sainte Marcelline est un ouvrage estimable. C'est lui qui a fait pour Marly une copie libre de l'Atalante antique. Il y a encore de cet artiste d'autres ouvrages, dont quelques tins ne répondent pas à sa réputation ; mais le mérite de son Enée couvre les foiblesses de ses productions, médiocres. Il est mort à Paris en 1744, âgé de quatre-vingt quatre ans.

(47) JEAN-LOUIS LEMOYNE, né à Paris en 1665. fut èlève de Coysevox. « Il a fait, dit Dandré Bardon, quantité d'ouvrages fort estimés : un bas relief du portement de croix à la chapelle de Versailles : deux Anges adorateurs qu'il a sculptés pour les lnvalides ; une Diane pour la Muette, &c. Il s'adonna particulièrement au portrait. Celui du Duc d'Orléans, régent du royaume ; ceux de Manfard, de Largilliere, qui sont placés


dans les salles de l'académie royale, dont il fut recteur, donnent une juste idée de son savoir. Il est mort à Paris en 1755, âgé de quatre-vingt dix ans. »

(48) ROBERT LE LORRAIN, Sculpteur, dent le nom est peu connu, parce qu'il fut mal servi par les circonstanccs, naquit à Paris en 1666. Il se mit long-temps sous la discipline d'un peintre pour se former au dessin, & passa ensuite dans l'école de Girardon. Il gagna le premier prix à l'âge de vingt-trois ans, & fit le voyage de Rome avec la pension du Roi. Il y fit une étude opiniâtre de l'antique & des chefs-d'oeuvre de peinture que renferme le Vatican, & à force de travail, il le détruisit la santé, qu'il eut le bonheur de réparer en revenant dans la patrie.

Il s'arrêta à Marseille où il termina quelques ouvrages commencés par Puget. A son arrivée à Paris, il trouva les travaux publics suspendus par les malheurs des temps, & apprit qu'un nouveau réglement pour l'académie royale, ne permettoit plus de recevoir de nouveaux artistes, pour ne pas augmenter le nombre des académiciens indigents. Il fut obligé de le faire affilier à l'académie des maîtres,. & n'eut d'autres occupations que celles que lui fournirent quelques amateurs. Ses ouvrages ne furent que des morceaux de cabinet, entre lesquels on cite une Andromède coulée en bronze. Mais la plus grande partie de son temps étoit consacrée à exécuter en marbre les modèles de Girardon. Ce fut lui qui exécuta le mausolée de ce statuaire à Saint-Landri. C'étoit ainsi qu'en travaillant beaucoup, il restoit dans l'obscurité.

Cependant la permission de faire des élections nouvelles, fut tendue à l'académie royale, & le Lorrain y fut admis avec unanimité de suffrages. Il donna pour morceau de réception une Galathée. Ce fut à peu-près vers le même temps qu'il sculpta une femme pour la cascade rustique de Marli.

Il le vit enfin chargé de grands travaux, mais loin de la Capitale & des lieux fréquentés par les artistes & les connoisseurs. Le Cardinal de Rohan le choisit pour décorer en Alsace son Palais de Saverne. Ce fut là que le Lorrain, sans considérer le traité qu'il avoit fait & qui lui étoit médiocrement avantageux, sacrifia ses intérêts & ceux de sa famille au desir de produire de grandes choies : ce fut-là qu'il déposa les monumens sur lesquels il esproit fonder sa gloire, & qui furent détruits en 1779 par l'incendie qui consuma ce palais. Il avoit commencé les sculptures extérieures da palais épiscopal de Strasbourg ; une attaque d'apoplexie, l'obligea d'abandonner ces travaux qui furent terminés par une main peu digne de s c u s'associer à la sienne. Ainsi les événemens se sont accumulés pour s'opposer à sa réputation pendant sa vie & après sa mort.

On peut se former une idée de son talent par les statues des quatre saisons qu'il a faites pour l'hôtel de Soubise, par le bas-relief des chevaux d'Apollon, par ceux dont il a décoré un mausolée de la maison de Laigue aux Jacobins de la rue du Bacq, par une figure de Bacchus dans les jardins de Versailles & par quelques ouvrages dans la chapelle de ce château ; enfin, par la Vierge en marbre de la paroisse de Marly.

Pendant les fréquens loisirs que lui laissoit son indolence à se procurer des travaux, il faisoit des têtes de fantaisie qui sont dispersées dans les cabinets ; il reussissoit principalement à celles de jeunes gens & de femmes. Vanclève l'invitoit un jour à venr voir une tête de bacchante qu'il avoit acquise & que ce sculpteur prenoit pour une antique. Le Lorrain fut agréablement surpris en reconnoissant un de ses ouvrages.

Il aimoit a vivre dans la retraite, ne se montroit pas, ne cherchoit pas les occasions de se faire confier des entreprises : il falloit qu'on vînt le chercher, & l'on cherche rarement les hommes à talens qui se cachent. On dit qu'il travailloit souvent sans autres apprêts que de poser le marbre sur un tonneau, n'ayant pour modèle qu'une maquette, un dessin, ou le projet qu'il avoit dans sa tête. Mais avec cette manière libre d'opérer, il gâtoit quelquefois les morceaux qu'il étole près de finir.

Après avoir éprouvé plusieurs attaques d'apoplexie, il est mort à Paris en 1743, âgé de soixante-dix-sept ans Il paroît avoir moins cherché le grand, que l'agrément & le goût.

(49) ANGÉLO ROSSI, né à Gènes en 1671, se distingua comme sculpteur & comme dessinateur. Il apprit son talent dans sa patrie & à Venise ; mais ce fut à Rome qu'à l'âge de dix-huit ans, il vint le perfectionner & l'exercer. Il se fit connoître par deux bas-reliefs qui contribuent à la décoration de la chapelle de Saint Ignace dans l'église du Jesus. Le bas-relief qu'il exécuta pour le tombeau d'Alexandre VIII, & qui représente plusieurs Canonisations faites par ce pontife, est regardé comme le plus beau de ceux qui décorent la basilique de Saint Pierre. L'auteur consulta la nature même pour les moindres détails, & ne se permit de traiter les accessoires les plus indifférens, qu'après en avoir fait des études répétées. Ses soins furent couronnés par le plus succès, & cet ouvrage fut moulé par ordre de Louis XIV, qui voulut qu'un plâtre en fût déposé dans l'école Françoise de Rome, comme un exemple que les élèves de l'art de-


voint toujours avoir sous les yeux. « La of composition, dit Dandré Barbon, en est établie sur un plan circulaire : les figures y sont distribuées de manière que le héros du sujet, placé sur le bombage du solide, est le plus apparent & reçoit les accidens les plus lumineux. Celles qui sont sur les sites tournans aboutissent au fond du bas-relief, sans que l'art semble y conduire. On diroit que, dans ce morceau de sculpture, la nature seule fait tous les frais de l'illusion : c'est le génie & le savoir qui ont varié, d'un tact fin, le caractère des chairs & celui des étoffés, & qui ont répandu, sur tous les accessoires, le goût & la vérité. »

On parle avec beaucoup d'éloge du bas-relief de la Piété, ouvrage du même auteur, qui est conservé à Gènes, & de celui de la Prière au jardin des Olives, dont il fit présent au Cardinal Ottoboni.

On distingue entre ses ouvrages de rondebosse, qui sont en petit nombre, la statue colossale de Saint Jacques le mineur à Saint Jean de Latran, & un petit Satyre mangeant une grappe de raisin.

Mais sa gloire est sur-tout fondée sur le mérite supérieur de ses bas-reliefs. On dit que, dans ce genre, il a surpasse tous ses prédécesseurs, & a servi de modèle à ceux qui sont venus après lui. Il ne traitoit pas les bas-reliefs à la manière de l'Algarde qui donnoit une saillie considérable aux figures du premier plan, & faisoit du bas & du plein relief un mêlange qui a trouvé des approbateurs illustres & d'illustres censeurs ; mais il observoit ce demi-relief qui approche plus de la manière des anciens. L'étude, le travail, le chagrin de voir ses talens mal récompensés, altérèrent la santé de cet artiste, qui n'étoit pas moins aimable par son caractère & ses moeurs, qu'estimable par ses ouvrages, & le conduisirent au tombeau en 1715, âgé de quarante-quatre ans.

(50) GUILLAUME COUSTOU, frère de Nicolas, naquit à Lyon en 1678, fut élève de Coysevox, & surpassa son frère. Parti pour Rome avec la pension du Roi, des tracasseries l'empêchèrent d'en jouir. Avec un talent encore naissant, il fut obligé de travailler pour vivre dans cette capitale des arts, où les talens consommés ont peine à fixer l'attention. Les dernières ressources lui manquoient ; il se disposoit à partir pour Constantinople, lorsqu'il fut recueilli par le Gros, & il travailla, sur le modèle & sous les yeux de oe grand maître, au bas-relief de Saint Louis de Gonzague. De retour à Paris, il donna pour sa réception à l'académie royale Hercule sur le bûcher, & fit quelques années après, pour les jardins de Marly, les figures de Dapline & d'Hippomène, La 50Î

S C U Daphné, légèrement drapée, finement dessinée, artistement exécutée, paroît être une imitation de l'Atalante antique. C'est aussi à Marly, sur la terrasse, à la tête de l'abreuvoir, que se voyent les derniers, & peut-être les plus beaux de ses ouvrages. Ce sont deux grouppes, dont chacun est compose d'un cheval & d'un écuyer ; ces chevaux se cabrent & sont pleins de feu. Le même artiste, quelques années auparavant, avoir décoré du grouppe en marbre de l'Océan & de la Méditerranée, le tapis-verd de ces mêmes jardins.

On peut regarder comme un ouvrage capital la figure en bronze du Rhône, de dix pieds de proportion, qui accompagne à Lyon la statue équestre de Louis XIV.

On voit de notre artiste, à Versailles, un Bacchus dans une allée du Théâtre d'eau, & un bas-relief placé sur l'une des portes de la tribune du Roi. Il représente Jésus-Christ dans le temple au milieu des docteurs. C'est lui qui a terminé le bas-relief du passage du Rhin, qui est placé dans le sallon de la Guerre. « Le fort Tholus, dit Dandré Bardon, désigné par une tour embrasée, se dessine légèrement sur le fond. Un génie portant le casque du monarque paroît d'un côté ; de l'autre, la Victoire couronne le héros. Ces deux objets, traités dans une progression raisonnée de relief, soutiennent le saillant de la figure principale ; tandis que celle du fleuve, placée sur le site le plus avancé, soutient elle-même le grouppe où le roi domine, & s'accorde en même temps avec le champ du bas-relief, où elle parvient par la médiation des accessoires qui l'environnent. »

Si, dans cet ouvrage, les talens de Guillaume sont associés à ceux de François, il a fait seul le beau bas-relief qui décore la porte royale des Invalides. « Louis XIV à cheval est accompagné de deux Vertus assises aux angles du piédestal ; les saillies, d'un relief léger, sont en contraste avec des parties entiérement isolées. C'est par la magie des oppositions, que le ciseau a judicieusement contrebalance cette unité de plans qui jette de la monotonie & de l'ennui dans certains bas-reliefs. La noble simplicité de celui que nous examinons, continue l'artiste que nous avons déja cité, débarrassée des déta ls minutieux qui appauvrissent les effets en les multipliant, dévoile que l'auteur, élève de l'antique & de la nature, a perfectionné, par l'inspiration de celle-ci, les principes puises dans l'autre. » On estime dans cet hôtel les figures en pierre de Mars & de Minerve, ouvrages du même statuaire, ainsi que les figures d'Hercule & de Pallas à la principale porte de l'hôtel de Soubise.

Entre les morceaux qui assurent sa réputation,


on met dans un rang distingué le fronton du château d'eau vis-à-vis le Palais Royal : il y a representé la rivière de Seine & la fontaine d'Arcueil. Il a aussi décoré la Grand'Chambre du Parlement d'un bas-relief où l'on voit Louis XV entre la Justice & la Vérité. Ce laborieux statuaire est mort à Paris en 1746, âgé de soixante-huit ans.

(51) JACQUES BOUSSEAU, élève de Nicolas Coustou, naquit à Chavagnes en Poitou en 1681. Il donna pour morceau de réception à l'académie royale une figure d'Ulysse qui tend son arc. On voit de lui à la Magdeleine de Trénel le tombeau de M. d'Argenson. M. D... lui attribue aussi celui du cardinal Dubois dans l'église collégiale de Saint-Honoré ; mais, suivant Dandre Bardon, ce monument est de Guillaume Coustou. Il a fait à Notre-Dame, dans la chapelle de Noailles, les figures de Saint Maurice & de Saint Louis, & un bas-relief représentant Jésus-Christ qui donne les clefs à Saint Pierre. Le plus grand nombre de ses ouvrages est à Madrid où il fut appelle en qualité de premier sculpteur du roi d'Espagne. Il y est mort en 1740, âgé de cinquante-neuf ans.

(52) ANTOINE VASSÉ naquit à Seine en Provence, en 1683. Nous n'avons sur lui d'autres renseignemens que ceu qui nous sont offerts par Dandre Bardon. « Il entreprit avec succès, dit cet artiste, divers ouvrages de sculpture. Les décorations du ehoeur de Notre-Dame & celles de l'hôtel de Toulouse sont de son invention. Le bas-relief du maître-autel de la Métropole de Paris, la figure qui est à la chapelle de la Vierge, la sculpture du purtail der Capucines, &c, sont les fruits heureux de son ingénieux ciseau. » Il est mort à Paris en 1736, àge de cinquante-trois ans.

(53) FRANÇOIS DUMONT, né à Paris en 1688, fie de rapides progrès sous son père, Maître Sculpteur de l'Académie de Saint-Luc. Il remporta de bonne heure le premier prix de l'Académie Royale : & étoit prêt de partir pour Rome avec la pension du Roi, lorsqu'i1 fut retenu dans sa patrie par l'amour ; il épousa la fille de Noél Coypel. Des l'âge de vingt-trois ans, il fut admis a l'Académie Royale, & donna, pour morceau de réception, un Titan foudroyé ; morceau d'un beau style & d'une fine execution : on voit le géant menacer encore le ciel qui le punit.

Sans parler de différens ouvrages qui contri-buèrent à sa réputation, & dont plusieurs sont à Petit-Bourg, nous passerons à deux figures qui font sur-tout honneur à son talent ; elles sont à s c u Saint Sulpice, & représentent Saint Jean & Saint Joseph : le premier est presque nud ; il a le bras gauche appuyé sur un tronc d'arbre, & tient une croix de roseaux enveloppée d'une banderolle : Saint Joseph, caractérise par le lys qu'il tient de la main droite, a, dans la gauche, un livre sur lequel il semble méditer. Les deux autres figures parallèles, représentant Saint Pierre & Saint Paul, sont du même auteur.

Le Duc de Lorraine voulut s'attacher un artiste devenu célèbre dès son entrée dans la carrière. Il l'appella à Nancy ; il le décora du titre de son premier sculpteur : mais les travaux du premier sculpteur se réduisirent à un fronton & au modèle d'un autel.

Un monument plus capital dont il fut chargé & qui causa sa mort, fut le tombeau du Duc de Melun placé chez les Dominicains de Lille. Dumont alla dans cette ville pour mettre la dernière main à son ouvrage : l'échafaud se brisa sous lui ; il se cassa la jambe, & reçut intérieurement des blessures plus dangereuses. Après avoir langui long-temps, il mourut en 1726, à l'âge de trente huit ans, n'ayant fait, en quelque sorte, qu'indiquer ce qu'il auroit dû produire.

(54) EDME BOUCHARDON, né à Chaumont en Bassigny en 1698, montra d'abord la plus forte inclination pour la peinture ; son père qui étoit en même temps sculpteur & architecte, & qui avoit de l'aisance, seconda le penchant de son fils, & eut l'utile complaisance de faire chaque jour pour lui les frais d'un modèle. Le jeune artiste recueillit le fruit de ces études lorsqu'une passion nouvelle, aussi vive que la première, l'entraîna vers la sculpture. Après avoir passé quelque temps dans l'école de Guillaume Coustou, il remporta le premier prix de l'Académie Royale, & fut envoyé à Rome avec la pension du Roi. Dessinateur pur & facile, il eut un avantage qui manque à ceux des sculpteurs qui ne savent guère que modéler, celui de multiplier aisément les études dans cette ville si abondante en chefs-d'oeuvre de l'art. Il copia au crayon les plus beaux monumens de l'art antique, & les principales figures de Raphaël & du Dominiquin. Cependant il n'abandonnoit pas la pratique de l'art auquel il s'étoit particuliérement consacré. II fit une belle copie d'une figure antique représentant un Faune endormi ; it sculpta plusieurs portraits, & traita ce genre dans ce beau goût de simplicité pure qui a fait le caractère de son style. Il étoit déja compté au nombre des habiles maîtres de l'Italie, & se voyoit chargé de l'exécution d'un grand monument, le, tombeau de Clément XIII. lorsqu'en 1732, les ordres du Roi le rappellèrent en France.

Il fut chargé à son retour d'une statue de


Louis XIV, destinée pour le sanctuaire de Notre-Dame ; il en fit le grand modèle qui n'a pas été exécuté. Il répara, dans les jardins de Versàilles, la fontaine de Neptune, & y fit le Triton qui, posé sur une coquille, s'appuie sur un énorme poissen. Quelques ouvrages, demandés par des particuliers, partagèrent les soins ; mais il n'avoit point encore fait de travaux publics importans, lorsque le Curé de Saint Sulpice, en le payant fort mal, le chargea d'orner le chœur de son église. Bouchardon fit dix statues, Jésus-Christ, la Vierge & huit Apôtres. La modicité du prix qu'il recevoir de cette entreprise l'empêcha de la pousser plus loin : mais il fit les deux anges en bronze qui tiennent le pupitre des chantres ; & s'il fut peu généreusement payé de ces deux ouvrages, leur mérite, en contribuant à sa gloire, put sussire à sa récompense. Le tombeau de la Duchessè de Lauragais, élevé dans le même temple, ne fait pas moins d'honneur à l'artiste. Ce monument, simple, mais touchant, n'est composé que d'une figure de femme éplorée, appuyée contre une colonne.

Mais le plus considérable de ses ouvrages, celui où il déploya son talent comme statuaire & comme architecte, est la fontaine que le corps de ville le chargea d'élever dans la rue de Grenelle. Sur le corps avancé, il a représenté la ville de Paris assise sur une proue de vaisseau qui est son symbole, la Seine figurée par un fleuve robuste tenant un aviron, la Marne par une nymphe qui tient une écrevice. Dans les quatre niches des aîles, il a placé les figures des quatre Saisons.

Quelquefois une seule figure n'assure pas moins la réputation d'un artiste qu'un grand monument : c'est ce que prouvent les éloges accordés à l'amour adolescent, taillant un arc dans la massue d'Hercule. Placé d'abord à Ver. sailles, il eut alors peu de succès : transporté à Choisy, il y fut célébré : la postérité trouvera peut-être dans l'idéal de ce morceau un vice capital ; celui d'être énigmatique. Elle verra un grand jeune homme appuyé sur un morceau de bois dégrossi par le haut, encore brut par le bas : elle le verra faire un effort pour le courber, & aura peine à se rendre compte du motif de cette action. Une épée est aux pieds de cet adolescent ; mais qui pourra deviner alors que c'est l'épée de Mars dont l'amour s'est servi pour commencer son travail. On verra une corde sur un terein semé de fleurs, mais saura-t-on que cette corde est celle qui doit-être adaptée à l'arc ? On ne reconnoîtra dans cet ouvrage qu'une figure élégante d'un adolescent, & l'intention de l'auteur restera inexplicable.

Bouchardon termina sa carriere par un monument digne de lui, la statue equestre de Louis XV, érigée au milieu, de la place qui porte le nom de ce Prince. Le cheval est un chef d’œuvre, le plus beau, le plus pur que l’ont eût peut-être produit en ce genre, & à qui il ne manque que d’être antique pour recevoir tous les éloges qu’il mérite. Le modèle étoit encore plus beau ; mais des accidens arrivés à la fonte, ont forcé d’en altérer les finesses. Les Vertus qui soutiennent le pied-d’estal ne sont pas de Bouchardon : la mort ne lui a pas même permis d’en terminer les modèles en plâtre ; elles sont l’ouvrage de Pigalle.

Bouchardon étoit regardé comme le meilleur dessinateur de son temps & traitoit avec la même facilité, la même pureté, le grand le petit. On a de beaux monumens de son habilité en ce dernier genre dans les dessins des pierres gravées qui accompagnent le traité di. M. Mariette. Fessard, le Comte de Caylus, Preysler, Soubeyran, ont gravé d’après lui des dessins représentant des sujets de l’antiquité généralement traités dans la manière du bas-relief. Ses cris de Paris sont précieux par leur simplicité naïve & leur justesse.

La sagesse & la pureté caractérisent le talent de cet artiste, qui est mort en 1762, âgé de soixante & quatre ans.

(55) LAMBERT-SIGISBERT ADAM, né à Nancy en 1700, étoit fils d’un sculpteur qui lui donna les premières leçons de l’art. Il vint à Paris se perfectionner sous les plus habiles maîtres, remporta le premier prix de l’académie royale, & alla à Rome avec la pension, à l’âge de vingt-trois ans.

Il passa dix années dans cette ville à étudier & copier l’antique. Il restaura les douze statues de marbre qui représentent l’histoire d’Achille, reconnu par Ulysse, qui venoient d’être déterrées sous les ruines du palais de Marius, & dont le Cardinal dePolignac avoit fait l’acquisition. La plupart de ces figures étoient mutilées ; les unes n’avoient point de têtes, à d’autres manquoit la moitié du corps : on prétend qu’il est presque impossible de distinguer les parties antiques des parties restaurées. Si cela est vrai, on peut se plaindre de l’artiste qui savoit si bien imiter l’antique dans ses restaurations, & qui en différoit tant dans ses ouvrages originaux. On auroit pu dire de lui en changeant un peu le mot de Mignard : « Qu’il fasse toujours des antiques & non des Adam. »

Son talent de restaurateur fut souvent employé pendant son séjour à Rome. Il copia aussi dans cette ville un grouppe de marbre, de six pieds de proportion, réprésentant Mars caressé par l’Amour. On assure que les Romains ne purentrefuser d’applaudir au bas-relief dont il décora une chapelle de Saint-Jean de Latran & qui représente l’apparition de la Vierge à


Saint André Corcini. Des entreprises plus considérables alloient récompenser ce premier succès lorsqu’il fut rappellé par le ministere de France.

A son retour, il décora le haut de la cascade de Saint Cloud des deux figures estimées qui représentent la Seine & la Marne. Elles sont collossales & ont dix-huit pieds de proportion.

Il fut ensuite chargé de faire pour le roi deux grouppes qui étoient destinés au jardin de Choisy. Il réussit au gré du public qui trouve beau tout ce qui l’étonne : il fut moins applaudi des connoisseurs qui croyent que le beau doit être toujours accompagné de la simplicité. Ces deux grouppes représentent la chasse & la pêche. L’auteur y a mis tout son art à soigner les accessoires, & a été moins heureux dans la manière dont il a traité les objets principaux. Le premier grouppe est composé de Diane accompagnée de deux nymphes. L’une attache un héron à un arbre ; l’autre assise à ses pieds, lui tend un arc & un carquois pour en faire un trophée. Les feuilles & les branches de l’arbre sont travaillées à jour ; les plumes du héron sont finies avec le soin le plus recherché : quelques unes de ces plumes se détachent & semblent avoir, en marbre, la légéreté de la nature. Voilà ce qu’aime le vulgaire : mais les meilleurs juges prononcent que ces triomphes de la patience & d’une adresse mesquine ne sont pas ceux de l’art du sculpteur qui, à la beauté, doit joindre la solidité. Ils auroient voulu que l’auteur eût un peu négligé les feuilles de son arbre, le plumage de son oiseau, & qu’il eût fait Diane plus belle.

Les mêmes recherches sont encore plus exagérées dans l’autre grouppe qui représente deux nymphes occupées de la pêche. L’une tire un filet percé à jour & rempli de poissons qui semblent s’agiter. Un jeune triton est pris avec eux & fait des efforts pour échapper : l’autre nymphe aide sa compagne : le vent agite & fait voltiger les draperies de ces deux figures. Louis XV a fait présent de ces grouppes au roi de Prusse, & ils sont placés au jardin de Sans-souci, près de Potsdam.

On trouve la même finesse de travail dans le grouppe qu’Adam fit pour le jardin de Groois qui appartenoit au Duc d’Antin : il représente un chasseur prenant dans ses filets un lion qui a tué son chien. Bouchardon fit le grouppe correspondant, & comme il se montra plus grand & plus sage, il fut moins applaudi.

C’est Adam qui a fait à Versailles le grouppe de Neptune & d’Amphitrite pour le bassin de Neptune. On voit de lui, à l’hôtel de Soubise, six figures en stuc ; la Poësie, la peinture, la Musique, la Justice, l’Histoire, la Renommée ; & aux Invalides, la figure de Saint-Jérôme, qui est l'un de ses meilleurs ouvrages. Il a publié un Recueil de sculptures antiques, grecques & romaines, gravées d'après ses dessins. Il est mort en 1759, âgé de cinquante-neuf ans.

(56) Paul-Ambroise Slodz, né à Paris en 1702, « réunit, dit Dandré Bardon, plusieurs genres de son art. Le dais du balda-quin du grand autel de Saint-Sulpice, les sculptures des deux balcons qui sont dans les bras de la croisée, celles de la chapelle de la Vierge, le bas-relief en bronze représentant les noces de Cana qui est au rétable, les ornemens & les figures du chœur de Saint-Méri, sont les productions de son génie. L'Icare qu'il a sculpté pour sa réception à l'académie, dont il fut professeur, est un ouvrage estimable. » Il est mort en 1758, âgé de cinquante six ans.

(57) Jean-Baptiste Lemoyne, fils de Jean-Louis, naquit à Paris en 1704, & fut élève de son père & de le Lorrain : mais en recevant leurs leçons, il ne consultoit pas avec moins de confiance Lagilliere & de Troi ; il se préparoit ainsi, dès sa première jeunesse, à associer à la sculpture les agrémens de la peinture, & on peut lui reprocher d'avoir trop méconnu les limites de son art en voulant les étendre, & de lui avoir ainsi fait plus de tort qu'il ne lui a procuré de perfection.

A l'âge de vingt ans, il remporta le premier prix de sculpture à l'académie royale, & avoit acquis le droit de faire le voyage de Rome avec la pension du roi mais son père demanda comme une grace que le jeune homme fùt exempt d'accepter ce bienfait, & par une tendresse aveugle, il éteignit devant son fils le flambeau dont il avoit besoin d'être éclairé. Plus le jeune homme montroit de feu immodéré, plus il paroissoit rechercher ces agrémens séducteurs qu'un peut appeller le bel-esprit de l'art, plus il avoit besoin d'être remis dans la route du vrai beau, par le spectacle & l'étude des grands modèles de l'antiquité & des ouvrages des plus sages maîtres modernes.

Il se fit avantageusement connoître par la figure de J. C. dans la composition du baptême du Sauveur, ouvrage dont Jean-Baptiste Lemoyne, son oncle, étoit chargé pour le maître-autel de Saint-Jean-en-Grève, & que la mort l'empêcha de terminer. L'âge de l'auteur, qui n'avoit pas encore vingt-cinq ans, ajouta à l'admiration du public, & ce premier succès valut au jeune artiste une entreprise qui devoit consommer sa réputation ; c'étoit une statue équestre & colossale de Louis XV, destinée pour la ville de Bordeaux. Le monarque est vêtu à la romaine : l'air de noblesse de ce


prince est heureusement saisi. Il commande & son regard se porte du côté opposé à celui qu'indique le geste. Quand Louis XV, suivi de sa cour, vint voir le modèle dans l'attelier de l'artiste, le prince Charles, grand écuyer, blâma ce contraste, & prétendit que le geste devoit être d'accord avec le regard. Le roi, sans prendre la peine d'entrer dans une longue discussion, se pose dans l'attitude du modèle, regarde le grard écuyer, dirige son geste du côté opposé ; c'est ainsi, dit-il, que je commande. Il ajouta à cette justification une pension de quinze cents livres.

Il est certain que la critique du prince Charles étoit fausse, & que l'artiste avoit bien fait de saisir un contraste qui est dans la nature. Souvent on fixe le regard sur celui à qui l'on commande, & l'on indique par le geste un côté opposé, qui est celui vers lequel on ordonne de se porter.

Le succès du modèle étoit décidé ; mais la moitié supérieure de la fonte manqua. Cet accident si grave fut réparé par un procédé ingénieux qu'imagina le fondeur Varin. Il fit tailler à queues d'arronde la partie qui avoit réussi, & par une seconde fonte, le métal réduit à l'état de liquéfaction, se joignit avec solidité à celui de la première. Il est impossible de reconnoître que ce monument, haut de plus de quatorze pieds, n'a pas été fondu d'un seul jet. Ce même procédé a été employé par M. Falconet à Saint Pétersbourg, pour réparer un accident moins considérable à la statue équestre de Pierre I.

Les états de Bretagne voulurent consacrer par un monument immortel la joie qu'ils éprouvèrent avec toute la France, lorsque ce monarque, attaqué à Metz d'une maladie que l'on croyoit mortelle, fut rendu à l'amour de ses sujets. Le Moyne représenta le prince élevé sur une trône orné de drapeaux & de trophées, & près de marcher à de nouveaux exploits. La province de Bretagne, fléchissant le genou devant le souverain, indique aux citoyens la protection qu'il leur accorde. La santé placée a la droite du roi, tient un serpent qui boit dans une jatte qu'elle lui présente. On voit près d'elle un autel entouré de fruits. Quand Louis XV vint voir ce monument terminé, il accueiliit avec bonté l'épouse de l'artiste, promit de faire tenir en son nom, sur les fonds de baptême, l'enfant dont elle etoit nceinte, & dont il assura la destinée par ses bienfaits.

Quoique ces deux ouvrages capitaux aient été transportés dans les provinces, les habitans de la capitale peuvent apprécier les talens de l'auteur. On voit de lui aux Jacobins de la rue Saint-Honoré, le mausolée de Mignard, premier peintre du roi, la statue de Saint-Grégoire & celle de Sainte-Thérèse aux Invalides, foê

s c u

une figure pédeflre de Louis XV à l’ëcole mîlïtaire ; & dans le fallon de l’hôtel de Soubife , la Politique , la Prudence, la Géométrie , l’Aftronomie, la Poéfie épique & la PoèTle dramatique. Il a fait un très-grand nombre de portraits. On reconnoît dans tous fes ouvrages un ai tille plein d’efprit & de feu, mais peu correâ ; on voit qu’il s’eft formé fur les ouvrages des peintres fiançois-, & qu’il a trop négligé l’antique & les plus grands maîtres des écoles de Rome & de Florence. Ileflmort à Paris en 1778, âgé de foixante - quatorze ans.

(58) Renï-Michel StODz, plus connu fous le nom de Michel-Ange , étoit frère de Paul-Ambroife & naquit à Paris en 1705- H partit pour l’Italie à l’âge de vingt-deux ans, Se fit à Rome un f’jour de près de dix-fept années. Ses talens lui firent obtenir quelquefois, dans cette mérropcle des arts, la préférence ftir des artifles italiens. Il eut l’honneur d’être choifi pour décorer d’un grouppe la bafilique de Saint-Pierre ; c’eft celui de Saint-Eruno refufant la mître qu’un ange lui apporte. » Parmi les » autres ouvrages qui lui acquirent à Rome » une grande célébrité, dit M. D,...., ondoie » placer le tombeau du Marquis Capproni à » Saint-Jean- des-Fiorentins , morceau digne » de la plus haute eftime, foit pour l’expreffion , foit par l’art admirable avec lequel » la figure principale eft drapée. Un fbcle » porte le farcophage, fur lequel une femme » tenant un livre, eft négligemment appuyée. » A ïes pieds , un agneau , couché fer un » livre défiene la douceur du caradère du » Marquis & Ion amour pour les lettres. Des >i gfiiies portent fon médaillon ». Siodz a fait aufii le bas-relief qui accompagne le tombeau de Wleughels dans l’églife de Saint-Louis des François ; & il fut en même temps l’auteur de l’épitaphe.

Deux villes de nos provinces renferment des nionumens de fon habileté. On voit & l’on eftime à Lyon deux buftes ouvrages de fon cifeau. L’un repréfenre la tête de Calchas & l’autre celle d’Iphigénie. A Vienne , en Dauphiné, on voit le tombeau commun de deux archevêques de cette ville ; M. de Montmorin & le Cardinal d’Auvergne, fon fucceffeur. Le premier eft à demi couché fur lé tombeau ; le fécond eft debout : tous deux fe tiennent par la main , & le plus ancien app°lle l’autre. » Ce monument, ajoute l’écrivain que nous avons déjà cité, offre de » grandes beautés ; les draperies font nobles , » ïeï habits magnifiques, les têtes > dont le » principales font des portraits, brillent p’jur » la vérité 8c l’exécution ».

Ce fut en 1747, que Slcdz rçfolut de fe S C U

j fixer dans fa patrie. Il y perdît beaucoup ds temps pour fa gloire ; temps qui fut employé aux décorations palfagères de fêtes, ou a des modèles d’ouvrages qui n’ont pas eu d’exécution. Ces occupations éphémères le rendaient célèbre pour les contemporains , mais elles n’exiftent pas pour la poftérité. Enfin on lui confia l’entreprife du tombeau de Languet de Gergy, curé de Saint-Sulpice ; entreprilè foibl ement payée ; l’honneur du fuccès fut la principale récompenlé de l’aràfte. ^) La » compofiîion parut neuve ■. 1 auteur y donna » l’exemple de l’emploi ingénieux des marbres » de diverfes couleur ; ; ou plutôt il fuivit cet » exemple qu’avoit déjà donné le Bernin dans B les tombeaux de l’églife de Sam -Pitrr ? à » Rome. La figure du curé eft d’une grande » beauté ; celle de l’Immortalité, qroique moins a heureui’e, eft néanmoins très-eftimable. Ns » pourroit-on pas defirer dans ce maufolée plus » de pureté dans le deffin , plus de repos dans » la compofition, plus de grandeur dans la » manière ? » Nous n’avons fait que tranfcrire ici les paroles de M ; D...., &nous croyons que réloge qu’il fait de ce monument, & la critique donc il l’accompagne , feront généralement adoptés. On ratifiera peut-être aulFi fon jugement fur les bas-reliefs dont le même artilte a orné le porche de Saint-Suipice : » oua vrages en apparence peu intéreffans, mais » les plus propres à faire connoître Slodz , & » qui font autant de chefs-d’œuvre de grâce » & de bon goût « 

On voit à Choify une très-belle copie faite par cet artifte du fameux Chrift de Michel-Ange, dont l’original eft à Roine dans l’églife de la Minerve.

Slodz s’eft diftingué dans l’art de traiter les draperies mod ?rnes, comme on peut le voir parje monument du curé de Saint-Sulpice. Nous inclinons à croire que , pour les fujets qui le permettent, la manière de draper des artîftes grées eft celle qui convient le mieux à la fcDlpture : mais qfr.v>d les fujets exigent des draperies d’un au ::re genre, c’eft une gloire asx ftatuaires de favoir les exécuter avec goût & avec toute la vérité doPi !ei ;r an eft fufceptib’e. On peur reprocher à Slodz d’avoir quelquefois pêche conîre la pureté des formes ; c’eft un vice que les peintres ont des moyens de fe faire pardonner, mais contre lequel on ne peu : être tropfévère danî les ouvrages des fcu ?preurs.

René-Michel Slodz eft mort à Paris en iy6j^r âge de cinquante-neuf ans.

(59) Nicor.As-SÉBASTiEN Adam, frère de Lamberr-S’gifDert, naq :iii à Nancy en 1705. Elève de fon père, ii vint à Paris, l i’àge de feize ans , recevoir des leçons plus favances , I se V

S : fitjîes progrès afTez rapides pour que , trois ans après, un riche financier le chargeât de décorer~un ^hâieau qu’il poiïedoic prè ? ce Montj pellier. Le jeune homme vouloit refufer cette eotreprife, peri’uade qu’il feroit plus utile à fon avancement Je continuer encore d’être élève à Paris, ^tie d’aller, loin de ia capitale & des yeux de l’es maîtres, s’erigcr en maître lui-même. Mais on lui fit comprendre que le féjour d’un lieu voifin de Montpellier le rap-I procheroit de Rome, & c]u’il pourroit en faite ’ le voyage arec ie prix des ouvrages qu’on lui ofFroic. Ces motifs le déterminèrent, il partit, & travailla pendant dix-huitr mois à la décoration extérieure du château ; mais quand on lui offrit de Ce charger encore de la décoration intérieure, il refufa opiniârrement, Tentant bien que des travaux ne font pas des études, qa’au contraire ils en détachent, & que la jeuneffe n’efl : pas le temps oiî l’on doit entreprendre àe grands ouvrages, mais où l’on doit fe préparer à en entreprendre un jour. Il pattit pour Rome.

L’académie de cette ville, inflituée fous le îiom de Laint-Luc, propole chaque année des prix qui ne font pas un fimple encouragement pour les élèves , mais un titre d’honneur pour •Ses airt.’ftes déjà formés. Des artiftes renon.més n’ont pas dédaigné d’y concourir. Ils fe diflrituent dans la grande falle du capitole richement ornée : les cardinaux, les ambaffadeurs des cours étrangères Se les perfonnes les plus diftinguées de Rome, ajoutent, par leur préfence , à la pompe de cette cérémonie. Un difcours la précède & ell quelquefois, prononcé par un prélat ; des vers font récités à la louange, des vainqueurs. Adam , âgé de vingt-trois an.---, ne craignit pas d’entrer dans le concours, & fa jeune audace fut récompenfée par les honneurs du couronnemenr. Er.coutagé parce titre de gloire qu’il vouloit foutenir, il étudioit avec ardeur les chefs-d’œuvre de l’antiquité, il en reftauroit quelquefois des débris, & donnoit à la peinture l’es inftans de récréation.

Il revint à Paris en 1734 & fit pour lâcha-pelle de Verfailles un bas- relief qui eft mis au nombre de l’es meilleurs ouvrages. Il repréfente le martyre de Sainte-Victoire, vierge chrétienne , frappée près de l’autel de Jupicer pour avoir re&ife de lui offrir de l’encens. Il eut part avec fon frère au principal grouppe du baffin de Neptune à Verfailles : c’eft de lui que font la figure de la Néré’ide , l’enfant, la vache marine, les monflres marins, & le Dauphin. 11 fculpta dans les nouveaux appartemens de l’hôtel de Soubife, quatre grouppes en iluc , S ; fat chargé des figures delà Juftice & de la Prudence qui ornent la principale sntrée de la chambre des comptes. Ou voit S C U 507

de lui, dans une chapelle de l’églife de Saint--Louis, qui fut autrefois celle de la maifon profère des Jéfuites, un grouppe repréfentant la Religion ; elle infiruit un jeune américain qui embraffe la cvoix. Le portail de l’oratoire, rue S’aint-Honoré, offre du même artifte un grouppe de l’Annonciation placé à la hauteur dn premier ordre d’architefture , & deux médaillons audeffus des portes. Le roi de Pologne Staniflas Lecïinski le choifiç. pour élever à la reine fon. épo.ife un maufolée dans l’églife de Bon-fecours, près de Nancy ; ce monument a trente pieds de haut ll :r dix huit de large. L’un des derniers ouvrages d’Adam fut fon Promethée, dont il fit hommage à l’académie pour fa réception. Cet artifte iut fupérieur à Ion frère, fans atteindre cependant à la hauteur des ftatuaires d’un très-grand goût. Il eu mort à Paris ea 177S , âgé de foixajite quatorze ans. {60) Jean-Baptiste Pigalle, né à Paris en 1714 , fut élevé de le Lorrain & de Leinoyne le père. Il montra d’.ibord peu de difpofition , ik vainquitparle travailles obftacles que lui oppofoit la nature. Aidé par le fecours de quelques amis, il fit le voyage de Rome, & y mena la vie la plus laborieufe. On affure qu’il commcnçoitfes études à cinq heures du matin pour ne les quitter qu’à onze heures du foir, La pratique des fculpteurs étoit de copier en petit & de ronde bofl’e, les figures antiques qui écoient de ronde-bofTe elles-mêmes. Les préparatifs de ce travail . le foin de le conferver prenoit un temps précieux qui étoit perdu pour l’écude : Pigaile s’épargna cette perte en les copiant en demi-relief. Il palTa trois ans à Rome,. ik à fon retour, il fut arrêté à Lyon par différons travaux. Ce fut dans cette ville qu’il commença cette flatue de Mercure qui fuffit feule à fa réputation , & qui lui ouvrit l’entrée de l’académie royale. Elle eut un tel fuccès qu’il fut obligé d’ouvrir fon attelier ai’ public avide de l’admirer. Un jour un étranger s’écria : jamais les anciens n’ont rien -fait de plus beau. Pigalle s’approcha & lui dit : Pour parler ainjî , ave-voas bien étudie les ftaïues des anciens ? Et vous Mon fteur, répondit l’étranger au ftaruaire, fans le connoître , a.e :^-vous bien étudie’ cette figure-là ? -

Il exécuia cette figure en grand par ordre du roi, & fit dans la fuite une Vénus pour feryir de morceau correfpondant. On rendit juftice à l’art avec lequel il avoir exprimé la délicatelFe, la foupleffe des chairs : mais on jugea qu’il n’avoit point égalé le mérite de fon premier ouvrage. Le roi de France a fait préfent de ces deux monumen.s au roi de Priiffe. Pigaile fit pour la marquife de Pompadour , c^ui aimoit les arts, & afFeâoit même de les cultiver, le portrait en pied de cette dame, Q q g

^o8 S c u la ftatue du Silence, le j^rouppe de l’Amour & de l’Amitié, & la fcacue de Louis XV placée à Belle-vue. Le grouppe d’enfans qui décore la façade de Saint-Louis du Louvre, eft un ouvrage de l’a main. Mais il reçut bien plus d’applaudiffemens, quand il eut fait la figure naïve d’un enfant tenant une cage d’où l’on oifeau s’eft échappé ; morceau précieux par la vérité des formes & de l’exprefiion. La capitale a la douleur de ne pofleder aucun âes ouvrages qui doivent affurer la réputation de ce très-habile artifle. Tel efl le célèbre tombeau du maréchal de Saxe, placé à Strafbourg. Telle eft la flatue de Louis XV pour la ville de Reims, ouvrage célèbre, moins par la figure du héros que par celle du citoyen qui l’accompagne. Le tombeau du comte d’Harcourt , à Notre-Dame , a des vérités, mais il pafle pour un de fes plus foibles ouvrages. On voit encore de lui à Paris la flatue de Saint-Auguflin aux Petits-Pères de la place des Viftoires ; celle de la Vierge dans la chapelle de la Vierge, à Saint-Sulpice ; Saint-Maur porté fur des nusges & foutenu par des anges, dans î’églife de Sainf-Germain-des-Prés ; un bas-relief au-deflus de la porte des Enfans-Trouvés. Cet artifte efl mort en 1785, âgé de foixante onze ani. (61) Guillaume Coustou, fils de Guillaume dont nous avons parle, naquit à Paris S c u en 1J16. A Ton retour de Rome , dont 51 fft le voyage avec la penfion du roi accordée aux élèves qui remportent les premiers prix, il aida fon père dans l’exécution des grouppe» de chevaux placés à Matli. Ardent à faifir les occafions de fe faire connoître, il entreprié en marbre, pour les Jéfuites de Bordeaux, l’apothéofe de Saint-François Xavier, au même prix qu’ils ofFroient pour la faire exécuter en limple pierre de Tonnerre. Il relia long-temps lans occupation, jufqu’à ce que le roi de PrulTe l’eut chargé des ftatues de Mars & de ; Vénus. La mort du Dauphin , père de Louis XVI, lui procura la trille occaîion d’exercer fes talens à l’éreûion du tombeau de ce prince. On a encore de cet artiAe le bas-relief ea bronze de lavifitation dans la chapelle de Verfailles ; la figure de Saint-Roch, dans I’églife paroifTiale confacrée à Paris , fous l’invocatioa de ce Saint : le bas-relief du fronton de Sainte Geneviève. Couflou fut peu laborieux -, on ne lui contefle pas l’invention de fes ouvrages : mais on fait qu’au moins pour l’exécution , il ie repofoit fur des fculpteurs habiles que le défaut de fortune obligeoit à lui vendre leur talent. Un nommé Dupré, qui efl mort obl’cur, a eu beaucoup de part aux derniers ouvrages de Couftou ; c’efl lui qui a fculpts entièrement le fronton de Sainte Geneviève. Guillaume Couftou eft mort en 1777, âgé da foixante-un ans. TABLE ALPHABÉTIQUE DES SCULPTEURS MODERNES. Les chiffres rappellenc â des chiffres correfpùndans , placés avant les noms des Artiff.es dans, le précédent aiticle. Adam, ( Lambert-Sîgifbert ) yj. Adam, (Nicolas-Sebaftien) 59. Algardi , (Alexandre) 22. Anguier, (François) 23. Anguier , (Michel) 26. Bandinelli , ( Barthelemi ou Baccio) 8. Bernini , (Jean-Laurent) 21. Bogaert, (Vander) voye^ Desjardins. Bologne, (Jean de) 15. Bouchardon , ( Edme ) 54, Eouffeau, (Jacques) ji. Buonarroti, (Michel-Ange) 6. Buyfter, (Philippe) 20. Cellini , (Benvcnuto) ç. Chabry, (Marc) 45. Couftou, (Nicolas) 42. Couftou, (Guillaume) jo. Couflou, (Guillaume) fils, 6i. Coyfevo-f , (Antoine) 58. ^ Desjardins, (Martin Vander Bogaert , rfld’ Desjardins ) 37. Dcnato ou Donatello , (i). Dumont , ( François) 53. Flamand , voye Quefnoy. ’. Gibbons , ( Grinling ) 44. .’ Giratdon , (Françoî ;; ) 34, Goujon , { Jean ) la. Gros , (Pierre le) 41. Guérin , (Gilles) 24. Giiidi , (Dominique) 31. Guillain , (Simon) 17. > Hongre, (Etienne le) 33.. * Lemoyne , (Jean-Louis) 47. Leiaoyne , ( Jean-Baptifle) 574 Lerambert, (Louis) 27.

Lorrain, (Robert le) 48

Marly, (Les deux frères) 32.

Michel-Ange, voyez Buonarroti.

Moyne, voyez Lemoyne.

Pautre, (Pierre le) 46.

Pigalle, (Jean-Baptiste) 60.

Pion, (Germain) 14.

Pisano, ou Pisanello, (André) 3.

Porta, (Guillaume della) 13.

Puget, (Pierre-Paul) 28.

Quesnoy, (François du) dit François Flamand, 19.

Raggi, (Antoine) 29.

Regnauldin, (Thomas) 30.

Ricciarelli, (Daniel) 11.

Rossi, (Properzia) 10.

Rossi, (Angelo) 49.


Rusconi, (Camille) 43.

Rustici, (Jean-François) 5.

Sansovino, (Jacques Tatti, dit) 7.

Sarrasin, (Jacques) 18.

Simon, 2.

Slodz, (Sébastien) 40.

Slodz, (Paul-Ambroise) 56.

Slodz, (René-Michel) 58.

Tacca, (Pierre) 16.

Tatti, voyez Sansovino.

Théodon, (Jean) 25.

Tubi, (Jean-Baptiste) 35.

Vancleve, (Corneille) 39.

Vassé, (Antoine) 51.

Veirier, (Christophe) 36.

Verochio, (André) 4.

Volterre, (Daniel de) voyez Riciarelli.

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SCULPTURE (subst. fem.) Comme la sculpture, au moins dans la Grèce, semble avoir été cultivée avant la peinture, & avoir fait des progrès plus rapides, l’histoire ancienne de cet art en particulier devient celle de l’art en général.

Nous la diviserons en deux parties : dans la première nous donnerons l’histoire des différens caractères & des progrès de la sculpture antique, en général, sans nous attacher à considérer les différens artistes en particulier. Nous tâcherons de conserver ce qui nous a paru le plus importrnt dans l’Histoire de l’art par Winckelmann. La seconde partie, plus positive, sera consacrée à l’histoire chronologique des artistes.

Histoir de la sculpture.

Première partie.

Rapporter à un certain pays, à un certain homme, l’origine de l’art, c’est une erreur. L’art de peindre & de sculpter est né partout chez l’homme encore sauvage : on trouve de grossières sculptures chez les Sauvages de l’Amérique, on en trouve chez ceux de l’Asie septentrionale. Partout l’homme est devenu bientôt idolâtre ; partout il a voulu imiter la forme de l’homme, parce qu’il a voulu représenter ses dieux à qui il supposoit une figure humaine ; car l’anthropomorphisme, c’est àdire, la forme humaine appliquée aux dieux, a été une erreur générale de tous les peuples dans l’idée qu’ils se sont faite de la divinité. Moyse, que le Christianisme oblige de regarder comme un auteur inspiré, Moyse s’est prêté lui-même à la foible intelligence du peuple


qu’il instruisoit ; il a représenté Dieu sous une forme humaine, se promenant dans le jardin & y conversant avec le premier homme. On n’a donc tardé nulle part à paîtrir de la terre, à tailler du bois, dans une forme qui approchât de la figure humaine ; & l’on n’a pas tardé non plus à vouloir représenter à peu-près cette forme par des traits grossiers de couleur. Telle a été partout l’origine de la sculpture & de la peinture, & ces deux arts se sont arrêtés à ces premiers rudimens sur une grande partie de la terre.

Winckelmann veut qu’on ait fait long-temps des modèles en terre, avant de rien tracer sur une superficie plate : car « pour modeler, dit-il, il suffit d’avoir la simple idée d’une chose, & pour dessiner, il faut avoir une infinité d’autres connoissances. » L’ingénieux Saxon, parce qu’il voyoit une profonde métaphysique dans l’art de dessiner & de peindre, croyoit que le premier qui avoit tenté de rendre, par des traits grossiers, une apparence très-imparfaite de la figure humaine, avoit dû être un grand métaphysicien. Assurément, il faut réunir un grand nombre de connoissances pour dessiner passablement ; il en faut aussi posséder un grand nombre pour modeler d’une maniere non pas encore vraie, mais seulement à-peu près vraisemblable. Mais il n’en est pas moins vrai que les premiers inventeurs de l’art grossier n’eurent besoin d’aucunes connoissances pour tenter ces deux genres de représentation. Un tronc d’arbre, une masse de terre surmontée d’une forme arrondie, qu’on supposoit être une tête, fut une représentation suffisante de la figure humaine pour les premiers inventeurs de la sculpture. Un rond, deux lignes parallèles peur représenter le corps, deux lignes diagonales 3ïo S C U

pour repréfenter les bras ; celîe fut l’imîtatîon de la fio-ure humaine pour Igs^remiers inventeurs de la peinture ; & l’on voit , dans les campagnes les plus agreiles, des enfans renouveller chaque jour l’invention de ces deux arcs par les mêmes procédés.

ScuiPTUHE che les Hébreux. Moyfe, que je regarderai leulemont ici comme le plus ancien des hiftoriens, nous montre des ouvrages de fculpture dans des fiècles bien antérieurs à ceux où il écrivoit.

Dans la Genèfe, lorfque Jacob, par ordre du Seigneur , fe difpolbit à quitter en fecrer Laban & à retourner dans le pays où il avoit pris naiffance , Rachel parvint à dérober les idoles de fon père, c’eft-à dire les petites ftatues que Laban adoroit. ( Genèfe , c. 31, V. 19.) Mais Laban ayant pourfuivi & atteint fon gendre & réclamant Tes idoles, Jacob qui ignoroit le vol fait par fon époufe, permit à fon beau-père de faire les plus exaftes recherches, & de punir de mort le coupable. Rachel cacha les idoles fous la litière des chameaux , s’aiïit deiru3,& s’excufa de ne fe pas lever même devant fon père , parce qu’elle éprouvo’t une maladie crdinaire, à fon fexe. Ce détail peut nous faire conjedurer que ces ftatues étoient de bronze , & qu’on avoit par conféquent déjà quelques connoiflances de la fonte. En effet , £i ces idoles , ces efpèces de pénates portat’fs , n’euflènt été que de bois , comme le furent lotig-temps les flatues des Grecs, Rachel n’auroit pu s’affeoir deffus fans rifquer de les mettre en pièces.

On voit du moins que l’art de jetter en fonte les métaux , & de les faire fervir à des imitations de la nature , fut connu des Ifraélites dans des temps fort reculés, puifqu’ils fondirent un veau d’or dans le défert. (Exod. c, 7iX.) C’eft Moyfe qui no :s a confervé le nom du plus ancien ariille dont le fouvenir foit parvenu jufqii’à nous : cet artifle eft Bétiléel, qui, encore dans le défert,. orna le propitiatoire de deux figures de chérubins. Il fit auiïï des vafes , des thuribules, des candélabres. L’auteur des petites idoles ou flatues de Laban , pouvoit être l’élève de la nature , & devoit tout fon art au goût des hommes pour l’imitation. Mais l’auteur du veau d’or , & : le fiatuaire & fondeur Béféléel peuvent être regardés comme des élèves de l’Egypte , où la culture des arts remonte à la plus haute an^ tiquité.

Sculpture i,7iif^ Us Egyptiens, Les Égyptiens inventèrent de bonne heure la fculpture ; mais deux obftacle»- s’opposèrent à ce qu’ils puffent la porter à la perfeSion ; le premier j^ipit inyin.’îiUe j c’ell qu’ils n’étoient pu beaux S C ^U

euiC^mêrnss, & que par conféquent îts ni purent regarder l’art comme l’imitaiion ds la beauté la plus parfaite : la féconde , c’eft que les loix leur prefciiyoieni ; un :? continuité de principes & de pratique , q" i m permectoit pas aux artiftes de rien ajouter à ce qu’avoienc fait leurs prédt’ceffeurs.

Comment les Egyp iens auroient-ils pu s’é-, lever j comme les Grecs, jufqM’à la beauté idéale, iorfqu’ils ne connoiffoienr pas’^même la beauté individuelle ? La configuration du vifage des Chinois, leur gros ventre, & la pefante rondeur de leurs contours font des défauts que partageoient les Egyptiens. On pourroit hardiment prononcer que les Calmouques ne feront jamais de bons artiftes aux yeux des autres nations ; les Egyptiens, avec la même laideur, avoient reçu de la nature la même négation pour la perfeûion des arts. Si les Romains ont célébré quelquefois la beauté des jeunes Egyptiens , nous penferons , avec Winckelmann , que ces éloges avoient pour objets les jeunes Grecs nés en Egypte. Il étoit interdit aux artiftes , dans cette contrée , de rien changer au vieux ftyle de leurs prédéceffeur». L’élève faifoit précifément comme fort maître , qui lui-même fuivoit fervilement la manière des maîtres qui avoient ■ vécu dans les fiècles reculés ; & s’ils i’eii étoient écartés , ils auroient été punis comme d’un attentat contre la religion. Il n’y avoit donc pas d’émulation ; aucun artifte ne cherchoit à faire mieux qu’un autre ; & fi, dans l’état de torpeur où le jettoit la loi , il eûo, encore pu fentîr quelques élans du génie ; s’il avoit éprouvé le befoin de créer , il auroit. réfréné ce dangereux mouvement que le fanatifme fe tenoit toujours prêt à punir commç . une impiété.

Ainfi les Egyptiens confervèrent toujours ,’ ' dans leurs fiatues , une pofition roide, & deg bras pendans perpendiculairement furies côtés. De quelle perfection pouvoit être capable uit peuple qui ne connoiffoit qu’une attitude ; celle des porteurs de brancards ? L’art doit être l’imitation de tous les mouvemens que la nature a rendus pofllbles aux animaux , à l’homme , à tout ce qui a de la flexibilité ; un peuple quifepropofe pour objet l’immobilité, qui Is confacre par des loix , fe condamne lui-mêma à languir toujours dans l’enfance de l’art. Aufii , même dans le temps d’Adrien , les fculp’^ teurs de l’Egypte avoient-ils confervé la roideur & l’immobilité dont ih trouvoient les exemples dans les ouvrages de leurs predéceffeurs. Ce furent encore avec des braspendan», & dans laroideur confacrée de l’ancienne atti* tude , qu’ils repréfentèrent Antinoiis , lorfque leur lâche adulation mit entre les objets delouf culte ce farori de l’Empereur. Oa peut fenar ; s c u

«juer îcî lé tfavers de la fuperflîtîon : elle eût faic.à des artiftes un crime capital d’ajouter à Pinduftrie de leurs ancêtres quelques perfections nouvelles , & elle permettoit au peuple d’adorer le vil objet de la paflion dépravée d’un Souverain. Elle faifoit un crime de ce qui méritoit des récompenles, & elle érigeoit un crime trop réel en un de’oir religieux. Au relie, il ne faut pas confondre l’ Anti-nous Egyptien , aveq le faux ou vrai Antinoiis , dont la flatue eft comptée au nombre des plus célèbres antiques du fécond ordre , dont les moules ont été multipliés , & l’ont fait connoître dans toute l’Europe, & dont les copies en petit fe trouvent dans tous les atteliers ; , où , par corruption , on nomme cette figure le-Landn. Cet ouvrage eft regardé comme le chef-d’œuvre de ce qui nous eft refté

de la fculpture romaine : mais c’eft peut-être 

gratuitement que nous en faifons honneur à l’art des Romains, & rien ne peut nous affiirer que ce ne foit pas l’ouvrage d’un Grec employé par les vainqueurs de fa nation. Les Egyptiens ne pouvoient connoître l’anatomie , puifque celui même qui ouvroit les corps pour les embaumer étoit obligé de fe fouftraire par la fuite à la fureur du peuple : autre égarement de la fuperflitionquiordonnoit l’ouverture des cadavres , & menaçoit ceuxqui faifoient cette ouverture. Interdire l’étude de l’anatomie , c’eft attaquer les arts dans leurs fondemens, puifque fans la connoiffance desos qui font la charpente du corps hîimain , & des mufcles qui donnent aux dinérentes parties du corps le mouvement , on ne peut attendre aucune jaftefle , aucune expreflion , aucun caraftère , aucune vérité dans les formes. ’ ; Malgré la conftance des Egyptiens à leurs vieux ufages , & les barrières qu’ils imposèrent à toute perfeâion nouvelle , on diftingue cependant chez eux, félon "Winckelmann, deux ftyles diftVrens qui appartiennent à deux époques bien marquées ; la première^. de ces époques conduit jufqu’à la conquête de l’Egypte par Cambyfe ; la féconde , depuis cette «enquête jufqu’à la domination des Grecs, c’efl-à-dire , ju’qa’aux temps qui fuiyirent la mort d’Alexandre.

Dans le premier ftyle , continue Winckelmann, les lignes qui forment les contours font droites & peu faillanres : la pofition efr roide & gênée. Dans les figures affifes, les pieds (ont ferrés l’un contre l’autre , & les jambes parallèles ; dans les figures qui fonrdébout& pofent fur leurs pieds , l’un avance pluj que l’autre. Les bras adhérens aux côtés, s’opcofent à tout mouvement. Les figures de femmes n’cnt qu’un bras pendant fur le côté ; le bras gauche eft. pilé fous le fein. On voit, de ce ftyle , plufieurs figures accroupies , & d’autres à genoux, SCU 5if

Les os & les mufcles font foîblement indiqués : on n’apperçoit c[ue ceux qui ne peuvent même échapper aux perfonnes qui confidérent , même avec une très foible attention, la figure humaine, fans qu’elles foient d’ailleurs inftruites , par aucune oonnoifTance anatomique , de 1 exiftence de ces os ou de ces mufcles. On peut conjeflurer que les loix qui étoient impofées par la religion aux Egyptiens pour l’imitation de la figure humaine , n’avoienc rien prononcé fur celle des animaux. On connoît des fphynx & des lions égyptiens dans lefquels on admire un bon travail, & même ujj travail favant. On y voit la variété des contours, le coulant des formes, les attachemens des parties , le fentiment des mufcles & des. veines. C’étoit donc fe :»lement dans l’exécution des animaux , qu’il étoit permis aux artiftes de montrer de l’art.

Dans les têtes égyptiennes, les yeux font plats & tirés obliquement , au-lieu que , dans les têtes grecques , ils font enfoncés dans leur enchâffement. L’os fur lequel pofe les fourcils eft applati ; d’où réfulte , en fculpture , des têtes fans effet & fans caraftère. L’os de la joue eft faillant & fortement indiqué ; le menton eft toujours rapetiffé & tiré. Ces caraélères conftans ne doivent pas être attribués au goilt ; des artiftes, mais au genre particulier de phyfionomie qui étoit le plus général dans la nation. On n’en peut dire autant de quelques autres vices non moins eonftans des figures égyptiennes : les oreilles y font ordinairement placées à une hauteur qui n’eft pas dans la nature. On peut de même accufec d’exagération la forme des pieds , qui font trop large» & trop applatis. Enfin , fi chez les artiftes de l’Egypte on peut trouver de l’idéal , ce n’eft point dans la beauté, mais dans la défeéluofité.

Les figures d’hommes font ordinairement nues , à l’exception d’un tablier court & à petits plis qui eft attaché autour des hanches. Le vêtement des figures de femmes n’eft indiqué que par un bord faillant qui entoure les jambes & le col. C’efi ce qu’on peut voir à trois ftatues confervées au Capitole , dont l’une paffe pour une îfis.

A l’une de ces figures, il part du mammelon plufieurs traies ferrés qui s’étendent fur les mammelles, & que. l’artiilc a deftinés vraifemblablemsnt à indiquer l’étofFe légère d’un voile.

On’ voit à la Villa- Albani , une Ifis d’ua flyle queWincîieiman juge poftérieur. Elle a fur les mammelles des plis tendans à une même direclion, & qui font d’ailleurs fi peu marqué. ’-, que îe fein paroît être nud^ En général } les draperies de ces figures fsnt fi foiblement indiquées, que , faas une attemiofi particulier»

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à ces indications prefqu’imperceptibles, on croiroit qu’elles n’ont aucune forte de vêtement. C’ett ce qui fait coiïjeûurer à notre favant que les vingt flatues coloffaîes de femmes qui ont été vues par Hérodote dans la vilie de Sais, & que co père de l’hiftoire prit pour des figures nues, étoient en effet drapées de cette manière à-peu -près infenfible.

Une Ifisaflîfe, dont parle Pococke, femble abfolumcnt nue , & fon vêtement n’efi : indiqué que par un bord faillant au-defTus des clievilles des pieds. Une figure alfife du palais t’arberini a une robe tans plis qui s’élargit de haut en ba, en forme de cloche. Une figure de femme , en granit noir , qui fe voit à Rome au cabinet Rolandi, eft auffi vême d’un° robe dans laquelle on ne reconnoît aucun fentiment, aucune indication de plis , & qui d’ailleurs ne s’élargit pas. Comni’î on ne voit pas les pieds de la figure , elle reffemble par le bas plutôt|à un cylindre qu’à un ouvrage de fculpture. Ces exemples , tous fournis par Winckelmann , prouvent qt-e les Egyptiens n’avoient pas même la plus foible in.eiligence de l’art de drapper. Cependant on les entend fréquemment célébrer en qualité d’artiftes. Mais , en fe dépouillant un moment du refpeft qu’infpire l’antiquité, qu’étoit-ce que des artiiîes qui, n’ayant aucune connoiflar.ca de la forme des os j ignoroicnt Eblblumcnt la charpente f^rlacjuelle eft établi l’édiiice de la figure humaine ; qui , n’ayant aucune connoiiiance des mufclcs , ne favoient point exprimer la variété des formes dans la diverlité de leurs mouvemsns , 8c ne p luvoient même les annoncer avec certitude, avec juftefle, dans l’état d’immobilité ; qui, n’ayant aucune connoiffance des plis Si du jeu des étoffes , ne favoient pas couvrir de draperies le roide mannequin qu’ils étoient capables de produire ?

On n’apperçoit point de chaufTiire aux figures égyptiennes. Cependant Pococke eil : parvenb à découvrir, fur la cheville du pied -d’une flarue, une forte d’anneau angulaire auquel tient une courroie qui paffe cnirelegros êc le fécond orteil pour attacher la fandale. Il e& vrai que cette fandale n’eft pas vilible : mais comme les Egyptiens fe contenioient fouvent de quelques traits , de quelques hachures , de quelques nigofités, ou même d’un feul rebord , pour indiquer l’étofFe d’une draperie qu’il étoit d’ailleurs impoffibie d’appcreevoir , ils ont pu de même indiquer la chauffure par le feul cordon qui l’attachoir. Il eft vrai que , fuivant Plutarque , les fem.mes égyptiennes alloient nuds-pieds : mais Plutarque peut avoir parlé de l’ufage le plus géné- . rai, qui étoit, peut-être, fufceptible d’exceptions.

PalToiu au %le fubféquent des Egyptiens, SC0

Wînckelman croît le reconnoître dans deim figures de bafalte du Capitole , & dans une figure, aufTi de batklte , de la Villa- Albani , mais dont la tête eft reftaurée.

Il examine d’abord les deux premières , & remarque encore dans le vifage de l’une, des traces bien fenfibles du premier ftyle : il les reconnoît fur-tout dans la forme de la bouché dont les coins remontent, & dans le menton qui eft trop court. Les içains ont plus d’tlégance que dans les figures de l’ancien ftyle,’ & les pieds font plus écarté» l’un de l’autre. La première & la troifième figures ont,com- ’ me celles de l’ancien ftyle, les bras pendan» & adhérens aux côtés ; la féconde’, qui a les bras plus libres, ne les a cependant pas déta- ■ chés. Elle n’eft point adoffce à une colonne ; ce qui la diftingue de la manière la plus ordinaire des Egyptens , qui ne terrainoient qu^ trois côtés de leurs figures , pace que le qua- ’ triéme , qui étoit la partie poltcrieure, etoit ’ toujours appuyé. WincJcelmann foupçonne qugces trois figurei ont été faites par des artiife» égyptiens dans le temps de la domination des Grecs. Pourquoi donc s’en fert-il d’exemples’ pour marquer le caraclère du fécond ftyle, dont il fixe la période entre le temps qui s’écoula depuis la conquête de l’Egypte faite pan ; Cambyfe jufqu’à la domination des Grecs ?’■ C’eft qu’il croit apparemment que , faites dan$’^ un temps poftérieur au règne du fécond ftyle, les auteurs y ont confèrve le caraâére de C8’ fiyle : c’eft qu’il penfe que ce ftyle fut 1» dernier qu’adoptèrent les Egyptiens , & qu’iljf ne lui en firent point fucctder un troifieme, ! Car il ne faut pas confondre avec les artifies d’Egypte, les fculpteurs grecs qui s’établirent’ ! dans ce pays, ik dont pluiieurs ^imitèrent quel-’ que chofe du caradère national.

Ces trois figures examinées par WinckeI-«* mann, ont une tunique, une robe, un manteau. La tunique eft à petits plis, tombe juf Ques fur les doigts des pieds, & : defcend au3^ côtés jufques fur la bafe. Elle remonte jufqu’aù col ; & ; , à la troifièm.e figure , elle forme fur* le fein des plis prefqu’imperceptibles qui partent du mummelon dans tous les fens ; çaracf tère qui tient encore au premier flyle. La robe , à la première & à la troifième ftatuçs, eft adhérente à la chair ; elle n’en eft déta-. chée , ou plutôt diftinguée que par quelques petits plis : autre caradère qui tient encore du vieux ftyle Enfin cette robe eft attachée audeffous du feih , & affujettie parle manteau, dont les deux bouts font relevés fur l’épaule. Comme il refte un grand nombre d’ouvrage» romains, dans lefquels les artiftes fe fontpro» pofés d’iiniterla manière égyptienne, Wi+ickelmann eijtre dans des détail» qui peuvent aider à reconnojtre ces ouvrages de ceux qui ont s c u

été faits par des mains égyptiennes. Tous les icaraélères qui diftinguent ces derniers font autant de défauts : la poitrine des figures d’homjmes eft appktie ; les côtes, au-deffus de la ipoitrine, ne font aucunement apparentes, le -corps eft grêle au-daffus des hanches , les arti-Iculations des genoux ik les mufcies des bras Ifont peu diftinéls, & : les omoplates font à [peine indiquées.

^ Comme les fcuipteurs égyptiens avoient des 

|regles de proportions fixes , & que l’extrême iimplicité de leurs figures , leur abfence de fouplefTe & : de mouvement, leur conilance

d’attitude rendoient très-facile l’obfervatioa de
Ce5 règles ; quand ils avoient imprimé à la

.pierre la mefure convenue , il leur arri*roit Touvent de la fcier par le milieu , & : l’ouvrage .fe parcageoit entre deux artiftes. Diodore de jSicile repréfente cet tilage comme confl :ant,en [quoi nous verrons qu’il le trompe. Il ajoute igue deux fcuipteurs grecs , Téléclès & l’héi- |dore fils de Rliœcus , Iiiivirent cette méthode jpour l’Apollon Pythien de Samos : Téléclès en ifit une moitié dans cette ville, tandis que

!ion frère travaincit l’autre moitié à Ephèfe. Si 

le texte de Diodore n’efl : pas corrompu , l’opération fembie encore plus étonnante , ^puifque chaque artifle aura fait féparérnent jUne moitié de la figure prife du haut en basj ^& par conféquent une moitié de la face , du

!col, de la poitrine, &c. Winckelman , parle 

I changement d’un mot, ôte à la phrafe de [l’iiftorien ce qu’elle a de peu vraifemblable (i), i& fuppol’e que les deux parties fe réunifToient

horizontalement à la région du nombril,

t L’Aiitinoiis du Capitole eft de deux mor- 1 ceaux qui ie joignent au-deffus des hanches. Cependant , comme toutes les ftatues égyptiennes qui nous reftent font taillées dans un ifeul bloc , on doit croire que Diodore , en difant que la pierre fe fcioit & fe partageoit ■ entre deux artiiles , n’a voulu parler que des icoloffes ; encore, de l’aveu même de cet h>ftorien, yen avoit-il plufieurs taillés dans une .feule pierre. Il nous apprend que les Egyp- . tiens divifoient le corps humain en vingt-

quatre parties Se un quart : il feroit à fou-

. Jîaiter qu’il nous ; eût fait eonnokre les détails ■ «Se cette divifion ; mais comme il n’écrivoit pas I pour les artiftes , il eft excufabie de n’avoir

pas eu cette exaflitude qui n’entroit pas dans

^ Ibn plan , mais qui feroit très ptc-cieule pour

E013S. Ceux que ces détails intéreffoient , potir

I voient aifément fe les procurer de fon temps ; mais on ne pourroit faire a..jourd’hui , pour les

retrouver, que des conje&ures incertaines.
_ (i) Au lieu de^ li.-e kcltu. o(3ocpn(--, Winckelman
lifoit xsiTo !. ôa-<py(’.

Beau :^-Aris. Tome II,

S C U fiî

Les ftatues égyptiennes ne font pas feulement travaillées au cifeau : toutes font polies avec le plus grand foin , & celles qui éroienc placées loin de la vue, au fommet des obélilcjues, éroient terminées avec autant de recherche & de patience que fi elles euffent dA . être expofées près de l’œil. A l’obélifque du foieil, qui aft à préfent couché, on voit une ’ oreiHe de fphynx travaillée avec autant ds finelTe que les bas - reliefs grecs les plus foignés. Comme les figures égyptiennes font ordinairement exécutées en granit ou en bafalte , pierres dures & compofées de parties hétérogènes, on a lieu d’admirer encorp plus l’extrême patience des artifl’es.

Ils inféroient fouvent, dans les yeux de leurs figures, des prunelles d’une matière différente &c plus précieufe, ce qui a été quelquefois aulii pratiqué par les Grecs , & ce qui l’eft encore aujourd’hui par les Indiens. On affure que le fameux diamant de l’impératrice de Ruiïie , le p.lus beau & le plus gros qui foit connu, formoit un des yeux de la fameufe ;ftatue de Schéringam , dans le temple de Brama.

Les Egyptiens fondoient en bronze des ouvrages de Iculpture, & s’ils ont été très-inférieurs aux Grecs dans les belles parties de l’art, on doit convenir qu’ils ne leur ont cédé dans aucune partie du métier.

On conferve encore aujourd’hui des figures égyptiennes en bois & en terre cuite. Celles en terre font couvertes d’un émail verd. Sculpture c/iei les Pké,-iiciens. Homère rend hommage à l’habileté des Phéniciens dans les arts. « Le fils de Pelée, dit-il, pofe » aufil-tôt, pour prix de la courfe, un cratère » d’argent capable de contenir fix mefures. Il « l’emportoit beaucoi.ip en beauté fur tous les » ouvrages iémblables de la terre entière , car » c’étoit les Sidoniens, ces hommes habiles, » qui l’avoient travaillé ». Iliade , !• 23 , v. 740.

On. trouve, chez les anciensj des tém.oignages de la beauté de ce peuple : beaux eux-mêmes, les Phéniciens pou, -oient fe former une idée du beau, & leur caraûère laborieux devoii ; les faire parvenir à la perfeftion des arts dont ils avoient le goât, & que l’intérêt : de leur commerce les engageoit à cultiver. Ce tut aux Phéniciens que Salomon demanda des architeéles pour élever le temple du Très-Haut , on voyait briller dans leurs temples des ftatues d’or, des colonnes d’or ; l’émérauide ornoit leurs ouvrages de l’art : c’eft décrire la richeffe de ces ouvrages , fans en caraéiérilèr la beauté ; mais il eft difficile qu’uri peiîple riche, & qui aime les arts, n’y faffBi

pas de |irogrès. ,

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S c u

Les grancls ouvrages des Phéniciens ont ete détruits : mais il refte des médailies Carthagino-fes, & l’on fait que Carthage écoit une colonie de la Phénicie.

On conferve dix de ces médailles dans le cabinet du Grand-Duc de Florence, & Norris témoigne qu’elles peuvent êfre comparées aux plus belles de la Grande Grèce.

L’inCcription punique fait feule diflinguer les médailles Carthaginoifes frappées en Sicile des meilleures médailles grecques. Il faut convenir que cette preuve n’eft pas péremptoire en faveur des arts de la Phénicie : car on fait que Carthage fut féparée de fa mèrepatrie avant la guerre de Troie , & les artistes Carthaginois peuvent avoir acquis , dans la fuite des fiècles , des talens qui manquoient à ceux de Tyr & de Sidon. Peut-être avoientîls emporté feulement de Phénicie les premiers éîémens des arts encore gioiliers , qu’ils portèrent enluite à la perfeilion.

Sculpture che^ les Perfes. Les conjeftures qu’on peut faire fur l’habileté des Perles dans les arts qui tiennent au delTîn , ne font pas favorables à ce peuple. On fait, il efï vrai , qu’ils étoient fenfibles à la beauté , & qu’ils l’exigeoient dans les hommes auxquels ils daignoient conher quelques parties du commandement-, mais amis du beau dans la nature lumaine , on ne voit pas qu’ils fe Poient fait une étude de l’imiter. Comme la décence ne leur permettoit pas de fe montrer nuds , ils ne purent faire de grands progrès dans le deffin de la figure , puifqu’ils n’en connoifToient pas les formes, & ne durent guère connoître d’autre beauté que celle des têtes & la hauteur niaiefi"ueufe de la taille. Tous les défauts que peuvent cacher les vêtemens , n’éroient pas pour eux des défauts ; les beautés que les vêtemens ne découvrent pas , n’étoient pas pour eux des beautés , 8c l’Europe moderne feroit enfévclie dans la même ignorance , fi l’exemple des Grecs ne nous avait pas appris à chercher le beau qui fe cache à nos yenx, à le dépouiller , pour le progrès des arts, des voiles que lui imnofe la décence.

Les Phéniciens ne connoiffant pas le nud, ire purent s’attacher comme les Greci à le faire fentir fous !a draperie. Il paroît d’ailleurs que leurs manteaux n’a .oient pas cerce ampleur qui peut fournir des plis iai-ge- ? & variés. Leurs habits, tels que nous les ptéfentent les monumens , n’oftroient que de crès-petits plis étages & parallèles. Sur uns pierre gravée du duc Caraffa Noia , on voit une figure d’homme , dont l’habit forme huit étages de plis depuis les épaules j-^fqu’aux pieds. Les ^nonuiiiens des Perles n’offrent point de figures de ’femmes.

S C U

L’égarement des Grecs , qui leur repréfen-toit les divinités fous des formes humaines, étoit favorable aux arts. Pour rendre fer.fible l’idée qu’ils fe formoient de leurs d’eux , ils étoient obligés de chercher les plus belles formes dont la nature humain ? foit capable. Cette erreur fut la caufo principale de leurs progrès, & fans elle , les arts, .^eroient peut-être demeurés pour toujours dans en état de médiocrité ; car il efl peu vraifenibiabl’ ; que les modernes fe fiiffent même a’ ifés d’écj^ier le nud, fi les anciens ne le leur avoicnt pas montré dans fa perfedion. Nos artifles doivent ce que leurs talens ont de plus fubVima à l’émulation que leur ont infpirée !«s Grecs, Mais les idées religieufes des Perles ne purent offrir rien d’utile au progrès des arts, puifqu’ils révéroient la Di-.’inité dans la lubftarice du feu & du ciel matériel , & qu’ils euffont cru la dégrader en lui fufjpofant des formes humaines.

