Essai sur l’histoire de la langue bretonne

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Dictionnaire français-breton de Le Gonidec, enrichi d’additions et d’un Essai sur l’histoire de la langue bretonne
L. Prud’homme (1p. v-lxviii).

ESSAI SUR L’HISTOIRE DE LA LANGUE BRETONNE.


L’étranger qui voyage en France s’étonne, à mesure qu’il s’avance vers la mer, à l’ouest, d’entendre parler une langue différente de celle du reste du pays, et n’offrant même avec elle aucune espèce d’analogie. Les villes de la péninsule armoricaine, comprises dans les trois départements du Morbihan, du Finistère et des Côtes-du-Nord, lui présentent bien, à l’accent près, la même langue que toutes les autres villes qu’il a traversées, mais les campagnes cessent d’être françaises. S’il passe la mer et va en Angleterre, il est témoin d’un phénomène bien plus extraordinaire encore : ici, ce n’est plus seulement une province dont les habitants ne parlent pas la langue nationale, ce sont trois grandes divisions du pays, savoir : la principauté de Galles, l’Irlande et la Haute-Ecosse ; et, chose singulière, les populations qui les forment, étrangères par l’idiome à la masse du peuple anglais, s’entendent entre elles quoique séparées, et peuvent comprendre à la rigueur les habitants de la péninsule armoricaine.

La science philologique et historique a cherché la cause de ce fait curieux, et elle a trouvé que les Bretons de France, les Gallois, les Irlandais et les montagnards de l’Ecosse, appartiennent de plus ou moins près à une même famille primitive, dont chaque rameau parlait un dialecte d’une langue commune, qui, à travers les siècles et avec des variations inévitables, est arrivée jusqu’à nous. On peut même écrire l’histoire de cette langue, depuis les premiers siècles de l’ère chrétienne ; assez de monuments littéraires authentiques nous restent pour la faire ; mais, en remontant plus haut, la tâche devient difficile, faute de textes originaux : elle n’est pourtant pas impossible, et nous la tenterons par le moyen que nous indiquerons tout à l’heure ; puis, après avoir cherché quels étaient les caractères de la langue que parlaient les ancêtres des Bretons de Galles et d’Armorique, et des Gaëls d’Irlande et d’Ecosse nous nous arrêterons à l’histoire particulière de la langue bretonne armoricaine, qui fait l’objet de ce travail. Il se divise en quatre époques : la première, concernant les origines, embrasse les temps obscurs antérieurs au christianisme, et va jusqu’au ve siècle de notre ère ; la seconde s’étend du ve siècle au xiie ; la troisième s’arrête à la fin du xve siècle ; la quatrième comprend les trois derniers siècles et le nôtre.

PREMIERE ÉPOQUE. — ORIGINES.

Il y a longtemps qu’un des philosophes les plus illustres du xviie siècle a proposé à l’examen de l’Europe savante, le sujet qui va nous occuper dans ces prolégomènes. « Pour se faire une idée exacte, disait Leibnitz, des anciens dialectes de la Gaule et de l’île de Bretagne, il faut étudier les langues bretonne, galloise, écossaise et irlandaise qui en sont des débris.» D’où vient que cette importante question n’a pas encore été traitée comme Leibnitz le demandait, et comme elle le mérite ? Sans doute, de ce que les principes de critique qui servent à l’étude comparée des langues, n’avaient pas encore été solidement et scientifiquement établis. Grâce à ces principes désormais fondés par les admirables travaux de MM. Grimm, Bopp, de Humbold, et surtout de notre compatriote M. Eugène Burnouf, nous pouvons explorer moins aventureusement le ténébreux domaine des idiomes vulgairement appelés celtiques.

Nous aurons à les examiner sous le double rapport du vocabulaire et de la grammaire.

A défaut de textes antérieurs à l’ère chrétienne, nous avons d’abord les mots cités comme celtiques par les anciens, ensuite les vieux noms de lieux, de peuples et de personnes de la Gaule et de l’île de Bretagne, qu’on peut regarder comme une suite de monuments historiques qui parlent d’eux-mêmes ; enfin, les dictionnaires et grammaires des Bretons-armoricains et gallois, d’une part ; de l’autre, ceux des Gaëls d’Irlande et de la Haute-Ecosse. Or, les locutions gauloises données par les écrivains de l’antiquité, ainsi que plusieurs des dénominations primitives de la Gaule et de l’île de Bretagne, s’expliquent par les dialectes celtiques de cette île et du continent, et, en rapprochant et comparant les vocabulaires actuels de notre Bretagne française, du pays de Galles, de l’Ecosse et de l’Irlande, on voit qu’ils offrent une telle multitude de mots semblables exprimant la même idée, qu’on pourrait, à l’aide des dictionnaires bretons et gaéls composer un vocabulaire dont chaque expression appartiendrait à chacun des idiomes celtiques en particulier et à tous en général [1]. Quant à leurs grammaires, elles présentent les mêmes caractères fondamentaux, et il ne serait pas difficile assurément d’en écrire une commune à toutes les branches de la famille celtique [2]. C’est ce qu’il s’agit de prouver.

Procédant naturellement du connu à l’inconnu, je dois examiner d’abord les mots gaulois cités et traduits par les écrivains de l’antiquité. La liste est longue, j’en ai compté sept cents qui se retrouvent dans les quatre dialectes celtiques modernes. Ils montrent jusqu’à l’évidence que l’ancienne lexicographie des peuples celtes, du moins pour les termes usuels, ne différait pas essentiellement de leur lexicographie actuelle. La plupart des dénominations que les peuples n’empruntent pas, et dont se servaient les premiers habitants des Gaules et de l’île de Bretagne, sont encore en usage parmi leurs descendants d’Irlande, d’Ecosse, de Galles et d’Armorique. Ainsi je retrouve dans la langue de ces derniers les noms que leurs ancêtres donnaient aux animaux indigènes : marc’h le cheval [3] ; tarv, le taureau, et garan, la grue [4] ; alaoud, l’alouette [5]. J’y retrouve sous leur nom actuel tous les arbres, toutes les plantes du sol : derô, le chêne [6] ; bedou le bouleau [7] ; gwern, l’aulne [8] ; rad, la fougère [9] ; pempedul, la quintefeuille [10] ; les instruments de guerre ou autres dont les Gaulois faisaient usage : spar, la lance [11] ; kateïa, le couteau de combat [12] ; matarc’h, le javelot [13] ; trifenn, le dard ou fer à trois têtes [14], et isarn, le fer lui-même [15] ; tach, l’épieu armé d’un clou [16] ; petorrod le char à quatre roues [17] ; beg le crochet [18] ; gwinmeled, la vrille [19] ; triped, le trépied [20] ; chroth, la rotte ou la lyre [21] ; leurs mets favoris et leurs boissons : bresk, leq gâteau de miel ou craquelin [22] ; bras, le grain moulu [23] ; kurv, la cervoise [24] ; zist, le cidre [25] ; les différentes parties de leurs vêtements : brag, la culotte [26] ; saé, le savon ou jupon [27] ; lenn, le manteau [28] ; les couleurs dont ils se peignaient le corps et particulièrement le glâz ou la couleur bleue [29] ; tout ce qui entrait dans la construction de leurs demeures : kraeg, les pierres [30] ; didoron, les tuiles longues de deux palmes [31] ; barrenn, le verrou qui fermait la porte de leurs maisons, et argel l’habitation elle-même [32] ; les principaux membres ou les organes du corps : penn, la tête [33] ; bek, la bouche [34] ; doron ou dorn, la main [35] ; garr, la jambe [36] ; les différents offices de l’homme dans la société, depuis l’éporédia ou dresseur de poulains [37] et la trimarc’hésia ou triple cavalerie [38], jusqu’aux ministres du sanctuaire : Barz, le barde ou chanteur du temple [39] ; drouiz, le prêtre ou homme du chêne [40], aussi appelé bélek, nom qui se rattachait à celui du dieu Bel, dont il était le ministre, et qui, par un phénomène assez étrange, est encore celui des prêtres chrétiens, chez les nations celtiques [41] ; enfin, les dénominations particulières de la divinité elle-même : taraniz, le tonnerre ; kernunos, le cornu ; grianuz, le brûlant, euzuz, l’effroyable, et Diw, Dieu, son nom général [42].

Voilà plus de preuves qu’il n’en faut, je pense, pour soutenir ma thèse ; j’en pourrais produire beaucoup d’autres ; celle, par exemple, si décisive des nombres, désignés autrefois de même qu’aujourd’hui : div ou diou, f., deux ; tri, m., trois ; pétor ou péder f., quatre ; pemp, cinq [43], etc. Mais je ne puis résister au désir de citer la suivante, aussi curieuse qu’historique. « César combattant en Gaules, dit Servius, fut enlevé par l’ennemi. Comme celui-ci l’emportait tout armé sur son cheval, arriva un autre Gaulois qui, le reconnaissant, s’écria, avec un geste de mépris : Cecos Cæsar, ce qui, dans la langue des Gaulois, signifie : lâchez César, et effectivement il fut relâché. C’est César lui-même qui raconte cette anecdote dans ses Ephémérides, en s’applaudissant de son bonheur [44]. « Vraie eu fausse, elle prouve qu’au témoignage des Romains, le mot cecos signifiait lâchez, en langue gauloise. Hé bien ! il a la même signification en gaél d’Irlande et d’Ecosse et en breton-gallois [45].

Si, après avoir cherché et retrouvé, dans ces différents dialectes, les mots cités comme celtiques par les écrivains anciens, et interprétés par eux de la manière qu’ils le sont encore, nous dressons la liste des anciens noms de lieux, de peuples, et d’individus que l’histoire ou la géographie de la Gaule ou de File de Bretagne nous ont transmis, essayant de les interpréter nous-même, cette étude nous donnera un résultat semblable : ils présentent en effet pour la plupart, des radicaux communs aux quatre dialectes celtiques modernes. Une pareille appréciation a ses dangers, je le sais : nous n’avons plus l’histoire pour guide, comme tout à l’heure ; nous quittons un terrain solide pour entrer dans le champ mouvant des conjectures, et les extravagances des érudits qui nous ont précédé, ont singulièrement discrédité l’instrument dont nous devons faire usage ; ce sera pour nous une raison de nous en servir avec la plus grande prudence, et de ne produire que des inductions incontestables. Les moins douteuses, ce me semble, peuvent être tirées de tous les noms anciens où l’on rencontre les racines, dun et hré, montagne ; penn, pic, sommet, éminence ; komb, vallée ; glenn, vallon ; mag, plaine ; luc’h ou louc’h, marais ; man et men, pierres ; kraeg, roche ; kar, ville ; dour, eau ; lenn, lac ; aven, aon, an ou on, rivière ; môr, mer, qui appartiennent, plus ou moins modifiées, aux quatre dialectes celtiques. Tels sont Uxellodunum, la haute montagne [46] ; Brannodunum, la montagne des corbeaux [47] ; Camulodunum, le mont de Camulus ou de Mars ; Moridunum, le mont de la mer [48], d’où les dunes, Verdun, Issoudun et Dun-le-Palletau ; Bremenium, la montagne des pierres [49] ; Alpes-Penninœ, les blancs sommets [50], d’où Penne (Aveyron, Lot, Lot-et-Garonne et Tarn) ; Cambonum, la vallée de l’eau [51], d’où Cambon (Loire-Inférieure, Aveyron et Tarn) et Comps (Ille-et-Vilaine, Seine-et-Marne, Allier, Ardèche, Creuse, Drôme, Gard et Gironde) ; Glenum, le vallon [52], d’où la Glène (Aveyron), Glenan (Finistère), Glenac (Morbihan et Cantal), Glenic (Creuse), Glenet (Deux-Sèvres), Glenus (Aisne), Glenons (Vienne), Gleni (Corrèze), et plusieurs autres localités soit de France, soit d’Angleterre.

Tels sont encore Carentomagun, la plaine des amis [53] ; Lutetia ou Lucotetia, la bourgade du marais ou des marais (a) ; Mangunium, la pierre polie (3) ; Alpes-graiae, les roches blanches (4) ; Carilocus, la ville au coq (5) ; Carpentorax, la ville aux maisons entassées (6). Tels encore la rade d’Aliocannus, ou au sable de couleur blanche (7) ; Darovernum et Vernodubrum, l’eau des aulnes (8) ; Lendunum, le lac profond [54] ; Avenio, les eaux [55] ; Redanus ou Rodanus l’eau courante ou l’eau rapide (i i) ; Garunna, l’eau impétueuse (12) ; Morbihum (pour Morbihan), petite mer ou mare conclusum, ancien nom d’un golfe de l’île de Bretagne, d’où celui d’un de nos départements de France ; Moricambus, vallée de la mer (i3).

Ces mots et tous ceux qui ont les mêmes racines se décomposent et s’expliquent naturellement et sans effort à l’aide des dialectes celtiques vivants.

Il en est de même des noms de peuples ou d’individus soit de l’île de Bretagne, soit du continent gaulois : ceux des Gangani ou (hommes) tout blancs, plus tard appelés Venètes, les blancs (i 4) ; des Armorici ou Arvorici, les hommes de mer (i5) ; des Brigantes ou montagnards (16), dont le nom était commun aux habitants de l’Ecosse et à ceux de Brigantium, on Gaule ; des Caleti ou hommes durs, aussi nommés Ancaleti (17) ; des Caticuchlani ou guerriers illustres (18) ; des Edui ou possesseurs de blé ; des Segalauni ou mangeurs de seigle (19). Tous ces noms ne sont-ils pas de purs mots celtiques intraduisibles par toute autre langue ; comme encore les noms de Caractacus, le guerrier aimable [56] ; Carvilius, l’ami

[57]

[58]

[59]

[60]

[61] du pouvoir [62] ; Casuallonus le chef tout plein de haine [63] ; Manduhradus, l’homme de la noire trahison [64], et l’on sait effectivement que le chef de ce nom trahit ses compatriotes dans une circonstance mémorable, en passant à l’ennemi. Galgacas, le bègue [65] ; Brittomarus, le grand breton [66] ; Virdumarus, le grand homme noir [67] ; Colins, le vieux [68] ; Louernius, le renard [69] ; Bathanat, le fils du sanglier [70] ; Brennus, enfin, le chef, le prince, le roi [71], et mille autres que je pourrais citer, s’il n’était périlleux de se livrer sans réserve à des noms propres dont plusieurs, en passant dans les langues étrangères, ont sans doute été altérés. Nous en pouvons juger par les altérations que subissent, dans les rapports de nos généraux d’Afrique, les nomenclatures arabes.

Maintenant, en étudiant la manière dont sont composés les mots gaulois que nous venons de citer, on verra qu’elle est commune aux quatre dialectes celtiques modernes. Ce fait est d’une grande importance : retrouver dans un de ces dialectes seulement plusieurs des mots en question, de ces mots qu’on n’emprunte pas et qui constituent le corps des langues, serait remarquable à coup sûr ; qu’est-ce donc quand nous les retrouvons dans deux, dans trois et souvent dans les quatre à la fois ? qu’est-ce surtout quand les expressions reconnues comme appartenant à l’ancienne langue celtique, offrent une organisation grammaticale qu’on dirait résulter des lois de la langue celtique moderne ? Ne s’ensuit-il pas que la mère et la fille n’ont qu’une grammaire générale, comme elles n’ont toutes deux, quant au fond, qu’un seul vocabulaire ? On ne nous demandera pas sans doute de reconstituer cette grammaire générale à l’aide des débris parvenus jusqu’à nous ; on le sent, ils sont insuffisants : nous devons seulement indiquer les éléments grammaticaux qu’ils contiennent, et montrer qu’ils existent encore dans les langues bretonne et gaële. Le premier que j’en vois sortir est le caractère qui sert à distinguer l’individu ou l’espèce, c’est-à-dire, l’article défini ; il y existe sous ses deux principales formes modernes, ann et ar, communes au breton d’Armorique et à la langue gaële[72]. Voici ensuite la terminaison io, o ou au, selon qu’on l’écrit suivant les Bretons de Galles ou les Bretons de France, qui marque communément le pluriel dans la déclinaison celtique actuelle la plus ordinaire[73] ; et puis les prépositions os ou euz o ou oc’h, signes caractéristiques du génitif singulier (i). J’y remarque encore plusieurs prépositions et adverbes très en usage, tels que gwall ou wall, grandement (2) ; atô ou atu, toujours (3) ; mât, bien, etc. (4) J’y trouve la preuve que le genre de la plupart des mots celtiques n’a pas changé (5). Je constate aussi entre autres règles actuelles pour les substantifs, celle qui les place au singulier après les noms de nombre cardinaux (6). Je note enfin plusieurs temps et personnes des verbes d’aujourd’hui : tarc’h, il frappe ; réd, il court ; cecos, lâchez ; hanat ou ganet, engendré ; le présent, l’impératif, le passé (7). Mais ce qui me paraît surtout remarquable, c’est l’observation d’une loi fondamentale de la langue celtique parlée, qui veut la permutation de certaines consonnes d’après certaines règles. Cette loi est si importante, que sa violation entraînerait le bouleversement de la grammaire, comme la fidélité à la suivre maintient la syntaxe celtique ; elle n’a pas, en effet, uniquement pour but de flatter l’ouïe par des sons harmonieux, elle est faite pour indiquer les genres, le rapport des mots entre eux, et former les liens du discours. L’exemple suivant que je donne pour les personnes peu familiarisées avec les langues dont je parle, permettra de l’apprécier. Si le mot français pied appartenait à ces langues, sa lettre initiale p, en vertu des règles de permutation, devrait se changer en douce pour le masculin et en forte pour le féminin, ou autrement en b, dans le cas où il s’agirait du pied d’un homme, et en f, de celui d’une femme, de sorte qu’on dirait pour le masculin, son bied, et, pour le féminin, son fied ; en supposant encore que les mots mère et bénie fussent bretons ou gaëls, on dirait une mère vénie : le changement du b en v indiquerait seul le rapport de l’adjectif et du nom. Ainsi des autres consonnes muables, dont on peut voir le tableau dans toutes les grammaires celtiques modernes.

Qu’on juge de l’importance des règles qui gouvernent ces consonnes et de l’obscurité que leur violation jetterait sur le sens du discours ! Hé bien, comme je viens de le dire, les débris conservés de l’ancienne langue celtique, nous les montrent aussi scrupuleusement observées qu’aujourd’hui : ils nous offrent les mêmes permutations de consonnes faites en vertu des mêmes lois ; et, pour n’en citer que quelques-unes, les changements de B en V (8), de K ou du C dur en G et en C’H (χ) (9), de G en H ou en C’H(io), de GW en W (11), de M en V (12), de P en F (i3), etc. Y

[74] a-t-il rien de semblable en aucune autre langue de l’Europe, et peut-on trouver entre des idiomes un lien de parenté plus étroit et plus fort ?

La comparaison des grammaires et des vocabulaires bretons et gaëls, en fait découvrir de nouveaux, et achève la démonstration : il est bien évident que toutes les expressions, que toutes les formes grammaticales communes au gaël-irandais ou écossais, et au breton de Galles ou d’Armorique, appartiennent à l’ancienne langue celtique, et, qu’en réunissant leurs traits communs, on retrouvera ce qui faisait le fond de cette langue.

Quand j’ouvre les vocabulaires bretons et gaëls, je suis étonné du grand nombre d’expressions semblables employées par eux, pour reproduire l’ordre de la création : ils s’accordent d’une manière remarquable dans les noms qu’ils donnent au ciel, au soleil, à la terre, aux productions du sol, à l’air, au jour, à la nuit, aux oiseaux, aux animaux terrestres et aux poissons des mers (i). Les différentes parties de la durée ne sont pas désignées d’une façon moins identique ; chacune de ses divisions, le moment fugitif, l’heure, le jour, la semaine, le mois, l’année, le siècle, l’âge, enfin le temps en général a son expression particulière, la même dans les quatre dialectes celtiques (2).

Ils représentent aussi Tordre de la société, avec les mêmes termes ; et l’identité de ces termes, pour le dire en passant, ne prouve pas seulement l’analogie du langage des nations celtiques ; elle prouve de plus celle de leur civilisation, car le vocabulaire d’une langue donne une idée parfaitement exacte de ce que possèdent en ce genre les peuples qui parlent cette langue, et de tout ce qui leur manque. S’ils ont le mot, c’est qu’ils ont la chose signifiée, et l’absence de l’un constate celle de l’autre. Parmi les éléments sociaux révélés par la langue celtique, je distingue très-clairement l’état des personnes, les liens de famille, les degrés de parenté, la constitution de la nation ; les idées de territoire et de propriété ; les notions de droit, de justice, de loi, de jugement, en un mot de tout ce qui appartient à la magistrature [75].

[76]

[77]

Cette observation s’applique à la nomenclature des choses invisibles ; chacun des rameaux de la race celtique a fait le même effort pour exprimer la nature de l’âme, pour rendre les sentiments dont elle est agitée, ou les opérations qu’elle produit, et ses actes essentiels sont désignés par des mots communs à la race entière (i).

Enfin, leur rapprochement fait ressortir l’identité des racines gaëles et bretonnes des verbes les plus usuels, comme les auxiliaires, et ceux qui expriment l’idée de génération, de naissance, de vie, de mort, de vue, d’ouïe, de langage, de chant, de goût (2).

La comparaison achève d’être concluante, quand on arrive aux formes grammaticales, dont je n’ai pu toucher qu’un mot précédemment, et dont je vais achever de montrer l’analogie, à l’aide des grammaires gaëles et bretonnes. Je n’ai pourtant pas le loisir de les passer toutes en revue, ni de revenir sur celles que j’ai examinées en courant, quoique je dusse trouver de nouvelles lumières dans un examen plus approfondi d’un grand nombre d’entre elles, par exemple, des prépositions suppléant aux différents cas obliques des déclinaisons (3), ou indiquant la direction (4), les rapports de position (5), de concomitance,

[78]

[79]

[80]

[81]

[82]

[83] etc. (i) ; je me bornerai, pour abréger, aux éléments grammaticaux les plus essentiels, à ceux du verbe. Comparer ces éléments entre eux dans les quatre dialectes, et résumer les lois communes suivant lesquelles ils se combinent, sera caractériser suffisamment la langue celtique dans sa grammaire, et en faire connaître la nature intime.

Si nous décomposons le verbe celtique des dialectes bretons et gaëls, nous y trouvons trois éléments fondamentaux : la personne qui agit, V action qu’elle fait, et le temps où elle la fait. La racine même du verbe indique l’action ; l’élément du temps est marqué par une certaine caractéristique que nous indiquerons tout à l’heure, laquelle varie avec lui ; celui de la personne est marqué par le pronom, tantôt faisant corps avec les éléments de l’action et du temps qu’il suit, tantôt séparé et distinct. Les verbes celtiques ont donc deux formes de conjugaison, l’une que les grammairiens bretons nomment personnelle, où les désinences seules indiquent la personne, l’autre qu’ils appellent impersonnelle, où le pronom n’est pas uni au verbe.

Etudions ces éléments divers. Les pronoms qui concernent la personne sont différents, selon qu’ils sont employés comme sujets des verbes ou affixes, et comme régimes ou suffixes ; dans le premier cas, leur caractéristique est pour la première personne du singulier m, pour la seconde t, pour la troisième h ; au pluriel, pour la première personne n, pour la seconde c’h (χ) et v, pour la troisième nt (2).

Quand le pronom personnel est employé comme régime direct ou suffixe, la caractéristique de la première personne au singulier est v (permutation régulière du radical m, conservé en gaël), rendu en gallois par un v ou un f (autrefois par un m), par deux ff en breton, anciennement, et aujourd’hui par un n redoublé, qui, dans plusieurs dialectes armoricains a un son nazal très-sourd qu’on prononce à peine. La caractéristique de la seconde personne est une consonne double d’un son particulier qu’on rend en gallois par le th anglais, en breton par z et en gaël par r. Celle de la troisième manque. Au pluriel, la première personne a pour caractéristique un m, la seconde un t ou un h, la troisième un t ou un d, sa correspondante dans l’ordre des mutes précédé ou non d’un n nazal (3).

[84]

On voit que l’élément de la personne change selon chacune d’elles ; il n’en est pas de même de celui de l’action, il demeure invariable pour tous les temps du verbe. C’est à ce caractère qu’on le reconnaît, et aussi, comme je l’ai dit, parce qu’il est la racine verbale, racine placée dans les verbes conjugués au personnel devant l’élément du temps et de la personne avec lesquels il fait corps, et dans les verbes conjugués à l’impersonnel, après ce dernier élément, dont il est parfaitement distinct (i).

Au rebours de l’élément de l’action, celui du temps varie à chacun des temps principaux, le présent, le futur, le passé.

Au présent, il n’est point exprimé ; au premier futur et au futur conditionnel, il a pour caractéristique un/’, qui se place après la racine, immédiatement avant l’élément de la pereoune (2) ; au passé, sa caractéristique est s Çiw z précédée de la voyelle <z, i on ai {Vè français ou W grec) (3). Des deux modes qui complètent les éléments essentiels de la conjugaison régulière, savoir, l’impératif et l’infinitif, le premier n’a besoin d’aucune observation : il est, comme le présent, composé de la racine simple, clément de l’action, et de l’élément de la personne qui manque toutefois à la première du singulier (4). Quant à l’infinitif, sa terminaison la plus usuelle est al ou et et an, qu’on ajoute à la racine du verbe ; l’élément de la personne, bien entendu, n’est pas indiqué (5) ; celui du temps, au présent, au futur et au passé, est marqué par des prépositions et particules qu’on place devant la racine du verbe, et qui sont à peu près les mêmes pour tous les dialectes celtiques (6).

