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Entretien des écoles

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CHAPITRE III

ENTRETIEN DES ÉCOLES

Je passe les articles qui parlent des communes urbaines.

Les articles 20, 21, 22, 23 instituent l’impôt obligatoire de chaque paroisse pour l’entretien des écoles et pour la formation du capital nécessaire, à cet effet, en chaque province.

Nous sommes forcé de répéter que, malgré la clarté apparente de ces articles, il y a beaucoup de choses, et de très importantes, que nous ne comprenons pas ; à savoir : Qui calcule les sommes nécessaires à l’entretien des écoles ? À qui donne-t-on cet argent et dans quels cas les communes ont-elles le droit de se déclarer insolvables en se basant sur les articles 10 et 11 ? Je suis convaincu que toutes les communes, sans exception, désireront user de ce droit, c’est pourquoi l’explication de cette question est très importante. D’après ces articles, on comprend seulement que les auteurs du projet proposent de grever la classe des paysans d’un impôt qui doit être employé pour construire les écoles et former le capital nécessaire à leur entretien. D’après le calcul très erroné joint aux statuts, chaque paysan devra payer 27 kopeks et demi par tête (65 centimes). Cet impôt est énorme et, en réalité, il devrait être sextuplé, car le calcul cité, basé sur les données statistiques du rapport rédigé par l’académicien Vesselovsky, non seulement n’est pas fondé, mais doit absolument contenir quelque erreur typographique. Il est difficile de croire que les membres d’un comité puissent connaître si peu les conditions de l’État dans lequel ils vivent et celles de l’instruction du peuple à quoi ils ont consacré leurs travaux.

Le nombre des enfants qui doivent fréquenter l’école primaire, c’est-à-dire ayant de 8 à 10 ans, fait jusqu’à 5 pour 100 de la population rurale.

Le nombre des enfants qui doivent recevoir l’instruction primaire sera trois fois plus grand que celui-ci, car quiconque se donnera la peine d’entrer dans une école populaire verra que l’âge écolier n’est pas de huit à dix ans, même pas de sept à treize mais plutôt de six à quatorze. Actuellement, avec le nombre insuffisant des écoles, dans le district de Iassénki, pour mille âmes il y a cent cinquante élèves. Dans le district de Golovenkovo pour quatre cents âmes il y en a soixante. Dans le district de Trasniensk pour cinq cents âmes, il y a soixante-dix élèves. Partout, même avec le nombre très restreint des écoles, le nombre des élèves n’est pas 5 pour 100 de la population totale mais 12 à 15 pour 100. Il faut encore remarquer que tous les enfants ne vont pas à l’école et que les filles ne font que 1/20 de la population scolaire.

Ainsi, pour une population masculine de mille âmes, dit le projet, il faut compter cinquante garçons qui, par leur âge, doivent recevoir l’instruction primaire, et pour un nombre égal de la population féminine, jusqu’à cinquante filles.

L’enseignement d’un tel nombre d’élèves ne sera pas excessif pour un seul maître.

Comme nous l’avons montré plus haut, il y aura trois fois plus d’élèves. Mais même, il est non seulement difficile mais absolument impossible qu’un seul maître instruise à la fois cinquante garçons et cinquante filles. Chaque Russe sait, qu’en Russie, l’hiver dure six mois avec des gelées et des tourmentes, que l’été, les enfants des paysans travaillent, et que l’hiver ceux qui ont assez d’habits chauds pour aller loin sont rares, qu’ils courent les rues dans la pelisse de leur père, qui dépasse leur tête, et, après être restés un moment dehors, vite à l’isba sur le poêle. En Russie, la plupart des villages de cinquante à cent personnes sont dispersés sur un espace de deux ou trois kilomètres. Comment donc dans toute la Russie pourra-t-on réunir dans chaque école, même une cinquantaine d’élèves ? L’expérience m’a montré qu’on ne peut guère compter pour une école que sur dix à quinze élèves.

Si dans le calcul il n’y avait pas d’erreur typographique et si le projet devait en effet être réalisé, alors, en se basant sur ce calcul erroné du pourcentage des écoliers, l’impôt devrait être triplé, parce que, pour mille âmes, il ne faudrait pas une école mais trois écoles de cinquante élèves chacune. Même en se basant sur cette faute dans les calculs, et groupant cinquante élèves dans une école, l’impôt devrait être doublé ; mais si nous prenons le chiffre approximatif de vingt-cinq élèves par école, ce qui fera pour mille âmes six écoles, nous aurons six fois 27 kopeks ; déduisant 10 pour 100 pour le capital de réserve, ce qui fera environ 1 r. 50 par âme (4 francs), sans compter ce qui est nécessaire pour la construction et la réparation de l’école et pour l’impôt en nature au maître. Ce sera un impôt impossible.