On fait que Xerxès & Darius appellèranc ’ de Grèce le fculpteur Téléphanes -. ce fait femble indiquer que les Perler n’avoienn pas une haute idée du talent de leurs propres a ;-tilies , & nous ne rifqnerons gi ;ère de nous tromper en ratifiant leur jugement. Comme ils n’étoient point excités à la culture des arts par la religion, & qu’ils n’sîevoieirt poinr. de flatues aux grands hommes, parce qu’il n’y avoit chez eux rien de grand que le monarque , ils manquoient à la fois de tous les alimens des arts. Auflî connoît-on des médailles faites fous les rois Perfes , fuccoffeurs de Cyrus, qui ne font pas d’un ftyle fupérieur à ce que nous avons èe plus mauvais gothi-r. que.

■ Seul PTURÊ che ;[ les Etriifques. WJnckelmanM regarde comme probable que les Etrufquesill avoient conduit avant les Grecs l’art à une certaine perfeélion. Il creit qu’on ne peu&l guère compter au nombre des caufcs de leuE progrès les deux colonies grecques qui pafi renc en Etrurie, puil’que toutes deux 3’ vinred avant les beaux jours de l’art chez les Grec l’une avar.’- l’expédition des Argonautes, l’aâ tre trois fiècles après Homère, il regarde fej lement ce^ dcjx émigrations comme les cauF des rapports fenfibles qui fe trouvent enq les langues grecque & latine ; il penfe iiti

! que ce lurent ces émigrans qui apportèrent en 

I E’rurie les caraâères grecs qui y furent

adoptés. 

Nous ne ferons pas difficulté d’accorder au i favant antiquaire, & à Pline qui avoit la même i opinion, que ce fut fans fe communiquer avec les G’-Rcs , que les Etrufques & d’autres peuples d’Italie firent des progrès dans les arts : I ’ mais l’hiftoire nous a conferyé des traces d« s c u

là manière dont ils en avoient reçu les élémens ; elle nous apprend que longtemps a.ant le fiège de Troie, un artifte qui failbit i’admiration de fes contemporains , & qui conferva même l’eftime de la poflériré, l’ancien Dédale, fayant la colère do Minos, fe réfugia en Sicile, où il travailla, & d’où il pafTa en Italie eil il laiffa des moniimens de fon avt. Nous ne chercherons point à difcuter ici 11 ce fut Dédale qui donna (on nom à l’art , ou li ce fut l’art qui donna Ton nom à cet artifl^e (i). Il nous fuffic de {avoir que , dès le temps du premier Minos , il exiftoit un habile artifte Athénien qui exerça fes talens en Sicile & en Italie, pour conclure que l’Italie & : la Sicile ont dû à cet homme rare les premières confloiflances des arts.

Nous ne connoiffons pas le talent de l’artifle que nouS appelions Dédale : mais il fubfiftoit encore du temps de Paufanias & de Diodore de Sicile des ouvrages qui lui étoient attribués ; Se ces écrivains nous engagent à proire que les ouvrages de cet artiite , fans doute trèsrimparfaits , étoient d’ailleurs impofans par la grandeur de leur caraftère. Ce fut ^ufli le grand caractère qui diftingua les ouvrages des Etrufques, & même ceux des Siciliens ; on a donc de fortes raifons de croire que ces deux peuples ne firent que s’avancer dans la route que Dédale leur avoir montrée, & dans laquelle ils avoient fait , fous fes yeux , les premiers pas.

Un caraâère fortement prononcé , donne un certain prix même aux plus anciennes produâions des Etrufques qui foient parvenues jufqu’à nous. Ils l’ont confervé , en approchant l’art de la perfeélion. Leur deffin étoit dur, exagéré, & c’eft le même défaut qu’on reprocjie à Michel-Ange , le plus célèbre artifie de l’Etrurie moderne , qu’on appelle Tofcane. Ce peuple avoir dans fes mœurs la dureté qu’il imprimoit dans fes ouvrages. Son cuire étoit auffi trifl-e que fuperftitieux : une fombre lierreur fe mêloit à fes cérémonies religieufes. On vit, l’an 3951 de Rome, les prêtres de cette nation fe montrer à la tête de fes troupes, armés de torches & de ferpens. C’eft d’eux que les Romains empruntèrent leurs jeux barbares , Si. les combats fanglans des gladiateurs. ia douceur des mœurs infpire l’idée & l’amour de la beauté ; les mœurs rudes des Etrufques V ( I ) En grec , on apprlle Dcedalma un ouvrage de ’ l*an ; Dœdalos , dœdaleos j eft une éuithère qui fe donne à tout ouvrage talc arriftement. On irou/e fouvent dans Homère le mot Polydadjloi , pour exfrimer qu’un ouvrage eft fait avec toute la perfcdion de l’art. Dadalc’m fignifie travailler avec art : enfin avant le fcuifteur Dédale , les ftacues de bois fe noramoient dœdala , êc c’eft «is Jà pem-êqre que cet artifte a le^u fgn nçii). S C U

f^îl

ne durent point leur donner cet amour ardent du beau dont les Grecs furent animés, & le caradère de la beauté ne doit pas être celui qui diftingue leurs ouvrages : c’eft plutôt celui du mouvement, porré même julqu’à une certaine exagération nuifible à la g’^ande beauté des formes ; car les formes ne confervent toute leur beauté que dans les mouvemens les plus naturels & les plus doux, dans les attitudes les moins violentes & les plus naïves. D’ailleurs , comme Winctelmann le remarque avec raifon , on ne voit pas que les Etrufques aient été , pour la culture des arts , dans une pofltion aulTi favorable que celle des Athéniens , lorfque Périclès employoic à payer les artiftes les fujjfides de ’ toutes les villes tributaires. Enfin , à fuppofer que les Etrufques fe foient avancés plutôt que les Grecs dans la carrière des arts, ils ont été aufli forcés de l’abandonner plutôt, puifque, longtemps en guerre avec les Romains , ils furent fubjugués un an après la mort d’Alexandre , dans les temps oiï les arts étoient ea Grèce dans leur plus grande fplendeur. Il faut obferver encore qu’entre les ouvrages que l’on donne aux Etrufques, il en efl un grand nombre qu’on ne leur attribue qu’avec beaucoup d’incertitude. La reffemblance qu’on leur trouve avec ceux des Grecs ne permet de leur afiigner qu’avec beaucoup de circonfpeftlon une origine étrufque. Il eft des monumens auxquels on n’accorde cène origine que parce qu’ils ont été décou^’erts dans l’Etrurie, & que , fans cette çirconftance, oa n’héfiteroit point à regarder comme des produélions des plus beaux fiècles de la Grèce, avec lefquelles ils ont une parfaite conformité. Ces morceaux tiennent en fufpens les antiquaires les moins timides, & mêTie "Winckelmann , à qui l’on ne peut reprocher d’avoie é-é trop rélèrvé dans fes con]eâures. Il n’eft affurément pas impofTible que dos ouvrages de la Grèce propreraenr dite , & de la Grande Gtèce , aient été tranfpovtés dans l’Etr.irie, furtout après que cette contrée fut tombée fous la domination des Romains , qui s’enrichirent des dépouilles de la Grèce. La cornaline repréfenrant Tydee qui s’arra- che de la jarnbe droite un javelot brifa, rend témoignage à la perfeâion cù l’art s’éroit élevé chez les Etrufques lorfqu’un de leurs artiftes fL’t capable de produire un fi bol ouvrage. La figure eft fvelte, les articulations fontfinss, & cette gravure pourroit être attribué à l’art des Grecs, fi l’attitude roide , gênée & peu naturelle ne faifoit pas reconnoître un défaur caratiérifcique de l’art étrufque. On diroit que l’artifce avoit reçu le défi de faire fuivre à la figure la forme ovale de U pierre, & de la rendre la plus grande cvs’ii 8-r ij

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étoit pofllbîe daiis le champ donné. Le Pelée, gravé fur une agsthe , cfl : ’dans une pofe encore plus exagérée, & nous attefte la perpétuité du goû : to.’can pour les mouvemens outrés. Nous ne connoiflbns cette pierre que par la taille douce qu’en a donnée Winckelniann ; fi le dcffin en elt exact, la tê :e eft trop forte, mais ce défaut ne fuffiioit pas pour faire prononcer qu’elle n’appartient pas à l’arc des Grecs, puifque Pline nous avertit que ce vice étoit celui de pluiisurs grands maîtres. Il nous refle aiTez de monumens de l’art étrufque , pour nous faire reconnoiire qu’ils ont eu deux fl :3’les bien marqués. Dans leur premier ûyie, les traits du deffin. tendent plutôt à décrire des lignes droites que des lignes méplates ou ondoyantes -, les attitudes font roides, les allions forcées -, on ne remarque dans les têtes aucune idée de la beauté. Comme les contours ont peu de mouvement, les figures font trop grêles, C’eft toujours le défau : de l’art commençant. On le retrouve dans les figures gothiques & dans ^ celles de-s vieux maîtres Florentins. Quand on connoît trop peu l’art du delTin , on ne peut ni varier les contours, ni donner du mouvement aux figures ; comme on craint de charger les formes , on ne leur donne point le volume néceflaire , Se les figures deviennent roides & : maigres.

Le goût des Etrufques commençâns, tenoit à tous égards du goût gothique, c’eft-à-dire, ^ du goût des artiftes modernes commençans eux-mêmes. Comme, chez les uns & les autres , l’arc étoit à la niême période , il eft naturel qu’il fe reffemblàt , parce que la nature eu conitante dans fa marche. L’n ovale trop aliOngé traçoit , à cette période, la forme- des têtes e ::rufi-jues ; le menton rétréci i’e tcrm noieen pointe. Les yeux écoitnt plats & tirés obliquement en liaut , ainfi que les angles de la bouche, défaut qui ne fe trouve pas chez nos vieux maîtres , & qui pourroit être regardé comme une imitation de l’art des Egyptien.^ , fi l’on appcrcevoit que les Etrufques aient pu avoir alors quelques communications avec l’Egypte. C’étoit , peut-être, de Dédale qu’ils avoienc emprunté ce caraclcre. Quelques figures en bronze de cette période nous montrent aulli, comme celles de l’Egypte, les bras pendans fur les côtés , & les pieds placés parallèlement.

Les Etrufques , dans ce même temps , favoienc donner à leurs vai’es des formes élégantes •. c’eil ce que prouvent de tré» - beaux vafes don. les iigi res qui les ornent font traitées avec touî les déiauis de l’art naifTant. Il ne ft roit cependant pas impo. ! ble que ces v^fes luffent d’un temps pofréneur , & que l’arc eût fait alo.s plus de progrès qu’ils n’en in-S eu

dlqnent. On pourroit conjeftiirer que iznsUi fabriques de poterie, il le troiivoit des artift. es capables de donner à des uftenfiles ces formes heuieufes, & que d’ailleurs on fe contentoit d’y entretenir de mauvais figurilles. Pourquoi attribuer à l’indufïrie du : temps un défaut qui ne tenoit pout-étre qu’à la parcimonie des entrepreneurs ; parcimonie forcée s ils é oient obligés, comme on peut le croire, de céder leurs vafes à bas prix ? Ces poteries etrufques, aujourd’hui fi recherchées, étoient alors confacrées aux ufage,^ les plus communs, & ne doivent pas être comparées aux ouvrages faftueux de ia manufjclure de Sèvres, qu’il n’efl donné qu’aux riches de pofTeder. Pourroit-on juger, d’après les delTins qui ornent les plus belles pièces de fayence fabriquées à Rouen dans le dernier fiècle, du talent de Lebrun ou de Lefueiir ?

La rorce de l’exprelfion & l’indication très-reffentie des parties, rendues avec quélqu’exagérarion , Ion : le caratlère du fécond ftyle des Etrufques, & l’on peut ajouter que c’eft Is ca-aftère oillinftif èc permanent des artiftes de la Tofcane. Winckelmann croit que cette féconde époque de l’arc chez les Etrufques répond à celle où il parvint à la per’eélion chez les Grecs, c’eft -à - dire ^ au temps de Phidias : mais ce n’e.<T- qu’une conjeSure qu’il n’a pu revêtir de preuves. Décrire le fécond ftyle àts Etcufq ; es, c’eft, à beaucoup d’ég rds, décrire celui de Michel-Ange, ç’eft repréienter celui d’un grand nombre de fes Tmitareurfr Dans les mor.uniens etrufqi^es de ce temps les articu’ations font fortement indiquées, les mulbles gonflés, les os- trop apparens, toute

!a manrere du’-e. Cette e.- agération fe remarque 

furtput dans le delhn de l’os de la jambe , & dans la lefiion prononcée des mufcles du mollet. Dans les monumeni de ma.bre qui rerrélèntent des divinités, le deflin eft plus coulant que dans les autres ou rages. Les artiftes vouloient témoigner, par cette d frcrcnce idéale, que les dieux , p.Tur exercer toute l’étend. :e de la puiffance , n’avoient pas befcjn de cette torce mulc-.= laire que donne aux hommes l’habitude de., travaux vioiens. Mais , en général, les attitudes Ibnt outrées , les mouvemens forcés, les a£lioiis terrib’es. L exagération des Inouvemens fe retrouve jiilbue.- dans le> mains ; fi une figure tient queicue choie avec Je» i premiers doigts , les autres do g - font é.endui a -ec rôdeur. Les tête.- ne ont pas faites d’après une jufte idée de la beauté, &• jamais les Etr.iiq.ies ne purent acquérir la grâce qui caracterii'a ie> a illes de ia Gicce. Leut ftyle fut mtinieré, pi.ifqu’il fe montra toujours le mènàe : Aj’tliOn, Mar.s , Herc.le. Vulcain turent dcllincs dan.-, le même caraècere. Si l’on vouloic abfolument leconnoîcre unf s c tr

tfoifièrne pérîocle de l’art & un troîfième ftyle chez les E’ruTques , ce lefoit celui d’un temps où ils n’eurent plus qu’un ftj’le d’imitarion, & où leur ftyle adop é ne leur appartenoit plus , puifque ce n’étoit qu’iin emprunt qu’ils avoierit fait aux Grecs. En cherchant à traiter de l’afc des Etrufques à cette époque , qui peut être n’exifta pas , on rifqueroit de leur attribuer des ouvrages grecs, & d’ailleurs ce peuple doit ceffer de nous occuper, dès qu’il cefTa d’être lui-même.

Sculpture che les Grecs. L’hiflroire nous apprend que les Grecs écoient un peuple bien récent , ou , ce qui revient au même, bien récemment policé , en comparaifun des Egyptiens, des Chaldéens & des na :ions de l’Inde. Le récit des Jiiftoriens efî : prouvé par des monufiiens qui exiftoient encore au temps de Paufanias , & qui apprenoient qu’il fut un temps où les Grecs n’avoient pas même l’indufirie que l’on trouve chez la plupart des Sauvages, celle de tailler groffiérement , ou d’indiquer par des traits imparfairs une figure liumaine. En effet , s’ils avoient eu cette indullr : e , ils l’auroient employée , comme les Sauvages , pour reprélenter les objets de ieur culte, & ils n’eurent d’aurre reflburce que de les défigoer par des pierres & des poteaux. Paufanias vit à Phérés, ville d’Arcadie, trente divinités défignées par des blocs informes, ou par des p’erres cubiques , anciens monumens de la première ignorance des Grecs II y eut un temps eu le terrible & : majeflueux Jupiter, Fadive Diane, la fière lanon , l’aimable Vénus, les Grâces & l’Amour lu ; même furent repréiéntés par dés pierre ou de^ efpèces de colonne ;. Deux po’.eaux parallèles, joints f aides perches tranlVeri’ales , repreîénteient chez les Lacédémoniens les deux frères Caflor & ; Pollux, & la tendreiTe de leur union. Mais longterap ; avant l’époque où les Grecs fortirent de ce’te première igni_ :rance , les Egyptiens aboient de< : pyramides, des obélifques , des édifices fomp’ueux. Les Hcbreux qui , comm.e nous L’avons déjà rapporté , avoient déjà des idoles, S^’j par Cfrflfequent , pratiquoient déjà la fculpture des le tempv du patriarche Jacob , fe perfectionnèrent par- leur commerce avec les Egyptiens. Ce qu’on ne peut nier, c’efl : qxi’iU a/oieni dans leur, langue des mots pour e-xp.imer des figures fculptces & jettées en fon^e, dans un teuip- où ’e-Grecs ne favoient défigner que par dei pierres informes les objets de ^leur vénéracion. Ce qu’on ne peut non olusnier, c’eft q.ie l’ufage .des chofes -précède toujo-irs l’invention des mots qui fervent à les dcfigner.

Enfin, après une long e l’ufte de tem-,^> , nous voyons les Grecs s’élever au premier S C U ^17

eiïaî de l’art naiflant , & placer d’aLord des pierres rondes, & enfuite des pierres groffié. rement façonnées en manière de têtes , iur les cubes •& les colonnes^ qui avoient été les premières repréfentations de leurs Dieux. Tel étoit un Jupiter que Paufanias vit à Tégée en Arcadie. Ces fortes de repréfentations fe nommèrent des Hermès. Ce n’eft pas que toutes repréfentaffent Hermès ou Mercure ; mais c’efl que le- mot herma lignifioit une greffe pierre : c’oft le nom qu’Homère donne aux pierres qui’ fervoient à retenir les vaifleaux fur le rivage. Comme ces premières têtes étoient trop mal travaillées pour qu’on pût diftinguer fi elles appartenoient à des hommes ou à des femmes on s’avifa , dans la fuite , d’indiquer le caraflère du fexe vers le milieu de la pierre qui repréfentoit le corps de la ffatue, A" une autre époque on imagina d’indiquer la réparation des cuiffes par une inciiion. Ce nouveau progrès, dont on fait honneur à Dédale, fuc regardé comme prodigieux par un peuple ’deftiné à devenir un jour , pour les arts qui dépendent du delTin, le maître & le modèle de * tous les peuples de l’Europe.

Si les Grecs entrèrent plus tard que d’autres peuples dans la carrière des arts, ils furent en les devançant, faire fervir ce defavantagè a leur gloire. L’origine desarrschez les Egyptiens fe perd dans la nuit des temps ; mais comme nous l’avons dit, ils trouvoient dans leurs loix un obUacle à leur perfeflion & au lieu d’être excités par l’émulation à faire des progrès, ils en écoient détournés par la crainte des peines. Mais dès que les Grecs eurent fait les premiets pas, les encourao-emens, les réeompenfes . lagloire les excitèrent à en faire de nouveaux, <& au moment où ils s’arrêrèrent enfin, s’il leur reftoit quelques découvertes à faire, ce n’étoit du moins que dan.s quelques parties inférieures de l’art, qui nuilént (buvent à l’étude des parties capitales. C’elf donc chez eux qu’il faut étudier l’hifîoire de l’art : c’eft chez eux qu’on le voit naître & faire des progrès fuccellifs, conformes à la insrche de la nature qui n’opère jamais brufquemînt.

Nous venons de les voir féparer les jambes des figures, & s’approcher de l’époque où ils fauront taire ce qu’on peut appeller des flatues : mai, le., p’-eni^cres ql.’ils firent, au lieu de m.>ntrer les contours purs & coulans de la nature, n’j furent qu’imparfaitement équarries, & à - cet e époque, l’art naiflant des Grecs reflemb^oit à ce que refta celui des Egyptiens, i-ts yeux appla il & allongés fembloient cligiio-an-. . car c’eft ainfi , comm.e le penfe du moin Wir.cke.mann, qu’j^l faut entendre le paflagc de Diodore de Sicile, qui concerne Dédale, au lieu qii’enfiiiyant l’interprétation àç^ f i8"

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traduâeurs, cethiftorien auroitdit que l’artîfte donne à fes figures des yeux fermes. Au refte ces figures éqi’.arries étoient droites, roides, fans aclion, fans mouvement, ayant les bras pendans fur les côtés , St : les jambes parallèles & peu écartées l’une de l’aune. C’eft ainfi t[u’étoit exécutée la ftatue d’an Pancratiafte Arcadien, nomme Arrachion, vainqueur aux jeux olympiques dans la 54 ’olympiade, 564 ans avant notre ère. On reconnoiffoit, dans cette flatue, dit Paufanias, tous les caraàlères de la haute antiquité. Les jambes étoient peu réparées, les bras étoient pendans fur les cuilTes : cet Arrachion étoit mort, quand les juges de l’Elide lui décernèrent la palme , déjà il étoit vainqueur de tous fes adverfaires ; un feul reftoit encore qui le furprit, le fit tomber en lui (alfiflanr la jambe, & l’étrangla ; mais Arrachion, en expirant, ferra avec tant de force l’orteil de fon vainqueur, qu’il l’obligea de défavouer fa vicloire.

On regarde ordinairement les Grecs comme les élèves des Egyptiens ; dans cette fuppofiiion , on auroit lieu d’être étonné de la lenteur de leurs progrès, puifqu’en recevant l’art tel qu’ils le trouvoient en Egypte, ils n’avoient plus qu’à lui procurer des perfeftions nouvelles, tu lieu de s’arrêter à faire de longs tâtonnemens. Mais on devroit obfet’ver que fi , dans une antiquité fort reculée, quelques colonies égyptiennes s’arrêtèrent dans la Grèce, on n’a pas lieu de fuppofer qu’elles aient amené des articles avec elles : les colonies que les Européens modernes envoyent dans le nouveau monde n’y portent pas auflltôt la culture des beaux arts. Les colonies égyptiennes, établies dans la Grèce, n’entretinrent aucune communication avec leurmére-patrie, & l’entrée de l’Egypte fut interdite aux étrangers jufqu’au règne de Pfamméticus, époque à laquelle les Grecs cultivoient les arts depuis long-temps, puifque ce prince ne commença fon régne que dans la 17 olympiade, 670 ans avant noire ère. Il eft très-vraifemblable que le premier lifage que firent les Grecs de la liberté d’entrer en Egypte, ne fut pas d’y aller étudier les arts, & qu’il ie paffa encore plufieurs fiècles avant qu’ils entrepriflbnt ce voyage dans ce deffein. S’il n’étoit pas prouvé par la lenteur fuccefllve de leurs progrès, dont l’hifloire nous a confervé les principales époques , qu’ils furent eux-mêmes leurs maîtres , ou plutôt qu’ils reçurent les leçons progreflives de la nature ; on pourroit les regarder plutôt comme des élèves des thèniciens.

Comme la nature infpire de s’arrêter d’abord aux formes principales, que, faute d’adreffe & d’expérience , on rend encore d’une ma- ’ tiière très-grofïïère, elle infpire aufli d’emtloyer d’abord les matières les plus faciles à ’ S C U

manier. Aînfi com.ne la peinture , dans Ccn origine, ne fit ulage que d’une feule couleur, avec laquelle elle traçoit un limple contour, de même la fculpture ne dut employer , dui s Ces premiers effai ? , que la terre, ik enfiue le bois : la terre, parce qu’il ne faut que la pétrir pour lui donner les formes qu’on veut lui faire prendre ; le bois, parce qu’il e A plus facile à tailler que la pierre IL le marbre, Ainfi les anciens artifles firent d’abord er. argile, & enfuite en bois, les otivrages bruts que leurs contemporains regardoient comme des chefs-d’œuvre. Au temps de Paufanias, on voyoit encore des Dieux de bois dans les lieux les plus célèbres de la Grèce, & ces vieux mnnumens infpiroient la vénération par leur vétusté même, Tel étoit l’Apollon de Delphes donné par les Cretois. Paufanias nous apprend que les anciens appelluient dedalesj daJalu, les figures en buis, & il croit que c eft du nom de ces figures que le célèbre fçulpteur Athénien, fils de Palamaon, reçut le nom de Dédale, qui fut entuice -porté par un autre fçulpteur natif de Sicyone, On fait que l’on peignoir en rouge les anciennes ftatues d’argile, furtout celles de .Jupiter, le fouverain ûes Dieux, celles de Pan, regardé comme le grand tout. Ce fait n’eft pas échappé à Winckelmann ; mais je fuis étonné qu’il n’en ait pas découvert l’origine ; cette découverte n’étoit aflurément pas au-deffus de fa fagacité ordinaire. L’ufage de frotter du fang desvidimes les repréfcntations des Dieux, fe trouve encore aujourd’hui chez les nations idolâtres les plus vbifines de l’état de nature ; il dut être auffi pratiqué par les Grecs. Mais quand, plus policés, ils prirent du dégoût pour ce fang, qui fe corrompoît fur les idoles, ils abandonnèrent ces fortes de libations, & en confervèrent cependant l’apparence en peignant leurs flatues d’une couleur de fang. C’eft : ainfi qu’en général les peuples, en s’éloignant de leur origine, conferventla repréfen» tation de ce qu’ils ne pratiquent plus. Quelquefois on fe contentoit de peindre en rouga les pieds des viiiimes, comme autrefois on s’étoit contenté de frotter leurs pieds de fang quaad elles étoient -fort élevées : Winckelmann , qui, je crois, fe trompe ici, penfe que Pindare a fait allufion à cet ufage quand il a donné des pieds rouges à Cérès. On voit fur des pieds délicats des teintes d’un rouge tendre , approchant de la couleur des rofe» , & l’on peut croire que c’efl ce qu’a voulu peindre le poète lyrique. Les Grecs ont pu faire des pieds d’argent aux ftatues de quelques dée(re5.’ : mais quand Homèreadit : Théds aux pieds d’argent, quand il a donné des pieds d’argent à d’autres divinités, il n’a fait aucune allufion à leurs ftatues ; il a voulu feulemeni se u

éVprîmer la blancheur éclatante Se leurs pieds.

On a contîniié d’employer le bois pour les Hatues, même dans des temps où les ftatuaires favoient travailler les pierres : on joignit le luxe des iiècles opulens à la fimplicité des premiers fièclesj les ftatiies furent couvertes d’or, & les Dieux, l’ur leurs autels, ne rif<^ ;èrent plus d’être rongés des vers.

Mais le luxe eiï tellement deftiné à corrompre le goût , que celui même des Gre ;s ne put lui réfifter. Ils favoient travailler le marbre ■ & c’eft la matière la plus favorable à la beauté de l’arc : ils favoient fondre le bronze, & ’ c’efl : la fubflance la plus capable de leur aiïu-

rer une longue durée
& cepen»lant, dépravés
par l’amour de la richefTe, ils employoient

a faire ces iîarues, l’ivoire qui efl bien moins convenable à cet ufage que le marbre & le bronze. Sa rareté lui méritoit feuie la préfé-

rence, comme fi le rare écoit toujours le beau.

’ On mêla l’or & l’ivoire dans les flatues, & l’art perdit de fen prix par ce mélange imprudent de deux matières précieufes. On les prodigua juîques dans les colofles. La Minerve ■ de Phidias , qui étoit d’or & d’ivoire , avoit vingt fix coudées, ou trente-neuf pieds attiques ie haut.

Il ne faut pas croire que les ftatues fuflent entièrement d’or &.’ d’ivoire. On connoît la

! grandeur des plus fortes dents d’éléphans, & 

l’on fent bien que dans des ouvrages d’une i grande proportion , l’ivoire ne pouvoir être I esiployé _ que par plaques rapportées. C’étoient de véritables ouvrages de marquetterie ,

&r les joints ne pouvoient être tellement

I diflîmuléî , que ces pièces de rapport ne fiifent i un affez mauvais effet quand on les cor.fidéroit ■ de trop près. Il efl vrailemblable que les plaques d’ivoire étoient fixées avec de la coUe de poiffbn : Elicn parle de cette colle, & dit qu’elle éroit néceffaire aux artifli loient en ii’Oire.

les qui travail-

M. de Pauw fuppofe que, dans les grandes

llatues, tc’Jt l’ouvrage éroit foutenu d’une forte armature de fer eu d’airain. Il croit que cetce armature étoît revêtue de iames de bois de cèdre, dont toute la capacité reftoit vuide. Il eft conduit à cette conjeâure par un paflTage de Lucien, qui, dans fon Jupiter tragique, dit que in’Hrieur de ces ouvrages, où brilloîcn’ l’nr Se i’iyoï.e, étoit rempli de toiles d’araignées , & tervoit d’afyie aux animaux ’immondes qui fréquentaient les temples,

II eft certain que, du moins quelquefois, 

ion érablifToit en plâtre & en argile le modèle [eritiet ûe la flratue-, fur ce modèle, fans doute peu terminé, on appliquait les plaques d’or [& d’ivoire. C’eft ce que prouve le Jupiter de j Mégare : la tête étoit d’or & d’ivoire , mais la guerre du Pèloponèfé’nc permît pas de continuer un ouvrage fi difpendieux, & les autres parties de la flatue refitrent en plâtre. On pourroit cependant accorder la notion que nous avons fur le Jupiter de Mégare avec l’opinion de M. de PaiiW : il n’y auroit qu’à fuppofer que l’armature étant faite, & la tête même achevée, on fe contenta de faire, pour le relie de la ftatue, un modèle en plâtre par deffus l’armature, quand la guerre du Péloponèfe fut déclarée.

M. de Pauw effraye l’imagination en entamant un calcul fur la quantité d’ivoire qui pouvoir entrer dans un colofle. Il croit que le Jupîte ? Olympien, ■ qui avoit cinquante quatre pieds de haut, ne dut pas exiger moins que la dépouille de trois cents éléphans , & l’on fait que les Grecs achetoient fort cher l’ivoire aux étrangers. On auroit gagné beaucoup , pour la convenance 8c pour les frais , en employant des fubfiances moins rares. Un autre mêiange nonmoins condamnable fut employé fans nccefîiié. On fit long-temps des têtes, des mains & des pieds de marbre à des ftatues de bois. Si l’on pouvoit reprocher une profufion mal entendue de richefie aux flatues d or & d’ivoire, on pouvoit reprocher à celles ^ont nous parlons une léfine choquante. Une Junon & une Vénus , ouvrages de Damophon, oftroient cette bigarrure de bois & de marbre. Cet ufage n’écoit point encore profcritau temps de Phidias, & il fit avec ce mélange vicieux fa Minerve de Platée.

Winckelmann croit que c’étoit les flatue» dont les feules extrêm.ités étoient de marbre, que les anciens nommoient acrolithes ^ iLXfoKi-Soi : cette expHcarion mérite d’être remarquée &confervée, car il paroît que ce mot grec avoit toujours été mal entendu. Il expliqu» auffi d’une manière très-vraifembiable un paffage de Pline, qui dit qu’on ne commença à travailler en marbre que dans la cinquantième olympiade : il croit qu’il ne faut entendre ce partage que des figures entières. Un’goût non moins vicieux régna dans la Grèce ; ce fut celui de vêtir les fiatires d’étoffes réelles. On peut voir l’effet de ce mauvais goût dans quelques hiotve-Dames de nos veilles églifes. On en voyoirune ado.Tée à un pilier devant la porte de i’ég’ife deF Quinze-vingt : cette figure était peut-être suffi ancienne que le temple , qui avoit été fonds par Saint-Louis.

C’étoit encore un mauvais goût : des Grecf, lorfqu’ils avoient tsnt de -narbre d’une blancheur éclatante, de faire ces llatues de marbre veiné & tacheté. Enfin pou ; excni’Vr une erreur dans laquelle oni. quelquefois donné les modernes , par une erreur femblable des anciens, remarquons encore que les Grecs peignirenJ 320 s C U

les draperies de plufieurs flatues, & qu’Us firent des ftatues de marbre de couleur dont les extrémités étoient de marbre blanc. Il n’eft point de peuples que n’aient égaré quelquefois le goût de la richefle & le goût de la variété.

Mais ne nous arrêtons pas plus longtemps fur quelques défauts des Grecs ; nous nous expoferions au reproche d’ingratitude, fi nous paroifllons nous appeCantir fur les erreurs de nos maîtres. Ne trairons en détail que les fujets de notre reconnoiflance.

On connoît l’amour des Grecs pour la beauté ; on fait que leurs ouvrages font remplis des éloges de cette qualité extérieure, mais non pas inJiftérente, & qu’ils ne parlent guères des perfonnes qui la pofiedoient fans la joindre à l’énumération des autres qualitéj auxquelles elle fervoit d’ornement & de recommandation.

A Corinthe, dans un bois de Cyprès qu’on nommoit leCrance, étoit un temple de Vénus ; là étoic aufli le tombeau de Laïs qui n’infpiroit guère moins de vénération que les autels de la déeffe. Son tombeau fe voyoit aufli en TheîTalie où elle avoit été conduite par Hippoftratc, l’on amant. Quelle étoit cette femme dont deux contrées fe difputoient l’honneur de pofTcder les cendres, comme fept villes autrefois s’étoient difputé l’honneur d’avoir été le berceau d’Homère ? Laïs n’étoit qu’une efclave, piitc dans fon enfance chez les Hyccariens dans la Sicile, par les foldats de Nicias, & vendue enfuite à Corinthe : mais elle furpaffa pn beauté tout es les courtifanes de fon temps, & c’en fut affei pour que les Corinthiens vou» lufi’ent s’attribuer l’honneur de l’avoir vu naître ik de conferver les reflies d’un corps qui avoit infpiré tant d’amour.

On ne placera pas les Lacédémoniens entre les peuples amis des arts, mais ils aimoient la beauté, & cet amour leur faifoit chérir les arts qui tiennentau deflin , parce qu’ils prennent la beaifté pour objet de leurs imitations. Les femmes de Sparte gardoîent dans leurs chambres à coucher les ftatues de Nérée, d’Hyacinthe, de Caftor & de Pollux , des jeunes héros enfai & des jeunes Dieux : en contemplant de belles ftatues, elles efpéroient avoir de beaux enfans.

Chez un peuple qui aimoît la beauté , les artifte.s dévoient fe la propofer pour premier objet de leur art : ils dévoient furpaifer, en fuivant cet objet, tous les peuples qui avoient cultivé la fculpture , & leurs ouvrages dévoient être les modèles de tous les peuples à venir. D’ailleurs , jamais les ftatuaires n’eurent d’aufli fréquentes occafions que dans la Grèce de ’développer leurs talens , Se d’en recueillir la fécompenfe. Tout homme qui méritoic la re-S C U

conno’flance de fes concitoyens , tout homma qui’parvenoit à fe diftinguer , avoit les hon. neurs d’une ftatue ; Pindaie en eut une à Athènes, pour avoir loué en paffant les Athéniens. Quelquefois, dit Winckelmann , on s’en érigeoit à foi-même ; on avoit la permiffion de placer dans les te ;nples les fiatues de fes enfans. La grande quantité d’ouvrages fuppofe un grand nombre d’artiftes , une grande ému-. latjon , de grands progrès.

_ Comme les honneurs des ftatues furent principalement accordés aux hommes qui excelloient dans les jeux publics , Se furent au nombre des prix qu’on accordoit aux athlètes couronnés, les artiftes durent avoir de beaux modèles ; car il eft difficile que des vainqueur ? àlacourfe, au pugilat, au pancrace, ne foienc pas des hommes bien conformés : ils ne pouvoient manquer, de trouver en même temps une heureufe variété dans leurs études ; car ces différentes fortes d’arhlètes dévoient , par le genre de leurs exercices, fe diftinguer pas différentes efpèces de beauté.

Quelquefois les vainqueurs des jeux avoient autant de flatues qu’ils avoient obtenu da couronnes : quelquefois une ville témoignoic fa reconnoiflance à une divinité protedrice par autant de -ftatues qu’elle avoit remporté de viéloires fur fe ? enneir/is. Entre tant d’ouvrages de l’art, il y en avoit, fans doute , beaucoup de médiocres, beaucoup même de mauvais ; mais pour qu’un peuple ait de grands artiftes & des chefs - d’oeuvre , il faut qu’il ait ua grand nombre d’artifles , & qu’il paye un grand nombre d’ouvrages médiocres. Comme les talens diffingués font rares , ils ne peuvent naître qu’entre un grand nombre de perfonnes qifi les cultivent , & au milieu defquels s’élève un homme de génie. Si les arts ne font cul., tivés que par un petit nombre d’hommes ,’ celui qui a reçu de la nature les qualités nér ceflaires pour s’y diftinguer, rifquera de languir dans une profeflion abfolument étrangers aux arts.

On croit qu’ils ont furtout befoin d’être favorifés par la liberté : c’étoit l’opinion de Winckelmann. Cependant les temps de leur gloire , dans la Grèce, furent ceux de la démagogie de Périclès , qui reffembloit à la monarchie , & du règne d’Alexandre qui ne laifla pas même à la Grèce la confolation de fe croire libre ; à Rome, le fiècle d’Augufle oii les Romains étoient efclaves ; dans l’Italie moderne, celui delà do0iination des Médicis à Florence ou flir le fiège pontifical de Rome ; en France, le règne ablblu de Louis XIV’. Ce qui favorife les arts, c’efl l’amour du beau, le loifir, l’opulence, un homme puilîiint quî les encourage, 8c à qui le defir Si le befoin s c u

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te luî plaire 3onne un grand nombre d’imî- j donc le premier caraéltre de la dégradation iitours. ^’ ' ’" "" """’"

Nous allons fuivre Winckelmann dans les détails où il eft entré iur la manière dont les Grecs ont envifagé & traité la beauté dans les différentes parties du corps humain. Le profil qu’ils ont adopté de préférence , eft le principal caraélère d’une haute , beauté. Il décrit une ligne prefque droite , ou marquée par de légères & douces inflexions : ligne qui s’écarte le moins qu’il efl poflible de l’unité. Pans les figures du jeune âge, & furiout dans celles des femmes , le front & le nez- tracent une ligne qui s’écarte peu de li pe pendiculaire : cette forme fe trouve bien plus com-Munément fous un ciel doux & tempéré que feus un climat rigoureux : c’eft auffi fous les climats rigoureux que la beauté devient plus rare. Les formes droites conftituent le grand ; les contours Toupies & coulans, le délicat. Si l’on ne peut nier que c’eft dans le contraire de la laideur que fe trouve la beauté, fi l’on eft contraint d’avouer que la laideur eft d’autant plus choquante-, qu’elle s’é- ;arce plus, dans fon profil , de la ligne qu’ont adoptée les anciens , on fera forcé de reconnoître îuffi que cette ligne, dont le contraire eft la laideur, eft celle qui conftitue la beauté. Plus l’inflexion du nez eft forte, plus il s’avance & s’abbaiflfe, en décrivant des lignes qui femiblent fe contrarier entre elles , & pjus il s’éloigne de la belle forme ; il en eft de même du front qui perd d’autant plus de beauté, qu’il s’éloigne davantage de la ligne droite. I ! femble donc démontré que les anciens lonr trouvé la ligne qui conftitue le beau pro-’fil, & l’on conviendra qu’avec un profil vicieux , on chercheroit envain la beauté. Le cara£lère du front ne contribue pas foibleraent à la compofer. Les anciens écrivains, les anciens artiftes s’accordent à nous apprendre que les Grecs donnoient la préférence aux fronts que nous appelions bas, & que, par du beau, on pounoic même dire de la dcg-’adation de la nature. Un front élevé, dans la j eu nèfle , a quelque chofe de choquant, parce qu’il offre un caraâère de la vieillefle mêlé à celui du jeune âge, & la fleur delà nature avec une apparence de la nature dégradée. Pour que la forme du vifage foit d’accord arec elle-même , & décrive un ovale, les cheveux doivent couronner le front en s’arrondiffant, & faire ainli le tour des tempes ^ autrement la face qui fe termine par un ovale dans fa partie inférieure, décrlroJt des angles -dans fa partie fupérieure , & l’accord de ces deux parties entre elles feroit détruit. Aufïï l’arrondiflement du front, qui eft la conformation des belles perTonnes, le trouve-r-il dans toutes les têtes idéales de l’art antique , & furtout dans celles du jeune âge. On n’en rencontre jamais dont les tempes dégarnies décrivent des angles & des pointes , difformité donc nous nous refTouvenons encore que la mode avoir fait parmi nous une beauté.

On convient généralement que les grands yeux font les plus beaux : mais c’eft moins la grandeur des yeux qui fait leur beauté dans les ouvrages de l’art , que leur forme & le’jr enchaffement. Aux têtes idéales antiques , les yeux l’ont toujours plus enfoncés qu’ils ne le font généralemenr dans la nature , & par conféquent l’os des fourcils a plus de faillie. C’eft que , dans les grandes figures Iculptées, lorfqu’elles font placées à une certaine diftance de la vue, les yeux, qui font de la même couleur que le refte de la tê :e , auroient peu d’effet fans cet enfoncemen"-. Le ftatuaire, en exagérant la cavité qu’ils occupent , produit un plus grand jeu d’ombre & de lumière, & donne à fes tètes plus de vie & d’expreffion. Cette règle , dont on léntit la néceffité pour les grandes flatues , fut obf ;r’ée par imitation pour les petites figures & pjur les un caprice de mode , les modernes fe font rnédaillas , & fi elle y eft mo’ns indifpenfa avifés aflez longtemps de regarder comme des ’-'-- "° "•>—’- i°"- ^-""-^ a„ — ;„„ ’.. fronts défeélueux. Il n’y aveit poinr de mère qui ne tâchât de corriger dans fa fille cette prétsndue défeftuofité , & ne lui épilât douloureufement le front, pour détruire en elle cet agrément du jeune âge ; agrément trop tôt effacé par la nature. Sans doute les anciens ’raifonnoient mieux , quand ils comptoient les fronts hauts dans le nombre des difformités. En effet , c’eft dans la jeunelTe qu’il faut chercher le caraâère & le modèle de la beauré la plus parfaite , & l’on peut oblerver qu’à ’eet âge, le front n’eft pas ordinairement élevé : ble, elle paroît leur donner du moins un plus grand caraftère. Elle a été adoptée par ks peintres imitateurs de l’antique , quoique leur art leur fourniffe la reffotirce d’imiter la couleur des fourcils, des cils & des prunelles : c’eft que ce principe tient à celui de donner aux grandes formes le plus de grandeur dont elles font fufceptibles , principe d’oi réfulte le grand dans toutes les parties de la figure. L’œil pris avec fon enchâffement , eft une des grandes parties de la face : le peintre d’hiftoire çonfidère cette partie dans fon en femble , & fait moins d’attention aux petites parties dont elle r-

il ne le devienr que lorfqu’il commence à fe eft compofée , telles que les poils des fourdégarnir des cheveux dont la nature s’étoit cils, ceux des cils, la couleur des prunelles, glu d’abord à le couronner. Le front éléyé eft 1 Içs plis de la peau, toutes parties inférieures Stsux-Ârif- TiviieH,^ Sf ’

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dont i’imîtation précife efr réfervée au peintre de portraits.

Les yeux , fans s’écarter de cette forme un reii cave que leur donnoient les anciens , avoient cependant des différences lenfibles & caraftérifriques dans les jê ;es des diftérentes divinités. La coupe de l’œil eft grande & arrondie dans les têtes de Jupiter, d’Apollon & de Junon : Pallas , qui a de grands yeux, confer-ve l’air virginal & l’exprefîion de la udeur , par fes paupières baifees. Vénus a es yeux petits -, cette forme leur donne une doaceur enchantereffe , & exprime une décente volupté. Il ne faut que voir la Vénus de Médicis , pour reconnoître que ce n’eft pas la grandeur des yeux qui fait leur beauté, Se l’on trouvera la démonitration de ce te vérité, lî l’on compare les yeux de cette Vénus à ceux qui leur refîemblent dans la nature. On feiitira tout ce qu’ils ont de touchant •. la paupière inférieure , un peu tirée vers le haut, îeur communique une latigueur pleine de grâce.

La fineffe des poils dont les fourcils font formés, eft indiquée daiu l’art du ftatuaire par le tranchant de l’os qui couvre les yeux ; car d’ailleurs, l’art antique, rejettant les petites parties , négUgeoit ces poils , & parvenoit cependant à en exprimer l’effet , par l’arrête çlus ou moins vive de l’os qui les ibutient. La lèvre inférieure, plus pleine que la fupérieure, procure cette inflexion qui donne au mcntn un aiTondiffement plus complet. Il eft rare que, dans les ouvrages antiques, on voie les dents, même aux bouches riante ; des fatyres ; une flatue d’Apollon, au palais Conti , eft la feule à qui Winckelmann con-Tioifie cette expreflîon •, il obferve que les îèvrcs font ordina’rement clofes aux figures liumaines , & légèrement entr’ouvertes à celles des divinités.

Dins les figures idéales , les anciens n’ont roin : interrompu la forme arroRdie du menton par ce creux fi agréable aux modernes , & qu’ils nomment foffette. C’efl un agrément individuel qui n’entre pas dans l’idée générale de la beauté-, on peut même dire que c’eft un défaut , puifqu’il imerrompt l’arrondiffement d’une forme qui tire fa beauté de fon unité. La folfette doit être mile au rang de ces petites forme ; oui ne trouvent place que dans les portraits pour caraftcrifer une refTemblance individuelle. On la n-ouve cependant à quelques têtes antiques de divinités ; mais on a lieu de Ibupçonner qt e , dans plufiejrs , elle efi l’ouvrage d’un reftauratecr moderne. Les mêmes raifons doivent faire profcrire les foflettes qui fe trouvent quelquefois aux ioues : quelque grâce qu’elles pui’.ient avoir, celles ont le défaut de détruire la plénitude & la S C U

rondeur de cette partie, & de rompre l’unîté d’nni grande forme par une petite forme fubalterneque le grand ftyle doit négliger. Les modernes femblent avoir cru aggi-andir leur manière, en failant à peine attention aux formes des oreilles , qui font cependant au nombre des parties principales de la tête ; les artiûes de l’antiquité les ont toujours, au contraire , traitées avec le plus grand foin,- Si, fur une tête gravée, l’oreille , au lieu d’être finie , eft fimplement indiquée , on peut fou-jtenir que l’ouvrage eft moderne. Les ancieis avoient qiême l’attention d’imiter les formes individuelles de cette partie dans les portraits , au point que , fi du moins on en croit Winckelmann-, on peut quelquefois reconnoître, dans une tête mutilée, à la forme feule de 1 oreille, la perlbnne qui étoit rej :réien ;€e : par ; exemple, une oreille, dont l’ouverture in-érieure excède la grandeur ordinaire , indique, fuivant lui, une oreille de îIarc-Aurèle. La manière dont les acvciens traitaient le«  cheveux, peut aider à dîflinguer leurs ouvrages de ceux des modernes. Cette maniète difteroit fuivant la nature de la pierrev Sur les. pierres les plus dures, les cheveux étoientj courts, & comme s’ils euffent été peignés aveci un peigne large , parce que cette forte de( pierre étoit trop difficile à ttavailler , pour qu’on pût en faire une chevelure bouclée & flottante. Mais dans les figures d’hommes exc-i cutées en marbre, & qui datent du bon temps’ de l’art , les cheveux font bouclés & flotiaos, à moins que ces têtes ne foient des portraits ; car l’artillre alors fe conformoit au modèle. Aux têtes virginales de femmes , où les cheveux font relevés & noués en arrière , toute la chevelure eft traitée par ondes , & forme des cavités confidérables cui répandent de la variété d’ombre et de lumière , etproduifent des effets de clair-obfcur. Ainfl font traités les cheveiix de toutes les Amaïones.

Nous venons de confidérer les différentes parties de la tête ; fi nous la confidérons elle-même dans fon enfembie, noi ;s verrons qu’elle fcrmel un ovale. Une croix, tracée dans cet ovale , in-| dique le plan des parties de la face. La brancha perpendiculaire de cette croix marque le milieiï du front, du nés, de la bouche, dumentonii la branche horizontale marque la ligne quej doivent fuivre les yeux , et à laquelle celle de’ la bouche doit être parallèle.

Tout ce qu4i.’écarte de cette règle , s’écarte aufli de Ta beauté. Si la face eft trop longue ou trop eourte, eli« ne femble plus renfermée dans un ovale dont elle ne doirp.^ fortir. Si les yeux font placés obliquement &| relevés du côté de l’angle externe, ce qui| étoit la conformation des Egyptiens , ce qui eft encore celle de piuûeurs lyations lartsites ; s c u

ils s’écancnt de la ligne horizontale -qui leur cft prel’ciite ; ils forment fur cette ligne deux feclions par des ligtes tr.anlVerfale.î , & dé :ruifent l’harmonie qui rêrulte de l’unité. Si la bouche efl : placée de travers., elle forme une ligne qui ne s’accorde point avec celle des yeux , & cette difcordance entre les lignes que fiiivenc les parties de la face , en détruit l’acccrd , ik devient une difFornuté. Le nés, vu de profil , doit fuivre la direction du front : il ne forme avec lui qu’une même ligne dans les belles têtes antiques. S’il s’écarte de cette ligne par une autre qui, prolongée , la coupe tranCverfalement , ou par des courbes qui forment des boffes , des fmuofités ; fi la pointe , hauffie ou baiflee , n’eft pas fur 1= ; plan de fa racine, alors les lignes fe multiplient &c détruilént l’accord de la , beau’é.

Il en efl : de même d’une bouche gonflée [comme celle des Afriquains, ou d’une bouche ,trop enfoncée. La première offre une tumeur

vicieufe ; la féconde s’oppoCe à un arrondiffement

qui feul détruit la monotonie : car les iformes, dans la nature, fe varient, tendant 1 toujours à la ligne droite ou à la ligne ciriculaire, & ne décrivant parfaitement l’une ni l’autre.

I Les modernes fe font affez généralement ’écartés de la beauté régulière & fiblime que les anciens ont étudiée, &z dont ils ont fait l’objet de leurs imitations. Une forte de beauté, moins conforme aux loix que nous venons Id’établir, moins fage, moins auftère , plus i agaçante, & par conf^qucnt plus capable d’opérer fur les fe’ns , les a éloignés de celle iqui infpire le refpeft & fcmble défendre le defir & interdire l’efpcrance. Ils ont même fouvent donné la préférence à ^cette qualité qu’on appelle gentitleRe , 8c quî , en s’eloi- ■gnant de la regularké des formes, femble

promettre auiïi de s’éloigner de celle des

imœurs. Ce font leurs paiïions qui ont jugé la (beauté, & elles ont accordé le prix à celle iqui paroifibit moins éloignée de les fatisfaire. ■On a cru voir le beau , où l’on voyoit la Ipromefle de la volupté. Encore plus amis des phifirs que de l’art, les jeunes artifles , dans l’effervefcence de leurs pafllons , s’attachent ■de préférence aux perfonnos qui font naître en eux le defir, & promettent de le contenter. ’Elles les attirent par les plaifirs qu’ils en attendent , Plies continuent de leur plaire par ceux qu’elle ? procurent , & femblent d’autant plus belles , qu’elles flattent davantage les fens. Ils s’accoutument à regarder avec une •forte d’indifférence la beauté fé/ère qui ne promet rien , & dont la décence fait expirer le defir : elle efl : belle, leais elle q’a pas la I

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beauté quî plaît, parce qu’elle a celle qui fe fait refpefler.

L’artifls récompense la beauté imparfaite des plaifirs qu’elle lui a fait goûter en la tranfportant dans toutes les produftions de fon art , en donnant fes traits aux Déeffes févères , aux irapofantes héroïnes. C’efi d’elle feule que fon imagination eft remplie , c’eft elle quî reçoit conftamment fes hommages ; il ne lui relie plus de tributs à payer à la beauté parfaite. Ses fens ont dégrade fon goût & fon intelligence , & par eux il dégrade l’art lui-même.

On a vu des artilîes en qui le fentiment del’orgueil a détruit celui de la beauté : tel paroît avoir été Michel-Ange ; il a préféré le defir de montrer toute fa fcience , à celui de repréfenter la beauté. Partout il vouloit faire parade de fes études anatomiques. Si Vénus s’étcit préfentée à fes rega’ds , il ne l’auroit conlidéiée que pour l’ecorcher en imagination , & tracer fur fes cartons les mufcles de la DéefTé, qu’il n’auroit pas manqué de renflée & d’exagérer. L’idée du fort, du terrible, abforboit en lui celle du beau : il auroit tranfformé les Grâces en robuiics villageoifes ; ou plutôt dans les formes, dans les expreffions, dans les mouvement, il créoit une nature imaginaire qui n’avoir rien de commun avec la belle nature.

Le Bernin a fuivi une route différente. Il a étouffe, dit Winckelmann , le fentinien-c du beau à force de vouloir flatter les fens grof- (lers. C’étoit par des expreffions triviales qu’il croyoit ennoblir des formes empruntées du naturel le plus bas. Ses figures reffémblent à dea parvenus de la lie du peuple, & l’expreffion qu’il leur donne eft fouvent en contradiélion avec l’aclion qu’il leur fuppofe. Lui feul pouvoir imaginer de placer dans un temple la tê ;e qu’il a donnée à Sainte -Thsrèfe ; elle conviendroit mieux, ou plutôt elle conviendroit feulement à une Icène de débauche : l’expreffion ne peut en être dfiignée que par uîi mot confacré au libertinage : il a choifi piour repréfenter l’extafe de l’amour divin, celle de la paulon la plus lubrique , dans l’inflant oà elle fe fatisfait.

En parlant de la beauté, nous nous fommes principalement arrê-és , avec ^Yinc !^-elmann , a la tête, qui eft furtout le fiége d’où elle exerce fon empire ; mais elle n’eil pas moins remarquable dans toutes les parties, & : furtout dans lés extrémités. Quoique le temps ait confervé peu d’extrêmiiés des antiques, on fait que les artiftes de la Grèce cherchoient à donner^ à ces parties intéreffantes la plus "grande perfeftion._ Une main du jeune âge doit avoir un embonpoint modéré : des petits trous oà l’articulation des doigts offrent, par S f ij

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leai- léger enfoncement, l’ombre la plus douce. Les doigts éprouvent depuis leur origine jusqu’au bout une diminution r.gréable , telle que la donnent les archi :ecles aux colonnes d’une telle proportion. Chez ei anciens, les articles ne font point indiques, & la dernière phalange n’eft pas recourbée en avant comme chez les modernes. Q : oiqu’en général lcur^. l’culpteurs étudiaient roigneuiement cette partie , Polyclète avoit entre eux , par excellence , la réputation de faire de belles mains. Dans les figures de jeunes hommes , l’etnboiture & l’articulation des genoux font foiblement indiqués. Le genou unit la cuiîle à la ■jambe par une éminence douce que n’interrompent ni des éminences , ni des cavités. Winckelmann regarde comme les plus beaux genoux qui nous reftent de l’antiquité, ceux de l’Apollon Saurochtonos de la Villa Borghele, d’un Apollon qui a un cygne à les pieds de la Villa Médicis , & d’un Bacchus de la même vigne. Il remarque aufii qu’il efl : bien rare, dans la nature & dans les ouvrages de l’»rt, de trouver de beaux genoux du jeune âge.

La poitrine des hommes efl grande & élevée. La gorge des femmes n’a jamais trop d’ampleur. Dans les figures dn ines, elle a toujours la forme virginale , & les anciens faifoient confifter la beauté de cette partie dans une élévation modérée. On lait même que les femmes employoient des moyens artificiels pour empêches cette partie dç prendre trop d’accroilî’ement, & même quelques-unes de leurs recettes nous ont été tranimiles. Les mammelles des nymphes & des déefTes ne (ont jamais furmontées par un mammelon faillant , caractère qui ne convient qu’aux femmes qui cnt allaité. Les modernes commettent une faute grave conrre les convenances , quand ils donnent ce cara6lere à des figures dans leiquelles ils doivent coni’erver ceux de la virginité-La beauté ne fe trouvant pas également parfaite dar.s toutes les parties d’un mCme individu , il faut la confidere- comme un choix des plus belles parties priles dans difivrens modèles ; mais avec rant de foin & d’intelligence , que ces parties détachées de d :fl"erens corps, a ent entre elles cet accord partait d’où réfulte un beau tout.

li piroît que les anciens fe bornèrent quelquefois au beau individuel , même dans les fiécies les plus fl nflans’de l’art. Théodote, à qui Socrate fit une vifite avec fes dTciples , fervoit de modèle aux artifles de ion temps. Il eft probable nuffi que Phryné fervit quelquefois feule de modè’e à des -peinifes ^ à des fculpteirs Mais Socrate , dans loti ei ;iretien avec Pa :rhafuis, nous apprend que-v pour s’élever à une beauté plus parfaite, les artilles SCO

réi :nifloient dans une feule figure les beautêi de plufietirs corps, & nous favons’que Zeuxis 1 pour peindre fon Hélène, choifir les difféien-j tes beautés des plus belles femmes de Cro-I teno.

Les anciens étudièrent même la beauté de, eunuques ; beauté équivoque entre les deu ;j Isxes, qui n’appartient ni à l’un ni à l’autre ’ & qiii ti-ent de tous les deux. Elle le caractérifeparla délicatefle efféminée des membres par l’arrondiflement de la taille , & par i’ampleur des hanches. C’efl : Winckelmann, qui i peut-être aidé par les regards exercés d(| Mengs, a fait le premier cette remarque dan : des figures de prêtres de Cybcle. Il a àulïl reconnu pour un jeune eunuque, confacrè’ a ; culte de cette déefTe, une figure drapée qui ; paffe en Angleterre , & qu’on avoit prife pou un Paris , parce qu’elle étoit coeffee du bonne phrygien : cependant un flambeau renverié de l’efpèce de ceux qui étoient en ufage dan les facrifices , défignoit affez le caracière fa cerdotal de cette figure. Une autre figure en bas-reiief, a été prife pour’ use ferarre quoique le fouet qui eft dans fa main défignaffez que c’efl : un prêtre de Cybèle , ce qu’iti diqueaufll le trépied devant lequel il eft placé On fait que les anciens ont étudié , ou plu tôt ont créé une nature mixte compofee di celle des deux fexes ; c’eft celle des herma phrodites ou androgynes. V. l’article Mytho LOGlK, au mot Bacchus. Ils donnoient au ; hermaphrodites la taille & les traits de femi me, un fein virginal & le caradère dilfinâii de la virilité. On connoît les deux belles her maphrodices couchées de la galerie de Flo’ rence ; on en connoît moins une troifisme qu ne leur cède pas en beauté i c’eft une petit( figure debout , ayant le bras droit pofé fur f : tête : elle eft à la Villa Aibani. La proportion eft la bâte de la beauté. Ce^ pendant la proportion peut être obfervée dan| une figure , ians que cetie figure l’oit belle, fi l’artifte a plus de lavoir, que de fentimenç’ de la beauté. Le vrai beau ne peut fe trouveii dans l’abfence des bonnes proportions ; mais ilj peut ne fe pas toujours rencontrer avec elles. | Les anciens ayant regardé l’idéal comme i fource du beau le plus fubl m ?, lui ont qu’ek quefois fubordonné les- proportions que donne la nature-, ils l’ont aggrandie po r la rendre encore plus belle, & lui ont donné une haureur qu’ils ont fuppofee divine, & à laquelle ne parvient pas l’humani.é. Par exemple, lai poitrine, priie depuis la fofTette du cou jufqu’àj celle du cœur , ne devroif avoir qu’une facej de longueur, & fouvent ils lui on"^ donné un| pouce de plus , ou même davantage : ils f^ ibnt iuuvent permis la même exagerarion de puis cette partie jufqu’au nombril, OeOi a

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«e moyeft qu’ils font parvenus à k fvelteffe.

La face a trois parties, c’eft-à-dire trois fois la longueur du nés ; mais la tête n’a pas com plettemenr quatre dje ces parties. La partie lupcrieure de la tête , depuis l’origine des cheveux jufqu’aii fommet, n’a que troii quarts de longueur du nés.

Winckelman fuppofe que le pied fervoit de mefure aux anciens dans toutes leurs grandes d’menfions, & que c’étoit fur la mefure du pied que les Satuaires régloient cellide leurs £gures , en leur donnant fix fois cette longueur. C’eft en effet la prcporLion que donne Vitruve ; Pes verà altitudinis corporls fexiœ , 1. 3 , ch. I. Le célèbre antiquaire regarde somme certain que le pied a une mefure plus déterminée que la tête ou la face, qui font les parties d’après lefquelles les fculpteurs modernes empruntent leurs dimenflons (i). Cette proportion du pied , quoiqu’elle ait Jaru étrange au favant Huet, & qu’elle ait été rejettée par Perrault, eft , ajoute-t-il , fondée fur l’expérience , & s’accorde même avec les mefures des tailles fvehes. « Après avoir mefuré avec foin , dit-il , une infinité de figu-J ) res , cette proportion ne s’eft pas "trouvée n feulement aux figures égyptiennes, mais enccre à celles des Grecs , comme on le verroit à la plupart des ftatues, fi les pieds s’y ’» étoient confervés. On peur s’en convaincre W par l’inipeâion de quelques figures divines , » dans la longueur d.fquelles les artil’es ont » pouffe de certaines parties au-delà des di- ■ » menfions naturelles. Dans l’Apollon da Belvédère , qui excède un peu la hauteur de s» fept têtes , le pied qui porte a trois pouces ■» d’un palme romain plus de longueur que la » tête. Cette même proportion a été donnée » par Albert Durer à les figures de huit » têtes , dans lefquelles le pied compofe ia » fixième partie de la hauteur, La taille de la » Vénus de JVUdicis eft d’une fvelteffe extracrdinaire v & quoique fa tête foit trespet te , la figure ne porte néanmoins que » iept lêies & demie : fon pied eft long d’un » palme & un demi-pouce , & toute fa hauteur porte fix palmes éc demie » ; (ou fix fois la longueur entière de fon pied ). L’exprelîion du contentement, celle de l’alaour, ajoutent encore à la beauté ; celles de (i) Quand Winckelman affure que le pied a une mefure plas déteraiinée que la tète , veut-il diie que les julles ’piopoitions da [ ;ied font plus conltantes ; Cela fe ;nble «xtra-jt-liuaire eans une partie plus fujette à fouffrir la fati^Ui.-, & à.cce altérée par elle. Il femble que la tête, choilie fat les modernes jour mefure commune , eft en cfîet une œtfare p-is commode, par la divifion de l^face tu wois parues égales. ( A’ote <•« Rédacteur.) S C U

f

la colère , de la douleur , la diminuent en proportion que ces aftedions s’annoncent avec plus de violence •,_ le calme laiffe les traits dans l’état de la nature.

La beauté étant le premier objet de l’ar : antique , l’exprelnpn devoir lui être fubordonnée. Cependant les artiftes ne s’expofoient pas au reproche de paroître i’acrifier la féconde partie à la première, & ils évuoient de fuppofer leurs figures dans une fituation où les mouveraens ce l’ame , trop impétueux , trop violens, auroient trop ahéré la beauté des traits ; c’eit par cet art qu’ils accordoient enfemblela vérité & la beauté. Voyez à l’aiticle Passions , le morc^eau intitulé : Pratique des Grecs dans la repréfentation des Pajjïons. Les anciens avoient adopte pour la compofition deux règles principales dont ils fe l’ont rarement écartée ; celle de n’employer que je plus petit nombre de figu :es que permettoit le fjjet, & celle de les reprélénter dans des aclions modérées. Les poètes tragiques n’inrrtduifoient ord.nairement que deux perlonna’^ts à la fois fur la i’cène & jamais plus de troTs • les artiftes, reconnoiffant que cette rè^le étoit fondée fur les bornes de l’attention des frectateurs que les poëfes vouloient - ménager pour la fixer plus furement, l’adoptèrent eux-mêmes autant que le leur permettoient les fujets qu’il avoient à traiter. Quelquefois même ils forçoient des fujets qui fup.polb !ent une grande multiplicité de figures, à fe contenter d’un petit nombre ou même d’une feule donc l’adion avoir d’autant plus d’empire fur l’ame des f..ecta :euro , que leur attention n’étcit pas diftraite par d’autres objets. Amfi le peintre Théon,que les anciens ont placé entre leurs artiftes les plus ingénieux , voulant repréfenter un guerrier qui réfifte feul à tes adverfaires, r,e peignic que la feule figure de ce guerrier, & lai a i^’iniaginaiion des Ipeftateursfe peindre à elle-même les ennem.is qui étoient cenfos hors de la toile. Les récits des temos héro’iques & les poèmes d’Homère font ren’plis d’aciions qui fe paflent entre un petit nombre ce figures, & c’etoit ces aâions Amples que l’art fe pla’foit furtout à traiter. » A l’égard du repos dans la compofition n dit "Winckelmann , en ne voit jamais dans » les ouvrages ces anciens artiftes, comme » dans ceux des mo.’iernei, de css foules où » chacun s’empreffe de fe faire entendre conjo. ntementavec leiautres, ni de ces afFluence* n de pei :ple, i ii l’on diroit que l’un veut » monter fur l’autre. Les compolitions de l’antiquité reffemblenc à des affemblees de perfonnes qui marquent &. exigent de la confidéraiion s.

Quoiqu’il ne faille pas chercher des grouppes dans la compoûtion du plus grand nonibf e des 32^

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bas-reliefs dont la forme allongée ne permet^ toit pas ce genre d’ordonnance , Winckelmann penfe que les ar.ciens encendoient bien l’art de groLipper. Il le prouve par le bas-relief de la mort de Méiéagre & par des peintures d’Herculanum, & Ibutient que, même à cet égard, les anciens peuvent l’ervir de modèles aux modernes. Il cfi certain que dans cette partie, comme dans toutes les autres, on peut puilercliez e’ix des leçonsde fageffe , iS ; remarquer une attention conflan.e à éviter tout ce qui peur l’entir l’affeâion. On voit qu’ils ont bien grouppé quand ils l’ont voulu-, mais on voit qu’ils n’ont jamais paru chercher à faire des grouppes. Comme leuis orateurs connoilToient l’antithèfe , de même, conrinue l’antiquaire, leurs artifles connoiffoient le contrafte. Mais leurs orateurs & leurs artifles ie font défendu de prodiguer, d’affeder le contraffe & l’antuhèle. Ces deux moyens correfpondans de deux arts divers, doivent être naturels Se naître du fujet : ils doivent furtout être épargnés, & il faut bien ie garder de croire que le csntrafte foit le plus grand effort du génie, ni.’il foit tout, qu’il remplace tout, qu’il excafe tout.

Winckelmann affigne à l’antiquité grecque quatre ftyles difterens : le fty]« ancien qui dura jufqij’à Phidias ; le grand flyle qui fut imprime à l’art par ce célèbre flatuaiie ; le Ttyle de la grâce introduit par Praxitèle , Apeile, Lyiippe ; le ftyle d’imitation, pratiqué par la foule des artiftes qui furent les imitateurs de ces grands maîtres. tes monumens les plus authentiques de l’ancien ftyle, font les médailles dont le coin & l’infcnption annoncent une hau’e antiquité. L’écriture, dans ces infcriptions, eft de droite à gauche à la manière de l’écriture hébraïque ; ulage abandonné long-temps avant Hérodote, puiiirjue, pour marquer le contraire des uiages de l’Egypte avec ceux de la Grèce, il dit, entre autres choies, que les Egyptiens écrivoien : de droite à gauche. La ftatue d’Agamemnon à Elis, ouvrage d’Onatas , avoit une infcriprion de droite à gauche : Onara ? floriffuit environ cinquante ans avant Phidias ; c’efl : dans la période de temps oui fépara ces deux arcilles , qu’on doit placer la ceffation de cet ulage.

Dans les ouvrages de l’ancien f !:5’le , ai^cune partie ne fc difl^ngue parJa beauté de la forme ni par la proportion de l’enfcmble. Le deffin des yeux eit allongé & applati ; on voit qu’à cet égard, en n’avoit pas encore entièrement abandonné !a manière que les écrivains attribuent à l’ancien Dédale. La feclion do la bouche va enremon’ant vers les côrés , ce qui forme aufli le caracière des ouvrages égyptiens & de { eeux de Lancien flyle des Etrurques, La ferme | S C U

au menton efl : pointue & termine défagréîJ bîement l’ovale de la tèxe Les bolides de» cheveux font rangées en petits anneaux & reffemblent aux grains ierrés d’une grappe de raifms. Enfin on ne peut décider àl’mfpeaion des têtes, la fexe auquel elles appartiennent* ri ne avoit remarqué ce défaut de la part des anciens, puifqu’il marque le temps où les artifles commencèrent à diflinguer les deux fex es .

Voilà ce qu’on peut inférer de l’infpeaion des médailles, & ce qui efl cenfiimé par cdle$ des flatues. La Palias en marbre de la Villa Albani eflr la plus ancienne qui nous refle. Si elle éîoit de bafalte , on la croieroit da fabrique égyprienne. La tête eCt femblable à celles des médailles dom nous venons dfl marquer lecara^cre.

A juger de ia compofition des artifles de ce temp. parles petirei figures des médailles, on voit qu’ils, recherclioient le adions violentes & les attitudes outrées : c’efl une conformicé de plus qu’ils avoienr avec le5 Enufques, auxquels d’ailleurs ils reîTembloienc parfaitement. ObiVrvationqui doit rendre timida a donner aux Etrufques certains ouvrages par la feule infpeclioh du flyie, quand en peue douter d’ailleurs s’ils leur appartiennent en effet :obfervation qui peut, en même temps, fournir une utile kçjn atx moderr.es ; elle leur apprend que lorlqu’ih cherchent à donneï a leurs figures ces grands moavemens qu’ils croyent ièuls capables d’animer leurs compofitions, ils ne font que le rapprocher des temps où les Grecs étoient encore’ barbares, & s’éloigner de ceux oii ils avoient fait une étuda profonde de la véritable beauté. Plus ils méditeront fur leur arc & fur la nature, plusils reconnoîtront que le beau ne fe trouve que dans les raouvemens modérés, & ces méditations ne les aideront pas moins à le rapprocher des grands msîtres que la Grèce a produits dans les plus beaux temps de l’art, qu«  l’étude de leurs chefs-d’œuvre. C’efl par des méditations femblabies , ou par un heureux naturel plus puifTant que toutes les réflexions, que le Sueur s’efl élevé à un excellent flyle, quoiqu’il ait eu peu d’occafions d’étudier l’.antique. S’il connoiîToît peu les anciens, il avoit leur ame , & il y trouvoit les mêmes principes.

On pe^ut obferver, quant à l’exécution , qu«  les artiftes de l’antiquité atteignirent à la finePe des détails, avant de connoître la beauté de i’enlemblé. C’eil ce dont on trouve la preuve dans la Palias de la Villa Albani. La forme du vifage eft barbare & merquine ; la draperie offre la manœuvre la plus fine & la plus faignée.

Cet extrême fini fe remarque aufîi chez le»

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imoflefftés âafls les temps de la fenaiffance de l’art, que l’on peut comparer à ceux de l’art naiflant chez les anciens. Les Hollandois , qui ont confervé cette partie, ont négligé, & femblent n’avoir pas même connu la beauté. Le ftyle ancien peut le fubdivifer lui-même en difFérens ftyles : on peut remarquer la pctiode où il fortoît du berceau, & celle où il s’approchoir de la perfeflion. A le confidérer dans ces derniers temps, il attriile par fon extrême auftérité : il a du caraftère, mais il n’a point de charmes ; il peut étonner, mais il ell incapable de plaire. Le delFin en efl : énergique, mais dur, mais fans grâces ; fort d’expreffion, mais fans beauté.

Le ftyle ne fufEc pas pour faire reconnoître J’âge d’une produûion de l’art. II a été fouvent imité dans des temps poftérieurs, peut-être pour imprimer plus de reTped ; peut être pour fatisfaire des amateurs à qui plaifoic la manière des anciens maîtres ; peut-être auffi fluelquefeis par des motifs religieux. Winckelmann caraftérife le fécond fbyle par ’la grandeur. Il étoit grand, mais il n’étoit pas encore beau , puifqu’il lui manquoit la grâce qui donne le charme à la beauté, » La » nature apprit, dit-il, aux réformateurs de » l’art, à paffer des parties trop prenoncées & » trop tranchantes d’une figure, à des contours u plus libres & plus coulans ; à modérer, à » adoucir les attitudes forcées & les aâions » violentes ; enfin à étaler moins de force & » de fcience, & à répandre plus de beauté Se » de grandeur. Phidias, Polyclete, Soopas , » Myron & d’autres maîtres fe rendirent célèbres par cette réforme de l’arc. Leur ftyle » peut être appelle le grand, parce que le principal objet de ces artiftes paroît avoir été de » combiner la beauté avec la grandeur. Il faut r) bien diflinguer la dureté de l’aufbérité, pour » ne pas confondre deux chofes toutes difFérentes : par exemple, il ne faut pas prendre » pour un refte de la dureté & de ]a féchet > reffe de l’ancien ftyle , cette indication » marquée & tranchante des fourcils qu’on L » trouve conftamment dans les figures de la » haute beauté. Ce caraftère reflenti du delïïn » eft fondé fur les idées de la beauté ». Ce n’eft pas cependant que le deffin du haut ftyle n’ait affeélé de conferver , en effet , quelques-ans des caraôères de l’ancienne manière qui lui prêtoient de la grandeur ; telles font les lignes droites, tels font les méplats un peu exagérés. C’efl ce que Pline femble avoir indiqué quand il parle de quanés & d’angles. Nous voyons de même que chez les modernes, tjuoique de grands maîtres aient donné aux traits des contours la plus grande douceur, d’autres ont cherché une forte de grandeur , en accitfant certaines formes par des qua^rés & S c u


des angles plus reflentis qu’ils ne font dans la nature , Se ont aimé à laifTer dans leurs ouvrages finis quelques-unes de ces formes tranchées que l’on remarque dans les ébauches des ftatuaires. Comme les anciens maîtres qui ont illuftré le fécond ftyle chez les Grecs , étoient les légiflateurs des proportions , ils auront facrifié quelque chofe de la beauté coulante des formes , au plalfir de donner un carattère impofant à leur deffin , & : ci’accuier fortement les formes principales. Cette exagération de grandeup , cette favante aftcclation de ce que les artifte» appellent fentimenc , devoit imprimer à leurs figures quelque choie qui refiembloit à ia dureté, quand on les comparoir aux ouvrages de l’âge fuivant , celui de la grâce. Mais Winckelman obferve , avec raifon , qu’il faut fe défier du témoignage des écrivains, parce que ces écrivains ne’toient pas do grands connoiffeurs. Ne voyons-nous pas, que, chez les modernes, la corredion & la fcrraeié du deffin de Raphaël , qui e/1 bien éloignée de la dureté, a paru dure à quelques, écrivains qui ne connoiffbient point J’arc , Se qui comparoient la manière de ce maître à la molleiTe des chairs & aux contours arrondis du Corrège ? Ils ne s’appercevoient pEs que cette mollefle étoit quelquefois exagérée , & que cet arrondiifement étoit fouyenc payé par. des incorreflîons.

Si l’on en croit Quintillen , Calon & Hégéfias étoient durs & reff’e.mbloient aux Tofc^sns , Calamis fut moins dur , & Myron eut plus de mollefle que tous ces arciftes, ( ïnft. orar. 1, II, c. 10.) Conlultez eniuite Pling : vous verrez qu’il reproche de la dureté à ce Myron, qui , fuivant Quintilien , fe diftingua par la molleffe. (Plin. Hill, Nat. 1. 34, c. 19.) Mais fi vous lifez enfuite Lucien , dans fon Dialogue intitulé les Images, il fe trouvera que ce Calamis qui avoir paru fi dur à Quintilien , avoit fait la ftatue de l’Amazone Sofandra , l’une des quatre figures qu’on admiroit le plus par l’aimable expreffion de la beauté. L’air modefle de cette Amazone , Ion fourire agréable & furtif, font des qualités bien oppolëes au caraâère de la dureté , cjui ne peut traiter avec fuccès que les expreffions fières & ter- . ribles.

V/inckelmann donne , comme les monumens les plus confldérables du grand ftyle, Niobc & fes filles, 8c une Pallas qu’il ne faut pas confondre avec celle qu’il a préientée comme un modèle du premier ftyle, quoiqu’elle fe trouve de même dans la Vilia Albani. La tête de cette figure, confervée dani fa beauté primitive, lui femble digne des grands ftatuaires de l’âge où elle fi’t faite. Elle porte le caractère de la haute beauté , & en même temps }a forte de dureté qui défigne le ftyle aeciesj.

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On voit qu’il manque à fa phyfionomîô une cartaine grâce, & l’on voit en même temps qu’il eût été facile de la lui donner par un trait plus moelleux & plus arrondi. Les figures du grouppe de Niobé n’ont pas , luivant Winckelmann , cette dureté antique qui fixe l’âge de la Pallas : la hauteur de fon ftyle eft caracleriCee par ia grandeur , par la {implicite qui régnent dans les airs de tére , dans les contours, dans les draperies, dans l’exécution. Les formes font fifimples , qu’elles ne paroifTent pas avoir été établies par un effort de l’art, mais enfantées par une penfte créatrice , pour qui concevoir Si. produire n’eft que l’afte d’un même inftant.