Jusqu’ici, en traitant du rapport de l’action avec la personne, comme objet ou sujet, nous n’avons parlé que du rapport désigné par la voix active, dont l’élément n’a pas besoin d’être exprimé et ne l’est pas. Il l’est, au contraire, et doit l’être dans la voix passive, et a pour caractéristique

[85] er ou ar, et ir, qui, joints aux trois éléments constitutifs de l’actif, savoir, de l’action, du temps et de la personne, forment la voix qui nous occupe. Comme à l’actif, l’élément du temps, n’est pas indiqué au présent (i), au premier futur et au futur conditionnel, il a la même caractéristique, un f (2) ; au passé un d précédé de ea ou d’un e (3).

Mais cette forme n’est pas la seule de la conjugaison passive, le verbe peut aussi se conjuguer, entre autres manières, au moyen de l’auxiliaire être.

Il n’y a guère de conjugaison plus irrégulière que celle du verbe être ; l’élément de l’action, désigné dans toutes les autres par une racine invariable, se transforme ici ou plutôt change tout à fait, si bien qu’il a plusieurs racines différentes. Les principales sont Io bez, pour le présent, le futur, l’impératif et l’infinitif (4), qui, au passé, deviennent bo et bi (5) ; 2o is ou ez, aza ou za ou zo, azu ou azo, selon les

[86] dialectes (i), qui, au passé, se changent en boi ou voi ou (2).

Ces racines diverses, élément du temps, unies à l’élément de la personne et à l’élément de l’action, désigné par le participe passé du verbe qu’on veut conjuguer, et qu’on y joint, forment un second passif celtique très-usité (3).

Je ne pousserai pas plus loin cette investigation qui finirait par fatiguer ; je crois en avoir dit assez pour faire voir que les éléments du verbe, et l’esprit qui préside à leur combinaison, comme la plupart des éléments delà grammaire, comme le fond du vocabulaire, comme tous les mots gaulois donnés par les écrivains de l’antiquité, et les formes grammaticales qu’ils révèlent, sont les mêmes dans les deux grands rameaux des dialectes celtiques modernes, le gaël d’Ecosse ou d’Irlande, et le breton de Galles et de France. Il me semble donc constant, que ces dialectes représentent l’ancienne langue celtique sous plusieurs rapports essentiels. Si cependant je me trompais, s’il restait quelque doute dans l’esprit du lecteur, ce serait la faute non du sujet, mais de l’auteur lui-même, et j’ai la conviction, qu’un seul regard pareil à ceux dont les Burnouf et les Grimm ont éclairé les langues plus favorisées de l’orient et du nord, suffirait pour dissiper toutes les ténèbres celtiques.

SECONDE ÉPOQUE.

Maintenant que nous savons d’où viennent les dialectes nationaux d’Irlande et d’Ecosse, de Galles et d’Armorique, et que la réunion de leurs traits communs nous a fait retrouver la langue celtique, telle qu’elle était probablement au fond, lors de la division des peuples gaëls et bretons, nous allons étudier à part un des rameaux de ce vieux tronc, dont les premières fleurs ont été cueillies par nos ancêtres les Gaulois, et dont les Bretons de France cueillent aujourd’hui les dernières : je veux dire l’idiome des paysans de l’Armorique. Avec lui commence l’âge historique des langues primitives de la Gaule. C’est pour nous une raison

[87] d’appeler l’histoire à l’aide des considérations philologiques, dans lesquelles nous entrons. Aussi bien, il est difficile de juger d’une langue, sans connaître les destinées du peuple qui la parle.

Notre point de départ naturel dans cette double étude, est le ve siècle, époque de la division mentionnée plus haut ; notre point d’arrêt le xiie siècle. Entre ces deux dates, s’étend la période la plus brillante de la langue bretonne.

Quatre cents ans de la domination d’un peuple, qui n’imposait pas seulement son joug, mais encore sa langue aux nations vaincues (i), n’avaient pu détruire celle des habitants de l’île de Bretagne. Lorsque les Romains eurent disparu, et que, fuyant devant des conquérants nouveaux arrivés du nord, les Bretons vinrent, au ve siècle, sur le continent, demander un asile aux peuples de l’Armorique, ils y trouvèrent un idiome peu différent du leur (a), en usage sur d’autres points de la Gaule au iiie siècle (3), dans lequel, à la même époque, on promulgait des fidéicommis (4), que les Gaulois illettrés parlaient au ive siècle (5), et que deux missionnaires de la Gaule, saint Germain d’Auxerre et saint Loup de Troyes, venaient d’employer pour les catéchiser, les prêcher à la ville et aux champs, combattre leurs hérésies et même haranguer et commander leurs armées (6). Ils l’y ravivèrent, l’y cultivèrent en paix, grâce à leur éloignement des grands centres de civilisation romaine et à l’abri de la mer, des marais et des rochers, lui donnant d’année en année une vigueur nouvelle, puisée dans leur commerce étroit avec l’île, d’où ils recevaient incessamment de nouvelles recrues de peuples de la même langue (7). Elles se succédèrent sans discontinuer du ve au viie siècle, d’un rivage à l’autre (8) ; quand elles cessèrent, le nom

[88] d’Armorique avait disparu, remplacé par celui de Bretagne. Les Bretons armoricains, occupant le pays compris entre l’océan et l’embouchure de la Loire, formaient depuis longtemps un état libre, sous une hiérarchie de chefs, de race et de langue celtique, ayant chacun son petit royaume indépendant, comme ceux de l’île, et dans lequel refleurissaient, avec l’idiome mêlé de la petite et de la grande Bretagne, les vieilles mœurs nationales fondues des deux peuples jumeaux. Cependant la langue des Bretons insulaires y dominait, si nous en croyons un historien du viiie siècle (i), grâce à leur nombre, peut-être supérieur à celui des Armoricains, et elle dut faire au siècle suivant des progrès nouveaux, favorisée plus que jamais par les chefs suprêmes de la confédération, la plupart de race bretonne. En effet, pour resserrer encore plus, s’il était possible, les liens de nationalité parmi leurs peuples, ils déposèrent les évêques de langue et de race étrangère, et donnèrent ou confirmèrent les sièges de Léon, de Cornouaille, de Tréguier, de Saint-Brieuc, de Vannes, de Dol et de Saint-Malo, à des hommes de leur nation et de leur langue {-i) ; au désir de voir leurs sujets plus unis et plus forts, se joignait certainement celui d’éloigner d’eux, par la barrière infranchissable du langage, les influences gallo-franques ; et retremper la hiérarchie ecclésiastique supérieure dans l’élément celtique, c’était y retremper en même temps le clergé inférieur, et avec lui toute la nation bretonne, sur laquelle il exerçait une triple et incalculable action, par l’enseignement, à l’égard des enfants dont il était l’instituteur, et à l’égard des pères et mères, par la confession et la prédication. L’unité de langage dont nous parlons, dura aussi longtemps que les Bretons armoricains eurent à leur tête des chefs libres et de leur propre race ; mais il était facile de deviner par où elle devait être attaquée, et quelle portion de territoire se verrait enlever un jour l’idiome national. Évidemment c’était celle où un acte du viiie siècle nous montre le dialecte gaël parfaitement distinct des dialectes bretons voisins (3), celle que sa position limitrophe exposait le plus aux influences étrangères, et qui, passant perpétuellement des Bretons aux Francs et des Francs aux Bretons, et sans cesse exposée aux incursions des uns et des autres, perdait insensiblement toute physionomie celtique, c’était les évêchés de Dol et de Saint-Malo, et toute la partie de ceux de Saint-Brieuc et de Vannes, avoisinant la Rance ou la Vilaine. Au xiie siècle, on n’y parlait déjà plus celtique, et les habitants de la Bretagne étaient divisés en gallos, qui faisaient usage d’une espèce de patois roman, et en bretonnants y dont le breton était la langue nationale (4). L’invasion des Normands avait accéléré ce démembrement

[89] de l’idiome celtique : l’émigration, qui en fut la suite, l’acheva. Ses résultats furent incalculables : il faut lire les actes du temps pour bien les apprécier ; il est démontré par l’histoire que les habitants des quatre évêchés nommés plus haut, ceux du moins qui demeuraient dans le pays compris entre l’embouchure de la Loire et celle du Coesnon, d’une part, et l’embouchure de la Vilaine et celle du Leff, d’autre part, de la mer à la mer, furent exterminés ou passèrent en si grand nombre en France, que la haute Bretagne fut réduite en solitude : telle est l’expression des contemporains [90].

Et l’émigration ne fut point passagère, comme on pourrait le croire ; les incursions sans cesse renouvelées des Normands la firent durer cinquante ans ! Un demi-siècle en pays de langue étrangère ! c’était plus qu’il n’en fallait pour que les émigrés oubliassent ou du moins altérassent la leur par le mélange, et leurs fils, nés hors de la Bretagne, y rapportèrent naturellement l’idiome de France. Une partie des habitants de la Basse-Bretagne, de ceux des évêchés de Cornouaille et de Tréguier, émigrèrent aussi, à la vérité, mais ce fut dans l’île de Bretagne, parmi des peuples de même langue dont ils étaient frères, et si leur séjour loin du pays natal l’ouvrit et permit aux étrangers de l’occuper momentanément, il ne causa aucun préjudice à leur idiome national [91]. Quant aux hommes du comté de Léon, défendus par leurs chefs et leur position territoriale, ils n’abandonnèrent pas leur pays et conservèrent, avec leur liberté, les bonnes traditions du langage [92]. Telle est sans doute la cause de la supériorité reconnue de leur dialecte sur les autres ; voilà pourquoi il est le dialecte classique des Bretons. ; comme dans le nord du pays de Galles, il est plus orné, plus délicat, plus élégant, parce qu’il a été moins en rapport avec les langues étrangères [93]. C’est aussi lui que nous prendrons surtout pour sujet d’examen dans l’étude philologique que nous allons commencer.

Les monuments de la langue bretonne parvenus jusqu’à nous, qui se rapportent aux six siècles dont nous avons à nous occuper et au dialecte classique des Bretons, sont, entre autres documents :

Io Les poésies du barde Gweznou, né vers Fan 460, mort vers 520.

2o Du barde Taliésin, né vers l’an 520, mort vers 570.

3o Du barde Merzin ou Merlin, qui vivait de 530 à 600.

4o Du barde Aneurin ou saint Gildas, de 510 à 560.

5o Du barde saint Sulio ou saint Y-Sulio, qui vécut de 660 à 720.

6o Une grammaire écrite par Ghéraint, dit le Barde-Bleu, en 880.

7o Un vocabulaire de l’an 882 et des actes latin-bretons de la même époque.

8o Des dictons poétiques du xe et du xie siècles.

Ces différents documents ont tous été imprimés, à l’exception de la grammaire, d’après des manuscrits des xe, xie et xiie siècles [94] encore existants. Un paysan breton-gallois de la vallée de Myvyr, nommé Owen Jones, en a fait paraître, à ses frais, en 1801, avec un patriotisme au-dessus de tout éloge, un inappréciable recueil intitulé : Mjvjrian archaiology, dont Sharon Turner, en Angleterre et en France, M. Fauriel, et l’auteur de cet essai lui-même, s’il lui est permis de se citer après de si graves autorités, ont démontré l’authenticité [95]. Le vocabulaire a été publié par Price [96], les actes latin-bretons, par Wanley [97].

La seule énumération de ces monuments littéraires, qui ont une incontestable valeur, prouve la culture intellectuelle des Bretons à l’époque qui nous occupe. Un peuple possédant à la fois grammaire, vocabulaire et textes poétiques, a une littérature à lui. Les chefs bretons en étaient les patrons ; les bardes attachés à leur personne, les instruments. Je vais l’étudier sous le triple rapport de l’orthographe, du dictionnaire et de la syntaxe, mais rapidement, quant à ce dernier point. Aussi bien, après ce qu’on a lu précédemment, il me reste peu de chose à dire, car si la langue bretonne parlée du ve au xiie siècle n’était pas en tout point, quant à son vocabulaire et à ses règles particulières, celle de Caractacus, du moins n’avait-elle pas varié, quant à son essence et à sa construction.

Le défaut de textes antérieurs à l’ère chrétienne m’a empêché de constater les caractères de l’ancienne orthographe celtique ; cependant les ancêtres des bretons connaissaient l’écriture, mais, comme s’ils n’eussent pas eu de signes particuliers, ils faisaient usage des lettres grecques : c’est César qui nous l’apprend [98]. Or, il est bien remarquable que nul autre alphabet au monde ne rend mieux tous les sons articulés que peut former la voix des Bretons de Galles ou de France, et des Gaëls d’Ecosse ou d’Irlande. Lui seul, par exemple, peut exprimer, à l’aide de trois caractères simples θ, δ et χ, trois sons fondamentaux de la langue celtique, savoir, celui des deux dentales aspirées de cette langue, figurées en gallois et jadis en breton par th et dh ou dd et celui de la gutturale que les Bretons et les Gallois rendent par ch ou c’h.

Mais l’invasion romaine laissa son empreinte jusque sur l’alphabet celtique, et les plus vieux manuscrits bretons connus sont écrits en caractères latins, entremêlés de lettres improprement appelées saxonnes. Cet alphabet insuffisant une fois admis, l’orthographe bretonne ne paraît guère avoir varié du ve au xiie siècle, que dans la manière de rendre les trois sons caractéristiques mentionnés plus haut, et les sons e, i et ou : nous en pouvons juger par les plus anciens monuments sur pierre ou vélin qui nous restent. En effet, la longue et curieuse inscription de Lantwit, en Galles, faite au vie siècle et qui offre un alphabet complet [99], rend par dh la dentale aspirée cT, que l’inscription du pilier d’Eliseg, monument de l’an 850 [100], rend par deux t, et elle exprime au moyen d’un seul t le son que l’auteur de la seconde inscription figure par th. De même, dans l’une, les deux lettres unies ch expriment le son guttural x ; dans l’autre, ce son est tantôt rendu par des signes semblables, mais tantôt aussi par une h non précédée, mais suivie d’un c, et tantôt par un seul h. De même encore l’inscription du vie siècle se sert indifféremment de c ou de ch devant toutes les voyelles, pour rendre le son de k, tandis que celle de 850 n’emploie jamais que le c. Enfin cette dernière se sert invariablement de l’w latin pour rendre les sons ou et i très-bref, contrairement à l’autre qui fait usage de la voyelle u et de la voyelle /, qu’elle soit brève ou longue. Quant au y et au ch de l’orthographe française, au â-, au ^, à l’a, à Xy et au tv, on ne les y rencontre pas plus que dans aucun écrit breton connu de l’an 500 à l’an 900. Au reste, le premier trouvait son équivalent dans Yi, le second dans s, le troisième et le quatrième dans le c toujours dur et ayant le son du k ; celui de Vx n’existe pas en langue celtique ; pour Vj tel qu’il existe aujourd’hui en gallois, il était représenté par un o très-bref sonnant à peu près comme Ve français dans le mot retenir, et le (p par un u simple ou deux v bien distincts.

A la fin du ixe siècle (et je m’appuie particulièrement ici sur le manuscrit du vocabulaire breton de 882 et les actes de la même époque publiés par Wanley), à la fin du ixe siècle et au xe, les livres présentent une différence, selon qu’ils sont écrits par des mains latines ou par des mains bretonnes ; dans le premier cas, le son du cT est presque toujours rendu par le d latin, quelquefois par s ; celui du k, comme précédemment par un c ; celui du ô, par th ; celui du Xj tantôt par un c unique, tantôt par ch ; celui de Vu (pu) et de Vi bref, par «et par w. jamais par w, encore inusité ; celui de Ve par / et par e, selon qu’il est ouvert ou fermé. Dans le second cas où l’orthographe commence à vouloir devenir plus méthodique, dh et quelquefois z eX. s figurent le «T. La lettre k ou plutôt une lettre saxonne approchant de sa figure, et que Price a eu le tort de confondre avec elle, tend à prendre la place du c devant toutes les voyelles et les consonnes, et ch celle du son guttural X’-, ueX. un caractère particulier qui a assez la figure du «grec, qui lui convient, et que Price a encore mal représenté par tv, signe inconnu avant le xii^ siècle, s’emploient indifféremment pour représenter le son ou, comme e e. i, pour peindre le son des deux e de l’alphabet français. Le manuscrit du dictionnaire dont j’ai parlé plus haut fait foi de tout ceci. Un des manuscrits des poëmes de Taliésin de la fin du xe siècle [101], et un autre écrit du xie [102], attestent qu’à ces époques il en était à peu près de même qu’à la fin du ixe, pour les ouvrages copiés par des mains bretonnes ; la seule différence consiste dans l’emploi pur et simple du δ grec substitué au dh, au dd ou au z ; dans celui d’un u particulier, pour désigner le son w, et dans l’exclusion très-fréquente de l’i remplacé par u, qu’on voulut peindre le son de l’i ou celui de l’e muet français. Je n’ai rien à dire ici des permutations des lettres : elles avaient lieu seulement dans la langue parlée. Ce n’est que postérieurement aux siècles dont nous nous occupons que les auteurs bretons ont eu l’heureuse idée de reproduire pour les yeux, dans la langue écrite, les altérations suivies par les consonnes initiales, en vertu de lois grammaticales ou euphoniques : les anciens écrivains donnaient les mots sous leur forme radicale, laissant au lecteur instruit à faire les permutations, s’il lisait tout haut (i). Cette méthode, qui avait le grave inconvénient de faire écrire autrement qu’on ne prononçait et qui devait être naturellement réformée, nous permet cependant aujourd’hui de saisir les expressions celtiques beaucoup mieux que dans les écrits grecs et latins, où elles se trouvent généralement _, comme on l’a vu, sous leur forme orale et à l’état de construction. Il va sans dire que les voyelles et les consonnes, dont le corps même des mots est formé, se présentent à nous de manière à nous montrer des contours et des proportions qu’ont naturellement altérés les langues étrangères. Ces contours et ces proportions sont fort remarquables ; les consonnes qui soutiennent les syllabes et donnent au mot sa forme, ont une force très-grande qu’elles doivent à leur nombre et à leur solidité : l’étude de l’alphabet breton nous en fait voir le système complet, où chacun des trois organes de la voix humaine, les lèvres, la langue et la gorge, produit trois articulations douces, fortes et aspirées, comme les touches d’un orgue articulent les sons. Les voyelles, élément beaucoup moins essentiel, que je comparerais volontiers aux tuyaux inintelligents du même instrument, sont très-riches, et de leur réunion naissent des diphtongues singulièrement variées et éclatantes. Elles donnent aux mots de la majesté par les longues, de l’élégance par les brèves, de l’ampleur par les désinences dans toute leur plénitude, leur étendue et leur sonorité. C’est bien là l’idiome d’un peuple chez lequel la poésie et la musique étaient aussi intimement unie» que la langue l’est à la pensée, et dont les bardes, à la fois poètes et musiciens nationaux, en même temps que législateurs de l’état littéraire, avaient fait un art, ayant son code spécial (2). Du reste, ces qualités ne sont pas particulières au breton : elles sont celles de toutes les langues jeunes. M. Ampère l’a dit avec autant de bonheur que de justesse : « elles commencent par être une musique, et finissent par être une algèbre. »

Du V* siècle au xii*", la langue bretonne n’a éprouvé aucun changement sous le rapport qui nous occupe. Il n’en a pas été de même quant à l’étendue de son vocabulaire ; si le dépouillement qu’on en peut faire, glace aux n)onumenls parvenus jusqu’à nous, nous offre le même fonds primitif que les dialectes gaëls, s’il exprime de la même manière tout ce

[103] qui est nécessaire soit à l’individu, avec ses actions, ses affections, ses besoins, ses idées, ses images, soit à la société avec ses personnes et leurs fonctions, il a acquis beaucoup de termes nouveaux nés, avec le temps, des accidents de la vie des Bretons, de leur passage à un meilleur état social, des nouvelles mœurs, des lois nouvelles, des nouvelles idées résultant de cet état, et particulièrement de celles que donnent un gouvernement mieux ordonné, une morale épurée, une religion parfaite, en un mot, la civilisation. Leur commerce avec les Romains et leurs rapports avec l’Eglise romaine, continuatrice de l’œuvre de ceux-ci, ont amené, plus que toute autre cause, les modifications dont je parle. En apprenant, bien que d’une manière imparfaite et seulement comme idiome savant, la langue de leurs vainqueurs et de leurs missionnaires, et tout en conservant la leur pour les relations ordinaires, ils subirent en partie la domination la plus forte à laquelle une nation puisse être soumise ; avec elle, Rome, soit païenne, avec son administration, soit chrétienne, avec l’Eglise et ses écoles, leur imposa autant qu’elle put son caractère, son esprit et ses pensées. De là tant de mots bretons empruntés au latin. Si du moins, pour peindre les fruits nouveaux de la civilisation, ceux qui les recevaient avaient toujours, comme ils le devaient, créé des termes se rapportant à quelque chose de connu d’eux, des termes dérivés de radicaux celtiques et non pris dans la langue étrangère ! Mais non, du ve au xiie siècle, un préjugé bien naturel en faveur de la langue de Rome, mais bien funeste pour celle des Bretons, leur fit rechercher ce qu’ils appelaient l’urbanité romaine, ils craignirent de blesser les oreilles polies, d’exciter le rire par un langage rustique [104] ; on leur disait que ce langage était inculte, fastidieux, odieux, qu’il avait une écaille dont les gens bien élevés devaient le dépouiller [105] ; on alla jusqu’à l’excommunier comme barbare [106] : ils le crurent tel ; et, chose inouïe, dès le ixe siècle, un d’eux le nommait un jargon confus, fatigant, un langage inusité et intolérable pour les gens d’étude [107]. Ils adoptèrent donc sans examen les mots étrangers avec les idées nouvelles qu’ils leur suggéraient et rendirent par les mêmes termes celles que faisaient naître les habitudes de la civilisation, le luxe, les monuments, les belles-lettres, les beaux-arts, les usages romains, et celles qu’apportait avec elle la théologie chrétienne. Pour s’approprier ces mots, ils les bretonnisèrent, si j’ose dire, en supprimant leurs désinences [108], en adoucissant leurs consonnes initiales ou finales, ou en les modifiant de mille autres manières qu’il serait trop long d’énumérer. Ainsi, par exemple, dans les noms en as, ils retranchèrent la terminaison is du génitif, changèrent a en o ou en e, et la consonne finale de forte en douce (i). Dans les adjectifs, même syncope, mais seulement pour la terminaison du nominatif (2). Dans les verbes à l’infinitif, suppression de la dernière syllabe remplacée par une terminaison celtique (3) ; au participe passé, suppression seulement de la désinence us (4). Quelquefois le terme latin était métamorphosé par une contraction tellement énergique qu’il devenait méconnaissable ; je cite comme preuve le mot angélus, dont les Bretons ont fait ei (5). Ce fut surtout, et cela se conçoit, durant le séjour des Romains parmi eux, et aux deux siècles suivants, que cette manie latine eut cours : le barde Taliésin l’a poussée quelquefois jusqu’à une exagération dont la cause ne peut être que le désir de passer pour savant ; non-seulement il emploie les mots latins avec la forme altérée qu’ils ont gardée en passant dans la langue bretonne (6), mais souvent il leur conserve leur terminaison originale (7) et va même jusqu’à bigarrer ses écrits de phrases entières du latin barbare qu’on parlait vulgairement dans les hautes classes et dans les villes romano-bretonnes aux siècles qui précédèrent le sien (8

Cette tendance funeste, qui fut toujours celle des pédants, ne dut pas être sans influence sur la détermination prise au ixe siècle par les chefs bretons, protecteurs naturels de la langue et de la littérature nationales, lorsqu’ils éloignèrent prudemment de leur peuple les évêques et les prêtres ignorant l’idiome du pays. Mais, après tout, les mots ne sont que l’accidentel du langage ; je les comparerais volontiers aux menues branches et aux feuilles d’un arbre sans cesse remplacées et renouvelées : le temps a moins de prise sur le fonds, l’essence, la constitution de la langue. Sous ce rapport, comme je l’ai déjà fait observer, le breton est resté identique et invariable du ve au xiie siècle, dans les lois générales que j’ai exposées en traitant de ses origines. On les retrouve dans la grammaire écrite au ixe siècle, par Ghéraint, modèle de toutes celles qui ont été composées depuis, en Galles, et qui n’en sont même que des amplifications, comme leurs auteurs le reconnaissent formellement, en citant toujours avec

[109] respect l’original, [110] Ce n’est pas à dire que l’arrangement des mots, arbitraire en soi, ne se soit pas modifié, et que la similitude de syntaxe exclue toute différence accidentelle ; mais s’il est quelques variétés inévitables, quant aux règles particulières, les principales sont restées les mêmes. Ainsi Ghéraint, comme tous les dialectes de la langue celtique, et avec l’autorité de tous les écrivains bretons du ve au xiie siècle, qui peuvent fournir des exemples, indique l’individu ou l’espèce, par l’article défini ou indéfini, le premier supprimable, quand un nom propre se trouve réuni à un nom commun ; il marque les rapports des mots entre eux, soit par des prépositions qui tiennent lieu de cas, soit par la juxta-position des mots [111]. Quand de deux substantifs dépendant l’un de l’autre se forme un mot nouveau, le régissant se place à volonté avant ou après le régi, mais le plus souvent avant lui [112]. Les adjectifs peuvent être mis avant ou après le substantif, s’accorder partiellement ou non en nombre et en genre avec les substantifs, c’est-à-dire, varier ou ne pas varier leur terminaison, selon que ceux-ci sont du féminin ou du masculin, au singulier ou au pluriel [113]. Ces terminaisons des différents substantifs, au masculin ou au féminin, au singulier ou au pluriel, ont tous les anciens caractères celtiques. Les degrés de comparaison de l’adjectif se forment, soit en ajoutant au positif une terminaison variable pour le comparatif et le superlatif, soit en le faisant précéder ou suivre d’un adverbe, soit, pour le superlatif seulement, en répétant deux ou trois fois le positif, caractère remarquable de jeunesse, car les enfants emploient familièrement cette manière de parler, quand ils veulent peindre un objet qui les a frappés [114].

