Essai de psychologie/Chapitre 31

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(p. 89-91).


Chapitre 31

Autre conjecture sur la reproduction des idées.


Au lieu de supposer, comme j’ai fait, que l’ame reproduit les mouvemens d’où naissent les idées, ne soupçonneroit-on point plus volontiers, qu’excités une fois par les objets, ils se conservent dans le cerveau & que l’acte du rappel ou de la reproduction des idées n’est que

l’attention que l’ame prête à ces mouvemens ?

L’économie animale nous offre plusieurs exemples de mouvemens qui paroissent se conserver par les seules forces de la méchanique : tel est le mouvement de la circulation ; tels sont ceux de la nutrition et de la respiration qui en dépendent. Les mouvemens qui constituent en quelque sorte la vie spirituelle, ne seroient-ils point aussi durables que ceux qui constituent la vie corporelle ? Les fibres du cerveau ne seroient-elles point des ressorts si parfaits, des machines d’une construction si admirable qu’elles ne laissent perdre aucun des mouvemens qui leur ont été imprimés ?

Il est vrai qu’on a de la peine à concevoir la conservation du mouvement dans une partie aussi molle que paroît l’être le cerveau. On ne conçoit pas non plus facilement que le cerveau puisse fournir à une aussi prodigieuse suite de mouvemens que l’est celle qu’exige le nombre des idées. Mais nous ne connoissons pas assez la nature du cerveau & sa structure pour apprécier la force de ces objections.