Le troifième flyle eft fpécifié par le nom de beau : le cataèlye qui le d ftingue eft la grâce. Tous les aSgles faillans furent rejettes de ce ftyle ; les artiftes qui l’introduifi ent n adoptèrent que les contours les plus purs. Lyflppe fut peut-être celui qui ouvrit cette carrière nouvelle , en s’attachant plus que fes prédéceffeurs à imiter dans la nature ce qu’elle a de doux, de pur, de coulant, d’agréable. Il évita les formes trop quarrées qu’avoient affeftées les piaîtres du lecond ftyle , pour donner à leurs ouvrages un caraftère plus înipol’ant ; il crut que le but de l’art étoit moins d’cfonner que de plaire, & que l’intérêt des artiftes étoit de préparer les fpeûatcurs à l’admiration par le plaifir, & non de les réduire au feul plailjr qui fuir Tadmiration & qu’elle ne produit pas toujours. D’après cette théorie, il dut donner à fes figures les contours coulans qui font toujours agréables, & non ces contours fiers & heurtés qui étonnent. Mais d’ailleurs la conformation de la beauté , confacrée par les habiles maîtres du fécond ftyle , fut rel’peûee par ceux du troifième : ils en firent le fondement de leur art , parce qu’elle avgit été établie d’après la belle nature. Ainfi l’art, en fe vouant aux grâces , ne facrifia de fa première grandeur que ce qu’elle avoit d’exagéré.

La grâce peut fe trouver avec la plus haute beauté, & lui communique le don de plaire. Elle fe manifefte dans tous les mouvemens , dans toutes les attitudes & même dans l’immobilité. Elle fe montre jufques dans l’agitation des cheveux , jufques dans le jetdes draperies. Le principe de la grâce eft dans la belle nature ; il devoir donc fe trouver dans le haut ftyle qui étoit fondé fur la correftion , fur la prëcifion du dcffin ; mais ce principe ne fut développé que par les maîtres poftcrieurs qui s’en occupèrent davantage.

La grâce n’entroit dans le haut ftyle, qu’autant qu’elle fe trouvoit à la fuite de la beauté , que les artiftes de ce temps cherchoienc dans l’accord d»s parties ou d^ns la fierté de S c u

î l’expteflîon. Maïs elle eft délicate, & ils dursti-é fouvent la détruire en voulant trop exprimer : elle exiftoit dans la beauté qu’Us prenoieRt pour modèle ; mais en voulant trop reflentir ce qui caraftérifoit les belles formes , ils eftaiçoient ce qui les rendoit gracieulés Ils n’avoieut fur le beau que des idées aiftères, & pour eux , la grâce même , quand ils la rencontrcient , étoit fière & impolar.te : on ne la reconnoiffûit plus , parce qu’elle refTtmbloic trop à la majefté.

Les artiftes du beau ftyle donnèient à la grâce un charme plus attrayant, & remplacèrent la fierté par i’ameni.. C’étoit , dit Winckelmann, la fière Junon qui , pour être fûre de plaire, emprunté le cefte de Vénus. Il croit que les peintres furent les premiers à cultiver cette grâce , que Parrhafius en fut le père, & qu’elle fe communiqua fans réferve à Apelles. Les ftatuaires l’empruntèrent des peintres , & tous les ouvrages de Praxitèles fa d.’ftinguèrent par la grâce.

Si l’expreftion olbit fe montrer dans fes monvemens violens & impétueux , elle nuiioit à la grâce , elle détruiroit l’harmonie du beau ftyle. La plus grande douleur elle-même ne fe m.ontra donc que concentrée, telle qu’ca la voit dans le Laocoon. La joie n’ola s’épanouir jufqu’au point où elle commence à grimacer j il lui fut ordonné de répr mer les explofions par lefquelles elle dégrade la beauté ; elle n’oia paroître que dans fon aimable douceur, & ajouta de nouveaux traits aux grâces, & à la beauté des charmes plus touchans : telle on la voit fur le vifage d’une Leucotho^ qui eft au Capitule.

La grâce ne craint point de s’allier à de» formes qui ne s’accordent point avec l’idée de la beauté parfaite , & l’on peut même dire alors que, dans l’ouvrage de l’art ou de la nature , elle répare ce qui manque de beauté ; on eft même fouvent tenté de croire que- ce qu’elle» donné l’emporte fur ce qui manquoit. Ce n’eft plus, il eft vrai, la grâce hé’oïque ; c’eft celle qui peut accompagner la yie commune ; c’eft- celle qu’on trouve fi touchante dans lef enfans , dont les formes n’ont point encor» éprouvé les développemens qui peuvent le» conduire au vrai beau ; c’eft celle qu’on peut rencontrer dans des réduits champêtres , & qu’on ne trouve jamais dans les Cours, oui l’ar» a lutté trop puiffamment contre la nature. Cette grâce fe trouve fur quelques têtes de faunes & de bacchantes. Souvent ces têtes ne feroient pas à l’abri du reproche , fi l’on voulpit le» juger fuivant les règles févères du beau. Tantôt le profil en eft commun & trop applati ; tantôt le nez en eft trop enfoncé -, tantôt le fourite en fait relever les angles de la bouche. i Cette Hiêroe grâce , ces mêmes défauit f» uourenf

s c u

^Surent dans les têtes du Corrigé. Souvent même les angles des yeux y font un peu trop relerés. Enfin elles ne l’ont pas belles , mais elles olaifent ; fi ce maître , comme le penlent Mengs & Winckelmann , a pu connoître l’antique , c’efl : dans les figures de faunes & de bacchantes qu’il l’a fiir-tout étudié. On voit , à la Villa Albani , une ftatue de bacchante d’une très- belle confervadon. El.e doit être placée , dans fon genre , entre les figures idéales , & mérite même d’être comptée «u nombre de celles à qui l’on a voulu donner la forte de beauté qui leur convenoit. Elle a le nés applati , & les angles extérieurs des yeux tirés en haut, de même que ceux de la bouche. On lait que c’étoit le caraftère convenu chez les anciens pour les têtes de faunes, S : on voit qu’ils ont voulu l’imprimer à celles des bacchantes qu’ils leur donnoient ordinailement pour compagnes. Les caraflères çjre nous venons de décrire, & qui feroient ji ;ftement q.aiifies de défauts dans les têtes nobles , devenoient la grâce de ces fort€s Je têie5.

Toutes les fortes de grâces ont été connues des anciens, & le temps qui a exercé tant de ravages fur leurs chefs-d’œuvre, a refpedé des modèles de toutes. Un Cupidon endotmi , à la Villa Albani ; un enfant qui joue avec un cygne , au Capuole ; un autre enfant monté fur un tygre, avec deux amours dont l’un cherche à l’eftrayer en lui prefentant un mafque , fuf fifent à prouver que les anciens ont réuffi à rcpréfenter la grâce dans la nature cnfanine. « Mais, continiie Winckelmann, !e plus bel j) enfant que l’antiquité nous ait tranfmis , j) quoiqu’un peu mu’ilé , eÛ un petit fatyre i d’environ un an, de grandeur naturelle, & » confervé à la Villa Albani. C’eft un bast 9 relief, mais d’une faillie fi marquée, que n prcfque toute la figure ei de ronde-bofTe. Ces p mon^imens doivent détruire i ;n préjugé, qui

  • > ell devenu une opinion en quelque forte

t» inconteftable -, c’eft que les artiftes antiques

  • font fon inférieurs aux modernes pour la

p configuration des enfans ».

Nous voici parvenus, fur les pas du favant Sue nous avons pris pour guide , au quatrième

yle , celui d’imitation.

La grande réputation que fe firent , avec tant de ji.ftice, les Praxitèles, les Apclles , nuifit à l’émulation de leurs fucceffeurï. Comme les arciftes qui les fiji virent défefpérèrent de les furpaffer , & même de les arteindre, ils bornèrent toute let.r ambition à les imiter, & l’on fait (|Ue les imita e.irô fon ; toujours au- •detl’ous des inaîrres qu’ils fe propofent pour jnodèles. On conçoit pour ces maîtres un refj )eft lî religieLix , qtie l’on finit par regarder ■ji^ur6 talehs comme fupérieurs à l’humanité, & ^eiiu II. Beaux-Ans.

Stg U

! 

Vaxi ne rougit pas de refter au-deffoiis d’eux. Bientôt même ce n’eit plus eux que l’on prend , pour modèles, mais ceux qui les ont imités, avec le plus de fuccès ; avec Le temps enfin , on ne voit plus que de ; imira :edrs de ces imitateurs. Enfuite on cefl’e même de s’occuper de ces anciens modèles & de ceux qui les ont fuivis ; on lé livre ou à la manière de quelques artiftes qui ont acquis une réputation fubaheine à !a faveur de la digradation du goût , ou l’on cherche à fe difiringutr par des manières de caprice & de mode. Telles font les révolutions qu’ont éprouvées les arts chez les anciens & chez les modernes. Quand les artif !:es gre :s eurent ceffé ds chercher le beau, ils- voulurent fe diftinguer par le fini des dkails. Pour éi^iter la dureté du grand ilyle, on donna dans une maniete ronde & molle. On s’attacha à rendre fur le marbre des dé’ails auxquels fe lefufe fa fragilité , & qu’on n’a^oit hafardé jufques-là que fur le bronze. Ceux qui fuient frappés de ces défauts, imitateurs comme les autres, ne firent que changer l’objet de leurs imitations. Ils tentèrent de renouveller ce que Winckelmann appelle l’époque du grand ftyle, & ils n’en imitèrent que le défaut ; c’eft-à -dire, que cette grandeur exagérée des formes c[ui en impofe , mais qui néglige trop les recherches du vrai. C’ctoic faire retoatner l’art fjr fes pas au l.eu de le faire avancer’ : c’étoit le rapprocher de la manière égyprienno. Cette pratique qui ne négligeoit pas feulement les petites formes dont i’art ne doit que rarement s’occuper , mais encore le fentiment des chairs Se les organes du mouvement , éroit expéditive ; & c’eft peut-être ce que Pétrone nommoit artis compeiidiariam , & VWne vias compendiarias , un abrégé de l’art. Enfin , tout fut perdu , quand, au goût des grands ouvrages , faccéda celui des grottefques. Vitruve s’étoit plaint de cette mode deftruâive , & plufieurs milliers de tableaux , trouvés dans les fouilles d’Herculanum & des autres villes enfivelies fous les cendres du Véfiive , prouvent qu’elle avoir envahi les arts au moment de cette funefte cxplofion.

Quand le goût fut gâté , quand on eut perdu l’amour de l’art , quand une ftatue ne fut plus qu’une ftatue, & : qu’on ne daigna plus examiner fi elle étoit belle ; quand enfin , ce qui arrivera toujours , la fatiété eut amené l’indifférence , en ôia quelquefois la tê :e à des ftatues , pour les remplacer par d’autres traitées dans la manière qui étoi : à la mode , ou repréfentant quelques perfonnages qu’on vouloir honorer. Ainfi peur-êrre des têes , ouvrages de Lyfippe , de Praxitèles , furent détruites, pour y fubflituer l’ouvrage de quelques arciftes obfcurs & dignes de i’obfcurité.

55© ECO

Il vînt auffi un temps où l’on eut tant de fl-atiies, qu’on ne fe (bucia plus de s’en procurer de nouvelles. Alois on ne fie plus que des bvftes, des portraits, & ces genres inférieurs le fontinrent quand on ne fit plus d’ouvrages capitaux. Les perfonnes qui ne connoiflent pas les arts pourroient croire que ces fculp^eurs en ■portraits les firent d’autant çlus beaux qu’ils , le confacroient entièrement a ce genre ; mais l’expérience prouve que les genres l’ubalternes fe dégradent eux mêmes , quand les genres Cuptrieijrs ne font plus cultivés, & que Ion ne peut guère avoir de grands fuccès dans les genres inférieurs , quand on n’a pas foi-même cultivé le plus grand genre

Les artiftes des beaux fiècles avoient négligé les petites parties de la nature : ce fut à les euprimer que les artiftes des âges ténébreux firent confifler une partie de leur talent. On voit qie dans les temps inférieurs, dans le flècle oil fut élevé l’arc de Sep ime Sévère , on affedoit de prononcer fortement les veines. On a eu foin de les e>: primer, fur cet arc, même à des figures idéales de femmes , telles que des Viftoires qui portent des tn.phces : triple fau’e -, la première, de s’arrêter à des détails qui échappent aiC ?ment à la vue, dan ; un moniment dont le travail ne devoir pas être fort voifin de l’œil ; la féconde, de donner à des femmes une force qui ne s’accorde point avec la délicateffe de leur fexe ; la troifième , de donner à des déertes un des caractères de l’humiinité périfT.ble ; erreur que n’auroient point commife ies artiftes de la belle antiquité , parce qj’elle étoit contraire à leur nivthologie qui ne donnoit point de fang aux dieux. Les modernes n’ont que trop fouvent imité ce procédé de l’art dégradé des anciens, qui , dans la dégradation même , fe fourint avec beaucoup plus de luftre à Rome que dans les provinces & les colonies.

Il faut ajouter, que, dans le déclin de l’art, les ariftcs n’oublièrent pas entièrement la E andeur de leurs maîtres, & retinrenc toujoiir, tuelqus choie de la fublimité de leurs prin cipes. En général , les airs de tê :e conferverent une idée de la beauté antique ; les attitudes , les ajuftemens ne s’éloignèrent pas de la fimplicite. Jamais, dit V/inckelmann , les anciens ne fe lail’sèrent éblouir par cette élégance recherchée , cette grâce affedée , ce cadencement exagéré , cette fouplefle contournée , enfin tous ces défauts auxquels les modernes ont donné tant de prix. L’école dégénérée & prel- ~ ( a expirante , confervoit toujours quelque chofe de la gj-andeur Se de la fimplici é de (on ftyle -, & fes derniers ouvrages nous donnent encote d’utiles leçons.

Ce qtii la foutint , peut-être , c’eft que l’on eontinua toujours de copier des ouvrages des S C Cf

anciens. On connoît d’excellentes ftatuês 8i< troifième fiècle , dont on ne peut faire honneur à cet âge, & qu’on doit regarder comme des copies d’ouvrages antérieurs : ce n’eft qu’à la manière dont font traités les cheveux , qu’on peut teconnoître le temps où elles ont été faites.

Après nous être fait une idée de la théoris des anciens , il nous refte à connoître les détails de leur pratique.

L’argile eft la premère matière qui foit employée par l’art ; c’eft par elle que nous devons commencer à traiter de la partie méchanique des Grecs. On vo t, par la figure da ftatuaire Aloamène , fur tn bis-relief de la Villa Albani , qu’ils la travaiUoient , ainfi que les modernes, avec l’ébauchoir : mais ils fe fervoient aulli des doigts , & même des ongles , pour rendre les parties les plus délcates. Laconnoifl’ance de cette pratique des anciens a découvert à Winckelmann le vrai (cns de quelques expreflions comm^ines des Grecs qui n’avoir pas été faili par les favans. Comme il entendoit mieux les procédé.-, des arts que tous les érudits qui fe font occupes des anciens ajteurs, il eu naturel qu’il .-iit mieux faifi des pafTages dont la fignifica.ion leur étoit échappée , parce qie c’etoit dans ces procédés des arts qu’il en falloit cherche ;’interpréta :ion. Du mot ônv^ , dit-il , qui fig.ifii l’ongle , les Grecs avoient formé les mots ôci/5(_ ;^s/c , é^ovvyit^nv, pour lignifier qu’on donnou les darnici’es touches , ou littéraleaienr , les derniers coupsd’ongle a /on modèle ; & par mé aphore,poui : dire qu’on terminoit quelque choie. Quand on’ vouloit expr mer que l’opéra :ion la plus difficile étoit determner, on dilbii , le momentoù la terre glatjè eji fous l’oncle : oru,v eîs avvya. vwKoç à,<pix.na.i. C’étoit aulli parallulion à l’arc de mjde.er, que les Latins, en pariant d’un homme bien fai’, difoien- ad unguem facius homo. < ’eft par une métaphore femblabie , pril’e de ’a t de ourner , que nous d’Ions . un homme fait au tour. Au lieu de dire qu*an auteur avoit chàrie Ion ouvrage au }.o/nt de n’y laiTèr r en à défi er’^ les Latins ài(oent ■ Cajll ait adungum.

Ceux qui iiroient dans ^e Corne de Caylui que les icjlpteirs grecs ne tailb en pas de modèle^ avant de trava lier le inarbre , pourro enc fe liifTer entraîner par l’aiirorné refpectabie de ce«^antiqi.a re , qui d’ail’etirs (emble a’ puyé d’un partage de Diodore de Sicile. Ils (e croiro.en : en do t , d’aprts ce : e ft.ifle découverte , de m :prifer les ftaaiaires mode- nés, comme des otivr erî timides. Ii n’eli donc pas intiti.e de fa’re ccmiîcre que ce" e fatilTé opinion a étérenverfée par Wlncke maun. Ilfuffit, pour :a combat re , de citer , d’après lui , une pierre gravée du cabinet de Stofch ; elle ris cv

pfefente Ptométhée occupé à fculpter la figure de l’homme , ce lé fervanr d’an à plomb pour Bielurer, d’après Ion modela, les prof or-ions de Ion Ouvrage. Diodore a leuiemenc voulu dire qi’C le compas fuffifoic aux Egyp-iens ; mais que les Grec» confultoient encore leuri yeux pour donner la grâce, & la véricabie beauté des proporcions à ^eurs figures.

Au lelte, il ne faudroit pas nier que les Grecs quelquefois ont pu faire des ouvrage. Ce Iculpture lins en avoir auparavant préparé le modèie. Ce procède hardi a été plus dYne ■ fois employé par des modernes, & même par des Icu.p.eurs qui ne lont point places aux ’ premiers rangs des artiftes.

J-es ançjen-. , ainfi que les modernes , ont laïc de, ouvrages en p.à re : il ne relie plus aujOLrd’hui , dans ce genre , q :e des basreliefs , & i’(,n a lieu d’êrre furpris que le temps ait rei ;.ecte une matière fi f agile. Les plu» bea..x de ces monumens ont été trouves à iJayei : ils apcar enoienc à la voûre de deux -^ambieo & d’un ba.n. Le travail en eft doux oc peu ia-1 ant, tel qu’,1 convenoit de le faire »ur une lubilance peu (bl’de : mai., pour donner aux h ;îuve5 une apparence de dégrada-ion à | Jaquelle s^Jppo^oit leur fo.ble iaillie , les artilte » onr indiqué, par des concours profondé-Bient tracés , les parties qui doivent fe diftinguer en reuet fur la (urface plane- On halardo. t ce-eruiant q.ielquefois des parties Taillantes, ex : même quelq ; ei-unes qui é oient en-Merement de relief ; telle étoit la mam d’un l-eiLe tenant ^la tê e de Médafe, dans un basreiief tfouvé à Pcm eia : cette main étoit aflujecLie par i,ne verge de fer.

On ne fmfoit guère en ivoire & en argetit que de peii^s o .vrage,. L’art de les travalllè^ fe nommoit toreuticé Winckelmann a rai Ion de dire que ce mot ne vient point de tornos , tour, inllrumen des tourneurs.- mais je uie garderois d’affurer avec lui qu’il vînt de toros , adjedif, qui fignine clair, exact, parce que, dit-il , le relief de ces ouvrages les rendoit plus clairs aux fpectareurs que les travaux en «reux, quon nommoit anaglyptes. J’aimerois mieux croire que le nom de i’art appe lé toreuticé , vient de l’inftrument nommé toros, qui pouvoir être une forte de cifele , Les Grecs tailloient le plus ordina"rement ’ dans un lèul bloc leurs ftatues de marbre. Cependant il eft prouvé par les monumms eux-’ mêmes, que Couvent ils travailloient les têtes ■ féparément , & qje , quelquefois , ils fui«oient ■ ;atlli pour les b as ct.tte fingulière prai^ue.

! Les têtes du fame.ux grouppe rie NiuDe, ont 

été adaptées après coup aux figures aux q ; elles jelles appartiennent.

’ Il eft prouvé par une figure moyennîment , ’ f Qieffale <iiii re^réfente uise w/ière , & qui elt i S c u


confervée à la Vilia-Aibani , que les anciens ebauchoient leurs ftatues de la même manière que Jes modernes ; car la partie inférieure de cette ftarue eft à peine degrollie. On voit aulli que , comme les modernes , ils affujettiflbient a la figure , par un Ibutien épargne dans le marbre même , les membres ilbles, afin de pouvoir les travailler fans rilque de les brifer. Or. remarque qu’ils avojer.t pris même cette précaution à des ftatues ).our lel’quelles elle n’étoit pas abfoiument neceflaire.

On voit , par un pafTage de Pline , qu’ils étendoient un vernis fur leurs ouvrages de marbre , & qu’un peintre, nomme ISiwias , étoic ie verniffeur des ouvrage^ de Praxielcs. On fait qu’ils polilloient e plus grand nombre de leurs ftatues, même cololfales ; méthode qu’oïl ne lauroit approuver, puil’qu’ii eft toujour,’ ; à craindre que l’opération du poliment ne fafi» perdre les touches les plus fines Os : les plus lavantes, d’autant plus que cette o ;ération n’eft pas ordinairement exécutée par le maître. Winckelmann croit qu’après l’opération du poliment à la pierre-ponce , les anciens repaf-Ibient fouvent l’ouvrage tout-entier avec l’outil, ne la (Tant aucune partie fur ]at|uelle ils ne promenaffent le cifeau. Alais pourquoi auroieiat-Jls tait précéder cette opération de celle du poliment ? Le Laocoon eft le plus bel exemple des ftatues terminées au cifeau feul , fans avoir été fatiguées par le poli : l’œil attentif peut encore .y découvrir avec quelle fcience & quelle dextérité l’artifte a promené l’inftrument fur tout l’on ouvrage, pour ne pas perdre les touches favantes par un frottement reitéré. Ce travail donne quelque chofe de briic à ce qu’on peut nommer l’épiderme de la ftarue , & ce brut eft bien plus agréable à l’œil du connoifl’eur, que la furface luifante que donne le poliment, & qui jette un éclat fi vif fur les parties frappées de ialnmière , que l’œil ne peur bien diftinguer le travail de l’artifte. Aux ftatues de porphyre , les anciens faifoient ordinairement la tête & les extrémités de marbre. Il eft vrai que l’on voit à Venife quatre figures entièrement de porphyre ; mais elles font l’ouvtage de Grecs du moyen âge. Dans les figures d’albâtre , ils avoient coutume de faire en bronze la tête & les extrémités.

Les reftaurations faites par les anciens ne (ont pas du nombre des choies les moins curieufes qui foient parvenues jufqu’à nous. Ois v.iit qu’ils reftauroient les parties n"i»i]éçs de la même manière qu’on le fait de nos jours, en pratiquant un trou dans la partie endommagée, pour y introduire & y fixer un tenon qui afTujetiflbit la partie nouvelle. Ce tenon étoit quelquefois de fer-, tel eft celui du Laocoon qui eil pratiqué derrière la bafe. Mais i’airai» T t ^ - ^’

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étoit juftément préféré au £er , parce qu’il n’eft pas de même fiijec àia rouille. Le fer tache le imarbre quand l’humidiie s’y introduit , & ces taches prennent , avec le temps , une fort grande étendje. On voit à une ftatue , dont la tête, aujourd’hui perdue, fut autrefois aiTu- ^ jettie par un tenon de fer, que la rouille a taché de jaune la moitié de la poitriie. Aulii , pour évirer cet inconvénient , les ancien^ employoient-ils ordina-rement l’airain même aux tenons de ? colonnes & des pi’aftres. Il refte des ftatues qui ont é’é mutilées dans des temps de l’antiquité où l’art étoi : encore floriffant : ces outrages contre les productions de l’art ont éié vrailemblablemcnt exerces dans des temps de g’..erre, où les vainqueurs . exerçoient leur vengeance même fur les nioaumens.

Les anciens préparo’ent comme nous, parun alliage d’étain , le bronze delliné aux fontes.

Si l’étain n’y eft pas mêlé en affez grande

cjuantité , l’airain n’til pas afTez fluide pour fe répandre dans les- jets. Les ouvriers de Rome , difent alors que l’a'iain eft enchanté : expref-Con fondée fans doute ’lir quelques liées liiperCtitieufes. Benvenuto Cellini raconte lai-même «{u’ayant préparé la fonte d’une ftatue , & fait chafîer le tampon qui bouchoit le fourneai , il alla le mettre à table , croyant fa prélence peu néceflaire pendant l’écoulement du métal. 11 y étoit à peine , quand les ouvriers vinrent lui annoncer qae le bronze ne couloir pas. Auiri- :ôt il fe lailît des plats & des afliettes d’étain j Jes jette dans la marière en fi,fion , lui donne par ce moyen la fluidité néceUaire , & alTure le fuccès de l’opération.

Les anciens fondoienc quelquefois 6n cuivre jaune ; ils le choififlbient de préférence pour les flatues qui dévoient être dorées. Tels font les q ; atre chevaux du p jrtail de Saint-Marc à Venife. Ils doroient auiii quelquefois les figures de marbre.

Les moules que les anciens préparoient pour jetter leurs figures en fonte, paro-ffentavoir, . au moins quelquefois, différé des noires. Oncroit

avoirreconnu , fur les quatre chevaux dont nous

venons de parler , que chacun a été fondu dans deux moules diftrers qui s’adaptoienu dans la longueur decesche aux.

J’ignore s’il eil bien prouvé que le^ anciens aient quelquefois hazarié de faire d’jn leul jet des fsntes coniidérables ; mais i] l’efl : que , fou^’eni du moins, ils év i toi en’ d’en courir le^ dangers. Dans les prein-ers ti ;mps , au rapport de Paufanias , les figures de brtjnze écoientcoir,pol’ees de plufieurs pièces , & jointes par des clous. On iui>'ir encote ce procédé dans des temps poftérieurs. C’eft un fait prouvé par fix. figures de femmes trouvées à Hcrculanum , les unes grandes comme nature , les autres au-S C U

deffbus de cette grandeur. Les têtes , les hfis, les jambes font fondues féparément , & 1b tronc même eft de plufieurs jets. Les p-èces font jofintes par des attaches que leurs formes, femblables "à des queues d’hirond&Ues , a fait n ; mmer queues d’aronde. Ces figures ont des manteaux compoTés de deux pièces, qui fe joignent fur les épaules , où ils font repréfentés boutonnés.

Par ces procédés timides , les anciens femblo ent devoir fe garantir de manquer leurs fontes , & cependant ils ne laiffo^ent pas ie les manquer quelquefois. On remarque encore des rempliflages ajuftés avec des doux, qui témoignent les défauts de la fonte. Dans les temps les plus reculés de l’art, & dans les fiècles où il étoit le plus floriffant, les anciens avoient la pratique d’adapter àleurg fijTures des bouclei de cheveux par le moyen de la foudure. C’efl : ce que les modernes pratiquent encore pour de petites par.ies. L’ouvrage le plus ancien de ce genre eft an bufle de femme du cabinet d’Herculanum. La tête eft coëffée de cinquante boucles fur le front & jufqu’aux oreilles, & ces boucles fontfoudées. L^ne autre lê e du même cabinet a foixante-huit boucles foud^ej de même. A une autre tête idéa.e , er^core du même cabinet , qui paroît ê re des plis beasx temps Je l’art, & qui eft connue fous le n ; m de Platon , on voit : des bouc es foudées aux te.Tires. Il s’eft conicrvé quelques morceaux de bronze an i-j. :e incruftés en argent : tel eft le diadêm ; de l’ApoUcn Saiirochtonios de la Villa Albani ; telles font aulfi différentes baies 4e figures du cabinet d’Hercuianum, Quelquefois ’on ’.ncruftoit en argent les ongles des pieds & des ;nains •. Pau’anias le dir., & fon récit eft conn ;mé par deux petites figures trouvées . à Herculanim. Hcrode Aiticus fit ériger à Corinthe quatie chevaux dorés don : les pieds é ;uient d’ivoire.

CJn trouve des yeux incniftés à quelques tê.’es en bronze & en marbre. Le cabinet d’Hercuianumoftre de petites figures de bronze avec des yeux d’argent. Dans quelques têtes de bronze , des pierres fines reprefentoien’ i’iri ; . On aio.itoit quelquefois aux rê’es des prunelles d’un marbre -rè -blanc & fort tendre, qu’on nomm’- poloml’ino. Ouelqueroi ; on faKbit la cornée en argent, Cfe l’on em^Liycic de ; pie res préc’euies de coule u-s dfte-’cnes, pour exprimer la pr..nelle & i’iris. C’eft ce qu’indiquenr un refi^e d’arrenr qui Ce vor autour des paupières de quelques tê es^ .V les trc’.'s qui ont reçu !es pierres dont éro’ent forttiées l’iris & Li prunelle. Piurarq^ e raconte qu’ayant la bataille de Leuclres , a laquell«  Hiéron perdit la vie, les yeuxtonsbèrenc-èe H- :

S c u

% fïafue ’, ce qui fit regardé comme un préfage ïuneltc.

Winckelmsnn n’oie affiirer que l’on connoifle avec certitude la manière dont les anciens gravoient en pierres fines. On fait qu’ils fai-

ibient uCage de peti-.es pointeE de diamans 1erties

dans des outils d’acier ; mais tenoieni-ils ces outils à la main , ou les ajuftoient-ils à une roue, comme !e font, en général , parmi Jious , les artifles en ce genre ? Il croit a’-oir .découvert le procédé de la roue fur des pierres intiques dont le iravail n’eft qu’ébauché 5 ce qui prouveroit qi :e la pratique des anciens, à Cet égard , ne difFJroit pas de la nôtre. On a admiré que les ancien ?, fans le fecours de nos verres oculaires , aient pu exécuter des travaux aufli fubtils que ceux qui nous font efterts par quelques unes de leurs pierres gra- ■vées. W’nckeiniann , qui ne conçoit pas «ue l’oeil nud puifle guider des ouvrages d’une fi grande fineTe, iuppoCe que les anciens ont connu la loupe ou lentille , ik que cette découverte, dont ne parle aucun de leurs au- ■ leurs, aura été pe :due pendant les (lèc’co de barbarie. N’eft-il pas plus vraifembiable que les graveurs qui fe font difl ngucs par une grande fineffe de travaux, etoient myopes ? On a prétendu que les Grecs & les llomains , dans leurs bas - reL^fs , n’obfLrvoient aucune dégradarion ,& donnoîent àrojie.’ leu’s figures la même faillie. Cette afiercion efî : détruite par des bas reliefs expofes à Rome dans des lieux publics. Dans j’i n des plus beaux qui foient en cette vrlle , & : qui fe voit au ps- •lais Rufpoli , la pri-icipa’e fignre a tant de •faillie , qu’on peut pafler deux doigts entre la tête & le fond ; les dit} rens objets qui compofent cet ouvrage ont dt-s Jtgradanon ? rem’iLl-» entre enx. On peut fai’^e la même obfervad- n fur un petit fujet reptéfentant une offrande , ■■& fur un facritice offert par Titua. Il cft donc ceraln que les anciens, ainfi que nous , connoiffoient les bai-reliefs de forte & de foible faillie, & l’on ne doit pas être lurpris de ne trouver qu’un petit nombre des premier’- , puifque les occalions de les employer avec convenance font bien moins freq entes. •CssEsrXTiôWS de Mengs fur L’hijîolre de l’art che les anciens.

Les anciens ont dA commencer l’art du deffm par des formes longues , fimpl ■ ; i dro e ; , telles qi.e fout les figures des vafe« é rufques. ’On voit à Rome plulieurs bas-relief antique-- •de marbre traités dans ce goût , ik. dontqLe ;-

ques uns paroiffent «tre des oir.rage- egyp-

■tiens. Si l’on ob)e( ?le que les Egyp.iens n’ont jamais travaillé dans ce goût, parce que leur pâture a été plus forte , parce i^ue leur cli- ^’

la

S C U 555

mat , leurs exercices & leurs coutumes ont dû fermer des corps robufces , on peut répondre que l’art n’a pu d’abord imiier la belle nature, ni même la nature dans toute fa vérité, & que les Etrufques n’étoienc pa- non plus un peuple maigre , mais un peuple fort & vigoureux : cependant leurs ouvrages en marbre & les défi fins de leurs vafes font maigres & roides. Il eft probable que la piiilofopJiie & Ie«  fciincc-s capables d’orner l’elprit avoient fait dï^ progrè. dans !a Grèce, avant que l’on s’occupât de la peinture & de lalculpture , S- : c’efl : ce qui conduisit les anciens à tracer une ro te toute oifti-rente de celle que fuivent les moderney. Is prirent pour guide le raisonnement, & non î routine & le caprice , Ik eurent pour maxime de commencer par les parties les plus neceflaires , telles que les os & les raufcles ; ils palsèrent enfuice aux proportions , & comprirent que tout ce qu’on peut appeller le néceiïaire , l’utile dans l’art d imiter les formes fiimaines , ccnfifte dans ces deux partie’ ;. Ce furent elles qu’ils cherchèrent d’abord à obferi-er , & qui coniirltuèrent leur premier goût ik leur plus ancien flyle.

Aulh -oJt-on dans leurs figures une propor» rion qui ne peut êcre que le réfuliar de principes fixes Se certains, tk qu’ils avoient calculée fur la plus belle nature de leur temps & de leur pays. C’efl ce que prouvent les ’têtes de l’ancien ftyle qui fe rdlTcnib.ent toiites. S’ils avoient, comme nous, travaillé i’ans principes ils auroient varié davanttige ces têtes, quand ce n’auroitéré que par erreur.

Dans le (econd âge , ils s’apperçurent qus leur premier flyle etoit fec & méfquin. JJs aggrandirent donc leur manière ,& donnèrent pi-s de nobieife à leurs ouvrages. Ils rétrécirent moins les proportions des corps ; mais conftrvant encore le gotlt des lignes droites ils tombèrent dans un fbyle un peu mafïif quoique d’ailleurs afTez beau, ik qui n’avoic plus la maigreur.de leur premier goût. î^ous avons dan ? ce genre quelques anciennes fîàtues etrufques , c[ui icnt lottrdes & durt^ quoique d’un bon ca-aflèrs ; telle efl l’Amazine Etrufque. On ne connoît prefque point d’ouvrages des Grecs dans ce flyle-, mais il efl probable qu’ih y ont paffe , & l^on en voit encore un rcfbe drns le petit nombre de leurs belles produélicns que le temps a refpefrées. On peut en donner pour témoignages certains eur front plat, iet :r nés quarte , leurs fourc’ls for ement ’ranchés, leurs lèvres droites, &c. On connoît enT autres , dans ce goût, une flatue de la Mlner.’a Medica au palais Giultiniani ; les cori ours de certe figure font de ia plus grande fimpiicité , & on pourroit la rapporter au fécond flyle grec.

Toutes les figures du gtouppe de Niobé pa334 S CV

roiffentêtre im’têes d’après d’autres ftatuesfaîtes dana un temps où le goût étoit porte à un plus haut degré cher, les Grecs ’.on y reitiarque la plus haute p rfcélinn dans les proportions ; les formes en font lubiimes & d’une beauté achevée : mais il y manque encore une certaine morbidefTe qui a été trouvée plus tard. Les lignes de ces ligures font un peu trop roides , les angles en lont trop fentis, & l’on n’y remarque point cette élégance, & ce contour 11 parfaitement varié , que l’on admire dans quelques autres ftatues grecques , telles que celles de l’Apollon , du gladiateur , de la Vénus de Médicis , du Ganymède , &c. On peut penTer qiie les ftatues du grouppe de Niobé ont été faites avant le flécle d’Alexandre ; car on fait qu’avant cette époque, les Grecs nes’uccupoient que fo’ :b ;ement de la draperie, & qu’ils râchoiant lei’lement d’éviter le ftyle dur & roide de leur premier temps Se la pelàntei.r du fécond.

"Vers le règnp d’Alexandre , on atteignit à la plus haute perftftion , en donnant plu , de mouvement aux contours tk en ô.ant à la pierre fa dureté ; les fculpteurs commencèrent alo s à étudier la chair & cherchèrent à parvenr à la paitaite imi’.ation de la nature. C’efl : vrail’emblablement à la pe’ntute que la fculprure do t ce dernier effort. Elle même ne dut approcher de ce degré de perteclion que dans l’épole de Pamphile ; on peut même croire que beaucoup de choies manquoient encore à cette école ; mais Apelles , fon eléve , parut ; ilaggrandit le goût de Ion temps & en ôta toute la IVchereffe. Lui-même difoit que chacun des autres peintres en particulier favoit beaucoup, mais que lui feul avoir la grâce en partage ; jl ajoutoit qu’il avoit un grand avantage fur Protogène , celui de lavoir le moment où il fialloit quitter un ouvrage. Il ne faudroit pas inférer de là qu’il laiffoit à fes tableaux quelques négligences , mais qu’il favoit éviter tout ce qui conduit àia féchereffe qui eil la luite d’un fini trop recherché.

Les fculpteiirs ouvrirent les yeux en voyant l’élégance & !a moibidezze que ce grand peintre mettoit dans fes ouvrages , & : de là naquit le ftyle admirable & fublinje que l’on reconnoît dans l’Apollon , le Laocoon , &e. Jufqu’au règne d’Alexandre , les arts s’avancèrent de plus en plus vers la perfection ; jnais après la mort de ce prince, quoique la peinture & la fculpture fuflent toujours plus ci :ltiyées, elles ne firent plus de progrès dans les parties capi aies. Le lîècle de ce conquirant peut être comparé à celui qu ; vitnaître Michel-Ange gc Raphaël , à co fiecle qui produifit ce qu’on a vu de plus beau depuis la renailTance de l’art. En effet , quoique , dans la fuite , on ^ft parvenu à isiieux traiteir de certaines parcies » S CV

en n’a cependant pu jufqu’à nos jours furpaf’ fer, ni même égaler ces grands hon.mcs ; 8c il efl probable que l’hiftiire de l’art depuis fbn rétabliflement eft à-peu-pres ce, le de l’arc dans l’antiquité.

On peut bien avouer que, drpuis le règne de Philippe , jufqu’à la chîlie des républiques grecques, les arts ne cédèrent pas de s’enrichir par des découvertes nouvelles : mais ellps ne poftoient que fur les moindres partie» de l’art , au lieu que , dans les beaux fiech s, tous les progrès aprartenoient aux parties les plus eflentielles. Ce n’etoit point a or^ a imiter la légèreté , la finefle des cheveux , ou à repréfenter d’autres objets dont t’uiiitation eft inipollibie à la fculpture , que les attiftes s’etoient arrêtés ; on conviendra même qu’ils n’excciitoient pas les dtaperies aulFi bien qu» les modernes ; c’eto’t rimvtation des grandes parties de la nature qui f^ilbit l’objet de leur étude.

Encore après la chute des républiqu&s grecques , il y eut de très grands ftatuaires qui, dans quelques parties , égalèrent les plus fameux artiftes da la Grèce On pourroit même ajouter que le goût moelleux & délicat a été porté plus loin jar ces Maîtres que par ceux des âges preccce",s : mais ils n’ont pas furpaffé les artiiles du fiecle d’Alexandre ; ils ne les ont même pas égales , parce qi.’ils n’avoient ni l’imagination auffi yafte , ni l’eCprit aulli élevé.

Les beaux ar s furent enfuite tranfportés dff la Grèce à Kome ; mais on ne fauroit établir dans quel temps ils ont fleuri , puifqu’on ne trouve point de bonnes flatues avec des noms latins. On pourroit tonjedurer , il eft vrai , que les artiftes latins ont eu la manie de grécifer leurs noms , comme plufieurs artiftes modernes italianilènt le leur ; mais il eft pofTible que les artiftes de Rome n’a'ent jamais porté l’art à une affcz haute petfeftion pour mériter d’être diftingiiés. Nous avons beaucoup de ftatues qu’on rega’ ^de comme des ouvrages des latins , & qui ne font pas du inoins dans le goût gre«. Ce qui peut encore faire croire qu’elles n’ont pas été exécutées dans la Grèce, c’eft qu’elles n’auroient pas mérité d’en être tranf^ portées. Dans la pliipart de ces ouvrages, on diftingue le caraftère national , particulièrement dans les têtes & dans .’es buftes des gladiateurs & des foldats. D’ailleurs 1* ftyle en eft dur , comme on le vqit p^r les buftes romains faits d’après nature , te’s que ceux de Céfar , d’Augufte , & des confuls qui les ont précédés. Les arts ne paroiflTent pas avoir eu bea ico ip d’éciat à Rome avant le règne de Néron • mais ga volt de beaux ourçages faits i^ tein|jj s c tr

e ce Pi-înce. Je crois que la plupart’ des j chefs-d’œuvre faitb du temps de TrajaTi & j d’Adrien ont été exécutés par des Grecs. On y reconnoiî leur goût , & dans leurs défauts même, les auteurs de ces ouvrages femblent nous retracer le ftyle des anciens , »ant par la funpliciie des contours , que par l’accord des p :opuriions & les beaux caraflères de têtes.

Les Siciliens ont eu quelque chofe du bon goût des Grecs , & l’ont mîme aîTez long-temps confervé , ians être néanmoins parvenus au même degré de perfeclton : car ils furent mo ns correéls , plus roides ,

plus chargés, &
n’unt pas fu donner au

. marbre la même életance ni la même morbidezze.

On psut reprocher une erreur aux an-

! tiquaires : c’i ft d avoir voulu chercher la 

fjerfeélion dans des choies qui n’en font iulceptibles qu’à cerrains égards ; psr oemple, • dans les pierres gravées , où il ne faut pas chercher la hauie perfeSion des foi-mes , mais feulement celle du ftyle. On n’a pu

fe propofer en etie’. que d’y~ rendre les choifes

les plus faciles, en évitant celles qui joffiroicnt trop de difficulté dans de lî pc-iires ■proportions , & en omettant tous les dé ails ^quiauroient pu emba’railer Tariifle. ) 0« remarque les qualités dont ce genre

eft lulceptible , celles du ftyle , dans les

ouvrages qu’on a trouvés en pâte antique ,

& qui avoient apparemment mérité l’eftime des

iar.ciens même , puil’qu’ils en avoient fait |jnultiplier les empreintes. On y reconnoît (.qu’ils ont fait confifter la beauté dans une I belle & : noble fimpliciié. On peut croire • que l’an ne b’eft dégrade que par le trop grand ■nombre des artiftes , & que, devenu trop I commun , il cefla d’infpirer la même eftiime. Lorfque la Grèce fut tombée fous la dojnination de Rome , dans le temps de la pl’-.s grande fplendeur de cette république, temps oii l’on ne corifidéroit que les gens

! de guerre , les artiftes privés de l’efpérance 

de s’attirer de la conliderarion , tombèrent ■dans le découragement •. dès lors il renoncèrent à l’étude de l’art , qui devint une •forte de métier , & qui fut enfin plongé ,dans un abandon total. Comme rien ne peut demeurer à un degré fixe , l’art ne faiilant plus de progrès déchut rap. dément ; s’il lie releva quelque temps fous des princes qui il’aimolent, les révolutions de l’empire, les guer- .res fuccefllve- , le changement de religion, il’abolition des nuages , l’invalion des barbares ^portèrent les derniers coups au bon goût, en idérruilant ce cjui leftoit encore des chefsd’œuvre des anciens.

Les beauiés ik, les règles de la proportion S C 15

■5 ?;

paroîfïent avoir été découvertes par les Grecs & par les Etruïques. Ils reconnurent deux iorces dans les principales parties , l’une par laquelle elles agiffent, l’autre par laqiiellc elles fcnr foutenues ; la première exige de la iVciteffe & de !a légèreté, la féconde delà puif-^ fance & delà folidité. La découverte despropo ti.ons doit appartenir au premier ftyle de l’atit qaité.

Uans’le fécond ftyle, les anciens confervèrent toutCi les proportions de longueur qu’ils avoient établies dans le temps de leur premier ftyle ; mais y ayant reconnu de la roideur & de la fechereffe, il en changèrent le contour en pini^ant moins la partie étroite des articulation ?; ce qui donna plus de grandicfité à leurs 01 ;vrages ; mais ils devinrent plus lourds, parce qu’ils n’avoient pas encore lu trouver la li^ne fcrpentine & ondoyante

Ils commencèrent à faire un plus grand ufage des lignes convexes, &■ par elles, ils donnèrent encoieunplus grand caraélère à leurs figures. Ils ne les employèrent que pour les grandes parties. Les ouvrages qui paroiflent appartenir à ce temps, femblent étranglés dans leijis inflexions. Ils combinoient les lignes convexea avec les lignes droites : les droite,^ fervoient pour les parties l’aillantes, & les convexes pour les inflexions-, c’eft-à-dire qu’à l’endroit de la plus foute rentrée, ils mcitoient une ligne courba plus rapide, &. qu’à l’endroit oià ils vouloient beaucuup fortir, ils allongeoient beaucoup la ligne droite.

Cette méthode tient de leur premier ftyle. On le remarqua dans le cara :h’rc de leurs têtes où l’on ne voit qu’une feule ligne ’aillante depuis la naifTance des cheveux julqu’à la pointe du nés ; Se cotte ligne eft droite. lis obfervèrent d’abailTer les petites parties & de donner de l’élévation aux grandes : ils portèrent la pluj grande attention fur les formes générales. On voit dans leurs têtes de Jupiter, de la Minerva Médicadu Palais Jiuftiniani, & de leurs autres ftatues, qu’ils ont beaucoup employé les lignes droites & les angles , & qu’ils ont exécuté avec grand foin les parties principales en négligeant les moindres. Ils ont fait le front plat, 6v,depui«  la naiffiince des chev eux jufqu’au bout du nés il n’y a qu’une ligne droite, terminée par un méplat qui forme la pointe du nés, & enfuite un angle droit va fe terminer à fa racine. La partie lupérieere du nés eft plate, les deux côtés le fi.nt également, & les narines l’ont à peine marquée ; farce qu’on ne vouloir pas interrompre la forme principale du nés, qui, va de côé, offre un triangle & dont la furface eft une forme plate.

Depuis la racine du nés jufqu’à la partie la plus avancée de la lèvre fupérieure, ils formèrent un méplat à-peu-près égal en longueur à celui ^5"^

S c u

qui panoît du bout dti nés & qui aboutlffoit I j fa racine. Ils tirèrent du menton juiqu’à la j boucha une ligne pre’qiic droite, & re pétèrent ’ un méplat far la partie éminente de la lèvre inférieure. Ils tâchèrent a.iffi de donner au men- ( ton une forme plate, ainfi qu’aux joues, excepté à l’endroit des os qui forment la mâchoire infcrieute. De cette man ère, ils proccdoient, fo :ine par forme, de l’extrémité d’une partie à l’autre, en fe faifant une loi d’en négliger Je ? petits détails, & ce fui ainfl qu’ils parvinrent à des règles fixes dont ils ne le départirent point, ■ce qu’ils a teignirent au fécond degré de pcrfeéiion qui caradérife le fécond (lyie. Dans leur troifièma flyle , ils fentirent que , par leiir méthode précédente, ils ne rendoient j pas l’c-ftet de la chair, & réconnurent que la belle nature oftre une variété continuelle qu’ils n avoient pas encore exprimée. Ils pofèrent pour pi’inc’pe que rien ne doit être répété, que la ligne convex» doit conduire à la ligne concave & à la droite, pour exprimer le mouvement & la diverfité des contours ; qu’aucune inflexion , ni aucune partie faiîlante ne peut êrte vis-à-vis d’une autre partie de la mémo nature ; qu’aucune l’gne ne d-it avoir la même proportion ni le même caractère d’un côté que de l’autre , & qu’enfin il faut mettre la plus grande variété dans tous les contours Se dans toutes les proportions.

Ils ne pouvoient tomber dans l’erreur en fuivant cette nouvelle méthode, parce qu’ils l’appuyoient toujours fur les bons principes des ftyles précédens. Dans le prem’er, ils s’éroient garantis de toutes les mauvai Tes proportions ; dans le fécond, en évitant tous les petits détaiîs, il s’étoienc aflurés du vrai caraélère des grandes formes : tout ce qui leur refloit, dans le troifième, étoit de che- cher le complément de l’art ; ils confifte dans ce mouvement & cette variété è’oà les chofes repréfentées reçoivent la vie. Paradoxe Je Mengs fur les ouvrages qui nous rejlent de taiitiqulté.

Lorfque jeconfidère, ditMengSjlesproduaions 4es anciens dont on a le plus loué laperfeftion , je ne les trouve pas toutes également dignes des louanges qui ont été prodiguées aux grands artiftes de l’antiquité par tant d’hommes iiluflrès ; ce qui me fait douter que nous poifédions les ouvrages originaux des plus célèbres arciftes de la Grèce. .Te m’en rapporte plutôt, fur cet article, à la vérité de l’hiftoire, qu’au témoignage des produûions qui font parvenues jufqu’ànous, & îtjrfque quelques unes d’entre elles me paroiiïant re pouvoir être fiirpaffées , j’aime mieux m’ac-’cufer d’ignorance que de combattre la raifon, ’■jgm me dit que ses ouvrages ne font pas les S G U

véritables jjfoduaions or ginaîes des grands, maîtres.

En eifet , il n’eft pas probable qu’on ait laifféa Rome les plus beaux monuniens de l’art, d.tns le temps qu’on en a enlevé le pius grand nombre des flatues. Tous les noms que nous ifons fur les marbres antiques font inconnus dans i’hiltoire ; plufieurs ont été lai .fies par les modernes, & peut-être même inventés par eux, tels que celui deGlycon. Phèdre nous apprend que, de Ion temps, on me toit dcji des noms pfeudonyraes l’ur les Irarues, & : tel cft peut-être celui de Lyfippe que porte l’Hercule du Palais Pitti.

Vous me direz , fans doute : quels dévoient donc être ct-s ouvrages admirables’ ? Je vous avoue que cette réflexion nous humilie, nous qui ne connoiflcns pas aflei les ouvrages Je» Grecs pour en parler dignemant : ic il me fenible , à dire le vrai, qu’il feroit très-u ile à l’avancemi-nt des arts qui tiennent au deilin, qu’on étudiât & qu’on admirât davantage le» monumens qui nous refient des anciens, pour nous former une jjfte idée de ce que de^/oien» être ceux que nous avons perdus. Mais il arrive tout le contraire. On regarde comme les plus excellentes produdions des anciens celles que nous avons fous les yeux, & les artiftes modernes en profitent pour excufer leur propre ignorance, en alléguant qu’il fe trouve àei défauts dans ces chefs-d’œuvre de l’antiquité comme en effet il peut i’en trouver dans les ouviages les plus fiiolimes, parce que l’imperfeftion eft inleparable de l’humanité. Perfonne n’ignore que Rome fut fpoliéeplu-. fleurs fois de fes plus magnifiques monumens pour en embellir Conflantinople, & que les flratues qui y refloient encore du temps de Théodofe furent détruites par l’ordre de cei empereur & de quelques uns de fes fucceffeurs ; d’où l’on peut conclure que celle, qui échappèr-ent à cette barbarie n’étoient pas fort renommées , ou qu’elles fe trouvoient placées dans des lieux inconnus ou peu fréquentés, & de» voient être par conféquent de peu de prix. Si l’excellence d’un ouvrage peut fervirà nous perfuader qu’il eil d’un grand maître , c’efl fans doute celle du Gladiateur Borghefe, d’A' gafiaî : mais ce nom ne fe trouve cité par au* cun des auteurs anciens qui parlent des plus célèbres artiltes. On peut tîire la même chofe du torfe du Belvédère. Le nom de Glycon, qu8 l’on voit fur l’Hercule Farnefe , fait foupçonner quelqu’impofVure, puifqu’il n’efl fait mention d’aucun fculpteur fameux qui ait porté ce nom, & que d’ailleurs il y a dans le Palais Pitti un autre Hercule, qui reflemble à ce premier, avec le nom de Lyfippe • ce qui a fait croire que ces deux ouvrages (ont du nombre de ceux auxtpielsj fuiyant Fhedre , let anciens II

. s C

bnt donn^ de faux noms. Si l’Hercule Farnefe itoic véritablement un ouvrage de Glycon, celui qui^ l’a copié pour faire celui du Palais Pitti j y auroic mis le même nom , afin de le faire I BiJeux paffer pout l’original. Ajoutons à cela que ’ï !iFulviusLhTinus,niF]aminius Vacca qui ont

parlé de l’Hercule Farnefe, ne font aucune men-
fions de l’infcription , tandis que le dernier

parle de celle de l’Hercule du Palais Pitti. Re- • marquons aufii que la manière dont font fculptés ■ ]ai caractères de ces infcriptions n’efl certaine-’Hientpar celle donc le fervoient les Greci du bon temps de l’art.

Mais que dirons-nous des plus belles fVatiieî antiques qui nous reftent, telle que celle [de l’Apollon Pythien du Belvédère Ma regarideronsnous comme un de ces ouvrages qui ont Ummortalifé leurs auteurs • Si fa beauté nous fait icroire qu elle doit être placée dans cette claffe, lilfautremarquercependant qu’elle eli de marbre tae Carrara, ou de Seravezza ; & lî l’on pré-It ^ndoit qu’elle a été exécutée en Italie par quel-’que grand artifte des plus beaux fiècles de la yrece, je pourrois objefter que les carrières de Lunes ou de Carrara venoient d’être nouvellement découvertes "du temps de Pline, de

forte qu’il eft probabll que ’cette flatue fut

, :faite fous le règne de Néron, c& : placée à Nefïtnno où elle a été trouve. Il efr à croire auffi Jque fon auteur n’a pas eu autant de talent que

.les autres flatuaires em.ployés par cet empereur

la fes édifices de Rome, où decoient néceffai- •rement fe faite les plus belles choies par les iplus habiles artifles."

[ Mais ce qui pourroit nous jetter ici dans le |plus grand doute, c’elt le merveilleux grouppe [de Laocoon , le plus beau monument qui nous ■foit reilé de l’art des anciens, & qui eft exéxuté d’une manière fi fublime en marbre Grec, qu’on ne peut mettre en queftion le talent fuipérieur de l’artifle. Pline, qui a fait un éloge magnifique de cet ouvrage, dit que c’étoit la plus belle produûion de l’art qu’il connût. Mais ^on pourroit demander fi Pline étoit un juge |compétent, d’autant plus qu’il admire fur-tout les ferpens qu’il appelle des dragons, & qi.e ’cette admiration des acccflbires ne prouve pas une grande intelligence, puifque, dans ce cas- •ils nuifent aux chofcs principales. On pourroit d’ailleurs mettre en doute fi le grouppe de Lao-’Coon que nous poffédons eft bien le même dont parle Pline, qui nous apprend qu’il étoit fait

d’un feul bloc de njarbre ; tandis que celui que

’nous connoiffons eft de cinq morceaux. Les anfciens écrivains ne parler,t point d’Agéfander comme d’un excellent fculpteur ; & comme il efl : vraifembiable que le grouppe de Laocoon n’efi : pas le feul ouvrage qu’il ait fait, il eft à croire que les éloges que Pline lui prodigua ’étoient didés par d’autres caufes que la beauté ’ £euux-Ar(s. Tome IL

S C U


de ce grouppe même^ telles qne fon amîtié pour ’ fartilLe , fa complaifance pour l’empereur Titus , a qui peut-être ce monument plalfoit beaucoup, ou bien l’impreiuonqu’avoient faite fur fon efprit les ferpens qui font la feule partie qu’il loue, tandis que c«t ouvrage offre tant d’autres mes’ veilles qui méritent d’être admirées : telle eft, entr’ai.tres, la mar.ière de tiavaiikr le marbre avec le cifeau feul, fans faire uiage de la lime, de la pierre-ponce, ou de quel qu’autre moyen de polir, ce qui fe voit ibr-tcut dans les chairs : manière d’opérer qui fe retrouve dans plufieurs autres beaux ouvrages, entre lefquels il faut compter la Vénus de Médicis.

Toutes les ftatues exécutées dans cette manière font moins finies dans les petkes parties, & l’on y remarque un certain goût qui ne fe trouve dans les produdions de l’art que lorlqu’on a vaincu toutes les difficultés, c’efl-à-dire, lorfque les artifles font parvenus à cette négligence Se à cette facilité qui, loin de diminuer le plaifir du fpedateur, ne fait au contraire que l’augmenter.

Ce fbyle ne peut pas s’être introd’ùt du tempj des meilleurs artifles-, car il faut, avant tout commencer flérilement par ce qui eft le plus indiipenfable, pour, s’élever en fuite, à mefure qu’on acquiert de plus grandes lumières, à exprimer les pari les les plus efientielles des chofes & atreindre enfin au beau & à l’utile réunis, qui confcituent la perfection, ou en d’autres termes, l’égale bonté , l’égale régularité de toutes les parties. Maisenfuite , il fut naturel de chercher une exécution plus facile , & au lieu da s’occupera unir enftmble l’imitation parfaite da la nature, & le choix le plusdcl :cat.& le mieux raifonné, on fe forma des règles de pratique qui compofent le ftyle agréable, qui tient plus à la perfeéiion de l’art, tandis que le ftyle précédant tenoit plus à l’idée parfaite de la vérité. C’efl à ce ftyle agréable que me femblent appartenir les ouvrages travaillés avec le feul cifeau.

Ce qui me porte encore à croire que cette manière de travailler le marbre n’étoit pas celle des ai’tiftes du plus bel â^ de la Grèce c’eft que dans le temps où l’on s’étudia le plus à contrefaire ces artiftes , c’eft à-dire fous le règne d’Adrien, en opéra d’une manière bien différente, li^ Von affecla une exécutien très-finie & fort recherchée : c’eft ce que l’on. voit à l’Hercule du Palais Pitti ; l’auteur de cette copie a tâché dimiter la manœuvre de l’ancien artifte qui avcit produit l’original , afin de po«voir faire paffer fa copie pour une , production de ce célèbre ftatuaire. Il eft biea plus facile d’imiter le ftyle qtie les raifons & le talent des grands maîtres.

Comme nous ne poffédons, du moins ainS que je le penfe , aucun monument que nous f^g s G U

puiffions ftgaràer avec certitude Bôtnmè 1 ouvrage des artiftes les plus ccltbres du bel àge^ je me flate qu’en me pardonnera de croire que leurs produftions réuniffoient à la fois la perfeftion, l’uniformité de ftyle, la parfaite imitation & le beau choix, de la nature, avec toute la correflion’ dont l’art eft capable , fans aucune appaience de négligence , & qu’elles étoient pleines de. ces beautés que je ne puis trouver réunies dans les monumens qui nous refient. Je dirai, par exemple, que fi l’Apollon du Belvédère avoir la plénitude & la morbideffe du fôi-difant Antinoiis du même cabinet, cette flatue feroit encore d’une bien plus grande beauté, 8c elle en auroit encore davantage , fi le refle étolt d’un travail aufli fini que la tête. D^ même, le grouppe de Laocoon feroit plus admirable , fi le^ figures des deux fils étoient exécutées avec la délicateffe qu’on admire dans d’antres ouvrages. Ces réflexions, loin de diminuer ma vénération pour les ouvrages qui nous refirent des ancîpns, me les tendent au contraire plus précieux , parce que je remonte de ceux que nous pcfTédons à ceux que nous avons perdus. J’ajouterai qu’il y a encore tant de fcience & tant de talent même dans les ouvrages faics par les efclaves & les afiranchis qui exercèrent les arts à Rome , quoiquils fuffent prixéî des honneurs & des rccompenCes qui ont porté les arts à un fi haut degré de perfeftion dans la Grèce, qu’on y remarque toujours, jiifqu’à l’époque de l’entière décadence, ce beau fi :yle de l’école, qui jufqu’ici a manqaé ^jx modernes, & qui rendra à jamais eftimables jufqu’aux moindres fragmens des produclioEs des anciens.

Il régne une grande inégalité entre les figures qui compofent le grouppe de Niobé : on peut même, dans plufieurs , remarquer des incorreftiolis , & un grand nombre d’au ;res ftatues antiques leur font bien fupérieures en beauté. On voit au Vatican une Vénus allez médiocre, Se d’un ftyle qui approche du lourd, mais dont la tê :e eft fort belle & ne le cède pas même à celle de la Niobé. Cependant cette tête eft bien celle de cette ftatue de Vénus, & n’en a jamais été féparée. Cette flatue eft certainement la copie d’une autre bien meilleure. Dans le palais du roi d’Efpagne, à Madrid, on conferve une tête parfaitement reffemblante à celle de la Vénus du Vatican, mais infiniment plus belle, enforie qu’il n’y a, pour ainfi dire, aucune comeataifon entre l’une & l’autre. Je pcnfe qu’il en eft de même du grouppe de Niobé , dont les ftatues nous raroiffettt fort belles , parce que nous n’avons yjus celles d’après lerquclles on les a cepiées, & qui étoient bien plus parfaites encore. En «fietj je ne regarde point ce groujif e corniHe - S G n .

la produfliôn de très-grands artîfféS, mf’s comme de bonnes copies faites d’après de meilleurs originaux, par differens arciftes plus ou moins habiles, qui peut-être même y ont ajouté les figures qui nous paroiffent fi médiocres. On doit remarquer auili qu’elles ont été en partie reftaurées dans le temps du Bas-Empire, & que, dans la fuite, les modernes les ont enfin dégradées totalement, en voulant les réparer far de mal-adroites reftaurations. Quanta la manière dure & angulaire dont font faits les fourcils & les cheveux , je ne crois pas qu’on doive l’attribuer à un ftyle particulier du maître ou de l’âge où il travailloit ; mais plutôt à l’intention d’imprimer un .caraélère de trifteffe & de févérité à la figure ; car fi cela avoit tenu au ftyle, on retrouveroit ce même ftyle dans la bouche & dans les autres parties qui font fufceptible» d’une forme angulaire. On peut fe convaincte que tel étoic le véritable motif des artiftes, par les têtes de Jupiter qui nous reftent des anciens, & qui ont toutes les fourcils angulaires & fortement indiqués ; caraftère que l’on ne retrouve pas dans les têtes de Bacchus, de Vénus, & d’Apollon, divinités à qui k» anciens attribuoïent utie chevelure blonde. Histoire de ia Sculbture.

Seconde panie, ,

La première partie de cette hiftoire , a éti principalement fpéculative , & nous y avons le pljs fouvent pris pour guide le favant Winckelmann dont les fpécuïations font toujours d’un homme de beaucoup d’efprit & : d’une iagacité peu commune, & quelquefois d’un homme de génie. La féconde partie fera pofitive. Elle fera fondée-^lur les recherches que nous avons faites dans les écrits des auteurs de l’antiquité qui ont parlé de i’arc & des artifices.

Paufanias qui, du temps des Antonin3,aU Tecond fiècle -Je notre ère, voyagea dans toute la Grèce, eft de tous les anciens écrivains celui qui nous donne le plus de lumières fur l’hiftoire de l’art dans «ette contrée qu’on peut regarder, à cet égard, comme l’inftitutrice de toutes les autres contrées d« l’Europe. Si elle même reçut les leçons de quelques autre* peuples, tels que les Egyptiens & les Phéniciens, ces leçons étoient imparfaites : ce n’étoient que des élémens dont elle fe fervit pour opérer une véritable création. Les Grecs peuvent être regardés comme un peuple récent, en comparaifon des peuples très-ïjiciennement policés, tels que ceux des» grands empires de l’Afie ; tels qce ceux de la Phénicie & de l’Egypte : mais ils gnt jpécii^ s G

fl’jstitant plus de gloire, que venos fo« tard, ils ont promptement furpaiTé tous ceux qui les avoient précèdes , & qu’ils n’ont été furpaflës ni même égalés par aucun de ceux qui les ont fuivis, quoiqu’ils leur aient laiffé les plus beaux modèles.

Quand on ne fauroît pas, par des témoignages multipliés, qu’entre les anciens peuples, les Grecs doivent être regardés comme un peuple nouveau , on en trouveroit la preuve dans Paufanias. On voyoit encore de ion temps , dans la Grèce, non-Ceulement des monumens de l’art naiffant, mais des monumens antérieurs à la naiffance de l’art : tandis que dix mille fiècles ne fufîiroient pas pour remonter à l’origine de l’art chez les Égyptiens. J’accorderai volontiers que cette chronologie égyptienne eit fautive -, mais on peut réduire la durée qu’elle fuppofe, fans perdre l’idée d’une très-haute antiquité.

Nous avons vu qu’il fut un temps , dans la Grèce, ou deux poteaux réunis par une traverfe, figuroient Caftor & PoUux , ces deux frères célèbres par leur amitié. Comme on a des preuves que l’art d’imiter au moins grolfiérement la figure humaine enfculpture étoit pratiqué dans la Grèce long-temps avant la guerre de Troie, il faut donc croira que ces célèbres jumeaux qui paffent pour fils de Léda & frères d’Hélène, étoiant révérés des Grecs longtemps avant l’époque, à laquelle cette opinion mythologique place leur naiffance. On fait que la mythologie grecque offre de très-grandes variétés , à : eft différente à beaucoup, j d’égards dans les difïérens poètes & les difîé- ’ rens mythologues. Si l’on veut cependant con-’ fer ver la mythologie commune, & regarder Caflor &Pollux, comme des frères d’Hélène, ■ & par conféquent à-peu-près contemporains du I fiège de Troie, on pourra dire que , dans cer- [ tains endroits de la Grèce, l’art n’étoit pas «ncore connu , tandis qu’il étoit déjà pratique dans d’autres. On pourra dire encore que, même après que l’art fut connu, on continua de fuivre

quelquefois l’ufage ancien, & d’indiquer feulement

les objets de la vénération , au lieu de ^es repréfenter.

, Du temps de Paufanias, on voyoît encore que ! ■ i ques-uns des premiers monumens du culte des Grecs. Les Athéniens confervoient dans leur gymnafe , près des portes nymphades, une pierre , de forme pyramidale, & d’une médiocre hauteur, qu’on appeiloit Apollon Carinus. Le peuple qu’ennorgueilliront dans )a fuite les travaux des Phidias & de« Praxitèles, n’avoit pas encore, lorfqu’il le contentoit de femblables monumens , , Finduftrie naiffante qu’offrent des peuplades fauvages, A Corinthe, ville que rendirent célèbre la beauté de fes ouvrages en bronze , Si l’art qui danaoit à cette matière tant de S c u

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prîx, on voyoît Jupiter Milîchius, figuré par une pyramide , & Diane proteclrice de la patrie, oflertc à la dévotion de fes adorateucs fous la fo’me d’une colonne. Enfin les Thefpiens rendoient furtout à l’Amour un culte religieux ; & l’aimable Dieu qui recevoit leur hommage étoit repréfenté parune pierreinforme. Praxitèle, Lyfippe, leur firent chacun uneflatue du fils de Vénus ; mais ces cJicfs-d’œuvre de l’art n’obtinrent jamais toute la vénératioa qu’on avoit pris l’habitude d’accorder à l’antique caillou. ^ ,

Le cuire rendu à des poteaux, à des pierres, à des pyramides, à des colonnes dévoie remonter à des fiècles bien reculés, puifque, fuivant une tradition qui avoit pafT ; de bouche en bouche jufqu’aux contemporains de Paufanias, ICi Grecs avoienc connu dçs xnrvrages de fculpture près de feize fiècles avant notre ère. Oa voyoit à Athènes un Hermès de bois, apporté difoit-on, par Cécrops qui,’ijSi ans avant l’ère vulgaire, vint d’Egypte dans l’Attiqi-e, 5r y amena une colonie qu’il avoit raflemblés à Sais.

A-peu-près 70 ans plus tard , Danaiis fuivit l’exemple de Ceci-ops , Sz abandonna l’Egypte pour la Grèce. Il y fonda un temple en l’honneur d’Apollon, & y fie ériger en bois la ftatue du dieu ; toutes les flatues qu’on pnuvoif rapporter à une très-haute antiquité n’é-’ toient que de bois. C’étoit cette matière, a«  rapport de Paufanias , qu’empîoyoient, pour le» ouvrages de fculpture, les Égyptiens qui accomnagnoient Cecrops & Danaiis , quoique dan» leur pays ils pratiquaffent déjà depuis long-temps l’art de travailler les pierres les plus dures & de fondre les métaux. Peut-être lorfciu’ils abordèrent dans la Grèce, n’y connoifToit-on encore aucune carrière de marbre ; peut-être aufliles compagnons de ces deux chefs étoient-ils de trop mauvais artifles pour travailler des matières qui réfiftent à la main de l’ouvrier. On peut même conjeélurer qu’ils n’avoient jamais cultivé les arts dans leur pays, & que les ouvrages qu’ils firent dans la Grèce, n’étoient que des imitations fauvages de ce qu’ils avoient yu dans l’Egypte.

Dans la même ville, Hypermneftre avoit dédié une flatue de Vénus qu’on voyoit encore du temps de Paufanias. Il eft trifte que c» voyageur n’ait pas décrit avec plus de détail 8c plus de connoîffance , les premiers effais & les chefs d’œuvre de l’art qu il a vus en fi grand nomhrï. Il fatisfait la curiafité des favans qui fe contentent de ce qu’il veut bieti leur apprendre ; mais les artifles ne trouvent pas ce qu’ils cherchent dans fes écrits. La ftatue de Vénus renoit en main une viâoire. Hypernineflre fit cette offrande, parce qu’accufée par fon piiare Danaiis de n’avoir pas, à l’exeinpie V V y

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de fes fœui’s, tuéLyncéefon époux, elle gagna fa caufe au jugement des Argienî. A Hermicne, dans le bois iacré qui s’étend du mont Pontin à la mer, on voyoit, près dif rivage, une autre ftatue de Vénus qu’on iifoic avoir été dédiée par les filles de ce même Danaiis. Faufanias, en parlant de cette flaïue, fe contredit lui-même ; car il dit qu’elle éroit de marbre, & il affure ailleurs que les ouvrages faits par les Egyptiens qui vinrent en Grèce dans les temps anciens, & même toutes les anciennes fl-atues , n’étoient que de boif. Il eft vraifemblable qu’il avoir raifon alors, & qu’il s’efl trompé quand il a regardé uns ftatue en marbre comme une offrande des filles de Danaiis. On peut conjeflurer que cette ftatue plus récente, avoir été faite pour remplacer l’ancienne offrande que le temps ou quelqu’accident avoit dàruite.

On doit rapporter encore à des temps voifins de Danaiis , des ftatues faites par des artir-es égyptiens , & qu’on voyoit à Mefsène dans le gymnale.

La Phénicie peut difputer à l’Egypte la gloire d’avoir donné des inflituteurs à la Grèce & d’avoir contribuée la policer. A-peuprès en même temps que Danaiis y venoit d’Egypte , Ca-’mus y aborda de Tyr, & y bâtit la ville de Thèbes , en mémoire de la Thèbes d’Egypte dont on prétend qu’il étoit originaire. On voyoit dans la ville qu’il avoit fondée une flatue qu’on afTuroit qu’il avo^t dédiée lui même. On y voyoit aulîi trois ftatues de Vénus que l’on dilbit faites du bois des vJiffeaux oui avoient am.ené Cadmus. On ajoutoit qu’elles avoient été dédiées par Harmonie, fa fille.

Miis fi la Grèce reçut quelques colonies de l’Egypte & de la Phénicie, des favans , tels que Frerst, & M. Heyne, croyent que des peuples venus du Nord contribuèrent le plus à fa population. On peut donc rapporter à des temps encore plus anciens que ceux des émigrations de Cecrops, de Danaiis, de Cadmus^ les ouvrages de l’art qu’on attribuoit aux Pelafges ; c’eft le nom que reçurent ces émigrafns feptentrionnux. On regardoic comme le travail des Pelafges, une ftatue d’Orphée, fculptée en bois, dans un temple de Cérèa. ileufins , bâti en Laconie, non loin des Ibnimités du Taygete. Si les Pelafges qui d’abord s’établirent dans la Theffaiie, d’où ils fe répandirent dans le refte de la Grèce, éto’ent des Thraces, comme on a lieu de le penfer, ils dévoient rendre un culte à Orphée , ce p«éte religieux de la Thrace , qui y établit le culte divirî, fut l’auteur de la plus ancienne théogonie, l’inventeur des myftères, & celui des cérémonies mag’ques qui furent toujours 4^ font encore aujourd’hui pratiquées dans la S ùv

Theffalîe plus que dans aucun autre endroî> de la Grèce.

(l) Athènes qui devoit produire un jour de a grands avtiftes, & acquérir par eux tant de gloire, vie naîcre dans l’on fein, treize fièclcî & : demi avant notre ère, le plus ancien dfS artiftes dont le nom ait été confervé. C’eft Dédale, petit fils d’Erechtée , roi d’Athènes. On fait que le mot Dédale, Dœdala , défignoit autrefois, dans la langue grecque, toi* les ouvrages faits avec art, enforie qu’on eft incertain fi Dédale donna fon nom à l’art , ou fi ce fut de l’art qu’il reçut fon nom. Dédale ayant tué le fils de fa fœur , fe réfug’a auprès de Minos II, roi de Crète, & fii m grand nombre d'ouvrages de Iculpture po>..r ce monarque & pour fes filles. On prétend que , le premier, il détacha les membres des tigures , & leur ouvrit les yeux. Il fe diftingiioit également dans l’architefture & dars la mécaiiique. Le même feu qui le rendit le premier artiftedefon temps, lui donnoit aufli une grande violence de caraélère. Il avoit fui fa patrie pour s’être fouillé du fang de loB neveu : il commit encore un crime capital dans les Etats du Souverain qui lui donnoit un afyle, & fut renfermé dans une é :roite pri’.bn avec fon fils. Il parvint cependant à prendre la fuite, &" fe retira à Inychus, ville de Si ;ile, auprès de Caucalus, éc occafionna une guerre entre les Siciliens & Minos qui le réclamoir. Sas ouvrages rendirent Ton nom célèbre dans la .Sicile & dans une grande partie de l’Ital’e, & :l’on peut croire que les Siciliens & les Etrufquos fiîrent les élèves de cet artifte célèbre. On voyoit encore, où l’on fe rappclioit du temps de Paufanias , plufieurs de fes ouvrages, ou du moins dos ouvraget qui lui étoient attribués : à Athènes, un fiège ou ePpèce de trône, à Corinthe. près du temple de Pallas Chalinitis , un Hercule nud, en bois ; une ftatue auffi de bois , dans le temple d’Hercule à Thèbes ; la ftatue de Trophonns à Lébadée. On poffedoit de cet artifte la Er> tomartis à Olynte, ville de Crère , .& une Minerve à Cnoffe. Cette ville confervoit de Dédale un morceau fameux par les vers d’ilc-’ mère qui i’avolt célébré : c’étoit un chceL :r de danfe qu’il avoit fait pour Ariadne. Paufanias ■dit que cet ouvrage étoit en nia ;b ;e ; ce qiiî doit faire préfumer que ce n’étoir pas un original de Dédale, mai» une copie, eu plutôt une compofition du même fujet, par laquelle on avoit remplacé l’original détruit par Je temps.

Les arts ont été floridàns à Gela, ville de Sicile, & un fa/ant i’.alien a pierendu qu’ils y étoient né. ; dans des temps 2n’eri<-ur3 à ceux où ils furent connus dans la Grèce : m&is quai ;^ SCO

h Vit dans Ptufanias que des ouvrages àe Dédale avoient été tranlportés d’Omphaë dans cette vîlle, on voit qu’il faut attribuer à ces suvrages, le goût que les habitans ont pris pour les arts, doat ils leuront offert les premiers modèles, qu’ils ont enfuite perfeâionnés. Il ne faut qiv’ouvrir la carrière à des pf>uples ingénieux, pour qu’ils la franchiffent d’un pas affuré.

Il eft inutile d’avertir que les ouvrages du premier artille qui ait détaché les bras & les jambes des figures, & qui leur ait ouvert les yeux, ne dévoient pas être des chefs-d’œus’re : mais Paufanias obferve que tout groillers qu’ils étoient , on y remarqiioit quelque chofe de divin. On y voyoit ce qu’auroit pu faire l’artifte , s’il étoit venu dans des lîècles, où il eût pu profiter des découvertes & des progrès de fes prédéceffeurs.

■ (2) Smiiis d’Egine fut contemporain de Dédale, mais il ne parvint pas à la même célébrité : on n’eft pas obligé d’en conclure qu’il lui fut inférieur en talent. Les voyages & les aventures de Dédale, l’occaûon qu’il eut de laiffer de fes ouvrages dans un grand nombre de contrées différentes, durent contribuer à étendre fa réputation. Paufanias vit à Samos, dans un temple antique conlacré à Junon, la flatue de cette déeffe de la main ds Smiiis. Depuis Dédale & Smiiis, il s’écoula un ■ grand nombre ds fiècles pendant lefquels les t noms d’aucun artifle n’ont été confervés : mais f fi les noms des ouvriers fe font perdus, on a iperpitué le fouvenir d’un affei grand nombre i d’ouvrages qui prouvent que l’art ne ceffa pas I d’ê.re cultivé, fans faire cependant de progrès ’. remarquables.

Le plus ancien de ces ouvrages feroit une

Satue qu’on regardoir comme une ofîVande

, des Argonautes. Mais comme cette flatue étoit . en bronze , & qu’il efl : très-probable que l’art de couler en bronze les ouvrages de fculpture

n’étoit pas encore connu des Grecs, au temps

des Argonautes, on a lieu de penferque cette ilatue etoit d’un âge bien poftérieur. On pour- .roit croire, tout au plus, qu’elle avoit remiplacé celle qui avo ; tété dédiée par les Argonautes. i Sur le chemin d’Argos à Mantinée, on voyoit jun temple qui avoit une porte au levant & l’autre au couchant. Du côte du levant étoit Liune flatue en bois de Vénus , & du côté du (Couchant, celle de îilars. On croyoit que ic’étoit des offrandes de Pol3’-nice & des Ar- ,giens, dont ces divinités avoient embraffé la caufe ; ce qui, fuivant les marbres de Paros , • feroit remonter l’âge de ces flatues à 1251 an." avant notre ère.