Quant aux pronoms, Ghéraint a peu de chose à nous en apprendre, après ce que nous avons dit du principal, dans la première partie : le pronom possessif est formé du pronom personnel, qui devient alors de tout genre et de tout nombre, et conserve la faculté de perdre sa voyelle quand il s’unit à une préposition ; il se place devant le substantif auquel il se rapporte, mais il indique seulement le rapport du possessif et non pas le genre de la chose qui est possédée. Le pronom démonstratif suit toujours le pronom possessif, lorsque celui-ci est employé d’une manière absolue, et qu’il tient lieu de substantif ; dans ce cas, on place ce dernier devant le verbe, lorsqu’il est sujet et que le verbe est au personnel, et après le verbe, lorsqu’il est régime ou que le verbe est à l’impersonnel. Le pronom relatif est le même que le démonstratif : c’est ce dernier précédé de l’article défini. Le pronom interrogatif varie de terminaison selon qu’il s’applique aux personnes ou aux choses (i). Je crois inutile de suivre notre auteur dans l’analyse du verbe, il n’a rien à nous dire à cet égard que nous ne sachions déjà. Ce serait nous répéter. On se rappelle quelles sont les caractéristiques des éléments de la personne, de l’action et du temps, et les combinaisons de ces éléments ; Ghéraint les expose tels que nous les avons indiqués, et, en ouvrant au hasard les ouvrages écrits dans la période qui nous occupe, on trouve ses préceptes illustrés par une foule d’exemples (2). Je finis en signalant l’important article des noms de nombre, et leur construction en

[115] vertu d’une règle qui fait mettre au singulier les substantifs qu’ils régissent (i ).

Tels sont les caractères généraux de l’orthographe du vocabulaire et de la grammaire des Bretons du ve au xiie siècle. Il n’en est pas un seul qui ne soit commun aux peuples jumeaux du pays de Galles et de l’Armorique, formant alors une seule famille gouvernée par des chefs de leur sang et ; de leur langue, et élevée à l’école de leurs bardes nationaux, ces colonnes de l’existence sociale, comme les appellent les vieilles lois bretonnes, législateurs à la fois et jurisconsultes de l’état littéraire, et conservateurs de l’idiome celtique. Leurs codes poétiques faisaient autorité des deux côtés du détroit ; or, ces codes, dont les articles sont rédigés sous forme d’aphorismes appelés triades, contiennent les préceptes suivants :

« Trois éléments constituent la poésie en général : le langage, l’invention et l’art.

» Trois choses excellentes distinguent la poésie parfaite : la simplicité du langage, la simplicité du sujet, la simplicité d’invention. » Horace disait autrement, mais ne disait pas mieux ; quant au langage lui-même, les bardes mettaient au nombre des qualités essentielles qu’il devait avoir : la pureté, la richesse, la propriété des termes ; — la clarté, l’agrément, l’originalité des expressions ; — le naturel, la variété des tournures et l’élégance. Selon eux, l’ordre, la force et l’heureux choix des mots étaient les trois soutiens du langage, et il n’y avait pas de bon style sans construction correcte, sans expressions correctes et sans correcte prononciation, c’est-à-dire, si l’on n’obéissait pas aux lois de la grammaire et du dictionnaire ; et les trois facultés indispensables à l’écrivain devaient être, de bien chanter (bien composer), de bien apprendre et de bien juger (2).

Comme l’art poétique des bardes de l’île de Bretagne, leurs chants, dont les paysans armoricains redisent encore quelques-uns, étaient aussi populaires parmi les Bretons d’Armorique que parmi ceux de Galles ; et, avec les missionnaires, Magloire, Samson, Dèvi et mille autres, avec les chefs nationaux, Gradion, Budic, Houel, Jud-hael et leurs contemporains, avec les bardes Gweznou, Taliésin, Merzin, Hivarnion, Gildas ou Aneurin, saint Sulio et tant d’autres, ils passèrent et repassèrent cent fois la mer sur l’aile du refrain du ve siècle au xie. Les chants des bardes armoricains avaient le même succès dans l’île, et les plus anciens qui nous sont parvenus attestent une culture non moins soignée, un art aussi savant, et l’identité du langage (3). Cette identité

[116]

[117]

[118]

[119] nous a autorisé à regarder comme la propriété des Bretons de France, tout aussi bien que de leurs frères de Galles, les documents de philologie bretonne fournis par les temps que nous venons de traverser, et à en faire usage dans la présente esquisse historique. Au reste, et l’on a pu s’en apercevoir, nous ne nous sommes appuyé que sur ceux qui offraient, par le dialecte, une parfaite conformité avec l’idiome classique de la péninsule armoricaine, le breton de Léon. Mais dorénavant, nous ne pourrons plus nous servir des titres littéraires des Gallois, car tout commerce cesse entre eux et le continent, à dater du milieu du xi* siècle. Ils ne parlent plus la même langue, mais deux dialectes qui vont s’éloignant l’un de l’autre, et nous allons perdre le droit de répéter avec le barde gallois Golizan, qui disait, vers l’an 620, des Armoricains : « Ils nous ont envoyé, bien à propos, des auxiliaires tout-puissants.»

TROISIÈME ÉPOQUE.

La cessation de rapports journaliers entre les Bretons de Galles et ceux de l’Armorique ne fut pas le seul signe avant-coureur de la décadence qui commença, pour la langue bretonne, à l’aurore du xiie siècle. Il faut y joindre les alliances de famille des chefs armoricains, soit avec les Angevins, qui, en devenant tuteurs de jeunes princes, de nom et de langue celtiques, devenaient aussi les arbitres des destinées du pays, et profitaient de leur pouvoir momentané pour étouffer au berceau, dans la personne de leurs pupilles, l’espoir de la patrie bretonne ; soit avec les filles de ces Normands dont les ancêtres avaient exterminé une partie de la population de la péninsule, forcé le reste à fuir, réduit en solitude la moitié du pays, et dont les descendants se trouvèrent par hasard, pendant plusieurs années, à la tête du gouvernement en Bretagne. Attirés par leurs compatriotes régnants, Normands et Angevins des hautes classes envahirent la Bretagne, et y portèrent les mœurs et la langue de France. L’avidité avec laquelle les étrangers, qui s’appelaient les uns les autres, se jetèrent sur cette proie, fut telle que les bardes bretons du temps, dans leur énergique et rustique langage, les

[120] comparent à des vaches et à des taureaux qui s’attirent mutuellement parleurs mugissements dans de grasses prairies[121]. On conçoit que les nouveaux chefs du pays n’étaient pas plus désireux de fixer près d’eux les poètes dont nous parlons, comme faisaient les anciens chefs, que les bardes n’eussent été empressés à venir à leur cour. Le dernier barde royal mentionné par l’histoire de Bretagne, Kadiou, qu’elle appelle le joueur de harpe, fut attaché à la personne du comte de Cornouaille, Hoël, de la race des vieux souverains nationaux, et vivait en 1069 [122]. Tous ceux que l’on peut rencontrer depuis lors font partie de la maison de petits chefs de paroisses bretonnes [123], ou sont populaires, et c’est le plus grand nombre [124]. Ils se virent, en effet, presque tous privés de patronage naturel, sans asile, sans ressource, et forcés d’aller de porte en porte demandant un moyen de vivre à un art bien déchu de son ancienne splendeur. Leur langue ne l’était pas moins : la chute de l’indépendance bretonne et le, passage des Bretons sous le double joug politique des rois anglo-normands et français, dont les uns devenaient leurs suzerains et les autres leurs seigneurs directs, et sous celui de l’Eglise de France, par la ruine de la métropole de Dol, lui porta le dernier coup. Déjà bannie de la cour, la langue bretonne le fut bientôt, en Haute-Bretagne, de tous les châteaux des barons, de tous les palais épiscopaux et de toutes les villes dont les habitants voulurent parvenir, se mettre à la mode, ou plaire aux deux souverains. Aussi, fidèle à la tradition de dédain qu’affectaient envers elle, nous l’avons vu, les lettrés, depuis bien des siècles, Abaylard put dire, du haut de son orgueil : philosophique : « cette langue, je l’ignore, et elle me fait rougir de honte [125]. » Cependant (et c’est le nom de ce moine haut-breton qui nous suggère cette remarque importante), les villes, les évêques et les barons de la Basse-Bretagne ne se jetèrent pas ainsi entre les bras de l’étranger : préservé déjà des envahissements qui avaient commencé, au ixe siècle, la ruine, consommée au xiie de la langue celtique, dans les évêchés de Dol, de Saint-Malo, et la moitié de ceux de Vannes et de Saint-Brieuc, leur pays devait à sa position géographique et à la concentration de ses habitants de pure race celtique, de pouvoir lutter avantageusement contre la domination étrangère ; les indigènes la repoussèrent, ayant encore à leur tête des chefs de cette terre privilégiée de Léon, qui avait sauvé, grâce à ses anciens souverains, sa liberté et sa langue classique, lors de l’invasion normande ; et ils maintinrent une seconde fois l’une et l’autre dans les pays de Tréguier, de Léon et de Cornouaille. Ici, clergé, noblesse, villes et peuples, toute la population en général, demeurèrent celtiques jusqu’à la fin du xiiie siècle, et si les influences française et anglo-normande s’y firent partiellement sentir, comme c’était inévitable, elles furent tellement faibles que Guillaume de Malmesbury put dire, au milieu du xiie siècle, des Bas-Bretons : « qu’ils n’avaient nullement dégénéré ni par la langue, ni par les mœurs des Bretons gallois [126] ; » Giraud de Barry, en 1182 : « qu’un grand nombre des mots de leur langue, et même presque tous, étaient encore intelligibles pour les Gallois [127] ; » et, au xiie siècle, la chronique de saint Denis, traduisant un auteur du viiie, précédemment cité par nous : « Icèle gent (de Léon, Tréguier, Cornouaille et partie de Saint-Brieuc et de Vannes) retient encor la langue des anciens Bretons, et cette gent sont ore celles qui sont appelées Bretons bretonnants [128]. » Malheureusement l’état de choses dont nous parlons ne pouvait durer bien longtemps : la croisade de 1247 et les suivantes, où la noblesse trégorroise, cornouaillaise et léonnaise se jeta, en masse, comme l’attestent des titres récemment découverts, et surtout la sanglante querelle d’un demi-siècle entre les de Blois et les Montfort, qui fit, cent ans après, de la Bretagne, le champ-clos des prétentions françaises et anglo-normandes, fuirent les deux grandes brèches par lesquelles le français s’introduisit en Basse-Bretagne : ces guerres multiplièrent les rapports entre les Bretons bretonnants et les étrangers, les mêlèrent aux Bretons-Gallos, ruinèrent l’existence d’un grand nombre de familles nobles de la Basse-Bretagne, qui furent expropriées, bannies ou tuées et remplacées par des Normands, Anglo-Normands, Angevins, Poitevins et Manceaux, tous parlant français, ainsi que leurs vassaux et serviteurs ; si bien que les Bas-Bretons des classes supérieures, comme le haut clergé, les barons et les notables des villes, sans cesser de parler leur langue maternelle, se virent insensiblement forcés, pour communiquer avec les nouveaux venus, d’apprendre la langue de France. Malgré cela, les écrivains du xive siècle nous représentent le breton comme l’idiome général des évêchés de Léon, de Cornouaille et de Tréguier [129] ; et tandis que, dans celui de Nantes, les statuts synodaux ordonnent aux pré très d’instruire les laïques à baptiser en langue romane, leur langue maternelle[130], en Basse-Bretagne, ils leur prescrivent de baptiser en langue bretonne, en prononçant bien toutes les paroles dans l’idiome breton ; ajoutent-ils avec insistance ; « et quand un laïque aura baptisé un enfant, continuent-ils, le prêtre l’interrogera avec le plus grand soin sur la langue dont il s’est servi, et s’il reconnaît qu’il a fait usage du breton, il approuvera le sacrement comme bien administré [131]. » A la vérité, il ne s’agit ici que des laïques, et il y a lieu de croire que les ecclésiastiques étaient moins fidèles à la langue du pays, car les statuts mentionnés plus haut reprochent à plusieurs de l’ignorer [132]. Ils vont plus loin, et, comme si leur rédacteur avait gardé l’esprit national de ces chefs bretons qui destituaient sagement, au ixe siècle, les évêques de langue étrangère, ils portent cet arrêt remarquable : « Ayant appris que quelques recteurs (curés), ignorant l’idiome vulgaire des Bretons, ont obtenu des églises paroissiales contre les dispositions du droit et les statuts de la province, nous leur enjoignons de résigner leurs églises entre les mains de l’ordinaire (i). » On le voit, ce n’était au moins pas sans résistance que l’idiome étranger pénétrait en Basse-Bretagne ; chose remarquable ! il en éprouvait même de la part de plusieurs de ceux qui le savaient. « Quoique beaucoup d’entre les Bretons bretonnants sachent le français, disait, au xve siècle, le biographe de saint Vincent-Ferrier, un grand nombre pourtant ne veulent parler que leur langue (2). » Grâce à cette résistance, le breton qui était, avec le latin, l’idiome officiel des statuts synodaux, au xiiie, xive et xve siècle (3), était encore employé dans les actes en 1441 (4) ? dans les livres d’heures de la noblesse en 1486, à l’exclusion du français (5), et il ne perdit pas ses limites du xiie siècle ; quatre cents ans après, elles étaient encore les mêmes. Alain Bouchart, en 1490, nous les indique avec précision : « En troys éveschez d’icelle province, fait-il observer, comme Dol, Rennes, Saint-Malo, on parle le langage françois ; en troys autres, Cornouaille, Saint-Pôl-de-Léon et Tréguier, on ne parle que breton ; et en Vannes, Saint-Brieuc et Nantes ( le bourg de Batz et ses environs, fief de Cornouaille), on parle communément françois et breton. » De sorte qu’une ligne tirée de Tembouchure de la Vilaine à l’Océan, près de Châtelaudren, et passant par Elven et Loudéac, séparerait assez bien les Bretons bretonnants et les Bretons gallos, et préciserait la géographie de la langue bretonne, au point où nous sommes arrivés. Au-delà de cette ligne, le breton était l’idiome de la nation prise en masse ; en deçà, on parlait généralement une espèce de patois roman.

Il nous reste à étudier, comme précédemment, les monuments écrits de la langue bretonne, pendant la période qui nous occupe.

Quoiqu’ils soient plus nombreux qu’on ne le pense communément et que j’en puisse citer plusieurs, je me borne à choisir pour sujet d’examen les suivants :

1o Le Brud er brénined énéz Bretaen ou la Chronique des rois de l’île de Bretagne, ouvrage en prose, composé au viiie siècle, au monastère de Gaël, en Armorique, par saint Sulio ou S. Y-Sulio, et remanié au xiie, en Galles (6).

2o La Buhez santez Nonn ou la Vie de sainte Nonne, mise en vers sous la forme d’un mystère, ouvrage dont la première et la seconde parue sont du xiiie siècle ; la troisième, concernant l’épiscopat et la mort de saint Dè-

[133] vi, fils de sainte Nonne, du xive et empruntée à la Chronique que nous venons de citer, comme le second auteur l’annonce lui-même (i).

3o Une espèce de grammaire latine et bretonne élémentaire, à l’usage du clergé armoricain, dont le manuscrit est du xive siècle (2).

4o Trois dictionnaires breton-français-latin, l’un, manuscrit, de Jean Lagadeuc, du diocèse de Tréguier, terminé en l’année 1464, et fait sur le modèle d’un plus ancien, du même genre, de son compatriote frère Jean Ianneus (3) ; l’autre, imprimé sous le titre de Catholicon, en 1499, et qui n’est que l’ouvrage du premier complété ; le troisième, construit, compilé et intitulé par noble et vénérable maistre Auffret de Quoatquevran, chanoine de Tréguier, sous le titre aussi de Catholicon (4)

5o Un livre d’heures en latin et en breton (Heuriou enn latin hag enn brezonek), édition de luxe, à l’usage de la noblesse de Cornouaille, de Léon et de Tréguier, contenant, en vers bretons, les principales prières de l’Eglise, et des chants sacrés, qui, d’après le calendrier (car le premier folio manque), a été imprimé en 1486 (5).

Si les titres littéraires des Bretons du v^ au xii" siècle constatent une ère brillante, ceux que nous venons de passer en revue, à l’exception du premier, qui appartient au passé, marquent une époque de décadence : orthographe, vocabulaire, grammaire, tout en porte l’empreinte.

De l’an 1100 à l’an 1300, ou environ, l’orthographe bretonne de la fin du XI* siècle, dont nous avons indiqué précédemment les caractères, se modifia peu : nous en pouvons juger par la manière dont les noms celtiques sont écrits dans les Cartulaires de Redon, de Landevenec et de Quimperlé, et par les titres des Croisades récemment découverts. Le seul changement qu’on y trouve est l’heureuse introduction du A-, dans l’alphabet, en remplacement du c, lettre trompeuse, d’un son double, qui tend à disparaître à mesure qu’on s’éloigne des premiers temps (6) ; l’emploi de la diphtongue ou au lieu de w, et du w au lieu de cette dernière lettre (7) ; de ’i au Heu de Vu, qui le figurait fort mal, et au lieu de 1’^*, lettre inutile ; à’e au lieu d’/, quand le son de la première est un des deux e de l’alphabet français (8) ; enfin, de dd, de J, de dh, de ^/2, de et de z, ad libitum, pour rendre les dentales aspirées eT et ô (9).

Mais, à partir du milieu du xive siècle, l’influence française se fait sentir d une manière fâcheuse dans l’orthographe des Bretons. Leur

[134]

[135]

[136]

[137]

[138] alphabet s’enrichit de quatre lettres : q, j, y et x, parfaitement inutiles, puisqu’elles sont fort bien figurées, la première par k, la seconde et la troisième par i, et que le son de la quatrième n’existe pas dans les langues celtiques.

De plus, le g breton, toujours dur jusque-là, et qui faisait éviter l’introduction d’un u trompeur devant les voyelles e et i, est employé par fois pour peindre le son du j français ; et la double lettre ch, déjà en usage pour rendre le son celtique χ, est introduite dans l’alphabet breton pour figurer le son du ch français, précédemment inconnu comme le j. Dès lors, et toujours sous l’influence étrangère, le k et le w, lettres si nécessaires au breton, ne paraissent plus qu’exceptionnellement dans les écrits [139], et les dentales aspirées cT et ô y sont représentées soit par çç soit par çz [140].

La même influence agit non moins puissamment sur le vocabulaire armoricain. On s’étonne du nombre prodigieux de mots, soit latins, avec la forme altérée qu’emploient les trouvères, soit romans, ou purs ou avec des terminaisons bretonnes, dont fourmillent les ouvrages bretons depuis le commencement du xiiie siècle [141].

Le dépouillement du vocabulaire de sainte Nonne, de la grammaire latine-bretonne, des trois dictionnaires et des heures bretonnes et latines mentionnées plus haut, prouve un parti pris de franciser, car la plupart des mots empruntés ont leurs équivalents nationaux [142]. Ce dépouillement constate de plus des pertes énormes en fait de termes originaux. Heureusement, l’influence dont je parle n’a pas été assez forte pour changer, en les oblitérant, la structure même des expressions bretonnes, et qu’elles ont garde leur ampleur, leurs fortes désinences, et, si j’ose dire, leur vigoureuse charpente primitive. Elle n’a pas attaqué davantage ces liens presque insaisissables qui enchaînent entre elles les idées, je veux dire les règles du langage. La grammaire bretonne du xve siècle est exactement ce qu’elle était au ve ; même système de déclinaison, à l’aide d’articles et de prépositions (i), même forme double de conjugaison, au personnel et à l’impersonnel, pour l’actif et le passif (2) ; même inobservation des règles de permutation des consonnes, suivies dans la langue parlée. Quant à la combinaison des mots, ce qui est fort différents des lois grammaticales, et arbitraire en soi, il y a quelques légères modifications, comme il y en a, et c’est la plus grande dans le vocabulaire et l’orthographe, ainsi que je l’ai dit j mais, hors de là, nulle différence. En purgeant les textes sur lesquels je m’appuie, de mots d’importation étrangère, et les remplaçant par les vraies expressions celtiques, en les écrivant dans une orthographe méthodique, régulière et conforme au génie du breton, ou simplement en les rapprochant, quand cela est possible, de textes identiques antérieurs au xiie siècle, on acquerrait la preuve de ce que j’avance (3). Seul, le Brud er brénined, grâce aux époques reculées où il a été composé et remanié, n’aurait, bien entendu sous le rapport de la langue, aucune correction à subir (4).

Celte précieuse chronique, dont l’original armoricain fut transporté dans le pays de Galles par le gallois Walter Calenius, en l’année 1125, et y devint le fondement de toutes les histoires en langue nationale qu’on y écrivit depuis, eut sans doute produit le même mouvement historique dans notre Bretagne française, et conservé, pour l’orthographe et le langage, les bonnes traditions dupasse. Un autre ouvrage breton-armoricain,

[143] plus important encore, Les Saintes-Ecritures, traduites par ordre de la duchesse Anne de Bretagne [144], et que le clergé du pays crut devoir se laisser enlever par les Bretons-Gallois réformés [145] qui l’imprimèrent à Londres, servit aussi de modèle aux traductions galloises de la Bible, malgré les efforts d’Henri viii, qui en fit brûler presque tous les exemplaires [146]. Publié en France, comme le désirait l’auteur, et resté en Bretagne, cet inappréciable livre, en offrant à la piété des habitants un aliment quotidien aussi utile qu’agréable, aurait prévenu la décadence de l’idiome national. Mais le clergé en empêcha même la rentrée : il faut juger suspecte, disait-il, une translation, laquelle, pour l’imperfection de la langue, ne se peut bonnement faire sans erreur et corruption, et mettre le salut de la foi au-dessus de celui de la langue bretonne. [147] En réalité, toutes deux n’eussent pu que gagner à cette traduction des Ecritures en langue vulgaire, d’autant plus qu’elle était sans aucune altération, selon le témoignage formel du P. Grégoire, qui l’a eue entre les mains [148]. Or, elles perdirent toutes deux en la perdant, comme nous le verrons bientôt.

QUATRIEME ÉPOQUE.

Nous avons dit que les Croisades du xiiie siècle et les guerres du xive ouvrirent la Basse-Bretagne à la langue française ; un grand événement qui eut lieu à la fin du siècle suivant, lui fit faire de nouveaux progrès dans ce pays : je veux parler du passage des Bretons sous l’autorité immédiate des rois de France, par leur union au royaume en 1499. La politique française y travaillait depuis longtemps ; Louis xi ordonnait de gagner doucement, une à une, les bonnes villes de Bretagne, et voulait en renouveler ou du moins en mêler assez la population, pour que la langue et les idées françaises, qui y avaient déjà pénétré, y dominassent ; aussi voyons-nous les poètes populaires bretons du temps poursuivre de leurs malédictions les habitants des villes, « ces gentilshommes nouveaux, » comme ils les appellent, « ces aventuriers gaulois, ces bâtards étrangers qui ne sont pas plus Bretons, » font-ils observer dans leur langage poétique et original, « pas plus Bretons que n’est colombe la vipère éclose au nid de la colombe [149]. » En même temps, on minait sourdement la langue nationale, dans les châteaux, en attirant en Fiance, par l’appât de charges à la cour, la jeune noblesse et l’âge mûr, qui, de retour en Bretagne, y rapportaient la langue et les mœurs étrangères, pour lesquelles on s’était efforcé de leur donner du goût. La création à Paris, à Bordeaux, à Rennes et ailleurs, de collèges spécialement nés aux jeunes Bretons jaloux de s’instruire dans l’étude des lettres humaines ou d’étudier la théologie sous des maîtres savants, fut le troisième coup porté à l’idiome national ; le clergé surtout le ressentit vivement : un de ses membres, après un long séjour en France, voulant apprendre le français à ses compatriotes, composa le premier grand dictionnaire breton-français qui ait été fait, et, dans sa préface, il donna pour raison « qu’il faut que les clercs sachent le français » [150]. Cette tentative si caractéristique fut suivie de trois autres du même genre, l’année même de l’union de la Bretagne à la France [151]. A. dater de cette époque, le français, qui était déjà l’idiome officiel de l’administration en Basse-Bretagne, devint peu à peu le langage de société des habitants du pays qui prétendirent an bon ton et aux belles manières ; tandis que le breton, qui était la première langue bégayée par les enfants, resta celle du foyer, des relations des seigneurs avec leurs vassaux et domestiques, du bas clergé et du peuple des villes et des campagnes en masse. On se servit de Tune et de l’autre, si j’ose dire, comme de deux habits, dont l’un se porte en visite, l’autre à la maison. Un résultat semblable était de nature à satisfaire toute politique éclairée ; mais il ne parut pas suffisant à ceux des Bretons qui rougissaient, avec Abaylard, de l’idiome de leurs ancêtres. O auriam humanarum superbissimum judicium[152] ! « O superbes arrêts des oreilles humaines !»