Dans l’addition de l’article 23 basé sur l’observation déduite de la pratique que les dépenses pour l’enseignement rebutent souvent les parents ignorants d’envoyer leurs enfants à l’école, il est dit que toutes les fournitures scolaires ne seront pas achetées par les parents eux-mêmes, mais par les personnes mentionnées dans le projet et qui disposent des ressources pour l’entretien des écoles. Cette observation déduite de la pratique est tout à fait inexacte. Au contraire, on a observé partout et toujours que les parents achètent plus volontiers les livres, les ardoises, les crayons, afin que ces objets restent toujours à la maison, que de donner de l’argent pour l’achat de ces fournitures dans les écoles. En outre, à la maison, ces objets sont toujours mieux conservés et sont plus utiles qu’à l’école.

Bien que dans l’article 24 il soit dit : que les dépenses pour l’entretien de l’école sont faites par le starosta et contrôlées par l’assemblée du village, j’affirme que dans le projet on ne voit pas du tout à qui est confié le soin de faire les dépenses pour l’entretien des écoles : qui construira la maison d’école ; où, quand, quelle maison ; qui achètera les fournitures scolaires ? Quels livres acheter et combien ? Est-ce que cela est résolu par le projet ou confié à l’inspecteur des écoles ? La commune n’a qu’un seul droit : réunir l’argent et le donner, et encore louer ou bâtir la maison ; donner de sa terre une demi déciatine pour le maître et, le plus flatteur, contrôler les comptes des sommes dont elle ne dispose pas elle-même. Tout cela est fait, dit le projet, pour éveiller dans les communes plus d’ardeur à fournir les moyens d’entretenir les écoles.

Dans ce projet on trouve aussi : Il faut laisser aux communes l’indépendance absolue pour distribuer et rassembler la somme nécessaire à l’ entretien des écoles, ainsi que toutes les dispositions admises pour l’achat de tout ce qui est nécessaire à l’école.

Il me semble voir un manque de franchise dans cette question du projet. Il fallait dire plus simplement que les communes n’ont aucun droit, sous aucun rapport, dans la direction de leurs écoles mais qu’on les grève d’un nouvel impôt naturel qui consiste à préparer certains objets nécessaires à l’école et à tenir la comptabilité.

L’article 25 impose l’impôt naturel pour préparer le local, le chauffage de l’école et du maître. Cet impôt est très mal défini, il est très lourd, et, comme il est vague, il peut donner prétexte à des abus de la part des autorités de l’école.

L article 26 traite la même question pour les écoles urbaines.

Dans l’article 27, on explique très soigneusement que ce sont seulement les personnes qui ne paient pas ensemble qui peuvent payer à part les études.

Art. 28. Aux villes ou paroisses villageoises qui par leur petit nombre d’habitants et la pauvreté de leur population ne pourraient pas entretenir les écoles et même payer un maître, le ministre de l’Instruction publique peut donner une subvention prise au capital de réserve des écoles.

Comme on l’a lu plus haut, toutes les communes sans exception, si elles comprennent bien le sens du projet, désireront se voir appliquer l’article 28 et diront, avec beaucoup de raison, que la majorité des habitants est pauvre. (La pauvreté, surtout en matière d’argent, est, on le sait, la condition générale de la masse des paysans russes.) Qui aura le droit de définir à quelles communes pourra s’appliquer l’article 28, laquelle avant, laquelle après ? Sur qui et sur quoi se basera-t-on pour résoudre de pareilles questions ? Le projet ne nous dit rien, et ces questions, selon nous, se poseront partout.

L’article 29 répète encore une fois que la commune a le droit de faire faire les portes de l’école à droite ou à gauche, de faire faire les bancs en sapin ou en chêne, et même de ne pas se gêner pour les moyens d’acquisition. C’est-à-dire qu’elles ont entièrement le droit d’acheter ou de bâtir avec leur propre bois.

Seul l’article 30, qui promet de prendre des mesures pour obtenir des manuels moins coûteux, a toute notre sympathie.

Les articles 31, 32 et 33, à proprement dire n’ont pas rapport à la création des écoles de villages mais traitent la question de la formation du capital pour les écoles de toute la province, et nous ne pouvons pas admettre l’utilité de la mesure qui prive les communes d’une certaine partie des moyens et les transmettent aux mains du gouvernement afin que ces moyens soient employés de nouveau pour les communes. Il nous semble que cet argent pourrait être plus sûrement et plus utilement employé par cette même commune à qui on l’a pris.