Je n’ai point parle d’tin lion de marbre qu’on prétendoit avoir été dédié par Hercule après S c u

»

fa vî(5ioire fur Erginus roi d’Orchomène : on netravailloit pas le marbre du temps d’Hercule. On voyoit dans la Laconie la Itatue de la Pudeur, qu’on croyoit avoir été dédiée par Icare, père de Pénélope. Icare syant donné fa fille en mariage à Ulyffe, lui demanda fi ella vouloit luivre fon époux, ou retourner avec fon père à Lacédémone. Pénélope, pour tout» réponfe, fe couvrit le vifage de fon voiie , témoignant par fa honte & fon iilence qu’elle vouloit refier auprès de fon époux. Ce fut cet aâe de pudeur qu’Icare confacra par une flatue.

Une flatue- bien remarquable étoit celleque l’on voyoit à Corinthe dans le temple de Pallas. Elle éroit de bois, comme tous les morceaux qui remontoient à des fiècles recales ; on peut croire qu’elle n’étoit pas diflinguée par la beauté du travail ; ce qui mérite l’attention des curieux de l’antiquité, c’efl la manière dont l’artifie avoir exprimé que Jupiter domine fur la terre, dans le ciel & fur la mer, & que rien de ce qui s’y pafi’o ne lui peut être caché. Il avoit donné à ce Dieu trois yeux, dont l’un étoit placé au milieu du front. On croyoit que cette flatue avoit été placée à Troie dans le veftibule du Palais de Prîam & que ce fut aux pieds de ce fimulacre que ce prince fe réfugia lors de la prilé d’Ilion. On ajouîoit que dans le partage du burin, elle étoit échue à Sthénélus, fils de Capanée. Troie fut prife fuivant les marbres d’Arondel 1209 ans avant notre ère, & en admettant la tradition rapportée par Paufanias la flatue pouvoir remonter à >, ;ne époque bien plus reculée, puifqu’elle pouvoir avoir été confacrée par les ancêtres de Priam. Une autre flatue étrangère fut apportée vers le même temps dans la Grèce ; c’étoit cette fameufe flatue de Diane devant laouelle orj avoit facrifîé des étrangers en Tauride. On croyoit que c’écoit la même qu’on voyoit encore du temps de Paufanias , à Athènes, dans le bourg nommé Brauront elle n’étoit que de bois.

(3) E ?Éus , cet artifle qui fuivit les Grecs au fïîge de Troie, & qui fit le fameux cheval de bois qui leur procura la conquête de cette ville , étoit un fculpceur. On croit que le cheval de bois n’étoit autre chofe que la machine nommée dans la fuite bélier, & qa’Epéus termina par une tête de cheval.- LTne flatue de bois repréfentant Mercure, qu’on voyoit à Corinthe, palFoit pour un ouvrage de cec artifle.

La ville de Trèzene renfermoit un temnijj dédié à Hippolyfe : la fla-tie du jeune heroe étoit de bois & avoit ie caractère de la hauts antiquité. On i,royoit que la flatue & le temple 542 S G U

avoient été faits par ordre de Dîomède, On regardoit auffi comme une oifrande de Diomède, une flatue de Pallas, placée dans un ] temple de cette Déeffe, à. Mothone, dans la Meffénie. Enfin un autre monument que l’on rapportoit encore aux premiers temps qui fuivirent la prife de Troie , étoit une ftatue de Neptune a Phénée dans l’Arcadie : les habitans prétendoient qi^’elle avoic été dédiée parUlyffe. Mais elle étoit de bronze, & Paufanias rapporceà destempspoftérieurs l’invention de jetter en fonte les ftatues.

Les ouvrage^ dont nous venons de parler , faits vers le temps du fiège de Troie, remontent au douzième fiéle avant notre ère. Sans doute la plupart de ces ouvrages étoient fuppofés : peut-être même aucun de ceux que vit Paufanias ri*app«rtenoit-il au fiècle auqiei on le rapportoit ; nous pouvons conjeélurer que c’ttoient des morceiux plus récens parlefquels on avoir remplacé les originaux antiques : mais la tradition qui s’etoit confervée julqu’à lui, fuffit pour nous obliger d’admettre que les arts étoient cultivés dans la Grèce longtemps avant le fiège de Troie. La flatje de Diane en Aulide , le fameux Palladium de Troie prouvent qu’ils éto’ent même cultivés chez des peuples que les Grecs appelloient barbares.

On ne trouve, dans la période des cinq fiècles qui luivirent immédiatement le fiège de Troie, les noms d’aucun artifte : ce qui ne doit pas nous faire fuppofer que, pendant cette longue durée de temps, les arts foient reftés endormis. Les écrivains qui fe font fuccédés depuis Homère & Héfiode, jufqu’à Sappho font entièrement perdus. Théognis qui vivoit dans le fixième fiécle avant notre ère n’eft connu lui-même que par des frsgmens. Si quelques-uns de ces écrivains ont parlé àes artistes leurs contemporains, ces noms fe font perdus avec leurs ouvrages ; & comme les auteurs dont il nous ref !"e des écrits complets écrivoient dans des fiècles où les arts étoient perfeélionnés, ils ont été peu curieux de recueillir les noms des artifles qui n’avcient cultivé que des arts imparfaits. Entre les ouvrages anciens dont parle Paufanias, & dont 51 ne nomme pas les auteurs, il en eft peut-être qui appartiennent à ces fiècles fur léfquels il ne nous refte aucune lumière. Nous Ibmmes cbligés de franchir d’un feul pas cette grande lacune, & de pafier au feptième fiècle avant aoire ère.

(4") Rhcecus , paroît être le plus ancien des artilles dont le nom ait été confervé depuis le fiège de Troie. Il peut mâme être fort antérieur au fepnème fiècle avant l’ère vulgairs : car Pline dit qu’il floriiCsit long-tepips S CX3

avant que les Bacchiades fuflent chalTés 69 Corinthe , & l’expulficm de cette famille fe rapporte à l’an 66^ avant notre ère, Cet artiila étoit de Samos. II fut le premier , fuivani Paufanias, qui fondit l’airain & en fit de» flatues. Pline ajoute qu’il inventa l’art de modeler , & cette affertion ne manque pas de vraifemblance. Tant qu’on ne fit que des figures imparfaites en bois, ou même en pierre, on put à la rigueur le pafTïr de modèle , Sa, travailler du premier coup la matière qui devoir produire la fî :atue. Alais le premier qui jetta une figure en fonte, fut obligé de commencer par faire un modèle, d’après lequel il conflruifit fon moule.

Du temps de Paufanias, on voyoit, au temple d’Ephèfe , une figure de femme qu’on croyoit être de Rhœcus, ôt qu’on appelloit la nuit. Ce ftatuaire étoit en même temps architeéle ; il avoit fait à Samos le temple le plut vafle que l’on connût dans la Grèce au temps d’Hérodote.

(5) Thédore & TÉLÉctÈs, fils de Rhœcus,’ marchèrent fur les traces de leur père, & pour fe perfeâionnner, ils palTèrent quelqu» temps en Egypte, & y exercèrent leur art : c’elt un fait rendu authentique, fuivant Diodore de Sicile, par le témoignage des prêtres égyptiens qui le trcuvoient dans leurs régiflre». Les deux frères firent à Samos, pour le templà d’Apollon Pyihicn, la ftatue du Dieu, & il» fuivirent, dans cet ouvrage, une pratiqua familière aux flatuaires de l’Egypte ; c’eft-àdire qu’après avoir pris leurs proportions, Téléclès fit la moitié de’ la figure à Samos , & Théodore l’autre moitié à Ephèfe. Ce procédé nous montre quel étoit l’état de l'ar> en Egypte, car il feroit impoffible de l’employer dans une figure qui auroit du mouve* ment-, mais on fent qu’il pouvoit réuffir dan» des figures droites, roides , dont les brir étoient collés fur les flancs & les jambes rap» prochées l’une de l’autre. C’étoit à produire de femblables flaïuas que fe réduifoit l’art des Egyptiens, & celui des Grecs n’étoit pas plu» avancé au temps des fils de Rhœcus. Il femble que les flatuaires d’Egypte fe foient moin» propofé pour modèle la nat.ure virante & agU fante, que l’attitude des momies. Je ne crois pas qu’on doive confondre av€ff Théodore fils de Rhœcus, le Théodore don» parle Pline, & qui étoit auffi de Samos. Il le nomme dans un endroit oià il ne paroitpas faire mention d’artiftes qui remontent à une haute antiquité. Il dit que Thcodors fit lujmcme f n portrait en bronze, que la refferablance étoit pai faite, & qu’on admiroit dans cet ouvrage la délicateffe du travail. Je dout» quje l’aoci^e Théadore eût a/Iez ds précise» ; fàvit fa’re uft psrtraic fort reflemblaft<, !i d’aîlîeurs la délicatefle du travail ne femble pas ên’e le caracîère d’une antitjuité fore reculée. Cette ftatiie avoir une lime dans la main droite -, & de trois doigts de la gauche, elle tenoit jin quadrige fi petit qu’une mouche couvroit de fort aile le char & le cocher. Pline ajoute ^ue l’auteur de cet ouvrage ctoic le même qui avolt fait le labyrinthe de Samos : cette circoni’ance pourroit faire croire que c’efl le Théodore fils de Rhœcus : car ce labyrinthe deroit ê-re un édifice très-ancien. Mais ne pi)urroit-on pas conjecturer que Pline, trompé par le nom , a fait un feul artifle de deux Jiommrs qui ont vécu dans des temps fort éloignés l’un de l’autre ? C’efi : une faute dans laquelle il paroît êtte tombé plus d’une fois.

L’ancien Théodore étoit en même temps ûatuaire & archirefte, s’il efl vrai qu’il ait fait à Samos un labyrinthe. Il étoit aufli orfèvre & gravei :r en pierres fines. C’etoit lui qui avoit gravé cette fameufe fardonyx que Pclycrate, tyran de Samos, jettadans la mer, & qu’il retrouva dans un poiffbn dont un pécheur j Jui fit préfenr. On regardoit aulli comme l’on I euvrage une grande parère d’argent dontCrœfuï avoit fait préfent au temple de Delphes. (6) DiBUTADE. Nous le plaçons ici comme 1 in artifle fort ancien , fans avoir d’ailleurs 1 aucun moyen de fixer le temps où il vécut. Il étoit modeleur, & Pline raconte comment j il imaojina de faire des portraits en terre cuite. . Sa fille amoureufe d’un jeune homme qui I alloit partir pour un long voyage, s’avifa , ’, pour charmer les tourmens de l’abfence , de tracer fur la muraille l’ombre de fon amant. Cibutade admirant la reCemblance de ce trait, y appliqua de l’argile qu’il fit cuire avec fes ■ autres ouvrages. On affuroit que ce morceau . avoit été confervé à Corinthe, dans le Nym- , phœim , jufqu’à la deffraclion de cette ville ■ par JMummius, Dibutade travailloit à Corinthe, I Biais il étoit né à Sicyone.

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(7) EeCHiR de Corinthe vivoit dans la trente-Sieuv.’ii’.ie Olympiade , 66^ ans avant ro :re ère, paifque cette année, il accompa-I gna en Etrurie, Démaratus , père de Tarquin l’ancien. Pline , qui nous apprend cette cir-’ conftance , ajoute qu’il étoit modeleur & que ( «e fut lui qui apporta l’art de modeler en iJtali^. Si ce fait étoit vrai, on n’avoit pas, I avant l’arrivée d’Euchir , lu faire des ftatues l ée bronze dans cette contrée. I e même écril Tain lui accorde ailleurs le mérite d’avoir f réuffi à repréfenter des athlètes, des hommes fat.Tiés, des chaiTeurs9 II feroit fingulier qu’un j.aiùfte , qui vivoic Isng-temps avapt la perscu

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fe^on de l’art, eût repréfenté avec un fuccès remarquable des figures qui exigent du mouvement. Cela efV bien éloigné des figures roides que faifoient Théodore & Téléclès qui dévoient être à-peu-près contcrr.pcrains d’Euchir. Mais je crois certain qu’il y a eu plufiéurs fîatuaires de ce nom , & ; que l’ancien Euchir dont parle Pline dans un endroit, n’efi : pas le même dont il célèbre dans un autre, les fuccès pour les figures de mouvement. C’éroit de l’ancien Euchir, on peut-être encore d’un autre Euchir diffèrent des oeux que nous venons de diftinguer, que parloir Arifl :o ;e, qu’il regardoit comme un coufin de Dédale, & à qui il atiribuolt l’invention de la peinture dans la Grèce. L’Euchir qui réuffiffoit à faire des athlètes pouvoit erre le même qui éroit né à Athènes, luivant Paufanias, & qui avoit fait pour les Phénéates, en Arcadie, une fîatue en marbre de Mercure. I ! étoit différent d’un Euchirus de Corinthe, dont parle le même auteur, 8c qui fut maître de Cléarque de Rhégium. L’Euchir qui vint en Italie avec Démaratus étoit accoiiipagné d’Eugrammus, fon compatriote, & modeleur comme lui.

(S) Maias, de l’Ile de Chio-, ne peut-5tr8 placé à une époque plus reculée que la fin du feprième fiécle avant notre ère, ptiil’que fes’ arrière-petits-uls vivoient dans la foixantièrco olympiade , 540 ans avant J. C. On ne connoît de lui que Ton nom, & : l’on ne lait rien do plus fur Micciade ^ fon fiis, mais on voyoic des û^xx^ç.^ d’Anthe.me , fon peîit-fils,à Délos & dans l’île de Lelbos. Pline obferve que tous ces artiftes étoient plus anciens que Dipœnus & Scyllis, Antherme eut pour fils Bupaîus .& Athenis dont nous parlerons bientôt. (9) DÉDÀiEdeSycyone, eft mis su nombre des artilles d’une haute antiquité. Il eft aifé de marquer à peu-près fon ggc , fi c’efl : à ce Dédale que Paufanias donne pour fils Dipcenus & Scyllisqui vivoient dans la cinquantième olympiape, jS3 ans avant notre ère, fuivant Pline. En le fuppofant âgé de trente ans plus au* fes fiis , il auroit fleuri 610 ans ayani J. C.

(10) Di ?(ÈNUS , & ScTLLiS (on frère étoiene de Crète. Ils fleurirent avant le règne de Cyrus fur les Perfes vers la cinquantième olympiade. Les uns croyoient qu’ils étoient élève* de Dédale & les autres qu’ils étoient fes fils. Mais de quel Dédale vouloîent-ils parler ? Etoit-ce celui de Sicyone ? Ce Dédale fit-il un long féjour en Crète ? N’eft-il pas plus vraifemblable que les ancîeas, qui faifoienc fouirent peu d’att»ntion à la chroaologie, far ^44’

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chant que Dipceniis & Sycillis écoîenf de Cr^îe, | & qu’ils étoien : ftacuasres, les auront regardés | comme des élèves ou des fiis du célèbre llatuaire Dédale d’Athène ?. Ce qui me confirineroit dans ceite conjefture, c’eft que Pau- calque fanias ne fpécifie point le Dédale dont il parle que par ccnlequent on peut croire qu’il entendoit le plus célèbre des Dédales, celui dont tout le monde connoiffoit le voyage & : les aventures en Crète.

Pline dit que les deux frères vinrent à Sicyone, attirés par 1-a réputation qu’avoir cotte vilie pour tous les ans qui s’exercent iur le ; métaux :’ auroit-il donné ce motif de leur vo5’age, s’il avoir cru qu’ils étoient nés d’un ârtifte Sicyonie’n ? N’auroit-il pas dit plutôt qu’ils avoie*it quité la Crète pour revenir dans la patrie de leur père ? Ils firent à Sicyone les ftatues d’Apollon, de Diane, d’Hercule, de Minerve. Les villes d’Ambracie, d’Argos, de Cléone furent remplies de leiirs ouvrages , la plupart faits en marbre de Paros. Ils firent cependant en ébène plufieurs ftatues à Argos : telles étoient dans le tetnpîe de Caftor & de PoUux, celles de ces fils de Jupiter, d’Hilairc & de Phébé leurs époufes , d’Anaxis & de Mnaiinoiis leurs enfans : les chevaux étoient ei :x-mêmes d’ébène, excepté quelques fotbles • parties q ;ii étoient d’ivoire. Ce mélange efl remarquable, parce qu’il tient à ’un amour pour la bigarrure qu’on a pu trop fouvênt reprocher aux Grecs dans les arts , & qui ne s’accorde pas avec la iufceffe & la pureté générale de leur goût,"

Les deux frè-es furent les maîtres d’une grande école, & cet honneur eft : un témoignage de la célébrité dont ils jouiffoient, C’efl la renommée des artifle. ; qui attire un grand r.ombre d’élèves dans leurs acteliers. (il) Tecteus et Akgeiiok, fortis de l’école de L’ipœnus & Scyllis, furent fans doute très eftimés puifqu’on les chargea de faire , <3àns le temple de Dé’os, les fVatues d’A •pollon & de Diane. On ne choifit pas àes artifles obfcurs pour décorer des temples renomsnés.

(ri) LïARQUE de Rhégium, forti de la nêiiie école, avoit fait la plus ancienne fratue ë’airain que l’on connijt du temps ’de Paufari-as. Elle repi-éfentoit Jupiter. Cet ouvrage étoit «le plufieurs pièces réunies par des doux. Nous ne faifons que tranfcrire le récit de Paufanias qui ne iembîe pas être ici parfaitement d’accord avec lui-même^ : car il parle ailleurs de certaines fl-atues d’airain comme fi elles euffent encore cxifté de fon temps , & qui dévoient êîre glus anciennes a^e i’^uvra^e de Léarque. S C U

(13) DoRYCLiDAs , & Medon, de Licéài* mone , avoienc eu aulli pour maî :re Dipœnus & Scyllis. On conniiilbit du prtmter uns Thémis ; & : du fécond, une Minerve armée d’un (14) DoNTAs aufîl Lacédémonien , & difcipls des mêmes maiires avoit fait des ftatues dans le trclbr d’Olympie.

(15) Théoclès, concitoyen & condifciple des derniers artifles que nous venons de nommer, avoit fait les î-îefpérid :s au nombre da cinq. Il repréfenta aufli dans le tréfor des Epidamniens, à Olympie, Atlas Ibutenant le ciel, Hercule venant pour enlever les pommes d’or des Kefpérides & : le dragon enveloppant l’arbre de fes plis. Ces derniers ouvrages étoient d«  bois de cèdre.

(16) BupAiE & Athenis, de Chio, étoient fils d’Antheime ’& : arrière-petit fils de Malay. Ils étoient contemporains d’Hipponax , & vivoienc par confequent dans la 6o* olympiïde, 540 ans avant nore ère. Ils étoient en mém» temps ftatuaires & architeftes ; un paflage d» Pline infinue aufTi qu’ils étoient peintres, & Acron , ancien commentateur d’Horace , la dit fans aucune équivoque. Le poète Hipponax ctoit fort laid ; les àeux frères peignirent fon portrait, Se chargèrent tellement l’a laideur, qu’ils l’expofcrent à ia rife du peuple. Le poèt» irrité répandit contre eus des poèfies fi amèrej qu’on a cru oii’ils s’éroient pendus de defefpoir, Pline réfute cette dernière circonftance , en rapportant qu’ils firent encore un grand nombre d’ouvrages depuis qu’HipponJix les eut pri» pour objets de fes vers iàtiriques. Entre ces ouvrages, on en célébrait un qu’ils avoient fail pour uélos ; & fous le quel on grava cette infcription : CJiio nejî pas moins illiiflre par les talens des fils d Anterme , que par fa puiffance. Les Sufiens monrroient une Diane, ouvrage de ces artiflres. On en voyoit une au(^ fi à Chio , qui lemblait trifte à ceux quî entroient & gaie à ceux qui fortoient : les exoreihons de Plin’^ montrent qu’il ne croyoii pas à ce phénomène de l’art : cependant M. Falconet ne le regarde pas comme impoffible. a La manière, dit-il, dont une tête eft éclairée , peut prodiàre jui’qu’à un certain degri n ces deux exoreflions fi différentes ! une lu- >’ miâre large d’un côté, des om.bres coupée» » de l’autre, Tuffiient pour occafionnerrillufion : » ajoutez que l’emplacement élevé, lapofition » de cette tête, le lens dont elle étoit tourne* » pouvoienty contribuer. Peut-être auffi la tête » do Diane étoit - elle travaillée d’un côté » différemment que de l’autre , & cela à un»

» fip religieufe ; le peuple , qui ne lavoir pas s € U

• le fect^t, y voyoit un miracle ». Cette ^’térprcration fuppoleroit qu’on ne fortoit pas par la même porte qu’on etoit entré ; car fi , en forçant, on i’étoit retrouvé à la même place qu’on avoit occupée en entrant, & qu’alors on iè fût retourné , la figure le feroit montrée avec fa première expreffion de tiiftefle. Je croirois tionc que la double e) :preffion de la Diane de Gh’ii) eil un de ces contes qu’il vaut mieux ne pas croire que de chercher à les expliquer.

"Quoique les deux frères Bupale & Athénis remoniaflent à une atlez haute antiquité , on peut croire qu’ils ctolent loin d’être fans mérite pu ilque plufieurs de leurs ftatues furent apportées & coniàcrées à Rome où l’on ne devoir tirer de la Grèce que des ouvrages de choix. On voyoit de leurs fVatues dans le temple d’Apollon fur le mont palatin & dans prefque tous les temples qui furent conftruits par Âufufte. Les Icâeurs de Pline doivent être portés croire que les ouvrages de fculpture ne méritèrent aucune confidération avant le temps de Périclès ; mais cet écrivain fjivoit fans doute des auteurs athéniens qui ne datoient l’origine de l’art que du moment où leur ville fut rétablie après i’expédîticn deXerxès. Ils n’a voient pas confervé le fouvenir des ouvrages qui décoroient Athènes avant qu’elle eût été détruite par le confeil d’Epaminondas.

Ce fut Bupale qui fit le premier à Smyrne un flatue de la Fortune^ : il l’avoit repréfentée tenant d’une main la corne d’Amaithée , & ayant le pôle fur la tête. Ce pôle étoit furmonté d’un axe qui fervoit de Gnomon. Dans la même ville, ik dans le temple des Furies, il avoit fait les Grâces en or-

(17) Pêrillus, que d’autres nomment Péjrîlaus, pouvoit être un peu plus âgé que les

. trtifies que nous venons de nommer. Il travailla

pour Phalaris qui ufurpa la tyrannie J64 ans & mourut 547 ans avant notre ère. Ce ■ fut Périlhis qui fit le taureau d’airain dans Ic-’ quel le tyran farfoit renfermer & bruîer les viftimes de fes fi.reurs. Ce taureau ordonné par Phalaris, exécuté par l’érilius, devint i’inilru- , ment du fupplice dans lequel périrent fon in- ( venteur & fon auteur. Si cet ouvrage étoit horrible par fon objet, il paroît qu’il étoit efli-Hiable par îe travail. Diode re de Sicile raconte qu’entre les ouvrages lei plus précieux qu’Imil- [ car enleva d’Agrigente & fit porter à Canhago , ’étoit le taureau de Phalarii. Il ajoute, & fon I récit efi : appu}’é du témoigage de Cicéron , que [ aôo ans après, Scipion ayant détruit Carthage, renvoya ce taureau aux Âgrigentirs qui le confervoient encore de fon tejiifs. Le témoignage de Diodùre , celui de Cicéron doi /ent i’empprter fur l’affertion d’un Scholiafte de Pindare, ( £ (aux- An S. lome //,

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f

quî prétend que les Agrigentîns avoîent fait ietter le taureau de Phalaris à la mer, & que celui qu’on voyoit encore chez eux, repréfentoit le fleuve Géloa.

( 18 ) Bathyclès vivoit vers la 63= olympiade , doat la première année répond à T’aa 528 avant notre ère. Il fut célèbre dans l’antiquité par les bas-reliefs dont il décora le célèbre trône d’Amiclès, dans la Laconie. Tout ce que l’on peut juger d’après la defcription que Paufanias nous a iaiffée de ce monument, c’efl : que les fujets & les figures y dévoient être trop multipliées ; mais la réputation dont jouiflbit ce morceau chez les anciens , fait préfumer que d’ailleurs il ne manquoit pas de mérite. La jftatue principale n’étoit point de Bathyclès ; elle portoit le caraftere d’une haute antiquité , celui que les Grecs avoient emprunté des Egyptiens. Si l’on en eôt ôté la tête, les mains & : les pieds, ce n’autoit plus été qu’une colonne d’airain ; on n’y voyoit aucun art. Sa hauteur pouvoit être de trente coudées. Elle étoit coêffée d’un cafque & tenoit en mains ua arc & une lance.

Cette flatue grodière, mai ;, que fon antiquité rendoit refpeflable , pouvoit remonter aux temps voifins de Rhœcus à qui Paufanias attribue l’art de fondre en airain. Cependant comme cet écrivain ne remarque pas que les flatues de Rhœcus fuflent aufli imparfaites que celle d’Amyclès, ou pourroic rapporter celle-ci à des temps plus anciens, ce qui reculeroit l’époque à laquelle , l’art de jetter des ouvrages en fonte fut invente dans la Grèce. Ce qui augmente les difficultés dans l’hiftoire des arts chez les Grecs, c’eft que les auteurs n’ont pas eu affez d’attention d’obfervèr que les mêmes inventions s’étoient faites dan : différentes contrées de la Grèce à des époques différentes.

(19) Cailimaque efl fur-tout célèbre par l’invention du chapiteau de la colonne corinthienne. Suivant le récit de Vitruve, il la duc au hazard. Une jeune fille mourut ; fa nourrice dépofa fur fon tombeau , dans une corbeille , ies chofes qui lui avoient plu davantage, & pour qu’qjles ne fuffent pas gâtées par l’impref fion de l’air, elle la couvrit d’une tuile. Il fe trouva que cette corbeille étoit pofee fur une racinp d’acanthe ; le printemps fuivant , elle fuc enveloppée des feuilles de cette plante. Se les angles de la briqite comprimant ces feuilles , les forcèrent à fe rouler fur elles -manies vers les extrémités. Cailimaque vit cette corbeille &• frappé de l’élégance qu’elle préfentoic, îi la fit fervir de modèle aux chapiteaux des colonnes qu’il éieva dans la ville de Corinthe , d’oà l’ordre dont il efi l’inventeur a pris le nota as Corisikiea>

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Il b’en falloit bien , fuivsnt Paufanîas , que Callimaqiie fût le preraier de,, artiftes , laih il éroit le plus, adroit. Ce fut lui qui imagina le prêmiei’ de percer le marbre II reçut , ou le donna ei’urnom de Caciiotechnos , qu’on pou rroit traduire en françois par i’expreirion vulgaire de gâte-v.étier , parce qu’il donnoit à l’exécution de les ou rages un foin que les autres auroient difficiitment imité. On lit dans Vitruve qu’il fut lurnommé Catctechnos, i’hiditjlrieux , mais c’efb peut-être une faute de copille.

Un des monuraens les plus relpcftés de la citadelle d’Athènes stcit une llatue de Mineri-e, qui avoir éié révérée de toutes Jeà bourgades de l’Artique , avant que Théfée les eilt réunies en une feule afTociation. On pretendoit que cette flatue étoit tombée du ciel. Elle étoit (ans doute fort ancienne , & les lefteurs cureux de l’hifioire de l’art defireroient que Paulanias eût laiffé quelques dérails fur la forme & l’exécution de cet ouvrage. Devant cette ftatue etoit une lampe d’or, ouvrage deCallimaque ; elle brûloit nuit & jour, & Ton n’en renouvelloit l’huile qu’une fois l’an ; la mèche étoit d’amiante. Au-deffus de la lampe étoit un palmier d’airain qui s’élevoit }ulqu’à la voîlte , & : recevoir la fumée. On voyoit aiifli , du même artiflre , à Platée , une Junon aflife ; Pline obferve que , dans fes Lacédémoniennes danfantes , l’excès du fini avoic détruit toute la grâce.

(20) Laphaes de Pliunte , vîvoit dans m temps incertain ; mais on doit le mettre au rang des fort anciens flatuaires, puilque Paufanias cbiérve que fa flatue d’Hercule, fculptée en bois , étoit d’un travail qui tenoit au goût de l’antiquité.

—(21) Gallon d’Egine étoit élève de Teftée & d’Ar.gélion, qui eux-mêmes avoient appris leur art de Dipœnus & de Scyllis. On peut donc le placer vers l’an 540 avant notre ère. On voyoit de lui à Amycles une flatue de Proferpine fur un trépied d’airain, (22) Canachus floriflbit , fuivant Pline, dans la 95’ olympiade , quatre fièeles feulement avant notre ère. Nous croyons devoir fuivre plutôt Paufan-as qui le fait contemporain de ce Gallon d’Egine dont nous venons de parler. En effet, Ciceron & Quintilien donnent au travail de ce fcLilpieur un caraètere de fechereffe & de dureté qui ne poui-oit imiter parfaitement la nature, & qui leffembloît à celui des Etrufques. Ce caraftère eft ceiui de l’art dans la temps anciens , où les artift& n’avoient pas encore acquis l’heureufe faciite de l’exécution. Peut-être y a-t-il eu plufieuts S C

Canachus. Celui dont Pline a parlé ttà»ailloI» en marbre & en bronze.

(23) Mrnechme de Naupade & Soidaj hvcnt en ivoire & : en or une flatue de Diane, placée dans !a citadelle de Pâtres. On voit que ce mélange vicieux de i’or & de i’ivoire, Cans une même flatue , avoir été adopté dans la G’.èce avant que le goût de l’art y fût perfeétionné. On le conferva lorfque les arts furent portes à leur perfeûion , par cet amour que leo hommes oni : pour la richeffe, & qi,i Ibuvent l’emporte fur les loix du bon goût & de la raifrn. Pline parle d’un veau fculpré par Mcnechme, & obferve que ce ftatuaire avoit f^crir fur Ion art. Paulanias nous apprend que Ménechme & Soldas vivoient peu ’de temps après Canachus & Gallon.

_ (24) Calamis : Quoique Cicéron & Quintilien ne fixent pas l’âge de cet artille ils indiquent afPez qu il étoit moins ancien que Canachus & : plus ancien que Myton. Paufanîas dit qu’une Vénus de cet artifle fut placée auprès de la lionne d’aira n érigée en l’honneur ds la courtifar.ne Léena. Si la Vénus a été faite en même temps que la lionne, Calamis vivoit ver.i l’an 515 avant noire èie. Mais je crois qu’il y a eu plulieurs Calamis ; l’an qui vécut après Canachus & avant Myron , & un autre bien plus récent. Il ell certain qu’il y eut un Calamis concemporain de Pindare , ik qui fit pour le temple d’Hammon , dans la Béotie, une llatue que ce poète y confacra. Kndare naquit 520 ans avant notre ère.

(25) Dameas de Crotone fit la ftatue de Miion le Crotoniate ; & cet athlète , fi célèbre t>ar (à force exiraordinaire , la porta lui-même dans l’Altis oii elle devoir être placée. Il parut aux jeux olympiques la première année de la 62’= olympiade , 532 ans avant notre ère. Cette époque nous apprend en quel temps vivoit Dameas, & fa patrie nous fait conncître que l’art florilîûit alors dans îa partie de l’Iiaiie que l’on nomme G ;ande Grèce.

(25) Iphicrate. Une counifanne nommée Lesena (la Lionne) éroit dans la familiarité d’Harmodius & d’Arifcogitcn qui confciroient contre le tyran Hipparquc : ils la mirent dans leur fecret ; elie fut arrêtée, appliquée à la torture , is. mourut fans les avoir trahis. Les Athéniens voulurent lui rr.arquer leur reconno ^ffance par un monument public ; mais pour qu’on ne leur reprochât pas d’avoir accordé à - :ne courtifanne les honneurs d’une flatue , ils la fitent repréfenter fous la figure d’une lionne. Ce fut Iphicrate qui fut chargé de cet ouvrage ; & , pour immortalifer le courageux s C

tleflce de cette fille , il ne donna pas de langue à la lionne. Pline dit que cette figare étoic eftimée ; mais il ne nous apprend pas fi elle fut faite peu de temps après la délivrance d’Athènes. Si l’artifte que nous plaçons ici par conjeâure n’appartient pas à une époque pcfl-érieure, & fi l’on ouvrage méritoit les éloges que Pline affure qu’on lui accordo-it , il faudra convenir que l’art avoit fait des progrès confidérables dans la Grèce plutôt qu’on ne [Ip croit conununément.

(17) Agelades d’Argos. Nous avons peu 

ie chofe à dire fur cet artifte dont on voyoit à Tavente des chevauj : d’airain & des femmes captives : peut-être même aurions-nous omis ifon nom ; mais ion âge eft connu, & : peut nous faire connoître Tàge d’autres arcifles pius célèbres. Paufanias nous apprend <[ue le char de Cléoflène étoit un ouvrage d’Agelades, & [■que Cléofcène avoit remporié la victoire dans fia 66’ olympiade , dont la première année réipond à l’année ji6 avant notre ère. Comme ■ces Kionumens s’élevoient du vivant dès vainiqueurs , Ageiades étoit contemporain de ce fCléoftène, ï ! eue pour élèves Myron d’Eleuitliètes & Polyclète do Sicyone.

(28") M TE. ON d’EIeutli,ère5. Pline le fait ’.Jt’wre dans ia 87"^ olympiade :, dont la première ’année repond à l’an 43Z de notre ’ère. Ailfleurs, il dit que cet artifte fut célébré par iies vers d’Erinna , contemporaine de Sapho ; ce lOiii reculeroit.à-peu-près rde 170 ans le temps où vécut ce ftaruaire. Suivant Paufanias , il étoit élève d’Agelades, 8 : vivoit par confécuent au commencement du cinquième fiècle avant notre ère. Ciceron en parle comme d’un tartifte moins ancien que Car.achus , & qu’ S c u


Itoîent de Myron ; c’étoient des offrandes des Apolloniate :; de l’Ionie qui payèrent ainfi la dixme du butin qu’ils avoient fait à Throniiim , ville de l’Abantis. Mais on regardoit comme les plus admirables ouvrages de ce ftatiiaire un Bacchui à TheCpies ,^ & une ftatue d’Erccthée à Athènes. Ils fuient cependant moins célébrés que fa fameufe vache , que lespoëres chantèrent àî’envi. On doit aufil ranger entre ceux de fes ouvrages qu’on regardoit comme les plus précieux , une ft-itue d’Apollon que Marc-Antoine enleva aux Ephéfiens ,- & qui leur fut refhituée par Augufte. Pline dit qu’à Smyrne, une vieille femme ivre, ouvrage en bronze de Myron, étoit un morceau du premier ordre. Ce ftacualre travailloit le boii & le marbre, & : fondoit des llatues en airain.

(29) PoLVCiETE de Sicyone, élève d’Agelades , ne doit pas être confondu avec les deux Polyclètes d’Argos. Il eft bien certain qife Pline eft tombé dans cette confufion , 8c qu’il a donné au premier da ces ariiftes ce qui appartient à l’un de^ deux autres. » Polyclète de Sicyone , dit-il , a fait » un Diadumèm , figure de jeune homme, » cii il a exprime la molleffe , & qui devint » fameufe par le prix de cent talens qu’elle » coûta. Il a fait aulTi un Doryphore , où , n dans un enfant , il a repréfenre la vigueur. » Il a fait la figure que les artiftes appellent » Canon (la règle ) : ils en étudient le delfin, » ils en font pour l’art une forte de loi. Enfin , Polyclète eft le feu ! de tous les hommes que l’on regarde comme ayant créé » l’art par une produftion de l’art. Il a fait » un homme au bain qui fe frotte, & un autre nud , qui propofè une partie d’offelets ; avoit plus de douceur dans f exécution. Pline lui  » deux entans nuds qui joueit auiïi aux ofiè-S accorde de la varléLe & de bonnes propor-I tions : mais il ajoute qu’il ne traitoit pas les

cheveux &
les poils avec plus d’art que la

f groflière antiquité. Cet ai-tifte c ;.cel !oit dans ilestêfs, i’v c’eft une grande parie de Tart. ’ On voyoit de lui , dans la citadelle d’Athènes , lin jeune Lucien renanr un gouplllun pour afi perger les aflîfrans d’eau li ftraie , & Perfée [tenant la têre de Méd ife : à Egine, dans le temple d’Hécate , la ftatue en bo’s de la décfle. A Elis, & près de l’édifice nommé Hippo-Idamion, étoit une galerie demi-c-rculaire. On [ voyoit au milieu Jupiter recevant les prières lui idrefi’oient l’Aurore & Thétis en faque

yeur de leurs enfans. Pars, cette même ga-’îevie , on voyoit oppofé-^.s les unes aux autres des ftatues do Grecs & d’étrangers qui avoient été ennemis ; Achille étoit oppofé à Memr.on ; TUlyfl’e à Hélénus ; Mcnélas à Paris ; Diomède » lets : on les nomme AjîriigaLontes : ils font ■S) dans le palais de l’Empereur Titus. La plupart regardent cet ouvrage comme le plus » parfait. Il fit auffi un Mercure qui étoit à » L.yfimachie , Se un Hercule qui eft à Rome ; )) lin brave qui prend fes armes pour courir » au combat , & un Artémon qui fut furnommé Periphoetos , font auifi de lui. On » regarde cet artifle comme ayant perfeflonné la cifelure que Phidias avoit découverte. C’eft lui qui a imaginé de faire porter » les ftarues fur une feule jambe. Varron écrit » cependarit que les ftatues font quarrées , & >5 qu’elles fe reffemblent prcfque toutes <f. No ;. s avons con’.efvé dans ce paffage la traduction de M Faloonet, On pourra juger qu’entre le^ ouvrages qui y l.n’. cités, ceux qui (iLppofent cette mollellè qui tient à une facile exécution ne funt pa :, de l’ancien Polyclète. On » Éfiçe j Ajax à Peïpliobe : xoji» ces ouvrages, ’ veri^i fui’~tpu !: que Pline , fai’ant Polvclèteplqs 54§

S C U

jeune que Phidias , a confondu l’un des Polyclètes d’Argos avec celui de Sicyone. (30) Onatas d’Egine , tra7aîlla, conjointement avec Calami , à une offrande faite a Olympie par Dinomède pour accomplir le vœu d’riieron Ion père, qui mourut 466 ans avant notre ère. Le char étoit i’ouvrage d’Onaïas ; les jeunes gens qui le moncoient & les chevaux étoient de Calamis. Il ne faut pas croire cependant que le talent d’Onatas fe bornât a fcuJpter des cliars. On voyoit de fa main dans l’Altis, une ffatue d’Idomenée , defcendant de Minos , fils du Soleil ; un coq , fculpté en bas-reiief fur fon bouclier, témoignoit qi/e le héros tiroit fon origine du dieu à qui cet oifeau étoit dédié. iJne infcription en vers apprenoit quelaftatue étoit l’ouvrage d’Onatas, fils de iViyron. On voyoit encore dans le même lieu & du même artifte , un Mercure portant fous ie bras un bélier ; il avoir un calque entêre, & étoit vêtu d’une tunique & d’une chlamyde. Il avoit fait à Pergame un Apollon , en bronze, qui excitoit l’admiration par fa grandeur Se par l’art du ftatuaire. A Phigalie, ville de l’Arcadie, étoit un antre confacré à Cérès qu’on furnommoit la Noire. Paufanias raconte qu’autrefois on y avoit vu une fiatue affife fur la pierre : fa tête étoit celle d’un cheval, & étoit ornée d’i :ne crinière ; à l’entour étoient des ferpens & d’autres animaux. Le corps de la ftatue repréfcntoit une femme vêtue d’une tunique Bcire qui defcendoit jufqu’aux pieds : d’une main elle tenoit un ferpent , & de l’autre une colombe. Ce monument n’étoit que de bois & fut bvû^é. Les Phigaliens négligèrent de la rétablir , & abandonnèrent le cuite de la déeife ; elle fe vengea de leur oubli : leurs tirres devinrent fleriles ; & l’oracle de Delphes, qu ils confultèrent dans leur malheur, leur apprit que la deeffe les punifloit de leur impiété. Ils chargèrent Onatas de faire une autre fratue , Si. cet artifte s’aflreignit à imiter l’ancien monument dont il fe procura une «opie ou un deilin.

f^i) Hégias d’Athènes étoit contemporain d’Onatas & d’Agelades, comme nous l’apprend Pauianias On accurdoit des éloges à lés fiatues de Minerve tk. de Pyrrhus II avoit fai aulFi de jeunes cavaliers, & Caftor & Pol lux.

(31) Caiiit2Le étoit peut-être fils ou du moins eiève il’*.’na ;a : . Tout ce qu’oïi fait dt ; lui, c’efl qu’il traaiila, conjointement avec cet artifte , au Mercure donc nous avons parlé.

S C tr

(33 ) Simon d’Egme avoît fait un chefaî qu’un homme tenoit caria bride ; ce monument étoit placé dans l’Altis. Pline parle d’un ch-en & d’un archer, ouvrages en bronze du même artifte.

(34) DioNYSius d’Argos fit auflî dans I Aiiis un grouppe femblable à celui de Simon, fon contemporain : le cheval é oit peu eftimé. II fit unjup’ter, un Hercule, un Orphée qui furent donnés en offrande par Smicythus. Ce fait nous découre l’âge de ces artilles , puifqu Hérodote nous apprend que Smieythus é oit l’intendant d’Anax las , tyran de Rhégium, 498 ani avant notre ère. On voyoit à Rome, au portique d’Oâavie , dans le temple de Junon , la ftatue de la déeffe , ouvrage de Dionyfuis & : de Polyclès • cequiprouie qu’il y eut des fculpteurs eftimables avant Phidias. (35) Gl Aucu s d’Argos, fit pour le mâtu«  Smieythus les flatues d’Amphitrite , de Neptune & deVefta.

(36) NicoDAME de Ménale , dont une Pailas avec lecafque en têe & ;l’tgide, étoit placée près des ouvrage ; dis deux ftatuaires dont nous venons de parler, me paroît avoir été à-pcu-près leur contemporain. On conr.oilfoit encore de 4ui Hercule tuant le lion de Némée , les ftatues de deux pancratiaftes & celle d’un pugile.

(37) SocRATE de Thèbes n’eft connu que par un feul ouvrage en marbre qu’il fit avec Arirtomede. Ces deux artifte^ étoient cOiUemporains de Pindare , & l’on peut fuppofer qu’ils étoient dans la fleur de l’âge , lorfque ce poète qui mourut 435 ans avant not e ère, étoit déjà avancé dans fa carrière. Fn effet , il n’eft pas vraifemb’able que ce foit dans fa jeunefl’e qu’il ait confacré un temple à la mère des dieux , & qu’il air chargé les ar’iftes dont nous parlons de faire la ftaïue de la dcLlIé. (38) EiADAs d’Argos, peu célèbre par lui-même, fut ilKiftré par Phidias fon élève. I) fit la ftatue d’Hercule po !;r un teniple de ce demi-dieu à Méliie , bourg de i’Atiique. C’ctoit dans cette bourgade que le fils de Jupiter &’ d’Alcmène avoit. été ïtAtià aux peiits myftères.

(39) Phidias d’Athènes reçut àos leçons d’Elatlas & d’Hippias. Il parut dans lin emps favoiabieaux arts. Périclès qui gouverna pendant t|ua :ante ans la république d’A.hènes, & qui mourut dans la trolfieme année de l ;i 87^ olympiade, 419 ans a%’an- no.re ère, enchaînoit le peuple dans les jouiflances que pr»s c ^

eurent les talens. On pouvoit le regar^ef comme un roi proteûeur des artiftes , ik ia proteâion îeur infpiroit l’emulatusn la plus vive, parce que de grandes récompenfes attendoient leurs fticcès. II ht bâtir des temples , creufer des porti , élever des théâtres , conftruire des âquf’ducs , & tous ces édifices etoienc décorés par (es ordres avec la plus grande magnificence. l->ans la foule d’artiltes qu’il empioyoit, il diflingua particulieiéiiient Phidias, de le rendit l’ordonnateur & l’arbitre de Tes grandes Cntreprifes. Ce que leErun fut fousLouisXIV, Phidias le fut ibus Périclès.

Autant que l’on peut juger un artille dont on ne connaît pas les ouvrages , &lur lefquels il ne relie que des traits afléz vagues qui nous ont été tranlmis par des écrivains étrangers aux arts , on peut conjeâurer que Pdidias le diftinguoit fur tout par un caraflère de grandeur, il ell vrai-fembiable que, fous le règne d’Alexandre , des fculpteurs le furpaflbient par la grâce, par une aimable moilefTe, par des beautés qui appartiennent à l’exécution ; mais qu’aucun n’egaia la fierté de ce grand flatuaire.

Toute l’antiquité fe plut à célébrer f«n Jupiter Olympien. Il difoit lui-même que l’idée de ce chef-d’œuvre lui avoir été infpirée par ces vers d’Homère qui reprefentent le maître des dieux ébranlant l’Olympe d’un mouvement de fes noirs l’ourcils. Le dieu étoit aûis fur un trône ; fa couronne imitoit des branches d’olivier. Il tenoit dans fa main droite une Vi flore d ivoire ik d’or , ayant la tête ceinte d’une bandelette , & furmontée d-une couronne dans la gauche étoit un iceptre brillant de l’fcclat de tous les métaux , & furmonté -d’un aigle. Le manteau du dieu étoit d’or , aind que fa chaufTure , des animaux & : des lys foiiuo ent le delFin de ce manteau. L’ivoire dominoit dans ce monument ; ce qui a fait •dire à Strabon qu’il étoit d’ivoire , quoique l’artifte y eût employé l’or & d’autres mé- ■’taux : la fig. ;re etojt alaie ; & , quoique le •temple tîlt vaile & élevé, fa tête touchoic ’prefque à la voûte : l’i le dieu eût voulu lé ieveî , il aurou été obligé de la percer. L’ ntennon de l’artifte eioit de donner une idée -de la grandeur du dieu ; & quoique cette ’proportion, trop torte pour celle du temolj,, puifl’e nous fembier vicieufe , les anciens qui ont va le monument n’ont fait que l’admirer : nous n’avons pa-j le droit de nous montrer plus léveres, nous qui ne pouvons nous en former <[u’une image impatate ; croyons que l’irci-le avou m..-, dans est ouvrage tant de niajefté , qu’elle taiî lii uubiier ce que les proportions avo.ent J’exagère, Le trône étoit ’ d’or , d’ivoiie Ôi d’ébéne. Les ornement en peinture & en fcuipture y étoient prodigués. S C U 5^p

Paufanîas nous en a tranfmîs la defcription ; que nous croyons inutile de tranfcrire. Il fuffit de favoir qu’il étoit chargé d’une multitude d’objets , ians doute bien traités , mais qui n«  dévoient pas être exempts de confufion. On eft obligé de convenir que , du temps de Phidias , on n’avoic pas encore dâcsuvert que le grand s’aggrandit par la fobriété & la fimplicité des ornemsns. Il en aura été des Grecs comme des modernes ; ce n’aura été qu’aptes avoir faifi le grand dans les parties capitales, que le goût fe fera porté vers la théorie du grand dans les aceeflbires.

La llatue de Minerve, dans le Parthenon, à Athènes, étoit au nombre des ouvrages ce» lèbres de Phidias : elle étoit d’or & d’ivoire. Un fphynx formoit l’e cimier de fon cafque» & aux deux côtés étoient des gryphons. La llatue étoit debout & la draperie defcendoit ju& qu’aux pieds. Sur fa poitrine étoit la tête de Médufe en ivoire & une vifloire haute de quatre coudées ; cette niefure, qui nous a été conibrve» par Paufanias, peut nous donner une idée de ia grandeur colloffale de la flatue. Ladéeffe tenoic une lance , près de laquelle etoit un dragon que l’on croyoit être le dragon érichtonien. Soa bouclier étoit à fes pieds : à la partie convexe, l’artille avoir le uipté lé combat des Amazones j & à la partie concave, le combat des dieux’ & des géans : il n’avoit pas même épargné le travail fur la chauffure ; on y voyoit reprelénté le comb.it des Lapithes & des Centaures. Les anciens ont loué cette profufion ; les modernes ont railbn de ne la point approuver. Sur la baie qui fupportoit ce collofle étoit reprélentée en bas-relief la naiffance de Pandore. Cefujet contenoit vingt divinités.

Dans la même ville , Phidias fit une autre Minerve en bronze. Les Athéniens confacrerenc à ce monument la dixme des dépouilles qu’ils avoient remportées fur les Perles vaincus à marathon. Cette flatue étoit d’une fi haute proportion, que les navigateurs voyoient de Su» nÎLm le cimier du calque de la déeffe & le fer de fa lance. Mys cifela fur le bouclier de cette Pallas le combat des Centaures & des Lapiihes & d’autres fujets dont le peintre Parrhafius lui fournir le deffin. Pline a confondu cette Minerve avec celle du Parthenon , quand il a dit que la baie repréfentoit la naiflance de Pandore. Paulànias, tcmoin oculaire, mérite plus de confiance.

Près du temple de Vulcain , étoit un temple de Vénus, pour lequel Phidias exécuta en marbre de Paros la llatue de Vénus-Uranie. Sa Pillas Lemnia, a^nli nommée parce qu’elle fut dédiée par les hahltanb de Lemnos , étoit recardée comme un monument digne de la déelfe qu’il repréfentoit. Dans le temple de Néœeûs j près de Marathon , il fit en marbre de 5JÔ S C U

Paros la ftatue de cette diviuîté vengefeffe ; ce marbre avoir été apporté par lesPerfes ; ils l’avoient deftiné à en éle’/er un monument de leur viftoire, ik il lervit à confacrer leur défaite. On voyoit, dan.s- la couroniae cjui ceignoit la tête de cette ftatue, des cerfs, & de ■petites figures qui reprcfentoient des Victoires. Ces figures dtfignoientapparammsnt letriomphî àes Grecsfurles PerTes ; & les cerfs, la promptitude de leur faire : la figure de Néméfis figniûo’t que leur défaite avoit été l’effet de la vngeance célcfle. La déefTe tenoit de la main droite une phiole fur laquelle étoient repréfentés des Éthiopiens ; ëc de la gauche, une -branche de frêne. Paufanias n’a pu favoir ce que (isnifioient ces fymbo’.es. Il obïerve que cette Nemelis na-^oit point a ailes, ce qu on ne lui trouvoit ces lymboles dans aucun monu- .ment ancien. Il ajoute que les habitans de Smyrne furent les premiers qui lui donnèrent des aîles, fymbole de l’amour, parce.qu’iis la legardoient comme lavengerefie des amans malheureux. Sur la bafe de la flarue on voyoit Léda prélenter Hélène à Ném ;fis : ce fujet le rapportoit à un trait de la mythologie des Hellènes peu connu des modernes : ils croyoient qu’Hélène n’étoit pas filie de Léda , mais de Néméfis & de Jupiery & que Léda n’avoit fait que lui prêter la mamelle ( i )• Cette baie contenoit d’autres fujets c|ui n’avoient aucun rapport entre eux, Tindare & ie.î fils ; un homme deboat avec un cheval ; on nommoit ce grouppe le cavalier ; Agamemnon , Achille, Pyrrhus fonfils, époux d’Hermione ; on n’avoit ras repréfenté Orefte , parce qu’il s’étoit fouillé du fang de fa mère. On voyoit encore de fuite fur cette même bafe un jeune homme nommé Éoochus, & fon frère ; c’etoisnt les fils d’CSnoë qui avoit donné fon nom à une tribu de l’attiqiie. Les bas-reliefs de cette bafe pouvoient avoir un grand mérite de dellm & de travail ; mais on ne peut fe faire une idée favorable de leur compofition : il faud’oit qu’un moderne fe fit pardonner par de grandes beautés une confufion de lujets fi difparates.

A Mégare, dans le temple de Jupiter Olympien, étoit la ftatue de ce Dieu que Théocofraus de Mégare & Phidias avoient commencée enfemble & n’avoient pas terminée. Ce que Paufanias dit de ce morceau, nous apprend quel étoit le procédé des anciens dans les flatues d’or & d’ivoire. La tête étoit finie ; l’or & . î’ivoire.y étoient appliqués ; le refie n’étoit (i) C’eft aintl qiip s’exprime Paufanias. Le Sckoliafl«  de Calliraaque dit ; fur levers 231 de IHynine à Diane, que , dans un bourg de l’Attique, nommé Rliaainus , Jupiter eue commerce avec Néméfis qui produiûc un œuf , que LéHa , Tayant ciouvé , VicinLU^i, & qu’il e». forcit .if( Pîpfctfrii ? s ? Hélspc.

S C ù

f^ue de plâtre ; & cette ébauche devoît ferv3 ! feulement de noyau ou de foutien à la forte de marquererie qu’on fe difpofoit à y appliquer. On conlcrvoît daris une ch :imbre qui etoi : derrleie le temple, des pièces de bois feuiemenc ébauchées, fur leiquelles les artilVes dévoient appliquer l’or & l’jvoiie pour reiminer la ftatue. On commençoit, pour ces fortes d’ouvrages, par établir un noyau de plâtre qui n’avoit qu’imparfaitei ;ient la forme que devoit prendre la Iratue. On tenoir ce moJsle un peu maigre, & on nigLg.oit d’y mettre ce qu’oa nomnie les finefléo, il fuffilbi. o’y obferver les proportions de la longueur des parties,- enfuira on fculproit en bois des pièces de rapport deftinées à être appliquées fur ce noyau , & enfin , on c&Uolt fur ces pièces de bois les tablettes d’ivoire tk les plaques d’or : c’etoit de l’art que l’on mettoit à ce dernier travail qua dépendoitla perfeftion de l’ouvrsge. Plaignon» les artifle^ les plus célèbres de l’antiquité d’avoir été fournis, par le goût égaré de leurs comtem^orains , à une femblable manœuvre. Les dcu.’c ftatjaires avoient repréfenté fur la tê :e da Dieu les psrques & les faifons. De la dépouille des Pifeens vaincus, les ha§ bitans de l’EUde avoient confacré à Jupiter un , temple & une ftatue. Une infcriprion apprenoit que celle-ci étoit l’ouvrage de Phidias. On voyoit auffi dans l’Elide une ftatue du méma artifte repréfentant un jeune homme ceint d’un» bandeieie.

L^ne ftatue de Minerve, en or & en ivoire, dans la citadelle d’îlis, étoit regardée comma un de les ou . rages. Le cafque de la déefle étois furmonté d’un coq oiftau guerrier, peut-êtr» pour fignifier que c’étoit une divinhé belli» queufe : cependant comme on la nommoit éranéy la travallUufe , on peut croire que l’artifte avoit cru devoir la défigner par i’oifeau dont le chanj appelle à l’ouvrage.

Sa ftatue de ^énus célefte, aiiCi d’or & d’ivoire, fouloit d’un pied une tortue. Celle de Minerve Aréa ou martiale, à Platée, avoit le corps de boi ;, doré ; la tête, les pied» & les mains étoient de marbre paniéiiqtie ; mé-" lange qui ne deyfûit pas produire un efiét heu/reux.

On voyoit de lui à Delphes un grand nombre de ftatues : Minerve , Apollon , Erechtée Miltiade, Cecrops , Pandion , Anriochus fils d’Hercule & de Midée , Agée , Acaraas fijj de Théfce , Codrus , Théfée , Phileus. Quoique le génie de Phidias le portât ffr-tout à imprimer à ’i^’i ouvrages cette grandeur da caraélère qui ne fuppole pas toujouti le talent de rendre avec précifion les formes individuelles , & : qui même femble l’exclure , il téudit à faire le portrait avec beaucoup de îeiTemb lancé ,, comme on le lemarquoit du^ t cv

la figure d’un jeune homme nommé Pantarr 

ces , qu’il avok reprélenté en bas-relief Iiu" !a I ijafe du Jupiter olympien. Il fit auffi l’on propre portrait fur le bouclier de Palla ?. ■ Phidias, malgré l’autorité que devoit lui f donner fa grande réputation , fut obligé de i foumettre Ion goût à celui des Athéniens. On ne doit pas lui reprocher , par exemple, d’avoir fuivi fon propre goAt quand il fit des fl :atues en or & en ivoire. Nous voyons par un ’ partage de Valère-Maxime , qu’il voulut obte-’ Bir des Athéniens la permiffion de préférer !e marbre pour la ftame de Pallas. Ils i’ecouterent i tranquîL’ement , tant qu’il ne leur parla que de

! la folidité du marbre & de l’avantage qu’il 

( avoit de confef’.'er plus long-temps fon éclat : mais quand il eut i’imprudence d’ajouter qu’il çjûtoit moins cher , il refastrent de l’tntendie, &crarent qu’il étoit de leur honneur de préférer la matière qui coûtoit davantage. Peutêtre ne fit-il de même qu’obéir, qucnd il chargea d’un trop grand nombre d’orncnien :quelques-uns de fes chefs-d’œuvre. Il eft fouvent bien difficile à un artifte de réfif !:er au goût erroné d’un feul horr.me qui l’emploie ; il lui eft impoffible de refilter à celui de tout un peuple.

Croiroit-on que les contemporains de l’artlfle qui produifit les figures coloffales de Jupiter & dePailas, admirèrent peut-être encore davantage de petits ouvrages qu’il fit en b’araufanc eu qu’ils lui demandèrent, tels que des po ;ffons , une cigale, une mouche ? Ces délaticmens d’un habile homme ne pouvoient avoir que le petit degré de mérite Àont des bagatelles font fufceptibies , & furent encore célébrées plufieurs fièclo’î après la more de l’artifte. On peut avancer que la plupart des hommes aiment le petit par goût, Se ne teignent [que par vanité d’aimer le grand.

! Phidias eut conire lui les enremis que lui 

firent fes rai ens , & en même temps les ennemis de Périclès qui perfécutoienr lo proteéleur dans la perfonne du protégé. Ils l’accusèrent d’avoir (bu fl ; air une partie de l’or qui éioit ■entré dans la ’lurue de Minerve : mais par le confeil de Pénclès, il l’avoit appliqué de manière qu’on pouyoit le détacher, & ii lui fut aifé de confond e fes accufateurs. Cepenidant on affûte qu’il finit les jours en priibn. i Ou lit dans une déclamation de Sénèque le père, que les Eléen’ n’obiinrenc des Athéniens jla permilHon d’appeller chez eux Phidias pour" ifaire le Jupiter Olympien, qu’à condition qu’ils leur rerdroienc ou cet artifte lui-même ou cent talens ; mais que , l’ouvrage fait, ils l’accuisèrent d’avoir fouftrait une partie de l’or qu’ils rlui avoieni confié, lui coupèrent les mains, & [le renvoyèrent aux Athéniens ainfi mutilé. Ce conte n’ell qu’une narration faififiée du S c u

r

traîtemeTit que lui firent éprouver fes conaritoyens eux-mêmet.

On voyoit à Rome ;, du temps de Pline, une Vénus en marbre que l’on regardoit som ? me un ouvrage de cet artifle.

(40) Théocosmus de Mégare étoit contemporain de Phidias , & tut aidé, comma nous l’a, ’uns dit , par cet artifte , dansl’eïccution d’une llatue de Jupiter en or & : en ivoire qtii ne fut pa.’. terminée. Il fit autfi la flatue d’Hermon à qui lesP/legariens avoient accordé le droit de cite , Ik qui avoit commandé le vaifleiu aiurai de tyfknder.

(41) Apelles , ftatuaire dont le nom a été omis par Junius, devoit être plus jeune que Phidias. Il fit la ftatue de Cynifca, fille d’Archidamus , Roi de Sparte , la première des femmes qui ait nourri des chevaux, & qui ait été viftorieufe aux jeux olympiques. Lacéuémonienne eUe-même, elle fut imitée par plufieurs L8cédém)ni’ :nne,’i. Le temis où régnoit At ;chidamus , qui mourut 4 ;oansavanc notre ère, nous indique à-pou piès celui oà fleurit Apelles le fcuipteur. Ne feroit-il pas I3 même que Pline noijime Apellas , & qui avois fait des ftatues de femmes en adoration î (42)- Stipax de Cypre avoit confervé da îa célébrité au temps de Pline par une feule ftatue , refréfentani : un jeune hcmms qui fait lotir des entrailles. Il fouffloit le feu, & iî eft vraifemblable que le gonflement de ks joues, i3L- la vérité de fon adion , contribuèrent beaucoup à la réputation de ce morceau. Cei vérités triviales, dont l’exprefTtaiii n’eft pas d’ailleurs fans mérite, plaifcnt toujours plus au peuple que des conception ; plus nobles & plus dignes de l’art. La figure d’un jeune homme foufflant aui !i le feu , dans le tableau de Saint Paul prêchant à Ephèlé , par le Sueur , attire bien plus les regards de la multitude que le refte de la compofition. C’eiî même quelquefois un défaut qui affure , auprès du vulgaire, le fuccès d’un bon ouvrage, (43) Myrmécide de Lacédémone, fe rendis célèbre par de petits ouvrages qui fuppofenc de bons yeux & beaucoup de patience , plutôt qu’un vrai talent. Il fit un char à quatre chevaux , qu’une mouche pouvoir couvrir de fon aîîe. On parle aufli d’un vaifleau qu’on pouvoic cacher tout entier fous i’aîle d’une abeille. Si ces ouvrages n’avoient pas le droit d’être admirés, parce que l’admiration doit être réfervée au vrai beau , ils avoient au moins celui d’étonner, puifqu’ils étoient en marbre ; ce qui ajoute à la difficulté. Mais Elien a parlé judicieufement de ces chefsç SS2

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d’œuvres mefquins , quand il a dît que ce n’étoit autre chofe qu’une perte de temps. Cependant Myrniécide avoir la vaniré de ie comparer à Phidias.

(44) AicAMENE, d’une bourgade de l’Attique, fut un dei plus illuftres élèves de Phidias. Il fleurit , fuivant Pline, dans la 83’ olympiade, 448 ans ayant notre ère. Pline cite de lui une flatue en bronze repréfentant l’un de ces athlètes que les Grecs nommoient l’emathles , parce qu’ils difputoicnt la vicloire dans c nq fortes de combats : il falloir que le ^’ainqueur eût furpaflë fes adverfaires dano la courfe à pied, la lutte, le pugilat, le faut, & le jet du difque ou du ja-.’eiot. L» chefd’œuvre d’Alcamène était une Vénus de marbre qui fevoyoit à Athènes dans le quartier qu’on ncmmoit les jardins -, on la defignoit par le nom de f^énus aux jardins. On a prétendu que Phidias y avoir travaillé ; c’étoit peut être une calomnie inventée par les envieux. Paufanias obferve que cette ftatue étoir digne de fixer les regarda , dans une ville oil les regards étoient appelles pour un fi grand rombre d’cuvrages admirables. On vantoit fur-tout la belle forme du iein , & en géaéra] toute la partie antérieure de la figure, la beauté & : l’excellente proportiGn des mains & la finelTe des dv ;ig ;s qui fe terminoient en une pointe r’.oiice : fi l’on adntioit à Athènes la Venus d’Aicamène, on n’cflimoit pas moins l’Amour qu’il avoir fait à Thefpies. Vulcain fut auffi cenisté entre fes ouvrages célèbres : l’artifte avo’t eu l’adreffe de diflimuler plutô ; que de cacher par une drapeiie la difrormiié de ce dieu boiteux. On voyoit encore du même arti’le , à Athènes, une fiatue de Junon, celle de Diane, celle de Pacchus en or & en ivoire, Progni & Itys fon fis , dont elle médice la mort ; à Corinthe , i ne Hécate , ccmpofée de trois figures réunies, & n’en faifanr qu’une feule ; avant Alcjniène . on n’avoit donné qu’ur.e tête & qu’un corps à cette décffe. Il avoit dccoré d’une flatue d’Efciilapc le temple confacré à ce dieu dans la ville de Mantinée , S : avoit fait deux ftatucs coloffales pour le temple d’Hercule à Thèbes ; l’une repréfentoit Hercule lui même , & l’autre, Minerve. Ce fut lui qui orna de bas-reliefs la frife de l’une des ailes du temple de Jupiter à EU- ; ; il y rep ;éfenta le combat des Centaures & des Lapithes aux noces de Piii.hoii ;. Pirithoiis lui-mêiie occupoit le milieu de ce ba -relief ; d’i.n côté, on vcyoit Eurytion qui enlevoit la nouvelle époufe , & Cénée qui la defendoiî ; de l’autre , Thtfée , armé d’une hache , combattoit les Centaurss, L’artifte avoit enrichi fa compofition d’une épifode, où. il avoit repiéfenté deux Centaures, l’un enle-S C U

I vint uB jeune garçon, l’autre une jeune fiHs, remarquables l’une & l’autre parleur beauté. Comme l’hiftoire de l’irt deWinckelmana eft un ouvrage juflement célèbre, il n’eft peut-être pas inutile d’avertir qu’il a mal entendu le paffage de Paufanias où il eft parlé de ce bas-reliet, & qu’il l’a expliqué d’une manière très-confule. L’antiquité regardoit Alcamène comme le premier Iculpteur de fon temps après Phidias.

(4î) Agohacrite de Parcs apprit fon art de Phidias , qui pafla même pour avoir publié piufieurs de fes ouvrages fous le nom de cet élève qu’il chériffbit. Pline raconte qu’Agoracrue & Alcamène concoururent enfemble pour une Vénus, & que les Athéniens donrèrent la préférence à celle du dernier, favorifant plutôt leur concitoyen contre un étranger, que rendant jullice au vrai talent. Agoracrite , irrité de leur injuftice , fit de fa Venus une Néméfiî , déeffe de la vengeance, & la vendit aux habitans de Rhamnus. Vatron 1» regardoit comme la plus belle de toutes les ftatues.

II eft vraifemblable que cette Vénus étoit un de ces ouvrages que Phidias donnoit fous le nom de fon élève : c’eft même ce qui eft affirmé par Suidas , ou plutôt par quelqu’auteur plus ancien dont il rapporte le palTage dans fon Diclionnaire. Paufanias attribue cette ftatue à Phidias , fans parier même d’Agoracrite. Ainfi les AthénicuE, en prononçant contre Agoracrite en faveur d’Alcamène , auront, pour tavorifer leur patrie, prononcé contre un de leurs concitoyens fans le connoître. Le changement d’une figure de Vénus, en celle de Némrfis , prouve ce que nous avons dit à l’article Blythologie , que les anciens repréfentoient fous les traits de la beauté les divinités les plus terribles. Eh ! pourquoi auroient-ils donné des traits hideux à Néméfis, à la ^^enge2nce célefte, qui puniffoit le crime fans paflion & fans colère ?

On cite peu d’ouvrages d’Agoracrite , qui peut-être ne montra plus qu’un talent médiocre, dès que fon maître eut ceffé de travailler pour lui : Pline dit feulement qu’à P.hamnus , où étoit fa Néméfis , on voyoit aufli de lui une autre ftatue dans le temple de ]» mère des dieux , & à Delphes les flatues ea bronze de Minerve & de .îupiter. (46) CoiOTÈs, autre élève de Phidias, avoir travaillé avec ce grand maîrre à la ftatue de Jupiter Olympien. Ce fut lui qui fit l’égide de Minere , à la ftatue que lï même artifte fit de cette déefle. Oh" cenroiffoit aufù de lui des philofophes , & un Efculape de bronze , dont on célébroit la beauté- ■ ■ Il

II ne faut pas confondre avec ce Colotès , un BUtre artifle du même nomquiétoit de Paros & difciple de Pafuèle, & qui fit à Elis la table d’ivoire & d’or, fur laquelle les vainqueurs dépofoient leurs couronnes.

(47) PoLtCLETE d’Argos. C’eft peut-être ici que doit être placé l’un des Polyclètes d’Argos • car il faut convenir que la chronologie d’un affez grand nombre de Iculpteurs grecs eft fort incertaine, & qu’au moment où l’on croit pouvoir l’appuyer fur des faits ,. on la trouve renvertëe par d’autres faits qui les contrarient. Comment pourrions - nous être -exafts dans une matière où les anciens qui nous fervent de guides paroiffent eux-mêmes avoir

ntanqué d’exaâicude ?

I . Nous avons déjà obfervé que Pline a confondu le Polycléte de Sicyone avec un des Polyclètes d’Argos , & peut-être avec tous les deux. Lorfqu’il dit que Polycléte faifoit fes ila-I tues quarrees , qu’il eft le premier qui ait imaginié de faire pofer les flatues fur une feule 1 jambe, que fes flatues le refiembloient prefque f toutes, cela doit s’entendre du plus ancien des Polyclètes, de celui de Sicyone. Er effet, ce font autant de traits qui caraélérifent l’art encore peu éloigné de fon berceau , manquant encore de foupleffe & de variété. On faifoit alors les flatues quarrées , parce qu’on n’avoir pas étudié toutes les lignes que décrivent les contours , & dont les artifles expriment le mouvement fouple & varié , en les nommant ondoyantes , ferpentines , flamboyantes. On faifoit porter les figures fur lei deux pieds , & c’étoit le premier pas que l’art avoit fait, quand il cefla de s’en tenir aux Hermès. Celui qui , le premier , ofa les faire porter fur un feul pied , fut regardé comme un artifte hardi. Enfin , toutes les figures fe reffembloient entr’elles , parce qu’on n’avoit pas encore découvert, par des études multipliées, l’extrême diverflté des formes, ou plutôt parcs que les artiftes n’avoient point encore l’adreffe d’exprimer toutes ces diverfités. Je croirois aufli qu’on pourroit attribuer à l’ancien Polycléte cette figure qu’on appelloit la règle ; car on a des preuves que les anciens ont trouvé de bonne- heure les proportions au moins en longueur ; & quand les Grecs n’auroient pas eux-mêmes fixé ces mefures , ils les trouvèrent établies en Egypte , dès qu’ils eurent quelque ccmmunicaticn avec cette contrée. Il feroit abfurde de fuppofer que les proportions furent trouvées par un artifte qui vivoit dans la 87"= olympiade, 432. ans avant notre ère, & qui étoit par confétjuent poftérieur à Phidias, puifqu’il réfulteroit de cette fuppofition que Phidias n’auroit pas connu les proportions S c u

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clète d’Argos la plupart des ouvrage, ? quePlin_ attribue au Polycléte de Sieyone , tels que ce Diadumène dans lequel l’artiftc avoit fu exprimer de la molleffe, qualité qui tient à la plus belle exécution, & ce Doryphore, dans lequel il avoit repréfenté la vigueur ; car co n’eft que dans un fiècle où l’ar : efï cnnfomraé, qu’il eft poffible au même artifte d’exprimer deux caraaères fi difFerens. Nous en diron«  autant des deux enfans qui jouoient aux oflélets ; car ce n’efl pas dans le temps où l’on ne fait faire encore que des figures quarrées,’ que l’on peut rendre avec fuccès la nature enfantine , & Pline ne nous laiffe pas ignorer qu’on admiroit encore ces deux etifans dans le temps où il écrivoit. Enfin , ce brave qui prenoit fes armes pour voler au combat, ne pouvoir être l’ouvrage du ftatuaire qui , le premier , avoit ofé faire porter fes figures fur’ un feul pied.

Croyons en même temps que c’eft du fécond Polycléte que parlent les anciens , lorfqu’ils célèbrent la grandeur & la dignité qu’il ’donnoit à fes ouvrages. Ces caraàères appartiennent au temps où les grandes parties de Tare font déjà connues , & où il conferve encore i’aiiftériré.

L’un des chefs-d’œuvre de cet artifte étoie à Myccne dans le temple de Junon : c’étoit la ftatue de la déeffe elle-même , en or & en ivoire , & d’une grande proportion. On voyoie fur fa couronne les Saifons & les Grâces ; d’une main elle tenoit une grenade, & de l’autre un fceptrc. Au jugement des anciens, elle ne la cédoit aux grands ouvrages de Phidias , que parce qu’elle étoit moins riche & moiiîs colloffale.

Son Hercule tuant l’hydre étoit admiré du temps de Cicéron ; l’adion de cette figure exigeoic du mouvement , & ne pourroit être attribuée àl’ancien Polycléte, à celui dont lamanière tenoi :: encore de la roideur que les Egyptiens donnoient à leurs ouvrages. Mais qui fur-tout nereconnoîtroit pas l’art perfeftionné dans la dcfcription que Cicéron nous a laiffée de fes deux canéphores. C’étoit deux fl-atues d’airain , d’une proportion médiocre, mais de la grâce la plus exquilé ; leur vêtement, leur maintien rendoient témoignage à leur virginité. Elles portoienc fur la tête les chofes facrées , à la manière des vierges athéniennes qu’on nommoic canéphores. Les perfonnes même qui n’avoient aucune idée de l’art , ne pouvoient fe défendre d’en admirer la beauté.

La ftatue de Jupiter ; Mélichius ou le Clément, ouvrage de notre artifte, étoit en marbre blanc , de même que fes ftatues d’Apollon , de Latone & de Diane , dans le temple de

cette déeffe, bâti au fommet d’une montagne 

Nous pouvons hardiment reftituer au Poly- ’ fur le chenjin d’Argos à Tégse. Il aycic fait ^eaun-Arts. feme li, Y y

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une Vénus à Atnycles. On voyoît de lui, du temps de Dion Chryfoftôme , une ftatue d’Alcibiâde dont les mains étoient mutilées. Il a vécu & travaillé long-temps , fi c’étoit lui, & non un autre Polyclète , qui avoit faitla llatue d’un Antipater vainqueur entre les enfans , au temps de Denys de Syracufe. Ce tyran avoit engagé le père du jeune homme à déclarer «u’il étoit Syracufain ; mais Antipater luitnéme , méprilant les largefTes du tyran, & voulant faire honneur à fa patrie, fit écrire fur la bafe qu’il étoit" de Milet, & le premier des Ioniens qui eût confacré (a ftatue à Olympia. Elien a écrit fur Polyclète un fait ou un conte qui peut trouver fon application. Il rapporte que cet artifte fit à la fois deux ftatues : dans l’une , il ne fit que fuivre l’impulfioB de l’on génie Ik les règles de fon art ; il le fit une loi de fuivre pour l’autre tous les confeils qu’on vouloit lui donner, faifant, défaifant, changeant à mefure qu’on lui communiquoit une nouvelle idée , ou qu’on lui çrefcrivoit quelque correftion. Ces deux morceaux terminés, il les expofa en public : le premier fut généralement admiré ; le fécond excita la rilee de tuus les Cpeûateurs : « Eh B bien, leur dit-il, l’ouvrage que vous admirez eft le mien ; celui dont vous vous » moquez, eft le vôtre ".

Winckelmann croit qu’une’ figure nue , plus petite que nature, qui fe voit à la Villa Farïiefe, eA une copie du fameux Dladumène de Polyclète, ou dumoins la répétition d’une copie de ce morceau célèbre dans l’antiquité. Il remarque qu’une petite figure toute femblable fe voyoit en bas-relief fur une urne funéraire ée laViilaSinibaldi, ce qui lui fait juger avec laifon que ces deux figures ont été faites d’après un morceau qui jouiUbit d’une gianJe réputation & qui a été fort fouvent copié. En admettant cette fuppofition , qui ne manque pa’î de vraifemblance , nous pourrons juger du talent ^e Polyclète, à peu près comme on juge de celui de Raphaël par une ei’ampe. Notre antiquaire croit voir aufli dans un basrelief repréfentant des Canéphores , c’eft-à-dire des jeunes filles portant des corbeilles qui contenoientles cho’es facrées, une copie, ou une imitation des fameufes Canéphores du même artifte. Le flyle témoigne en faveur de leur haute antiquité.

Enfin il eft porté à reconnôître auîTi les y4ftraeaUontes ou joueurs aux offelets de Poiylete dans une figure du palais Barberini , qui mord le bras d’une autre figure détruite ; mais îa main qui refte tient un offeler. Les anciens, comme le font encore les modernes , donnoient fouvent aux ouvrages de l’art des noms qui en ’ «défignoient très-impartaitement le fujet. Notre «Htiquaire ûonjeaure que les /,Jîragaliiantis S C U

repréfentoîent Patrocle encore enfant qui, dans une difpute prife au jeu des oflelets, tua le jeune Chryfonyme.

Nous avons dit ailleurs que nous foupçonnions qu’il y avoit eu deux Canachus. C’eft que Paufanias parle d’un. Canachus de Sicyone élève de Polyclète qui fit la ftatue d’un pugile nommé Bicellus. Peut-être les écrivains ont-ils quelquefois confondu les ouvrages des deux Canachus.

Le même auteur nous apprend qu’il y eut un Polyclète d’Argos, diftérent de celui qui avoit fait la fameufe Junon. Ce troifième Polyclète étoit élève de Naucycles. On ne cite de lui qu’une ftatue repréfentant Agénor de Thèbes, vainqueur au jeux olympiques. (48) Phragmon que Pline fait contemporain de Polyclète, & qui avoit fait des Amazones dans le temple d’Éphèfe, eft peut-être le même artifte que Paufanias nomme Phradmon, & qui étoit d’Argos,

(49) Caelon d’EIis : nous le plaçons îcî parce que Pline parle d’un Callon qu’il fait contemporain dj Polyclète, ce qui ne peut convenir à celui d’Egine , élève de Teâée & d’Angelion. Paufanias raconte que les Mamertjns perdirent par un naufrage tiente cinq jeunes gens, & que, four honorer leur mémoire, ils leur firent élever des fta’ues en bronze à Olympie : elles furent l’ouvrage de Callon d’Elis, dont on voyoit aulTi un Mercure tenant le caducée. Comme Paufanias obferve que les ftacues des jeunes Mamertins étoient comptées au nombre des ouvrages anciens, on pourroit foupçonner que la chronologie de Pline n’eft pas ici fort exafte, & que Callon étoit antérieur à Polyclète.