Les habitants de la Basse-Bretagne n’étant pas, disait-on, confirmés bons Français [153], on voulut détruire leur langue et on l’attaqua de tous côtés. Des moines Gallos, supérieurs de l’ordre prêcheur des Récollets, donnèrent le signal en l’année 1539. Maîtres du gouvernement spirituel de la province où ils occupaient les charges principales de leur ordre, à l’exclusion des Bretons bretonnants, ils mirent tout en œuvre pour forcer leurs frères récalcitrants de la Basse-Bretagne à employer le français dans la prédication, à l’exclusion du breton, « les tenant, dit un des opprimés, dans une captivité pareille à celle des Israélites sous la tyrannie des Egyptiens [154]. » La lutte fut si longue qu’elle dura cent vingt-cinq ans, si vive que l’autorité du Souverain Pontife dut intervenir, pour ramener la paix et fixer les limites naturelles des deux idiomes rivaux [155]. Une guerre pareille, non plus, il est vrai, entre le breton et le français, mais entre le breton francisé des villes et le breton rustique, éclatait en même temps. Les riches bourgeois qui parlaient le premier et qui joignaient ensemble au hasard les expressions françaises qui leur venaient à la bouche, cherchant à mettre dans leurs discours le peu de français qu’ils savaient, afin d’imiter les grands et de passer pour des gens comme il faut, traitaient de grossier et de barbare l’idiome pur des campagnes, l’accusaient d’être inintelligible et suranné, fuyaient les prédicateurs qui l’employaient, et quel quefois les faisaient chasser loin des villes, par leurs pasteurs ou leurs évêques (i). La haute magistrature du pays résidant à Rennes, leur servait d’auxiliaires ; poursuivant l’œuvre des moines Récollets Gallos, elle publiait des ordonnances sévères (2), renouvelées aux xv^ii*’ et xviii* siècles (3), qui abolissaient le théâtre national où les Bretons de toutes les classes, gens d’Eglise, nobles, bourgeois et peuple (4) ? venaient puiser, aux grandes fêtes, un enseignement religieux et moral donné dans un idiome que les parlements croyaient étouffer avec les représentations dramatiques. De plus, ils encourageaient les auteurs d’une foule d’ouvrages en jargon mixte, tels que des manuels de conversation, et d’autres livres destinés à corrompre le breton. S’imaginaient-ils qu’en introduisant un grand nombre de barbarismes français dans cette langue, ils apprendraient le français aux habitants de l’Armorique ? Ils ne parvinrent qu’à créer des patois divers et le peuple des villes délaissa peu à peu une langue qu’il parlait correctement pour une autre qu’il ne possédera jamais bien. Les classes supérieures, elles aussi, commencèrent à abandonner, sans aucun avantage, l’idiome de leurs pères dont elles se servaient, depuis la fin du xvie siècle, concurremment avec l’idiome nouveau. Bientôt, il fut méprisé d’elles ; la mode l’exigea ; on trouva de bon goût d’anathématiser le modeste compétiteur du français : « Il se meurt, disaient les uns ; quelle peut être la nécessité ou l’utilité de le conserver ? disaient d’autres ; il n’est d’usage que dans quelques recoins de France et d’Angleterre : on devrait plutôt l’abolir. » Tels étaient, selon Grégoire de Rostrenen, les discours ordinaires. On les assaisonna de grossières plaisanteries. Les mots bretons les plus usuels devinrent des sobriquets burlesques qu’on prodigua aux gens qui ne savaient pas le français. On les appela guas (du breton gwaz, vassal), pautres et peautraille, populace (6) (du breton pôtr, valet), pétras, lourdaud (du breton pétra ? quoi ?) bara-ségal, c’est-à-dire mangeurs de pain de seigle ; et l’on employa pour désigner leur langue, ainsi que tout idiome corrompu et inintelligible, le substantif baragouin et le verbe baragouiner, formés des mots bara', pain, et gwin, vin, qu’ils avaient le plus souvent à la bouche, absolument comme les Croisés employèrent les mots arabes salamalek (la paix soit avec vous), dont se servent les Orientaux quand ils saluent, et dont nous nous servons encore en plaisantant. Ces expressions, et une foule d’autres que je pourrais citer, figurent dans mille chansons

[156]

[157] composées contre les Bretons bretonnants, du xvie siècle à la fin du xviii* (iLc. ridicule qu’elles jetaient sur[eux, et qu’ils n’eurent pas toujours le courage de braver, fit à leur idiome national une blessure profonde, élargie, à cette dernière époque, par la révolution française, et qui saigne encore.

Je viens d’accuser les Bretons d’avoir manqué de courage en ne résistant pas aux attaques dirigées contre leur langue ; ce reproche est loin d’avoir été mérité par tous : une réaction mémorable eut lieu, dont il me reste à entretenir le lecteur. Elle date de la mort de la duchesse Anne, et plus particulièrement, de l’année i532, où fut consommée l’union de la Bretagne à la France. Fatiguée d’une guerre sans cesse renaissante, et voyant luire, avec le règne de leur jeune duchesse, l’aurore d’un avenir meilleur, la nation bretonne s’était laissé fiancer au royaume de France ; mais, si la masse du peuple accepta ce joug nuptial avec joie, plusieurs gardèrent des regrets au fond du cœur ; quand la duchesse mourut, ils cherchèrent secrètement l’occasion de reconquérir leur indépendance, et la Ligue, à laquelle ils rattachèrent leur cause, devait leur en offrir une à la fin du xvi* siècle. Le mépris qu’affectaient pour leurs coutumes nationales les Français venus en Bretagne, ou les Bretons infidèles à la langue du pays, et les efforts qu*ils faisaient pour les avilir, redoublèrent Topiniàtreté que mirent les Bretons bretonnants à les maintenir. Comme nous l’avons vu, la poésie populaire prêtait son appui constant aux sentiments patriotiques, en maudissant la vipère gauloise éclose au nid de la colombe armoricaine. Toujours sur la brêche, l’arme au bras, l’œil éveillé, l’oreille au guet, prête à crier qui vi>e et à lancer sa flèche à l’ennemi, elle continuait à jouer un grand rôle dans toutes les affaires du pays ; pas un événement de quelque importance qui ne fût annoncé, loué ou blâmé par les poètes nationaux ; pas un sentiment dont ils ne se fissent l’organe dès sa naissance ; leurs chants, circulant rapidement de manoir en manoir, de bourgade en bourgade et de chaumière en chaumière, faisaient l’office de papiers publics ; et partout où la langue du berceau était celle de la famille, le peuple, regrettant les jours de soh indépendance, répétait cet énergique refrain qui devait être le cri de guerre des ligueurs bretons : Jamais, non, jamais, la génisse ne s’alliera au loup (2) ! Les auteurs dramatiques secondaient activement l’élan national donné par les chanteurs populaires ; aussi estce l’époque florissante du théâtre breton : le nombre de mystères et d autres pièces du même genre qui nous restent dépassent cent cinquante ; jamais, dans aucun siècle, on n’en composa autant en Basse-Bretagne. Celles qui avaient le mieux réussi étaient publiées, soit à Tréguier, soit

[158]

[159] à Morlaix, soit à Paris, où des imprimeurs bretons dévoués à leur langue maternelle, mettaient avec enthousiasme leurs presses au service de la renaissance intellectuelle et nationale. Les religieux eux-mêmes, comme l’attestent les livres bretons imprimés à Morlaix, au couvent de Cuburien, ne voulaient pas rester en dehors du mouvement général et luttaient avec la presse, afin de réagir contre les efforts tentés par les moines gallos, pour leur imposer la langue française et abolir celle qu’ils parlaient. D’un autre côté, les habitants de quelques villes de Basse-Bretagne, et notamment de Brest, s’obstinaient, nous l’avons dit, à n’être pas Français [160] ; et ceux de certaines paroisses rurales, voyant que leurs recteurs, malgré les statuts de la province, ignoraient la langue bretonne, refusaient de leur payer la dime qu’ils ne leur devaient qu’à ce prix [161].

Mais bientôt (1577) allait naître, dans un château de l’évêché de Léon, au centre même du breton attique, l’homme illustre qui devait étendre et diriger le mouvement national. Ce que fit, à l’aide de cette langue, pendant plus d’un demi-siècle, pour la civilisation bretonne, Michel Le Nobletz de Kerodern, le dernier apôtre de l’Armorique, est vraiment prodigieux. Riche et d’une ancienne famille noble du pays, il commença par distribuer son bien aux pauvres, aux veuves, aux orphelins et aux malades, pour être dégagé de tout lien terrestre et agir plus sûrement sur la multitude. Puis, le bâton à la main, il allait par les villes^ les bourgades et les villages de Basse-Bretagne, ou bien il passait en bateau dans les îles voisines des côtes, prêchant, instruisant les petits et les grands, recevant les confidences des cœurs malheureux ou coupables, et rendant le peuple meilleur en le consolant. Sa manière de parler était très-propre à produire un grand effet. Il se servait, dit son biographe, d’une grande simplicité de discours, et des termes les plus communs et les plus intelligibles ; il tirait ses paraboles et ses comparaisons de l’art ou de la profession de chacun de ceux à qui il s’adressait. Il employait souvent certains proverbes, certaines images, certaines expressions vulgaires, pour faire plus d’impression sur la mémoire et l’imagination de ceux qu’il prêchait. Non content de prêcher, il appela la poésie à l’aide de son apostolat national. Il composa des chants religieux qui instruisaient les plus simples d’une manière aussi utile qu’agréable [162]. D’abord traditionnels, comme tous ceux que savait le peuple, il les écrivit plus tard et en fit faire des milliers de copies, pour les distribuer à ses disciples [163]. Ce fut une des pieuses industries qui lui réussirent le mieux ; par ses chants, il sanctifia les boutiques des marchands et des artisans, le travail des laboureurs et les barques des matelots et des pêcheurs [164]. Ils devinrent si populaires, qu’on n’entendait autre chose à la campagne, parmi les cultivateurs et les pâtres, dans les maisons, parmi ceux qui travaillaient ensemble à faire des filets, et sur la mer parmi les mariniers y ils étaient si goûtés, qu’on voyait accourir une multitude de personnes de quinze et vingt lieues à la ronde, pour les apprendre [165]. Dans les îles, comme la plus grande partie des habitants étaient occupés à la pèche, le saint barde les suivait au large, où il les trouvait réunis en grand nombre, et, montant sur le plus élevé de leurs bateaux, il charmait leurs travaux par ses chants [166]. Lorsque l’œuvre de Dieu était accomplie dans un évêché, et que la Providence l’appelait ailleurs, le désespoir des habitants était tel, et il s’élevait de tels cris, qu’on eût jugé que ce pauvre peuple perdait tout son bonheur et toutes ses espérances [167]. Alors, c’était ordinairement la calomnie, l’envie ou un esprit d’opposition anti-nationale à la culture du breton qui chassaient le pieux missionnaire. Chose inouïe, mais qui n’a pas été sans exemple, quelques ecclésiastiques auxquels ses succès faisaient ombrage, allèrent jusqu’à l’accuser, du haut de la chaire, de vouloir corrompre le peuple par des chants impudiques, scandaleux et grossiers, de présider à des assemblées de chanteurs de carrefours, d’amuser la foule par des spectacles nouveaux, d’introduire dans les paroisses des coutumes dont la pratique était intolérable à des personnes âgées, qui avaient d’autres affaires de plus grande conséquence que d’apprendre à parler purement le breton [168]. Sur ces dénonciations, un prélat (l’évêque de Cornouaille), qui ne pouvait s’instruire par lui-même de ce que contenaient les chansons bretonnes, parce qu’il n’entendait pas encore la langue du pays, selon la remarque d’un contemporain, adressa des réprimandes à l’auteur, comme à un homme qui mettait le scandale et la division parmi ses frères et qui cherchait à innover [169]. Il enjoignit ensuite, sous peine d’excommunication, à tous ceux du diocèse qui logeaient quelques-uns des chanteurs formés par le saint prêtre, de les renvoyer ; mais la défense fut inutile : le peuple n’en continua pas moins à recevoir et à écouter les chanteurs, et l’on entendit une pauvre paysanne, qu’on menaçait de la mort, s’écrier, avec un accent sublime : «Nous ne chantons que la doctrine de Jésus-Christ ; qu’on nous crucifie comme on l’a crucifié, et nous chanterons encore sur la croix ! » Etonné de cette opiniâtreté, l’évêque se fit traduire quelques-uns des chants dénoncés, et les trouva si beaux et si édifiants, qu’il leva publiquement le blâme dont il les avait frappés, condamna les calomniateurs du saint prêtre, encouragea l’auteur, les chanteurs et les auditeurs, et même apprit la langue bretonne. Beaucoup d’ecclésiastiques, qui l’ignoraient comme lui, suivirent son exemple [170] ; et quoique les propos calomnieux contre Michel continuassent à avoir cours, au point que des « malicieux, ne sachant plus qu’inventer, publioient partout que c’étoit un sorcier» : ses succès ne se rahMilirenl nullement ; « la calomnie n’empêcha pas, poursuit son biographe, qu’il ne fût demandé, lui et ses disciples, dans tous les diocèses de la Basse-Bretagne ; que les villages mesmes où ils alloient ne devinssent aussi fréquentés que les grandes villes les plus peuplées ; qu’ils ne fussent obligés partout de prescher dans les places publiques ou au milieu de la campagne, ne se trouvant pas d’églises assez grandes pour contenir leurs auditeurs ; et que près de quatre cent mille âmes n’eussent l’obligation au saint vieillard, avant sa mort, de ce qu’elles eussent été mises, par ses instructions, dans les voies du salut [171]. »

Telle fut la mission de Michel Le Nobletz. Elle méritait une place importante dans l’histoire d’une langue qu’il avait prêchée pendant toute sa vie, dans laquelle il avait si souvent chanté, et qu’il eut, à son lit de mort, une si particulière consolation à entendre de la bouche d’un de ses disciples, qui lui lisait en breton, quand il expira, l’histoire des douleurs de Jésus-Christ. Quoiqu’il eût demandé à être inhumé au lieu où Ton enterrait les pauvres, son corps ne fui pas confondu avec eux. On lui éleva un tombeau en marbre, dans une église qu’il aimait, bâtie au bord de la mer, et dont le cimetière devait un jour donner asile aux restes mortels du législateur moderne de la langue bretonne. Son convoi, dit, en finissant, l’auteur contemporain souvent cité par nous, ne fut pas celui d’un particulier, mais comme celui du père des peuples et de la patrie [172]. Jamais, en effet, pareil homme n’avait donné pareil élan à la langue et aux idées en Basse-Bretagne.

Un de ses disciples chéris, Julien Maunoir, continua son œuvre. Quoique né dans la Haute-Bretagne, où la langue des Bas-Bretons est toujours odieuse, il l’avait apprise, la savait assez pour pouvoir enseigner et même pour composer des poésies, où il résumait, sous une forme attrayante, les vérités de la religion, suivant en tout la méthode simple et populaire du maître. Ses succès furent pareils. Sur les montagnes, dans les vallées, aux bois, aux champs, sur les rivages et en pleine mer, on n’entendait qu’une voix qui répétait ses chants. Comme vers Michel Le Nobletz, on courait vers lui de toutes parts, de près et de loin, des quatre évêchés bretonnants, partons les chemins, de toutes les petites villes, des bourgades, et principalement des lies d’où la population arrivait dans mille bateaux, chantant en cadence, en ramant, les cantiques pieux de son prédécesseur ; si bien que les ennemis de la renaissance nationale l’accusaient comme lui et disaient sérieusement « que, par je ne sais quels charmes secrets et la puissance du chant, il attirait après lui les îles entières [173]. » Peut-être, au reste, cédaient-ils malgré eux à l’opinion celtique sur la force de la poésie. Le biographe de Maunoir ne paraît pas loin de la partager, a Un jour, assure-t-il, le saint missionnaire s’embarqua avec plusieurs de ses disciples, malgré une tempête horrible ; dès que la troupe fut en mer, ils entonnèrent des cantiques, et les rochers répétant la voix, les échos formèrent plusieurs chœurs, et, comme si la mer eût été sensible à ces concerts, on dit qu’elle se calma [174]. » Maunoir lui-même croyait à cette puissance, mais en trouvant ailleurs les motifs de sa foi : il le raconte avec une simplicité touchante qui n’admet pas le doute. « Deux mauvaises années de suite ayant causé une grande cherté dans la Bretagne, je composai un cantique exprès en l’honneur de saint Corentin, pour réclamer son assistance, et ce bon saint, toujours secourable, assista son peuple, car les enfants qui chantaient ce cantique n’avaient pas achevé le premier couplet, que le ciel s’étant couvert, contre toute apparence, il tomba une pluie douce qui dura plusieurs jours et réjouit toute la Bretagne [175]. »

Quand on a cette foi naïve et forte dans l’instrument dont on se sert, quelle action ne peut-on pas produire ? Mais Maunoir ne se borna pas à prêcher et à chanter, il voulut étendre encore le cercle de son influence, et coopéra, soit personnellement, soit par ses conseils, à la création de deux collèges, où le breton était la langue usuelle des écoliers : l’un à Quimper, l’autre à Morlaix, ville alors des plus considérables de la Basse-Bretagne, et que sa situation entre les évêchés de Tréguier, de Léon et de Cornouaille, rendait très-importante. Il chargea de ce dernier établissement, où accoururent des élèves des trois évêchés, un de ses amis, le P. Quintin, disciple de Michel Le Nobletz, qui ne tarda pas à être secondé par un ecclésiastique gallois catholique nommé Charles Lhuyd, banni de son pays pour cause de religion, et depuis archevêque de Cantorbéry. Peut-être le commerce du prêtre exilé, ou quelque grammaire bretonne apportée du pays de Galles, donnèrent-ils à Maunoir l’idée d’en écrire une semblable pour les Bretons d’Armorique ? Mais certainement il y fut poussé en entendant prêcher ces sermons en langue mixte à la mode dans les villes, et auxquels, selon un de ses confrères, aucun des auditeurs campagnards ne pouvait rien comprendre [176]. C’est lui-même qui nous l’apprend : « Trouvant, dit-il, que plusieurs qui ont charge d’âmes, ne sçavent la langue de leurs ouailles, ce qui est cause qu’ils ne peuvent les entendre ni leur parler ; que d’autres, quoyque sçavants et vertueux, ayant intermis l’usage de la langue maternelle hors leur pais natal, pendant le cours de leurs estudes, ont oublié une partie des mots propres de l’idiome d’Armorique, ce qui est cause que, dans leurs prédications, ils se servent de plusieurs mots françois, avec la terminaison bretonne, qui ne sont pas entendus de la plupart des auditeurs ; ces difficultés à l’égard de ceux qui ne savent l’idiome du pais avec la perfection qui est requise, m’ont porté à composer une grammaire et syntaxe d’Armorique, et un dictionnaire où ils trouveront tous les mots nécessaires pour composer un sermon en cet idiome [177]. » Dans son épître dédicatoire à saint Corentin, patron et premier évêque de Cornouaille, il y ajoute d’autres motifs encore plus forts. « Considérant, ô grand Apostre ! que je me trouve dans un lieu qui a toujours tenu bon au langage que vous avez parlé et à la foy que vous avez plantée, je me sens obligé de donner au public quelques instructions, pour conserver l’une et l’autre ; et ce, (d’autant) plus volontiers, que, par vostre assistance, j’ay eu le bonheur d’apprendre cet idiome si nécessaire parmy vos brebis. «  Et, formant un vœu que le Ciel exaucera, il s’écrie : « Dieu soit bény, jusques à la fin du monde, dans cette langue ; nous l’espérons par l’assistance des sept Saints de Bretagne [178] ! » Il composa donc un livre intitulé : Le sacré collège de Jésus (Kentéliou christen euz ar C’holach sakr), dvisé en cinq classes, ou l’on enseigne en langue d’Armorique les leçons chrétiennes, avec les trois clefs pour y entrer, savoir : un dictionnaire, une grammaire et syntaxe, en même langue ; et cette épigraphe : Venite, filii, audite me ; « venez, enfants, écoutez-moi ». Il avait déjà fait paraître un recueil de ses chants religieux et de ceux de Michel Le Nobletz. Nous examinerons la valeur philologique de ces divers ouvrages. Bientôt presque tous les prélats, recteurs, ecclésiastiques, tant réguliers que séculiers du pays, les adoptèrent, dit le P. Maunoir, et voulurent parler purement le langage que leurs premiers pasteurs avaient parlé. René du Louet, évêque et comte de Cornouaille, saint vieillard alègre et vigoureux dans ses travaux apostoliques, malgré ses quatre-vingts ans, était à la tête de la réforme. En 1659, il donnait l’exemple depuis cinquante-cinq ans, « preschant et catéchisant le simple peuple et les villageois, accordant leurs différends, les consolant dans leurs afflictions, les visitant en leurs maladies. » La Cornouaille, fait observer Maunoir avec modestie ( il eût pu dire toute la Basse-Bretagne), lui a l’obligation de se voir renouvelée.

Le pays l’était en effet. Comme Michel Le Nobletz avait trouvé un successeur digne de lui dans Maunoir, celui-ci trouva dans le P. Marzin un disciple capable de le remplacer. Son élégie sur la mort de Maunoir (1683) prouva qu’il avait assez de talent et de dévouement pour mériter pareil honneur : « Las ! hélas ! Bretons, chantait-il, le P. Maunoir est mort ! Il s’est éteint votre flambeau ; il est mort, votre tendre père (i).» Et, réunissant sous une même auréole poétique les fronts glorieux des deux saints, il les représente marchant, comme deux anges de lumière, au triomphe de la foi et de la langue nationales. « Je les vois, dit-il, un pied sur la mer, un pied sur la terre ; ils vont à grands pas, la nuit, comme la lune, et le jour, comme le soleil, et, à leurs clartés, les ténèbres fatales s’évanouissent en Bretagne(2). M Les travaux de Vincent Marzin, du P. Delrio, et ceux du P. de Lannion, de Tordre des Frères prêcheurs, qui fit imprimer, en 1692, à l’usage des prédicateurs, les discours de toute une vie d’apostolat, remplirent la fin du XVIIe siècle et les premières années du suivant, où un autre religieux du même ordre, le P. Grégoire, de Rostrenen, publia son grand dictionnaire français-celtique (1732), puis sa grammaire bretonne (1738). Les lacunes considérables de la grammaire et des dictionnaires du P. Maunoir, le mouvement de jour en jour plus général, en faveur de la langue nationale, déterminèrent François-Marie de Saint-Malo, quatre fois provincial des Capucins de Bretagne, à charger Grégoire de cette tâche importante. Le but était le même que celui du P. Maunoir : « c’était, dit l’auteur, afin d’aider, par ce moyen, les jeunes religieux et plusieurs ecclésiastiques zélés du païs, à traduire leurs sermons françois en breton, pour pouvoir prescher aux peuples de la Basse-Province, dont la plus grande partie ne sçaitpasla langue françoise. » Ses pérégrinations apos-

[179] toliques, sans cesse renouvelées dans tous les évêchés bretons, en lui apprenant les divers dialectes de la langue, et lui faisant, comme il disait, trouver sa patrie partout, devaient le mettre plus qu’un autre à même de mener cette entreprise à bonne fin : nous verrons s’il y réussit complètement. En 1752, dom Le Pelletier, religieux Bénédictin delà congrégation de Saint-Maur, vint à son tour prêter l’appui de ses lumières à la renaissance bretonne, par la publication de son dictionnaire in-fo breton-français. Il l’écrivit surtout pour conserver les expressions propres de la langue bretonne, que « plusieurs ecclésiastiques, dans l’enseignement quotidien de la religion, laissent se perdre, dit-il, trouvant plus commode d’emprunter les mots du français que de les chercher dans le breton. » Imprimé aux frais des Etats de Bretagne, dont certains membres Hauts-Bretons, trompés par le titre, se méprirent sur les intentions purement nationales et philologiques de l’auteur, cet ouvrage, qui éclipsait tous ceux du même genre publiés avant lui, produisit d’heureux effets, malgré le discours préliminaire de Taillandier, ses vues étroites, fausses et peu patriotiques. Dom Le Pelletier, le premier, avec l’autorité que lui donnait sa qualité de Bénédictin, introduisit un peu d’ordre et de méthode dans l’étude, jusque-là confuse et sans critique, de la langue bretonne. 11 a ouvert l’ère nouvelle et préparé les voies aux travaux supérieurs et parfaits de Le Gonidec, à qui je me hâte d’arriver.