(50) SocEATE, célèbre entre les philolbphss, doit trouver place entre les artiftes. Fils d’un fculpteur, lui-même exerça la fculpture dans fa jeuneffe. On voyoit de lui an Propylée, à Athènes , un Mercure & les Gracei drapées. C’eft du moins l’opinion commune : mais il faut avouer que Paufanias s’exprime là defTus avec incertitude ; il n’affure pas que ces morceaux fuffent l’ouvrage de Socrate le philofophe, il rapporte feulement qu’on le difoit. Pline, fans parler même du philofophe Socrate , dit que les Grâces du Propylée font d’i^n Sociate & qu’on doute fi elles font de. Socrate le peintre ou d’un autre. Il ajoute qu’on ne les admiroit pas moins que les ouvrages de Mér.efcraie. Il eft permi :; de conjeéuirer qu’elles étoient de Socrate le Thébainj ou du peintre Socrate, ou d’un au’re artifte du même nom, & que Socrate le phiiofophe s’écant fait une réputation, la ciinforniité du nom lui aura fait attribuer ce»

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ouvrages auxquels il n’avoit eu aucune part. îl abandonna de très-bonne heure la Iculpture pour I fe livrer aux l’péculations philolbphiques, & il

! eft difficile de croire qu’il ait pu faire dans les 

arts, qu’il pratiqua fi peu de temps, des ouvrages dignes d’admiration.

(ij) Mênestrate ; nous ne le plaçons ici <jue parce que nous venons de le nommer au fujet de Socrate ; car d’ailleurs rien ne nous indique fon âge. Pline dit-feulement qu’on admiroit de lui un Hercule, tk une ftatue d’Hécate, qui étoit dans le temple de Diane, à Ephefe.

(j2) Pythagore de Rhegîum eft compté par Pline entre les contemporains dePolyclete, & rapporté à la 87’^ olympiade , 431 ans avant ’ notre ère : mais il devoir être beaucoup plus

! ancien puifque, au -rapport de Paufanias, il 

avcit appris fon art de C.earque , élève d’Euchîr de Corinthe. On voyoit de lui à Olympie, la ftatue du Pancratiafte Leontifcus, qui ne pre-

! Boit pas la peine de renverfer fes adverfaires, 

,. & ; fe contentoit de leur brifer les doigts dans

. fes mains, les obligeant ainfi , par la force de
la douleur, à fe déclarer vaincus. Pline dit

que Pythagore de Rhegium , & un autre Pythagore de Leontium, furpalièrent Myron ; ce qui doit faire fuppofer qu’ils étoient un peu plus jeunes que cet artifte ; il parle d’un troifième Pythagore qui étoit de Samos , & il peut bien avoir confondu l’âge de celui de Rhegium avec le temps où parut l’un des deux autres. Je crois qu’il faut attribuer au plus ancien des trois ce qu’il dit du fécond, qu’il exprima le premier les nerfs & les veines, & qu’il rendit les cheveux avec plus d’art qu’on ■ne l’avoit fait jufqu’à lui. Il eil vrai qu’on i pourroit admettre que l’art de rendre les che-I ; veux a fait des progrès après le temps de Phi- 1 ëias ; car cette partie tient à une adreffe i ’^'exécution , que les modernes décorent du linom de goût, & qui n’appartient pas aux temps où l’art s’exerçoit avec la plus grande aufîé- ■ rite. Il eft poflîble auiïï que ce ne foit qu’après

Phidias qu’on fa foit avifé d’exprimer les vei-
! nés ; elles font du nombre de ces détails infé- 
rieurs que négligeoient des artiftes qui ne
pherchoient à exprimer que les grandes par.

ties & à les rendre plus grandes encore : furtout, comme nous l’avons dit, on n’exprimoit «pas les veines dans les figures des dieux , parce Iqu’ils n’avoient point de fang. Je ne dirai rien Ide ce que Pline appelle les nerfs , parce qu’il ïfaudroit favoir ce qu’il entend par ce mot. pM. Ealconet le traduit par tendons , & croit tqu’il s’agit des parties tendineufes , des attaîskes & des infertions des mufcles Si fa con- •^8&ure eft vraie , il eft très-probable que Pline S C U 5y^

fe trompe ; car il fait le Pythagore dont il s’agit poflcrieur à Phidias ; & comment fuppofer que Phidias eût confervé fa réputation dans les plus beaux âges de l’art , s’il n’avoit ni connu, ïiifu exprimer les attaches des mufcles î Je penfe que Pline erre fouvent dans les époques qu’il établit pour les progrès de la Iculpture. En le comparant àPaufanîas, je crois qu’il place la perfeàion de cet art à des époques trop récentes. Le Pythagore, de Rhegium paroît avoir confervé fa réputation dans des fiècles bien poflérieurs à celui où il a vécu , & il faut ajouter que fes ouvrages étoient d’un genre qui fuppofe une grande étendue de talens. Ce n’étoit pas dans l’enfance de l’art, qu’on pouvoir faire avec fuccès un monumenc de bronze repréfentant Cratiftène montant fur un char, & la Vidoire y montant avec liii s Europe affife fur le taureau qui cachoit le maU tre des dieux ; le combat d’Eréocle & de Polynice. Ces ouvrages exigent le talent de bien j traiter les animaux, de donner de i’exprelTion ’ &du mouvement à la compofition. Mais fi l’on I fuppofe qu’ils étoient mal faits, ils n’auroienc I pas c ;nrervé leur réputation au temps de Pau~ I l’anias , & même à celui deTatien. Le Pythagore le Léontin , celui qui , fuîvant Pline , exprima le premier avec art les cheveux, avoit fait une figure qui devoir avoir beaucoup d’expreffion ; elle repréfentoit un boiteux ; & fuivant le même auteur , on ne pouvoir regarder cette figure fans éprouver la douleur qu’elle étoit fuppofée reffentir : on a conjeéluré que cette ftatue étoit celle de Philoâè ; e.

(53) Thrasymede de Paros , fit àEpîdaure la ftatue d’Efculape ; c’étoit une figure colofl’aie , qui avoit la moitié de la proportion du Jupiter Olympien d’Athènes : elle étoit de même d’or & d’ivoire. Le dieu étoit aflis fur un trône , tenant d’une main un bâton , 8c appuyant l’autre fur la tête d’un dragon. Un chien étoit couché près du dieu. Sur le trôn» étoient fculptés les exploits de Bellerophon , vainqueur de la Chimère, & Perfée enlevant la tête de Médufe.

(54) Aristonus d’Egine. Nous plaçons îcî cet artifte, quoique Ion âge foit inconnu ; on. voyoit de lui à Olympie une ftatue de Jupiter. Le dieu étoit tourné vers le foleil levanr. Il tenoit d’une main un aigle, & de l’autr© la foudre. Sa tête étoit couronnée de fleur du printemps, C’étoit une offrande des Méta^ pontins.

(55) Anaxagoras d’Egine, doit être com" pris entre les fculpteurs qui vivoîent dans la ciaquiènje fièdç ayant notre ère. Il fit use 5j’(^ S c tr

ftatue de Jupiter qui fut placée à Olytnp’e. C’étoit une offrande des villes de la Grèce qui avoient combattu à Platée contre Mardonius. Cette bataille fe donna 479 ans avant notrç ère, & il put fe paffer un nombre d’années avant le temps oii les Grecs placèrent à Olympie le témoignage de leur reconnoiflance envers le dieu qu’ils croyoient les avoir rendus vainqueurs. Anaxagoras écrivit fur la perfpective ; mais les préceptes qu’il donnoic de cette fcience paroiffent n’avoir été relatifs qu’aux décorations de théâtre. Agatarclius , qui , le premier à Athènes , avoit fait une décoration en peripeclive fous la conduite d’Efchyle, fut aufli le premier qui en ait établi les règles par écrit.

(56) Athénodore, de Clitore en Arcadie, réulfit très-heureufement aux figures de femmes. Ce n’eft pas un foible triomphe Ae l’arc de plaire par l’imitation d’un fexe à qui la nature a prodigué les moyens de plaire. Athénodore étoit élève de Polyclète , & ne doit pas être confondu avec le ftatuaire du même nom q’^i contribua au beau grouppe du Laoccon. Ce dernier étoit de Samos.

(57) Ctésilas ou Ctéfilaiis , car îl psroîc que c’ell le même artiflre dont Pline a parlé fous ces deux noms fi peu diftérens l’un de l’autre, fit un Doryphore, c’efb-à-dire un garde armé d’une pique , & une Amazone. Il avoit aulïï repréfenté un homme prêt de mourir d’une bkiTure, & avoit fait une flratue de Périclès furnommé l’Olympien. Pline dit aufujet de ce flatuaire, que ce qui eft admirable dans Tart de la fculpture, c’eft qu’il ajoute encore à la Bobleffe des hommes diltingués : un grand artifte a pu feul infpirer cette réflexion. Ce caraéière de nobleffe que Ctcfilaiis imprijnoit à Tes ouvrages, perfuade à Wincîcelmann qu’on ne peut attribuer à cet artifte , ciui a fait un homme mourant d’une bleffure , la figure antique qui e1 p^î’.venue jul’qu’à nous & qu’on appelle le gladiateur mourant. Elle ne repréfenté qu’un homme du peuple ; mais notre an tiqua’re necro^t pas que ce Ibit un gladiateur. On voit à côté d’elle un cor brifé , & cet attribut n’efl : pas celui d’un gladiaieur , mais d’un hérault. La corde qui entoure le cou de ce mourant ne fait qije co.nfirmer Winckeimann dans fon opinion , parce qu’il a appris par un’e infcription antique , que les héraults, d-ins les

jeax olympiques , fonnoient du cor & qu’ils

avoient le cou entouré d’une corde , afin , fui-Tant la conjeâure de S’aumaife , de ne fe pas rompre une veine en fonnant du cor ou en criant à haute voix. Il fe peut qu’un héiault , ’ en rempliffant fes fonctions pacifiques , ait reçu une bleffure mortelle par accident ou par ia

eu 

perfidie des ennemis , & que les Grées, pi ! reconnoiffance , lui aient accordé les honneurs d’une ftatue. C’eft une produélion du bel âge de l’art , & les Grecs ne connoiffoient pas alors les combats des gladiateurs. Le mérite de cet ouvrage ne permet pas àWinckelmann de l’attribuer aux Romains , ni même aux Grecs dans le temps oii ils furent fournis à ces conquérans : mais fa conjefture devient bien foible, fi l’on peut fuppofer avec quelque fondement que le grouppe du Laocoon lui-même a été fait du temps des empereurs. C’cfb peut-être une erreur de croire que tous les beaux ouvrages antiques qui nous reftent font antérieurs au temps où Rome eut foumis la Grèce.

(j8) Naucydes d’Argos floriffoit, fuicant Pline , dans la 95’ olympiade, 400 ans avant notre ère. On dilfinguoit de lui un Mercure , unDiCcobule, un homme facrifiant un bélier, une flatue d’Hébé , en or & en ivoire , placée à Corinthe, auprès de la Junon de Polyclète ; dans la même ville , une Hécate en ivoire, & fur-tout deux ftatues de Chimon , vainqueur i la luttej Tune continua de décorer Olympie , l’autre fut apportée d’Argos à Rome , & p’acé» dans le temple de la Paix. Il avoir fait aulfi la fameufe Erinne de Leltos , femme célèbre entre les poètes grecs , ik dont il ne refle qu’une ode fur le courage. Naucydes eut pour élève le fécond Polyclète d’Argos, dont nou» avons parlé.

(59) DiNOMENE paroît avoir été un artifl* célèbrs, quoique l’on cite peu de fes ouvrages. On fait qu’il avoit fait une flratue de Protéfllas, une d’un lutteur, & celle de Befantis, reine des Pœaniens , dont les traits parurent dignes d’être confervés à la pofldrité , , parc» qu’elle avoit mis au monde un enfant noir. (60) Praxiteles, l’un des plus célèbre» ftatuaites de l’antiquité, fleurit , fuivant.Pline, dans la 104 ; olympiade , 364 ans avant notre ère. » Plus heursux dans le "marbre, dit cet » écrivain, ( traduâion de M, Falconet) il y B fut auflî plus célèbre. Il a cependant fait » de très-beaux ouvrages en bronze ; un enles vement de Proferpine , une Gérés qui ramène fa fiiie ; un. Bacchus , l’Ivrefle perfonnifiée par un fatyre devenu célèbre , & » que les Grecs nomment Periboetos (le fameux ). Les ftatues qui étoient devant le n temple de la Félicité font auffi de lui , ainfi » qu’une Vénus qui fut brûlée avec le temple )) fous lè règne de Claudius ; cène figure » égaloit fa énus de marbre , fi renoinmée

!) dans tout le. monde. Il a fait auffi une 

» femme qui treffe des couronnes , une vieille » mal propre , & : un efclisive portant du vifl j SCI ?

t, ïé» fyfsnnîcides Harmodius & Ariftogîton , M ftatues que Xerxès , roi de Perfe, avoir en-B levées, ’& qu’Alexandre, après la conquête p de la Perfe , rendit aux Athéniens ; un t, jeune Apollon guettant avec une flèche , un M léfard qui fe gliffe auprès de lui , & qu’on » appelle du mot grec Sauroctonos (le tueur B de léfard ). On voit auili de lui deux figu-T, res qui ont une expreïïion différente ; une » matrone qui pleure, & une courtilane^ qui » exprime la gaieté : on croie que celle-ci efl » Phryné , & l’on prétend découvrir en elle » tout l’amour de i’anifte , & dans Cm air , la » récompenfe d’une courciiane «.

Tous les ouvrages que Pline vient de rapporeer font de btonie : il parle ailleurs de ceux de marbre, a En parlant des ftatualres, » dit-il , nous avons fait mention de Praxi- ,» tèJes qui s’eft furpsffe lui-même dans le » marbre. Mais la première des ftatues , nonfeulement de Praxitèles, mais de toute la » terre, c’eft fa Véf.ty^yui a engagé bien des » gens à entreprendre la navigation de Gnide » pour la voir. Cet artifte avoic fait deux 5) Vénus qu’il mit en vente en même temps : » l’une étoit couverte d’une efpèce de voiie , » & par cette raifon , ceux de Cos , qui „ avoiont le choix, la préférèrent , quoiqu’ils ^ puflent avoir l’autre au même prix, croyant f, montrer en cela de la pudeur & des mœurs j, févères : le» Gnidiens achetèrent Tautre. La n différence de leur réputation efV extrême. » Le rci Nicomède voulut dans la fuite acheter 73 celle des Gnidiens, fous la promefle de s payer les dettes de la ville , qui étoient im-y, menfes ; mais les habit.ans aimèrent mieux » i’expofer à tout que de s’en défaire, ik ils ■ ,, eurent raifon 5 car, par cette figure, Praxi- ’ a tèie îlluftra la ville de Gnide. Le petit o temple où elle eft placée eft ouvert de » toutes parts, atla que la figure puiffe être }, vue de tous côtés , ce qu’on croit ne pas dé-B plaire à la déefle ; & , de quelque côté » qu’on la voie, elle excite une égale admiration. On dit qu’un homme épris d’amour » pour cette figure, s’étant caché, en jouit 55 pendant la nuit , & qu’une tache qui y » refta fut la marque de fa pafTion. On voit M à Gnvde d’autres ftatues de maibre d’artifles tt illufîres ; un -Bacchus de Bryaxis, un autre .» Bacchus & une Minerve de Scopas ; & ce qui «.prouve le mieux la beauté de la Vénus de « Praxitèle, c’eft qu’entre ces beaux ouvrages , on ne parie que d’eHe feule. Il y a de » Praxi’.éte un Cupidon que Ci(Jéron reproche i à Verres d’avoir enlevé ; c’eft pour cette » figure qu’on alloit voir Thefpies : il eft aujourd’hui placé dans le portique d’Oftavie. » Il en fit un autre nud à Parium, colonie de j9 li( Propontide : il égale en réputation la Vé-S c u

fn

Si nus de Gnîde , & il a reçu le même outrage ; car Alchidas de Pvhodes en fut épris, » & yjaiffa le même vefHge de fa paliion » Les ouvrages de Praxitèle, à Rome, fo ’ » une Flore , un Triptolème , une Gérés da"’ » les jardins de Servilius ; les fimulacres ?’ (t Bon-Succès & de la Bonne-Forti ;ne , . » font dans le ’ Capitule ; des Ménades,’^cè " ?H°" ^T^’^.,^^ Thyades & des C ’ a ! » t>des ; des Silènes enfin ; 8c, dans Tes mo, » numens dAfinius Pollion, un Apollon & » un JNcptune «. - r "-i» . es.

Peut-être Praxitèle n’avoit-il nas encore faîfa célèbre Venus, quand il pré/éroit à tous S autres ouvrages fon Amour &fon Satyre. Voici comment 1 auteur du voyage du jeune Anacharfis raconte, d’après Paufanias, que Phryné lu. furpnt cette aveu I ! etoitéperduement amou ! reux de cette court,fane, & elle vouloit avoT^^ plus belouvragedelattifte. « J^^,„,^X ; « avecpla^fir, lut d,t-.l, à condition que vo uU » choifirei vous-même. Mais comment i» dé-erm » nerau milieu de tantdechefs-d’œuvre ?Dend^nI » qu’elle héfitoit, un efclave ^.cveneXn.^^ « gne vint en courant annoncer à fon maître « que le feu avoir pris à l’attelier, que la dIm. a part des ftatues étoient détruites , que L » autres étoient fur le point de l’être. Ai » ceneflfau de moi, s’écrie Praxitèle, a l’on » ne fauve pas V Amour & le Sa.tyre RalTure-r. » vous, lui dit Phryné en riant ; /a/ voull y^ par cette fauffe nouvelle, vous forcer de rn’é » clairerfurmon choix. Elle prit la figure àl « amour & en enrichit la ville de Thefoies » heu de fa naiffance d. -^ne’pies, Le même auteur fait voyager le jeune Anacharfis a Gnide : » Bientôt, lui fair-il dire » nous nous trouvâmes en préfence de la ce’ « lebre Vénus de Praxitèle. On venoit de jâ » placer au m.ueu d’un petit temple qui reçoit » le jour de deux portes oppolees, afin qu’une lu- " T’I ’^°""i’^^^^^^^^ j^^ toutes parts. Commenu PS>f dre la furpr.fe du premier coup-d’œii » & ks illufions qui la fuivirent bientôt ? Nous » prêtions nos fentimens au marbre, nous l’en » tendions foupirer. Deux élèves de Praxîteî^ » venus récemment d’Athènes pour étudier’ce » chef-d œuvre , nous faifoient entrevoir des » beautés dont nous refieniions le.s efFets fan«  » en pénétrer la caufe. Parmi les affiftans ’l'on » difou_ : Vèniaa quitté c Olympe, elhhabhe » parmi nous. Un autre : fi Junon & Minerve » la voyoïent^ maintenant , elles ne fe plain » droient plus du jugement de Paris. Un rroi" » fième -. la Déejfe daigna autrefois fe mor » trerfans voile aux y eux de Paris , d’Anchlfe » & d : Adonis : a- 1- elle apparu de même à » Praxitèle-’.... Oui, répondit un élève f e fous ta figure de Phryné. En effet, au pr^ s mier afpeû , nous avions reconnu ’cette -^r » meufe couftifane. Ce font de part & d’autre » les même traits, le même regard. Nos jeunes » artifles y découvroient en même temps le fouris enchanteur d’une autre maîtreffe de Pra-J » xitele , nommée Gratine.

> C’eft ainfi que les peintres & les fculpteurs, » prenant leurs maîtreffes pour modèles, les ont » expolees à la vénération publique l’eus les B noms de différentes divinités. C’efl : ainfi qu’ils » ont reprélcnté la tête de Mercure d’après celle » d’Alcibiade.

» Les Gnidiens s’enorgueilliffent d’un tréfor » qui favorife à la fois les intérêts de leur JJ commerce & ceux de leur gloire. Chez de^ y peuples livrés à la fuperftition , paffionnés » pour les ans, il fufîit d’un oracle ou d’un » monument célèbre pour attirer les étrangtrs. » On en voit ^très-fouvent qui paffent les meri » & viennent à Gnide contempler le plus bel » ouvrage qui foit forti des mains de Praxi-J » tele ».

Nous avons die à l’article MyxHoiOGiE , en parlant àe Vénus, que celle qui porte le nom de Medicis , nous offre probablement , finon une copie, du moins une imitation de la Vénus de Gnide. On voyoit encore celle-ci à Conltantinople du temps de Théodofe, Winckelmann Ibupçonne que les modernes poffédent encore un ouvrage original de Praxitèle, c’eft l’Apollon Sauroftone ou tueur de léfard dont Pline a parlé. Il eft tenté de le reconnoîire dans celui qui fe voit à la Villa-Albani, & : qu’il regarde comme le plus beau bronze de l’antiquité. Il eft haut de cinq palmes. Cette Itatue a été trouvée dans les excavations du mont Aventin. Les bras manqiioient, on les découvrit près de la figure. La tête eft ceinte o us diadème incruflé en argent. Le fameux amour donné par l’auteur à Phryné & confacré à Thelpies par cette courtilane ’ attiroit l’affluence des étrangers dans cette ville qui n’avoir d’ailleurs rien de remarquable. Il futenlevéparCaliguIa,&reftituéauxTherpiens par Claude : mais Néron le fit reporter à Rome où il fut détruit dans un incendie. Ménodore’ pour dédommager autant qu’il étoit poffible les Uhefpiens, leur fit une copie de ce chefd’œuvre, & elle fe voyoit encore chez eux du temps de Paufanias.

Une épigramme de l’anthologie fuppofe eue l’amour de Praxitèle éroit de brc-nze ; mais ’on fait qu il étoit de marbre pentélique. C’écoient aufli des ouvrages de marbre que cette Danaé ces nymphes, & ce fatyre portant une outre’ dont il eft parlé dans une autre épigramme du ESJme recueil, & oue Momus lui-même y eft-U dit, eût été forcé de louer.

Praxitèle avoit pris quelques traits de Phrvné pour faire la Vénus : il fit auflî la ftatue’de petie courcifane : elle étoit dorée & portée fur S C U

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«"me du mfa,. ’ ° ?j ! ^P’^t" :’- uneau.r». ce.te courrilane L , „ ’ ■ ■ ’«F’»"’»' "«ffi d’on. ft." d, Vir’de l"" ;’f"-’ "P"’ d"rrs,tfT ?’^-’---°»r-

^u’^l ’ ^ ^ trouvoient fur le chemin â yre ZT’r'" "’f'" ’"'" ■■>" ~ S" dtf r""^ ’ , "»>■ ?- ïê-artr : li,», 1. ft.„.e’de f„n n,’&°cXt i’Ht de D.ane ayant le carquois fur l’épau] flarnbeau a la main, unhien à côté d’die" a Mantinée, Junon fur un trône llLt ’ près d’elle Minerve & UéhLll l.t.Xrm P°"^ ^^ ^T’}'° ’i'Athcnes deux cheva " places au deffus du grand portail. ^"^^*"*» Vitruve compte Praxitèle au nombre des ar. nftes qu, travaillèrent au tombeau de Maufo é

r/ :rrcé :^d^^s^^ ;-,/^-

o^rp^de.’^'^ ^^-^-°- -^«e ver,ÏÏ^.oî (6i) Cephissodore , ou plutôt CevAifTodotg Il y eut pkfieurs fculpteurs de ce nom St’ contemporain de Praxitèle , commençaTkeurf, quq.es années avant ce grand ftatuLe c^i’ adiré, dans la 102= olympiade. L’autre e^to^ fils de Praxitèle , & re’ montra le di^nehér . tier du talent de fon père. On voyoit ^dej.Ti Pergame un grouppe qui paroît avoir éré difî nngue par le fentiment de la chair. Cetreptne de l>art, qui en fait reffembler les proC uons . là nature , n’eft pas une de celfes "^ /e trouvent le» freini^L. Le, prenuÏÏ, T, s c fr

tîftes quî s’élèvent à la perfe£lîon confervent un ftyle auftère qui ne s’accorde pas avec cette aimable moUefTe. Les anciens ont remarqué que Praxitèle avoit mis , dans fes ouvrages , plus de vérité que fes ptédécefleurs , & Ton fils marcha fur fes traces. On voyoit de lui à Rome , au temps de Pline , une Latone dans le temple du mont Palatin , une Vénus dans les monumens d’Afinius Pollion , & un Efculape & une Diane, dans un temple de Junon. Je ne fais fi c’eft de ce même Céphiffodote qu’on admiroit une Minerve furie port d’Athènes, un Mercure nourriffant Bacchus encore enfant , uTï orateur tenant la main élevée , & les deux tourtifanes Anyta & Myro. Il y eut un troî-Sème Céphiffodote qui ne fleurit que dans la 120= olympiade. Je ne déciderai pas fi c’eft à

e dernier, ou au fils de Praxitèle, que Pline

ittribue des ftatues de philofophes. (6i) Hypatodorb, que Pline range fous la nême époque que le premier Céphiffodote , laroîc avoir été un très-habile artifte , quoitu’on n’ait confervé le fouvenir que d’un pe» ,it nombre de fes ouvrages. Paufanias parle [l’une flatue de Minerve, en bronze , qui étoit llacée dans un temple de cette déeffe , à Alijhère en Arcadie , &c qui ne méritoit pas .noins d’attacher les regards par fa beauté que

!iar fa grandeur. On voyoit fouvent dans l’anii- 

|iiité plufieurs artiftes affocier leurs talens. C’eft infi qu’à Delphes, les ftatues des chefs de-’ant Thèbes , avoient été faites en commun ar Hypatodore , & un Ariftogiton dont on lie fait rien de plus. Près de ces figures héroïpes étoit le char d’Amphiaraiis , monté par laton , cocher & parent de ce prince. (63) Pamphile. Tout ce que nous favons e ce ftatuaire , élève de Praxiièle , c’eft qu’un [e fes ouvrages , repréfentant Jupiter Hofpitaijer, faifoit partie des monumens qu’Afinius "oUion s’écoit plu à raffembler. On peut pré- ^mer que ce Romain n’avoit fait apporter de ^ Grèce que des ouvrages diftingués. Mais pmme de tout temps on a pu tromper les iches amateurs , cette préfomption prouve peu e chofe en faveur de Pamphile.

’ (64) EuFHRANOR eft placé, fur la foi de fline, entre les contemporains de Praxitèle. j^^ous avons manifefté nos doutes fut ia jufteffe Je cette époque à l’article Peintre ; car Eu-Jhranor étoit à la fois peintre & fculpteur. > Il y a de cet artifte, dit Pline, (traduction de M. Fclconet ) un Paris eftimé , en ce qu’on y reconnoît tout enfemble & le . juge des déeffes , & l’amant d’Hélène , & le j meurtrier d’Achille. Il y a de lui à Rome ’ une Minerve , qu’on appeîle Catulienne , S e u

iS9

» parce qu’elle a été dédiée au bas du Capitôle par Q. Lutatius Catulus, & une figuré « du Bon-Succés , qui tient de la main droite » une coupe, & de l’autre un épi & un pavot : une Latone qui porte Apollon & Diane » qu’elle vient d’enfanter ; cette figure efl » dans le petit temple de la Concorde. Il a » fait aufïï des quadriges & des chars à deux B chevaux ; un Pluton d’une rare beauté ; la » Vertu & la Grâce, toutes deux coloffales , » & une femme en admiration & qui adore ; » un Alexandre & un Philippe fur des quadriges ». On connoiffoit auffi de lui une ftatue de Vulcain.

En admettant , fuivant la leçon d’un manufcri : de Pline, que ce fut avec Ptolemée & non avec Attale, que Nicias qui avoit appris fou art d’un élève d’Euphranor , fut en marché pour un tableau, on pourroit admettre , s’il ne reftoit pas d’autres difficultés, que celui-ci fleurît à-peu-près dans le même temps que Praxitèle, M. Falconet révoque judicieufement en doute la triple exprefllon que Pline attribue au Paris d’Euphranor. » S’il avoit trouvé , dit-il , » le fecret merveilleux , & perdu depuis, de » donner à la fois aune ftatue trois expreflions » différentes , manifeftées en même temps , & » dont chacune fût également claire pour le » fpeflateur , il paroît que Pline a eu tort de » ne pas appuyer davantage fur une circonfn tance fi extraordinaire , pour faire fentir » dans toute fon étendue , l’inconcevable » talent de l’artîfte qu’il vouloit célébrer .... n Vous plaît-il de croire que ces trois exprenions étoient rendues fur le vifage dePâ- >3 ris ? Je le veux bien ; pourvu cependant que » vous puiffiez allier dans les traits d’un vifage » de bronze , l’air judicieux , impofant ^ n majeftueux , à l’air charmant, pafiionné, galant , & à l’air cruel , fourbe & lâche ». (6j) Léocharès fut contemporain de Praxitèle , puifqu’il travailla au tombeau de Maafole. Vitruve le compte au nombre des artiftes diftingués, quand il dit en parlant d’un Mars coloffal qui étoit dans la citadelle d’Halycarnaffe , nobill manu heocharis faSam. Ce mêm» artifte avoit fait , au portique d’Athènes , Jupiter , le Peuple, Apollon. Près de la fortie de l’Altis , on vovoit de lui, dans un temple élevé par Philippe, ce prince & Alexandre, Amyntas , Olympiade , & Eurydice , ftatues d’or & d’ivoire. Il avoit fait un Ganymède -, & s’il avoit bien réufli dans cette figure qui exigeoit de la grâce , de la molleffe & de % beauté , il méritoit un rang diftingué eatre le» artiftes aimables.

(66) Thimothêe travailla aufïï an mâufo» lée. On yoyoiî de lui à Rom^ ; dans i§ tejE^ 3 ?é

S eu

pie d’Apollon , fur le mont Palatin , Une ftatuè de Diane. I] failbit des athlètes , des hommes armés, des chaffeurs , des liommes qui oftroient des (acrifices. On regardoii comme un El’culape une ftatue qu’il fit pour Trézènc ; mais ies habitans foutenoienc que c’étoit un Hippolyte.

(67) PoiYCiÈs. Il y eut au moins deux fjulpteur^i de ce nom. L’un fut contemporain de ceux dont nous venons de parler. Il avoit fait plufieurs des ftatues qu’on voyoit à Rome au portique d’Oûavie. Il travailloit en marbre & en bronze. L’autre appariient à des temps poflérieurs , & mérita d’êrre compté entre les bons artifîes de ces temps : il fit une Itarue rernarquable d’Hermaphrodite. L’un de cesPolyclès eut des fils qui exercèrent le même talent que leur père , & : travaillèrent enlemble. Cette union des talens étoit plus fréquente chez les anciens que chez les modernes : elle fuppole plus de modeftie ; car des hommes orgueilleux ne veulent pas que leur travail foit confondu avec celui de leurs égaux , ou plutôt ils n’en connoiflent pas , & croiroient que leur talent feroit dégradé par l’affociation de mains étrangères.

( 68 ) Bryaxis , aînfi que Léocharès , fut employé au maulblèe. D’ailleurs, on connoiffoit de lui à Rhodes cinq flatues coUofîales de Dieux. Il fit aufli une Pafiphaé , un Efculipe avec fa fille Hygié , & un Bacchus à Gnide. On admiroit ,de lui une flatue d’Apollon , à Daphné , faubourg d’Anticche ; elle fut détruite par un coup de tonnerre du temps de l’Empereur .Tuiien. Il fuffit à l’éloge de Bryaxis de rapporter qu’on doutcir li le .Tupiter & l’ Apollon qu’on voyoit à Patares en Lycie étoient de cet artille ou de Phidias. (69) ScopAs de Paros a été rejettcàun âge trop reculé fur la foi d’un paffage de Pline qui le place fous la b’y"^ olympiade , dont la première année répond à l’an 432, avant notre ère. Deux faits rapportés aulli par Pline méritent plus de confiance : le premier efl que Scopas travailla au tombeau de Maufôle qui , comme nous l’avons dit , mourut 555 ans avant notre ère ; le fécond qu’il fcuîptaune, ou fnivant la corredion de Saumaife , trente fix colonnes du temple d’Ephèfe, qui avoit été détruit par un incendie. Or on fait que cet incendie arriva dans la 106’= olympiade , â-peuprès dans le temps de la mort de Rlauible. Scopas étoit donc contemporain de Praxitèle , de Bryaxis , de Timothée , de Léocharès. Aulîi Pline lui-même qui , dans fon livre 34, avoit placé Scopas dans la 87= olymp’ade , & par ponféqîient l’avoit fuppofé bien antérieur à se u-

Praxitèle^ ns le place , dans le livre 56 , qaV près le fils de ce flacuaire (’). » La réputation de Scopas entre , dit-il , en j » concurrence avec celle de ces artifles. Il a » fait une Vénus , le Defir, & un Phaëton , » fbatues auxquelles on rend à Samothrace le » cuits le plus religieux. Il a fait aulfi Apol-Ion Palatin , Velta affife qui eft eilimée ; » elle efl : dans les jardins de Servilius, avec » deux de fes compagnes affifas auprès d’elle. » Il y en a de pareilles dans les monumens s d’Afinius Pollion, où efl : aufTi la canéphore » du mêrae auteur. Mais les plus renommées » de fes flatues font dans le temple de Domitius , au cirque Flaminien, Neptuce, Thétis, Achille, & les Néréides affiles fur des » dauphins, fur des baleines & : fur des chevaux marins -, des Tritons , le troupeau de » Phorcus, des monfl :res marins & beaucoup » d’autres figures marines, routes de fa main ; » bel ouvrage , y eût-il employé toute l’a vie. » Mais outre ceux dont nous avons parlé , & » ceux que nous ignorons, on voit encore de M lui un Mars aflis , de proportion colofiaie , » dans le temple de Brutus Calliniqueau même » cirque. De plus, on voit au mcme endroii » une Vénus nue , fupérieure même à la fa- >■> meufe Vénus de Praxitèle, & qui pourroii » illuflrer quelqu’autre lieu que ce fût où elle » feroit placée. A la vérité, elle eCz comms » perdue à Rome dans le nombre immenla » d’ouvrages que renferme cette ville, oii h » multitude des devoirs & des affaires ne perj > met à perfonne d’examiner ces Ibrres d’objets. Il faut du loifir. Se le fllence d’tm lieu » tranquille , pour fe livrera l’admiration convenable à de tels ouvrages. Auffi ignoret-on l’auteur de la Vénus que l’Empereui » Vefpafien a confacrée dans le temple de la » Paix qu’il a procurée à l’Empire. Cette llatue eit digne de la réputation des anciens n fculpceurs. On ell également incertain fi Ja )j Niobé mourante avec les enfans , dans I0 » temple d’Apollon Sofien , efl : de Scopas ou n de Praxitèle ; & fi le .Tanus apporte d’Egypte , qu’Augufle a confacré dans le tem- )5 pie de ce Dieu , 8z qui efl aduellemeai » caché par l’or, ell de l’un ou l’autre de ce» » deux fculpteurs. On a- la même incertitude B fur le Cupidon tenant en foudre dans les »- portiques d’Oûavie : ce qu’on affure , au » moins , c’eft que fa figure eft celle qii’Alcibiade avoit au même âge ».

Nous n’avons fait que tranfcrire la traduction de M. Falconet. Ce favant artifle, dam (*) M. Hcyne croit que le paflage du livre 34, eu Scopas ell placé dans la 87c olympiade , eft alcéié , Se qu«  le nom de ce fculpreut y a éçç i««calé p« uuê «rai»

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kae note , a relevé la contradidiùn de Plias qui, après avoir dit que la Vénus de Praxitèle étoit la plus belle qui fût au monde , in toco orbe terraium, affirme ici que celle de Scopas lui étoit lupérieure en beauté, Praxite- ’ llam illam antecedens. M. Brotier , dans ion édition de Pline, a voulu fauvér cette contradiûion. il a cru que le mot anteeedens marquoic ici une priorité de temps , & non une lupériorité de beauté ; que Pline avoir voulu dire feulement que la Vénus de Scopas, artiftc qui vivoit dans la Sy^ olympiade, étoit plus ancienne que celle de Praxitèle qui floriffoif dans la 104^. Mais puifqu’il efl : prouvé que Scopas a travaillé avec Praxitèle au maulblée , on ne peut lui fauvîr une contradiftion qu’en lui attribuant une faute de chronologie , taute qui lui eft épargnée par l’heureufe coniefture de M.- Heyne. Voyez les cEuvres dlveifes concernant les arts , par M- Fa l co n et , .édition de 1787, tom. z , p. jo. Puifqu’il ait certain que Scopas étoit contemporain de Praxitèle , une conjefture de Winckelmann tombe d’elle-même. 11 prélume que fi la Niobé qui exifte encore , eft celle dont Pline lait mention , elle eft l’ouvrage de Scopas Se non de Praxitèle ; il croit que la fimDlicité de la draperie des filles de cette malheareufemèrefavorile cetre opinion , parce ■qu’elle indique un genre de travail plus ancien. Mais le travail de Scopas , contemporain de Praxitèle , ne dévoie pas tenir à un ftyle plus ancien que celui de ce ftatuaire. Il fait fur la Niobé d’autres obfervations que nous nous permettrons de placer isi , quoiqu’elles foient étrangères à Scopas. Il regarde les figures qui font aujourd’hui dans le jardin de Medicis, comme de ; copies antiques de ftatues faiie ; dans un temps antérieur à Praxitèle , & dans kfquelles le copifte s’eft impofé de fuivro le ftyle des originaux. On a vu à Rome, ajoute-t-il , une autre Niobé de ’ la même grandeur & dans la même attitude , & l’on en confcrve encore une tête en plâtre. Elle porte le caraftère d’un ftyle poftérieur & qu’on pourroit raprorrer au temps de Praxitèle. Les os de l’csil & les fourcils , rendus dans la Niobé de Medicis par une faillie tranchante , font fenfiblement arrondis dans la tSte en plâtre ; ce caraclère a plus de giace, & "la grâce parbît avoir été trouvée par Praxitèle. 11 manque au grouppe phifieurs figures ; & ce n’eft pas fans vraifemblance que les lutteurs, quand ils furent trouvés, furent regardes comme faifant partie de ce grouppe. Ils fe trouvent indiqués fous le nom à^Enfuns de Niobé, dans une eftampe de 1557. Flaminius Vacca ai’ elle qu’ils ont été déterrés dans le voiliiiage des autres figures du grouppe. La l^ffemblance du ûyle , l’économe du tcayail tiimis-Arff., Jerneli.

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peuvent faire préfumer qu’ils lui appartîenne-nt, & la Fable nous apprend que les plus jeunes fils de Niobé furent tués lorfqu’ils s’exerçoieac à la lutte.

Il ne faut pas confondre avec la Niobé que nous connoiffons celle dont parle Paufanias , & dont le travail devoir être bien plus brut. De près , on n’y voyoit aucune expreffion , elle ne refiembloi : même pas à uns figure de femme : mais en montant fur le mont Sipyle pour la confidérer de fon vrai point de vue , on croyoit la voir accablée de douleur & verfant des larmes.

Revenons aux ouvrages de Scopas. On vcyoît de lui à Gnide une Minerve & unBacchusj mais effacés par la beauté do la faraeufe Vénus, ces morceaux n’excitoient pas l’anention qu’ils méritoient. Dans le temple de Vénus , à Mégare , on le voyoit en ;oie en concurrence avec Praxitèle : celui-ci avoir fait les ftatues rie la Perluafion & de la Confolation ; celui-li celles de l’Amour , de IWppétit &. duDcfir. A Corinthe , il avoir fait pour le gymnafe un Hercule de marbre ; &à Aigos , pour le temple d’Hécate , la ftatue de la Déeffe. A Elis, f» Venus Pandémos ou populaire étoit en bronze ; il l’avoir repréfentée alTife fur un bélier, animal lafcif. Il avoir décors le temple d’Efculape , àCortys en Arcadie , de la ftatue duDiea & de celle d’Hygié , fa fille ; à Chryfa, ville de la Troade , il avoir repréfenté Apollon Sminthien ayant un rat fous le pied. Il feroit diincile aux sntiquaires de deviner le fens -de ce fymbole , fi Strabon ne nous l’avoit pas confervé d’après Cailinus , poète élégiaque. Les Teucriens , fortis en grand nombre ds Crète , furent avertis par un oracle de ne s’arrêter que dans l’endroit où. ils feraient attaqués par les enfans de la terre. Parvenus au lieu où ils élevèrent la ville de Chryfa , ils furent attaqués pendant la nuit par une multitude de rats qui rongèrent les courroies de leurs armes Sa tous leurs uftenfiîes , & ils crurent que c’étoit là qu’il leur étoit prel’crit de s’arrêter.

La Bacchante furieufe de Scopas, ei ; marbre de Paros, eft célébrée dans l’Anthologie, ainli q’.o fon ivlercurc. Clément d’Alexandrie nous apprend qu’il aroit fait à Athènes deux Euménidcs ; la troifième étoit l’ouvrage de Calos. Ce ftatuaire fi fécond , qui avoit enrichi de fes ouvrages la plupart des villes de l’ancienne Grèce , de l’Ionie , de la Carie, étoit : en même temps architeéte. Ce fut lui qui bâtit & qui décora de fculptures à Tégée dans l’Arcadie , le temple de xVIincrve Aléa, l’un des plus vaftes & des plus ornés de tout le Péloponefe. Un ordre dorique y étoit furmonté d’un ordre Corinthien , & en dehors, regapit une galerie d’ordre ionique. Sur Iç Z z

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fronton , étoît repréfentée eri bas-relîef la chaffe du fanglier de Calydon. On y vw/oit d’un côté Atalante , Méléagre , Théfre,Télamon , Pelée, Pollux , loJaiis qui a partagé la plupart des travaux d’Hercule ; les fils de Theftius , les hères d’Alihée , Prothuiis & Comètes : le fanglier occupoit le milieu de la compofition -, de l’autre côté Epochus qui foutenoit Aricée déjà bleffé & qui laiffoit tomber fa hache •, près d’eux étoient Cafter & Amphiaraiis , enfuite Hippothoiis fils de Cercyon , & la compofition fe terminoir par la figure de Pirithoiis. Un autre fronton couronîioit la partie poftérieure du temple : Scopas y avoir repréfenté le combat de Télephe & d’Achille dans les champs du Cayce. La ftatue de la Déefre étoit un ouvrage (TEndius , entièrement d’ivoire. On ne fait rien de cet artifle -, mais je croirois qu’il étoit plus ancien que Scopas, & que fa fiatueétoic déjà révérée avant qu’on bâtît le temple ; fans cela , pourquoi n’auroit - on pas chargé de cet ouvrage le célèbre fîatuaire à qui l’on confioit la conflruâion & la décoration de l’édifice ? Elle fut enlevée par Augufïe à caufe de fa beauté , ou de fa réputation , ou peut-être par fa fingularité, puifqu’on ne connoît que ce grand ouvrage qui fût entièrement d’ivoire. Elle fut placée dans le forum, &lesTégéates la remplacèrent par une autre flatue qui fut apportée de chez les Manthuriens. D’un côté de la Déeffe étoit Efculape , & de l’autre Hygié, ouvrages de Scopas.

(70) Caios, contemporain de Scopas, n’eft connu que par une des Euménides qu’on voyoit à Athènes : elle occupoir le milieu ; les deux autres étoient de Scopas.

(71) TÉLÉPHANES de Phocée, étoit fans doute un grand ftatuaire , puifqu’il fut célébré par les écrits des artiftès qui le plaçoient à côté des plus grands maîtres. Ils louoient fa LarifTe , fon Spintharus , athlète viûorieux dans les cinq combats du Pentathle , & fon Apollon. Ce qui nuifit à fa réputation , c’étoit , fuivant les uns , que fes oiJvragcs étoient reftés comme enfevelis dans la Theffalie oii il demeuroit,- &, fuivant les autres, qu’il s’étoit confacré à travailler pour les Rois de Perfe Xerxès & Darius •. on pourroit conjefturer des exprefliors de Pline, que cetartifte, capable de fe ifaire un grand nom par fes talens, s’étoit tngagé à travailler obfcurement dans quelques fabriques établies par cet Rois : Qiioniam fe Regum Xeixis atque Darii officinls dedidcrit. (72) AiYPUs de Sicyone , élève de Niaucvde , fit pour Olympie, les fl :at_<s de plufieurs yiincjueurs. Si c’eil une f reuye de tale.us Q,ue S C U

d’être fouvent employé , oft petit préfumef qu’Alypus n’en manquoit pas. Mais des artiftès médiocres durent travailler quelquefois à la décoration d’Olympie , parcp que les vainqueurs ou leurs’ villes n’avoient pas toujours le m yen de paver les plus célèbres flatuaires. Les monumens doat Alypus fut chargé pour la ville de Delphes , dépolent plus puiffamment en fa faveur. Pendant que Tifander faifoit pour cette ville les flatues des principaux guerriers lacédémoniens qui avoient combattu avec Lyfandcr à Egos-Potamos , il fit celles des chefs alliés. Si l’on fuppofe , comme il eft vraifemblable, que ces monumens furent élevés peu de temps après cette viéloire , que les Spartiates remportèrent fur les Athéniens 405 ans avant notre ère , il faudra reculer l’époque où fleurit Naucyde, élève de notre ftatuaire. Pline fixe cette époque à l’an 400 avant notre ère , & l’on voit que l’élève de cet artifte étoit déjà célèbre quelques années auparavant. (73) TisANDER. Nous venons de dire, en parlant d’ Alypus , tout ce que l’on fait fur cet artifle fon contemporain. Il faut obferveif qu’un Canachus concourut avec eux à perpétuer la gloire des chefs vainqueurs à Egos-Potamos, C’eft probablement celui qui fut élève dePolyclète d’Argos. Voyez la fin de l’article Polyclète.

(74) Lysippe de Sîcyone étoît contemporain d’Alexandre , qui lui donna la préférence fur tous les ilatuaires de fon temps. Ce prince commença fon règne 335 ans avant notre ère. Notre artifle devoit dès-lors être célèbre. Pline ne le fait fleurir que dans la 114c olympiade, dont la première année répond à la mort d’Alexandre , - mais il ne faut pas croire que ces éroqties de Pline foient d’une exaftitudg févère, M. Heyne conjeflure avec beaucoup de vraifemblance, que cet écrivain prenoit pour époque de l’âge floriffant des artiftès , l’année où. il trouvoit leurs noms dans les hiftcriens ou les annalifles qu’il confulroit. Quelqu’hiftorien , en parlant de la more d’Alexandre , qui arriva la première année de lî . ï^j.^ olympiade , 324 ans avant notre ère, aura dit que, fous ion règne, avoient fleuri Lyfippe, Sî.hénis , Euphionide , &c ; ik Pline aij’-a copie cette date dans fon ouvrage. Il ai-roit dû uenfer qu’un artifte employé de prét’érence à cous les autres par un ibuverain . floriffoit a ant la mort de ce PJnce, & que même la célébriré avoit commencé avant que le Prince employa^ fes talens.

Lyfippe avoît été d’abord un fimple ouvrier en airain. Qiand il voulut fe lî/rer à la ftatuaire , il confulta le pfîntre Eupon-e pour iàvoir quel ancien artifle il devoit prendre pour s c u

litodèle ; maïs Eupompe îuî njonirantutie muîtitadeTafTemblée : «Voiiàce que vous devez » étudier, lui dic-y-, la nature, & non des » artifles n. C’efl apparemment ce qui avoit fait croire à Duris que Lyfippe n’avoit pas eu Se maître ; mais il ponvoic avoir eu des maî- ~ très, & être déjà même un élève avancé, quand il confulca Euoompefur le modèle qu’il dévoie (uivre. La marche ordinaire des artiftes cil de fuivre d’abord (eri’ilemenî les leçons d’un maître, de s’élever enlLite au-deffus de fon autorité , & de chercher de nouveaux maîtres dans les ouvrages des artiftes célèbres ou dans ceuî : de la nature.

Nous allons rapporter ici ce que Pline a dit de Lyûppe , & nous ne ferons que tranlcrire la traduâion littérale de M. Falconer. ■. » Lyfippe était très fécond , & c’eft celui de ) tous les ftatuaires qui a fait le plus d’oujj vrages. De ce nombre étoic un homme au » bain qui le frotre, & que M. Agrippa avoit » conl’acré devant fes bains ; cette ftatue fut fi

agréable à l’Empereur Tibère, que co prince, 
qiii fut fe commander à lui-même dans les 

» commenc : mens de (on règne , ne put réfifter » à la tentation de l’enlever, & de, la faire » mettre dans fa chambre à coucher, après y » avoir fubflitué une autre figure : mais l’oba ftination du peuple éroit fi forte, qu’il demanda à grands cris dans l’amphithéâtre » que ce ba-gneur fût replacé j l’Empereur, » quelqu’attaché qu’il y fût, le fit remettre n a fa place. Lyfippe eft encore célèbre par la » flatue d’une joueufe de flûte dans l’ivreffe, » par des chiens & ure chaffe , & fur-tout par i> un quadrige fur lequel efl : Je foleil tel que l> les Rhodiens le repréfentent. 11 fit auili » beaucoup de ftatues d’Alexandre le Grand,

  • a commencer dès l’enfance de ce prince.

» Néron, charmé de la beauté d’une de ces » flatues , la fit dorer : mais le prix que la » dorure y avoit ajouté ayant fait perdra les » fineffes de l’art, on enleva l’or ; Se dans cet » état, on la trouve plus préciet’fe, qaoique » l’on voie encore les hachures & les cicatrices » qu’on avoit faites pour fixer l’or fur le » bronze. Il a fait auili un Epheftion , l’ami » d’Alexandre, que quelques-uns attribuent à » Polyclète , quoi qu’il ait vécu près de eent » ans aupara"ant ; une chaffe d’Alexandre qui » eft conCacrce à Delphes ; à Athènes, unfa-I ) tyre II a repréfenté auflî le cortège d’Alexandre , & il a rendu avec la plus grande » précifion la reffembiance des amis de ce » prince, Métellus, après la conquête de la » Macédoine , fit trani’porter ces ouvrages à » Rorae. Il a fait aufE des qjadriges de plufleurs efpèces. On dit qu’il a beaucoup enrichi la ftatuaire , en donnant de la légéj » reté aux cheveux , en faifent les têtes glus S eu

î^3

» petites que les anciens , & les corps plus » fveltes & moins charnus ; ce qui fait paroître fes figures plus longues. Le latin n’a » pas de mot rojr exprimer ce que les Grecs » nomment fymmecria , qu’il obîérva très-jj exailement , en changeant, par un art houveau 6c inconnu, le^ tailles quarrées des » anciens. Il difoit ordinairement que fes prédécerteurs avoient fait les hommes tels qu’ils » étoient ; & lui , tels qu’ils paroilToiefit être. » Audi voii-on dans fes ouvrages une élégance , une fineffe qui lui étoient propres , » & qu’il a obfervées jufques dans les moindres parties ».

On peut conclure de ce paflage , que le* prédéceffeurs de Lyfippe , dont il faut peut-être excepter Praxitèle, avoient de la grandeur, de la fierté, du caraélère , mais qu’il» man ;fuoient encore d’élégance & ds IVehefle. Phidias était impofant, terrible ; Praxitèle la premier fut gracieux ; Lyfippe, par une evécurion plus facile , traita mieux que tous fes prédéceileurs les parties qui exigent de la lé^ gcretj , telles que les cheveux. Pour faire parcître les figures plus grandes, il tint les têtes plus petites ; pour leur donner plus d’élégance, il les rendit moins charnues. II fut que l’art ne rend pas la nature elle-même , mais l’apparence de la nature ; cette apparence peut être laifie de bien des manières diiFérenres ; il la fa’fit dans le gracieux : c’eft du moins ce qu’on peut entendre , lorfque Pline dit que ce ftatualru fit les honimes tels qu’ils paroiffbient être. Quinrilien lui acco ;-de d’à-’ vo :r , ainfi que Praxitèle , plus approché qu» les autres de la vérité : ce qui vient de l’art de bien faifir les apparences de la nature , an lieu de fe fatiguer à la copier fervilement. Les anciens avoient donné à leurs figures une force im ofante ; Lyfippe leur donna une aimable légeveté. Il y avoir long-temps qu’o.i avoit étudié les proportions ; c’eft à-dire, l’accord de» différentes parties entr’elies : c’eir ce que les Grecs nommoient fymmétrie. On peut croire que Lyfippe étudia ces propcrtioriî par rapport à ’a grâce ; il refpefta celles que le^ anciens avoient établies pour la longueur des panies ; mais il en dininua la largeur, & fut plus fvehe que les anciens. On pourroit aulTi appliquer la fymmétne au balancement réciproque, des parties, & alors elle tiendroit à la compofîtion des figures. Nous venons de chercher à interpréter , à commenter les paroles de Pline 9 m-i’s nous ne Tommes pas aflmés d’en avoir bien faifi le fens. Il a parlé de l’art avec obfcurité, parce qu’il n’en avoit pas des eonnoiffances affez nettes, afîoz étendues, & l’on ne peut pas être toujours ^ffuré qu’il fe foit bien entendu lui-même.

Ou pqugroit s’ej {fpir à penrer , are©

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Winckelmann , qiw les préàécefTeurs de Lyfippe , en cherchant l’idéal, s’étoient trop écartés de la vérité, & que Lyfippe s’en rapprocha. On pourroit ajoiiter aulFi qu’il s’appliqua davantage à rendre les figures élégantes , & qu’il eut plus de facilité , de goût & de Irgereté dans l’éxecution.

Alexandre ne permottoit qu’à Apelles de le peindre , à Lyfippe de le fculpter. Le privilège excliilif qu’il accordoit à ces artiftes feroit un foible témoignage de letirs talens , fi toute l’antiquité ne i’étoit pas accordée à célébrer leurs ouvrages. En eflét on iait qu’Alexandre payoit chèrement les méchans vers par lefquels un mauvais poète , nommé Chérilus, le propofoit de i’immortalifer. Aflurément un prince qui lifoit affidument Homère , &c qui tenoit les ouvrages de ce poè’te renfermé dans un coftVe préciei x , fous le chevet de fon lit , devoit fe connoître mieux en vers tju’en peinture & en Iculpture ; 8c puifqu’il ne dédaignoit pas d’honorer un miférable vérificateur , il pouvoir , à plus forte railbn , eflimer de mauvais arciftes.

Quoique Lyfipj,e ait repréfenté bien des fois Alexandre, ik que Tes ouvrages aient été fans doute multiplies par des copiftes , on ne connoît qu’une feule fbatue de ce conquérant. C’efV , dit Winckelmann , celle que pof sède le Marquis de R ndinini à Rome. Il efl repréfenté nud , à la manière des héros Grecs. Ses cheveux font difpofe. : comme ceux de Jupiter, dent il prétendoit être fils -, c’efl à dire qu’ils font relevés Se retombent par ondes à difféfens étages. On peut croiie , ajoute l’antiquaire , que c’efl : Lyfippe qui l’a repréfenté le premier avec ce caraflère ^ pour lui donner quelques traits de rcfTcmblance avec le maître de ? Dreux,

■ Pline parle d’un Jupiter colloffal que ce flatuaire fit pour les Tarentins. On affuroit que l’artifîre avoir fi bien obfervé la jufteffe de l’équilibre dans ce te énorme figure , qu’un feul homme pouvoir de la main lui imprimer du mouvement ; cependant aucun ouragan ne pouvoir le renverfer. L’artifle avoir prévenu cet acciden ; , en oppofant une colonne placée à peu de diftance de ce monument, du côté oii il étoit fur-tout nécefTaire de rompre le vent. La grandeur de ce coloffe , la difficulté de le dépiaîer empêchèrent Fabius Verrucofus de l’enlever , quand il tranfporta du . même lieu l’Hercule qu’on voyoit au Capitole.

Une épigramme de l’Anthologie nous apprend que Lifippe avoir fait un Hercule dans l ;i douleur ; il s’afïligeoit d’avoir été dépouillé de fes armes par l’Amour. C’efl peu<--ê :re l’Hercule qui fut tranfporié de l’Acarnanie à Rorfte. Sénècjue, Stace Si. Marual ont célébré vn autre S eu

Hercu^le du même ftatuaire : il n’avoît qu*utï pied de proportion , & l’on y admiroit toute la grandeur du demi-dieu. Ces petites figures fervoienc à garnir les tables.

On fait que les Athéniens fe repentirent d’avoir condamné Socrare ; ils exilèrent les accufateurs de ce phiiolbphe -, ils firent périr Mélitus plus coupable que les autres ; & après avoir traité le lage comme un criminel pendant fa vie, ils lui érigèrent une flaque après fa mort. Lyfippe fut chargé de faire ce monument de leur repentir. On ne fait pour quelle ville il fit la ftatue d’Éfope ; mais on ne doit pas croire qu’.l ait donné a ce fabulifte la difformité que lui prêtent les modernes.

Il repréfenta l’occafion fous la figure d’un adolefcent. Sa tête, garnie de cheveux furie front, étoit chauve par derrière, li tenoit de la main droite un rafoir , & de la gauche , une balance, & il avoir des ailes aux talons. Les poètes ont célébré un cheval de bronze de cet artilte. On lui attribue les quatre chevaux de bronze du portail de Saint- Marc à Venife ! mais il efl au moins très-douteux qu’ils foient l’ouvrage de ce célèbre artilte, & ils ne répondroient pas à la haute réputation qu’il a confervée. On feroit obligé de dkre qu’il n’avoir pas audi bien étudié la nature des chevaux que celle des hommes : .mais cette négligence ne feroit pas excufable de la part d’un artifle qui a fait un grand nombre de fia* tues équeflres.

C’étoit en effet des fVatues équellres que celles de ces vingt & un gardes d’Alexandre qui perdirent la vie en défendant ce prince au paiTage du Granique. Alexandre voulut perpétuer leur mémoire en ordonnant à Lyfippe de leur ériger ces monumens. Il fembloic que ces travaux euflent dû fufBre à occuoer toute la vie d’cm arcifte, ik ils ne font qu’une petite partie des ouvrages de notre llatuaire. Les têtes de, ces ftatuea étoient des portrairs ; Metellus le Macedonique, ies fit tranfporcer de Macédoine à Rome.

On voyoit de Lyfippe à Athènes Jupiter & les Mufes : à Connche , dans le marché, Jupiter 8c une Diane r près du temple d’Apollon Lycien , un Hercule ; dans le temple de Jupiter Neméen, la Ilatue du dieu ; à Olympie, la fraîue d’un Pancratiafle , & celle de Pyrrhus d’Éi de, qui étant Hellanodice, ou préfet des J-31IX, prit lui même part au concours, & remporta le prix de la courlë des chevaux. Ce fut à caufe de cette viéloire qu’il fut ordonné que les Hellanodices ne pourroient plus concourir. Dans le même lieu, il fit auili la fratue de Polydamas, l’homme de la plus haute taiile qu’on eût vu depuis les te-aps Héroï.jues. Cé^ lebre par fes vitlo’res en qualité de Pancratiafle , il le fut par d’autres preuves qu’il donna s c u

’îe fon extrême vigueur. Il tua un lion fur le mont Olympe , dans Ja Thrace, fans autres armes que fa force ; il arrêta un taureau furieux par ’un des pieds de derrière , & l’animal ne put échapper qu’en laiffant la corne de fon pied dans (les mains du vainqueur ; il arrêta par derrière un Ichar attelé de plulieurs chevaux que poulToit vigoureul’ement le cocher. Ces prodiges de .force, & plufieurs autres, étoient reprefentés en bas-relief fur la bâfe de fa ftatue.

! Pline a écrit que Lyfippe a fait feul quinze 

cents morceaux, tous avec tant d’art, qu’un fcuI eût ïiiffi pour l’illuftrer. Winckelmann a penfé qu’il y avoir de l’exagération dans ce nombre, quoiqu’on fâche qu’en effet Lyfippe ^a été très-fécond. M. Falconec croit que ce paffage prouvele peudeconnoiffancequePlirieavoit de l’art, n Un connoiffeur doit l’avoir, dit-il, » qu’il n’efi : pas poflible à un flatuaire de faire i» 1500 fiarues dont chacune fuffife pour l’illuf-y > trer. Il fe peut, à la rigueur, que plufieurs "» figures de Lyfippe aient été fondues & ■» répétées, 6z qu’avec fes autres ouvrages, I» cela ait produit, de compte fait, 1500 morf » ceaux dont il ctoit l’auteur. Voilà ce qu’un I» écrivain plus verfé dans les connoiffances de

» l’art eût penfô ».

Dans plufieurs éditions de Pline, le nombre «les ouvrages de Lyfippe eft réduit à iîx cent dix. M. Falconet trouve que cela pafle encore les bornes de la vraifcmblance.

J’oferai -ne pas partager ici le fentiment du ’ favant antiquaire & de l’habile flatuaire. Après la mort de Lyfippe, on fut le nombre de fes ouvrages quand Ion héritier ouvrit fon tréfor ; car jlavoit coutume de mettre à partune pièce d’or fur le prix qu’il recevoir de chaque figure. Cette circonftance que Pline rapporte prouve que ce fi’eft point ici un de ces endroits qu’il a écrits négligemment. Il faut obferver que Lyfippe ne faifoit que des ftatues en bronze-, c’elt-àdire qu’il ne faifoit que des modèles, & : que ces modèles faits, il ne lui reftoit plus qu’un travail d’infpedlion fur les mouleurs, les fon- • deur.s & le :- cifeleurs. Un artifte qui ne fait que modeler, expédie bien plus d’ouvrages que celui qui exécute en marbre les modèles qu’il a faits. C’efl : ce qui efc échappé à M. Falconet dont tous les ouvrages font en marbre ou en pierre, excepté fon beau monument de Saint-Pétersboiîg.

]e fais que les modèles des grands ouvrages de Lyfippe , tels que fon Jupiter Collofial , l’es ftatues d’Alexandre , celles des vingt un cavaliers qui périrent au pafizge du Granique, & : tajit d’autres durent lui coûter beaucoup de temos, je fais q’i'il dût employer encore bien du temps aux réparations des cires, & à l’inTpection des travaux qui fefaifoient fous fes ordres. Mais pendant qu’on mouloit, qu’on préparoii S C U 5( ?^

des fourneaux, qu’on réparoit les défeauofités des fontes, il lui refloit du loifir, & il l’employoit à de petits ouvrages , tels que fon Hercule d’un pied de proportion. Or un artiflequl avoitune grande habitude du travail, ne devoi» pas mettre beaucoup de temps à faire des modèles d’un à deux pieds, qu’il regardoit comme det objets de récréation , mais que ceux qui les acquéroientregardoient comme des chefs-d’œuvre.’ On faic qu’un élève de l’académie fait en trois jours de pofe, c’efl -à-dire en fix heures, un modèle d’une plus grande proportion que le petie Hercule de Lyfippe ; pourquoi un artiile confommé feroit-il moins expéditif ? mais au lieu de fix heures , donnons-lui deux ou trois jours, plus ou moins, fuivant les circonftances & le travail qu’ésigeoient les diftérens morceaux : Nous voyons encore que Lyfippe put faire en fa vie affez de petits modèles, pour qu’avec Ces grands ouvrages , le nombre en montât noa feulement à fix cent dix , mais même à Cjuinza cent. On n’a qu’à s’en tenir au premier nombre, & alors la fuppofition n’aura rien d’ex.raordinaire.

_ On peut tout au plus reprocher à Pline d’avorr dit que chacun de ces modèles de Lyfippe auroit fuffi pour l’illuftrer. Il ell impolfib’.e qu’il n’échappe pas des ouvrages médiocres à un homme qui en fait un fi grand nombre : mais, jufques dans ces ouvrages médiocres, on fenc encore la main du maître habile , & cela fuffic pour qu’un amateur dife, & qu’un écrivain répète, que chacun de ces morceaux auroitfuffi à la gloire de l’artifte.

On lit le nom de Lyfippe fur le focle d’une ftatue du palais Pitti à Florence. C’eli ; vraifemblablement, dit Winckelmann, une l’upetcherie antique -, on faic que les anciens le permettoient ces fortes de menfonges. La ftatue du palais Pitti eft en marbre , & le filence des anciens peut nous faire légitimement douter que Lyfippe ait jamais travaillé le marbre. Pline ne le nomme que dans fon 34= livre qu’il a confacré aux artiftes qui ont travaillé en bronze. A propos de Lyfippe, ftatuaire privilégié d’Alexandre, noiis allons parler d’un ouvraf^o qui n’efl pas de Lyfippe, ni même de fon temol, mais qui repréfente un trair de la vie d’Alexandre ; fon entretien avec Diogène. Si nous faifons mention de ce morceau, c’eft parce qu’il prouve que les modernes pèchent contre le coftume ;, en repréfentant le philofophe cynique dans un tonneau. Ce ba’-velief nous le montre dans un de ces grands vafes de terre que nous appelions des jarres. Sur cetie ]zve eft un chiea qui indique la feàle du philofophe. (75) Lysistrate étoit frère de Lyfippe, I3 imagina le premier de mouler les vifages àes perfonnes dont il entreprenoit le portrait- 4 ^6^

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çouloît enfuite de la cire dans ces moules, la retouchoit, & parvint par ce moyen à la plus parfaite refTemblance. On cherchoit plus avant lui à faiie de belles têtes, qu’à leur donner une reffemblance exade. Tel eft du moins le fens que je crois devoir donner au paffage de Pline qui concerne cet artifte , parce que ce Tens eft le feul raifonnable , le feul, comme robferve M. Falconet, qui lui épargne une contradiâion ridicule. On cite de lui le portrait de Mélanippe, femme alors célèbre par . fes talens.

( 76) Sthénis , d’Olynthe , contemporain de Lyfipp’e avoit fait uneCerès, un Jupiter, une Minerve qu’on voyoit à Rome dans le temple de la Concorde. Il avoit auffi repréfenté de3 femmes en larmes, des hommes en afte d’adora-ion, eu faifant des facriSces. On lai’. aulTi «u’il avoit fait pour la iile de Sinope la ftatue d’Autolycus, qui en pafToit pour le fondateur. Lucullus, ayant pris cette ville, emporta ce morceau qui lui fembla précieux. U avoit fait auilî la ftatue de Pyttalus, dont la mémoire étoit ré érée des habitans de l’Arcadie & de ceux de l’Élide, parce que, choifi par eux pour arbitre, il avoit terminé leur différent fur les limites réciproques de leur pays. (77) SosTRAiTE de Chio, contemporain de Lyfippe , n’eft cité ici que parce qu’il étoit , fuivant Pline . neveu de Pyihagore de Rhegium. L’âge connu du neveu peut conduire à établir par approximation celui do l’oncle. D’ailleurs tout ce qu’on fait de Sofbrate, c’eft : qu’il avoit fait avec Hecatodore une IHtue d’airain de Minerve confacrée dans la ville d’Aliphère. (78) Apollodore, trop ami de l’extrême exaâitude & de la plus giande corredion , Ce iugeoit lui-même avec la ievérité d’un ennemi. jNe pouvant parvenir à exprimer l’idée de perfeftion qu’il avoit conçue, il brifoit des ouvrages parfaits, & fes emportemens contre fes propres produâions le firent furnommer l’inlenfé. Il paroît qu’il ne travailloit pas le marbre, & qu’il ne faiîbit que des modèles deftjnés à êtïe fondus en bronze.

(79) SiiANios d’Athènes avait fait le portrait du ftatuaire dont nous venons de parler. Il exprima fur le bronze les emportemens ordirmires de cet artifte, & Pline dit que ce jnorceau repréfentoit moins un homme que la colère elle-même. On célébroit l’Achille de Silanion •, il paroît que fon in’peûeur des jeux exerçant des achletes étoit auffi un morceau remarquable. On en peut dire autant de fa Sapho , puilqu’il eft très-probable que c’étoit gçtte ftatue qui gypjt pcé enlevée par Verres ; S C U

il avo’it fait ajufll celle de Corinne. Sa Toca^îs mourante devoit être un beau morceau dexpretfion. Le* Athéniens donnoient à Silanion le même rang entre les ftatuaires qu’à Parrhafms entre les peintres ; c’eft dire affez qu’ils le re» gardoient comme un arci3e du prtmier rane. Il ne travailloit q^^^’en bronze & le nombre des artifies en ce genre étoit tonftderable Cependant il n’eft venu jafqu’à nous Qu’i,n très-peit nombre de le.us lu- rages, quoiqu’ils fuifent bien plus capable^ que ceux en oiaibre de braver les ou’rages du temps ; mais U’ bronze e ;<cite ia c ;_pidiiéi on a détruit des chef- d’œ ;ivre nour en fai :e de vile monnoie ; & l’on ne peu’ en détruifant le marbre, en tirer que de 1» chaux.

(80) EuTHYcsATE, fils de lyCppe, imita plutôt rafliduité qiie l’élégance de Ton père. Il aima mieux en impofer par un ftyle auftère que fe faire des partifans par un ftyle agréable. On diftingnoit entre fes ouvrages un Hercu’e h Delphes, le chafTeur Thefpis, les Mules reverses à Thefpics, la ftatue de Trophonius, plufieurs figures de Médée fur des quadriges, un cheval muleiéy des chiens de chaffe ; U ftatue de Mnéfarchis, femme éphéfienne, ca*ie de la courtifane Anyta qu’il fit en fociété avec Cephilbdote, enfin celie d’une fille nommée Panceuchis enceinte des fuite ? d’un viol. Appa-.j ramment que l’outrage qu’elle avoir reçu lui avoit donné de la célébrité. (81) EuTHYCHiDE de Sicyone étoit élève. ! de Lyfippe. Il avoit fait la ftaïue de l’Eurotas,, & Pline dit que cette figure étoir plus coulant ; qne les eaux mêmes du fleuve. On louoit au(] un Bacchus de cet artifte qui faifoit partie de monumens raflemblés par Afinius Pollion. Oi n’eftimoit pas moins ft figure de la Fortune Une épigramrae de l’Anthologie nous apprer qu’il avoit fait un dieu des jardins. Les élogft,^ des poètes ne font pas toujours un témoignag^i alfurédu mérite d’un ouvrage ; mais ils en conftatent ordinairement la célébrité. Entre les ou» vrages d’Eutychide , ont remarquolt une ftatue de Déraofthène.

(82) Dahipps ou Lahippe ; on auroit perda le fouvenir de tous fes ouvrages, fi Pline ne nous apprenoit pas qu’il avoit fait un homme qui fe frottoir à la fortie du bain, ou fuivant la correction de Brotier, favant éditeur de PKne, un homn.e tombant en défaillance. Il était élève de lyfippe,

f 83 ) Bedas de Byzance étoît aulïï élève de Lyfippe ; Pline dit qu’il avoit fait un homme j. en adoration. Cet artifte, ainfi que Dahippe, ©e luanciuoic pas de talgnt ; sais dit Vhruye^ ’ s c u

I ne s’etf pas fait de réputatioh , parce que la artune lui a manqué.

(84) Cephissodote ; il y eut un artîfle le ce nom contemporain de Lvfippe, & qui traailia conjointement avec Euthycrate ,’ fi’s le ce célèbre ftacuaire. Voyez Cephifodote out le chiffre 61.

(8j ) PrRoMAQUE. Il y a eu deux ftatuaires le ce nom. L’un contemporain des élèves de .yfippe , qui fit un quadrige monté par Alci- .iade ; l’autre poftérieur qui travailla à représnter les combats d’Attale & d’Eumènc contre 3s Gaulois.

(86) Charèï de Linde , élève de Lyfippe,

!t célèbre pour avoir fait le colloffe de Rhodes,

epréfentant I0 foleil. » Cet figure, dit Pline, ■<• (rraduûion de M. Falconet ) avoir foixante ’ dix coudées de hauteur : elle fut renverfée ’■- trente <<îx ans après par un tremblement de terre ; mais toute abbattue qu’elle eft, on

ne lauroit s’empêcher de l’admirer. Il y a peu

d’hommes qui pui.Tent embraffer for. pouce ; I fes doigts font plus grands que la plupart desflatues ; le vuide de fes membres rompus reffemble à l’ouverture de vafles cavernes. On voit au dedans des pierres d’une groffeur I extrême, dont le poids l’afFermiffoit fur fa

! bafe. On dit qu’elle fut achevée en douze 

ans , & qu’elle coûta trois cent talens, i (1,610,000 Vvr. de notre monnoie) que proi’ duifirent les machines de guerre laiifées par i le Roi Démétrius ennuyé de la longueur du fiège «. Un oracle empêcha les Rhodiens de ’établir ceue ftarue. Les fragmens de ce coloITe reflèrert négligés jufqu’au règne de Confint, petit fils (fHéraciiirS. Alors un Juif les cheta & ils produifirent la charge de neuf ent chameaux.

Les Rhodiens aimoient les colioffes, ils en voient cent dans leur ville ; mais tous étoient llus petits que le fameux collolfe du foleil. 1

’ (87) TisicRATE de Sicyone fut élève ’Euiycra-.e. liii-même élève & fils de Lyfippe, ,iais il tenoit bien plus de la manière du père ’ :ue-àe celle du fils, & l’on pouvoit à peine ilcerner plufieurs de fes ouvrages de ceux de e grïird maî’re : tels étoienr Ion vieillard Théa-. n, l’on Roi Démétrius ;fa ftatue de Peucefte ui avoit fauve ia vie à Alexandre. ^i (88) Piston, élève de Tifîcrate, n’ed connu

ue pour avoir fait un Mars & un Mercure,

ouvrages fans doute eftimés , puifqu’ils furent apportés à Rome & placés dans le temple de i Concorde.

S C U ^e-j

X^9) Cantharus de Sîcyone , élève d’EuthychideSj étoit de ces artiftes qui poflëdent à un degré eftimable les différentes parties de leur art , fans en porter aucune à ce degré qui donne de la célébrité : ils tiennent pendant leur vie, un rang honorable entre lesartifles ; ils font même quelquefois oppofés par leurs con» temporains à des hommes qui leur font bien fupérieursj mais lapoflérité oublie bientôt leurs noms, ou ne fe les rappelle qu’avec indifférence. On pourroit dire qu’ils font plutôt deftinés à foutenir la continuité des écoles , & à en remplir les lacunes, qu’à faire la gloire de l’art. On voyoit de Cantharus, à Olympie, la ffatue d’un certain Alexinicus d’Èlide, qui, dans les combats des enfans, avoir remporté 1«  prix de la paleftre.

(90) Agssander, l’un des auteurs du fa-* meux grouppe du Laocoon , & même , vraîfemblablement, le principal auteur de ce chefd’œuvre, puifqu’il eft : nommé avant Polydorb & Athénodore qui ont concouru avec lui à produire ce bel ouvrage. On fait que ces artiffes étoient de Rhodes ; mais ce n’eft que par conjefture que quelques favans les rangene entre les artilfes qui ont vécu dans le beau fiècle d’Alexandre. Ces favans ne peuvent fe perfuader que d’autres fiècles, moins célèbre» dans l’hiftoire de l’art , aient vu naître des artifles capables d’une telle produâion. Cependant Mengs loin de foutenir que es grouppe appartienne au fiècIe brillant d’Alexandre, n’ofe même affurer que ce fcit celui dont Pline a parlé. Le grouppe que Pline avoit fous les yeux étoit, ou lui paroiffoit être, d’un feul bloc ; celui que nous poffédons elî de plufieurs morceaux. Et d’ailleurs, ajoutet-il , quand ce feroit le même dont Pline a. fait l’éloge , fait-on s’il n’a pas été fait fous le règne de Titus , & fi ce n’eft pas pour cette raifon qu’il en parle avec tant d’admiration , & en même temps avec fi peu de connoiffance, puifqu’après avoir dit que c’efl un ouvrage auquel on ne peut rien préférer en peinture & en fculpture, il fe contente de célébrer les nœuds que forment les ferpens ?

Il eft cependant bien difRcile de douter qus le grouppe du Laocoon, dont Pline a parlé, & qui étoit dans le palais de Titus, ne fût le même qu’on voit aujourd’hui à Rome , & qui a été trouvé dans un fallon qui fairoit partie des thermes de Titus. Cette dicouverte s’eiî : faite fous le pontificat de Jules II. Le bras droit n’eff qu’en terre cuite, die Winckelmann, & c’eft le Bernin qui l’a refîauré. Michel-Ange avoit été chargé de cette reftauration, & avoit déjà dégrolïï ce braî en marbre. Le mouvement qu’il lui avoit donné étoit tour«  mente & ne pouvoit être celui de l’origiiul» 5 ’^8

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On voit aujourd’hui ce bras aux pîeds de la figure. Il eR entortillé de deuxfeipens, & deyoit Te recourber par-deffus la tête. (91 ) Glycon, fi le mérite du Laocoon fuffifoit pour en faire placer les auteurs dans le beau fiècle d’Alexandre, il faudroit aufli ranger entre les artiftes du même fiècle, Glycon que l’on luppofe l’auteur du célèbre Hercule Farnefe, Il faudroit aufli regarder comme des ouvrages de cet âge l’Apollon du Belvédère , & la Vénus de Médicis. Toutes ces conjeâures portent fur de trop foibles appuis pour que l’on doive s’y arrêter.

(92.) Xenophile : nous plaçons ici cet artlfle fans avoir aucune indication fixe fur fon âge. Il avoir fait à Argos la plus belle ftatue d’Efculape que l’on connût du temps dePaufanias. Le Dieu étoitaffis -, près de lui étoitHygié debout.

(93) Straton, n’cfl : connu que pour avoir travaillé avec Xénophile à l’Efculape dont nous venons de parler. Ce fut fans doute pour rendre hommage au mérite de ces deux artiftes , que l’on plaça leurs ilatues près dç celle du djeu. (94) Apollonius 8c Tauriscus, frères, firent enfemble le grouppe d’Amphion & Zethus : ils taillèrent dans un feul bloc de marbre, les figures de ces deux héros, celle de Dircé & le taureau. Cet ouvrage_ remarquable fut apporté àe Rhodes à Rome, & placé entre les monumens d’Afinius PoUion. SVinckelmann croit que les auteurs de ce grouppe font de la fin du quatrième ficelé avant notre ère C’efl une de ces opinions qu’on ne fauroît appuyer ni combattre que par des conjeftures fort vagues. Il eft vraifemblable que nous pofledons encore ce fameux grouppe, mais dans un trifte état de dégradation ; c’efl : ce qu’on appelle le taureau Fainefe. Ilreprélente Amphion & Zéthus au moment où ils yont attacher par les cheveux, aux cornes d’un taureau indompté, Dircé leur Eiarâtre qui avoit fait périr leur mère Antiope. Des antiquaires ont cru que ce monument étoit un ouvrage Romain-, ils le trouvoient trop peu digne d’un artiiîe grec : mais, obferve Winckelmann , ils ont confondu le tiavail antique avec les reftaurations modernes qui font en grand nombre. Elles ont été faites par un certain Battifta Blanchi, Milanais, qui, fans aucune connoiiTance de l’antique , a fuivi le ftyle de fon temps. A la. figure de Dircé attachée au taureau, il a reftauré la tête & le fein jufqii’au nombril, ainfi que les deux bras. 11 a aufîi réparé la têre & les bras d’Antiope. Aux Hatues d’Amphion & de Zéthus, il n’y a ë’anîîque que le torfe & ime feule jsmbe ; les jambes du taufèâu S : le tci’fe font modernes, ta psi ?* tie antique de la figure d’Antiope, & la figura afiife d’un jeune homme faifi de frayeur à la vue du châtiment de Dirce, juftifient les éloges que Pline adonnés aux auteurs de ce grouppe. La tête du jeune homme eft dans le même ftyle ; que les enfans du Laocoun. On remarque une* grande fineffe dans le mouvement d’outil quîj a produit les acceffoirei , fur-tout la corbeillei qui eft du travail le plus fini : C’eft vers le même temps que les Athéniens, en une feule année, érigèrent trois cène foixante ftatues de bronze à Démetrius de Phalère. Nous connoiffons Je nombre de ces ftatues, nous n’en connoiflbns pss le mérite. Ce fait hiftorique prouve feulement que les Athéniens avoient un grand nombre d’artiftes & que C6.S artiftes étoient fort expéditifs. Peu de temps après la même république décerna des ftames d’or à Démétrius Poliorcète ; autre fait qui prouve qu’elle étoit encore en état de faire de très-grandes dépenfes, mais non qu’elle renfermât encore d’habiles artiftes dans fon fein. ( 95 ) Damophon de Meflene. Les ouvragei de fculpture faits en or & en ivoire avoient un grand inconvénient. La chaleur, l’humidité, la féchereffe failbient travailler l’ivoire qui fe décolloir. On prenoit des précautions pour éviter cet accident. A Olympie, oii l’on craignoic plus l’humidité que la féchereffe, on employoil l’huile pour conferver la fameufe ftaïue de Jupiter. A Athènes, la ftatue de Minerve, placé» fur la fomniité rocailleufe de la citadelle, ne craignoit que la fécherefle, &, pour la prévenir, on fe fervoit de l’eau que l’on faifoit tomber en forme de rofée. A Épidaure, on avoit pris une autre précaution pour conferver la ftatue d’Efculape ; elle étoit placée au deffui d’un puits qui étoit caché par la bafe. Cependant on ne pouvoir remédier entièrement au défaut de folidité naturelle à ceae forte de travail. Le Jupiter Olympien , déjà fort endommagé , menaçoit d’une ennère deilruftion : Damophon entreprit de lé reftaurer, il léuflit, & ce fuîcès lui mérita de grands honneurs. Il fit pour les Mefleniensla ftatue de Diane Laphria, celle de la Mère des Dieux en marbre de Paros, & toutes celles qui décoroient à MsfTene le temple d’Efculape. A Egium, ville de l’Elide, dans un vieux temple, on voyoit de lui la ftatue d’Iiity e (la DéefTe des accouchcmens ; ) un voila léger la couvroit jufqu’au bout des piedi : ell» étendoit une main , & tenoit de l’autre un flambeau. La tête, les pieds & les mains éioient de marbre pentélique, 8z le refte de bois. Non loin de ce temple, dans une enceime confacrée à Efcuiape, le même artifte avoit fait la ftatue du Dieu & celle d’Hygié. Il a/oit fait

  • ■ aufli à Mégaiopolii un Merçiiie & une Vénus s c u

i«n bo !s. C’étoît encore du même ft-atBa’ii*e , qu*5 quelques ftades d’Acacefuim , dans le temple do Proferpine furnommée Dejpœna , ( la Maî- ■frefle) étoit la llatne de cette divinité & celle de Cérès, taillées dans un feul bloc de marbre, a’ec le trône fur lequel elles étoiont alTUes. Cérès tenoit de la main droite un flambeau , &poroit la gauche fur Proferpine. Celle-ci avoit un fceptre, & appuyoit fa main droite fur la corbeille myftérieufe qu’elle tenoit fur fes genoux. D’un cô :é du trône, & près de Cérès, étoit Diane qui, fuivant les Egyptiens, étoit fille de Cérès & non de Latone : elle étoit couverte d’une peau de cerf, & avoit fur les épaules un carquois. D’une main, elle tcnoic une lampe, & de l’autre deux dragons : à fes pieds étoit un chien. De l’autre côté du trône, près de Proferpine, étoit Anyras, couvert d’une forte armure : les prêtres difoient que cet Any tas atoit du nombre des Titans, & qu’il avoit été le nourricier de la déeffe. Paufanias dit que Daraophon étoit le feul flatuaire Meflenien digne de quelque attention. Nous ne favons pas en quel temps il vécut. Si nous l’avons placé vers la fin du quatrième Sècle avant notre ère, c’efl que nous avons fuppofç qu’il avoit dii i’écouler un temps affez long avant que le Jupiter Olympien eût befoin de réparation. Nous nous rendrions cependant volontiers à l’opinion de ceux qui croiroient devoir le rapporter à une époque un peu plus feculée.

C96) Héiiodoxe peut être placé dans Je 

jenême fiècle par conjefture. Pline eft le feul .écrivain qui l’ait nommé ; mais il nous apprend que cet artifle avoit fait un grouppe qui paffoit pour le fécond en beauté de tous ceux qu’on connoiffoit. Il repréfentoit Pan & Olympus difputant le prix de la flûte. S C U ( ?^ (97) Pasitele appartient au troifième fiècle avant notre ère. Né dans la grande Grèce, à l’extrémité de l’Italie, il reçut le droit de citoyen P^omain, lorique ce droit fut donné aux habitans des villes de cette contrée. Il avoit fait un Jupiter d’ivoire qu’on voyoit dans le palais de Métellus. Pline ajoute que cet artifte avoit fait beaucoup d’autres ouvrages , mais dans la foula des llatues que Rome renfermoit, on ne fa voie plus quelles étoient celles qui étoient de famain. C’eft donc fur la foi de Varron que nous croirons que fes talens étoient dignes d’éloges. Il parole, qu’il s’appliquoit à repréfenter des animaux. Pline raconte que ce fculpteur étant un jour fortement appliqué, fur le port, à deffiner OLi à modeler un lion qu’on venoir d’apoorter d’Afrique, une panthère s’échappa de fa loge, amitiés jours en danger. Il avoit écrit cinq livres fur Ibs chefs-d’œuvre qui ié trouvoienc dans le monde entier. Il ne croit pas que ce Pafitèle foit le rnêm» qui eut pour élève un Colotès" de Paros , auteur d’une table d’or & d’ivoire fur laquelle les vainqueurs aux jeux olympiques dépofoîenc leurs couronnes. Depuis la fin du quatrième fiècle avant notre ère, les arts languirent fans honneur dan* la Grèce fubjuguée. Peut-être quelques uns de» artiftes dont nous lifons les noms dans Pline & dans Paufanias, fans apprendre le temps oà. ils ont vécu, appartiennent-iîs aux fiècles pofterieurs : mais nous n’avons aucun moyen de les rapporter à des époques même conjecLurales. La magnificence des Pcolémées attira les arts à Alexandrie ; on fait qu’ils y jettèrent quelqu’éclat , mais on manque de matériaux pour tracer l’hifloire des artiftes Alexandrins & de l&urt ouvrages. ( L, ) TABLE ALPHABÉTIQUE DES SCULPTEURS GRECS/ tes chiffres rappellent à des chiffres correfpomlans placés en ttte det monts noms diO^ l’article p-écédentf^ Agélades (17). Agéfander (90 ). ^ Agoracrito ( 45 ). Alcamène ( 44 ). Alypus (72, ). • Anaxagoras (55). Angélion ( 11 ). Apelles (41 ). Beaux-dr(s, Tome Xli : Apollodore (78). Apollonius , (94. ) Arifronus , ( 54. ) Aihenis, (16.) Athenodore, (56,) Bathyclès , (iS. ), Bédas, (83.) BryaxiSj {63-1 37© , Bupale, (lo). Calamis , ( z^. ] Callimaque, (ic S eu Egii

u Elis 

Calos , ( 70. ) ■ ) VJaillILldU u Callitèle , ,^ . Callon d’Egine ’^ " d’Elis , (49. wallon Callon (21.) ) Canachus , ( 12.) Cantharus , ( 89. ) Céphiflbdote l’ancien ^ (61.5 Céphiflbdote le jeune , ( 84. ) Charès, (86.) Colores . ( ^fl. S »-.epuiuoaote le je Charès, (86.) Colotès , (46. ) Ctéfilas ou Ctéfilaiis, Dahippe , (82.) Dameas, (25,) Uamophon, ( çj. ) Dédale d’Athènes , ( i ). Dédale de Sicyone, (9.) (J7.) Damophon, ( 9J. ) Dédale d’Athènes , ( i ). Dédale de Sicyone, (9.) Dibutade, (6. ) Dédale de Sicyone, Dibutade, (6. ) Dinomène , (59.) Dîonyfius, (34-) , Dipœnus , ( 10. ) Dontas , (14.,^ Doryclidas, (13.) Eladas, (38.) Epeus, (3.) Euchir, (7.) Euphranor , ( 64. ) Euthychide , (8r.) Euthycrate , ( 80. ) Eut„_,.. Glaucus , ( 35- ) Glycon , ( 91. ) Hégîas, ’ ' -Hél- ’ —S""- 5 (3’i--) Héliodore , (p^-) Hypatodore , ( 62, Iphicrate, ( 26.") Laphaës , (20.) (12 •) Laphaës , (20.) Léarque , (12. ) ^ ’-charès, ( 6j. )

7 ^ / 

Icocharès, ( 6j. ) Lyfippe, (74.) Lyfiftrate, (75. ) Malas, (8.) Médon, (13-)’ S eu Ménechme, (23.) Méneftrate , ( Ji. ) Myron, (28.) Myrmécide, (43.) Naucydes, ( j8. ) Nicodame, ( 36. ) Onatas, ( 30. ) Pamphile , {6^.) Pafitèle , (97.) Périllus , ( 17. ) Phidias , ( 39.) Phragmon , (48,) Pifton, (88.) Polyclès, (67.) Polyclète de Sicyone, (29,) Polyclète d’Argos , (47. ) Praxitèle , (60.) . Pyromaque , (8j. ) Pythagore , ( 52. ) Rhœcus ) ( 4. ) Scopas , {ôç.) Scyllis , (10.) Silanion, (79.) Simon, ( 33. ) Smilis , (■ 2. ) Socrate de Thèbes , ( 37. ) Socrate le Philofophe , (50.) Softrate , ( 77. ) Sthénis , (76. ) Stipax , (42. ) Straton , (93.) Taurifcus , ( 94. ) Teftéus , ( II. ) Téléclès , (5.) Téiéplia’ie, ( 71.) Théoclès , (15. ) Théocufmus , (40. ) Théodore , ( J ) Timo’ht’e, (66. ) Tifander, (73.) Tificrate , ( 87. ) Thrafymède, (î3.) Xénophile, ( 92. ) Scu Lf TU RE che^ les Romains,

ne faut qu’avoir lu les premières pages 

de Sallufte & de Denys d’Halycarnafle , pour lavoir combien l’origine de Rome eft incer laine , & pour foupçonner que cette origine remonte à des fiècies plus reculés que ceux tù ’a place le plus grand nombre des Hiftoriens. Ce foupçon fe change prefque en certitude , quand on apprend que dans le temps auquel on a coutume de rapporter fa fondation , cette TÎlle avoir déjà des fculpteurs. Ce n’efl pas dans une bourgade naiiTante , compofée de mîferables chaumières , & peuplée d’un amas de brigands, qu’on voit naître des artiftes, ou qu’on appelle des artiftes étrangers. Une certaine opulence doit toujours précéder l’entrée des arts dans un état.’ On voyoi ; à Rome, du temps de Pline , dans le marché aux bœufs , un Hercule qu’on nommoit triomphal & qui pafToit pour avoir été confacré par Evandre. Evandre avoit amené en Italie une colonie d’Arcadiens 60 ans avant , la prife de Troie, 1265 ans avant notre ere^ s G U

I Si l’on admettou cette tradition , l’art aurcît été plus ancien en Italie que le voyage qu’y fit le premier Dédale : mais en la regardant même comme fabuleufe , elle fait préiumer du moins que la ftatufire y avoit pris naiffance dans une haute antiquité.

Romulus , & tous les Rois fes fuccefleurs , ayoient eu des ftatues, & l’on croyoit qu’ils fe les étoient érigées eux-mêmes. Cette opinion fait remonter l’exercice de l’art à Rome iufqu’ayant l’an 716 avant notre ère , qui eft l’époque à laquelle on place la mort de Romulus Mais fi les artiftes étoient dès lors capables de faire en bronze des flatues-portraits , il failoit que , depuis plufieurs fiècles , la fculpture fût connue dans l’Italie. Il failoit que l’art de jetter en bronze les ftatues y eût été inventé au moin ? à-peu-près vers le même temps où il fut trouvé en Grèce par Rhé.cus.

La ftatue de Janus à deux faces paflbît pour avoir été dédiée par Numa , qui mourut 672 ans avant notre ère.

Du temps de Tarquin l’ancien , dont le règne finit l’an 578 avant l’ère vulgaire , furent pofées les ftatues de deuxfibylles & celle de l’Augure Attus Navius. C’eft à-peu-près à la même époque que fleurirent à Sicyone les deux frères Dipœnus & Scyllis nés en Crète.

Horatius Codes obtint les honneurs d’une ftatue, pour avoir arrêté feul les ennemis fur le pont fublicion , l’an 507 avant notre ère, La même année, une ftatue équeftre fut érigée à Clélie qui s’étoit fauvée avec les autres otages donnés à Porfenna. A cette époque, Bupale & Athénis fon frère, Périllus, Bathyclès , & peut-être Callimaque s’étoient déjà fait un nom dans la Grèce.

Spurius Cafîius qui fut tué par fon père 487 ans avant notre ère , fur le foupçon qu’il afpiroit à la royauté, s’étoit fait ériger lui-même uneflatue de bronïe. Du produit ds la confifcation de fes biens, fut confacrée une ftatue, aufli de bronze , à Cérès. Les Romains , ainfi que les Grecs, accéléroient fur le. bronze la belle teinte que lui donne la vétufté , en le frottant d’un enduit de bitume-, ufage bien préférable au luxe barbare de la dovure, qui cache toujours plus ou moins les iinefles de l’art.

Hermodore d’Éphefe, qui interprétoit les loix

que publioient les Décemvirs, fut récompenfé par les honneurs d’une ftatue l’an 451 ou 450 avant notre ère. On conferva par des ftatues la mémoire des Ambaffadeurs Tullus Clœlius , Lucius, Roffius, Spurius Nautius, Caïus Ful-’cinius qui furent tués par les Fidénates, dans leur légation , vers 438 ans avant l’ère vrlgaire. La fculpture, e-xercée par Phidias, jettoit alors dans la Grèce le plus grand éclat. Des ftatues furent élevées à Pythagore & ï Alpibiade dans la gjace des comiees de Rome, S C U


pendant la guerre contre le Samnites qui commença l’an avant notre ère 343 & dura 60 ans. Une ftatue fut élevée à Hercule l’an 305 , en reconnoiffance de deux viftoires remportées fur^ les Samnites. C’étoit alors que, dans la Grèce , Lyfippe joignoit la grâce da la compofltion & : les charmes d’une belle exécution, au caraftère de grandeur Se de fien» que l’art avoit reçu de Phidias. P. Junius & Titus Coruncanus furent tués par ordre de Teuta ou plutôt Teuca, Reiiie des Illyriens , l’an 230 avant notre ère : ils eurent après leur mort les honneurs d’une ftatue. Qijand les Romains, l’an 146 avant notre ère, eurent pris la riche Corinthe, & rempli leur capitale des ftatues qu’ils avoie’nt enlevées de cette ville ; quand, l’année fuivante, ils eurent fournis la Grèce, & l’eurent .chargée en province romaine fous le nom d’Athaïe , ils purent faire exercer les arts par des Grecs & , dès cette époque nous avons lieu de douter fi les ftatues qu’ils firent élever n’étoient pas des ouvrages des vaincus. Nous devons donc terminer ici l’hifloire de la ftatuaire chez les Romains. Si Cornélie, inète des Gracques, donc le plus jeune fut tué l’an m avant notre ère, eut les honneurs d’une ftatue ^ fi l’on éleva à Marius, qui fut Conful pour la feptième fois 86 ans avant l’ère vulgaire, autant de ftatues qu il y avoir de rues dans Rome, nous avons lieu da foupçonner que tous ces ouvrages de l’art, faits par des Grecs, étoient étrangers à l’înduftrie Italique,

Pline marque fon étonnement de ce que l’origine des flatues de bronze remontoit en Italie a la plus haute antiquité, & de ce que l’on. le contenta long-temps de conTacrer aux dieux des flatues de bois ou d’argile 5 tandis qu’on employoit à la gloire des hommes une induit trie plus fomptueufe. IWais je vois aufli que, chez les Grecs , on confacra lon,g-temps aux dieux des ftatues de bois ; je vois qu’en certains endroits, en certains temples, cet ufage continua lors même que les ftatues de bronze ou de marbre furent devenues communes, & je fuis porté à croire que cet ufage avoit quelque chofe de religieux. Comme on confactoit aux prières certaines paroles anciennes ou étrangères , dont on ne comprenoit pas le fens , on conferva aulFi très-long-temps, par refped pouc les pratiques anciennes, la manière de repréfenter les dieux qu’avoit d’abord impofée la ’ néceffité. ( L. )

Sculpture. Lafdulpture (i) z^rès l’hiftoire, ( I ) Cet article avoit été compofé pour l’ancienne Encyclopédie. L’auteur en fit la leâuie à l’Académie ïoyalq de Pçjmwç H 5c«lfitur£ , le 7 Juin de l’année A a a i j 37» S c u

  • ft le dépôt le plus durable de» vertus des

hommes & de leurs foiblef.’es. Si nous avons dans la flatue de Vénus l’objet d’un culte inbécille , & diflblu , nous avons, dans celle de Jvlarc-Aurèie , un monument célèbre des hommages rendus à un bienfaiteur de l’humanité. Cet art en nous montrant les vices déifiés , îend encore plus frappantes les horreurs que zious tranfmet l’hiftoire-, tandis que, d’un autre côté, les traits précieux qui nous reftent de ces hommes rares, qui auroient dû vivre autant que leurs flatues , raniment en nous ce fenùment d’une noble émulation qui porte l’ame aux vertus qui les ont préfervé» de l’oubli. Cérar voit la ftatue d’Alexandre ; il tombe dans une profonde rêverie, laiffe échapper des larme ? & : «’écrie : Quel fut ton bonheur à l’âge quej’ai^ tu avois iléja Joumis une partie de la terre ; & ■moi , je n’ai encore rien fait pour ma propre gloire. Quelle gloire que la fienne ! Il déchira ia patrie.

Le but le plus digne de Wfculpture , en l’envifageant du côté moral, eft donc de perpétuer la mémcire des hommes illuflres, & de donner des modèles de vertus d’autant plus efficaces, «[ue ceux qui les pratiquoient ne peuvent plus être les ob ;ets.de l’envie. Nous avons le portrait de Socrate , & nous le vénérons. Qui lait fi nous aurions le courage d’aimer Socrate vivant farmi nous ?

La fculpture a un autre objet , moins utile en apparence ; c’eft lorfqu’elle traite des fujets de fimple décora ion ou d’agrément : mais alors elle n’en eft pas moins propre à porter l’ame au bien ou au mal. Quelq.iefois elle n’excite aue ^es fenfations indifférentes. Un fculpteur, ainfi qu’un écrivain, eil donc louable ou repréhenfible , fslon que les fujets qu’il traite font honnêtes ou licenticux.

En fe propofant l’imitation des furfaces du eorps humain , la feulpture ne doit pas s’en tenir à une reffemblance froide, &.’ telle qu’aurjit pu être l’homme avant le foufFle vivifiant qui l’anima. Cette forte de vérité , quoique bien rendue, ne pourroit exciter par Ton exacititude’qu’une louange auiFi froide que la ref femblance, & l’ame du fpeâateur n’en fcroit point émue. C’eft la nature vivante, animée, patFionnée, que le fculpteur doit exprimer fur ie marbre , le bronze , la pierre. lyfio. M. de Jaucourt fe contenta d’en infeier un extrait dans l’ancieniie Encyclopédie. Nous r.ous foiimies fait un devoir , en l’inférant tout caticr dans l’Encyclopédie raéthedique , de le rendre à fa première dellination.

Etienne-Maurice Fa’conet, né à Paris dans le mois de Novembre 1716 , vient de ir.ourir dans la œciîieviUc, pendant qu’on imprimcit cet anicie , dont il eft I’eucw, le 24 Janvier 1791. {^Niu du Kédaûair.)-S C U

Tout ce qui eft pou- le fculpteur un objetl d’imitation, doit être pour lui un fujet continuel d’étude. Cette étude éclairée par le génie, conduite par le goût & la raifon, exécutée avec précifion, encouragée par l’attention bienfaiiante des fouverains , & par les confeils & le» éloges des grands artiftes, produira des chefsd’œuvre femblables à ces monumens précieux qui ont triomphé de la barbarie des fiècles. Ainfi, les fculpteurs qui ne s’en tiendront pas à un tribut de louanges d’ailleurs fi légitimement dû à ces ouvrages fublimes , mais qui les étudieront profondément, qui les prendront pour règle de leurs ptoduftions , acquerront cette fupériorité que nous admirons dans les flatues grecques. S’il étoit permis d’en citer pour preuve les ouvrages de nos fculpteurs vivans, il s’en trouveroit dans Paris, dans lés jardins de Choifi (i), & dans ceux de Sans-Souci (2 ).

Non feulement les belles ftatues de l’antiquité feront notre aliment , mais encore toutes les produâions du génie , quelles qu’elles foient, La leâure d’Homère, ce peintre fublime, élèvera l’ame de l’artifte, lui imprimera fi fortement l’image de la grandeur & de la majefté, que la plupart des objets qui l’environnent lui parcîtront confidérablement diminués. Ce que le génie du fculpteur peut créer de plus grand, de plus fublime, de plus fingulier, ne doit être que l’exprelfion des rapports poffibles de la nature, de lés effets, de fesjeux, de fes hazards : c’eft-à-dire , que le beau, celui même qu’on appelle idéal, en fculpture , comme en peinture, doit être un réi’umé du beau réel de la nature. Il exifte un beau effentie), mais épars dans let différentes parties de l’univers. Sentir, atfembler, rapprocher, choifir, fiip. pofer même diverfes parties de ce beau, Ibit dans le caractère d’une figure, comme l’Apollon, foit dans l’ordonnance d’une compofiLion, comme ces hardielTes de Lanfranc, du Corrège, de Rubens & des autres grands compcfucuis, c’eft montrer dans l’art c= beau qu’on stpclle idéal, mais qui a fon principe dans la nature.

La fculpture eft fur-tout ennemie de ces attitudes forcées que la nature drfavoue, & que quelques artiftes ont employées fans nécefTité, & feulemsnt pour montrer qi^’ils lavaient fe jouer du defTin. Elle Te’ : également de ces drapperies dcni toute la richefe ell dans les ornemens fuperflus d’un bizarre ai rangement de plis. Enhn,elle eft ennemie des conrafle» trop recherchés dans la compofiiion, au, fi que dans (i) Une ftatue de l’Amour, par Bonchardon. (2) Un Mcrcarc Se une VéiiBS , par M. Pigalk, s c u

h dlftrîbutîon affedée des ombres 8c des lumières. En vain prétendroit-on que c’eft la machine : au fond ce n’eft que du défotdie, & une fuite certaine de l’embarras du fculpteur & du peu d’aftion de fon fujet fur fon ame. Plus les efforts que l’on fait pour nous émouvoir font à découvert, moins nous femmes émus. D’oil il faut conclure , que moins l’artille emploie de moyens à produire un effet , plus il a de mérite à le produire , & plus le fpeflateur fe livre volontiers àrimpreflion qu’on a voulu faire fur lui. C’efl par la fimplicité de ces moyens que les chefs-d’œuvre de la Grèce ont été créés, comme pour fervir éternellement de modèles aux artiftes.

j^ fculpmre embraffe moin ; d’objets que la peinture-, mais ceux qu’elle fe propofe, & qui font communs aux deux arts , font des plus difficiles à repréfenter ; favoir , Texpreffion , la fcience des contours, l’art" difficile de draper & de diftinguer les différentes efpèces d’étoffes. ji. fculpture a des difficultés qui lui font particulières, l". Un fculpteur n’eft difpenfé d’aucune partie de fon étude à la faveur des ombres, des fuyans, des tournans & des raccourcis. 2°. S’il a bien compofé & bien rendu une vue de ’fon ouvrage, il n’a fatisfait qu’à une partie de fon opération ; puifque cet ouvrage a autant de points de vue qu’il y a de points dans l’efpace ’qui l’environne ( i ),

S C U

,

(i) Cette vérité fimple fut pouffée loin par quelques Mtiftes ; elle occaiîonna même un fophifme en peinture affez ridicule. Des fcu !pteurs prétendoient qu’une ftatue feu’.e , qui fait voir plulîeurs attitudes en tournant autour de l’ouvrage , prouve que la fculpmre furpaife la peinture. Que ces fculpteurs-là raifonnoient puiiTarament ! Ciorgione prérendoit lui, que la peinture l’emporte à cet éoard fur la fculpture , puifque fans changer de place , 8c d’un leul coup-d’œil , on voit dans un tableau tous les afpeâs & les differens mouvenicns que peut faire un honuue. Le Gitrgione n’avoit jufques là que deux petits torts ; celui de ne pas voir qu il s’agiffoit d’une feule fioure , ôc celui d’oublier les bas-reliefs. Mais il alla plus loin ; il prétendit que le peintre peut montrer à la fois , & d’une feule vue , les differens côtés d’une même & feu’e figure. Voici comment O s’y prit pour le j prouver & pour convaincie fcs adverfaires. i U peignit un homme nud , vu par le dos ; devant ’ V lui, une eau tres-limpide préfentoit, par fa réverbé-V ration , le devant de la figure : une cuirafle polie V montroit , d’une part , le coté gauche ; de l’autre , un

» miroir faifoit voir le coté droit. Très-belle imagi-

[ » nation qui prouvoit en effet , que la peintuie a plus ’ •» de moyens que z fculpture j pour montrer dans une ï » feule vue , toutes celles du naturel. On applaudit, on j ! » loua ûnguliercment cet ouvrage , a caufe de fon adreffe [ » Jugenieufe «. (Vafari, Vita di Giorgione.) l On ne nous dit pas fi cet onvrage , avec fon adrejfc ’ inginieufc , fut regardé comme une bonne preuve. Je laiffe au letteur a juger jufqu’ou la prévention peut mener le fens commun , même chez les hommes qui doivent particulièrement connoitre l’objet des queftions qu’Us agitent. Je voudrois auffi pouvoir excufer fhiftoir lien de cette idée cieufe ; mais j’en ignore le moyen ,

  • . Un -fculpteur doit avoir l’imagination

aulFi forte qu’un Peintre, je ne dis pas aufli abondante. Il lui faut de plus, une ténacité dans le génie qui le mette an-deffus du dégoût que lui occafionnent le méchanifme, la fatigue & la lenteur de fes opérations. Le génie ne s’acquiert point ; il fe développe, s’étend & fe fortifie par l’exercice. Un- fculpteur exerce Je fien moins fouvent qu’un Peintre : difficulté de plus, puifque , dans un ouvrage àe fcuLpture , il doit y avoir du génie, comme dans un ouvrage de peinture.

° Le fculpteur étant privé du charme féduifant delà couleur, quelle intelligence ne doit-il pas y avoir dans fes moyens pour attirer l’attention !

Pour la fixer, quelle précifion, quelle 

vérité, quel choix d’expreffion ne doit-il pas mettre dans fes ouvrages !

L’ouvrage du fculpteur n’étant le plus fouvent compofë que d’une feule figure, dans laquelle il ne lui eft pas foffible de réunir les différentes caufes cjui produifent l’intérêt dans un tableau ; on doit exiger de lui non feulement l’intérêt qui réfulte du tout enfemble , mais encore celui de chacune des parties de cetenfemble. La peinture, indépentlamment de la variété des couleurs, intéreffe par les differens groupes, les attributs, les ornemens, les exprelïïons de plufieurs perfonnages qui concourent au fujet ; elle intérefie par les fonds, par le lieu de la fcene, par l’effet général : en un mot, elle en impofe par la totalité. Mais le fculpteur n’a le plus fouvent qu’un mot à dire ; il faut que ce mot foit énergique : C’eft par-là puifqu’il ne la défapprouve pas , & que cette eau , ce miroir , cette cuiraffe , ne l’avertiflent point. Il ne me refte que deux partis à prendre ; celui de jetter mes papiers au feu , ou celnl de trembler pour mon propre compte , fur la débilité de notre raifon. Mais pourtant je ne voudrois pas , comme M. Laugier , avancer que » la perfeftion du deffin fait l’unique « mérite de la fculpture ; que le fculpteur a beau étu- )> dier la préciCon & l’élégance de fes contours, à peine » peut-il jamais faire iliulion fur la dureté & la roideuï » des matières dont il eft obligé de faite ufage «. ( Voyez Manière de bien juger des ouvrages de peinture , p. 248. ) Si j’avois raifonne ainll de la fculpture, 8c qu’on me montrât un modèle brûlant d’expreffion , Se dont la matière , flexible fous le pouce ou l’ebauchoic de l’artifte , ne me donneroit aucune idée de roideur ou de dureté ; iî on me plaçoir vis-à-vis du Laocoon ou de l’Apollon , & qu’on me demandât fi mon ame n’eu frappée d’aucune illuûon , fi ces objets font de la fculpture ou n’en font pas ; j’aurois quelque honte d’avoir produit un tel jugement. C’eft en eiïet celui d’une ame froide , qui copie philoftrate , ou deux ou trois modernes qui ne s’entendent pas mieux que lui en fculpture : car en copiant, on met neceffairemrnt da bon & du mauvais dans un livre , & , quand on a de l’efprit , ou fait tout paffer chez des lecieurs inattenti ; s, ou igiiQxans, QU vains, ou légers, (iVoM dt I’Am’ teuT. ) 374 S C U

qu’il fera mouvoir les reflbrts del’amê, à pro* portion qu’elle fera fenfible , & que lui même aura approché du but.

Ce n’eft pas que de très-habiles fculpteurs n’aient emprunté les fccoars dont la peinture tire avantage par le coloris ; Rome & Paris en fournilTent des exemples. Sans. doute que des matériaux de diverfes couleurs, employés avec intelligence, produiroient quelques effets pittorelques : mais diftribués fans harmonie, cet afTemblage rend la fculpmn défagréable & même choquante. Le brillant de la dorure , la rencontre brufque des couleurs difcordantes de difFérens marbres, éblouira l’œil d’une populace toujours fubjuguéepar le clinquant, ■& l’homme de goût fera révolté. Le plus sûr feroit de n’emplo3’er l’or, le bronze, & les difFérens marbres qu’à titre de décoration, & de ne. pas ôter à la jculpture, proprement dite, fon vrai caraftère , pour ne lui en donner qu’un faux, ou pour le moins toujours équivoque. Ainfi, en demeurant dans les bornes qui lui font prefcrites, zfcu.lpture ne perdra aucun de fes avantages ; ce qui lui arriveroit certainement, fi elle vouloir employer tous ceux de la peinture. Chacun de ces arts a fes moyens d’imitation ; la couleur n’en eft point un pour lafculpture. Maîsfl ce moyen, qui appartient proprement à la peinture , efl : pour elle un avantage, combien de difficultés n’a-t-elie pas qui font entièrement étrangères à z fculpture. cette facilité de produire l’illufion par le coloris, efl elle-même une très-grande difficulté ; la rareté de ce talent ne le prouve que trop. Autant d’objets que le peintre a de plus à repréfenter que le fculpteur. autant d’études particulières. L’imitation vraie des ciels, des eaux, des payfkrps des difFérens inftans du jour, des effets variés de la lumière , & la loi de n’éclairer un tableau que par un feul fcleil , exigent des connoiffances & des travaux nécefi’aires au peintre, dont le fculpteur efl : entièrement dif penfé (i). Quoiqu’il y ait des études & des travaux qui appartiennent excluiïvement à cha- ( I ) l.€s corps éf les rayons di la lumière agijfent continuellement les wis fur les autres ; les corps Jur les rayons de lumière , en les lançant, les réfle’cMj[lant S- les réjTa.éîant ; è les rayons de lumière fur les corps , en les (chaulant , & en donnant à leurs parties un mouvement de vibration , êrc.

Voilà ce qu’obferve le grand Newton fur les effets de la lumière ; & c’eft précilément ce que de grands peintres vernis avant lui , avcient obfervé & pratique. Ils n’ont dû cet objet important de l’art à aucun phîloforphe ; 6c U plupart de ceux qui l’ont fuperieureraenr txécuté , n’auioient pas fu lire Newton. Mais comme lui, ils lifoient la nattire : l’un l’écrivit, les autres la peignirent. Aiuii quand on vous dira que le pliilofophe tient le fceptre qui doit régir les arts , & que ce fceptre

ie doit iamais fortir de fes raains , esceptez-en la pein-Guç,

{N» :i <i( l’Auteur-)

S C y

cun des deux arts , ce feroît fle les pas corf-» 

noître que de nier leurs rapports. Ce feroit une erreur, fi on donnoit quelque préférence à l’ua aux dépens de l’autre , a caufe de leurs difficultés particulières.

La peinture efl encore agréable, même loifqu’elle efl dépourvue de l’enthoufîafme & du génie qui la caraâérifent ; mais fans l’appui deces deux bafcs, les produftions de Wfadpturc font infipides. Que le génie les infpire également, rien n’empêchera qu’elles ne foient dans la plus intime union, malgré les difFérenceî qu’il y a dans quelques-unes de leurs marches. Si Qss arts ne font pas femblables en tout, il y a toujours la reffemblance de famille (i). Appuyons donc là deffus, c’efl l’intérêt de» arts. Appuyons-y encore , pour éclairer ceux qui en jugent fans en connoître les principes, ce qui arrive fouvent , même à des efprits du premier ordre. Pour ne rien dire de nos littérateurs modernes, fouvenons -nous que Plutarque en a méconnu les rapports quand il a écrit : « On peut tranfporter à la danfe ce que » Simonide a dit de la peinture , & dire que » la danfe eft une poéfie muette, & la poéfie « une danfe parlante ; car apurement la peinturenefefert point du fecours de la poéfie, » ni la poéfie de celui de la peinture ; elles » n’empruntent abfolument rien l’une de l’autre, » tandis que l’orcheflique & la poétique ont » une entière affinité & une intimité parfaite ( 3 ) »,

Si c’eft là ce que Plutarque a voulu dire, on peut demander qu’elle forte de peinture il voyoit , ou quelles étoient fes connoiffances dans l’a'rt. Aucun tableau ne lui faifoit-il ap^ percevoir le piclorièus acque poétis , & l’ut piC’ (3) Faciès non omnibus una.

Non diyerfa tamen j qualem decet ejfe forcnim. OviD. Met. lib. n.

Je n’avols pas encore In Vafari , quand j’e'crivois ces Réflexions ; 8c depuis , j’ai vu qne , fur le parallèle de» deux arts , mon opinion eft entièrement la iàeiuic : le lecteur peut en juger.

« Dico adunque, che Is fcultura e la pittura. . . nom » ptccedono l’ima ail’ altra , le non quanto la virtù e » la lorza di coloro che le portano addoflb, fà paflare » l’ uno artefîce innanzi ail’ alrro ; non per differenza o » grado di nobiltà che veramente fi trovi infra di loto. » E febbeue per la diverût’a délia effenza loro , hanno » moite agevolezze : non fono ellcno perô ne tanto » ne di maniera , ch’ elle non vengano giiiftamento » contrapeflate iniieme ; e non fi conofca la pafîîone » o la caparbietà , piu tofto che il judicio , di chi vjolê » ehe r una avanzi 1’ altra. La onde a ragione fi pu6 » dire , che un’ anima medefima rcgia due corpi : ed V io per qncfiio conchiudo , che maie famio coloro che M^s’ ingegnano di difmiirle , o di fepararle T una dall’ )) altra ». Proemio delV opcra. ( A are de l’Auteur, ) (3) PlutwrcU. Syoïyof. L. IX, Queft. ij. ' s c u -

f^fa pocjîs irai îl y a quelque apparence iju’îl ne fenroit pas que l’art de créer une fcene fiir la toile avec des perfonnages qu’il faut aufli ■ créer avant de les repréfenter , tient bien autant, pour le moins, à la poétique, que l’art de dire à des hommes déjà faits à cet exercice , figure^ de telle ou telle manière. Il efl vifible

que Plutarque a confondu l’attitude du modèle

avec le génie , l’étude avec le talent du Peintre , qui a peu fait quand il a imaginé fa fcene & placé fes modèles, s’il n’a le grand art de les bien rendre ; car aucun de fes perfonnages ne fait faire un pas : il eft lui-même, & lui feul, le maître, le décorateur & tous les iîgurans de fon ballet.

Quoiqu’il en foit, il femble que l’honneur de la peinture ancienne & la raifon demandent qu’on s’en rapporte plutôt au poëte Simo- • nide qu’au littérateur, au philofophe Plutarque. ■C’eft au refte une difcuiïion de fentiment fur ■laquelle je m’en rapporte à l’homme de gôut, au connoiffeur & à l’arrifte. Ce n’efl : pas qu’au ■premier chapitre du traité, comment il faut lit e les poète !;, Plutarque ne dife ■. la poéfie efl un art d’imitation , & une Jcience cotref pondante à la peinture, & qu’il n’enfeigne au jeune homme qu’il veut infVruire, cette règle du goût, j qui eft, dit-il, dans la bouche de tout le monde : la poéfie éfl une peinture parlante, & la pein-’ titre une poéfie muette. D’où nous voyons jufqu’à quel point les hommes d’un très-grand mérite, font fournis à la contradiflion & à l’erreur.

I Si, par une erreur dont on voit heureufement peu d’exemples , un Sculpteur alloit prçn-

! dre pour de l’enthoufiafme & du génie , cette 

fougue déraifonnée qui emportoit Borromini & 3IeyJfonier ; qu’il foit perfuadé que de pareils écarrj ; . loin d’embellir les objets , les éloignent du vrai , &" ne fervent qu’à repréfenrer les déforires de l’imagination. Quoique ces deux Artiftes ne f.iffent pas Sculpteurs , ils peuvent être cirés comme des exemples dangereux , parce que le même eTprit qui conduit l’.Architeâe ,. conduit aufli le Peintre & le Sculpteur. L’Artifle, dont les moyens font fimples , efl ; à découvert ; 31 r.’expofe à être jugé d’autant plus aifément , qu’il n’emploie aucun vain preftige pour échaoper à l’examen , & : fouvent mafquer ainfi fefîon-aleur. N’appelions donc point Beautés, dans que qae ouvrage que ce foit , ce qui ne feroit qu’éblouir les yeux & tendroit à corrompre le goût. Ce goût . fi vanté avec raifon d ?ns les produâions de l’efprit humain , me paroît en général le réfultar de ce qu’opère le bon l’ens fur nos idées • trop vives , îl fait les réduire , leur donner un frein : trop lançuifiantes , il fait les animer. C’elî à cet heure. IX tempérament, que la fculprure , ainfi ijue tous les arts jnvemés pour plaire , doit fes S c u

^

vraies beautés -, les feules qui foîent durables. Comme la yt«Z/7£KAe comporte la plus rigide exaélitude , un delFm négligé y feroit moins fupportable que dans la peinture. Ce n’eft pas à dire que Raphaël & le Dominiquin n’ayent été de très-correfts & très-favans delîinateurs, & qus tous les grands Peintres ne regardent cette partie comme effentielle à l’Art : mais à la rigueur, un tableau oii elle ne domineroit pas, pourroit intérefl’er encore par d’autres beautés. La preuve en efl : dans quelques femmes peintes par Rubens , qui , malgré le caraclère flamand & peu correél , féduiront toujours par le charme du coloris. Exécutez-les en ficulpture fur le même caraclère de d.eflin , le charme fera confidérablement diminué , s’il n’efl entièrement détruit. L’effai feroit bien pire fut quelques figures de Rembrand,

Pourquoi efl-il encore moins permis au fculpteur qu’au peintre , de négliger quelques-unes des parties de fon art ? Cela tient peut-être à trois confidérarions : au tems que l’artifte donne à fon ouvrage ; nous ne pou^vons fupportet q’j'un homme ait employé de longues années à faire une chofe commune : au prix de la matière employée ; quelle comparaifon d’un morceau de toile à un bloc de marbre ! à la durée de l’ouvrage ; tout ce qui eft autour du marbre s’anéantit , mais îe marbre refte. Brif es même , fes pièces portent encore aux fièeles à venir de quoi louer ou blâmer.

Après avoir indiqué l’objet & le fyftême général de la ficulpture, on doit la confidérer encore comme ibumife à des loix particulières , qui doivent être connues de l’artifte, pour ne pas les enfreindre , ni les étendre au-delà de leurs limites.

Ce feroit trop étendre ces loix , fi on difoit que la ficulpture ne peut fe livrer à l’efTor dans fes compofuions , parla contrainte où elle eft de fe foumettre aux dimenfions d’un bloc de marbre. Il ne faut que voir le Gladiateur & ï’Atalante ; ces figures grecques prouvent affez que le marbre obéit , quand le fculpteur fait lui commander.

Mais cette liberté que le fculpteur a , pour ainfi dire, de faire croître le marbre, ne doit pas aller jufqu’à emDsrraffer les formes extérieures de fes figures par des détails excédans &r coniraires à l’aflion & au mouvement repréfentés. Il faut- que l’ouvrage fe détachant fur un fond d’air , ou d’arbre , ou d’architecture , s’annonce fans équivoque du plus loin qu’il pourra fe diftinguer. Les lumières & les ombres , largement diftribuées , concourront aulFi à déterminer les principales formes & l’effet général A quelque difiance que s’apperçoivent l’Apollon & le Gladiateur , lenr aâion n’eu point douteufe. îl€

s c u

Parmi les difficultés de la fcidptnri , 51 en eft line fort connue , & qui mérite les plus grandes attentions de l’artifte ; c’eft l’impoffifailité de revenir lur lui-même lorfque fon marbre eft dégroffi , & d’y faire quelque changement effentiel dans la compofition ou dans quelqu’une de fes parties : rai’bn bien forte pour l’obliger à réfoudre fon modèle , & à l’arrêter de manière qu’il puîffe conduire fûrement les opérations du marbre. C’efl : pourquoi , dans de grands ouvrages , la plupart des fculpteurs font leurs modèles , ou les ébauchent du moins , fur la place où doit être l’objer. Par là ils s’affurent invariablement des lumières , des ombres & du jufte enfemble de l’ouvrage , qui étant compofé au jour de l’atteliér, pourroit y faire un bon effet , & : fur la place un fort mauvais.

Mais cette difficulté va plus loin encore. Le modèle bien arrêté , je fuppofe au fculpteur un inftant d’aflbupiffement ou de délire. S’il travaille alors , je lui vois eftropier quelque partie importante de fa ligure , en croyant fuivre & même perfeûionner fon modèle. Le lendemain , la tête en meilleur état, il connoît le défordre de la veille , fans y pouvoir remédier.

Heureux avantage de la peinture ’. Elle n’eft point afl’ujetie à cette loi rigoureufe. Le peintre change, corrige, refait à l’on gré iur la toile ; au pis aller, îl la réimprime j ou il en prend une autre : Le fc^îpteur pei’t-il ainli difpofer du marbre ? S’il falloir qu’il recommençât fon ouvrage , la perte du tems , les fatigues & les depenfes , pourroient- elles fe comparer avec celles du Peintre ?

De plus, fi le Peintre a tracé des lignes juftes , établi des ombres & des lumières à propos ; lin afpeâ ou un jour différent , ne lui ravira pas entièrement le fruit de l’on intelligence & de fes foins. Mai ; dans un ouvrage àe fculpture 1 compofé pour produire des lumières & des ombres harmonieufes , faites venir, de la droite le jour qui Benoit de la gauche , ou d’en bas celui qui venoit d’en haut ; vous ne trouverez plus d’effet , ou il n’y en aura que de défagréables , fi l’Artifle n’a pas fu en ménager pour les differens jours. Souvent auffi , en voulant accorder toutes les vues de fon ouvrage , le fculpteur rifque de vraies beautés , pour ne trouver qu’un accord médiocre, lîeureux fi fes foins pénibles ne le réfroidiffent point, & ne l’empêchent pas de parvenir à la perfeàion dans cette partie ! Pour donner plus de jour à cette réflexion , j’en rapporterai une de M’, le Comte de Caylos. » La peinture, dit-il , choifit celui des trois » jours qui peuvent éclairer une furface. La }i Jculpture eft à l’abri du choix ; elle les a s tous , & cette abondance n’eft pour elle S C U

» qu’une hiultiplicité d’études & d’embarras ? » car elle eft obligée du confidérer & de penlec » toutes les parties de fa figure , & de les tra- >3 vailler en conféquence ; c’eft elle-même , » en quelque façon , qui s’éciaire ; c’ell fa » compofition qui lut "donne fes jours Se qui » diftribue fes lumières. A cet égard , le fculpteur eft plus créateur qv :e le peintre , mais » cette vanité n’eft latisfaice qu’aux dépens de " beaucoup de reflexions & de fatigues (i). Quand un Iculpieur a furmonré ces difficultés, les artiftes & les vrais connoiffeurs lui ea favent gré fans doute ; mais combien de perfunnes , même de celles à qui nos arts plailent, qià ne connoiilant pas la difficulté, ne connoîtront pas !e prix de l’avoir furmontée ? Le nud eft le principal objet de l’étude du fculpteur. I.csfondemens de cette étude , font la connoidance des os, -de l’anat’.mie extérieure , & l’i.Tiiration auidue de toutes les parties ic de tous les moavemens du corps humain. L’icole de Paris & celle de Rome exigent cet exercice, & facilitent aux élèves cette connoiiTance nécelfaire. Mais comme le naturel peut avoir fes défauts ; q ;:e le jeune élève , à force de les voir & de les copier, doit naturellement les tranfmettro dans fes ouvrages, il lui faut un guida lur pour lui faire connoître les juftes proportions & les belles formes.

Les ftatues grecques font le guide le plus fur ; elles font & feront toujours la règle de la précifion , de la grâce & de la nobleffe , comme étant la plus parfaite repréfentation du corps humain. Si l’on s’en tient à un e>amenfuperficiel, ces ftatues ne paroîtront pas extraordinaires,ni même difficiles à imiter ; mais l’Artifte intelligent Se. attentif, découvrira dans quelques» unes les plus profondes connoiffances du deffiri , & toute l’énergie du naturel. Auffi les Iculpteurs qui ont le plus étudié & avec choix les figures antiqi es , ont-ils été les plus diftin» guér.Je dis avec choix , & je crois cette re-^ marque fondée.

1 Quelque belles que foient les ftatues anti» ■ ques, elles font des produélions humaines, par. conféquerit fufceptibles des foibleffes de l’humanité ■. il feroit donc dangereux pour l’artifte d’accorder indiftinflement fon admiration à tout ce qui s’appelle antiquité. Il arriveroit qu’après avoir admiré dans certaines antiques de prétendues merveilles qui n’y font point , il feroit des efforts pour fe les approprier, & ne feroit point admiré. Il faut qu’un difcernement éclairé, judicieux & fans préjugés , lui faîle cbnnoître les beautés 8c les défauts des anciens -, & qu» le4 ayant appréciés , il marche fur leurs traces Ci ) Eitiiét di> Meituxî de Fiance du iBois_<i’Avra «759< s c u

^ec d’autant pins de confiance , qu’alors elles fe condaironc toujours au grand. C’eft dans ce diiçernement judicieux que paroîr la jufteffe oel’efpnt, Se les talens du fculpteur font toujour ?

en proportion de cette julteffe. Une connoiffance 

médiocre de nos arcs, fuffit pour voir que les, artiftes grecs avoient auffi leurs inftans de ïbmmeil ci : de froideur. Le même goût régnoit, mais Je favoir n’etoit pas le même chez tous les artiftes ; l’élève d’un Ibulpteur excellent pouvoir avoir la manière de fon maître fans en avoir la jtête.

De toutes les figures antiques , les plus propres a donner les plus grands principes du n’jd , ibnt le Gladiateur , l’yipollon, le Laocoon , ï’H-rcule Farnèfe , le Torfe , ^Antinoiis , Je Grouppc . de Lafior &c PoLlux , l’Hermaphrodite, la ^ énus de Médicis. Je crois re-^rou v tr la traie de ces chel-d’oEuvres dans les ouvrages de quel- , ques-uns des plus grands fculptenrs modernes. ,Va.is A Jchel-zinge on voit une étyde profonde du Laocoon , de l’Hercule & du sor/e- Peut-on douter, en voyant les ouvrages de François Flamand , qu’ii n’aitbeaucoup ett ;dié le Gladia- ^teur . ’ Apollon . {’Antinoiis , Cajtor & PoUux^ la Vénus 6c ^’Hermaphrodite !Le Fuget a.eiiidié le Laocoon fans doute, 6c d’autres antiques ; mais liin principal maître fut le naturel , dont il voycir continiieliemeut les reffbrts & les mou-Ve’mens dans les forçats à Marfeiile : tant l’habitude de voir des objets plus ou moins relatifs au IVrai fyftème des arts ,- peut former le goût ou len arrêter les progrès. Nous qui ne voyons que

! des ajtiftemens inventésà contre-fens des beautés 

du corps humain , que d’efïorts ne devons-nous ipas faire pour déranger le mafque, voir & connoître la nature , & n’exprimer dans nos ouvragés que ce beau indépendant de quelque mode ique ce foît ? C’eft aux grands artiftes à quitoute

la nature eft ouveite-,. à donner les loix du

.goût ( I ). Ils n’en doivent recevoir aucune des . caprices & des bizarreries de la mode. Je ne dois pas oublier ici une obfervation importante au fujet des anciens-, elle eft elTenîtielle fur la manière dont leurs fculpteurs trai- ■ toient les chairs. Ils étoient fi peu afFeélés des

détails, que fouvent ils négligeoient les plis &

les mouvemens delà peau dans les endroits où icUé s’étend & fe replie félon le mouvement des ■ membres. Cette partie ds la fculpture a peut-être • ■ été porLee de nos jours à un plus haut degré de perfedion. Un evempje décidera fl cette obferiyation eft hazardée : il fera pris dans les ouvrages du ?u^et. ^ m

lm-~ ^ ■ ■ ’

f (i) On voit bien que i^ands artiftes ne fignifie pas îù les p- ;i.« !cs & les * u !p ;eurs feulement , & qu’il s’enteaJ diïs _v,’^'S-m-itres dans tous les arts. Le chan-

iic ;»’j'fe ; " ’ " d’Achille , émit un grand 3i-

§C ©

’577,

Dans quelle fculpture grecque trouve- t-on le fentiment des plii de la peau , de la mollelfe des chairs & : de la flu-dité du fang , aulli fupérieurement rendu q -e dans les p.oduâions ds ce célèbre moderne ? Qui eft-ce qui ne voit pas circuler le fang dans les veines du Milon de Verfailles ? Et quel homme fenfible’ ne feroit" pas tenté de fe méprendre en voyant les chairs ^■s V Andromède (x) ; tandis qu’on peut citer beaucoup de belles figures antiques où ces véliié ^ ne fe trouvent pas ? Ce feroit donc une force d’ingratitude , fi , reconnoiffant à tant d’autres titres !a fiiblimité des fculptures grecques nous retufions nos hommages à un mérite qui le trouve conTl-amment fupérieur dans les éuvra^ges d’un arrifte François.

Lahonteufe manie de relever les défaurs des plus beaux ouvrages, n’eft point lobjet.de cette obfervation. L’ariifte qui ne fentiroit pas de combien les beaut^s l’emportent far les négligences & les défauts djns l^^ monumens pré- •cieiix de l’antiquité , feroit ou égaré par ce détordre effréné, enfant du délire , ou arrêté par cette exaflicude que la médiocrité calcule à i’infçu du génie.

Nous avons vu que c’eft l’imitation des objets naturels, fournis aux principes des anciens, qui % conftitue les vraies beautés de 1 ?l fculpture. Ma’s l’étude la plus profonde des figures antiques, la connoiflance la plus parfaite des mufcles, laprécifion du trait , l’art même de rendre les partages harmonieux de la peau , & d’exprimerles reffbrts du corps humain ; ce favoir, dii-je , n’eft que pour les yeux des artiftes & pour ceux d’un bien petit nombre de connoilTeurs. Mais comme la fjulpture ne fe isLit pasleulemeut pour ceux qui l’exercent ou qui y ont acquis des lumières il faut,>que le fculpteur, pour mériter tou» les fufî-rages , joigne aux études qui hy fontnécef^ faites, un talent fupérieur encore. Ce talent fi effentiel & fl rare , quoiqu’il paroilTe à la portée de tous les artiftes, c’eRlefentiment. Il doit être inféparable de toutes leurs produtlions. C’eft lui qui les vivifie ; fl- les autres études en font la bafe , le fentiment feu] en eft l’ame. Les connoiffances acquifes ne Ibnt que particulières , mais le fentiment eft à tous les hommes ; il elï uniyerfel : à cet égard , tous les hommes font juges de ivos ouvrages. ^

Exprimer les formes des corps & n’y pas join» (3) Ceux qui co’nnoiflent ce grouppe , favent qu’il eft compofé de trois figures , Androniede , Perfee & ua petit an.our qui l’aide à détacher U fille de CiiJJïope. J’ignore où M. de Hagedorn a vu que le héros eji entouré d’ amours , & je croirai long-tems qu’il faut counoitre autrement que par des livres ’& des ont dire, les produâions des beaux arts, fi l’on veut en parier ,àpeu-pres )ufte. Voyez Réflexions fur la Peintiiref tom. I, pag. 113. {^Neti de l’Auteur.)

S h b 378

S eu

dre le fentîment , c’ell ne remplir fon objet qp’à demi. Vouloir le répandre par-tout, fans égard pour la précifion , c’eft ne faire que des efquiffes & : ne produire que des rêv.es, dont l’impreftion fe diffipe quand on ne voit plus l’ouvrage, même en le regardant trop long-terus. Joindre ces deux parties , ( mais quelle difficulté ! ) c’eft le fublitae àe&fcLilpture.

B A

S-R E 1 I E F S.

Comme le bas-reliéf eft une partie trèç-întéreffante de la fadpture , & que les anciens n’ont peut-être pas laiffe dans les leursaffez d’exemples de tous les moyens d’en compofer , je vais effayer quelques idées fur ce genre d’ouvrages. Il faut principalement diilinguer deux fortes de bas-reli,efs-, c’cft-à-dire , le bas-relief doux & le bas-relief (aillant ; déterminer leurs ufages , & prouver que l’un & l’autre doivent être également admis félon les circonflances. Sur une table d’architecture , un panneau , une colonne , un vafe , objets qui font cenfés ne devoirpoint être percés, & qui n’admettentpoint de renfoncement ; un bas-relief faiilant à plu- . fleurs plans , & dont les figures du premier fe-

roient entièrement . détachées du fond, feroit

’ le plus mauvais effet, parce qu’il détruiroit l’accord de i’archi.eâure ; parce que les plans reculés de ce bas-relief fu-p-’oferoient &feroientfent !r un renfoncement oii il n’y en doit point avoir ; ils perceroient e bâ iment , au moins à l’œil. Il n’y faut donc qu’un bas-relief peu fail an : , & de fort peu ce plans : ouvrage difficile par Tintelligence & la douceur des nuances qui en font l’accord Ce bai-relief n’a d’aurre effet que celui qui réfulte de l’architefture, à laquelle il doit être entièrement fuborcîonné. On doit entendre fans qu’ilfoitbefoindeledire.queley]( ;Vr & {sftyle doivent auflî concourir à l’union avec l’archiredure. Je ne parle ici que de l’effet réfnltant des faillies.

Mais il y a des places où le bas relief faiilant fera très-avantageufement employé , & où les plans & les faillies, loin de produire quelque défordre, ne feront qu’ajouter à l’air de vérité que doit avoir toute îmitarion de la nature. Ces places font crdinairemenr fur un autel , ou telle autre partîed’avchiteéiureque l’on fuppofera percée ou iuicepî^ble de renfoncement, & dont l’étendue fera fuffifamment grande , puifque dans un grand efpace, un bas-relief doux ne feroit aucun eff^et à quelque diftance. Ces places & cet- e étendue font l’ouverture d’un rhéâtre où le fculp teur fuppofe tel enfoncement qu’il lui plaît, pour donner à la fcene qu’il reprefente, toute l’action, !e jeu &i l’intérêt que le fujet exige de fbn art, en Je foumettant toujours aux loix de la raifon , du bon gôut & de la p récifion. C’efl . *ufli l’ouvrage par où l’on peut reconnoître plus S c u

aîrément les rapports de Wfadpturt ivèc la peilf> ture , & faire voir que les principes que l’une & l’autre puifent dans la nature, font abfolument les mêmes. Loin donc toute pratique fubalterne qui, n’ofint franchir les bornes delà coutume , mettroit ici une barrière entre l’artifte & le génie. Ceux qui penferoient que ces fortei de bas-reliefs produ-ront da papiilotage, ignoreroient les moyens du fculpteur intelligent pour l’éviter ( j ).

Parce que d’autres hommes , venus plufieurj fiécles avant nous, n’auront tenté de faire que quelques pas dans cette carrière, nous n o ferions en faire plus ! Les fculpteurs anciens font nos miîtres, fans doute, dans les parties de l’art où ils ont atteint la perfetiion-, mais il faut convenir que, dans la partie pittorefque des bas-reliefs, nous devons peu d’égards à leur autorité. On peut déployer beaucoup d’érudition pour prouver que les bas- reliefs antiques font une fource précieufe où nous devons puifer le coflumt des anciens Qui en a jamais douté’ Mais cette queftion n’a aucun rapport avec l’intelligence pittorefque, ou fi vous voulez fculpturale y dont il efl : feulement queftion ici

Seroit-ce, parce qu’ils oni : laiffé quelq ;ies partie’ à ajouter dans ce genre d’ouvrage, que nous nous refuferions à l’cmulat’on de le perfeflionner ?

Nous qui vraifemblablement avons porté 

notre peinture au delà de celle des anciens, pour l’intelligence duclair-obrcur,de la magie de la couleur, de la grande machine, & des refforts de la compofition, n’oferiins nous prendre le même effbr dans la fculpture ? Betnin , Le Gros, Alegarde, Melchsor Caff^a, Angelo-RofTi, nous ont montré, qu’il appartient au gôut & au génie, d’étendre le cercle trop étroit que les anciens ont tracé dans leurs bas-reliefs. Ces grands artifles modernes fe font affranchis avecfuccè» (i) M. Dandré Bardon a donné , en iy6% , cinq ans après que ces Réflexions entent paru poifr la première fois, une excellente idée de ces bas--ieliefs. Voyez fon EJfai fur la Sculpture , p. 4.8 , 4.9 Se 50. Mais ne liiez qu’avec précaution la page 54 : l’enthoufiafnie patriotique l’a diftce. 11 s’agit de l’étonnant Puget & de fon bas-relief d’Alexandre viCtant Diogene : ouvrage fuprême dans pinfienrs parties d’exécution , mais abfolument faux dans l’intelligence du bas-relief : ce n’eft que du papiilotage. Refpeâons les erreurs fublimes , & tolérons auflî les erreurs honnêtes , fur-tout quand elles font compcnfees. Lifez la fuccinfte , mais jufte defcription du bas-relief d’Alegarde , dans l’ouvrage de M. Dandjté, p. 55. (i’«W de l’Auteur. )

Nous avons cru devoir placer dans ce Diôionnaîr«  les defcriptions que Dandré Bsrdon a faites , avec beaucoup d’exaftitude 8c d’un ftyle pittorefque , des plus célèbres bas-reliefs modernes. Voyez , à Farticle Scblï-TEURS, les vies de l’Algarde , ke le Gros, du Puget , d’Angelo Rofli & de Cuiliautnc Couftou. {A’oH <fc RédaâeuT. ) s c u

[ffune autorité qui n’eft recevable qu’autant qji’elle eft raifonnable.

f . Js. n’introduis donc aucune nouveauté, puifque je m’appuye fur des exemples qui ont un fuccès décidé. Après tout, fi mon opinion fur le bas-relief étoit une innovation ; comme elle j tendroit à une plus jufle imitation des objets j naturels , fon utilité la rendrait néceflaire. Je ne veux laifTer aucune équivoque fur le jugement que je porté des bas-reliefs antiques. J’y trouve, ainfique dans les belles ftatues, la , grande manière dans chaque objet particulier, & la plus noble {implicite dans la compofition. ■ Mais quelque noble que foit cette compofition , elle ne tend en aucune forte à l’illufion d’un I tableau-, & le bas-relief y doit toujours prétendre, puifque cette illufion n’efl : autre chofe que l’imitation des objets naturels. . Si le bas-relief eft fore l’aillant, il ne faut pas craindre que les figures du premier plan ne puiffent s’accorder avec celles du fond. Le fculpteurfaura mettre de l’harmonie entre lei moindres faillies & les plus confidérables : il ne lui faut qu’une place, du goût & du génie. Mais il faut l’admetre cette harmonie, il faut l’exi-I ger même , & ne point nous élever contre elle , I parce que nous ne la trouvons pas dans certains bas-reliefs antiques.

Une douceur d’ombres & de lumières monotones qui fe répètent dans la plupart de ces ou- ■ vrages , n’eft point de l’harmonie. L’œil y voit des figures découpées, & une planche fur laquelle elles font collées ; & l’œil eft révolté. Art divin de percer la toile, ne franchiras-tu jamais cette barrière infipide qui ne doit les admirateurs qu’à fon ancienneté ?

Afin qu’on ne croie pas que je fabrique une chimère qui n’a de réalité que dans mon imagination , je prouverai que cette admiration mal •entertdue, a une exiftence plus réelle. Il y a plus d’un fiécle qu’elle fut foutenue dans notre académie par un de (es redeurs ( i ). Après avoir parlé des bas -reliefs où les plans feroient obîèrvés félon la dégradation naturelle, & après les avoir blâmés , il dit : « Cet ordre de basrelief, quoique naturel, n’a aucun rapport » avec les bas-reliefs des iculpteurs anciens, » qui n’ont voulu faire aucune figure inutile ni » perdue par la diftance éloignée d’où on les » doit voirj & c’eft avec jufte raifon qu’ils y » ont tenu leurs figures, tant celles de devant » que celles de derrière, les plus grandes qu’ils » ont pu , afin de les faire paroître & de bien » faire Connoître tout le fujet de l’hiftoire avec » peu défigures, de la diftance dont elles doivent ( 1 ) Conférence manufcrite du 9 Juillet 1673 1 f’"' l’ordre que le fculpteur doit tenir pour faire les bas-Mliefs félon les antiques , pai M. Ansuiei , Sculpteur. ^Nott de l’Auteur. )

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  • être regardées ». Il conclut, après quelques

autres obfervations , que a. Les figures feront » peu différentes de leur hauteur, & prefque » d’une même grandeur ; qu’étant ainfî , il n’y » aura rîen de perdu ». Ce fculpteur raifonnoit Jout jufte comme ces enfans qui ne favent danfer que du côté de la cheminée, & qui fonc fort fots quand il faut danfer ailleurs. Exemple humiliant de l’aveugle routine (i). D’habiles artiftes cependant pourroient penfer, qu’un bas-relief ne doit avoir d’autre prétention , que celle d’un deflin rehauîTé d’uti peu d’ombre pour y faire appercevoir quelques faillies , & l’idée de prétention à un tableau peut leur paroître outrée. La raifon qu’on en donneroit peut-être, feroit le peu de réulT’te qu’ont eue ces fortes de ba -reliefs, lorfque quelques-uns de nos fculpteurs les ont tentés Mais auroit-on bien examiné fi ce défaut vient de l’art ou de l’artifte ? Le beau bas relief d’At* tila par l’Alegarde, eft-il dans ce cas ? Les basteliefs des élèves qui concourent au prix , n’ont-ils pas le fufFrage de l’académie , qiand aux autres parties, ils favent réanir l’in-elligence heureufs des plans variés avec fageffe, c’eftà-dire, autant que la fculpture doit 1p permettre, fans aller jufqu’à une prétendue liberré, qui choqueroit bien plus qu’elle ne leroit illufion ? Car je n’appro[tY€ pas que l’artifte fe livre à un beau rêve que les fpeftateurs ne pourroient pas faire avec lui.

Nous avons quelque part au vieux -louvre un grand bas relief de marbre, fait par un de nos très-habiles fculpteurs. Le principal goupe, qui confifte en deux figures, eft fort Taillant, ( I ) C’eft vraifemblablement cette idée faulTe d’un bas-relief , qui a fait dire à un voyageur Fta.çois, ea parlant de notre comédie de Paris ; quatre eu cincf adcars ranges à la file fnr une même ligne , comme an bas-relief au devant du théâtre. Voyage d’un François en Italie, Tom. VIII , page 211. Pourquoi ne l’aucoit-il pas dit ! M. Mariette croyoit bien, lui, que les fculpteurs modernes qui ont obfervé des dégradations & det dillribmions de plans, ont mis figuré fur figure, 8c or.t formé des grouppes qui fe développcit to jours mal dans li fculpture en bas-relief, ou il taut tâcher , dit-i’ , autant qu’il eft poflîble, que les figures fqient ifoiees. Il ajoute que les anciens, mieux confcillés que les modernes , ne fe font prefijue jamais écartés de cette louable pratique. (Traité des Pierres gravées , Toœe I , page 83. )

Cependant à la page 40 du .même volume , il blâme les peintres anciens de n’avoir introduit dans leurs tableaux qu’un petit nombre de figures , prefque toujours ifolées I Èf difpofées fur un même plan , & loue Ic«  modernes d’être à cet égard , fort au dejjjis des ancieiis. Pourquoi doijc lefufec-il ici aux faifeurs d basreliefs l’art enchanteur de la compofition ! Le’peintre a bien fait d’étendre la fpKère de foi art, le ftamaire fait mal d’étendre la fplièie du f en , eft un ra-foinement qu’on doit rougir d’avoir produit , fur-tout <^iiR.à ofl enfcigne, CNod de i’Autenr.)

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S G U

faivs harmonie, fans dégradation , tfe fans qu il y ait aucun objet qui y conduile avec intelligencei on appeiçoit feulement fur le fond, des figures prefque invifibles. Ce bas-relief efl- l’ouvrage foible d’un rrés-favant artifte , ( le Puget ) qui a rifqué un genre qu’il n’avoit pas érudie , & < ’ qu’il nefentoit pas Son exemple feroit doncaffez mal choifi, fl on vouloir s’en prévaloir pour blâmer la force de bas-reliefs dont je parle , puifqu’illui’efr entièrement contraire. Ce feroit dire à- peu-près , il faut renoncer à faire des Odes , car celle de Boileau fur la prife de Namur n’a pas réuflî.

Ce feroit mal défendre la caufe des bas-reliefs antiques, fi on difoit , que ce fond qui arrête fl défagréablement la vue , efï le corps d’airfcrein & dégagé de tout ce qui pourroit embar.-afler les figures ; puifqu’en peignant ou deflinant d’après un bas-relief , on a grand foin de tracer l’ombre qui borde les figures, & qui indique fi bien qu’elles font collées fur cette planche qu’on appelle fond , on ne penfe donc pas que ce fond foitle corps d’air. Il cfl vrai que cette imitatior ; ridicule efl obfervée pour faire connoître que le delun efl : fait d’après de .fculpture. Le Iculpteur eft donc feul blâm.able d’avoir donné à Ion ouvrage un ridicule qui doit . être repréfenté dans les copies, ou les imitations qui en font faites.

Dans quelque place & de quelque faillie que fuît le bas-relief, il faut l’accorder avec l’architeifture, & que le fujet, la compofition & les (iraperitjs foient analogues à fon caraûère. Ainfi,lamâle aufterité de l’oidre T.ofcan n’admettra que des fujets & d^s compofitions fiiaples ; les vêtemens en feront larges & de fort peu de plis : mais le corinthien & le compofite de.mandent de l’éiendue dans les compofitions, du jeu & de la légèreté dans les étoffes. De ces idées, générales je paffé à quelques obfervations particulières.

La règle de compofition & d’effet étant la même pour le bas-relief que pour le tableau, les principaux adleurs occuperont le lieu le plus intéreffant de la Icene , & feront difpofés de manière à recevoir une maffe fuffifante de lumière, qui attire , fixe & repefe fur eux la vue , comme dans un tableau , préférablement à tout autre endroit de la compofition. Cette lumière centrale ne fera interrompue par aucun détail d’ombres maigres & dures , qui n’y produiroient que des taches, & détruiroient l’accord. De petits filets de lumière qui fe trouvtfolent dans de grandes malTes d’ombre, détruiroient également cet accord.

Point de racourci fur les plans de devant-, principalement, fi les extrêm’îcs de ces tacourcis fortoient en avant , ils n’occafi-onneroient que des maigreurs infupport,ible». Perdant de icur longueur naturelle , ces parties feroient S Q^3

hors de vraîfemblance , & paroltroîent des ehé^’ villes enfoncées dans les figures. Ainfi,pourre point choquer la vue , les membres détachés doivent, autant qu’ilTera poflîble , gagner les fond :. Places de cette manière, il en réfultera un autre avanrage- : ces parties fe foutiendront dans leur propre maffe , en oblervant cependant que lorfqu’elles foîit détachées, elles ne foient pas trop adhérentes au fond ? ce qui occafionneroit une difproportion dans les figures, & une fauffeté dans les plans.

Que les fij^i.jres du fécond plan , ni aucune de leurs parties, ne Ibient aufli faillantes ni d’une touche aufil ferme , eue celles du premier ; ainfi des autres plans félon leur éloignement. S’il y avoit des exemples de cette égalité de touche, fuffent-ils dans des bas-reliefs antiques, il faudroit les regarder comme des fautes d’intelligence contraires à la dégradation que la difiance, l’air & notre œil, mettent naturellement entre nous & les objets. Dans la nature, à mel’ure que les objets s’éloignent, leurs formes deviennent à notre égard plus indécifes : obfervation d’autant plus effentielle , que dans un bas-relief, les diftances des figures ne font rien moins que réelles. Celles qu’on fuppofe d’une toife ou deux plus reculées que les autres, ne le font quelquefois pas d’un pouce. Ce n’eft donc que par le vague & l’indécis de la touche, joints à la proportion diminuée félon les règles ds la perfpeâive, que le Iculpteur approchera davantage de la vérité & de l’effet que préfente la nature. C’eft aufll le feul moyen de produire cet accord que la fculpt’un ne peut trouver & ne doit chercher, que dans la couleur uniqu» de la matière.

.11 faut fur-tout éviter, qu’autour de chaque figure il règne un petit bord d’ombre également découpée, qui en ôcant i’illufion de leurs faillies & de leur éloignement refpeflif , leur donneroit encore l’air de figures applatics les une* fur les autres , &’ enfin collées fur une planche. On évite ce défaut en donnant une forte de tournant aux bords des figures , & fuffifamment de faillie daiis leurs milieux. Que l’ombre portée d’une figure fur une autre, y paroiffe portée naturel ;em.ent, c’eft-à-dire, que ces figures foient lur de- : plans aff<=z proches pour être ombrées l’une par l’autre , comme fi elles étoient naturelles. Cependant il faut obferver, que les plans des figurer principales , fur-tout de celles qui doivent agir, ne foient poinr confus, mais qu’ils foient affez diftinâs & liiffifaniment effacés, pour que les figurer, puiffeni aifément fe mouvoir. Lorfque , par !bn plan avancé , une figure doit paroître ifolée & détachée des autres, fans l’ê ;re réellement, on oppofe une ombre derrière le côié de fa lumière, & s’il fe peut , un- clair. derrière fon ombre : *noyen heu-^ reux , que préfeme la nature au fculpteur connni s C If

au peintre, pour donner le mouvement & la dîf-I

tance aux objets.

i Si le bas-relief eft de marbre, les rapports i avec un tableau y feront d’autant plus fenfiblcs ,

que le fculpteur aura varié les travaux des dif •

jférens objets. Le mat, le grenu, le poli, em-Iployés avec intelligence, ont une forte de pré-Jtention à la couleur. Les reflets que renvoyé le Ipoli d’une draperie fur l’autre, donnent de la i légèreté aux étoffes, & répandent l’harmonie fur la compofition.

’ S’i l’on doutoit que les loix du bas-relief fuffent les mêmes que celles de la peinture , qu’on choififfe un tableau du Pouffin ou de le Sueur , & qu’un habile fculpteur en fade un modèle : iOn verra fi l’on n’aura pas un beau bas-relief. Ces maîtres ont d’autant plus rapproché la fculpture de la peinturé, qu’ils ont fait leurs fîtes toujours vrais, toujours raifonnés. Leurs figu-. ires font , en général , à peu de diftance les unes dès autres, & fur des plans très-juftes : loi riigOHreufe , qu’on doit obferver avec la plus fcrupuleufe attention dans un bas-relief. Enfin, je ie répète, cette partie de l-afculpture eft la preuve la moins équivoque de l’analogie qui efl entre ■elle & la peinture. Si l’on vouloir rompre ce ^lien , ce feroit dégrader z fculpture, & la reftreindre uniquement aux ftatues (i) ; tandis que la nature lui offre, comme à la peinture, des

tableaux. Ceux des leûeurs à qui cette dénomination

ne feroit pas familière, pourroient conful-Iter’Vafari & d’autres écrivains Italiens ; ils I verroient qu’un bas-relief efl nommé qitadro, (terme qui, ainfi que tavola, fignifie tableau. ïLesItaliens difent depuis plus de 300 ans, un quadro dl haJforiUevo , un tableau de bas-relief. ■■ Ne méritons pas le reproche de rétrécir , d’ap-

pauvrirun art que nos maîtres nous ont tranfmis

avec l’idée de fon étendue, & difons, fans en-S c u

$%l]

( !) M. Dandré Bardon, dans une petite note, p. 5 ,

’ : Effai fur la. Sculpture , dit : Ce terme ( ftatiiaire ) , loin de rétrécir l’idée que l’on, donne des fculpteurs , ne fcrt qu’à lut prêter une plus grande étendue. Comme la ’ laifon de cette étendue, fondée liir le tnoz fiatuaire ,

n’eft pas rapportée , je ne puis la deviner. Ainli je fiiis 

■ obligé de croire , jufqu’à ce jour , que le nom dejldtuaire

! venant ieftare , être debout , s’airetei , défigne celui qui 

fait une figure qui a l’air de s’arrêter on elle eft. Je laiiTe ■ au lefti ur à juger, iî l’artifte cpii repréfente un fujet en

! mouvement , quelquefois même en mouvement^ très- 

,’ rapide , une machine , en un mot , qui paroît a^iffante , i iie pourroit pas dire que le nom de ftatuaire , loin de

! fréter à fon talent l’idée d’une plus grande étendue , ne 

. fait qu’en rétrécir l’idée. Mais ne chicanons point fur les mots ; difons fculpteur ou fiatuaire, & mettons du aiouveraeni ou il en faut.

f, Pline entend par ftatuarius ’, l’artifte qui fait dés figu- • les de métal fondu ; & par fculptor, celui qui en fait de , marbre avec le cifeau. 3N~ous n’obfervons pas^ cette i diftinâion, parce qu’il faudroit changer de- nom à cha-’ qile ouvrage de 1 une ou l’autre de ces deux matières uand nous Us employons, ( Note de l’Auteur. ) trer dans plus de détails, qu’à la couleur près, un bas-relief faillant, eft, en fculpture , un tableau difficile. Mais quelle que fou fa difficulté & même fa réufllte, je ne pretens pas dire qu’il falTe la même illufion que la peinture . je fuis feulement, & intimement perfuadé, qu’il doit emprunter d’elle, ou plutôt de la nature, tous les moyens qui lui font favorables, &qui peuVenï l’aider à jetter le plus d’intérê : poflîble dans fa compofition. C’eft fouvent ennes’expiiquant pas affez , qu’on pourroit, contre fon intention , donner lieu à la méprife & à des imputations qu’on n’auroit pas méritées.