Mais, à la fin du siècle où ils naquirent tous deux, une grande révolution éclatait. La Bretagne qui, devenue province française, avait cependant su maintenir, avec une administration distincte de celle de la France, les restes de ses anciennes libertés, perdait jusqu’à son nom. Elle se voyait enfermée dans des limites arbitraires, et divisée administrativement en cinq départements : un purement français, celui d’Ile-et-Vilaine, embrassant les anciens évêchés de Dol, de Rennes et de S.-Malo ; un tout breton de langue, de mœurs et de costumes, le Finistère, formé des deux évêchés de Léon et de Cornouaille ; et les trois autres, plus ou moins bretons et français, les Côtes-du Nord, réunissant les évêchés de Tréguier et de Saini-Brieuc ; le Morbihan, représentant celui de Vannes, et la Loire-Inférieure, celui de Nantes.

En même temps, la vieille société aristocratique se dissolvait ; les prêtres, violemment expulsés des presbytères et des églises, étaient cachés ou en exil ; le culte était détruit ; la défense de l’autel et du foyer armait les populations bretonnes, comme toujours rebelles au joug, qu’il vînt des rois ou des tribuns. Trop jeune pour se mêler à des dissensions cruelles, dont gémissait l’humanité, Le Gonidec fuyant l’échafaud, où son nom seul l’avait fait monter, et auquel il avait échappé comme par miracle, consacrait, déguisé en paysan, dans une retraite du Léon, les loisirs tourmentés que la révolution lui faisait, à apprendre méthodiquement la langue du peuple dont il portait le costume national. L’atticisme proverbial du langage usité autour de lui, qu’il avait parlé jusque là, sans étude, et les leçons d’un vieil antiquaire enthousiaste, qui lui prêta l’ouvrage de dom Le Pelletier, déridèrent sa vocation scientifique. Un voyage forcé chez les Bretons d’Angleterre, alors occupés de la vaste publication de leurs documents littéraires, et par lesquels il fut accueilli comme un frère de sang et de langue, lui donna une ardeur nouvelle ; de retour en Bretagne, il chercha, il nota, il coordonna, pendant plusieurs années, les lois de l’idiome d’Armorique, ramenant à une pratique uniforme les coutumes locales et particulières contraires aux règles générales, et composa sa grammaire, cette charte littéraire des Bretons (1807). L’ordre renaissait alors en France : le premier consul, qui aimait la bravoure bretonne, qui avait appelé la résistance armée de l’Ouest une guerre de Géants, et qui, d’autre part, admirait beaucoup les poèmes celtiques attribués à Ossian, encouragea la création d’une académie ayant pour but d’étudier les antiquités nationales et particulièrement la langue et les usages des Gaulois. Le Gonidec en devint un des membres les plus distingués ; le désir de présenter quelques éléments utiles aux recherches de ses collègues, le détermina à mettre au jour sa grammaire. Malheureusement, ils ne surent pas en profiter, et laissèrent aux générations nouvelles l’art d’en tirer parti. La plupart, amis de Le Brigant et de Latour-d’Auvergne, avaient, comme ces deux archéologues, plus d’enthousiasme que de science et de critique, et l’Académie celtique, qui revit aujourd’hui sous le nom de Société des Antiquaires de Finance, dut mourir de ses propres excès. Quoi qu’il en soit. Le Gonidec, dont les philologues éclairés ne confondirent pas les travaux avec ceux des visionnaires celtiques, poursuivit l’étude à laquelle il avait dévoué sa vie, et publia, en 1821, un dictionnaire breton-français. Encouragé par le jugement flatteur que rendit de ce recueil et de la grammaire, dans le Journal des Savants, Abel Rémusat, la plus grande autorité du temps, il se mit à composer un dictionnaire français-breton : outre le désir de soumettre, au jugement des hommes instruits, le répertoire complet des mots de la langue bretonne, il avait pour motif, en l’écrivant, de s’aider lui-même dans la traduction du Catéchisme historique, de Fleury, des Visites au S. Sacrement, de Ligori, de l’Imitation de J.-C., et surtout de l’Ancien et du Nouveau Testament dont le dernier parut en 1827. Il pensait aussi qu’il pourrait être utile non-seulement au clergé, pour la prédication, et aux habitants des châteaux et des villes qui ont des rapports journaliers avec les campagnes, et introduisent souvent des mots français dans le breton, mais surtout aux étrangers que leurs affaires appellent en Bretagne, et aux fonctionnaires de toutes les classes que leurs attributions mettent en relation avec des hommes qui ne les comprendraient point, s’ils ne s’adressaient pas à eux dans l’idiome vulgaire. Par malheur, la mort a surpris Le Gonidec (1838) avant qu’il ait pu mettre au jour son second dictionnaire, et il a légué, en mourant, cette tâche à ses disciples, avec l’achèvement de son œuvre.

Ceux-ci ont profité des leçons de leur maître et des fautes qui ont perdu l’Académie celtique. Plus modestes que leurs devanciers, plus sévères pour eux-mêmes, dégagés des liens d’un certain patriotisme puéril et maladroit, n’aimant pas moins que leurs pères leur histoire, leur langue et leur littérature nationales, mais alliant cet esprit à toutes les grandes idées nouvelles, fidèles à la petite patrie, sans cesser de l’être à la grande, passionnés pour la vieille civilisation celtique, si je puis employer ce mot, mais aussi pour les progrès de la haute civilisation moderne, prenant dans leurs travaux l’histoire et les faits pour seuls guides, et non les feux-follets de leur imagination, ils suivent les sentiers sûrs qui mènent à la vérité.

Leur premier acte fut un hommage filial à la mémoire de Le Gonidec : ils lui votèrent un monument dont l’érection a eu lieu, avec une grande solennité, le 12 octobre 1845, au Conquet, sa ville natale, sous la présidence de Mgr Graveran, évêque de Quimper. Depuis, ils lui en ont élevé un autre plus durable que le Kersanton : ils ont fait imprimer son grand ouvrage posthume, le Dictionnaire français-breton, et réimprimer sa Grammaire, qui parait pour la troisième fois, avec son Dictionnaire breton-français, aujourd’hui à la seconde édition, et considérablement augmenté. Mieux que la pyramide de granit, ces livres apprendront à la postérité le nom vénéré de l’homme si justement nommé, dans l’inscription de son mausolée, le savant le sage, le législateur du breton [180].

Les membres de la nouvelle école (qu’on me pardonne de lui donner ce nom ambitieux) ne s’en sont pas tenus là : voulant vulgariser encore plus l’instruction et la faire descendre dans les masses, ils ont publié une petite grammaire bretonne usuelle, d’après la méthode de Le Gonidec, suivi d’un traité de la versification celtique, le premier qui ait jamais été écrit dans le dialecte armoricain, et un dictionnaire français-breton, sur le modèle du dictionnaire breton-français du maître. La collection et la publication des textes devait aussi appeler leur attention : l’un d’eux, au retour d’une fête de famille donnée par les Bretons du pays de Galles à leurs frères d’Aimorique, a fait imprimer un choix des chants mythologiques, héroïques, historiques, domestiques et religieux de la Bretagne, conservés par la tradition et appartenant à tous les dialectes, à toutes les époques, depuis le v*= siècle jusqu’à nos jours ; un autre a réédité, avec discernement, les plus beaux chants sacrés composés par Michel Le Nobletz, Maunoir et leurs successeurs dans l’apostolat ; un troisième enfin s’est borné aux chants religieux et nationaux bretons nés sous l’influence des orages révolutionnaires. Et, pour frapper à la fois les yeux, l’oreille et l’esprit du lecteur, on a joint à ces recueils les airs originaux notés, et plusieurs morceaux du premier ont été publiés par livraisons, en une édition populaire de luxe tirée à dix mille exemplaires, avec des gravures sur bois soigneusement exécutées. Mais aucune de ces publications n’avait encore été faite que déjà la harpe nationale d’Armorique, retrouvée par le poète des Bretons et si souvent maniée depuis avec tant d’éclat et de talent, résonnait en l’honneur du pays natal : elle y ranimait l’art savant des vieux bardes, aujourd’hui en pleine culture, prenant toujours comme eux, pour sujet de ses chants, l’éloge des saintes croyances, des mœurs patriarcales, des usages vénérables, des traditions de gloire et de loyauté, des costumes pittoresques et de la langue du pays, ou la satire des innovations ridicules et intempestives. Le théâtre breton lui-même, persécuté sous l’ancien régime, s’est rouvert avec notre siècle ; autorisé par une administration éclairée et bienveillante, il est pleinement libre aujourd’hui, et poursuit, aux grandes fêles, dans plusieurs villes et bourgades, le cours de ses représentations. Non contents de jouer les vieilles pièces, les poètes en ajoutent chaque année de nouvelles à son répertoire, prouvant ainsi que le génie dramatique est loin d’être éteint en Bretagne.

A la grammaire, au dictionnaire, au traité de versification, aux recueils des poésies anciennes ou nouvelles et de musique dont j’ai parlé, je pourrais joindre beaucoup d’autres ouvrages ; je ne m’arrêterai pas aux deux Bévues, où l’on juge les nouvelles productions en langue bretonne, premier essai d’examen critique de la littérature nationale ; mais je dois une mention toute spéciale à un important recueil périodique, purement breton, portant le titre de Lizériou Breuriez ar Feiz (Lettres de la Société de la Foi), qui se rattache à l’œuvre générale de la Propagation, et va atteindre le chiffre énorme de vingt mille lecteurs. Fondée par des disciples de Le Gonidec, cette publication, qui offre au peuple une lecture pleine d’enseignements et d’intérêt, et où on lui donne les premières notions qu’il ait reçues d’histoire et de géographie, parut sous les auspices des Evêques de Quimper et de St-Brieuc, toujours prêts à encourager tout ce qui peut concourir au maintien de la Foi, à la conservation de la langue bretonne et aux progrès de l’instruction. L’approbation accordée aux travaux des rédacteurs est une sanction éclatante des principes de la nouvelle école bretonne, et mérite d’être citée : « Nous ne pouvons, dit Mgr Graveran, qu’approuver le plan et les travaux des écrivains bretons de ces Annales. Nous ne croyons pas sans intérêt d’appeler l’attention de nos bien-aimés coopérateurs sur le soin apporté à n’employer, autant que possible, que des mots appartenant à la langue bretonne, et à suivre, pour l’orthographe, une méthode rationnelle et arrêtée, L’absence de toute règle et la fréquente introduction d’expressions exclusivement françaises, ôtent beaucoup de leur charme aux ouvrages d’ailleurs les plus utiles et les mieux composés, et nous croyons que nos pieux laboureurs eux-mêmes apprécient très-bien l’élégance et la pureté du langage. Dans quelques années, grâce à la multiplicité des écoles, tous, ou du moins le plus grand nombre, entendront la langue française ; mais ce sera la langue savante qu’ils parleront aux habitants des villes, ou aux personnes d’une condition supérieure ; entre eux, et dans leurs rapports de tous les moments, le breton demeurera le langage usuel, auquel ils s’attacheront de plus en plus, s’il est purgé de tout alliage, si, dans ses productions, il substitue aux errements capricieux de chaque écrivain, les règles fixées par la pratique et l’assentiment des plus doctes. L’instruction qu’ils auront puisée dans les écoles les rendra plus sévères sur l’observation de ces règles nécessaires de toute langue écrite ou articulée. Appliquons-nous donc à les connaître et à les observer, pour prévenir le mépris ou la décadence de notre précieux idiome, car sa conservation importe au bien de ce pays. » Ce succès n’était pas le seul réservé à l’école nouvelle. Mgr Graveran devait plus tard développer les dernières paroles qu’on vient de lire, et en faire le sujet d’un mandement sur la conservation de la langue bretonne, comme gardienne de la religion et de la moralité du peuple qui la parle. Son nouvel appel aux sentiments religieux et patriotiques des hommes pour lesquels il remplace, comme prince de l’Eglise et comme protecteur naturel, les anciens comtes de Cornouaille et de Léon, se termine ainsi : « Nous vous ferons une dernière recommandation : ayez toujours du respect et de l’estime pour vous-mêmes. Respectez-vous comme chrétiens : aucun titre sur la terre n’égale celui-là en grandeur et en espérances. Estimez-vous comme Bretons ; ce nom, quand il est bien porté, est un gage d’attachement aux vieilles croyances, de fidélité aux pratiques saintes, de constance dans le sentier du devoir. Vous avez besoin, dit-on, d’être polis par la civilisation avancée du siècle : nous ne disputerons pas ; mais prenez garde qu’à force de vous polir, la civilisation ne vous use, n’efface l’empreinte de votre caractère religieux. Voilà, N. T. C. F., le sujet de nos alarmes ; voilà pourquoi nous voyons avec un contentement réel que vous teniez à vos vieux usages, à vos vieux costumes, à votre vieille langue ; et nous ne parlons pas ici, en littérateur préoccupé de questions philologiques en artiste épris de formes pittoresques, mais en évêque convaincu par l’expérience et la raison de l’étroite liaison qui existe entre la langue d’un peuple et ses croyances, entre ses usages et ses mœurs, entre ses habitudes et ses vertus. »

Peut-on mieux penser et mieux dire ? Si Le Gonidec est l’écrivain qui a fait les plus beaux ouvrages en langue bretonne, l’évêque de Quimper sera de tous les prélats bretons celui qui aura le plus contribué à rendre durable le mouvement intellectuel qui leur doit naissance. Maintenant, les instructions pastorales publiées seulement en français jusqu’ici, paraissent dans les deux langues, et sont pour la littérature armoricaine une nouvelle source de richesses.

Il nous reste à voir quels sont les caractères de l’orthographe, du vocabulaire et de la grammaire bretonne, depuis la fin du xve siècle. Nous les exposerons en peu de mots.

Voici la liste des ouvrages bretons les plus importants publiés dans cet intervalle :

1o Le nouveau Catholicon, dictionnaire breton-français-latin [181], 1501.

2o Quatre mystères en vers, savoir : le Mont du calvaire ; la Passion de Jésus-Christ ; le Trépas de la Vierge Marie et ses quinze joies (^VŒME^yi kth AîTN Itron Maria ha hé pemzék lévénez) ; la Vie de l’homme (Buhez map-dén) [182], 1517 et 1530.

3o La Vie de sainte Barbe, telle qu’on a coutume de la jouer en Basse-Bretagne (Buhez santez Barba ével m’az kustumer hé hoari enn Goélet-Breiz), et « Vie de saint Gwénolé, autres mystères en vers [183], 1557.

4o Les quatre fils de l’homme (Ann pévar fin divezaff), par le P. de Penfentenyo ; et Le miroir de la Mort, (Mellézour ann marv), poésies religieuses et morales [184], 1562 et 1670.

5o Deux traductions en langue bretonne, l’une du catéchisme latin du P. Canisius ; l’autre du catéchisme français de R. Benoist, curé de Saint-Eustache à Paris, par Giles de Kerampuil [185], 1576.

6o Une traduction de la Doctrine chrétienne, de Bellarmin, par Ives Le Baelec, suivi d’un recueil de cantiques notés, et d’une vie de saint Pol de Léon, par frère Bernard, de Saint-Pol, carme [186], 1616 et 1628.

7o Le dictionnaire et les colloques français-breton de Guillaume Quicquier (i), 1632, 1633 et 1640.

8o Un choix dès cantiques de Le Nobletz, du P. Maunoir, du P. Marzin, du P. Delrio et autres, publiés d’abord sous le titre de Hent ar Bariadoz (le chemin du ciel) ; puis, de Ar Vuhez gristen (la vie chrétienne), et sous d’autres titres (2), 1650, 1689 et 1712.

9o Le dictionnaire breton-français et français-breton, et la grammaire bretonne du P. Maunoir (3), 1659.

10o Les psaumes mis en vers bretons par Charles Le Briz (4), 1727.

11o Le dictionnaire français-celtique du P. Grégoire, de Rostrenen, et la grammaire française-celtique du même (5), 1732 et 1738.

12o Le dictionnaire de la langue bretonne de dom Le Pelletier, religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur (fi), l’jSi.

13o La Vie des Saints (Buhez ar Zent), par Claude Marigo(7), 1762 et 1780.

14o Charlemagne et ses douze pairs. — Les quatre fils d’Aymon. — Saint Guillaume, comte du Poitou, drames bretons en vers (8), 1 8 1 5 et 1 8 1 8.

15o Les fables bretonnes de Ricou, cultivateur (9), 1828.

16o Les fables choisies de la Fontaine, traduites en breton par M. de Goësbriand, père. — Le combat des Trente (Gwerz emgann ann Trégont), poème, par le même (10) 1 836 et 1837.

17o La grammaire bretonne, le dictionnaire breton-français, le Nouveau Testament^ etc., etc., de Le Gonidec (1 r), 1807-1821, 1827-1838.

18o La Harpe d’Armorique (Télen Arvor), poésies par M. Brizeux (12), 1838 et 1844.

19o Les Chants populaires de la Bretagne (Barzaz-Breiz), recueillis et publiés par l’auteur de cet essai (13), 1839-1840, 1845- 1846.

20o Les Chants sacrés des Bretons (Kanaouennou santel), choisis, mis en ordre et publiés par M. l’abbé Henry, de Quimperlé (14) > 1842.

21o Le dictionnaire français-breton de M. Troude, chef de bataillon (15), 1842.

22o Les lettres de Ta Société de la Foi (Lizériou Breuriez ar Feiz) (16}, publication périodique, 1844, 1845, 1846, 1847.

23o Les mandements de Mgr Graveran, évéque de Quimper (Kélenna-DURÉZOU ANN ÀO.’lT ESKOP A GeMPEr) (17), 1 846 et 1847.

24o La Foi et le Pays (ar Feiz hag ar Vrô), chants religieux et nationaux des Bretons, de 1789 à 1814, recueillis et publiés par M. l’abbé Durand, de Tréguier (18), 1847.

25o Le dictionnaire français-breton posthume de Le Gonidec, son dictionnaire breton-français et sa grammaire réédités (19), 1847-U

[187]

[188] [189] 26o La Genèse (Levr ar c’hénéliez), traduuite en breton par M. l’abbé Henry, avec approbation de Mgr l’évêque de Quimper[190], 1847.

27o La nouvelle grammaire bretonne, d’après la méthode de Le Gonidec, suivie d’une prosodie, publiée par la Société du Breûriéz ar Feiz, avec cette épigraphe tirée du barde Taliésin :

Hô Doué a guroñt,
Hô iéz a viroñt :

« ils aiment leur Dieu, ils conservent leur langue» [191], 1847.

Quelque longue que soit cette liste, d’ouvrages, il serait facile de l’augmenter encore par l’énumération de toutes les poésies bretonnes qu’on imprime journellement et en si grand nombre, soit en brochures ou sur feuilles volantes, soit dans les revues ou les journaux de Basse-Bretagne j aux noms cités, nous pourrions joindre ceux de beaucoup d’autres écrivains de mérite appartenant, comme les précédents, aux trois dialectes usuels de Léon, de Cornouaille et de Tréguier : l’abbé Le Scour ; le docteur Guizouarn ; M. Laouénan, auteur d’un roman breton prêt à paraître ; M. Prosper Proux ; M. Guenuoc, de Lesneven ; l’abbé Clec’h, qui termine un poëme sur la grande querelle des de Blois et des Montfort ; enfin, l’abbé Le Joubioux, auquel le dialecte breton-gaël, si négligé, de Vannes, doit un premier essai de réforme, par la méthode de Le Gonidec, et qui propage dans le Morbihan le mouvement déjà opéré dans le Finistère et les Côtes-du-Nord. Mais il faut se borner [192]. Je passe donc à l’examen de l’orthographe, du vocabulaire et de la grammaire, tels que nous les montrent les divers ouvrages que nous venons d’énumérer. L’orthographe arbitraire, née pendant la période de décadence de la langue bretonne, et dont nous avons indiqué les caractères, continua à avoir cours de l’an 1500 à l’année 1600, et à se modeler sur celle de France, qui n’était elle-même ni moins arbitraire, ni moins inconstante. Le changement le plus important que font pressentir les livres imprimés entre ces deux dates, surtout quand on arrive au xviie siècle, est l’adoucissement du langage, par la suppression de certaines consonnes, soit au commencement, soit au milieu, soit à la fin des mots [193]. Les écrivains bretons subissaient insensiblement en ce point l’influence de la mode française ou plutôt italienne ; plusieurs étaient les premiers à convenir, avec Giles de Kerampuil, « que l’idiome breton est rude et mal poli en sa diction ; qu’ils ne sont bretons quasi que par force ; que d’ailleurs la première modelle n’est jamais pollie, mais s’approprie par la vue et maniement des espritz », c’est-à-dire, pour parler clairement, qu’on prononçait autrement qu’on n’écrivait, et que l’auteur laissait au lecteur à faire les permutations des lettres. De là à la seconde innovation importante du xvi siècle, savoir, l’indication dans la langue écrite des changements de consonnes en usage dans la langue parlée, il n’y avait qu’un pas ; aussi la voyons-nous tentée, quoique timidement et seulement pour quelques verbes, par les écrivains du xvie siècle [194]. Giles de Kerampuil, à la fin de cette époque, fut plus hardi, il employa à la fois les deux manières, ancienne et nouvelle, d’écrire [195], et trouva, au commencement du xviie siècle, dans Ives Le Baelec et Guillaume Quicquier, des imitateurs qui allèrent encore plus loin [196]. Mais, en 1650, la vieille méthode est tout à fait détrônée : le P. Maunoir lui porta les derniers coups. « Il semble qu’il est à propos, dit-il, de changer la façon ancienne des escrivains bretons, pour escrire le langage armorique… Les anciens Bretons ne mettoient point les lettres dans lesquelles les mutes estoient changées, mais escrivoient toujours le mot comme il se trouve au dictionnaire ; cela fait qu’il est impossible aux apprentifs de cette langue de lire les anciens livrées bretons ; » et, citant plusieurs expressions bretonnes [197], il poursuit : « Quel est celui qui pourra lire les mots escrits ainsi à l’ancienne mode ? N’esl-il pas à propos d’escrire comme on prononce [198] ? » Il s’autorise en cela d’une opinion nouvelle eu France : « Les François depuis peu, fait-il observer, ont trouvé cette façon d’escrire fort propre. » Il eût pu s’appuyer, avec plus d’autorité, sur l’usage récent des Bretons-Gallois ; et, plutôt que de donner des règles incomplètes de permutation, reproduire les leurs ; mais, au fond, il avait raison, quant à ce premier chef : l’écriture est la peinture de la voix ; plus elle est ressemblante, meilleure elle est ; quant à la suppression des consonnes au milieu ou à la fin des mots, pour adoucir la prononciation, c’est fort différent. Le P. Maunoir étant né dans la partie française de la Bretagne, et le français sa langue maternelle, ces signes étrangers pouvaient le choquer et lui paraître durs à l’oreille ; ils choquaient aussi Giles de Kerampuil, « nourry, comme il nous l’apprend lui-même, entre Françzoiz et aultres nacions », et qui plie les lecteurs de l’excuser, « s’il ne sçait orner le langage breton, w Mais ces signes n’avaient rien d’extraordinaire pour les Armoricains : ils leur étaient familiers, et d’ailleurs nécessaires : ils imposaient au mot l’empreinte de sa signification primitive ; ils montraient son origine et sa leur. Une fois supprimés, l’orthographe bretonne perdait plusieurs de ses qualités les plus précieuses ; les affinités, la dérivation, l’étymologie (i). Beaucoup le furent malheureusement, car l’autorité de Maunoir prévalut sur l’usage ancien du pays. Les expressions étant défigurées de la sorte, la manière dont il les écrivit dans ses deux dictionnaires et sa grammaire prévalut aussi, avec ces tiois ouvrages, pendant tout le cours du xvii*’ siècle, c’est diie que l’on continua à écrire comme précédemment, et comme lui, sans principes fixes et sans méthode. ÎSous ne nous arrêterons donc pas à étutlier celte orthographe ad libitum : elle ne supporte pas l’examen d’une critique sérieuse (2).