DRAPERIES.

Il me refte à examiner une partie de {a.fculp’ ture fur laquelle les artiftes ne font peut-être pas bien d’accord ; partie aulTi intérefTante qu’elle eft difficile : c’efi : l’art de draper. Je fuppoiè qu’un ilatuaire épris .de la Cmplicité des belles drapperies antiques, & révolté contre quelques bizarreries ingénieufes du Bernin, adopte uniquement le ftyle des plis antiques ; & qu’un autre ftatuaire, voyant tous lesi genres dans la nature, fe croie permis, comme fon imitateur, de les repréfenter tous : i[ femble que ces deux fyflêmes, qui paroiffent s’exclure, peuvent être égalemeat avantageux à la fculpture, & que ce feroit lui préjudicier, fi l’un prévaloit fur l’autre. N’en feroit-il pas des ans d’imitation comnie des langues, que l’on apauvriroit, en en retranchant des mots qui feroient les feuls fignes lepréfentatifs de cer- % taines idées ? Si l’on ôtoit à la fculpture des moyens d’imitation, ne l’apauvriroit-on pas auffiî II ne s’agit donc que de profcrjre ce qui feroit ou froid, ou pefant, ou extravagant, ou déplacé.

Les draperies qu’on appelle mouillées, fon-e d’un très-bon ufage dans [s. fculpture, où ctanc employées- fans affedation , fans maigreur, félon le fujet & l’à-propos, elles laiffepc voir les mouvemens du nud, en rendent les formes plus fenfibles, moins embarraffés , & conféquemment plus intércffantes.

Les fculpteiits Grecs, afFeflés de la beauté du nud , drapoient avec des étoffes fi fines , qu’elles paroiflbient mouillées, & quelquefois collées fur la peau. Leurs mœurs, leur climat, leur façon de fe vêtir, les étoffes dont ils s’habilloient, accoutumoient leurs yeux à ces objets, & formcient leur goût. Le vêtement des femmes de l’ifle de Cos eioit une gaze fi tranfpaiente, que le nud fe voyoit à travers ; & les fculpteurs de la Grèce fe régloient fur ce vêtement pour faire leurs draperies (i). Mais comme (ï) Winckelmana aiTttie qu’il s’eft confeivé autant dg 582

s c u

la fculptun a toute la nature pour objet d’îmîtation, &. que la nature a des beautés de plus d’une efpèce , pourquoi un fculpteur s’aflerviroit-il à une feule manière de draper, employée félon les temps, les climats & les circonftancps /

Les grands fculpteurs modernes , tels que François Quenoi, Puget , Alegarda, Rufconi , Le Gros, Angelo-Roin , Sarrazin , &’ Bernin quelquefois, tonc voir quelles beautés les étottes larges & jftttées de grande manière, produifent dans la l’culptute. Les anciens fculpteurs le font voir aulFi , mais rarement : enlbrte pourtant qu’on pourroit faire la critique du gpûc exci ufif des petites draperies antiques, par des draperies larges du même tems, comme celle du Zenon au Capitole , celle de la petite Flore du même palais, dont les plis font ordonnés avec la chaleur des plus brillantes étoffes ; celle du Sardanapale, au ^/i/œj^m Clémentin, Se celle de Marius, à la Fitla Negroni. Dans les obfervations que l’on pourroit faire fur les draperies des anciens, il ne faut pas confondre le travail avec l’ordre & ; le choix des plis. Si le travail en eft quelquefois fans goût, fans intelligence & fans vérité, l’ordre & le choix en font prefque toujours favans , & propres à donner les plus fublimes Irçcns.On voit dans la belle copie d’après l’antique , faite par Le Gros , aux Tuileries, l’effet que produifent les draperies antiques, lorfqu’elles font traitées dans le vrai de la nature. Tous les artiiles qui ont vu l’original de cette figure, lavent jufqu’à quel point fon exécution eft inférieure à la copie ; mais entre les mains d’un grand flatuaire , nous voyons ce que deviennent les plis antiques. La belle exécution des figures de la Fontaine des Innocens, montre encore l’emploi heureux qu’on en peut faire. Ces figures font des Nymphes , & cette forte de draperie leur convient.

Ofons avouer que les anciens ont fouvent négligé l’étude de cette partie ; mais ils perdent peu de chofe en comparaifon de ce qu’ils nous ont laifle à admirer. Aucun fcuipteur ne doit Ignorer aujourd’hui, que le cifeau réuffit très-bien dans la variété du travail que demandent les ’ différentes étoffes. Quelles qu’elles f-ient , obfervons que l’elpace & la quantité des plis ne foient pas égaux ; que leur faillie oc leur pro fondeur, qui produifent les ombtes, foient harmonieui’ement cariées : fans quoi l’œil fera fatigué d’une monotonie, telle qu’on la remarque t dans les draperies de la Fiimille de Niobé , où ftatues antiques de femmes vêtues d’étoffes de laiac, que de ftatues aipiftées de draperies légères , & qu’on y . reconnoit aifément le drap à l’ampleur Si à U lucltuie de fes plis. ( Heu du Rédacisur, ) S C U

les plîs, fans intelligence dans la dîftrîbutîon^ fans vérité dans l’exécution , fontaflez femblables à des cordes , des copeaux , ou des écorces infipidement arrangées. L’harmonie pÙ aufli néceffaire dans Izfculpture, que dans la mufîque : les yeux ne font pas plus indulgens que les oreilles (i).

Que les plans de chaque pli foient donc difpofes de manière à ne produire aucun angls aigu de lumière ou d’ombre, qui en fe découpant durement, choqueroit la vue, détruiroit le repos des chairs ; & femblable aux figure» Gothiques, ne préfenteroit que desdétails défunis : défaut qui affoiblit , étouffe même les beautés réelles d’un bon ouvrage. Mais il faut profcrire les draperies voltigeantes ; elles interrompent l’union , divifent l’intérêt, fatiguent l’œil, & empêchent de voie l’objet principal : excepté pourtant les fujets 8c les adions où elles doivent être néceflairement agitées , comme Ja chute d’Icare , Apollon pourfuivant Daphné, &c. Alors , traitées avec beaucoup d’art tk de légèreté, ces draperies ajoutenc à l’intérêt & à la vérité de l’adion. Dans un bas-relief, elles s’eniploient aufli avec fuccès pour étendre des lumières & des ombres, lier des groupes, & fervir utilementà l’agencement d’une compofit’on. Mais fi elles font traverfées en fens contraire par une multitude de caffures, comme on en voit dans quelques ouvrages de Bernin, alors elles ont l’air de rochers, & détruifent abfolument le repos & l’accord.

Si ces principes font fondés fiir le goût & fur la nature , il en réfulte qu’un fculpteur en les fuivant, pourroit s’élo ener de quelque fyftême particulier. Mais que lui importe.’ li doit l’avoir que dans les arts , la recherche du vrai ne connoît point d’autorité particulière. Qu’il ait le courage de travailler pour tous les tems & pour tous les pays.

J ai dit que l’ordre des plis antiques eft propre à donner les plus fublimes leçons. Il faut donc, pour fe former le goût de dtaper dans les meilleurs principes, confulrer les draperies antiques, telles qu’elles font exécutées, préférablemenl : à certaines draperies modernes, plus larges & moins froides en général. Cette étude doit être même regardée comme auffi néceffaire pour le drapé , que l’étude de l’écorché pour le niid.

Ces principes, une fois reconnus, font ap- (i) Vitruve nous conte fort férjeufement , que les caBeluies furent ajoutées- aux colonnes , pour imiter les plis des robes que poitoient les dames : TruncC que Toto jtrias , ati Jlolarum rugas , manonali more dimiferunt , 1. 4 , c !. Les ftatuaires l’ont bien rendu aux architeâes, quand ils ont fait leurs plis femblablçj aux cjuelmcs des çoloanes, ( Note de l’Auteur, ) s G

^l’eihUs à tous les ftyles ; & la nature , quî ne perd jamais fes droits , offrira toujours des variétés & des leçons avantageufes au feulpteur qui aura pris dans l’antique un prëfervatif contré l’abus des différentes manières. J’ai ditauffi, que les mœurs, le climat, les Vêtemens des Grecs, étoient la cdufe de leur goât de draperies ferrées. Il ne faut donc pas s’étonner fi les draperies larges n’auroient pas toujours réulfi à leurs yeux. C’efl par la même raifon qu’on en Voit peu dans leur peinture. La noce Aldobi-andine, peinture ancienne, efl coinpofée & drapée précifément comme les flatues & les bas-reliefs du même teras.

Nous avons un fujet de Coriolan , gravé d’après une peinture antique trouvée dans les thermes de Titus, dont les figures font très-fymmétriquement arrangées ; l’ordre & le goût des plis y font traités comme dans les ftao^es , antiques. " ^ ^

Les peintures & les fcuîptures trouvées a Her- 

■ culanum, font d’un même flyle.

Si l’on avoit encore des doutes fur la réufifite des draperies larges , on pourroit voir, pour fe raffurer, les figures de Le Gros, de Rufconi, d’Angelo-Roffi , qui font à Rome dans

Sâln
-JeandeLatran-, le Saint- André de François
Flamand , dans Saint-Pierre, la Sainte-Théi

refe du Bernin , dont l’habillement de carme- . lire paroîtroit fe refufer à l’effet & au jeu d’une draperie qui annonce les mouvemens divers du I corps humain : en un mot, tant d’autres figures,

dont les draperies larges font unanimement admirées.

Si ces fculpteurs avoient fervilement

imité les anciens , Se qu’ils n’euffent ofé eflayer
quelque chofe d’eux-mêmes, de combien de

. beautés ne ferions-nous pas privés ? » Ce qui i » efl aujourd’hui fort ancien , fut autrefois » nouveau , pouvoient-ils dire avec Tacite , & » ce que nous faifons fans exemple , fervira i I» d’exemple ». Annal 1. i i. c. 2.4. 1-’ {Article de M. Falconet y Recleur de V Acadèmie Royale de peintu- e & fcu-pmre de Paris,

honoraire de l’Académie îmiériale des beauxl 

arts de Saint-Fétersboûrg. )

ScviPTURE. Le plus grand nombre des . principes établis dans l’article précédent efl : inconteflable & confacré ; mais on y trouve auffi quelques opinions qui partagent les artifles & les juges de l’art , & nous croyons ne pouvoir refufer, dans ce didionnaire, une place à ceux qui foutier.nent des opinions contraires. Nous fommes même obligés à cette impartialité, parce qu’un dictionnaire de l’art, doit offrir des aii-Kiens & des principes divers à ceux de^ jeunes artifles que leur goût & leurs difpofitions naturelles entraînent à des manières différentes i’envilager cet art & de l’exercer C’eft une •arrière où plufieurs fentiers , afi’eétant une di-S G ¥

î8î

feftîon différente, aboutiffent à la gloire. Après avoir entendu, fur z Jculfture , «un fculpteu^ célèbre qui veut faire partager à fon art quelques uns des avantages qui ièmbleirt réfervés à la peinture, écoutons, fur le même art, un célèbre peintre qui veut que la fculpture i’s renferme dans les qualités qu’il croit lui être feules accordées. Ainfi les jeunes fculpteurs que la nature appelle à fuivre principalement le goût aufîère des anciens , & ceux qu’elle de( ?i tine à fé livrer principalement au goût pittorefque des modernes , fuivront avec d’autant plus d’ardeur & de.fécurité leur penchant, qu’ils reconnaî ;ront que de refpeâables autorités leur font favorables, & l’art ne perdra pas des fujets dont un goût exclufif tendroit aies priver. S’il falloir cependant afligner un rang à ces deux ftyles, ians doute le ftyle auflère, donc les Grecs nous ont tranfm’is de lî beaux exemples, devroit obtenir la première place : mais il ne faut pas oublier que ce ffyie devient froid , s’il n’elf pas accompagné de la haute beauté, de la grande perfeclion.

Mon delTein.dit M. Reynolds dans fon dixième dilcours , dont nous allons tranfcrire la plus grande partie ; mon defl’ein efl : de faire aujourd’hui quelques reflexions i’arlzjlulpture, & de confldérer en quel & comment les principes de cet art le rapprochent ou différent de ceux de la peinture ; ce qu’il efl en fon pouvoir d’exécuter , & ce qu’il tâcheroit en vain d’entreprendre, afin que l’on fâche d’une manière claire & diftinfte quel doit ,être le grand bac des travaux du fculpteur.

Lzfculpcicre eft un art beaucoup plus uirtforme que la peinture ; il y a même une infinité d’objets pour’lefquels il ne peut-être employé d’une manière convenable & capable de produire de bons effets.

L’objet de la fculpture peut-être exprimé en deux mots ; la torine & le cafaélère , & ces qualités ne peuvent être rendues que dans un feiil ftyle. Ci) tand.s que les reffources de la peinture, plus variées & plus étendue,^, permettront par conféquent d’employer une plus grande diverfité de manières. Les écoles Romaine, Lombarde, Florentine, Vénitienne, Francoïfe, & Flamande , tendent toutes au miême but par des moyens différens.

(1). Ge n’eft pas qu’en effet, chaque fculpteur. n’ait fo’n ftyle particulier ; mais qui doit rentrer dans le genre qu’on 1 nerngie grand , févere , noble , pur. Des ouvrages de I fcul^ure , traités dans le ftyle de Michel-Ange de Cz- ] ravage , de Jordaens , de Rembrandt &c même de Luca ■ Gioidano , ne feroiciit aucun plaiûr , paice que la fculp-I ture ne reprefcarant que les formes , Se ne les relevant pas du charme de la couleur , perd tout fon mérite , i quaud elle offre des formçs qui n’ont point d ? beansé>

(Nati du Réduéîenr. ) 384 s c u 

^. Mais la fçulpture, réduite à unfeul flylc, ttè peut avoir (ie rapport qu’avec un des ilyles de la peinture, & ce ftyle eft le plu> noble dont la peinture puifle le glorifier. Le rapport de ia Jculj7ture avec Ja peinture , confidérée feulement dans le ftyle noble, eft fi intime, qu’on peut dire que les dîux arts ont à-peu-près la même manière d’opérer far des matériaux différens. Des fwulpteurs du fiècle dernier font tombés dans plufîeurs erreurs , faute de n’avoir pasconfidéré fuffifamment cette diflinftion des différens ftyles de la peinture (i).

Il eft permis aux fculpteurs d’imiter l,e grand ftyle de la peinture, ou d’y puifcr du moins des. idées pour le perfeftionement de leur art, mais ils ne peuvent en agir de même avec le fiyle d’ornement ou d’apparat. Lorfqu’ils cherchent à imiter les effets pittorefquei , les contraftes , ou les beautés de détail de quelque efpèce que ce foit, donc on peut faire ufage avec fuccès dans les branches inférieures de la peinture, ils s’imaginent, fans doute, améliorer leur art par cette imitation, & en étendre les limites ; mais ils ne font en effet que détruire fon carattère effentiel, en fe propofant un objet auquel en effet cet art ne peut atteindre, tk qui eft d’ailleurs fort au defîbus de celui dans lequel il do*t fe renfermer.

La perfeâion de chaque art confifte à rem> pljr fon but. On doit s’oppofer hardiment à toute innovation contraire à la grandeur des idées qu’un an eft capable de faire naître ; à toute innovation qui tend à fe propofer dans la nature pour obje ; d’imitation ce qu’on ne peut que fauffement imiter, & qui favorile la petite ambition de produire des effets pittooelques & des iilufidns auxquels les moyens de l’art lui refufent de parvenir.

Si l’on veut que ce foit dans le talent de tromper les yeux que conflfîe la perfeâbion de a fculpture ^ il faut donc, fans aucun autre examen, pour favorifer cette abfurde prétention, procurer à cet art la reflburce barbare de la couleur : en effet, elle contribuera plus efBcacement à rendre l’illufion complette, que tous les artifices qu’on a imaginés jufqu’ici , & qu’on a tâché d’autoriler fous prétexte de donner plus de vérité aux produiElions de l’art. Mais comme la méthode de colorier les ouvrages àe fcuiptu-re eft généralement rejettée, toute pratique, contre laquelle on peut faire la même objecii <3n , celle d’4tre étrangère au but de œt art , doit l’être également.

(v) Entre ces fculpteurs eft le Bernin qui , fuivant M. Reynoids , n’a pas bien compris que la peinture mêine dans le genre de l’hiftoire , a deux ftyles : l’un qu’on peut appeller le fiylc févère , & l’autre le fiyle ■pittorcfqiie ou d’apparat, & que le fremiet convient feu ! à la fculpture. {Note 4u ^édudtur. ) S eu

Sî le but de Wfculpture éroit de procurer du plaifi.- à l’ignorance, & d’amufer unqoemenc le fens de la vue, la Venus de Medicis , gagneroit beaucoup fans doute à être coloriée : niaiff la fcidpnire a fon ca atlcre q ;i h.i eft propre, caraaère grave & au"ère, q li l’obi ge à produire un char.ne diffcr^n’. Un pourroit ajouter même que f-n cara-lèrs - ft d’un genre plus élevé, pLiifqu’il confi :e dans l’imi ation de la beauté par :aite. Le churme qu’elle produit eft un plafir vraiment incellecti e , & il fe trouve , à beaucoup d’egirds., incompatibie avec le plaifir qui tient uniq..ement aux Ions, & que procure aux efir.is gnor .ns de fuperficiels le fpeiSacle des fo’mcs qui n’ont que de l’élégance, làns avoir de la beauté. Il eft permis au fcuiptejr de mettre hardfment en œuvre tous les m lycns qae lui rosirnix foW art pour produire la ibrte d’illufion qui lui eft accordée ( 2) : mais il ne lui eft pas permij d altérer par cette pratique les parties plus fublimes auxquelles il doit s’attacher. Il faudra qu’il convienne, malgré lui , que depuis longtemps, les limites de ion art font fixées, & que ce feroit envain qu’il oferoit le flatter d’ateemdre • à une plus haute perfeflion que celle qu’on admire dans les chefs-d’œuvre qui nous reftent de l’antiquité.

L’imitation eft le moyen*, & non le but de l’art : le fculpteur s’en iert comme d’un idiome par lequel il fait comprendre les idées à l’efprit du fpeâateur. La poefie & l’éloquence de tout genre employant des figures ; maii leur but n’eft pas d’employer ces figures, c’eft de fignifier par elles les idées qu’ils veulent faire coisprendre. De même le fculpteur employé la repréfentation de la chofe même, comme un moyen d’atteindre à un but plus élevé, celui de mon-, trer la beauté parfaite.

On pourroit même être tenté de croire que les formes qu’il employé , avec qi’elqu’exactitude, quelque précifion, quelque beauté qu’il les exécute, ne doivent être eilimées que relativement à une plus noble fin, celle de fignifier &c de rendre , par l’attitude des figures, le fentiment, le caraaère intérieur, & Its pallions des perfonnages qu’il repréfente. Mais l’expérience nous apprend que la beauté feule des formes , fans le concours d’aucune autre qualité, conftitue par elle-même un grand oU’ (3) L’illufion accordée à la/ra/ptarc ne v| pas jufqa’à faire prendre une ftaïue pour la nature elliî-mêhie , ni à imiter avec une matière qui n’a qu’une feule couleur , la nature coloriée. L’illufion dont il fûut qu’elle fe contente , eft de montrer des formes qui renemblent aux formes les plus belles de la nature , de repréfenter des e.’.prelfions qui imitent la vérité , de donner au marbre l’apparence de Ja mollefTe des chairs , de la feaneté des tendons, &tc, {Nott d>i RédcuHeur. ) Vf âge ; s eu

•rrage, & qu’elle exige, à jufle tïtre, notre eftime & notre admiration.

On peut produire comme une preuve de la grande valeur que nous attachons à la beauté des formes, la plupart des ouvrages de peinture & àe fadptUT e de Michel-Ange , & un nombre confidérable de ftatues antiques, qui jouiflent d’une admiration iuftement méritée, quoique d’ailleurs elles n’offrent pas un caradère bien déterminé ni une fort grande expreflîon. Mais pouy prouver plus fortement encore que la beauté feule des formes fuffit pour frapper l’efprit, i’obferverai qu’il n’y a jamais eu de

véritable artiite qui ait porté les yeux fur le torfe

fans éprouver le feu de l’cnthoufiafme , comme à la lecture de la plus fublime pièce de poëfie ; • A quoi cela peut-il être attribué’ Quel charme fecret y a-t-il dans ce fragment antique, & qui peut produire un tel effet, fi ce n’efl la perfeflion des formes idéales ? Un efpric ’.accoutumé à la contemplation de la beauté, i apperçoic dans ce tronc mutilé & dégradé ^//^

jecli memb ra poètœ , les vertiges du plus fublime

i génie, les reftes d’un ouvrage que les fiècles [futurs ne pourront jamais afl’ez admirer. j On dira, peut-être ,que ce plaifir n’efl : réfervé ïqu’àceux qui ont paffe toute leur vie dans l’étude 1 & la contemplation de cet art. Je répondrai I d’abord que toutes les perfonnes qui ne font .pas entièrement ignorantes dans les arts qui dépendent du deffin , pourroient également éprouiver les effets de ee morceau, fi elle.s vouloient , dépouiller toute idée d’y trouver aucune illu-

fion, & n’y chercher que ce qui s’y trouve

[véritablement, une repréfentation partielle de

!!a nature. J’ajouterai que , quoiqu’on en puifle 

idire, les perfonnes ignorantes en mufique ne |fentent pas toujours l’effet des plus beaux ouvrages de cet art , & qu’il faut une longue

étude pour appercevoir le butdes différentes com-

.binaifons des élémens qu’il emploie.

La fculpture efl un art borné en comparai-

■ fon de quelques autres arts ; mais il a néanmoins fes difficultés ,& , dans les limites qui lui font propres, il a des combinaifons nombreufes & très- variées.

L’effence de Va. fculpture confifte dans la correftion. Quand à la corredion des formes, fe .trouvent joints le charme de la grâce, la’no- ^bleffe du caraâère, & la vérité de l’expreflion , comme dans l’Apollon, la Vénus de Médicis, le Laocoon , le Mo5 :fe de Michel- Ange, & plufieurs autres ouvrages , on peut dire que cet ’art a parfaitement rempli fon but. Il eft difficile de déterm’ner par la théorie ce que c*eft que la grâce , & comment on peut l’acquérir ou s’en former une idée-, mais caufa latet, les efl notifjlma : on en apperçoit con- ^tinuellement l’effet, fans fe livrer à des recherches pénibles ; & quoique la grâce puifle lieaux-Ans. Tome IL

S eu

Bit

fe trouver quelquefois unie à l’încorreflion , on ne peut jamais prononcer qu’elle en foie une conféquence.

Je fais qu’on a fouvent cité le Cortège & le Parmefan pou.r prouver que la grâce eft, chez eux du moins, une fuite de l’incorreftion ; mais la moindre attention doit fuffire à convaincre que l’incorreftion de quelques parties que l’on remarque dans les ouvragés de ces deux maîtres , loin de faire naître la grâce, fert plutôt à la détruire.

Une Vierge du Parmefan que l’on voit avec l’enfant endormi & un charmant grouppe d’anges, dans le palais Pitti, eft rempli de grâce : mais cette grâce feroit encore plus parfaite & plus belle fi le peintre, au lieu d’avoir fait le cou, les doigts & les autres parties trop longues, & incorreftes, leur avoir donné leurs juftes proportions.

Mais pour nous renfermer dans des ouvrages àe fculpture , on a dit que l’élégance de l’Apollon dépend d’un certain degré d’incorreftion ; que la tête ne fe trouve pas placée entre les épaules, & que la moitié inférieure de la ftstue eft plus longue que ne le permet l’exafte proportion

Je puis répondre que la première de ces affertions critiques n’eft pas vraie d’après l’autorité d’un fort habile fculpteur de cette académie {l’académie royale de Londres) qui. a copié cette ftatue, & qui, par conféquent , l’a examinée & mefurée avec beaucoup de foin. Pour réfuter la féconde afferrion , il faut fe rappeller qu’Apollon eft repréfenté ici comme exerçant une de fes qualités particulières, la vélocité, & que, par conféquent, l’arcifte lui a donné les proportions les plus propres à faire naître l’idée da ce caraftère II n’y a donc pas plus d’incorre£lion dans ces formes fveltés , qu’il n’y en a dans les mufcles fortement prononcés de l’Hercule , qui fervent à lui donner le caradère de la vigueur.

La fuppofition qu’on peut produire la grâce par la difformité, eft un poîfon pour l’eTprit du jeune artifte , & peur le porter à négl-ger ce qui eft effentiel à fon art , la correélion du deffin, pour s’attacher à un phaniôme qui n’a d’exiftence que dans l’imaginât on déréglée de ceux qui prétendent trouver" partout de l’idéal & du fur humain.

Je ne puis quitter la ftatue d’Apollon fans vous communiquer une r flexion qu’elle m’a fuggérée. On fuppofe que ce dieu eft repi’é'enté au moment qu’il vient de décocher une flèche , contre le ferpent Python, & que la tête, un peu tournée vers l’épaule droite , indique qu’il eft attentif à l’effet qu’elle produit. Ce que je veux remarquer ici, c’eft la différence qu’on obferye entre cette intention du. dieu & celle G c c 326 S C U

du Difcobule qui attend aufli l’effet de fon difque.

L’air gracieux, négligé, quoiqu’aftimé de l’un, & i’emprefTement d’un homme vulgaire que montre l’autre , nous prouvent d’une manière évidente avec quelle attention judicieufe, & avec quelle fineffe d’efprit , les anciens fiatuaiies fàvoient indiquer le véritable caractère de leurs fiatues. Les deux artiftes dont il s’agit ici ont été également fidèles à la nature , & également admirables dans leur genre.

Il faut remarquer que, quoique les mots grâce, «araéîêre , exprèffîon aient différens fens & différentes fignifications , lorfqu’on les applique aux ouvrages de peinture , ils fervent indiftinctement à exprimer lamême chofe quand on parle ’ èe l fculpture (i). L’obfcurité qu’offre le fens de ces mots doit être attribuée aux effets peu déterminés do l’art même : car ces qualités font plutôt exprimées en fculpture par les formes & : par l’attitude que par les traits -, & ne peuvent par conféqu’ent être rendues que d’une manière fort générale.

Quoiqu’il y ait peut-être plus d’exprefTion dans le grouppe da Laocoon & de les deux fîls , que dans toute autre ftatue antique , ce n’eft cependant que l’expredion générale de la douleur , & cette affefiion eft plutôt exprimée par le gonflement extraordinaire des mufcles & les convulfions du corps , que par les traits de la phyfionomie.

On a obfervé, dans un ouvrage publié il y a quelque temps, que fi l’ame du "père eût été plus occupée du malheur de Tes enfans que de fa propre douleur, il en auroitréfulté un intérêt beaucoup plus vif pour le fpeûateur. Quoique cette réflexion ait été faite par un écrivain dont l’opinion eft de la plus grande autorité dans tout ce qui tient aux arts , il n’eft cependant guère poflible d’imaginer qu’une îiuance aufTi fine & : aufl’l délicate foit du reffort de Lfculpture. Il efl même à croire que l’artifte qui oferoit entreprendre d’exprimer une pareille affeûion de l’ame courroit grand rifque de l’affoiblir , ù. qui plus eft de la rendre toutà-fait inintelligible poiir le fpeâ ;ateur. Comme l’attitude générale d’une ftatue fe «réfente aux yeux d’une manière bien plus frappante que les traits du vifage, c’eft dans cette Habitude qu’on doit principalement chercher » I ) .Te crois que M. Reynolds fe trompe ici , & que ces expreffions ont un fens bien diftin£i : , même quand «n parle d’ouvragés de fculpture. On célèbre le caractère des ftatues de Michel-Ange ; mais on trouve qu’elles manquent de grâce. On admire la grâce de la Véus celle de l’Apollon, & de pluficurs autres ouvrages an iques. On loue l’exprefTion du Milon du Puget, on trouve de la giace dans fon Andromède. Enfin , quoilu’cn dife M. Reynolds , on admire non feulemenr l’expieflion corporelle, mais encore celle de la tête, dans lafigiwe antique t<i«_Laoceçn. {Nom du Rédafmr.) S eu

l’exprellîon : patuit in corpon vultus. La tête oft une fi petite partie, relativement à l’effet de toute la figure en général , que les anciens fculpteurs ont quelquefois négligé de donner aux traits de la phyfionomie aucune exprelTion , pas même l’exprellîon générale de la paiFion qu’ils repréfentent. On en voit un exemple frappant dans le grouppe des Lutteurs , qui , fe trouvant engagés dans un combat fort animé, confervent néanmoins fur le vilsge. la plus grande férénitépollible (z). On ne recommande pas cela comme un exemple à fuivre , car il n’y a aucune railbn de ne pas faire accorder l’air du vifage avec l’attitude & l’exprelïîon de la figure : mais de ce que ce défaut étoit fréquent dans ]es ouvrages de fiulpture antique , on peut conclure qu’il provenoit de l’habitude qu’a-Toient les artiftes de négliger ce qu’ils regatdoient comme moins important.

Quoique la peinture & Iz/culpture foienty alnfi q’je plufieurs autres arts , fondés fur les mêmes principes , il femble cependant qu’il n’y a aucun rapport dans ce qu’on peut appeller lesprincipes fécondaires de tes arts, La différence des matières fur lefquelles ils exercent leur pouvoir doivent néceffairement occafionner une différence relative à la pratique qui leur efî propre.

Il eft un grand nombre de beautés de détaJl que le peintre faifit aifément & qui font hors de la portée du fculpteur. On ofe même ajouter que dans le cas oii il pourroit en faire ufage , I ces fortes de beautés, qui ne lui font pas propres, n’ajouteroient aucun prix, aucun mérite à ffs produélions.

Parmi les différens effais infruûueux que les fculpteurs modernes ont faits pour le perfeûioanement de leur art, on peut regarder comme les principaux ceux qui fuivent.

La pratique de détacher les draperies desfî-i gures , pour les faire paroitre volantes. Les différens plans donnés au même bas-relief. La prétention de préfenter les effets de laper» fpeftive.

L’adoption du coftume moderne, qui, enfcUlpi ture , fait le plus mauvais effet. La folie de chercher à faire jouer & voltiger la pierre en l’air eft fi vifible , qu’elle porteavec elje fa condamnation. Cependant il paroît (2) Ce qui pourroit excufer l’auteur de cet ouvrage antique , c’eftque, de la manière que fes lutteur (ont grouppés & penchés vers la terre , les vifages foEt des parties peu apparentes dans tout l’enfemble. Or on fait que les anciens avoient pour principe de s’attacher au pius utile , &.’ de négliger ce qui l’étoit moins. Dansla compolîtion de ce morceau, les têtes n’étant que des parties peu apparentes, font par conféquent peu utiles à ’ j’eifet de tout l’ouvrage , au-lieu que la tête eft ordiuai-I rement la partie fur laquelle s’attacnent d’abord les yeux, & par conféquent la pins importante dç toutes, ilftti du Rédaâeur. ) 1 s C

’fu’elle a été l’objet de l’ambition de plufieurs | fculpteurs modernes, & pardculièrement du Bernin , qui aroit tellement p-is à coeur de (urmonter cette difficulté , qu’il n’a ceffé de faire ^s effais pour y parvenir, quoiqu’il ritquâc toujours de dégrader ainfl les plus belles patries de l’arr. Comme ce ftatuaire tient un des premiers rangs entre les modernes, il eft du devoir de la critique de prévenir les mauvais effets que pourioit produire une fi puiffante autorité. Le premier ouvrage célèbre qu’il exécuta dan» ’fa jeunefre,le grouppe d’Apollon & Daphné, fît efpérer qu’il difputeroit un jour la palme aux • meilleurs artifles de l’anàquité : mais il s’ésarra bientôt de la bonne route. Quoique tous fes ouvrages offrent des parties qui le diftinguen’ de la foule des attiffes ordinaires , il paroît néanmoins, par fes dernières produélions , qu’il s’étoit égaré. Au licj de continuer l’étude de labraute idéa’e qu’il avoit commencée av’ec tant de fuccès, il fe livra à la folle recherche des nouveautés-, &, en’ reprenant d’exécuter ce gui n’eft pas au pouvoir de l’art, il s’ob’iinaà vaincre & à maÎTrilé’- la dureté & la fierté du marbre. Quand même il lerot parvenu à donrer ’ un airde veriié aux draperies volantes qu’il affec-’toit , le mauvais effet & la conf. fion qui reluirent de ce qu’ellev fe trouvent linfi détachées I de la fîgure à laquelle elles appartiennent , ’ auroient dû fulBie pour le détacher de cette ) méthode.

I Je ne crois pas qu’il y ait dans notre académie d’autre ouvrage du Bernin, que le plâtre de la tête de fon Neptune : mais ce morceau fuffit pour nous donner un exemple de l’ineptie .qu’il y a de vouloir repréfenter en (culpture, ■ les effets du vent par les moyens qu’il a choifis. ’ Les boucles de cheveux de cette tête voltigent en tous fens, enforte quel on ne peut, du premier coup-d’œil , reconnoître quel eft l’objet que l*on voit, ni démêler le vifage entre toutes ces boucles volantes , parce que tout étant de la même couleur & de la même iblidité , tout fe détache avec la même force.

Cette même confufion embarraffante qui refaite ici des cheveux, eft- également produite par les draperies volantes, puiCque l’œil doit , parla même raifon, les confondre inévitablement avec les formes principales de la figure, fi même ces maffes de pierre , qui ont la prétention d’imiter, des draperies , ne l’empêchenc pas abfolument de démêler les former, jufqu’à ce qu’iffoit à portée d’examiner l’ouvrage en détail , & àe féparer , avec urre forte d’effort , tout ce qui y eft confondu.

Il eft une règle générale , également vraie dans les deux arts ; c’eft que , du premier coupd’œil , on doit difcerner , d’ime manière claire & diftinfte , & ians le moindre embarras, les formes & l’attitude d’une figure. C’eft à quoi le S C U 587

peintre parvient ailément, en éteignant certaines parties du fond, ou en les tenant affez obfcure ?g pour les empêcher de fe mêler avec les parties principales, & par conféquent de leur nuire. Le fculpteur n’a d’autre moyen d’empêcher cette confufion , que d’attacher immédiatemcnc a la fîgure, les draperies des grandes parties, de manière que les plis , en fuivant l’ordre de ces parties, les accufent nettement, & laiffent appcr-evoir la forme & l’attitude du nud qu’elles couvrant.

Quoique ia draperie de l’Apollon forme une grande maffe , & fe trouve féparée de la fîgure , elle ne contrarie point ce que nous venons d’établir. Cette draperie eft totalement ilblée de la fîgure ,& la régularité, la fimplicité de fa forme ne permettent en aucune manière de la confondre avec la figure. Elle n’en fait pas plus partie , que ne le font un cippe , un tronc d’arbre, ou de femblabies objets que l’on voit fouvent joints aux ftatues.

Le principal objet de ces acceffbires eft de renforcer la ftatue & de la préferver des acci-. dens. On croit affei généralement que le manteau qui tombe du bras de l’Apollon du Belvédère a la même deftination ; mais i’artifte aeu Lne plus grande idéej celle d’éviter la féchereffe qui feroit réfultée d’un bnsnud étenda dans toute fa longueur -, à quoi l’on peut ajouter l’effet défagrrable qu’auroit produit l’angle droit formé par le corps & le bras.

Les ftatues des Apôtres, dans l’églife de Saint Jean de Latran , à Rome , me paroiffent dignes de cenfure, comme offrant une Imitation peu judicieufe de la manière des peintres. Les draperies de ces ftatues IbVit difpofée.s par larges maffe , & leur donnent, fans^on red t. une certaine grandioflté que l’ampleur & la q anitéde l’étcfFe doivent néceffairement produire : mais en convenant qu’elles Tont exécutées avec beaucoup defprit, & de manière à paroître a flï légères qi.e la madère le permet , on fent q.’il a été impofTible aux artiftes de faire d.l’paroître totalement fa pefanteur & la Iblidité de la pierre.

Ces figures tiennent beaucoup du ftyle de Carie Maratce , & c’eft , fans dont ; , celui dont il auroit fait choix , s’il s’etoit adonné à la l’culpture. Comme on fait d’ailleurs qu’il a pr.fidé à cet ouvrage , & qu’il étoic l’ami d’un des principaux fculpteurs, on peut foupçonner que fon goût y a plus ou moinsinfli é-, fi même ce n’eft pas lui qui en a donné les defTins. On ne peut voir ces ftatues fans y reconnoître fa manière. Elles offrent le mê.ne défaut qu’on trouve fi fouvent dans les figures ; celui d’être furchargées de draperies, qui d’ailleurs font difpofces avec un art qui ne fe cache pas affez. Jg ne puis m’empêcher de croire que fi Rufconî 1 le Gros, Monot & les autres fculpteurs employés C c c ij 588-

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à ces ouvrages, avoient pris pour modèles les vêtemens fimples de quelques ftatues antiques , ^telles , entr’autres, que celles des philorophes , ils auroient donné plus de grandiofité à leurs figures, & que ces draperies auroient été plus convenables au caraéltre des Apôtres. Quoiqu’il, n’y ait aucun moyen d’empêcher le mauvais eftet que ces projetions de draperies maffives des ftatues doivent toujours produire dans les ouvrages de ronde-bolTe , il n’en eft pas de même de ceuxen bas-relief. Le fculpteur peut y maniera fon gré , aulTi bien que le peintre même, des parties détachées de drapeiie«, en les unifTant au fond , & les y faifant perdre en mou • rant, de manière qu’elles ne puiffcnt ni embarraffer les figures, ni rendre les compofitions confufes.

Mais dans ces fortes d’ouvrages ,1e fc.ilpteur, peu fatisfait de cotte heiireufe imitation , s’efl : avifé de repréfenter, comme les peintres, des figures ou des grouppes de figures fur des plans multipliés ; c’eft à dire quelques unes fur un premier p’^an , & d’autres fuppofées à une plus grande diftarce •, pour parvenir à l’indication de ces plans dégradés , il n’a d’autre moyen que de faire les figures qii’il fuppofe éloignées , d’une proportion plus petite que celles qu’il place ibr le premier plan , & de leur donner moins de relief en r^ifon de leur dlflance. Rien de cela n’atteint au but qu’il fe propofe. Ces figures paroîcront feulement faites fur une échelle plus petite , mais elles feront d’ailleurs aufli voifines de l’œil que celles qui fe trouvent placées fur la ligne de terre (i).

Ce procédé efb non feulement fans fuccès relativement à l’intention de l’artifle ; mais cette divifion de l’ouvrage en phifieurs petites parties lui fait immanquablement perdre de la grandeur de fon effet général.

S’il eft une partie dans laquelle les modernes ont , peut-êrre ,’ furpaffé les anciens , c’efl : la difpofltion qu’ils ont faite quelquefois d’un iimple grouppe en bas-relief, & l’art avec lequel ils ont donné, par degré, plus de faillie aux (i) Un grand vice des plans multipliés dans les basïeliefs , vice qui fiifEt à piouvei que cette multiplication des plans n’eft pas du reflbit de l’an, c’eft gue les premières figures portent des ombres fur des plans prcîetidus reculés, auxquels, dans la nature , cette ombre fetoit loin de pouvoir atteindre. En peinture, les différons plans reculent par l’imitation de la perfpeftive aérienne , par la dégradation des tons, par la vapeur qui éteint les objets éloignés : ces lefTouices ne font pas au pouvoir du fculpteur. Il repréfente des figures qu’il prétend faire fuir , en dégradant lems proportions , & qui ne fuient point par l’effet, puifqu’un bas-relief, quelle que foit fa profondeur réelle , ne peut fournir qu’une trés-foible dégradation, depuis les figures les plu» avancées , jufqu’au plan le plus reculé. Un art ne doit pas hafatdet des menfonges qu’il ne peut fotttenil ^dioitement. {If ou du Rédaâeur.)

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différentes figures qui compo’ent ce groapps*^ en partant du fond uni jufqu’au point où l’ouvrage devient de demi-bolTc. On ne connoîc point , je penfe ,, d’ouvrage ancien, qui, à cet égard , puilTe être comparé au talent que le Gros a montré dans le bas-relief d’un autel de l’églife des .Tacobins , à Rome. Difféiens plans , ou dégrés de relief, produifent donc un bon effet dans le même grouppe , & c’eft ce qu’a prouvé le Gros : mais cet exemple ne prouve rien en faveur des grouppes féparés , & qui fe trouvent a quelque diftance les uns des autres, & fe détachent les uns fur les autres (2),

L’idée de ce perfeélionnement dans l’art de compofer un grouppe en bas-relief a été fuggérée , fans douce , par la pratique des peintres modernes, qui détachent leurs figures ou leurs grouppes du fond par la même dégradation infenlible & qui opèrent en tous points d’après le» mêmes principes généraux : mais comme le marbre n’a point de dégradation de ton , c’eft l’économie de l’ouvrage qui offre lefeul moyen d’y obtenii le clair-obfcur. Les anciens fculpteurs n’ont pu emprunter ce proccdé des peintres de leur temps , qui femblent , en général , avo’t ignoré cet srt. On voit dans les bas-reliefs de I.orenzo Guiberti , dont nous avons les plâtres dans notre académie , que l’artifte n’a pas plus effayé cette reffource, que ne l’ont fait les peintre ^ de fon fiècle.

Le fécond perfeélionnement imaginaire dont on a voulu s’occuper , a été de repréfenter dans les bas-reliefs , les effets de la peifpeâive. Nous avons peu de chofe à dire fur ce fujev. On doit fe rappeler avec combien peu de fuccès les fculptsurs modernes ont cherché à montrer par un de leurs angles les fabriques qu’ils ©nt introiduires dans leurs bas- reliefs, afin qu’elles paruffent fuir en perfpeélive vers le fond (3). Ces (0) Le fculpteur qui , dans nn bas-relief, place des, grouppes qu’il fuppofe être à des enfoncemens différens’ les uns des autres, peut bien les dégrader de proportion’ fuivant les loix de la perfpeSive lineale ; mais il ne peut les dégrader de ton & de couleur, fuivant les loix de la perfpeftive aérienne. Il eft encore trahi par l’effet des ombres , puifque fon premiei grouppe porte des ombres fur les grouppes reculés. Tous les menfonges de la peinture font au contraire vraifemblables , parce qir’eUe a des moyens d’imiter toutes les apparences de la nature. ( Note du Rc’daéleur. )

(j) Les auteurs des bas-reliefs, en monrrant les fabriques par un de leurs angles , les font fuir paf les lignes qu’ils tracent , fans qu’elles fuient par le ton. C’eft tracer de la perfpeftive , & non en exprimer l’effet ; il n’y a que le ton qui puifle le rendre. L’emploi des cou’eurs , ou du moins d’une couleur dégradée fuivant l’etfet de la nature , eft abfolument nécefi’aire à l’expreffion de la perfpeâive. On la démontre par des lignes, on ne peut,, l’exprimer que par des tons, & il faut que la perfpeftive aérienne foit unie à la pejfjectiye Unéalc. {Note du RMaâeur.) s’e u’ .

ïCaîs nous montrent l’ardent clefir qu’ont eu ces iriiftes de furmonter les difficuhés ; mais ils nous prouvent en même temps que le marbre & la pierre ne fe prêtent pas à feconc er leur ambition.

Les anciens ont montré plus de fageffe , en fe contentant de repréfenter feulement l’élévation des fabriques qu’ils introduifoientdans leurs bas-reliefs. Ces fabriques ne font compofées , pour ainfi dire , que de lignes horizontales & perpendiculaires , parce que l’interruption formée par des lignes qui. fe croifent, & tout ce qui produit une multiplicité de parties fubordonnées, détruit cette régularité & cette folidité d’où dépend, à beaucoup d’égards, la grandiofité du ftyle.

Nous voici parvenus ! la dernière obfervation qui porte fui’ la manière dont il faut draper les ftatues faites en l’honneur des perfonnes mortes ’depuis peu , ou encore aftuellement vivantes. Cete queftion , pour être bien difcutée , demanderoit feule un long difcours. Je me conrenterai d’obferver ici que celui qui ne voudra pas empêcher l’arnfte de développer fon talent ivec le plus grand avantage , ne doit p^s exiger ^ju’ il employé le coftume moderne. La fatisfac-

ion de tranfmettre à la pofl :crité la forme de

,ios vêtemens actuels eft , fans doute , achetée à , :rop haut prix , s’il faut y facrifierce que l’art i de plus précieux. Le travail du marbre demande Vi très grand talent , & ce n’efi : pas la peine de [e fervir d’une matière auffi foiide que celle qu’employé le ftatuaire , pour fai : e paffer aux fiècles futurs des modes dont l’exiftence ne s’étend prefque jamais au delà d’une année. Malgré le jufte defir que peuvent avoir nos antiquaires de faûsfaire aux loix de la juArice 5c de la reconnoiflance, en cherchant à procurer lux amateurs des temps à venir la même fatisfacfon de contempler & d’admirer les modes de nos jours, que celle dont ils jouiiTent eux msmes en étudiant le coftume des anciens ; . me "emble que la peinUire de genre & la gravure doivent être regardées comme fuffifanres pour

et objet, fans proftituer le bel art de la fculptare

à des intentions fimefqiiine ;. On peut voir en cette ville, (Londres) uns ftatue équeftre dans le coftume moderne , & il r.’en faut pas davantage pour détourner !es artifice de femblables eflais. Ce genre mériteroit d’être reje’té quand on ne povirroit faire contre lui qu’une objeôion ; c’eft que nous femmes tellement habitués à voir les vêtemens modernes , qtie cette trop gande familiarité ne s’accorde pas avec la dignité & la gravité àe ^ fcidp titre, ’Lzfculpture eft un arc formaj’fte, régulier, iuftère même, qu’ dédaigne tous les objets familiers comme incompatibles avec fa dignitéj**& qui rejette en même temps toute efpèce d’affectation & d’apparence de ftyle académique. Ce S C U 5gp

n’eft donc qu’avec une grande circonfpeâion qu’il faut employer le contrafte , foit d’une figure avec une autre , foit des membres d’une feule ftatue ilblée, foit des plis d’une draperie. Enfin tout ce qui tient à la fantaifie ou au caprice, & tout ce qui eft connu fous le nom de pittorefque , quoiqu’admirable partout ailleurs, ne peut s’accorder avec la fageffe & la gravité qui caraftérifent particulièrement cet art. Il n’y a rien qui diftingue mieux le goût fage &raifonné, qu’une correfpondance régulière , un jufte accord entre les différentes’ parties du deffin , qui toutes doivent être unies & enchaînées pour former un enfemble. Nous- pouvons donc prononcer hardiment , d’après cette règle générale , que l’uniformité, lafimplicité , la monotonie de la matière qu’emp’ble le fciilpteur, qui eft ordinairement le marbre blanc , preic ;rivent des limites à fon art, & lui commandent de ne point s’écarter de la fimpîicité de deffin qui y eft convenable ; ^..4^- . ticle extrait de M. Reynolds.)

SEC (adj.), SÉCHERESSE(fubft. fém.>.-C’eft par les applications que nous faifons des mots attachés aux propriétés & aux fonflions de nos fens, que nous donnons à la plus grande^ parfie de nos idées intelleèluelles une certaine ex’ftence , qui les rend plus fenfibles. Les fens d’ailleurs femblent faire entr’eux communication , & communauté debiens^ en fe prêtant les différent mots où les difierentes manières de s’exprimer qui leur font propres.

Ici la vue s’approprie ce qui appartient au toucher. Un corps peur être humide ou /ec ; de ces deux qualités , la Jéchereffe femble en général moins amie du tact, & vraifemblablement cette différence a conduit aux applications empruntées de ce mot ; elles expriment toutes un caraAère blâmable. Un ftyle yèc, une poëfie. féche , un muficien dont le jeu eft fec , une compofition muftcale dont la tournure eû/eche un irait & des contours fecs , une couleur féche, font des défauts dont l’art d’écrire, la mufique & la peinture doivent fe préferver avec foin. Mais d’où provient cette féchereffe de manière qui déplaît ? fans doute d’un défaut de Timaginacion ; car ie fens de ce mot s’étend fig-jrcment jufqu’à cette faculté purement int 3lle£tuelle.

L’imagination dans les arts préfene l’image d’un terrein qui produit. Si l’imagination eJî peu féconde, elle préfente ce tçrrein d»inué d’une fertilité qu’on attend d’elle , coitime des fables arides, comme une terre defféchée , & cette aridité fe fait fentlr dans la manière dont l’image eft rendue, comme elle fe fait "voir dans les fruits qu’il produit.

L’écrivain dont l’imagination eft aride ou féchi a quelque afTimilation encore avec l’ayare 5po SEC

qui retranche fur-tout & accorde â peîne es j qui efi : abfolument néceffaire.

Les vers du poëte/«c font dénués de grâces, de liaifon , de richeiie , de cette Ibrte d’abondance, fL’perflu néolTaire aux agrémens de Ja poèfie. Le muficien qui ne donne aux fons qu’il tire de la corde & de l’arcliet aucune rondeur, qui retient les vibrations , femble ne produire qu’a régie : les Ions qu’il fait entendre. Le deffinateur qui a le même défaut trace ies figures avec un trait^mmaigri qui n’a rien de moelleux ; fes contours ne tbnt point préparés , fa touche eft épargnée. S’il devient pe.ntre, fes teintes feront fans pa !Tae ;es , mal fondues, & cette aridité, cette fécherejfe, comme on le voit, ou comme on peut le fentir , ont un rapport avec le taft foit de la main, foit du palais ou de

!a langue. Ces idées fe font jointes naturellement 

a celles qui ont rapport a la naurede> fols arides tkfecs, en oppofition avec les terreins gras- ■•

Il refteroit à indiiuér les moyens de ne pas tomber dans ce défaut ; mais il faut obferver qu’il peut tenir à plufieurs çaufes qu’il faut auffi déligner.

Dans les pren.iers effais de l’art de la peinture , l’imitation tend & entraîne les ar tifres à la fécherefe , par l’effort qu’ils fc croient obliges de laire pour imiter dans le’^ plus petits détails lesobjets qu’ils prennent cour modèles. Cette féchereffe tient à la marche générale de l’art -, & la preuve qu’elle peut être indépendante du talent de l’artifte, c’eft que Raphaël, imitant les maîtres qui l’avoient précédés & qui n’étaient pas éloignés de la renaiffance de^ l’arc , a eu ce défaut dans fa première manière , & l’a perdu abfolument dans fa dernière. Ce défaut eit donc corrigible par la méditation & le travail, lorfqu’il n’eft pas inhérent au caraâère del’artifte. On peut comparer la plus grande partie des îeunes artiftes qui commencent à delîiner, aux nations qui , pour parler figurément , eommen-

cent, dans leur jeuneffe, à pratiquer les arts.

Les jeunes artiftes font naturellement portés à la féchereffi dans les preniiers effais qu’ils font du crayoq, à moins que les bons modèles qu’on doit leur offrir à copier, & les bonnes inftruftions ne les détournent de cette féchereffé qui l^^ place au rang des artiftes qui commencent ou à établir ou à faire renaître l’art. Il y a encore une féchereffe qui tient aux moyens d’imitation. L’artiftre qui fe ferr de la plume a befoin de fe défendre d’une fécherejfe attachée à l’outil qu’il employé. Le graveur qui le fort ou de la pointe ou du burin, eft conduit a la féchenjfe , fi la méditation dg fon art , & l’exemple des habiles ar’iftes, ne lui font trouygl’ des moyens d’éviter ce défaut. SEC

On recommande aux jeunes élèves de ne point trop aiguifer leur crayon, pour que leur trait foit plus gras & plus moelleux. On trouvera aux articles Académie &. Dessin des détails fur ce méchanifme , & dans ces détails , les moyens qu’on peut & qu’on doit employer pour ne pas tomber dans la fécherejfe. Mais fi ce défaut a la fource dans la nature, les moyens dont je viens de parler feront d’infuffifans prefervatirs , &. l’artiil-e dont le cavradère fera fec , l’elprit aride , rimagiiiarion ftèrile, aura une féoherejfe que rien ne pourra corriger : elle fe démontrera dans fa manière de s’exprimer , dans {’es mouvemens, dans fes aèlions & dans l’exercice de toutes les parties de fon art. Les produftions de cet arc font, il eft vrai , deftinées à imiter les objets extérieiirs ; mais en même tems , elles trahifl’ent tJt :jours , dans cette imitation , aux yeux de cjux qui fe donnent la peine de la bien obferver, le caradére intérieur & moral de l’arc ; fte.

On doit appliquer au pinceau ce que j’ai dit du ctayon , & les moyens fouvenc trop infufRiàns de fe corriger de i fécherejlh, font de copier & d’obferver beaucoup les ouvrages des grands maîtres qui, pour parler le langage de l’art , ont peint gras & fait des tableaux dont la touche eft moëlleufe & dont la couleur fondue n’a point cette aridité qui tient à a. fécherejfe. {Article de M. Watelet.) SENTIMENT (fabft.mafc.) Ce mot peut s’employer, en parlant des ouvrages de l’art, dans un des fens qu’on lui donne dans le langage ordinaire , où il fe prend fouvent potï l’effet de la fenlibilité : Ainfi l’on peut dire qu’il y a du feniiment dans l’ouvrage d’un artifte comme l’on diroit qu’il y en a dans l’ouvrage d’un poète. Tous les peintres & ftatuaires qui réufliffent dans la partie de l’exprei’Iion , montrent du femimenc, puifque l’expreffion dans l’art ne peut être produite que par"*une fenfibilité exquife.

Mais le mot fentiment a une fignifîcatioa dans laquelle il appartient à l’idiome particulier des artiftes, & il s’applique alors à une partie de l’arc qui tient à l’exécution. C’eft i ainfi que l’on dit d’un contour qu’il y a du fentiment, ou de quelque partie d’une figure qu’elle eft faite avec femimene. Mais ce mot en prenant une nuance étrangère à fon acception commune, ne .s’écarte cependant pas de cette acception, puifqu’il marque toujours un réfultat delafenûbilité. En efiet, c’eft parce qu’un artifte lent fortement ce qui (ért à bien exprimer les formes de la nature, qu’il les rend par un trait, rejjl’nti, & qu’il donne à fon trait ce qu’on appelle du fentiment, C’e^ parce qu’ij s F U

ï’efl bien rendu compte de ce qu’il y a de principal dans une partie qui fait l’objei : de Ion étude, c’eft parce que ce caraèlère priiiciptl excite e» fon ame une leniation vive, qu’il exprime ce caraflère avec fencimeni :. Comme l’orateur prononce avec fentlment , une vérité capitale dont il eft bien pénéa-é , comme l’on accent eft alers plus appuyé, plus vif,_ plus véhément , de même l’artifte qui veut imiter un objet de la nature, employé les moyens de fon art pour appuyer , en quelque forte , davantage, pour acculer avec plus de force, pour rendre d’une manière plus frappante, ce qui contribue furtout à bien exprinicr l’apparence de ce qui caradlérife principalement cet objet. Exprime-t-il ce caraftère par un trait ? on reconnoît qu’il l’a conduit d’une main plus vigoureufe, qu’il l’a plus fortement appuyé dans la partie qui annonce principalement ce caractère. Frappc-t-il une touche ? il lui donne une fermeté qui annonce le /intiment dont il étoit rempli. N’a-t-il qu^unjentiment incertain fur l’objet qu’il imite.’ Il le rend avec mollefle. Son trait , fa touche partagent Tindécifion de fa penfée. L’indécifion ., la molleffe , Ibnt le contraire de ce que, dans l’art, on exprime par le mot fentiment. Le.fentiment eft toujours accompagné de fermeté ; mais la fermeté ne fert qu’à diflîmuler l’ignorance, quand elle n’eft pas le réfultat d’une fenfation jufte imprimée par l’objet’ imité , & d’une connoiffance parfaite de cet objet, fans laquelle il ne peut exciter que des fenlàtions incertaines. (L. ) SFUMATO (adj. Italien pris fubftanti-Tement. ) H confifte dans une manière de peindre extrêmement moëlleufe, qui îaifTe une certaine incertitude fur la terminalfon du contour , & fur les détails des formes quand on regarde l’ouvrage de près ;mais, qui n’occafionne aucune îndécifion quand on fe place à une iufte diftance. Cette manière eft agréable & exprime bien la nature, qui , à une certaine diftance, nous montre les objets avec une forte d’indécifion , parce qu’ils font enveloppés de plus ou moins de vapeurs. Cependant quoique le mot sfumato lignifie proprement enfumé ^ il ne faut pas croire que pour atteindre à la qualité agréable de peindre sfumato , il faille repréfenter les objets comme fi l’on ne les appercevoit qu’au travers d’une fumée : c’eft alors l’excès de cette qualité, & elle devient vicfrufe. Le Guère hin a bien faifi le point jufte du sfumato ; Grimoux a quelquefois approché de l’excès.

Le sfumato exclud la t^jalîté dont nous venons de traiter dans le précédent article, & que nous avons exprimée par le mot fentiment. La carrière de l’art eft fi vafte, qu’on peut la parcourir avec gloire , fans que les S G R

^1

concurrens s’y rencontrent les uns les autres, & des couronnes y font promifes aux athlètes donc les qualités font les plus oppofées. La condition des prix eft de bien rendre les apparences de la nature, & il y a mille manières différentes de voir & de faifir ces apparences. La nature montre les objets plongés dans le milieu aérien qui les enveloppe -, telle eft l’apparence que faififTent les artiftes qui peignent sfumato. •Les différentes parties qui compofent les objets ont un caraftère qui leur eft propre : & c’eft ce caraftère dont font principalement frappés les artiftes qui l’expriment avec fentiment. (L.) SGRAFITTO, peinture alfgrafitto ; c’eft une manière de peindre introduite par le Polidore , & qui a été abandonnée après lui : le procédé en tenoit plutôt de la gravure que de la peinture. J^oye^ Égratigsè.

SILENCE (fubft. mafc.) Comme on dit qu’il y a du tapage dans un tableau, pour exprimer qu’il y a beaucoup de mouvement, on dit audi qu’il y a dans un tableau un grand filence , un beau filence ^ pour exprimer que la compoiition en élt lage ainfi que l’effet, que le tout-enfemble met l’ame du fpeftateur dans un état de calme dont il fe plaît à jouir. Le filenct fuppofe de la modération dans les mouvemens , & de la douceur dans l’effet. Il ne s’accorde point avec le grand éclat du coloris. C’eft plutôt dans les écoles de Rome ou de Lombardie qu’il faut chercher un aimable filence, que dans les écoles brillantes de Veçife ou de Flandre. (L. )

SIMPLICITE (fubft. fem.) Cette qualité, jointe à la beauté conditue le grand. Dès qu’on s’éloigne de lafmplicité, on abandonne le grand pour tomber dans l’apparat. Le grand ftyle fuppofe lajimplicité dans toutes les parties -, dans le fujet, dans les formes, dans les attitudes , dans les ajuftemens , iJans la compofition , dans l’ordonnance, dans les acceflbires, dans les effets, dans la couleur. Rien de fimple au contraire n’entre dans le ftyle d’apparat ; tout^y eft brillant, riche, faftueux. Le ftyle fimple & grand fuppofe une grande ame dans celui qui le poflède, un grand goût dans celui qui l’applaudir. Le ftyle d’appaia ; procure des fi’ccès plus faciles & plus univerfels. mais une gloire moins durable. A Rome, dit Mengs, où l’on a confervé plus qu’ailleurs le goût antique , on méprife cette variété d’objets qui font, parleurs différentes couleurs , le charme des tableaux du Titien , & l’on cherche au contraire à rendre les compofitions auffi fimples qu’il eft polTible. (L. )

SINUEUX (adj.) Ce mot n’appartient pas 592

S I T

-à l’art, maïs îl exprime une idse quî y eft relative. Les contours auroient de la roideur , fi les lignes droites y dominoient : ils doivent décrire une grande variété de courbes, & être par aonféquenî Jïmieux ; c’eft ce que les artilles ■expriment quand ils parlent de contours ondoyans , ou de lignes Jerpentines que décrivent lei contours. (L. )

SITE. ( fubfr. m.arc. ) Ce mot, dans le langage de la peinture , lignifie ce que veut dire, dans le langage ordinaire ,yîf«flfio/2 d’un lieu, lorfqu’on dit , ime belle , une agréable , une riante fituation.

Il fembleroit que Je fite devroit regarder principalement le payfage. Cependant il n’appartient guère moins à’î'hiftoire . parce qu’une très grande partie des aélions qu’on repréfente dans les tableaux de ce genre fe partent en plein air & dans la campagne.

D’ailleurs, comme efite cmbrafle ce qu’on îlomme en peinture les plans géométriques des tableaux, on fent qu’en le confidérant fous ce rapport, lemotT^fe convient à toute repréfentation d’afLion dans laquelle Ce trouve celle d’un terrein aëré de quelqu’étendue. Le beau choix d’un fite eft cependant , il faut l’avouer, plus généralement efîentiel au payfagifte qu’au peintre d’hiiloire , parce que, dans les ouvrages du premier ,lejzte eft l’objet ■principal, & que, dans les ouvages du fécond, le Jîte n’eft , en quelque façon, quel’acceffoire. Mais il ne faut pas prendre cette diftînélion à îa rigueur ; car la perfeélion à laquelle doit tendre le peintre, exige, par rapport aux Jices , un choix rès raifonné. ^

Premièrement , parce qu’il doit contribuer à défigner le lieu de la fcène , la faifon & à peu près la partie du jour oiî s’eft paffée l’aélion qu’on repréfente , & que , par ces propriétés , le Jîte fait quelquefois une partie très effentielle du cojlurrlt.

Secondement , parce que lejzte, par fa nature & fon caraflère , doit, en s’afTortifTant à l’action , cuniribuer à l’effet général , à l’agrément, à la poëfie , & quelquefois miâme à la moralité du fujet.

En effet , un Jîte très agréable ajoute au charme d’un fujet defliné à plaire. Celui dans lequel on peint Adam & Eve heureux de tous les dons & de tous les charmes tjueleur créateur a daigné leur prodiguer , doit contribuer, avec l’exprefUon de leurs traits, à donner l’idée de leur félicité. Ils habitoient fans doutele_/ ?fi ;,lé plus fécond & le plus riant. Les jardins d’Armide doivent offrir les charmes qu’elle avoit pris tant de foin d’y répandre , & le fond du tableau où l’on repréfente cette enchantereffe avec fon amant, doit être tin Jîte voluptueufement romantique. ’ S ï T

Celui des Champs-Élyfées où Enée veut em* braffer fon père, doit rappeller les idées poétiques que Virgile , ce grand peintre , nous a tranfmifes.

Enfin le Jîte du tableau dans lequel Pouflln a repréfente une idée fi morale , ce Jîte Arcad en , où deux jeunes amans heureux rencontrent fur leurs pas le tombeau d’un mortel qui avoit joui, dans ces beaux lieux , des mêmes félicités qu’ils favourent, fait partie de h mo-l .ralité qu’exprime l’infcription fi connue : Et in Arcadiâ ego.

Comme Icsjîtes des tableaux d’hiftoire font généralement compolis par le peintre , & ne peuvent que difficilement être exécutés d’après la nature , le foin le plus efl’eariel qu’on doit avoir, après le choix du caratlère , & après avoir arrêté les difpofi.ions générales , eft de défigner les plans de manière que les dimenfions des terreins ik des objets qui s’y trouvent , en indiquent les efpaces & les éloignemens. Ce foin exige (ce que les artiftes obfervent rarement avec affez d’exaâitude ) de recourir aux loix des deux perfpeélives. Premièrement, en Ce fixant des points à-peu-près déterminas ! d’éloignement ; fecondement en faifant entrer ! dans ces déterminations les inégalités des terreins , les profondeurs des vallons , les hauteurs des collines & celles des montagnes. Enfin en déterminant, d’après ces points arrêtés , les grandeurs & les formes particulières des arbres, des rochers, des fabriques, & en établiffant bien , d’après toutes ces dimenfions , l’effet perl’peâif aérien qui , joint à l’exaâitude de la perfpeftive linéale , fait parcourir à l’œil du fpeâateur l’étendue du terrein qu’on a eu deffein de repréfenrer , & : le promtne dans des lieux circonfcrits , ou le fait voyager dans de vaftes contrées.

On doit faire entrer dans les richeffes des Jîtes, l’étendue des mers, fi le fujet I3 comporte, les afpects des rivières & ies accidens dont le Ciel eft fufceptible ; car les effets de fa lumière , les formes, les couleurs des nuages & le ton dont on les peint , contribuent , non- <eulement à l’effet général du cîa’r-obfcur , .■r à i’iiarmonie de la couleur , mais au caraSère des Jîtes , & à déterminer, comme je l’ai dit , la faifon & les parties du jour. Les Jîtes que reprefentent les jpayfagiftes demandent une forte de méditation , relativement aux détails. J’ai parlé de cet objet à l’article Paysaget. J’ajouterai feulement ici queles_/ ;fM piitorefques , piquans ou extraordinaires, peuvent, lorsqu’ils font bien choifis & bien compofés, faire excufer quelques moindres perfeftions dans l’exécution des détails, & qu’à fon tour , l’exécution fine , jufte & foignée dans toutes les parties , peut donnera des Jîtes communs & qui manquent de «aradère , ,.de ! agréihéil^ SOI

agfêmejfs qui attachent Se qui plaifent. (^/•-’ ûcle de M. J^A tslet.)

S O I G N p. ( adj. ) Un ouvpge foigné eft celui à qui l’on a donné des ft^ins curieux & i-echerchés. Ces foins ne s’accordent pas avec l’enthoufiafme , ni même^avec la vÏAraciié de conceprion qui entraîne ordinairement celle de l’exécution. L’idée du /oig-^ie emporte avec elle celle de la petitefle dans l’ouvrage & de la médiocrité dans l’erprit de l’ouvrier , & par conlequent elle exclud celle du grand. Ce n’eft pas que les ouvrages qui ont le plus de véritable grandeur, & ceux même qui font infpités par l’enrhoufiafme , n’exigent des foins. Léonard de Vinci , Raphaël , Michel-Ange lui-même , tout bouillant qu’il étoit , donnoient des foins à leurs travaux ■■ mais ils n’y donnoient pas cette forte «le foins qui produifent le précieux , le recherché Se ce qu’on entend enfin par le mot Joigne. Il peut fembler contradiftoire de dire qu’un

' bon ouvrage exige des foins , &r même de très
grandi foins , & d’ajouter que le foigné ne
convient qu’à des ouvrages d’un genre mé- 

|i diocre. Mais avec un peu de réflexion , on ’• fentira qu’il faudroit avoir l’ams bien froide pour fe trouver devant un tableau dont le fujet auroit de là grandeur, & qui feroit traité avec toute la grandeur convenable au fujet , & n’avoir d’autre éloge à donner à un

fi bel ouvrage , linon que c’eft un ouvrage

[ foigné.

Mais quand on voit un petit tableau , dont 

1 le fujet eft indifférent par lui-même , tels

! que font, en général, les fujets traités par 

les Maîtres HoUandois -, quand on reconnoît ’ que les foins de l’artifte ont donné du prix à ce fujet trivial , on peut dire que c’eft un ouvrage foigné , très foigné , & c’eft lui accorder en grande partie l’éloge qu’il mérite.

Lefentiment des foins que l’artifte s’eftdon-I

nés pour parvenir à la perfeéiion d’un grand ouvrage contribue fi peu au plaifir des fpec-

tateurs, ou plutôt eft tellement nuifible à ce

plaifir, que l’on cherche à diflimuler ces Ibins par des travaux qu’on ajoute à tout l’appareil du premier travail , & auxquels on donne la plus grande apparence de liberté. On tâche , par ces dernières touches , de perfuader au public que l’ouvrage auquel on a donné le plus grand foin, n’a coûté cependant aucun foin, & a été , en quelque forte, produit par i un acte fimple de la volonté. Ces derniers tra-’ vaux qui diffimulent le travail étudié des deffous, contribuent beaucoup à ce qu’onappelle [Sa belle manœuvre.

J • Cependant il eft des palmes pour tous les genres de mérite dans la carrière des arts ; & ceux qui n’ont reçu de la nature que le UsauX’Arts, Tome IL

S o u

PI

moyen de plaire par-des ouvrages foignésy doivent i’è contenter de leur partage. On ne marche pas fans gloire fur les pas des Gérard Douw, des Mieris , des Vander Werf. (L. ) SOUPLESSE, (fubft. fém) Cettequalîté louable’^ft oppofée au vice de la roideur. Elle doit fe trouver dans les contours , dans les attitudes, dans les ajuftemens & dans toute la eompofuion. Les contoijis doivent être litnueux , coulans ; les attitudes être faciles ; les ajuftemens naturels ; la compofition , variée : fi toutes ces loix font obfervéés dans un ouvrage, il n’aura pas de roideur ; on y trouvera toute la fouplejje que l’on eft en droit d’exiger. La foupleffe &’iLUi-hiQ plus particulièrement au mouvement des contours, au cadencemeht des parties ^ au jet des draperies , qu’à l’ordonnance générale. » C’eft des cadencemen«  » répandus dans les parties du corps qui en » font fufceptibles, que naît, dit Dandré Bardon , cette fouplejfe qui donne des grâces » infinies à la nature ; prérogative fans laquelle une tête, une figure , reffe.’nbient à un » bloc de marbre- fans mou^vement , & n’ont n ni ame, ni efprit.

» Que i foupleffe ., fijuftement roquifepour » les grâces de l’imitation & pour les charmes du preftige , ne jette pas cependant lé. » deilinateur dans cette efpèce de diflocation » vicieufe qtii fait difparoître la folidité de la » machine animale. En fe rappellant les principes do l’oftéologie , il fe fouviendra que » les os fe trouvent fous les chairs ; qu’ils ne » font flexibles que dans leurs articulations , » & : il fentira qu’il y a du danger de les » faire paroîtrç brifés, lorfqu’à leur préjudice » on donne une fouplejfe outrée & un moirvement exagéré aux mufcles & : aux membres » d’une figure , qui ne doivent avoir qu’un léger cadencement.

» Qu’il évite de prêter à fon enfemble ce » tortillement affefté que la nature dément, » & qui eft un des plus grands vices de la » manière. La foiiplejfe conliiXa bien plus dans » la difpûfition naturelle & facile de toutes » les parties, que dans les travaux auxquels on » aifervit tous les mufcles. C’eft altérer leur » mouvement , que de les trop tourmenter. » Que les figures foient fouples fans aftédation : c’eft le moyen de leur donner cette » ame, cette expreffion , qui les rend fi admin râbles dans la belle nature. «  Voyez les mots Draperie, Jet des draperies. , Pus des draperies ; on y établit des principes qui conduifent à la fouplejfe dans cette, pîirtie.

SOURD, (adj.) I ! ferDit affez difficile de dire comment on a adapté à la peinture un D d d 3P4

SOU

terme qui a rapport au fens de l’ouïe , à moins qu’on ne fe reflbuvînt de cet aveugle-né à qui l’on demandoit ce qu’il iinaginoit par la couleur écarlate , dont on lui avoir plufieurs fois vanté l’éclat. » J’imagine, répondit-il , » quelque chofe de lemblable au fon de la » trompette ».

Il en efi : à peu près de même an mot Jourd, adopté dans la peinture , pour fignifier des couleurs ou des fonds qui n’ont aucun éclat ; car on fuppofe que la fenfation produite à leur cccafion l’ur la vue , approche de celle que caul’ent fur l’oreille des Ions adoucis & qui ont quelque chofe de vague.

On appelle donc yb«r^ en peinture les couleurs ou les fonds dont le ton a quelque chofe de doux & de vague ; & ces tons, qui fe forment par des couleurs rompues Se fans éclat , font doux en effet à l’œil comme les fons de certains inftruniens à fourdine , ou comme des accords qu’on entendrait de loin , le font à l’oreille.

Les tons yôî^/ïf/ font bïiller les objets peints de couleurs brillantes , comme les accords adoucis font valoir les- voix fonores qu’ils accompagnent,

. Le pouvoir de ces oppofkions bien ménagées eft connu dans les arts.

Le peintre de fleurs , les peintres de plufieurs genres , ceux qui s’occupent du portrait, enfin les peintres d’hiftolre même, font dans plufieurs occafions un ufage heureux des fonds fourds ; mais c’eft au mot fond que j’ai dû placer quelques obfervations plus détaillées qui fe rapportent à celles - ci. ( Article de M. ^"at-kzet.)

SPIRITUEL, (adj.) Les figures feront f piii nielles , fi elles ont de l’exprelTion, Il eft ailé de fentir que des têtes qui expriment avec jufteffe les affeflions de l’ame dont les figures font cenfées pénétrées , ont tout l’efprit qu’elles doivent avoir.

On dit un trait fpiriniel , une touche* ffirituelle , comme on dit : il y a de Vefprit dans ce trait ■, cela eft touché avec efprit-. On dit même que le feuille d’un payl’age eft fpiritiiel , ou qu’il y a de Vefprit dans le feuille d’un payfage : alors le moi fpirituel fe rapporte à la manœuvre , & prend une lignification particulière à la langue de l’art. Voyci l’article Esprit. ( L. )

STANTÉ, (adj.) Ce mot qui appartient exclufivement à la peinture , eft fynonyme de peiné, fatigué. Il eft emprunté du verbe itaïien Jîentare , qui fignifie pâtir, être mal à fon aife , fe donner de la peine.

Un peintre doit fe donner de la peine pour parvenir à plaire 5 mais il ne plaira pas s’il S T A

’laîfle fentir la peine qu’il s’eft donnée. Quand on a bien travaillé pour finir un tableau , il rofte (buvent un dernier travail à faire pour empêcher qu’il ne ça.roiRe Jlanté. (L. ) STATUAIRE (fubft. mafc.) Sculpteur. Quoique ce mot appartienne au flyle élevé, il eft néceflaire, même dansl’ufage commun, pour diflinguer le fculpteur qui fait des ftatues, de celui qui ne fait que des ornemens. Les latins employoient le mot Jlatuarius pour fignifier l’artifte (|ui faifoit des ftatues en bronze. C’eft dans ce fens que Pline en fait ufage. Il appelloit l’artifte qui travailloit en msMhxe fculptor y marmorum fculptor. Cette diftindion avoit beaucoup de julleffe. L’artifte qui fait un oua vrage que l’on doit couler en bronze ne fculpte pas, il modèle. (L.)

STATUAIRE (fubft. fém.) La ftatuaire eft l’art de faire des ftatues. Socrate exerça 1^ flatuaire avant de fe livrer à la philofophie. STATUE (fubft. fem.) Figure fondue ’en bronze, ou fculptée en marbre, en pierre, en bois. Ce mot vient du verbe latin jlare qui fignifie /d tenir debout. On ne devroit donc ap.» ^eWcK flatuts (ve des figures droites, & lailfer le nom générique de figures à celles qui font aftifes ou couchées. Cependant l’ufage l’emporte fur les convenances étymologiques , & , par exemple, dans le détail des fiatues de Verfailles, on compte le Gladiateurmourant. L’ufage a fa bizarrerie. Toure figure fculprée & debout devroit fe ncramex fiutue : ]Iais poiit qu’on lui accorde ce nom, il faut, fans qu’on puifle dire fur quel fondement , qu’elle ibit d’ujie proportion approchante au moins de la proportion naturelle. Air.fi une figure fculptée dans la proportion de demi-narure , ou au dcflbus de cette proportion, ne s’appelle poijityîan/e, mais figure. Si cette figure eft de bronze , on l’appelle quelquefois^ Amplement un bronze, furtout quand il s’agit de l’antique. On appelle auffi quelquefois un marbre, une figure de marbre.

La figure en diminuant de proportion perd le nom àeftatue ; mais en augmentant de proportion , elle la confetve. Le plus grand colioffe que l’on puifle exécuter eit une Jiatue. (L. ) -

STRAPASSER (v. aS.) Les aniftes françois ont formé ce mot de i’italicn firapa^ate qui fignifie tourmenter. Une figure firapnjjce ’ peut-être tourmentée au point d’être même e’tropiée -, mais on n’appellera pas cependant _/ ?/-apaffée une figur,e eftropiée par l’ :gr.orance d’un méchant artifte. StrapaJJer eR un défaut, mais dans lequel ne peut tomber un peintre més T Y

ilocte , car îl fuppofe de la facilité & de la grandiojîté. On tombe dans le JliapaJ/e en voulant outrer la grandeur de caradère 6c de mouvement ; & en le piquant de joindre à ces qualite’s louables par elles-mêmes, quand elles , Ibnt modérées , le charme d’une extrême faci-

Iice.

Du vethe Jîrapajfer , on a dérivé le mot Jl’apaffbn pour deiigner l’arrifte qui firapajje des figures. Alphonl’e Dufrenoy , dans les fentimens JuT les ouvrages des meUleiirs peintres , accorde au Tintoret le mérite de grand deffinateur , & de praticien , mais il lui refufe la pureté des contours, & il ajoute qu’il étoit quelque- . îo’is grand jlrapajfon. Cela confirme ce que nous avons dit que le défaut de firapaffer ne peut appartenir qu’à un habile dellinateur, qui , abufant de fa fcience, tombe dans ce qu’on appelle I la pratique, abandonne la nature, & cherche hors d’elle une grandiofité imporante , mais qu’elle défavoue , un mouvement qui étonne, mais qu’elle eft incapable de produire. Ainfi une compofition peut elle-même être I ftrapajféfi^ c’eft-à-dire tourmentée, quand elle exagère les mouvemens qu’a pu offrir la nature / <3ans l’aclion fuppofce.

J’ai Tous les yeux une note d’un homme qui

joint à la pratique de la peinture, une lavante

, théorie de cet arc. 11 croit que yZzvz/^fl^^ato veut

dire exagéré , outre-pajfé , & qu’il s’entend

toujours en peinture d’une exagération au grand.’ Il le trompe fur la formation & la véritable , fignification de ce mot, & il confond Jlrapaiiare avec trapajfare ou ohrapajfare : mais I il ne le trompe pas ^ quand il ajoute que la

qualité de firapajjees peut fe donner à des

peintures dont les auteurs ont paffé les bornes I de ces proportions exaâes dans lefquelles fe renferme le ftyle vrai & grand tout enfemble. i l^s Jlrapajfon effropie la nature en voulant l’aggrandir. (L. )

I STYLE (fubft. mafc, ) La réunion de toutes

les parties qui concourent à la conception ,

à la compofition & à l’exécution d’un ouvrage de l’art, en forment ce qu’on appelle e Jîyle, & l’on peut dire qu’il conftitue la manière d’être , de cet ouvrage. Il y a une infinité àe Jlyles : mais les principaux, & ceux dont tous les autres ne font que des nuances , peuvent être réduits à un certain nombre déterminé : favoir , le fublime, le beau , l’exprelTif & le naturel.

Le Jlyle fublime eft la manière propre à l’exéi 

çution des plus grandes idées , de celles qui cous rendent ff-nflbles les qualifés d’objets qui l.unt d’une nature fupérieure à ceux que nous çonnoilTons pas les fens. Tels font, dans notre religion, Dieu & les anges ; tels font, dans } antique mythologie, les divinités de différens ..genres, qui doiyeqt être déiignées par des qua-S T Y 5p^

lîtés différentes , &. les peribanages héroïques qui tiennentle milieu entre la nature des dieu>r 8c celle de l’homme.

La magie de ce Jfy^e confide à favoir unir enfemble, dans un même objet, le pofTible & l’impoffible. Pour rendre le polîlble, l’artiffe doit n’employer que des formes connues : pour s’élever jufqu’à l’impoffible, il doit porter ceî formes à une perfection qui ne fe trou.ve que dans fa penfée ëc dont la nature n’offre point de modèles ; il doit, dans ces formes, négliger tous ces fignes d’un méchanifme inférieur, qui femblent n’être pas abfolument néceflaires à l’aélion , dont on a droit de fuppofer que des petfonnages divins peuvent fe paffer , & qui ne font qu'interrompre par des formes fu>; balternes, la grandeur des formes principales ! , L’Apollon du Belvédère ell le plus grand j exemple que nous ayons àecejlyle. Nous en au-T rions peut-être des exemples fupBrieurscncore,ii I le temps ne nous avoit pas envié la poffeffion des j chefs-d’œuvre qu’admiroit l’antiquité. Le beau, flyle efl celui qui rend fenlible ri-> dée de la perfeûion dans la nature humaine. Il doit être pur, & débarraffé de toutes les parties inutiles ou gratuites ; mais fans s’élever cependant jufqu’à l’idée fublime. d’une nature célefle. Il doit être plus individuel, moins fier, moins aaftère, plus fuave que leyZy/e fublime : en donnant une idée de la perfettion polfible, il ne remonte pas jufqu’à celle qui n’eft donnée qu’aux dieux.

Ce flyle n’a pas encore été porté jufqu’au degré luprême par les modernes. Les témoignages des anciens peuvent nous faire penfer que, fi nous pofiedions les ouvrages de Zeuxis, & fur-tout fon Hélène, nous aurions de quoi nous en former une idée. Les ftatues grecques qui nous reflrent font , en général , plus ou moins de ce JIy !e , fuivant ce qui convient, à chacune d’elles ; & lors même que, dans quelques unes, i’expreffion énergique des partions eft fortement prononcée , comme dans le Laocoon , les formes heureufes de la beauté s’y font toujours appercevoir, malgré l’altération que doit y caufer une.fituation violente, La beauté y change de caraûère fuivant l’objet où elle fe trouve. Ainfi , par exemple, dan ? l’Apollon, elle approche du fublime auquel elle devoir atteindre dans le Jupiter de Phidias ; dans le Méléagre, elle eft humaine, mais héroïque ; la Niobé nous montre 1% beauté dans la nature des femmes ; l’Apollino, la Vénus de Médicis nous la font voir telle qu’elle convient dans les fujets gracieux. Le Caftor & Pollux de Saint lldéphonfe , la lutte de Florence, le Gladiateur Borghefe , l’Hercule Farnèfe , ^offrent tous un caraftère diffcrrent ; mais on remarque dans tous ces ouvrages que les artiftes n’ont jamais oublié de leur donner la beauté. D d d i] spe

S T V

Le.J ?yle gracieux confîfle à donner aux figures des mouvemens aifés, modérés, délica’-s, plus modefres que fiers. L’exécution en doit être facile , luave , variée, mais fans tomber dans la manière.

Apelles, fuivant le témoignage <3es Grecs , avoir porté cette partie à un degré fupérieur. Mais il faut remarquer ici que les anciens avoientjde lagiace, une idée toute différente de celle que nous nous en fermons aujourd’hui. En comparart la grâce que nous donnons à nos ouvrages de peinture avec celle des anciens, la nôtre ne paroîtra qu’une affeûarion théâtrale qui ne convient pas à la beauté parfaite , & qui ne confifte, po-.ir aind dire, qu’en certains gefles , certains mouvemens, certaines attitudes, qui, loin d’être naturels, font plutôt pénibles & ; même violens, ou qui reffemblent à ceux des enfans, comme on le voit dans quelques ouvrages du Corrège même, & plus encore dans ceux du Parmel’an & d’autres peintres qui ont fuivi la même route. Ce n’étoit pas de cette manière que les anciens exprimoient la grâce : elle étoit chez eux un caractère qui lenoit à l’idée du beau, & confiftoit à nous fa’re appercevoir dans -la beauté ce qui contribue fur-tout à la rendre agréable. Les modèles les plus parfaits que les Grecs nous aient donné de ce Jlyle , font la "S’énus de Médicis, l’Apoliino, l’Hermaphrodite de la yilla Bor-hefe, ce qui refbe d’antique du beau Cupidon de la même Vigne , & pU.fieurs autres ilatues, Raphaël a bien donné la vraie grâce aux mouvemens des figures ; mais il lui manquoit ceperidant une certaine élégance dans les fermes & dans les contours, & fon exécution a quelque chofe de trop prononcé & : de trop déterminé.

Le Corrégepeut fervir de modèle pour lejîyle gracieux dans les contours, dans le clair-obfcur, & : d.tns tout ce qui efi : compris fous le nom d’exécution. Cet artifi-e pofféJoit au plus haut degré la partie dont fe vantoic Apelles, quand il ûifoit de lui & de Protogène qu’iis étoient égaux dans tout le refle ; mais que celui-ci ne favoit pas quand il falloir s’arrêter ; voulant donner à entendre par là que le trop grand travail nuit à la grâce des ouvrages de l’art , & qu’il eft contraire au jîyle gracieux. Le ftyle exprejjif e& celui d’un auteur qui a fait de l’expreflion le principal but de fon travail. On peut propofer Raphaël comme un parfait modèle de ce fiyle jamais perfonne ne l’a furpaffé dans cette partie. Les anciens Grecs ont préféré la beauté à l’expreflion ; trop fenfib’e = à la perfedion , ils craignoient de dégr. .der les formes par l’altération qu’occafionnent les paflions violences.

Aucun desartiftes modernes n’a fu faifir auffi bien le juûe d^gré de l’expreflion que Raphaël, S T Y

qui femble avoir fait le portrait des perfonnages qu’il a mis fur la fcêne , tandis que la plupart des autres maîtres , quoique d’un grand mérite, n’ont peint que des el’pèces de perfonnages factices ou fcéniques, qui paroifient vouloir imiter les aflions des peribnnes qu’ils rcprélentent ; cesexpreiïïons manquées dégénèrent en pure affeclation, ik prouvent que les aniftes qui les ont traitées ne fs font pas pénétrés dé la palïïon qu’ils vouloien : rendre, & qu’ils ont cherché feulement à donner à lei :rs figures une attitude pittorefque. Des peintres, efti» mables d’ailleurs, n’ont fait confifter l’expreffion que dans certaines aâions particulières ; d’autres font abfulument froids & fans vie. Mais Raphaël a généralement bien réulfi dans toutes les parties. & fon exécution correfpond parfairement a’i JîyU qu’il s’eft propoië. .e. flyis naturel eft c ;lui par lequel l’artifte ne cherche qu’à rendre la nati ;re même, fans la corriger & fans l’embellir : c’efl celui des peintres qui, en imitant la nature, n’ont pas eu le talent de prêter quelque beauté idéale à leurs modèles, ou de faire i.n choix de ce que la nature offre de plus beau. Ils fe contentent de la copier telle qu’elle fe préfentp a leurs yeux, & comm- on peut la voir à chaque inilanr.

On peut comparer ce flyh de la peinture à celui de la poëfie comique, dans laquelle on employé l’art des vers, mais fans fe permettre des idées réellement poétiques. Quelques peintres Flamands & Ho’landois, tels que Rembrandt, Gérard Douw, Teniers, &c, ont porté ce Jlyle à un haut degré de perfeûion. Cependant on en trou-c les meilleurs modèles dans les ouvrages ds Diego Velafquez, & fi le Titien lui a é :é fupérieur dans ia partie du coloris , on peut dire que Vélafquez l’a bien furpaffé dans l’intelligence du clair-obfcur & dans la perfpeâive aënenne, qui font les parties les plus néceffaires à ce fiyle pour parvenir à Itdée de la vérité, puifque les obje’s naturels ne peuvent exilter fans a.oirdu relief & lans’ qu’il y ait une certaine diftance entre eux , au lieu qu« la beauté des couleurs locales eft arbitraire.

Il y a des jlyles vicieux., qui ont l’approbation de ceux dont le goi1t n’tft ni affez délicat ni affez fur pour difcerner le vrai mérite des grands maîtres , & qtii fe trRmpent en prenant l’apparence pour le vrai talent. C’efl cette ignorance qui a fait adopter par plufieiirs le flyle chargé de M’che’-Ange, qu’ils on : pris pour la graîide manière de ce maî :re : c’eft celte ignorance qui a fai : admirer à d’autres autantque le Jlyle graciei.x du Corrège, la manière léchée & afFeftee de quelques pein re- de l’école lombarde. Il en efl de même de ces Jly’-es manières qui ne confiftent en général que j s T Y

’Sans une exagération des chores accidentelles de la nature, exagération qui devroit être tout au plus employée à démontrer les objets à ceux qui ne pourroient les comprendre fi on ne leur en ofFroit que les formes elTentieiles. Le moyen dont les artiftes qui adoptent ceyZv^e font uiage pour plaire, c’eft d’orner leurs ouvrages par la beauté des couleurs locales de tous les objets, par leur variété, par la force & le contiafte du clair-obfcur, &.par une diftribution arbitraire de mafies d’ombre & de lumière. Leurs ouvrages font plus faits pour frappe ; les yeux, que pour plaire au goût & à la railbn. Cejlyle a été adopté par plufieurs artiftes eftimés, particulièrement hors de l’Italie. Ces artiftes ibnt «ftimables en effet dans d’autres parties ; telles que la facilité, & l’abondance des idées. On peut donner le nom as facile à un (lyle i quia de l’agrément, qui luppoié peu de peine, peu de recherches de la part de ceux qui le luivent, qui n’entraîne pas de grands défauts, & que n’accompagnent pas de grandes beautés. C’eft dans ce Jiyle que s’eft diùingué Pierre de Corone & ceux de ("on école, particulièrement Luc Giordano. Les, peintres qui ont liiivi ce flyU fc (ont contentés de donner aux dif- ,’ férentes parties de Tart l’exprellion néccfîaire pour diftingi er une chofe d’une autre, mais ils ne fe font pas piqués de porter aucur.e partie à la perfeftion. Elle eft connue de peu de perfonnes, & eft troplbuvent igmrée de ceux qui récompenfent le p’us magnifiquement les maîtres de l’art. ( Extraie des œuvres de M. Reynolds a partagé la peinture d’hiftoire en Voi&Jlyies ; le grand Jîyie, iejlyled’appaiat ’k le tompofé.l fait conlîfter le premier à s’élever au defl’us des formes individuelles, & à éviter toutes les particularités locales & les petits détails de toute efpèce. Il donne pour modèles de ce Jlyli les ouvrages des fta’uaires grecs. Dans le grand _/ ?y/£, on cherche la beau é, la jufte expreffion 6c non le nombre des fig^ ;res ; une couleur capable de fixer l’ittention du fpeSateur, d’augmenter en fon ame l’impred^on qu’y doit faire le fujet, & non l’éclat qui éblouit les yeux & empêche l’ame de le recueillir pour jouir du fpeftacle qui lui eft oiFert ; les altitudes vraies qu’inlpire la nature, & non les attitudes affeftées-^auxqti^elles nous avons été ’accoutumés par notre éducation, & qu’elle nous fait regarder ■’fecmma de la grice ; les mouvcmens que l’homme fait avec tacilité, & non ceux qui le mettent dans un état violent. Enfin le beau & le fimrle compofent ce Jlyle. Le jlyle d’apparat eft celui dans lequel on cherche à plaire par des compofitions tumultueufes , dans lefquelles on fait entrer un grand nombre d’objets ; par de grands mouvcmens, par des effets Ênguliers de clair-obfcur , par S T Y 5^-y

le vàf éclat des couleurs, & enfin par tout ce qui eft capable d’affeâer agréablement le fens de la vue, ians parler à l’ame ni à relprit. On peut l’appeller U ftyle ornemental^ parce qu il eij propre à orner, à décorer des appartemens, des édifices, mais qu’il eft indiffèrent a l’inftruaion. On peut auffi l’appeller ^ flylt phtorefque, parce qu’on y recherche tous les agrém.ns que peut procurer la peinture proprement dite, en négligeant les beautés fupérieures qu’elle doit créer en qualité de poëfie. Joferois dire qu’on peut même l’appeller le ftyli fenfuel , parce qu’il ne s’occupe que de flatter un de nos fens.

Du gcand jîyle Se àa Jlyle d’apparat, le premier négligeant les beautés lécondaires de l’ai’f» ou nelesadtnettant qu’avec la plus grande diîcretion -, le fécond failant de ces agrémens fecondaires fon principal objet, peut fe former un noAème ftjle , compofé de l’un &c de l’autre, moins grand que celui qui ne s’attache qu’à la beauté par ejcellence , mais ayant cependant _de la grandeur, & cherchant à la parer de tous les agrémens que procure l’étude de la couleur propre, la magie du clair obfcur, & la recherche de ce qu’on appelle la grâce, qualité inférieure à la beauté proprement dite, qui tient plus à la majefté. En chei chant ce Jlyle cimpojé, il eft aifé de tomber dans un ftylc bâtard ; de dégrader par des agrémens t :op fleuris la noble fimpMciré des grandes écoles, & de ternir l’éclat de l’école vén. tienne ra- le mélange de cette iimplicité. Le grand. Jlyle aime à être confervé dans fa pureté native j iOut mélange le dégrade.

Les plus beaux modèles qu’on puiffe offrir du ftyle compojé font les ouvrages du Corrège, Cetartille enchanteur a fu franchir avec luc= ces une carrière où les chutes font faciles. Tout confpire chez lui à produire un grand efret ; la belle étendue de fes lumières, fa couleur, fa ntanière générale de draper, fes contours coulans & faciles. Après lui, & peut-être d’un pas égal, marche le Parmefan , qui a ennobli la molleffe eff.minée de la manière moderne, l’a rîunie à la fimplicité de l’antique & : même à la grandeur, à la féveriié de Michel-Ange. Tous deux cependant n’ont pu éviter tous les écueils. En s’efforçant de prodiguer la grâce à leurs fu jets, ils ont été peut-être au de là du but, & Ibnt tombés quelquefois dans l’affeftation , l’un des plus grands vices de l’art. ( Article extrait des œuvres de Aîlncs 6- di M Reyholbs.)

SUAVE, (adj.) Lz fuavité eft une nuance fine qui tient à la douceur, à l’agrément & même à la grâce.

On dit lin effet , une couleur fuave. Une compofition Juavi ieioit cejle dont toutes les

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pattUs & l’effet général infpifeforent un Terftiment à la fois doux & agréable. Ces idées s’appliquent principalement , comme on le voit, à l’effet & à la couleur. Si la compofition offre des exf relïïoiis fortes, des caraiflères marqués , des effets extraordinaires & qu’on appelle piquans, ii la couleur eft vigoureule , toutes ces qualités ne ^comportent pas la fuavité & elles peuvent même y être regardées à plufieurs égards comme fupérieures.

La fuavité ^ ainfi que la douceur, ont pour écueils la moUeffe & même la fadeur ; & l’on leroit tenté de croire que des tableaux dont Je plus grand mérite feroit à’ètrefuaves , conviendroient plus à des hommes de mœurs & d’efprits énervés & affoiblis , qu’à des hommes dont l’ame auroit toute l’énergie dont elle eft fufceptible .{Article de M. Watelet.) Si l’on rapproche l’un de l’autre deux extrêmes de couleur ou d’effet, leur choc fera brufque & aura quelque chofe de dur. Si l’on ne parvient d’un extrême à l’autre que par des paffages infenfibles , l’effet fera fuave , parce que l’œil fera conduit doucement d’un extrême à l’autre. C’eft ce que Mengs a démontré en prenant pour exemple le noir & le blanc. c Si l’on fe fert proportionnellement, dit-i] , » du noir 8c du blanc, félon l’idée qu’on » veut exprimer fui la toile, en employant « tantôt plus le Hoir, & tantôt plus le blanc, n & tantôt auffi des demi-teintes, on produira, » malgré l’uniformité de caraSère de ces deux » couleurs, des fenfations variées. En rapprochant les deux extrêmes, l’impreffion fera forte » & dure ; mais en mettant un grand inter- ■» valle de demi-teinte entre l’un & l’autre , » le caraftère en fera plus doux ; & lorfqu’on » aura foin de faire fuivre un certain degré » déteinte par celui qui en approchera le plus, » en les diftinguant feulement aflez l’un de SI l’autre pour les rendre fenfibles & pour qu’il » y ait entre ces teintes une douce progreffion, il » en réfultera un ouvrage fore fuave ». SUBLIME (adj.) I ! fignifie grand, élevé au faprime degré. Il fe prend aulli fubftantivement, comme dans ces phraies : « Le/uilims » eft toujours fimple. Jl n’eft. pas donné à » tous les hommes de fentir le fublime ; le )3 trouver eft plus rare encore ». Le fut lime eft la plus haute peifedion. La nature le montre quelquefoisyîJ>/ime & l’imitation cherche fouvent à l’être. Pour arriver a ce but il eft deux moyens qu’il eft indifpenfabie que l’imitation réunifTe. Le premier c’eft de faifir la nature, objet de l’imitation , dans les inftans où elle fe montre fuhlims : l’autre de choifir, parmi les moyens S U B I

que fournît l’art qu’on employé, ceux quîj doivent contribuer davantage à rendre le jkhlime d’une manière yù^time.

La nature n’eft pas fubordonnée à l’homme-, mais les imitations font les ouvrages & dépendent de lui. Leur but le p.lus diftingué eft déplaire, d’attacher, d’émouvoir^ d’entraîner, , de toucher ; & lefublime, par rapport à l’homme | imitateur qui pratique les arts, eft d’opérer’ les effets dont je viens de parler le plus promptement, le plus complettement , & : , pour parler ainfi, aux moindres frais qu’il eft poffible. Voilà pourquoi la fimplicité appartient au fablime : fimplicité d’intention, d’aâiion, & de moyens. La grandeur & l’énergie comportent cette même énumération , & font le plus fouvent partie du fublime.

L’unité d’intention produit l’unité de fentiment & d’aâion ; elle conduit auffi à l’unité de moyens. Un mot tel que celui du vieil Horace : qu’il mourut , eft l’effet d’une unité d’intention, de fentiment, & l’expreffion /ahlime du legret que l’aâion n’ait pas répondu à l’intention & au fentiment dans lefquels ce héros s’étoit concentré, ou plutôt avec lefquels il s’étoit identifié.

Une feule intention prédominante dans une compofition , dans laquelle tout fe montre l’effet de cette intention, a quelque chofe d’impofant qui appartient au fuilinie. Delà dérivent ces induàions ; peu d’objets dans un tableau, nulle complication dans la difpofition de ces objets, une feule lumière, un coloris fans recherche, un accord fimple & général, tendant à un effet unique ; une figure , un trait de caraclère , de fentiment , de paffion déterminant tous les autres traits. &c. Voilà en général les moyens de l’art. L’heureux choix qu’en fait l’artifle, de génie le conduit au fublime de l’imitation : & : fi ce qui appartient à la nature dans le fujet eft également bien choifi, on peut alors hazarder de dire que Vimitation _/^ ;^/i^^^ eft à certains égards au deffus du fublime imité ; car il a fallu de plus la fupériorité du génie & celle de l’induftrie. Effayer d’entrer dans de plus grands détails feroit rifquer d’affoiblir les principes. Les exemples même font diiiîciles à y adapter parfaitement ; & plus en peinture que dans quelques autres arts.

Premièrement, parce que les exemples par» faits y font infiniment r^res.

Secondement, parce qu’ils ne font à la portée que de ceux qui les poffèdent , ou du petit nombre qui a la facilité de les obferver oii ils fe trouvent.

Troifièmement , parce que ces exetnpies, c’eft-à-dite les tableaux fuhlimes , changent eux mêmes par leur nature phyfique, indépendamment de ce qu’ils font fujets à être altérçî s V E

par les acc’idens-, & qu’enfin, lors qu’il s’agît des plus grandes perfeûions, telles que le fiihlime, il faut que les ouvrages où fe trouvent ces peTfeftions S’oient jugés par des hommes capables de les fentir.

Le fiàlime-, de quelque genre qu’il foit, riihllme de vertu , d’aâion , d’cxprelTion , de difcours,-de filence même, n’elt pas à la portée de toutes les âmes & de tous les yeux : la fimplicité & l’unité paroiffent Ibuvent avoir bien moins de mérite que la complication. I Plus les idées même fe multiplient par le ■ progrès des lumières, plus on s’apperçoit que Us iAéssfublimes àonî]s viens de parler de- ■ viennent rares.

  • Elles ne font ni de tous les hommes ni de

tous les fiècles ; mais, dans les arts d’imitation dont les ouvrages tombent & reftent fous le fens de la viie, on defire aumoins e fublime lors qu’il n’-exifte pas ; car le fens de la viie lui même, délicat, & tendant toujours pour fon repos, à un feul point, à un feul efîer, ramène ■ phyriqiiement , autant qu’il le peut, à l’unité & à la fimplicité. Dans les temps où la pein-

! tu re s’égare, on conçoit donc encore le meilileur, 

même en fuivant le pire , & cette confcience de la perfeftion lui conferve fes droits & l’hommage qui lui eft dû. {Article de M-Watzlet).

Voye^ à l’article Styie, ce qui a été dit du fiyle fublime,

SVELTE. (adj.) Ce mot eft emprunté de

’l'Italien fvelto, qui fignifie délié. Une taille f.eîieePc, dans la langue des artiftes, cequ’eft, ■dans la langue ordinaire, une taWle déliée. Le fens du mot /"> elie, dans toute l’étendue que lui donnent les artiftes, ne peut être employé que par la réunion de plufieurs idées que donnent ceux-ci : élégant, délicat, léger. Le fvehe tient de près à l’élégance , avec cette difFcrence que le fvelte s’applique plus ordinairement, dans la langue générale , à la taille, à l’enfemble , qu’à de moindres parties. On ne dit pas, d(s bras, des jambes Jveltes ; mais on dit, une taille fvelte en pariant de celle d’une nymphe, ou du corps d’un jeune homme ; & l’on entend , en parlant ainfi de l’une & de l’autre , une proportion dans toutes les parties de l’enfemble qui dénote qu’il eft léger, difpos, en même tems qu’agréable. Cette dénomination emporte même quelque chofe d’un peu élancé qui appartient au développement de la jeuneffe.

L’enfance n’eft pas fvklte & ne doit pas l’être : c’eft un état encore trop imparfait. La rondeur, la molleffe des parties, la fraîcheur, la naïveté, la grâce qui vient de l’accofd des iinpreflions & des mouvemens font des compenfations qui lui fufEfent. Les fentiiuens que S V E iP5^

l’enfance înfpire reffemblent au plaifir que donne l’efpérance.

La jeuneffe, dans fon épanouïffement, c*efl :a-dire, aux approches de i’adolefcence , devient fvelte : elle l’etl encore, ou du moins elle a. encore de l’élcgance dans l’âge qui fuit ; mais la virilité confirmée commence à changer de caraclère ; car la nature , qui , dans ks âges précédens , avoir l’air de s’é'ancer poiir atteindre le terme de fa parfaite croiffancé, s’appuie ik fe repofe, pour ainfi dire, fur elle-même, îorfqu’elle y eft parvenue. Elle fe pâte alors d’une forte de conllltance : le corps devient mu/clé. Il paroît s’enorgueillir d’une vigueur qui fait difparoître le fvelte Se rallentit l’agilité. Enfin ce corps s’appefantit : il grofiit ou s’ammaigrit par parties , ians garder de proportions , foit parce que les fucs nouricieis qui furabondent , n’ayant plus de développement à opérer, ie placent où ils peuvent ; foit que quelques caufes de déperifTement détériorent certaines parties, en gênant les fecrétions, ou en altérant la nourriture qui leur eft néceffaire.

Voilà ce qui donne aux corps les caraflères de l’âge qui approche de la vieillefle. Dans celui-ci, ce qu’on veut bien quelnucfois appeller beauté, tient à des idées accef-Ibires purement morales. On croit appercevoir dans ce qu’on nomme un ’oeau vieillard, des apparenee^ qui annoncent l’équilibre des pa !^ fions, & par conféquent la fageffe, la t»nté qui doit en ê :re la fuite , & l’expérience utile aux autres pour les confeiis. ’ires rides, effecs du tems , les cheveux blanchis, la courbure même des membres qui iuppofe des fatigues éprouvées , des travaux remplis , font naître des idées de refpeS & d’intérêt. On penfe que l’on eft deftiné à parvenir à cet état. Ce= idées réunies embelliffent en quelque forte, ou voilent du moins, les imperfections. Quant à la caducité, aucune illufion ne peut fe mêler aux idées qu’elle infpire : celle de la deftruftion prochaine en laifle appercevoir & en augmente même, a’ix regards, les difformités. Artiftes , ne repréfentez pas , fi vous n’y êtes forcés, les deux extrémités de la vie. Elles ne comportent aucune beauté. L’enfant à l’inftant qu’il vient de naître, le centenaire prêt à s’éteindre, n’offrent que des imperfeélions que rien ne ra ;hee : l’âge où l’homme eftyve/r< doit vous plaire plus que tout autre ; mais longez qu’une figure maigre, ou dont, la taille n’a fouvent de légèreté & de prétention à l’élégance qu’aux dépens de la proportion des cuiflés & des jambes, n’sft pas /if/r^, mais incorreéle. Donner une tête de plus à la d’menfion totale d’une figure , eft un moyen plus toléré qu’au orifé par l’art. Car il eft plus fin dans fes moyeus avoués, & la nature n’en employé p ?s 40» ’ - s U J

de tels pour produire la beauté, la grâce, l’élégance èc le fvelte.

L’artifice des ajufiemens & des parures fe fert, il eft vrai, de moyens qui lui appartiennent, pour tromper vos yeux & vous cacher des dif’proportions. Il n’y a pas un très-grand inconvénient (jue vous y foyez trompés comme hommes ; mais il y a du danger que vousle foyez comme artiftes.

En cette qualité, on exige de vous plus que de la nature m£me ; le choix parfait. Ainfi le fvelte doit s’oftVir dans vos tableaux , fans bleffer Ja correûion , c’efl-à-dire , léger , fans être fluet, élégant fans être maniéré, & dclicat fans maigreur. ( Article de M- W A tellt.) SUJET (fubfl :. maf ;.) Le principal but d’un artille eft d’exprimer Confujet & de le rendre fenfible au Ipeftateur. Ce fujet doit être un, parce que l’attention du fpaftateur ne peut s’occuper à la fois que d’un objet 5 il fera plus d’effet, s’il eft fimple que s’il étoit corapofé, parce qu’un objet compofé, fixe moins l’attention qu’un objet fimple. Il fera plus d’effet fur l’ame du fpeftateur , l’il n’cft offert que dans fa principale circonftanoe , que fi i’artifte cherche à réunir un grand nombre des circonftances qui ont pu l’accompagner, encore par la même raifnn ; c’efl-à-dire, parce que l’attention eft diftraite par des objets compliqués. Les anciens , & quelquefois les plus illuftres des aj-tiftes modernes fe font attashés à exprimer beaucoup avec peu, c’eft^-à-dire , à exprimer avec une feule figure , ou du moins avec un petit nombre de figures, àesfujets qui en comportoient un grand nombre.- Une feule fcène du mafTacre des innocens, ou de l’enlèvement des S’abines fera fur l’ame du fpeflateur une impreffion plus profonde , que fi on lui ofîroit toutes les fcènes dont ces fujets font fufceptibles , parce que ces différentes fcènes partageroient fon attentien & les facultés de fon ame, & rendroient l’impreffion moins forte en ladivifanr. Tout doit être grand dans un /ujec qui a de la grandeur, tout doit être gai dans un Jltjgt riant , trifte dans un fujec affligeant , fimple dans un fujec qui a de Ja fimplicité. Le caractère de delTin , l’ordonnance, le fite, l’effet, la couleur ; il faut aue tout correfponde au fujet , que tout concoure à l’imy reffion qu’il doit faire.

Vn mémo principe exifte pour les ouvrages de l’art & pour la poéfie- Un fujet trifte ferait manqué par le poë e s’il le traitoit d’un ftyle badin , un fujet fombre s’il le traitoit d’un flyle brillant. Le peintre fait la même faute quand il n’accorde pas l’effet & : la couleur à fonyîyVr. Comme les artiftes ne fe font pas toujours procuré l’éducation convenable à leur art ; comme ils n’ont pas toujours r-eçu de la nature S Y M

I l’efprît de cet art, qui eft le même que-ee» lui qui guide le poète , il leur eft fouvene arrivé de pécher dans cette partie , & de contrarier, par le ftyle & l’effet, le fujec qu’ils ont voulu traiter.

Les peintres cherchent fouvent à montrer, par des épifodes , la richeffe de leur efprit & la fécondité de leurs reflburces. Si le fujet fait d’autant plus d’impreffion qu’il fe rapproche plus de l’unité, les épifodes femblent devoir toujours nuire à fon impreffion. Il eft cependant des occafi )ns où ils peuvent la renforcer en la multipliant : mais ili feront toujours nuifibles, s’ils ne s’accordent pas avec le genre àesfujets, s’ils font bas dans un fujet héroïque, gais dans un fujet pathétique. &c. De grands maîtres font tombés quelquefois dans ce vice de convenance ; mais leur exemple ne fauroit excufer leurs imitateurs. Ces maîtres ont été grands par leurs grandes qualités 8e non par leurs fautes. (L.)

SYMMËTRIE. (fubft. fem.) Les Grec* appelloient fymmétrie ce que nous appelions proportions. C’eft par la connoiffance de cette partie de l’art , qu’ils fe font élevés , dit Mengs, fi prodigieufement au deffus des artiftes mor darnes, & c’eft de ces proportions que dérivent la grâce, la beauté & la vie dans les ouvrages de l’art.

Los modernes entendent car Jymmétrie , le parfait rapport qu’ont entr’elles des parties correfpondantesj comme les deux aîles d’un bâtiment, les deux candélabres qui décorent les deux côtés d’un deffus de cheminée &c. La fymmétrie , pn£e dans cette dernière acception, eft contraire à l’art de peindre, qui fe prppofe au contraire la plus grande variété, & qui en trouve par-tout l’exemple dans la nature. Cependant , au renouvellement des arts , les peintres avoient imprunté des architedes le goût des compofirions fymmétriques. Ce goût,, vicieux duroit encore quand Michel-Ange compofa fon jugement dernier. La compofition de ce tableau imite affez bien la forme d’un portail couronné d’un fronton. Il faut admirer les fières beautés de cet ouvrage, & pardonnef à I’artifte le -dernier tribut qu’il a payé an goût qu’avoient introduit fes prédéceffeurs. (L.) ’■ SYMPATHIE (fubft. fem.) amitié, accord des couleurs entr’elles. Il y a des couleurs dont le voifinage eft dur, & : d’autres qui s’approchent doucement, qui femblent fe complaire à s’avoifiner.

Il y a des couleurs qui font matériellement antipathiques. Telles font deux couleurs qui, belles ’par elles-mêmes, & capables de s’avoifiner avec douceur, nfe produîfent par leur mélange^ qu’une troifièrae couleur défagréable. ( L. ) TABLEAU*

T

TABLEAU. (Tubft. mafc.) On donne ce nom à tout ouvrage de peinture qui peut fe {déplacer, à la différence des ouvrages peinrs

fur les voûtes S
fur les murs. Il y a des tableaux

peints fur bois, fur toile, fur cuivre , fur étaim , & :c .,

TACHC. (Tubft. f-’m.) De= : parties de couleur cjui ne font pai r ;’.ccord a.-ec celles qui les avoifinenr , font tache au (ableaii. Rubens qui fondoit peu Tes couleiiis , qui fe con-enioit Ibuvent de les mettre les une ; à cô’é des autres , a quel<]ue(o s, dans Tes carnations, des par ies qui font tache quand on les regarde de trop près

Il arrive que d=s taches que l’on voit fur ■le ; murs reptéfenLen : , lur-tout auxyeux des artift’i., des têtes, des eT<prei]1ons fingaiièrei , des’figi-.res & : m me des grourpe^. Ces acci- _dens pe.ivent fourrir dea idées à des hommes cavablei d’en tirer par ie. Mais il femble trop foi. vent q,ie le ? pein res aient pris piur mo dèles de leur compoutlon les t.iches de quelque muraille ; on n’y voifcpas plus de médita’ ion fir ce que le fuje : aroic dû leur infpirer. (L)

TALENT (fubft. mafc.) On n’acquiert du talen’ que ’par le travail -, ma<s il faut , pour rendre ce travail fructueux, être fécondé par des difpolitions naturelles. Cependant l’art de la peinture a tant de parties différentes dont C.bacune. devroit fuffire à la gloire d’un artifte , que peu d’hommes peiit-être fe trou-Veroîent fans talent^ fi chacun fe livroit à la partie à laquelle il el appelle par la nature, &,fl le public éroir juftî,

’. Cette obfervation n’avoit pas échappé à M. Coch n. » Il doit vous être venu à Rome , » dit- il dans une de fes lettres à un jeune Sar art.fte, une penfce dont j’ai fonventété occupè pendant le fejour que j’y si fait : c’cfl : ».’que la peinture dont on nous fait à Paris » un phanrôme effrayant, vu toutes les qua-’lités qu’on exige dans le peintre, paroît » confldérablement moins difficile en Italie, »’ lorfqu’on obfei ve toutes les différentes ma-V nières des grand" maîtres, & même les » défauts ou l’abfence de beauté qu’on leur ’»■ pardonnoit -, il iemble qu’on auroit pu être S) quelqu’uri de ces maîtres , chacun fuivant a fon inclination. Si je ne puis être un Guide, Beaux- Ans. Jome II,

» diroit-on , je pourrois du moins être ua » Caravage , ou enfin un Valentin. Si l’om » n’exig-eoit pas un coloris plus précieux qup » fouvent on en voit dans les maîtres les plujB )’ t’ft mes , je pourrois me livrer tout entier à » l’etjde du deffin. Mais fi je fuis un Daniel » de Vol’erre, on dira que j’ignore ce que » c’eft que de peindre ; un Pietro da Cortona , » on me querellera fur mes licences ; un j-aul, » Veronèfe , on s’écriera que je ne fais pas » delfiner. Apprenons donc tout, fatif à ne j) favoir de tout qu’un peu. Je le répète ; ÎI )) ne fort de rien de crier contre fon fiècle ; » il faut fe foumettre , & faire le moins mai » qu’on pourra, n ,^

Mais il faut dire auffi qu’en fe foumettant au goût d’un fiècle blaze, on réunit toutes les parties à un degré médiocre ; que de toutes ces parties médiocres réfultent de médiocres o.ivrages , & pour l’artifte , un honneur médiocre qui ne lui furvivra pas. Les hommes i.iimortels font ceux qui ont excellé dans une partie. (L.)

Talent. Peintre à talent. C’eft ainfi qu’on appeUe un peintre qui réuffit dansplufieurs genres, fans avoir dans aucuns des fuc.cès émiaêns.

TAPACE^(fubft. marc.) Ce mot fignifie proprement un grand bruit, tel que le font dei enfans dans leurs jeux déford ;)nnés. Il eft fingulier que ce mot ait pafle dans la lanr g je des arts, Se qu’il y foit pris en bonne part. Je ne crois pa< ; que les Grec, a ent -jamais eu de mots, dans leur langue. fi riche, pour exprimer qu’il y a^oit du tapage dans les tablr-aut de Zeuxis, d’Apelle oa de Protogène. Raphaël auroit entendu dire avec pJaifir .qu’il y a/oit delà lageffe, du raifonnement , du génie dans fes tableaux ; mais je doute qu’il eût ete fl^’té d’entendre d’re qu’il y avoir du tnpage dans fon tableau d’Héliodore. Ce mot s’eli : introdiiit dans l’idiome artifle

quand les peintres^ou lieu de raifonner leurs conceptions , de ne rien admettre dans leurs ordonnances qui ne pût être adopté par la fagelTe, ont mis leur gloire principale à remplir leurs tableaux de .figures auxquelles ils affeâent de donner un mouvement défordonné èc qui feroient un grand tapage fi elles pour voient être animées. On dif auffi , en parlant Ê e e

40- ?

T A P»

de femblables compofitîons , qu’elles font du fracas.

Il faut cependant avouer qu’il y a des fujets qui veulent produire ce qu’on appelle du tapage , du fracas dans la compofition ; telles lont les batailles, les baccharales , &c. Ces fujets doivent être admis entre ceux qui l’ont prcpoics aux artiftes ; mais ils ne font pas de ceux qui doivent être choifis de préférence , & il5 font fiibordonnés au grand genre de l’hifloire. La gloire de l’art eit de reprélenter la nature humaine dans fa beauté, & non dans l’ivrefTe ou dans la fureur. (L.) TAPER, (verbe ad.) Frapper de plufieurs coups, mais avec peu de violence. Les peintres ont adopté ce mot. Ils appellent un tableau tapé ^ celui qui efl : d’une exécution fi facile & li prompte , qu’il femble que l’artifte n’ait fait , pour le produire , que taper la toile de quelques coups de broffe. On dit d’un tableau qui fait Ion effet à une certaine diltan. e , & qui , de près , n’offre que des coups de pinceau donnés librement , qu’il n’-ell que tapé. Les premières efquiffes ne font ordinairement que tapées. Quand les coups de crayon ou de pinceau que le-vulgaire croiroit avoir été donn-és prefqu’au hafard , dévoilent aux connoiffeurs la fcience de l’artifte , on dit que l’ouvrage efl : favamment tapé. Quand l’artifte indique beaucoup avec peu de travail, on dit que ion ouvrage eft fpirituellement tapé. On le compare alors à l’homme d’efprit , qui dit beaucoup de chofes avec peu de paroles. ( L, ) T’A TER. (v. aa.) C’efl fadion d’un homme qui manque de fcience ou de pratique , qui eft incertain de ce qu^’il dciit mettre fur ]a toile, & qui n’opère qu’à tâtons, comme s’il éroit dans les ténèbres. Il ne peut de cette manière produire qu’un ouvrage peiné ; Ces travaux font fatigués, fes couleurs tourmentées ; on n’y reconnoît aucune des grâces que donne la facilité jointe au favoir. (L. ) TÂTONNER (v. neutre) fe dit des artiftes qui femblent , en opérant , tâtonner comme des aveugles.

TEINTE, (fiibfl. fém. ) Les teintes fonr des couleurs mêlées entre elle* dans des proportions différentes , fuivant les nuances dont on a befoin. Elles fe forment de deux manières. On peut prendre au bout èa pinceaa des couleurs capitales dans la proportion convenable à la nuance que l’on veut produire ; on peut aulli arranger féparément fur la palette les diverfes nuances propres à l’objet que Pbn veut peindre. Ces mélanges de couleurs fe nomment teintes ait moment où le peintre T E î

les fait, & plus communément on les appelle tons quand ils font employés : ainfi le peintre fait des teintes violâtres pour une tête à laquelle il travaille, & le fpeflateur admire la juftefle & la vérité des tons violâtres qu’il a établis dans cette tête. Le favant artifte dont on va lire l’article Teinte, penfe autrement que nous fur l’emploi des mots teinte Se, ton, ( L. )

Teinte, terme de peinture qui fert a dé-s figner une petite portion de couleurs naturelles mélangées, pour imiter une partie des nuances diverfes que préfente la nature , foit que les teintes, ou petites portions de couleurs mélangées foiént fur la palette du peintre , foàt qu’il les ait difpofées iur fon tableau.

Ainfi on dit : avant que de peindre, il faut faire fes teintes ; Us teintes doivent être pofées avec bien de la jujlejfe ; noyez les teintes les unes dans les autres fans cependant les falir ; tel peintre vanmt infiniment fes teintes , tel autre les employait d’une manière fort fimple. Il y en a qui les font au bout du pinceau ^ fans mélanger les caideurs avec le couteau à couleur. Les teintes de Rubens font vives , lesteintes du Guide font fraîches. Le Corrége fondait bien fes teintes é-c. &c.

Voilà quelques exemples de l’emploi du mot teinte ; mais on en ufe fouvent d’une manière peu exafte dans les attehers , & c’efl : mal-àpropos qu’on y enfend dire voilà une teinte trop claire en parlant d’un ton dans un tableau , parce qus , quoique la teinte contienne en effet le degré de brun ou de clair néceffaire à l’ouvrage , le mot teinte ne doit s’entendre particulièrement que de ce qui eft relatif au coloris, Ainfi on àiroit très juftement f cette teinte eft trop bleue, ou trop verte, & c’eft avec moins de précifion , qu’on dit le tableau du déluge parlePouflin eft d’un fo/igris, il feroit mieux de dire d’une teinte générale grife, & à l’inverfe il ne faudroit pas dîre : Les fonds de Caravage font et une teinte noire ^ iL avan". cent autant que fes figures ; il faudroit fe fervir du mot ton & dire d’un ton trop noir , parce que le dernier mot eft fcul confacré à exprimer le degré de brun ou de clair, & que c’eft ce qui forme fa diftin£lion avec le mot teinte qui n’eft applicable qu’au coloris ( i ). Je fais que les artiftes ont été entraînés ^ (i) Je croit que les langue» n’ont jamais tort dans la bouche de ceux qui les fa lent bien ; qii’oa p. UEfouvmt trouver la raifon de ce qu : refTemble chez elles à de J^ bizarrerie j fc qu i ! eft facile de iuftifiet la nôtre de ce que, dans certaines occalîons , elle <.mp'o>e nfffireiii" ment les mots teinte &i fon. N’oyez !e fécond a.ticleTow, où la eaufe de c«( tifage ell dsfcutéé. (^o^c du Riia*leur, ) TEI

aettc confufioft par plufieurs écrivains ftjr l’art qui n’ont pas ufé de ces mots (elon leur véritable fignification : c’eft ainfi q’ue l’erreur à vieilli ’ & fubfifte encore.

Mais fi l’on confulte de Piles qui réuniffoit la juflreïïb des principes à la pureté du langage, on verra la précifion donc nous parlons feien établie.* Voici comment il s’exprime ; « h variété des teintes , à-peu-près dans le » même ton, employée fur une même figure , » & Ibuvent fur une même partie, ne contri- »■ bue pas peu à l’harmonie » : ( Traité du coloris).

Nous convenons encore que l’extrême liaifon qui fe trouve entre les teintes & les tons d’un tableau , fait qu’il y a fouvent peu de différence dans le fens de ces deux expreflicns , puifque la couleur locale d’un objet comme, par exemple, celle d’un maron , le fait détacher en brun, fur un fond clair ou de couleur claire éclairée, comme feroit un citron, & dans ce cas là on pourroit dire indifféremment : Ce maron fe détache par la vigueur de la teinte, ou par la vigueur du ton.

Il y a des objets qui font de même couleur & qui offrent une teince différente. On fait quil y a plufieurs fortes de blancs, de noirs, de citrons, &c. C’efl : ainfi que les eftampes des différents maîtres font de teintes diverfes , quoique toutes imprimées avec de l’encre de même forte. Le Boffuet de Drevet efl d’une teinte argentine, les ouvrages de Bolfwert font d’une teinte vigoureufe, les eflamprs en manière noire font en même tems d’une teinte chaude & fuave.

Tout ce que nous venons de dire tend à éclaircir la fignification du mot. , Il eft tcms de s’entretenir un peu des règles générales ^u’on peut pofer fur l’ufage des teintes. A leur . égard, comme par rapport aux autres parties de lart, les peintre ? ont adopté des manières exclufives , faute de bons principes , & de vues droites fur la nature. Les uns varient conflamment leurs teintes à l’infini ; d’autres ont une manière plus JImple 8c conftamment plus large. Cependant la nature nous dide la loi qu’on doit fuivre félon les diverfes circonftances des lumières qui éclairent les objets. S’ils font frappés d’une lumière vive, telle que l’efi : celle du foleil , ils e’n font fort emprégnés, les couleurs locales difparoiflent en partie, les petites formes perdent elles-même de leurs faillies , & les teintes, dans chaque maffe des difFérens objets, font peu variées, fi cen’eflpar la diverfité qu’y apportentles divers flans.

Si au contraire l’objet nlfl : pas éclairé fortement , les couleurs locales reprennent tout l^uT jeu .& les TEINTES fonc infiniment Viriées.

T E N

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La nature des objets détermine suffi fur le plus ou le moins de variété dans les teintes. Sur les corps polis & luifans, fufceptibles de la réflexion de tous les objets qui les entourent, on voit le modèle d’une infinité de teintes. Ainfi les draps de nature fort poreufe & qui abforbent la lumière, montrent moins de cette variété qjje les taffetas & les fatins qui, d’un tiflu plus dur & plus ferré, reflechiffent une grande quantité des rayons qui les entourent. De ces obfervations, il faudra conclure que bi&n loin d’adopter pour tous, lés ouvrages le même fyflême fur les teintes ,’ un homme à principe fent la néceflité d’en employer de différents dans le même tableau. Si la fcène eft en partie éclairée du foleil, lesrEiNTEs delà partie qui en efi : éclairée feront vives mais larges, & prefque égales, |jni !is que , dans le«  parties pr-ivée5 de la grars,ûen[umière , elles fea ront infiniment variées.

Quant aux principes de la pratique ils fe réduifent à peu de choie, & varient félon le genre de peinture. Pour l’huile, les teintes doivent être les plus fraîches & les plus vives qu’il foit poffible ; les huiles, la compofition métallique des couleurs les rendent fufceptibles de changement.

Les TEINTES, comme nous l’avons dit plus haut , doivent être pofées avec la plus grande juflefTe , afin qu’étant peu tourmentées fur le tableau par la main du peintre , elles en confervent plus de fraîcheur & de franchife. ’Les teintes de la détrempe & de la frefque, demandent une grande habitude, parce qu’en féchant , elles prennent des nuances très-différentes de celles qu’elles ont avec l’eau. {Aft ticle de M. Robin.)

TENDRE (adj.) On dit des couleurs tendres comme des couleurs dures , tk ces deux mots font oppofés entt’eux. lis ont été tranfportés métaphoriquement du fens du toucher à celui de la vue. Il femble que des couleurs douces & fuaves faffent fur les yeux le même eWet que des chofes délicates & tendres opèrent fur le taft. (L.)

TENDREMENT (adv,) Peindre ten-

drement , c’efl peindre d’une manière fuave & moëlleulé. Ce mot ne femble pouvoir s’a-ppliquer qu’à des effets doux : ainfi je ne crois pas qu’on puiffe dire d’un tableau peint moèlleufsment, mais fier d’effet, qu’il eft peint tendrement. ( L. )

TENDRESSE( fubfl.^fem. ) Comme on dit peindre tendrement , on dit aulïï peindre avec tendrejje. On peur auffi opérer avec tendrejfe , dans la fculpcure & dans la gravure. L’Andromède du Puget a été faite avec cen^^ E e e ij

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TET

drejfe ,’& au contraire les ftatuaires Florentins ont été fujets à opérer dutement. Le burin de Drevet avoit de la temirejfe, celui de Balcchou en manquoic. (L. )

TERME (fubfl :. marc.) On donne le nom de termes à des ftatces dont la partie inférieure fe termine dans la ferme d’un obclifque renyerfé , ce qui s’appolle gaine, Certe forme a été empruntée des anciens Hermès , & rappelle à l’enfance de l’art , au temps où pour représenter une figure 4’iiomme on fe contentoic de mettre une* tête , ou même une pierre ronde , iur un poteau. Les termes font ordinairement defirkiés à la décoratio-n des jardins. On les place aufli quelquefois fous des entablemens, & ils font l’effet des caryatides. Le terme marin cft celui qui fe termine en queue de poiflbn, au lieu de fe terrr^er en gaine. (L.) TERMINER {y. ad.) Ce mot n’a pas un autre fens dans la langue des arts que dai^s le langage ordinaire. Il fignifie porter un ouvrage à la perfeâion que l’artifte efl capable de lui donner. Il efb , à cet égard , fynonyme ie. finir. Ceoendant on ne peut pas toujours employer indifféremment ces deux verbes. On dit finir à l’excès & on ne dit pas terminer à l’excès. On dit aufli : Il faut finir cela davantage, & on ne peut pas dire : Il faut terminer cez davantage. Le participe fini prend une fignification fubilrantive ; on dit un fini précieux, un /mi exceflif, un beau fini , & on ne dit pas un terminé beau, excellif, précieux. Voyez l’article Finir. (L). - TERRAIN (fubfl. mafc.)Ce mot efl confacré au payfage. Voyez l’article Paysage. TERRASSE, (fubfl. fém.) Voyez ce qui en eft dit à l’article Paysage.

TÊTE. ( fubfl. fém. ) C’efl celle de toutes les extrémités à laquelle les artilles doivent mettre le plus de choix & d’étude , parce que les regards fe portent d’abord fur la tête , qu’elle efl : le principal fiège de la beauté, & ; que c’efl fur elle que fe peignent les plus foibles ivuances des affeftions de l’ame. Voyez C9 qui a été extrait de Winckelmann fur la tête, dans la première partie de VHifioire de la Scidpture , premier article Scuipturï. La forme ovale que décrit la tête ne doit être ni trop courte, ni trop allongée -, elle ne doit fe terminer d’une manière aiguë , ni dans fa partie fupérieure , ni dan, ? fa partie inféineure.

Les petites têtes ont de l’élégance & de la noblefle -, les greffes têtes de la pefanteur. Gemnie l’œil fe fert fur-toat de la propgrtio.n de la fef ?~~pour mefurer les autres parties &a corps, fi elle efl greffe, le corps renfermera moins de fois la mefure de la-tt^e, & fera court. Si au contraire la tête elt petite , le refle de la figure contiendra un plus grand nombre de mefures de la tête-, 8c par confequent la figure entière fera grande & élégante. Lyfippe qui s’occupa fur-tout de l’élégance & de la grâce,, fit les têc :s plus petites que fes prédéceffeurs , & cette circonflance parut affez importante, pour que le fouvenir ert ait été confacré par les anciens hiftoriens ds l’art.

Un grand front efl : un témoignage des infultes du temps, puifque la nature a coutume de prodiguer-ies cheveux au jeune âge. On voit par les ouvrages des anciens poè’res & par rinfpeciion des têtes antiques, que les Grecs eftimnient les petits fronts. Ils vouloient que la forme, ni trop plate, ni trop relevée, en fût arrondie dauct-uLcri : des deux côtés ; ce qui n’arrive pas quand les tempes font dégarnies de cheveux , défaut que les modernes ont quelquefois érigé en beauté.

Les anciens paroiffent avoir donné la préférence aux cheveux blonds. Ces cheveux conviennent bien aux figures qui reprofcntent le jeune âge, & fur-tout aux divin-tés célèbres pat leur jeuneffe inaltérable , telles qu’Apollon , Bacchus , Vénus , Hebé. Des cheveux noirs pjurroient donner de la fierté aux têtes de Junon & de Pallas. Les peintres peuvent ai-" mer les cheveux blonds & ceux que les "anciens appcJloient dores , parce qu’ils ont une tçinte jaune plus ou moins forte. Ces fortes de cheveux fe marient doucement avec la couleur d’une belle peau. Cependant les cheveuK bruns qui fe détachent fièrement fur la peau. Se en relèvent l’éclat, peuvent aufli produire de beaux effets de peinture. Les cheveux châtains , les cheveux cendrés tiennent le milieu entre les cheveux blonds & les cheveux bruns, & les peintres ne doivent pas négliger l’ufage de ces variétés.

Les fourcils , fans trop d’épaiffeur, décrivent un arc médiocrement tendu , & ne doivent être ni’ trop écartés , ni trop rapprochés l’un de l’autre. Les modernes , ou du moins les François, aiment les yeux à fleur de tête ; les anciens les enfonçoler.t fous l’os qui fert de fupport au (burêil ; ils confidéroient l’œil avec fon enchâffement , com.me farmant une des grandes parties , une des parties capiiales de Iztête, & ils donnoîent à cette partie 1» plus de grandeur qu’il étoir poflible, par le principe qu’ils’ s’étorent fait d’agran-dif ies-gratides formes. Les modeyies paroiffent confidérer l’œil d’une manière ifolée tk indépendarnraent de Ton enchâffement, ce qui efl urie ^c vite manière devoir la nature. L’çeil ifolé n’ell £{u*unQ î

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petite partie de la tête. L’aftifle qui voit la nature en graml , la faifit dans fes grandei parties, &z c’efl . dans ces grandes parties qu’il cherche enluite les détails. Si l’œii i’enfonce modérément fous l’os qui lui Tert : de toît , l’effet efc plus grand , parce que l’ombre artée par cet os ell plus grande elle-même. es 5eux médiocrement ouverts & : allongée ont beaucoup de douceur ; ils conviennent â Vénus : ceux qui font très-ouverts ont de la fierté ; on les attribue à Junon. "-Les plus belles joues l’ont arrondies : l’unité n’en doit être interrompue , ni par la trop forte éminence des es qu’on appelle pommettes , ni par ces trous qu’on appelle fofiettes. Les joues enfoncées font la marque d’une natirre foufFrante & dépourvue d’embonpoint. L’enfoncement modéré des joues peut fervir à désigner une longue douleur.

■Les oreilles ne doi’en : pa- être trop’grandes ; elles s’arrondiîfent , & : décrivent des formes variées qui méritent une étude particulière. Les Grecs faifoient décrire au nez une ligne droite & : continue avec celle du front ; ils refpeûoient l’unité dans cotte partie , & l’unité efl : interrompue par les détails qu’on peut y ajourer. On doit imiter à cet égard la pratique des Grecs, au moins pour le’-, téies idéaies, réfervant les_ détails individuels pour les figi :res qui ne s’élèvent pas jufqu’à la nature divine ou héroïque : encore , dans le grand ftyle , fera-t-on bien de s’écarter fort peu de la manière des anciens , puifqu’elle a plus de grandeur. Il ell a’fe de reconno’itre que, dans les têtes qui ne l’ont pas des portrait ?, ifs" Te" font attachés à la nature confidé_ré-c’en général , faifant abllraftion de tout ce qui n’appartient qu’à la nature individuelle. Cette grande manière d’obferver la figure humaine mérite d’être adoptée dans le genre de l’hifloire ; elle élève ce genre à la hauteur de la poëiîe fublime. Si l'on fe propofe d'e>:primer quelques unes des vérités de la nature individuelle , on peut obfcrver que les nez modérément aq’uilins ont«de la nobleffe ; que les nez fort faillans , fort.appîatis, très-longs , très-cowrts font défeflueux , & ne doivent être repréfèntés que d-ins ce qu’on appelle la peinture de genre , qui ne s’élève pas au-delTus de la nature commune.

C’eft un défaut à la bouche d’être trop grande , c’en eft un d’être trop petite : les lèvres ne doivent être ni plates , ni fort épaiffes ; l’inférieure eft plus épaiiTe que la fupéïieure. Ce n’eft que dans des fituations violentes , qu’on repréfente la bouche fort ouverte : il eft même rare qu’elle le foit affez pour laifler appercevoîr les dents ; quoique cela puilTe être agréable quand J’expreffion l’autorife.

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le menton qui termine la face s’ctrondit agréablement ; il la dégrade d’une manière ridicule s’il s’allonge en pointe ; il n’eft pas moins défeflueux quand il eft trop court. Cet article eft peut-êne trop long. Il efl inutile àf ceux qui feront une étude particulière delà tête ; il ne l’eft pas moins à ceux qui ne la feront pas. {//^^inckelmann , Hijl. de l’an. ) ’ .

THEATRAL, (adj.) Quand les arts de peinture & de fculpture ion : exercés chez une nation qui a le go^ le plus vif pour les re«  préfentations théâtrales , & qui fe livre chaque jour au plaifir de ces repréfentations, il doit arriver qu’elles prendront de l’influence fur ces arts , & que les ariiftes , au lieu d’étudier la nature elle-même , le contenteront d’imiter les comédiens. Alors les ouvrages da l’art feront des imitations non de ce que font les hommes dans telle action, dans telle affeélion ; m.ais de ce que font les imitateurs de ces affeclions & de ces aûions. Si ces imitateurs, c’eft-à-dire les ccmédiens , fe livrent à de fauffes conventions au lieu de faifir & de fuivre la nature ; s’ils mettent une afreflation étudiée à la place des attitudes, des mouveraens , des geftes que la nature infpire aux hommei fuivant les allions qu’ils font , ou les affections dont ils font pénétrés, les ^rtiftes s’éloigneront des vérités de la nature , & adopteront tous les vices des modèles qu’ils fe font chcifis. Ces vices ont affefié l’art en France plus que dans tout autre pays, parce que la capitale de la France a des fpeflacles journaliers , & qu’aucun peuple n’eft plus avide de fpeâacles que celui de Paris.

Il s’eft donc formé dans la peinture un ftylé faux, qu’on a nommé ûye théâtral. Les cornpofitions n’ont plus reprefenté Thiftoire, mais des fcênes de théâtre. Les attitudes, les geftes, les expreffions des perfonnages , ont été ceux : des comédiens, & l’art a été d’autant plus dégradé , que fes ouvrages n’ont plus ’été que des imiiatioAs imparfaites d’imitations elles-mêmes défeétueufes. Comme les aéleurs tragiques s’éto’ent ridiculement écartés de la nature , le3 peintres, en les copiant , .s’en écartèrent encore davantage , par la raifon que les copiftes exagèrent toujours les vices de leurs originaux ; tk : ils furent imités par les ftatuaires, ( L. ) TIMIDE, (adj.) L’apparence delà timidité déplaît même dans un bon ouvrage ; on veut qu’au mérite d’être bien fait, il joigne celui de paroître avoir été fait hardiment. On eft devenu- fi’ difficile, qu’on exige que l’artifte joigne -aux qualités qui forment îe vrai talent , celles qui dépendent de la main , comms '^oS

T O I

l’aifance du trait , de la touche , du pinceau. (L.)

TOILE, (fubft. fém. ) On n’a pas de preuve que ies artiftes de l’antiquité aient peint fur toile avant le règne de Néron. Depuis la renaiflance des arts , on a longtemps peint fur le bois , ou le cuivre. La toile enfin a été plus généralement adoptée. Certains peintres ont préféré les coiles fines ; d’autres des toiles fort groffières ou des coutils. Le choix, à cet égard, doit être fubordonné au goût de l’artî !j|p & à fa manière d’opérer. ( L, )

TON, (fubft. mafc. ) Ce mot, applicable dans la langue françoife à une infinité d’idées liiétaphyfiques, lorfqu’on veut en exprimer la nature ou le degré, a, dans I’art , un fens général Ik un fens fpécial.

Nous avons dit que i’ufage du mot to« étoit fort étendu : en effet , on dit , le ton de la bonne compagnie , le ton du fryle , le ton àzns la manière de s’exprimer, 8c fur-tout le tan dans la musique ; art où ce mot paroît être propre : il ne femble applicable à toute autre idée que dans le fens figuré.

C’efl : ainfi que , dans I’art , on dit généralement parlant : Cette ejlampe ejl d’un beau TON, d’un TON vigoureux , fuave, chaud , argentin, fourd, lourd, &c. Ce tableau ejl dun ton ferme, clair, brun, rouge , gris, &c. &c. On dit : Il faut hauffer le ton de cet ouvrage , pour exprimer la néceflité d’en rendre les couleurs plus vives , & encore mieux , celle d’en rendre les maffes plus décidées , & les objets plus faillans.

Mais, comme nous l’avons dit dans l’article Teinte , l’emploi fpécial du mot ton, efl d’exprimer les degrés de clair ou de brun. Couleur du même ton , dit un petit vocabulaire à la fuite du poëme de Dufrefnoy, c’ejîà-di-e , couleur qui n’ejl ni plus claire ni plus hrune.

Dans les teintes d’un objet, il doit donc y en avoir qui foient de difFérens tons, pour ^es difFérens degrés de clair ou de brun. Les tons- d’un ouvrage tiennent à l’art du clair-obfcur : airfi ils doivent être étudiés dans la gravure , dans les delTins & dans tous les genres de peinture, avec la même exaflitude : ce n’eft que par la connoiffance des TONS , l’arr de les manager, de les appliquer avec précifion , que l’on peut mettre chaque partie d’un ouvrage à fa vraie place , donner du corps aux objets , & faire avancer ou fuir ceux qui doivent paroître près ou loin de la vue. "Voyez le mot Teinte. ( Article de M, Ro Bi N.)

TON

ToM. Ce mst vient du verbe grec «ifWçj je tends. Le ton e&. la tenfion, l’intenfité ou d’une couleur, ou d’un efïét de clair-obfcur. Il paroît , par un paffage de Pline , que les Grecs entendoient ordinairement par le mot Tocor , ton dans la peinture , ce que nous ap pelions la couleur propre de l’objet. Il dit que le ton eft autre choie que l’éclat , & qu’il fe trouve entre la partie frappée de la plus vive lumière & l’ombre. L. 35 , c, 5. Il feroit plus précis de dire, entre la pl«S vive ! lum.ière & la demi-teinte.

Le mot ton, relativement au olair-obfcur, exprime l’intenfité de l’effet dans la nature ou dans un ouvrage de l’art : relativement au, coloris , il exprime l’intenfité d’une couleur, j ou celle de toutes les couleurs en général’ qui font employées dans un ouvrage. Ainfl , quand on dit d’une eflampe, ou d’un deffini dans lequel on n’a fait ufage que du noir &i du blanc , que le ton en efl foible ou vigoureux , on entend que ce mélange du noir & du blanc y eft porté à un fort ou foibk : degré d’intenlité. Comme une couleur , ou linj mélange de plufieurs couleurs, & ce qu’on appelle une teinte , peut avoir plus ou moins d’iii-, tenfité ; cette couleur , ou ce mélange prendl le nom de ton quand on le confidère relativement à cette intenfité, Ainfi les couleurs mélangées , lorfqu’on les confidère relativement à leur mélange , prennent le nom de teintes confidérées relativement à leur intenfité, elles prennent celui de ton.

On ne doit donc pas être étonné que I’ufage ait permis de dire affez indifféremment teinte , ou ton. Un tableau eft d’une teintt gr fe , parce que le mélange des couleurs dont il efl : compofé forme une teinte générale grife : il eft d’un ton gris, parce que l’intenfité de l’effet général n’y eft pas porté au deffus du gris. On voit , par cet exemple , que la teinte générale d’un ouvrage forme fon ton général , & que fi cette teinte eft jaunâtre , l’intenfité de l’effet dans le tout-enfemble , ou ce qu’on appelle le ton, fera jaunâtre. Un ouvrage eft d’un ton vigoureux, parce qu’il eflt rendu à une grande vigueur d’effet ; & il eftj en même temps d’une teinte vigoureufe, pareej que cette vigueur d’effet eft produite par le| mélange des couleurs dont le peintre a faîtj ufage. L’artifte a compofé -fur fa palette, ouj au bout de fon pinceau, des teintes vigoureufes,i d’oii il a dû réfulter que fon tableau s’efl monté à un ton vigoureux. (L.)

TOPOGRAPHIE (fubft. fem.) Ce mot emprunté du grec , fignifie peinture d’un lieu : G’eft la repréfentation fidèle, on pourroit dire le portrait , d’un temple , d’^un édifice ^ d’un port , d’une partie de la campagne. Le T O R

)e !ntfe quî adopte ce genre fa nomme topo’ graphe. Mais ces mots ne font point ulités dans la langue des artifles, & les ouvrages de ce gente fe nomment des vues. On les nomme aufli des perfpectives, quand ils repréfentent des intérieurs d’édifices ou des vues Fuyantes, telles que des allées d’arbres, desr gorges de montagnes , &c. Le mot topogravhie eft particulièrement conlacré à l’art de HrelTer des cartes topographiques. Elles font linfi nommées , parce qu’on ne fe contente pas d’y indiquer, comme dans les cartes géographiques, les rivières, les villes, les villages, es montagnes : mais qu’on y défigne avec "oin la fuuation des chemins, des buiffons , lies monticules , des ruiffeaux , &c. Ces cartes ont fort utiles aux militaires. (L.) I TORSE, (fubft. mafc.) C’eft le nom que ■es artiftes donnent à dej ftatues mutilées dont 1 ne refte que le tronc. Toutes les perfonnes ([ui font familières avec les arts , connoifTent e fameux torfe antique, que l’on regarde crame un précieux fragment de la figure l’un Hercule. » Le torfe du Belvédère eft f ; entièrement idéal, dit Jlengs , & l’on y ) trouve toutes les beautés des autres fiatues , • jointes à la plus parfaite variété Se à une . touche imperceptible. Les méplats n’y font |i fenfibles qu’en comparaifon des parties plus I rondes, & les formes rondes qu’en compa-

! railbn des méplats : les angles font plus petits 

que les méplats & que les parties ron- 1 des, & ne pourroient fe diftinguer fans les

petites faillies dont ils font compofés. ( L.) 

TOUR, (fubft. mafc.) Ce mot n’appartient is fpécialement à l’art. 11 s’y employé , jmme dans le ftvle familier , lorfqu’on dit : jette figure a un bon tour ; cette compofition

! un bon tour ; il faut tâcher de donner un 

eilleur tour à cette partie. Le tour de cette ’jure eft roide, n’eft pas naturel, Sic. (L.) ITOURMENTER. (v. aa. ) Tourmenter un iodèle, c’eft lui faire tenir une pofe à la-’lelle fe prêtent difficilement la ftrufture Se s refforts du corps humain , & qui , par jinféquent, le met a a. ^ène. Tourmenter une Jjure , c’eft lui donner une attitude, unmoutiment qui n’eft pas dans la nature, & qu’on ii pourtoit faire prendre à un modèle vivant. lourmencer la couleur, c’eft l’employer avec certitude, brouiller les teintes au lieu de ^ fondre, remettre les unes au deffus des ^tres des couleurs qui , par leur mélange, fe pifent mutuellement , les fatiguer par des uvemens de pinceau maladroitement répé-

enfin , c’eft tout ce qui eft contraire à la

inœuyre d’uji pinceau faci^e , adroit & af-T O U


furé. Une compofition tourmente’e , eft celle à laquelle on affede de donner beaucoup plus dg mouvement que le fujet n’en exige , & même qu’il n’en permet. Enfin , on tourmente les contours quand on leur fait décrire des lignes exagérées que la nature défavoue. (L). TOUT-ENSEMBLE, (fubft. compofé. ) Venfemble fe dit fur -tout d’un feul objet ; Venfemble d’une figure , cette figure n’eft pas enj’emble , ou eft bien enfemble ; cette tête eft d’un bel enfemble. Le tout-enfemble fe dit de . la compofition entière , quoique le mot enfemble foit auffi employé dans ce fens. Il faut facrifier les détails qui feroient capables de nuire au tout- enfemble. Des objets qui ont de la beauté , conliderésféparément, peuvent nuire au tout - enfemble. Il ne fuffit pas d’étudier chaque partie de fon fujet , il faut en embrafler le toui-enfemble. On peut être capable de bien traiter des parties ifolées, & ne l’être pas de concevoir un tout enfemble. Quelquefois de beaux effets, des eftets brillans j détruifent l’accord du tout-enfemble. Il en eft de même de la couleur ; les tons qu’elle produit : doivent être ménagés relativement au tout’ enfemble.

Quand on employé le mot enfemble pour indiquer le tout-enfemble , c’eft-à-dire la totalité de l’ouvrage , il faut fouvent en déterminer le fens pour qu’il fe rapporte évidemment & fans équivoque à cette topalité. On dit alors S ! enfemble du tableau , du fujet , de la compofition. (L. )

TOUCHE (fubft. fem.) TOUCHER.

( V. acl. ) On dit touche hardie., touche fine ^ fpirituelle .1 lourde., légè : e &c.^ On dit auffi toucher avecfentiment les chairs ^ avec vérité les étoffes , avec efprit le payfige-y avec fierté les animaiix & même la nature morte.

Ces deux manières de s’exprimer ont des fignifications affez différentes que je vais effayer d’expcfer.

La touche eft une manière de défigner dans les arts d.i deffin & : de la peinture certains accidens, certaines circonftances de l’apparence vifible des corps ; accidens & circonftances occafionnés par leur nature , par leurs pofitions ou par leurs mouvemens.

Lorfque le delfinateur place la touche, lorfqu’il ? L prononce , qu’il l’appuyé., c’eft parce qu’alors il eft frappé plus particulièrement, plus eîipreirément de l’effet que produifent quelques uns des accidens ou des circonftances dont j’ai parlé.

Dans l’imitation que l’artifte fait d’une figure humaine, fi la touche qu’il employé eft déterminée par les feules courbures du contour ios

T O U

qui font que certains endroits de ce contour t>ii du trait font privés de lumière & fe delfinent en ombre, il n’y a rien qui ait rapport aux impreflions de l’ame & à.l’cxpreffion des paffions qui-infpirent cependant les ufages les plus fpirituels & les plus intéreffans de la touche.

Si la touche eft marquée par l’artiffe d’après le fentinxent qu’il a du jufte mouvement~^e la figure qu’il delfine ou qu’il peint, elle peut-être Cpirituelle , fine ; elle peut avoir pour faut de faire fentir la grâce ou la force , d’après l’impreflion qu’en a l’arcille. Ce n’eft pas encore !à tout- à- fait ce qu’on nomme couche d’exprelîion ; mais fl le delfii^ateur ou ie peinire f.rononùe ii : appuyé la touche infpiré par l’on imagination qui lu ; reprufenie fortement les accidens que prodjifenr Tur les apparences des corps les grandes painons, ou fi mieux encore , il prononce cet e touche d’après la nature même, alors la touche elt cci.e qu’on appelle touche des grands maires. C’eft le figne in ;mirabio qu’ils imfr’ment à leurs ouvrag ?s, fl^^e qui les fait reconnoître & qui les diftingi.e des copies qu’on en fair . La touche a pi-js ordinaireinent & plus fréquemmenc lieu, lorlqu’ n deiline ou qu’on peint la tê ;e, que dans la reprélen.a ion d>i relte de la figure. Il y en a dei.x railVin :. principales. Prem.èrement , les rrairs du vii’age expriment par beaucoup plus de moyens Ô> ; ibnt l’obiei bien plus habitiiel ie i’acrention de ceux qui obierven :, que les aiine- parties du corps. Les hommes s’expr msntei ; .s’entendent par les regards , ik. les yeux é.anr en poirelFion d’êire les m.roirs de l’amp, c’eft fur eux que le porte l’acten.ion , comme auffi c’oft dans la promptitude & le caractère de leurs mouvemens qu’on comprend j.lus vice oc plus expreliivement la penl’ee. La bouche qui n’eft pas éloignée des yeux eft m.ie par i ;ne infini :é de mufcles qui en modifiant let expreifions. Le nez, le front , les joues accordent leurs mouvemens à ceux des yeux & de la bouche , 5 ; cette réunion de fignes rend en effet la tête le principal organe de l’exprellion , & par conféquen- i’objet oii l’artifte place , prononce , appuyé la touche avec plus ou moins d’energe.

L’ne féconde raifon qui fait que la t-e s’arroge prefque exclufivement, furtout chez les modernes, lepri.ilége d’exprimer, c’eft que, hors les mains, toutes les autres parties étant cou vertes, nous ne pouvons ni bien obferver , ni par conféquent, regarder con.me aulFi importances les expreflions dont toutes les parties du corps font fuicep’.ib !e>.

Cependant comme la nature le>a rendues fjfceptibles chaci-ne à fa manière, de concourir à- l’exprefiîon, ciUoite que tout le mainiien d’un homme contribue à faire conno’itre i’im-T O U

preflion de fon ame & que les extrémités fur-’ tout, comme les mains & les pieds, ont auffi une allez grande variété de mouvemens, il arrive que la négligence qu’on a trop fouvent de connoître bien leur langage, rend les figures froides dans toute l’habitude du corps, tandis que la touche^ quelquefois exagérée, indique dans les tètes un excès de palTion Plus !a touche eft donc énergique, furlevifage d’un homme pafîiunné, plus, ii les autres partie^ ne partagent pas autant qu elles le doivent cette paflion , plus , d :s-je, la figure doit être dans une lone contrariété avec eiie-même ; cette contrariété, fans qu’on s’en rende bien com-’te. dé.ruit ou affoiblit beaucoup l’effet qu’i.n s’eft efforcé de produire. Les habiles pantomimes on doit rappellerroiiV vent les peintres à cet art, qui iè rapproche plus qu’aucun autre de celui qu’ils pratiquent). ie.> habiles pantomimes font coiifi’ler la perreclion de leur.^ imiia’.ionî dans ce poinr Aulîi e célèbre Ga^’ick , qui excelloit dans l’art de l’iniitaiion théà raie , voyant un comédien contrefaire un himaie ivre avec beaucoup de vé- ! rite, par rindeierminaiion des regards, par le délbrdre de fes tiaits & l’embarras de fa paroles lui difoit, obfervanr que le refte de la figure na répondoir pas à ces expreflions : u Mon amiJ » ta tête eft véritabiemînt ivre ; mais tes n mains, tes doigts, te^ pieds, te^ jambes , ton. n curps font plein de raifon. »

Je parloii, de l’inconvénient qui réfilte dt ce que la tête s’attribue trop erolufiremein toute l’exprelTion. Il en eft une fuite qui dor frapper tous ceux qui y réfléchirent un moment c’eft que, par ià , l’idée de iabeaute lé trouvi infeiifiblement réduire parmi" nous ( j’en excepte les artifte^) aux for.ties dttS t aits, abitraâioi raite de leurs rarports & de leu.-s proportion ! rela’ives avec tout le refte de la figure ; ci qui autorife la diverfiré des opinions à cei égart à réduit la beauté à être une forte d’objet à( fan „j e.

Pour revenir à la touche & en donner, s’i ’ fe peut, l’arplication la plus fer.fible, je dot dire que ce qu’on nomme le trait eft une ligm qu’on peut fuppolèr éii ;ale dans toute fon éten due^ & : à l’aide de laquelle on trace la figun des corps, pour en faire la repréfentation pa le deflin ou la peinture. ’

Si l’on s’en tient à défigner cette forme pa un tra t égal, il n’eft rien dans cette manière d’opérer qu’on puiffe nommer la. touche, D^ même fi , en peignant, on marque par une couleur uniforme les fermes d’un corps , cette peinture fera une forte d’enluminure qui n’offrira n caraflère , ni f oz/tÂe -, mai !; fl, en dirigeant crayon, l’artifte fait attention aux accidensparti cul icrs que produit le clair-obfcur fur des objet éclairés & de relief j fi, à l’occafioii de ce acciden

  1. (1) Nous devons la plus grande partie des matériaux de cet article à l’ouvrage intitulé : Vies des fameux architectes & sculpteurs, par M. D…, de l’Académie Royale des Belles-Lettres de la Rochelle. 2 vol. in-8o, Paris, 1787.