Grégoire de Rostrenen, au commencement du siècle suivant, sentit plusieurs des inconvénients de l’orthographe du P. Maunoir, et, parmi un grand nombre d’erreurs, proclama quelques vérités : le premier, il avait compris la nécessité de généraliser les principes de la langue bretonne, de ramener à la règle ce qui n’en est que l’application ou l’exemple. Le premier, il avait touché au doigt un des préjugés les plus plaisants, quoique des plus invétérés, de ses compatriotes, en raillant agréablement a ceux qui s’imaginent, comme il dit, posséder entièrement la langue bretonne, parce qu’ils la savent bien de la manière qu’on la parle dans leur village, ou au plus à cinq ou six lieues de chez eux (3).» 11 déclare se conformer à l’usage nouveau d’écrire, contrairement aux anciens Bretons, les lettres dans lesquelles sont changées les mutes, afin de faciliter la lecture et la prononciation. « Pour lever cette difficulté, dit-il, j’écris dans mon dictionnaire et dans ma grammaire comme on prononce. » Mais, en même temps, il fait une réserve expresse en faveur de certains mots, que le P. Maunoir, dont il se sépare ici, a altérés, en y supprimant des consonnes. « lly a, fait-il observer, quelques mots particuliers dont je n’ai point changé les lettres, pour en faire voir l’éty- (1 ; Par exemple, en écrivant marv, mort, et dans l’autre ( p. 167 ), quer, etc., etc. Mais, et non marô^on pouvait suivre ce mot dans ce qu’il yadeplus singulier, c’est que, touten tous ses dérivés : marvi ox meriel, mourir ; n’employant pas la lettre K, la seule qui conmarvel, décédé ; martel, mortel ; mervenli, vienne, à la place du C, du Q et du QU, dans mortalité. En écrivant ar5roa//", et non ar g^oan, tous ces mots, et en ne la citant même pas dans l’hiver ; ann haff, l’été, f t non ann han, com- l’alphabet de ses dictionnaires, il s’en sert dans ine écrivaitMaunoir et comme il voulait qu’on les mots /a((, dict. fr.-br., p. 18) ; kalargoan écrivit, non-seulement on conservait à ces mots (dict. fr.-br., p. 119) ; kncc’hen (ibid., p. 117) ; leur pluriel régulier, qui esl goaffou el haffou, ATemper (gramm., p. 49) ; Kimper (dict. br.-fr., mais, de plus, on retrouvait toute leur famille ; p. 176), et dans beaucoup d’autres. De même goaffa, hiverner j goaffek, d’hiver ; goaf}’adur, il emploie dans plusieurs mots le W, qu’il ne quartier d’hiver ; goafji, se faner, etc. ; iMJfek, mentionne pas davantage parmi les lettres de /io/fur, d’été ; haf, mrtr ; /la/Ji, 0)ûrir, etc. l’alphabet, et il écrit, à la manière des Bre- (2 ; On ferait un volume des contradictions tons-gallois, salw (dict. franç.-bret., p. 108) ; qu’elle odre. Pour n’en citer qu’un petit nom- Zau^rc^a (dict. br.-fr., p, 156) ; gawr et gaowr lire, il écrit, dans son dictionnaire français- (dict. fr.-br., p. 25) ; caw (ibid., p. 8 et 20) ; breton ’p. 46, scnrlec, le mot qu’il écrit squar- crtü (dict. br.-fr., p. 147) ; endertü(dict. fr-br.. Le, dans son dict. breton-français ( p. 172). p. 111) ; guiiderw (dict. br-fr., p. 168) ; distrtu Lambrusc dans l’un ( p. 71), et lamhrusq dans (ibid., p. 143). Enfin, il se sert indifféremment lautrc ^p. 15o). Laquai, ibid. (p. 79 ), et fa- de S et de X dont le son n’existe même pas en cal, même page ; et, dans son dict. bret.-fr. breton, et il écrit marmoux (dict. fr. -bret., p. (p. 147,, lacal, et (p. lo5), laquai. Dict. franc.- 64), et marmous'i>. 111) ; (reu* (dict. fr.-br., bret. ’p. 47 ;, scolacr, et’p. 98), scholaer. p. 120), et treux (gramm., p. 51) ; pénaux al r)ict. br.-fr. ^p. 170,, «c/oryur/t, et, dans l’autre penaus (ibid., p. 62), etc., etc. ^p. 92, scloca. ibid. ’p. 167 ;, quern, et, rlans

ledicl !fr.-br.(p. 136i, cem. Ibid. (p. 124), fecr, (3) Préface du dict., p. 1. mologie ; » et il se propose de donner dans toute leur ampleur ces expressions tronquées, qui sont l’effet de la corruption de la langue ; en même temps, blâmant encore indirectement Maunoir, il s’élève avec raison contre l’emploi des lettres inutiles, superflues ou même trompeuses, et il en appelle à Fortliograplie celtique ancienne contre l’orthographe bretonne imaginée en i65o, à l’imitation, dit-il, des François et des Latins. Par malheur, il est loin de mettre toujours en pratique ces excellents principes, et les contredit souvent dans l’exécution. Du reste, on s’en étonne moins, quand on voit ce qu’il entendait par ancienne orthographe celtique. C’était pour lui, non pas celle de l’époque brillante de la langue bretonne, mais de la décadence : l’orthographe où s’étaient introduits le ch et ley français ; le ç et le çz, pour figurer les dentales aspirées cT et 9 j le ayant le son du y’ ; le g suivi d’un u devant les voyelles e, i j lequel u ne servait qu’à rendre incertain le son de la syllabe qui en provenait ; cph déjà figuré par/ ; le r^, Vx et Vj, lettres inutiles ; l’orthographe où le k et le w ne paraissaient plus qu’exceptionnellement ; eu un mot, à peu de choses près, le système vicieux du P. Maunoir. L’examen des deux dernières lettres, relativement à l’emploi qu’en fait le P. Grégoire, donne lieu à une remarque curieuse, et prouve bien son défaut de méthode : pas plus que le P. Maunoir, il ne mentionne le w dans l’alphabet qu’il place au commencement de son dictionnaire et de sa grammaire, et pourtant il en fait usage comme lui(i). Quant au k, voici ce qu’il dit : « à la place du k, qui, à la vérité, est naturel à notre langue, et a été de l’ancienne orthographe, je me sers de la lettre /^. » Sa raison est plaisante : « c’est parce que cette lettre ne défigure pas tant les mots. » Du moins sera-t-il d’accord avec lui-même et emploieia-t-il toujours le <7, à l’exclusion de ce k si désagréable à l’œil ? Pas du tout ; oubliant ses propres paroles, il écrit le même mot tantôt avec un c, tantôt avec un q oweq, et tantôt avec un k (a). Lorsqu’il commença sa grammaire, peu d’années après la publication du dictionnaire où l’on trouve ces anomalies incroyables, quelqu’un les lui fit remarquer sans doute ;, car il voulut se mettre d’accord avec lui-même et avec l’ancienne orthographe, et il dit, en répétant d’ailleurs presque mot pour mot une observation très-juste du P. Maunoir (3), mais qu’ils n’ont mise en pratique ni l’un ni l’autre _, «A- et<7 peuvent s’employer pour une même lettre, parce qu’ils ont les mêmes règles, le même son, la même prononciation (4). «  Aussi ;, écrit-il dans sa grammaire, à la fois par un k et par un q, les mots qu’il écrivait le plus souvent par celte dernière lettre dans son dictionnaire (5). On voit que sa manière d’écrire ne mérite guères plus que celle du P. Maunoir d’occuper l’attention de la criticjue.

Le bénédictin dom Louis Le Pelletier devait mettre en pratique les prin- (1) Ainsi il écrit wal[àç,.., p. 213), ysward p. 352, lacqat et laqal ; p. 117, s(anc, et, p. 372, (ibid., p. 773 ;. Wener (gramra., p. 33j, elc. slanq-, p. 52. qever, et, p. 772, kéver etc., ctc (2) Pour n’en citer que quelques preuves, (3j Grammaire, p. 76. je me contenterai de dire qu’on trouve, dans (4) Orammaire, p. 9. son dictionnaire (édit. de 1732.} p. 176, le mot (5) Qaé ou /caJ, dit-il ; qi’ff ou Jiéff,- qicq tok éi, rl lac cl locq ;]). 301, karrek clkerrck, ou kkq ; qéguin oukéguin ; kélaslrcnjecrncet, p. 823, garrecgf et gerrecg ; p. 772, (jaei’aez vad, kchezlou, kérésez, p. 2. 1 ; qéréscn, p. et fto^coczy p. l57, gaj(cJ, ct, p. 568,/icaî<ei/ 47 ;(7i, ibid. ; Ayc«ed, p. 48, ctc, etc. cipes posés, mais non suivis, par Je P. Grégoire. C’était le temps où l’orthographe française, que Voltaire appelait absurde, cherchait à se fixer elle-même, et où le docteur Jonhson essayait de fixer celle de l’Angleterre. Le Pelletier sentit que la confusion et les anomalies qui défiguraient la langue bretonne, provenaient en grande partie d’un défaut de système graphique, et là où le caprice s’était longtemps joué sans contrôle, et où le manque de lumières avait voulu opérer de petites réformes puériles, il porta le flan>beau de la méthode et de la raison. Procédant avec le respect qu’une critique éclairée doit à l’antiquité, et avec la considération qu’un homme instruit doit au génie de sa langue, il chercha dans la structure même de la langue bretonne, dans la formation régulière de ses mots primitifs et dérivés, dans les différentes orthographes anciennes de tous les livres bretons, les bases d’un système graphique à la fois philosophique et national. Le résultat de ses recherches se trouve consigné en tète de son dictionnaire. On lui doit, entre autres perfectionnements, la restauration du g (y) ; du X-, à l’exclusion du q, du cq et du rju ; du 2, à l’exclusion de ç et de çz (i) ; de/, au lieu de pk ; de 1’^', au lieu d’jy enfin du w, dans l’orthographe bretonne. A propos du w et du A, il fait cette remarque importante et très-juste : « ce sont deux lettres absolument nécessaires au breton ;… la dernière en vaut quatre, y compris le c, qu’on peut retrancher de l’alphabet et remplacer par A, devant toutes les voyelles comme ailleurs (2). » Quant au g (y), lettre à laquelle les écrivains bretons de la décadence ajoutaient un u trompeur devant les voyelles e et i, il jugea convenable d’y joindre un h, non que cela fût nécessaire, « mais uniquement, dit-il, pour bien en assurer le vrai son (3). » Le g se trouvait ainsi parfaitement distinct du / consonne, d’importation française, et que dom Le Pelletier se vit obligé d’admettre, comme le c/i fiançais, car l’usage et la nécessité les avaient malheureusement naturalisés. Cependant le respect, peut-être un peu superstitieux, du bénédictin, pour l’antiquité, à laquelle il empruntait son système graphi que, le fit tomber dans une inconséquence qu’une logique rigoureuse devait réformer. Ainsi, après avoir dit qu’on peut retrancher le c de l’alphabet breton, et le remplacer par un /c, dans toutes les circonstances, il maintient le c exceptionnellement devant a, o, u, parce que certains écrivains anciens agissent de la sorte ; mais il eût pu, par la même raison, le proscrire ; car d’autres écrivains non moins anciens, et d’une égale autorité, le proscrivent devant toutes les voyelles et les consonnes. Il maintient encore le c dans deux autres cas : pour le premier, toutefois, il se règle sur les anciens, parfaitement d’accord en ce point ; c’est quand le c est uni à la lettre h qu’il précède, et fiuite d’un caractère breton propre à rendre le son guttural aspiré, que les Allemands expriment aussi par ch, les Espagnols par Xj et les Grecs mo- (1 ) Owen ’dictionnaire gallois-anglais, cdit. qu’on prononce ainsi et que ses prédécesseurs, de m^) substitua aussi le z aux dentales as- depuis le xiii"= siècle, écrivaient guer et guil, pirécs 5 elO figurées jusque-là par dd et Ih, et antérieurement, ^er et gil. (oy. le vocab. dans i’orlhograptie galloise. breton de Fan 882, publié par Price, et, d’a- (2, Prj.’facc, p. 2, 5 et 10. près lui, par M. de Courson, Essai sur Vhis- (3 ; U écrivit donc gher et jfW les mots toire de Bretagne, p. iM.) dei-iies par x. Dans le second cas, c’est pour figurer le son nouveau en breton du ch français, tel qu’il se prononce dans château, et il le représente de la même’manière que l’orthographe à laquelle il a été emprunté ; seulement, comme on pourrait confondre les signes qui figurent les deux sons, si rien ne les distinguait, il écrit le premier en mettant entre le c et V/i une apostrophe anciennement inusitée, destinée à marquer l’aspiration gutturale, et le dernier sans apostrophe. En cela, il suit la manière d’écrire du P. Maunoir et de Grégoire de Rostrenen.

L’ancienne orthographe bretonne, restaurée par dom Le Pelletier, avec certains perfectionnements qu’exigeait la logique, fut sanctionnée par les Etats de Bretagne, comme l’orthographe française du dictionnaire de 1 Académie l’avait été par l’autorité du gouvernement français, et celle du docteur Jonhson, par tous les hommes éclairés d’Angleterre. Mais il en est des systèmes graphiques comme de toutes les choses humaines : ils n’arrivent à la perfection, quand ils y arrivent, que progressivement et jamais du premier coup. Aussi, de même que l’orthographe française,^ modifiée et perfectionnée dans une seconde édition du dictionnaii e de l’Académie, a été fixée seulement dans les premières années de notre siècle, l’orthographe bretonne de dom Le Pelletier, œuvre du temps, revue et corrigée scientifiquement, devait recevoir de Le Gonidec son dernier poli et son immutabilité. Adoptant la manière d’écrire de son prédécesseur et profitant de ses avis, il se borna à retrancher de l’alphabet breton la lettre c, quand elle n’est pas liée à un /^, et la remplaça par k, dans toutes les circonstances où elle en a le son (i) ; il rétablit aussi, avec les anciens, le g pur et simple, auquel Le Pelletier joignait inutilement un h, puisqu’il répond au y des Grecs et au g des Allemands, et qu’on ne peut d’ailleurs le confondre avec le y, qui a son caractère particulier (2). Il simplifia encore l’emploi du w, presque toujours employé par dom Le Pelletier, à l’exclusion de la diphtongue ou. Il ne s’en servit que dans les mots dont le radical commence par un g, où il est indispensable, à cause des permutations, et pour laisser voir ce radical (3), dernière amélioration importante (/j). Modifiée et perfectionnée de la sorte, l’orthographe bretonne est d’accord avec les principes sur lesquels la science a fondé les plus belles qualités des langues, je veux dire l’étymologie, la dérivation, la régularité, la distinc- (1) Par cette raison, il la conserva dans les Ce serait la même équivoque que dansles mots mots chupenn, chéiu, etc., qui se prononcent français anguille et aiguille. comme en français ; et dans lesmots (^r/ac’/iar, (3) Ainsi ddiBs gwarek, qui, en construction, »iarc7i, elc., qui se prononcent (^ia/ioretmar/i, devient i^areA,• àansgwella, qui devient tceldu gosier. Mais il écrivit /canria, kébér ki, la ; à^ns g wall, qui àcient wall ; dans gwenyï, koTsen, kûz, krés, skoul, slork, etc., confor- qui devient wenn, etc. Nous avons vu (p. xxxiv) raément au vocabulaire du ix’^ siècle, où Ton cette orthographe usitée à l’époque brillante peut voir ces mots orthographiés de cette façon, de la langue bretonne où l’on écrivait tvigar (Voy. De Courson, loco citalo, p. 433 et 437.) (pour gwigar), wallon {pour gwallon), wenn (Ü) Il écrit donc, comme l’auteur du voca- (pour gwenn), wézen (pour gwézen.) bulaire breton de 882, ger, gil, kigel, etc. (4 ; Je ne parle pas de celles qui n’ont guèrcs L’u introduit dans ces mots durant la déca- de valeur et d’utilité que dans les dictionnaires dence, ne servait, on l’a déjà dit, qu’à rendre et les grammaires, telles que l’emploi, 1" du trompeur le son de la syllabe qui en provenait. Ñ espagnol, pour rendre le g ou n mouillé ; Comment, par exemple, distinguer le son 2° d’un l ainsi souligné, i., pour exprimer le de ^i{ dans gilkam qu’on doit prononcer son du double ii mouillé ; 3" du Ñ. pourmarghilkam, si on écrit guilkam, de celui de quer I’n nazal ; et enfin des accents figurés de gnil dans guillvu qu’on prononce gu-iUoul toute espèce. tion, la clarté, les affinités, la facilité dans renseignement et l’usage ; elle est simple, uniforme, dictée par le génie même de la langue, appuyée sur l’autorité des écrivains anciens les plus méthodiques, et conserve aux mots leur véritable physionomie, leur véritable son, sans trop s’écarter de l’usage reçu. Maintenant suivie par tous les littérateurs bretons de quelque mérite, sans aucune exception, elle a définitivement prévalu de nos jours et est désormais fixée. Si elle ne Ta pas été plus tôt, il faut l’attribuer à l’esprit de routine des Bretons, aux personnes âgées habituées dès leur jeunesse à employer une orthographe arbitraire, qui ne sont pas disposées à en adopter une nouvelle, quelque parfaite qu’elle soit, h la fin de leur vie ; et surtout aux libraires intéressés à l’écoulement de vieux livres de fonds rédigés dans des orthographes différentes entre elles et d’elles-mêmes, dernier débris de l’anarchie orthographique à laquelle dom Le Pelletier est venu mettre un terme. Cependant, quelque importante que soit l’orthographe d’une langue, les mots en eux-mêmes et surtout les lois qui les unissent en les gouvernant, ont bien plus d’importance ; or, il résulte du dépouillement de tous les ouvrages bretons publiés depuis le commencement du xvi*^ siècle, et de tous les vocabulaires antérieurs à dom Le Pelletier, que l’anarchie qui régnait dans la manière d’écrire existait aussi dans l’emploi des mots. Supplantés déjà par leurs équivalents latins, puis romans, avant le xv" siècle, un grand nombre de mots celtiques l’étaient maintenant par les expressions françaises correspondantes ; comme toujours, l’ignorance, la paresse, la négligence, et, le plus souvent, la vanité, guidaient les auteurs de ces néologismes ; évidemment ceux qui les introduisaient, ou bien ignoraient leur langue, ou ne se donnaient pas la peine de l’étudier, ou voulaient montrer qu’ils savaient le français, et qu’ils tenaient à suivre la mode. Les hommes et les mots du pays étaient traités alors de la même manière : les uns et les autres devaient céder le pas aux nouveaux venus. Un auteur déjà cité, Giles de Kerampuil, prétendit réduire en système ce qui, avant lui, avait été le fait exceptionnel d’écrivains plus ou moins corrects. On peut le voir dans sa traduction du catéchisme latin de Canisius, livre bon et propre, dit-il, pour prélats, pasteurs, mnistres (Vescole et peres de famille. c’est-à-dire, destinés à tous les Bretons. Afin de leur apprendre le français, il emploie le plus de mots possible de cette langue ; mais, comme il craint de n’être pas compris, il indique en marge, au moyen d’astérisques, ou dans le texte même, les vraies expressions liretonnes correspondantes. Son procédé est trop curieux pour que je n’en cite pas des exemples, quand ce ne serait que pour le flétrir. Ainsi, là, le texte offre le barbarisme français ressuscitaz (sic) (il ressuscita), la marge, son équivalent breton, kasçzorcliaz (sicj ; ailleurs, vir^initez, la marge, guère lidet (sic) ; plus loin, puissançz, la marge, gallout ; l’un convoitise, et l’autre choant ;

invoquernp iûç) (invoquons), l’autre, gnhernp ; celui-ci intérieur, 

celle-là calon (sic) ; ou bien on voit en regard les uns des autres, les mots baibares et les mots indigènes, aruluret (anduré), et gouzavet,- /c^//Yz/’(relirerj, et tenn ;facUe. hahasq (sic) ; promessa ( promesse) et diougofi ; antreprenet (entrepris), et qucmeret (sic) ; multiplio et cresquo (sic) ; augmenter et cresquer (sic) ; instituifv et quélen (sic) ; transgression et torridigez ; prix et gohr ; conseillaJ> et cusuliaf<^ (sic) ; niultipliet et squignet (sic) ; déité el doueléz (dninké) ; pi tojrfùl et trugarézus ; maternel e giànidic (sic) ; différent et dishaual, etc., etc. (i). Plusieurs des auteurs postérieurs à Giles de Kerampuil trouvèrent son procédé d’un effet agréable et Timitèrent ; quelques-uns même voulurent le surpasser, et, jugeant que le français ne suffisait pas, ils y joignirent le latin (-2). Qu^on juge de la physionomie d^un paieil style et combien il devait être compris du peuple des campagnes ! Aussi avons-nous vu qu’il n’y entendait rien (3). Mais le breton rustique, comme nous l’avons dit, choquait les habitants des villes, des châteaux et des presbytères, et il fallait le réformer. Pour v parvenir, on ajouta Finterpolationaux moyens précédemment employés. Si les ouvrages de beaucoup d’anciens poêles bretons, et particulièrement le*, chants religieux de Michel Le Nobletz, qui restèrent manuscrits de son vivant, fourmillent de tant deloculions françaises, il n’en faut pas chercher d’autre cause ; évidemment, elles ne sont pas toutes de lui : la première édition en fait foi, et le peuple des campagnes, qui ne retient que ce qu’il comprend, chante ses cantiques beaucoup plus purs qu’ils n’ont été imprimés. Nous avons d’ailleurs l’aveu précieux d’un homme qui en a fait paraître quelques-uns. « Parce que, dit Antoine de Saint-André, le style peu exact et le langage fort éloigné de celuy dont on se sert maintenant ( dans les villes), en rendroit la lecture d’autant moins utile à plusieurs, que l’élocution leur en paroistroit plus ennuyeuse, j’ay pris la liberté de changer quelquefoys les expressions de ce saint homme (4)- » Et, avec une naïveté qui désarme, il appelle cela « remédier à une sainte négligence, w Notez qu’Antoine de Saint-André écrivait quatorze ans seulement après la mort du poète dont le style lui paraît vieilli et ennuveux. L’ami et le disciple de Michel Le INoblelz, le P. Maunoir, céda-t-il lui-même quelque peu au torrent de la mode nouvelle, pour le vocabulaire, comme il y avait cédé pour l’orthographe ? On doit le croire, car ses dictionnaires et sa grammaire, quoique beaucoup moins remplis d’expressions françaises que les livres de ses contempoî ains^, en contiennent cependant un grand nombre, dont les équivalents bretons existent : il en est à peu près de même de ses cantiques ; du reste, il n’en faut juger que par les éditions de son temps ; toutes celles qui ont paru depuis sa mort ont été progressivement altérées, comme les poésies de Le Nobletz (5). Grégoire, de Ros-

[199] trenen ne sut pas mieux distinguer les mois vraiment bretons, des expressions étrangères, introduites sans profit et sans nécessité, dans la langue bretonne. D’ailleurs, son breton naturel (il en convient modestement lui-même) était fort mauvais et peu intelligible, sinon dans l’évêché de Vannes, où il avait passé ses premières années. « J’ignore, ajoute-t-il, une infinité de mots bretons ; mais quelque sçavant dans la langue qui voudra se donner la peine de joindre ce qu’il sçait à ce qu’il trouvera ici digéré, sera en état de faire un autre dictionnaire beaucoup plus ample, plus recherché et plus utile au public [200] »

Dom Le Pelletier, qui mit à discerner les vraies expressions celtiques plus de tact et de sagacité qu’à les décomposer par l’étymologie, consacra vingt-cinq ans au recueil dont le P. Grégoire souhaitait la publication ; mais il mourut en y laissant des lacunes considérables.

Le Gonidec devait les remplir. « On peut regarder son dictionnaire breton-français, dit M. Brizeux, comme un chef-d’œuvre de méthode ; c’est un triage complet des précédents vocabulaires et glossaires, exécuté avec la critique la plus prudente et la plus sûre. Son dictionnaire français-breton a été fait sur le même plan et les mêmes principes. » Les deux ouvrages offrent un répertoire de tous les mots de la langue usuelle, telle que l’écrivent les meilleurs auteurs bretons de nos jours, et telle que la parlent et l’emploient, dans leurs chants populaires, les habitants des campagnes qui la possèdent le mieux. Comme le dialecte léonnais est pour les Bretons la langue générale ou commune, de même que l’attique l’était pour les Grecs, que le saxon Test en Allemagne, et le toscan en Italie, et qu’il a l’avantage d’être entendu dans toute la Basse-Bretagne, Le Gonidec s’y est arrêté de préférence ; toutefois, lorsque le même mot se présente avec quelque modification, ou qu’il est différent dans les autres dialectes ^, il le donne aussi d’après eux ; il a soin encore, lorsqu’une expression qui n’existe pas en Léon est usitée ailleurs, d’indiquer à quel dialecte elle appartient plus particulièrement. Quant aux mots sans famille dans la langue bretonne, et empruntés aux idiomes étrangers, il n’a pas cru devoir les exclure du vocabulaire, s’ils manquent d’équivalents bretons, et s’ils sont absolument nécessaires pour exprimer les idées qu’ils représentent. Les uns sont d’ailleurs d’un usage tellement ordinaire, et les autres ont été tellement modifiés par le génie breton, qu’ils se sont naturalisés en quelque sorte en Bretagne. Les bannir n’eût pas été sage ; les conserver sans les distinguer eût été peu prudent : il a donc admis les intrus, mais en marquant les plus nouveaux d’une astérisque, afin que l’on ne confonde pas les indigènes avec eux, qu’on se garde à l’avenir d’en admettre d’autres semblables, et qu’on cherche aux idées nouvelles, à 1 exemple des Gallois, des expressions dans la langue nationale. Défendre les avenues du langage, retenir les mots fugitifs, repousser les étrangers, ne jamais les recevoir au mépris des indigènes, ou ne les admettre qu’avec discernement, après une longue épreuve, lorsqu’ils suppléent une disette réelle et que le breton se les est incorporés, tel a été le but de Le Gonidec, en faisant l’inventaire des mots de la langue bretonne : il a entouré, comme d’une haie vive, si j’ose ainsi parler, le jardin ouvert trop longtemps de l’idiome de ses pères, et désormais l’entrée en est interdite aux profanes, qui ne savent toucher aux fruits sans les gâter.

En acceptant le périlleux honneur de compléter une œuvre qui est pour la Bretagne ce qu’est pour l’Italie le Dictionnaire de la Crusca, pour l’Angleterre celui de Jonhson, et pour la France celui de l’Académie, je me suis proposé le même objet que Le Gonidec, et j’ai essayé de le remplir. Comme certain Jean Thierry, aujourd’hui fort oublié, qui publia, avec l’aide et diligence de gens savants, en i564, l’excellent Dictionnaire français-latin du célèbre Robert Etienne, premier ouvrage régulier de ce genre, en y faisant des additions, j’ai cru devoir en faire moi-même d’indispensables aux dictionnaires de Le Gonidec ; mais, comme maître Thierry, j’ai signé tout ce que j’ai ajouté, « afin, dirai-je aussi, que l’honneur soit rendu à qui il appartient. » Les mots dont j^ai augmenté la nouvelle édition du dictionnaire breton-français, anciens pour la plupart, doivent faciliter l’intelligence des vieux auteurs. Au contraire, les additions faites au dictionnaire français-breton sont, en général, des locutions qui appartiennent à la langue usuelle ; un petit nombre sont des termes abstraits et métaphysiques^ parfois empruntés au dialecte breton-gallois, très-riche en ce genre, le plus souvent formés par les Bretons d’Armorique, d’après le génie de leur langue, de radicaux celtiques, et ayant cours depuis un demi -siècle. J’ai recueilli les premiers dans les livres bretons - armoricains composés depuis le x’= siècle jusqu’à nos jours ; les derniers, soit de la bouche des paysans de Léon, de Tréguier, de Vannes, et surtout des montagnards cornouaillais, qui sont, selon dom Le Pelletier, les dépositaires du plus pur breton [201] ; soit dans leurs chants populaires, dont j’ai écrit des milliers sous leur dictée, pendant quinze années de recherches ; soit enfin dans mes conversations avec des Bretons de Galles voyageant en Armorique, et particulièrement avec les ouvriers mineurs du pays, qui viennent travailler dans nos usines, ou avec les habitants mêmes de la principauté, durant mon séjour parmi eux. Toutefois, en ce dernier cas, qui est rare, je n’ai admis que les mots gallois formés de mots armoricains usuels, facilement entendus de ce côté-ci du détroit, et toujours en indiquant leur origine.

L’examen des dictionnaires de Le Gonidec, de ses autres ouvrages et de ceux dont on a lu la liste, publiés depuis i838, date importante, prouve que la langue bretonne n’est pas aussi pauvre qu’on pourrait le croire, qu’elle a autant d’expressions que les Bretons ont d’idées, et qu’elle suffit par conséquent aux besoins de ceux qui la parlent et l’écrivent. On y voit aussi qu’elle existe encore à un degré de pureté digne de remarque. Malheureusement, les écrivains modernes ont du subir les changements introduits dans la prononciation des mots par l’usage qui commençait au xviie siècle et que sanctionna le P. Maunoir ; ils ont été forcés d’accepter plusieurs expressions telles que l’abus les a faites, c’est-à-dire, avec des consonnes de moins, ce qui altère ou masque leurs racines. Les auteurs de la troisième édition du Dictionnaire de l’Académie (1740) s’étaient vus contraints à obéir de la même manière à l’usage établi ; mais l’usage n’en avait pas moins tort. Cependant, comme en suivant de préférence le dialecte de Léon, les écrivains bretons de nos jours n’ont pas hésité à adopter les mots de Cornouaille et de Tréguier, toutes les fois qu’ils y ont rencontré des sons plus conformes aux caractères distinctifs des langues primitives, et des expressions plus analogues au génie du breton, selon la méthode et le conseil de Le Gonidec, ils ont obvié très-souvent à l’inconvénient dont je parle. Seul, le dialecte vannetais n’a pu offrir aucune ressource en ce genre : les mots y ont perdu la plupart des belles qualités des langues. Ils se contractent, s’oblitèrent et se décolorent à mesure qu’on s’éloigne de Léon et des montagnes de Cornouaille, cantons où l’idiome est plus riche, plus sonore, plus méthodique qu’ailleurs. Lorsqu’on arrive à Vannes, ils sont tout à fait tronqués. Ici l’accent tonique, au lieu de s’élever avec la pénultième syllabe, tombe avec la dernière ; les voyelles éclatantes s’assourdissent ; les brèves remplacent les longues ou se contractent ; les désinences disparaissent ; Ve muet, inconnu dans les autres dialectes, tient presque toujours lieu de Vé fermé. La syncope est partout ; les mots harmonieux de Léon, dépouillés de leur majesté, apparaissent à l’état de monosyllabes : pareils, si j’ose dire, à des arbustes vigoureux et verdoyants au soleil, rabougris et rachétiques à l’ombre [202]. Dans ces mots brusques et précipités, comme l’a très-bien remarqué M. Ozanam, en parlant des langues germaniques, on croit sentir la prononciation d’une foule grossière qui ne donne rien aux plaisirs de l’esprit, qui se soucie peu de l’euphonie, pressée de se faire entendre et satisfaite d’être comprise. C’est que, dans le Morbihan, le français domine et est cité, tandis qu’au contraire, le breton l’est particulièrement dans le Finistère : breton de Léon et français de Vannes, dit un proverbe armoricain.

Les mots, dit un autre proverbe, sont fils de la terre, et les idées filles du ciel. On peut le voir par ce qu’on vient de lire des altérations que les expressions de l’idiome élégant de Léon ou des montagnes de la Cornouaille subissent en s’éloignant de leur source, et en passant par la bouche d’hommes des autres dialectes. Heureusement, il n’en est pas ainsi de la grammaire : les différences de dialectes n’altèrent pas la forte organisation de la langue bretonne ; nous la retrouvons dans tous ; le temps même, nous l’avons vu, ne l’a pas changée davantage : elle est au xixe siècle, dans ses lois générales, ce qu’elle était au xve, au xiie et au vie siècle. Je ne pourrai donc pas faire l’histoire de ses variations, comme j’ai fait celle du vocabulaire. Je me bornerai à quelques considérations sur le style des écrivains bretons, et sur les grammaires bretonnes publiées depuis le xvie siècle.

Ce qui frappe surtout dans les auteurs antérieurs à cette époque, et de plus en plus, à mesure qu’on remonte les siècles, c’est l’absence fréquente de liaisons grammaticales entre les mots, le grand nombre de prépositions, d’adverbes, de conjonctions et même de verbes sous-entendus, d’où résultent un laconisme et une concision extrêmes, qui, joints à la désuétude de certaines locutions, ou à leurs acceptions différentes, jettent souvent de l’obscurité sur le sens des phrases. Elle est quelquefois telle, qu’en citant les écrivains les plus anciens, ou est forcé de les éclairer par des parenthèses, contenant soit les mots omis, soit ceux qui ont cessé d’être compris ou qui n’ont plus le même sens. Au contraire, à partir du xiiie siècle, le style devient de plus en plus diffus, de plus en plus prolixe ; les lieux communs, les inutilités, les phrases de pur remplissage y abondent, et les liens du discours, principalement les adjectifs servant d’adverbes, y sont multipliés sans nécessité et sans mesure, jusqu’au milieu du xviie siècle. Alors il commence à se régler un peu ; il se débarrasse graduellement de ses richesses d’emprunt, luxe inutile et incommode ; et aujourd’hui, sans avoir la concision souvent exagérée des premiers siècles, il montre autant de netteté, de précision et de solidité qu’il en avait peu précédemment, et qu’en ont toujours eu ces beaux chants traditionnels composés et répétés d’âge en âge par les rustiques dépositaires du vrai breton [203].

Quant aux constructions régulières des phrases, à l’arrangement des mots selon les règles de la syntaxe, et à leurs relations mutuelles, les auteurs des chants dont je viens de parler, uniquement guidés par un sentiment exquis, naturel aux paysans des montagnes, où la plupart ont été faits, étaient presque les seuls, depuis la fin du xiie siècle jusqu’à la renaissance du xviie, dont les œuvres satisfissent complètement un goût délicat : les solécismes, les tournures vicieuses ou hétéroclites, les gallicismes, les incorrections de tout genre qui déparent le plus grand nombre des livres de la décadence, se joignirent aux causes que nous avons dites pour engager le P. Maunoir à publier les principes de la grammaire bretonne. Mais, s’il avait l’autorité du nom, il n’avait point celle de la critique. Son analyse des parties du discours est incomplète ; sa syntaxe calquée sur la syntaxe latine, dont elle suppose la connaissance, et qui n’a aucun rapport avec la syntaxe bretonne ; de plus, les règles de permutation qu’il donne, à l’imitation des grammairiens gallois, sont loin d’être suffisantes. Chose inouïe ! dans cette partie si importante de la langue, quand il cherche à formuler ces lois qui marquent les rapports des mots entre eux, le rôle qu’ils jouent dans la phrase, en suppléant aux désinences grammaticales, il n’indique pas le genre des mots ! et cependant, sans le connaître, il est impossible de s^exprimer correctement. Plus complète et plus utile que la grammaire du P. Maunoir, celle de Grégoire de Rostrenen n’est guère plus méthodique : il eût pu la rendre telle, car il avait sous les yeux l’excellente grammaire nationale des Bretons-Gallois, écrite par Davies, et, en suivant le même plan et modifiant quelque peu l’ouvrage d’après le dialecte armoricain, il eût fait un livre aussi bon. Il lui eût été facile, par exemple, d’y trouver les règles des permutations des consonnes réduites en des formules plus simples, plus claires, plus précises et plus justes que celles qu’il a données, sans parler de beaucoup d’autres lois de la syntaxe bretonne mieux déduites, mieux exprimées et surtout rangées dans un meilleur ordre. Mais il manquait de la sagacité nécessaire à un grammairien ; ainsi croirait-on qu’il parait avoir ignoré que les mots bretons eussent des genres, jusqu’à l’époque de la composition de sa grammaire ? c’est du moins ce qu’on doit conclure, d’après son dictionnaire, car il n’y spécifie pas plus leurs genres, que le P. Maunoir dans le sien. Tous ces défauts ne l’ont pas empêché de faire autorité jusqu’à l’époque où Le Gonidec est venu enseigner aux Bretons la vraie manière d’exprimer les diverses modifications de la pensée, et marquer une ère nouvelle dans la voie de perfectionnement où ils sont entrés avec toute la France du XIX* siècle. On ne saurait trouver un guide aussi sûr pour l’étude du breton : les principes de prononciation et les règles de permutation qu’il donne, son analyse des parties du discours, puis leur construction, ainsi que les exercices qui les accompagnent, prouvent une connaissance approfondie de l’idiome armoricain, et ne laissent rien à désirer sous le rapport de l’exactitude, de la méthode, de Tordre et de la clarté. La science a reconnu ces qualités en conservant un souvenir plein d’estime pour Le Gonidec, e t les Bretons en lui élevant, comme au législateur de leur langue, le monument dont nous avons parlé. Grâce à lui, l’autorité remplace l’anarchie, la règle succède au caprice, l’unité règne aujourd’hui sous le rapport de l’orthographe, du vocabulaire et de la syntaxe ; des principes communs et généraux prévalent sur les coutumes locales ; une pratique constante s’établit, et les Bretons peuvent désormais écrire et parler correctement et uniformément leur langue, plus pure et mieux cultivée qu’elle ne le fut jamais.

L’homme qui opérait cette révolution ne devait pas assister au triomphe de ses doctrines, mais il le pressentit. Atteint déjà de la maladie qui l’emporta, et couché sur son lit de mort, tandis que plusieurs de ses compatriotes, à la tête desquels il eût dû se trouver, partaient pour la fête donnée aux Bretons d’Armorique par les Gallois, il m’écrivait ces lignes presque prophétiques : « Un jour, on sentira l’avantage de pouvoir employer des mots purs bretons en écrivant pour des Bretons, et insensiblement, on en viendra, comme dans ce pays de Galles où vous allez, à répudier du discours tout ce qui sent le jargon, tout ce qui a été emprunté à un idiome étranger ; vous me direz que je vois cette révolution à travers une longue-vue : j’en conviens, et ne m’attends pas à en être témoin ; mais je ne doute pas que vous n’assistiez au changement que je vous prédis. » Moins de huit ans ont suffi pour réaliser la prédiction du digne vieillard mourant : elle l’a été, nous ne saurions trop le redire, grâce à l’intervention puissante des prélats de Basse-Bretagne, jaloux de concourir à une ouvre de lumière et de progrès, en protégeant une jeune littérature pleine de sève et de vie, dont les promoteurs dévoués, semblables aux athlètes qui couraient dans la lice, se passent de main en main le flambeau du génie celtique :

Quasi cursores vitaï lampada tradunt.

CONCLUSION.

Telles ont été les destinées de la langue bretonne : idiome celtique, je crois l’avoir prouvé, employé dans une grande partie de la Gaule et dans rue de Bretagne, aux époques anté-historiques, il a eu sa période brillante en Armorique, avec les bardes, du ve siècle au xiie intervalle pendant lequel les chefs nationaux et leurs cours, et les classes supérieures le parlaient et le protégeaient. Du xiie au xve siècle, déclinant avec la nationalité bretonne, il a eu sa première période de décadence, où, altéré, quant à son vocabulaire et à son orthographe, et banni violemment de la Haute-Bretagne, il continua cependant à être d’un usage assez général dans la Basse. Il a eu sa seconde phase de déclin du xve au milieu du xviie siècle, où, cessant graduellement d’être en Basse-Bretagne la langue usuelle des classes supérieures, méprisé des langues urbaines, persécuté jusque sous le chaume, il resta livré au peuple, par lequel, dès lors, mais pour lequel surtout, il fut exclusivement cultivé, comme il n’avait jamais cessé de l’être depuis les temps les plus reculés. Enfin, au xviie siècle, excitant l’intérêt des hommes instruits, il commença de renaître et de s’améliorer par les recherches laborieuses de l’érudition. Le xviiie a marqué sa période ascendante par la science, et le milieu du nôtre marque son point culminant par la science unie à la critique et au vrai talent.

Mais ce n’est pas seulement, qu’on le sache bien, le goût des antiquités, de la philologie ou de la littérature celtique qui soutient et anime les hommes éclairés auxquels la langue bretonne doit sa culture actuelle ; ils veulent remplir, à l’aide de cet idiome, une mission bien plus importante. S’ils ravivent, s’ils épurent, s’ils perfectionnent le breton, c’est pour le rendre plus propre à instruire le peuple : le peuple si avide de savoir, si bien préparé à la semence intellectuelle, et qui répète depuis si longtemps le proverbe : Mieux vaut instruire le petit enfant que de lui amasser du bien [204] ; leur but est de répandre l’instruction dans la foule, par tous les moyens possibles, mais surtout par la presse ; d’entretenir les traditions d’honneur et de loyauté des ancêtres ; de développer les bons instincts des classes laborieuses, d’élever leur cœur et de les rendre meilleures en les éclairant. Ils se servent de la langue bretonne comme du seul instrument à leur portée, car le peuple n’en comprend pas d’autre ; et, tant qu’ils n’en auront pas un plus adapté aux besoins populaires, ils croiront devoir l’employer. Tout homme, dit le docteur Jonhson, est en effet plus vite et mieux instruit dans sa propre langue que d’ans les autres, et d’ailleurs il parait difficile qu’on le soit au moyen d’un idiome qu’on n’entend pas. Telle était aussi l’opinion d’un homme d’état, ministre, il y a peu d’années, de l’instruction publique, qui, encourageant les efforts d’un des enfants de l’Armorique les plus dévoués à l’œuvre dont je parle, l’engageait à composer, pour les paysans de ce pays, une histoire de Bretagne en langue bretonne, et écrivait : « Nous n’aurons jamais assez de coopérateurs dans la noble et pénible entreprise de l’amélioration de l’instruction populaire : tout ce qui servira cette belle cause doit trouver en nous une protection reconnaissante. » Les travaux en langue rustique, tout modestes qu’ils peuvent paraître, ont donc quelques droits à l’estime des esprits préoccupés des besoins moraux et intellectuels du peuple. Pour avoir été moins favorisés que d’autres, auxquels le hasard des événements a donné l’empire, ces gracieux et innocents idiomes nous semblent aussi dignes d’attirer les regards d’une saine philosophie. Plusieurs d’entr’eux ne le cèdent en rien pour l’organisation aux langues urbaines et civilisées les plus savantes, et possèdent des titres sérieux à l’intérêt de la patrie commune ; quand des états divers se sont fondus en une vaste unité, toute la vie réelle dont chacun d’eux jouit encore, n’appartient-elle pas à la communauté ? Voilà pourquoi la France accueille et distingue cette veine celtique d’un génie si original et si puissant, qui avait autrefois tant de ramifications dans son sein et qui n’a plus de sève aujourd’hui qu’à ses extrémités. En aura-t-elle longtemps encore ? Dieu le sait ; mais si la langue des Bretons ne doit pas durer autant que la mer dont les flots baignent leurs rivages, comme les bardes du vie siècle l’ont audacieusement prédit ( car quelle est la langue immortelle ?), du moins, ne sera-ce pas de nos jours, comme l’a remarqué M. Augustin Thierry, que leur prédiction sera démentie ; idiome usuel de dix millions d’âmes, dont douze cent mille en Basse-Bretagne, huit cent mille en Galles, le reste en Irlande et dans la Haute-Ecosse, « la langue celtique, continue M. Thierry, est parlée encore par un assez grand nombre d’hommes, pour que son extinction totale soit dans un avenir impossible à prévoir ; elle a d’ailleurs un principe de durée qui semble se jouer des efforts des siècles et des hommes. »

Un phénomène vraiment curieux, c’est de voir aujourd’hui chacun des dialectes vivants de cette langue primitive, partout réduits à l’état rustique, demander partout, comme en Bretagne, une vie nouvelle à la science et à l’érudition, et tandis que les idiomes dérivés semblent converger en Europe vers l’unité par la fusion, eux, rebelles au mouvement général, que du reste ils n’entravent pas, repoussent comme une souillure tout contact avec leurs voisins moins sévères, voulant toutefois les égaler en politesse et en culture. Ce dernier trait du caractère celtique complète l’histoire que je viens d’esquisser. Je l’ai écrite, je l’avoue, avec le sentiment filial qu’inspire la langue du berceau ; mais aussi, j’ose l’espérer, avec la gravité dont la critique fait un devoir, et avec tout le respect qu’on doit à la science.

Th. HERSART DE LA VILLEMARQUÉ.
----

DE LA PRONONCIATION DU BRETON.

L’alphabet breton a vingt-quatre lettres, dont vingt-et-une simples, a, h, k, d, e, f, g, h, i, j, l, m, n, o, p r, s, t, u, v, z ;et trois doubles : ch, clt,, w. Les sons qu’elles représentent existent tous en français, à l’exception de celui de l’aspiré c’h, qui a une articulation gutturale particulière, correspondante au ch des Allemands, à la X des Espagnols, et au j^ des Grecs ; il y a seulement une différence dans la manière constante dont les Bretons se servent de quelques-unes de ces lettres, savoir : e, i, g, ch, r s j tD.

E n’est jamais muet, mais toujours ouvert ou fermé, et se prononce tantôt comme dans bergère, tantôt comme dans hébété,

I, après une voyelle, a toujours le son de l’t français dans le mot ndif. G a constamment la valeur du y des Grecs et du g allemand, c’est-à-dire qu’il se prononce ghé, jamais j.

Ch se prononce toujours comme dans cheval, jamais comme dans archéologue. R se fait sentir invariablement à la fin des mots terminés en er, comme dans pater. S conserve le son sifflant qui lui est propre, et n’a celui de z dans aucun cas, même entre deux voyelles.

TT, selon les dialectes, se prononce, soit ou, comme en anglais, soit x>, comme en allemand, soit comme u français, le même en breton ; mais le plus généralement il a le premier son.

Il est inutile d’ajouter qu’en breton les diphthongues ou et eu se prononcent comme en français, sauf dans un très-petit nombre de mots, que le Dictionnaire indique. H. V.


DES SIGNES ET DES ACCENTS EMPLOYÉS DANS CE DICTIONNAIRE.

Afin de mieux caractériser quelques sons spéciaux, tels que le g ou n mouillé, figuré en français et en italien par gn, et de même habituellement en breton ; Vl mouillé, rendu par deux l précédés d’un i en français, comme d’ordinaire en breton, et enfin Vn nazal que rien ne distingue en général, on a cru devoir emprunter ici Vn tilde ou ñ des Espagnols, pour rendre le premier ; on a figuré le second au moyen d’un / ainsi souligné l ; le dernier, d’un n surmonté d’une barre horizontale w ; et l’on a écrit mon, manchot, qui peut s’écrire aussi moign ; ialou, grimaces, qu’on peut aussi écrire taîllou y gañ-éñ, avec moi, qu’on écrit communément gan-en. De même, on a pensé que les accents, dont on peut se passer ailleurs, étaient utiles dans un ouvrage de ce genre, et on les a indiqués ici comme ils le sont dans les autres Dictionnaires bretons ; ils donneront la valeur des sons aux lecteurs qui auront foi dans l’oreille de l’auteur ; du reste, on ne s’est servi que de l’accent aigu, indiquant le son clair de l’e qu’il surmonte, et de l’accent circonflexe qui donne la valeur d’une longue à la voyelle ou à la diphihongue sur lesquelles il se trouve. Si l’on a employé par exception le tréma, ça été seulement au-dessus de l’e qu’on a figuré ë, pour rendre un des sons de ’y des Bretons de Galles, et Ye presque muet des Bretons de Vannes, qui correspond à la diphihongue française eu, prononcée très-brève, ou à l’e, dans reteîuV. Enfin l’on a marqué d’une astérisque "* les mois évidemment d’origine

étrangère, et relativement nouveaux an breton. H. V.
LISTE DES ABREVIATIONS.


H. V. Additions de M. Th. Hersart de la Villemarqué.

Lag. Tiré du dictionnaire de Lagadeuc, manuscrit de l’an 1464.

Léon. Du dialecte de Léon.

Corn. Du dialecte de Cornouaille.

Trég. Du dialecte de Tréguier.

Van. Du dialecte de Vannes.

Gall., Galles. Du dialecte de Galles.

Adj. Adjectif.

Adv. Adverbe.

Au fig. Au figuré.

Interj. Interjection.

Conj. Conjonction.

Comm. Du genre commun.

F. Féminin.


M. Masculin.

P. Page.

Part. et. Au participe passé, qui se forme en remplaçant par et la terminaison de l’infinitif.

Pl. Pluriel.

Pron. Pronom.

S. f. Substantif féminin.

S. m. Substantif masculin.

De 2 syll. Mot de deux syllabes.

De 3 syll. Mot de trois syllabes.

V. a. Verbe actif.

V. n. Verbe neutre.

V. r. Verbe réfléchi.

V. ou voy. Voyez.




ERRATA.

Page 42, col. 1, ligne 12, au lieu de Banniel ar feiz Breiz a zonnaz, lisez, Breiz a zonnaz banniel ar feiz.

Page 64, col. 2, ligne 38, au lieu de krôg-ponéz, lisez krôg-pouéz.

Page 70, col. 1, ligne 20, au lieu de skudelli, lisez skudili.

Page 104, col. 1, ligne 40, après kanived ajoutez kellilik (Corn.) — Ibid, col. 2, 1. 46, au lieu de kannaouennou, lisez kanaouennou.

Page 136, col. 2, ligne 13, au lieu de gwidoiik, lisez gwidoc’hik.

Page 152, col. 2, ligne 60, au lieu de et sans crainte, lisez est sans crainte.

Page 296, col. 1, ligne 7, au lieu de flammad, lisez flemmad.

Page 325, col. 2, ligne 61, au lieu de gwerdiez, lisez gwerzdiez.

Page 464, col. 1, dernière ligne, au lieu de hentel, lisez kentel.

Page 489, col. 2, ligne dernière, au lieu de diou sklérigen, lisez diou sklérijen.

Page 495, col. 2, ligne 53, au lieu de pennkéet, lisez pennékéet.

Page 513, col. 2, ligne 13, au lieu de dizoñs-kaer, lisez dizoñj-kaer.

Page 525, col. 2, ligne 48, au lieu de lioher, lisez liher.

Page 561, col. 2, ligne 26, au lieu de sheûdenna, lisez skeûdenna.

Page 588, col. 1, ligne 7, au lieu de original, lisez orijinal.

Page 613, col. 1, ligne 13, au lieu de daelaonenniga, lisez daélaouenniga ou daélouiga.

Page 793, col. 2, ligne 53, au lieu de (jeu de mot), lisez (jeu de meurtre).

Page 832, col. 2, ligne 58, au lieu de pliget, lisez plijet.

  1. Je me suis particulièrement appuyé, dans cet Essai, pour le Breton-armoricain, sur les dictionnaires de Le Gonidec toujours, de dom Le Pelletier quelquefois pour le breton-gallois, ceux de Owen et de Davies ; pour le gael-irlandais et pour le gael-écossais, d’O’brien, d’Amstrong et surtout l’Highland Society.
  2. Les grammaires Bretonnes de Le Gonidec et de ses élèves, galloise de Davies et d’Owen, gaële-irlandaise d’O’brien et gaële-écossaise de l’Highland society, sont les principaux guides que j’ai suivis et les meilleurs.
  3. Ἴππῳ τὸ ὄνομα ἴστω τὶς Μάρκαν ὂν τὰ ὑπὸ τῶν Κελτῶν (Pausanias. L. X. p. 645.) En gaël-écossais, mark (pron. marc’h) ; en gallois, marc’h, en breton, marc’h.
  4. Tarv-os-tri-garan (us) (le taureau-aux-trois-grues). Voir le bas-relief de Notre-Dame de Paris, lequel représente un taureau et trois grues. Gaël-éc., tarbh (prononcez tarv). Gallois, tarw. Breton, tarô. — Gaël-éc., Gorran. Gallois, garan. Breton, garan.
  5. Galerita, gallicè alauda dicitur. (Sueton. in Jul. Cæs. Cap. 24.) En breton, allouédé, alc’houeder ou alloueder. En gallois, alaw-adar (l’oiseau de l’harmonie) ; alaw-hédez et alaw-hed, par contraction, alawd (l’harmonie ailée.)
  6. Sinus saronicus, id est, sinus quercuum. (Pline. Lib. IV. C. 5.) Gallois, derw. Breton, derv et derô, en constr. zerô. Gaël-irland. daire (pron. dèreu). Gaël-écoss., dair (pron. dèr).
  7. Betula, gallica hæc arbor. (Pline. Lib. XVI. C. 30.) Gaël-écoss., beithe (pron. bézeu), Gallois, bédw. Breton, bézô.
  8. Alnus, vulgo vern. (Manuscripta ad Alexandrura iatrosophistam. L. I.) Penn gwern, sonat caput alneti. (Cambriæ descriptio. Lib. I. C. 10.) Gaël-écossais, fearn (pron. vern). Gallois, gwern. Breton, gwern, en construction, wern.
  9. Ratis. (Marcellus burdigalensis. C.25.) Gaël-écoss. raithne (pron. redn). Gallois, rheden. Breton, raden.
  10. Pempedula. (Dioscoride et Apulée.) Gall. pumpdail (pron. pempdeil). Breton, pempdélien.
  11. Sparus gallicus. Gaël-écoss., sparr. Breton, sparr. Gallois, espar.
  12. Cateia, jaculum fervefaclum, clava ambusta.(Cæs. Lib. V. C.43. Ammian. Marcell. C. 31.) Gallois, katai. Breton, kad, combat. Gaël-écoss., kat, bataille.
  13. Mataaris. En gaël-écoss., matak (pron. matarc’h). En gallois, mât-tarc’h. En breton, mât-tarc’h, m. à m. fort-frappe.
  14. Plutarque, cité par Leibnitz. Miscellan. p. 157. De tri, trois, et de penn, en construction, fenn, tête. Gaël-écoss., tri. Gallois, tri. Breton, tri. Gallois, penn. Breton, penn. Gaël-écoss., kenn, avec le changem. ordinaire du p breton en k gaël.
  15. Vita sancti Engendi. (Surius.) Gaël-écoss., iarun. Gallois, haiharn. Bret, houarn. (L’h celtique se changeait en s, en latin. Ainsi halen, sel, devenait sal ; halek, saule, salix, etc.
  16. Taxea. Isidor. Origines. L. X. C. 1. Breton, tach. Gaël-irl., taich.
  17. Petorritum. (Festus, de verb. significatione, p. 83.) Breton, péder (quatre). Gall., pédair. Gaël-écoss., roth (roue). Breton, rod. Gallois, rhod.
  18. s. (Sueton. vit. Vitel. C.18.) Gaël-écoss., beig. Breton, beg. Gallois, pig.
  19. Pline. Lib. XVIII. Breton, gwiméled. Gaël-écoss., gimleid.
  20. Sulpice-Sévère. (Dialog. 11.) Gallois, trébéz. Breton, trébéz.
  21. Chrotta britanna. (Fortunat. Lib. VIII. Carm. 8. ) Gaël-écoss., kruit (pron. c’hrouit). Gallois, krovz (en constr., c’hrouz.)
  22. Pline. Lib. XVIII. Breton, bresk. Galois, bresg, Gaël-irland., briosg (pron. breusk.)
  23. Pline (ibid.) Breton, brâz. Gallois, bras. Gaël-écoss., bracha. Gaël-irl., brach.
  24. Cervisia. (Id. Lib. XXII. C. 15). Gallois, kourv. Bret. mod., kufr. Bret. anc., koref.
  25. Σιστον. (Possidonius. ap. Athenæum, L. IV. C. 13.) Breton, sist. Gallois, sudd (prononc. sizh). Gaël-écoss., sudh (pronon. siz).
  26. Tàm laxa est quàm bracca Britonis. (Martial.) Laxis braccis (Lucain. L 1) Breton, brag, bragez, bragou. Gallois, brekan.
  27. Sagum, gallicura nomen. Isidori Origines. L. XIX. C. 24. Ξαγοι. Diodor. sicul. L V. p. 301. Breton, saé. Gallois, saé.
  28. Linnæ, saga quadra. (Isidor. Origines. L. XIX. C. 23.) Laena. (Varron. L. IV.) Λαῖνα. (Strabon. L. IV. p. 196.) Breton, lenn. Gallois, len. Gaël-écoss., lein.
  29. Glastum. (Pline. De vocabul. gall.[sic] C. 1.) Breton, glâz. Gallois, glas. Gaël-écos., glas.
  30. Lapideus. Λιθώδες. (P. Mela. T. 11, et Strabon. L. IV. p. 182.) Gaël-écoss., kraeg. Gallois, kraïg et karreg. Breton, karreg.
  31. Tegulæ apud gallos didoron, dictae à longiludine duarum palmarum. (Pline. De vocab. gall. Lib. 14.) Breton, daou et div (deux). Gallois, dau et dwi. Gaël, da et do. Breton, dorn (main, palme). Gallois, durn. Gaël-éc., dorn.
  32. Festus. Breton, barzennen et barrenen. Gallois, baren. Gaël-éc. baran. Ἔφορος φησὶν αὐτοὺς ἐν καταγείοις οἰκίαις οἰκεῖν ἃς καλοῦσιν Ἀργίλλας. (Strabon. L. V.) En breton, kel, et avec l’article, ar-gel. Pl., ar-gili. Gallois, er-gel. Gaël-éc., an-gil.
  33. Vide supra, p. vij. Note 12.
  34. Vide supra, p. vij. Note 16.
  35. Vide supra. Note 4.
  36. Perse. Satyre VI. Breton, garr. Gallois, gar.
  37. Eporedia sic dicta ab eporedicis… Galli eo nomine præstantes equorum domitores suâ linguâ appellant. (Pline. Lib. III.) En breton, ébeùl et ébol (jeune cheval). Gallois, ebawl. En breton, rédia, dompter). En gallois, rhédia.
  38. Pausanias. C. XIX. p. 844. Vide suprà, p. vij. Note 1 et p. vij. Note 2.
  39. Bardus gallicè cantor appellatur. (Festus. Epit. Col. 238.) Gaël-éc., bard. Gallois, bardd (pron. barz). Breton, barz.
  40. Δρυΐδαι Σαρωνίδαι (Diodore de Sicile. Mis de Cierraont. 11. ad marginem.) Gallois, deriowydd (pron. derouiz). Breton, drouiz. Gaël-éc, druidh (pron. drouiz).
  41. Tu Bajocasis stirpe Druidarum satus, Beleni sacratum ducis è templo genus, elindè vobis nomina. (Auson. Profess. 4.) Breton, bélek. Pl. béléien. Gallois, baélok. Gaël-éc, bailék.
  42. Taranis. (Lucain. Lib. III.) Gallois, taran. Breton, taran. Gaël-éc, torunn (pron. taroun.) — Kernunos (bas-relief de Notre-Dame de Paris.) Gallois, kernenus. Breton, kernek et kornek. Pl. kernéien. Gaël, kairnen. — Apollini griano. (Edimb. Inscrip. Irish Acad. T. XIV. p. 105.) Grianus… sol. (O’Connor, Antiq. Hibern. t. 1. p. 24.) Gaël, grian et grianach. Gallois, greian et graenawl. Breton, grisiaz, et, par contraction, griaz. — Horrens… feris altaribus hœsus. (Lucan.) Breton, cûzuz. Gaël-éc, aogaidh (pron. ogaiz) et eugaidh. - Divona, Celtarum linguâ fons addite divis. (Ausone.) Gallois, diw (Dieu). Gaël, dia. Gallois, avon, et, par contract., on. Breton, avon et on (eau courante.)
  43. Vide supra. Note 4. Et p. vij Notes 12, 15 et 8.
  44. Caius Julius Cæsar cùm dimicaret in Gallià, et ab hoste raptus, equo ejus portaretur armatus, occurrit quidam ex hostibus, qui eum nosset, et insultans ait, cecos Cæsar, quod in lingua Gallorum dimitte significat ; et ità factum est ut dimitieretur. Hoc autem dicit ipse Cæsar in Ephemeride sua ubi propriam commemorat felicitatera. (Servius. Æneid. L. XI. C. 8.)
  45. Gaël-irlandais, sgaoidh (pron. sekoz.) Gaël-écoss., sgaidh (pron. sekas). Gallois, ysgog, pron. esgog, et, par contract. ’sgog.)
  46. Gallois, Uc’hel. Breton, Uc’hel. Gaël-éc, Uasel. Gallois, Dun et Din. Breton, Tuchen et Duchen (par contraction, dun). Gaël-éc, Tom.
  47. Gaël-écos., bran. Gallois, bran. Breton, bran. Pl. brini, autrefois brano.
  48. Gallois, môr. Breton, môr. Gaël-irl., mouir. Phileraon Morimarusam àCimbris vocari, hoc est, morluummare. (Pline. Liv. IV. C. 13.)
  49. Gaël-écoss., brig. Gallois, brig. Breton ancien, bré. Gaël-écos., mein. Gallois, maen. Pl. meini. Breton, mean. Pl, mein.
  50. Gaël-irl. et éc., Alp. Gallois, Alp. Gallois, Penn. Breton, Penn.
  51. Gaël, Kamb et Kom. Gallois, Koum. Breton, Komb. Pour on, Vid. sup. p. viij. Note 15.
  52. Gaël, Gléan. Gallois, Glén, Breton, Glén.
  53. Gallois, kar. Pl. kereñt. Breton, kar. Pl. kereñt, autrefois kareñt. Gaël-éc., kared. Gaël-irl., magh. Gallois, maes. Breton, méaz.
  54. Gallois, lenn. Breton, lenn. Gallois, dyvn ou dovn. Breton, doun.
  55. Gaël-irl. et écossais, abhen (pron. aven). Gallois, aven. Breton, aven. Pl. avénio.
  56. Gallois, karadawk ou karadok. Breton, karadek.
  57. Gallois, rhed (qui court). Breton, réd. Gaël-éc, ruith. Gaël, aven ou an. (Vid. supr.)
  58. Gailois, luc’h (marais) Breton, louc’h. Pl. louc’ho. Gaël-éc, loc’h. Gaël-irl., taigh. Gallois, leiacz. Breton, liez (réunion de maisons).
  59. Gaël-éc., garv. Breton, garv. Gallois, garw.
  60. Gaël-éc, mon. (Vid. sup., p. ix. Note 6.) Breton, kun et gun. Gaël-éc., kaoin et gaoin (pron. geûn)
  61. Gallois, bic’han. Breton, bihan. Gaël-écos., héac’h. (Vid. môr et kamh, supr.) (14) Gallois, gann-gann. Breton, gwenn- (4) Gaël, a/p. ( Vid. sup., p. ix. Note 7.) kann. Gaël, kracg. (Vid. sup., p. viij. Note 3. ) (15) Pline, hist. L. IV. C. 17. Breton, ar. (5 ; Gallois, kar et /racr. Breton, kéar cl Gallois, cr. Gaël, an. Breton, môrek {acc ker, autrefois kar. Gaël, kalhair ’pronon. ka- l’article vârck.) (lallois, roro^. Gaël, vouùt^’. zer, par coniract., fca/icr et ftaer). Breton, {i&] QaWols, briganl (de brig, montagne, kllok (en construct., hilok). Gallois, kciliog vid. supr., p. ix. Note 6). Gaël-éc., brlganl. (en c ona[r. fhc’doki. (îaël, koileach (pron. koi- (17) Gallois, kalel. Breton, kalel. Gaël-éc., Uk, on const., hoilek). kaladhel kalaidh. Gaël, an (les). Breton, ann. (Ci) G :i]los, penlijrawg {pronon. peniorag]. (18) Gallois, /i-adt^yr (pron. kadoucr). Brc- (7 ; AÀfoxavof )i/jLr, v. Breton, a. Gallois, a. ion, kad. V. kadiou oukadieu. Gdi’c-cc.., kataich. Gaël, a(de). Gallois, i/to. Breton, iiou et ijo Gallois, (/ion fenconstr., c’/iWn). Breton, ^idn (couleur), (iallois, kann. Bret.,/ca ?m(b !anche). et c’hldn. Gaël-éc., gldn et c’hlân. (8) Gallois dwvr ou dour. Breton, dour. (19) Breton éduz. Gallois, édog. Breton, Gaël-irl., doi ;ar. Gaël-éc.,/earnouiYrn. Gallois, scgal. Gaël-éc., scagal. Gallois, lawn (pleins). gu :ernc[ircrn. hrcion, gwernciwernV. werno. Gaël-éc, fan. Breton, leûn.
  62. Gallois, kar. Breton, kâr. Gaël-éc, kar. Gallois, bili (en constr., vili). Breton, béli (en constr. véli)
  63. Gallois, kas. Bret., kas. Gaël-éc, kas. Breton, gwall ou wall. Gallois, wall. Gall. lawn. (Vid. supr., p. x. Note 19.)
  64. Gallois, man. Bret., man. Gaël-éc, mana. Gallois, . Breton, . Gaël, duv. Gallois, brat. Breton ancien, brat. Gaël, brath.
  65. Gallois, gwall. (Vid. supr.) Breton, gak. Gaël-écos., gagag. (En gallois, gwallawg ou gwall-c’hag.)
  66. Gallois, brython. Armoricain, bréton. Gaël-irl., breathuin (pr. bretoun). Gaël-irl., mar. Gallois, mawr ou mor. Breton, meûr.
  67. Gaël-irl., fear (pron. ver). Gallois, wr. Bret. gour (en constr., our). Gallois, du. (Vid. supr. Note 3.) Gallois, mawr. (Vid. supr. ibid.)
  68. Breton moderne, kôz et kot. Breton ancien, kot et koih (pron. kôz).
  69. Breton, louarnn. Gallois, louern et lern.
  70. Gallois, baeth. Breton ancien, baedh. Gallois, anet (engendré). Breton anc, ganat. Breton moderne, ^^anei (en constr., c’/tanef ou hanet). Gaël-irl., gineal (en const., hinéal).
  71. Breton, brenn. Gallois, brennin. Gaël-irl., brian.
  72. Vid. supr. An-kaleti, p. x. Note 17. Ar-vorici, p. x. Note 15.
  73. Vid. sup. Avenio, p. x. Note 10. Lucotetia, p. x. Note 3. Verno-dubrum, p. x. Note 8.
  74. Vid. supr. Tarv-os-tri-garanus, p. vij. Note 2. Dur-o-vernum. Note 8. ix. Baet-hanat, engendré du sanglier, p. xj. (8) Kar-vilius (kar-yilipom kar-nili). Vid. (2) Vid. siipr. Cas -i :t- Ion- us ou casivel- p. xj. launxu. En gallois, lios-VKiAawn, v. p. xj. (9) Argel pour ar-Kel, p. vij. Mangun «iALgfacu». En gallois, GWALiauj^r, p. xj. pour man-Kun, p. x. Alpes-graiae (alp- [3j /»/ar(i-Z/e(-ATL-ta(/r-o(Inscripl. connue), craigau) pour alp-Kraigau, p. x. Karilocus A Mars-Ik’l-ToiJotBs-guerricr. Breton, alaü {Kar-c’hilok), au lieu de kar-kilok, p. x. ou alo. Gallois, éio et élua. Gallois, kadour (10) Uact-nanal ou hacl-clianat, iom baelet kadr. Breton, kadarn. Gaël-éc, kalhac’k. Ganal, p. xj. (4) (ialloi ?, tndrBret., mâd. (iaël-éc, rnatt. (tl) J)ur-o-vernum. I)our-o-wernou pour (5) Vid. supr. p. vij. Trifenn, pelorrod ou dur - - gwernou, p. x. Casuallonus pour /jederroJ. Noies 12 el 13. kas-awailonus, p. xj. ñ) Ibidem. (12) ApÇoptxot [Arvorici) yiour Armorici, (7) Mal-tare h, frappe-bien, v. p. vij. Réd- aussi usité du reste, on, eau (qui) court, p. x. Cecos, lâchez, p. f13) Trifenn pour (ripenn, p. vij. a-
  75. L’homme libre. Gaël, fear (pron. ver). Gallois, wr. Breton, gour, et our (en constr.)
  76. Le ciel. Gaël-écos., néam. Gallois, nev.
    Breton, nev, nenv et néan.

    Le soleil. Gaël, soillse (pron. hoïlh. Gal- lois, hèül. Breton, héol.

    La terre. Gaël, tir. Gallois, tir. Breton, tir.

    Les forêts. Gaël, koilt. Gallois, koet. Breton, koet, ancienn. koit.

    L’air. Gaël, ad/mr (pron. fier). Gallois.
    awer. Breton^ car et er. mis. Breton, miz.

    La nuit. Gaël, nochd. Gallois, nos. Bre- L’année. Gaël, hUadhna (pron. bUazna] et
    ton, nôz. blien. Gallois, blynedd (pron. blenez). Breton,

    L’oiseau. Gaël, eun. Breton ancien, evn. blizen, bloaz, blé et bloavez.
    Breton moderne, iun. Le siècle. Gaël, ket-bliadhna ou blien.

    Le chien. Gaël, ku (pron. ki). Gallois, ki. Gallois, kañt blynedd. Breton, kañt-blizen et
    Breton, ki. kañt-bloaz.

    Le porc. Gaël, tore h. Gallois, tourc’h. L’âge. Gaël, aoij. Gallois, oedd (pron. oci).
    Breton, feurc’/i et lorc’h. Breton, oed et oad.

    La vache. Gaël, fcoueac’ft. Gallois, bue h. Le temps. Gaël, aimsir. Gallois, amser.
    Breton, leuc’h et bioc’h. Breton, amzer.

    Le poisson. Gaël, iesk. Gallois, pesk. Breton, pesk.

  77. L’instant. Gaël-ccos., prîb. Gallois,
    preid. Breton, préd.

    L’heure. Gaël, uair. Gallois, awr. Breton, heur.

    Le jour. Gaël, diugh. Gallois, deiz et di. Breton, di, de et deiz.

    La semaine. Gaël, seachduin (pron. sèzun).
    Gall., saith-hun (pron. seiz-hun). Bret., sizun.

    Le mois. Gaël, mtos (pron, mis). Gallois,

  78. L’esclave ou serf. Gaol-écoà., trailleil. (iallois, Irailliad. IJreton, Irulek. {{sc|Le père de famille. Gaël, alhair et t-aikair (pron. tàd-er). Gallois, (âd. Breton, tdd. La mère. Gaël, mouim (pl. moumm). Gallois, tnamm. Breton, mamm. Le fils. Gael, mak ( A : pourp. Voy. p. 2). Gallois, mâb. Breton, mâp. Le frère. Gaël, brathair (pron. brazer). Gallois, brawder (pr. brozer). Breton, breûr, anc. breuzr. Pl. breudeûr. Le cousin ou parent. Gaël, kintear (pron. keñter. Gall., kefnder. Bret. keñderv et kender. La nation ou le peuple. Gaël, komunn. (iallois, komdeiz. Breton, komunn. Le pays. Gaël, bru (pron. brou.) Gallois, hrô. Breton, brô et brou. Le territoire. Gaël, tir. Gallois, tir. Breton, (l’r. Le patrimoine. Gaël, dulhchais (pron. dizyès). Gallois, diywéz. Breton, digouéz. Le droit. Gaël, fir (pron. vir). Gallois, gwir, et wir (en constr.) Breton, gwir et wir. La justice. Gaël, firentachd (pron. virentes ]. Gallois, wirionez. Breton, wirionez. Les lois. Gaël, reuson (pron. rcïzon). Gallois, reilhiau et reisiou. Breton, reizou et reizw. Le jugement. Gaël, hairn et bairneachd (pron. lernazk). Gallois, barn et barnédiguez. Breton, barn et barnédigez.
  79. Ame. Gaël-écos., anam. Gallois, énaid-Breton, éné. Pensée. Gaël, tnein. Gallois, ménou. Breton, méno. Mémoire. Gaël, kouimhn (pron. kounn). Gallois, kouff. Breton, koun. Force (d’âme, courage). Gaël-écos., ndart. Gallois, nerth (pron. nerz). Breton, nerz. Chagrin. Gaël, pian. Gallois, poen. Breton, poan. Désir. Gaël, irraidth (pron. irrez). Gallois, hirraeth (pron. hirraez). Breton, hirrez.
  80. Engendrer. Gaël-écoss., gineil. Gallois, kenedlu. Breton, génel. Exister. Gaël, bith (pron. biz]. Gallois, bezu. Breton, béza. Mourir. Gaël, marbhaid (pron. marvez). Gallois, marwi. Breton, mervel (anc. marvi). Voir. Gaël, seal (pron. sel). Gallois, sellu. Breton, sellout. Entendre. Gaël, klouin. Gallois, kléoued. Breton, klevet et kleoul. Parler. Gaël, labhair (pron. laver). Gallois, llavaru. Breton, lavaroul et lavar. Chanter (les louanges). Gaël, mol. Gallois, moli. Breton, meûli. Goûter. Gaël, biais (pron. blèz). Gallois, blas. Breton, blaza.
  81. Génitif. Gaël, as, a et 0. Gallois, oz et o. Breton, ouz et a. Datif. Gaël, de, do et ad. Gallois, ad ou d. Breton, da ou d.
  82. Par. Gaël, Iré. Gallois, troué. Bret. tré. De. Gaël, di. (iallois, de. Breton, di. A. Gaël, 0. Gallois, a. Breton, a.
  83. En. Gaël, ann (pron. enn). Gallois, yn (pron. enn). Breton, enn. Sur. Gaël, ar. (iallois, ar. Breton, aret war. Au-dessous. Gaël, ios (pron. is). Gallois, is. Breton, a-is et ias.
  84. Au-delà, Gaël, tré. Gallois tra. Breton, tré. Nous. Gaël, sinn et sin-ni (s pour A, d’où hinn). Gallois, ni, ninni et hon. Breton, ni, Avant, Gaël, os ken. Gallois, ken. Bre nin et hon-ni et hun. ton, keñt. Vocs. Gaël, 5tw [s pour h, d’ oh liiv ou c’hw). Devant. Gaël, ria et ra. Gallois, rag. Brc- Gallois, c’hiet c’houi. Breton, c’houi et hui. ton, raog, raz et ra. Ils, elles. Gaël, hiadelhiañl (pron. Mont] Parmi. Gaël, measg (pron. mesk). Gallois, ^f^’ w !^^ ]ñitnL^ ?- ^’"v "’ ?"^*’^'ne «& Breton mesk (3 ; > oici le pronom, régime direct, com- Je, moi. Gaël, mi. Gallois, mi. Breton, Je brûle. Gaël-irl., lois g-kin [pron. losîcdm] : me et mi. Gall., losk-w {diuc. loskam). Breton, losk-xy^i, Tu, toi. Gaël, li. Gallois, Ü. Breton, té autrefois loskaff. et ti. To BRÛLES. Gaël-irland., ?ow<7-AïR (aj’r pour Il, lui. Gaël, se {s pour h) ou hé ou ézan. er). Gallois, losk-’ETH ( pron. loskez). Breton Gallois, hé ou hev. Breton, hé (anc. hef[) et losk-EZ. ’ héñ et ézhañ ou éhañ. Il brûle. Gaël-irl., loisg… Gallois, losfc Elle. Gaël, hi et izé. Gallois, hi et hizai. Breton, losk… Breton, hi et ezhi ou éhi, Nocs brûlons. Gaël-irl., loisg-H (pronon.
  85. om]. Gallois, losfc-AM. Breton, losk-om. et losh- Il brûlbrait. Gaël, loi$g-f-sé{s p. h]. Gall" oMp. anc. et bret.-corn., losk-f-é. Breton, losk-f-é’ Vous BkètEz. Gaël-irl., loisg-hir. Gallois, i^oüs brClebions. Gacl, loisg-f-am. Gallois /o»fc-occ’H. Breton, losk-n et losk-otc’n. ( V. anc., losk-f-em. Bret., losh-f-emp. ]). Le Pelletier. Préface du DicL, p. 14.) yo^s brûleriez. Gaël, loisg-f-ait. Gallois Ils brClem. Gael^irl., loisg-uvi ou lotg- ancien, losk-f-cc’h. Breton, losk-f-ec’h et losk-UÑT. Gallois, lo«&-A>T. Breton, losk-oyT. ^_^i (1, L’exemple précédent suffit pour les ver- brûleraient. Gaël, loisg-f-amt. Gallois Les au personnel, celu. qui su. l en servira ^„^ losk-f-eñl. Bret., losk-f-ent. pour ceux à 1 impersonnel. ’. 1 J • r n^- 7 i Jebbexe. Gaël-écos., ioi5</mi. Gallois, mi (a) (3) J ai brllé. Gael, loi«flr-As. Gallois, loshh. k. Breton, mé (a) losk. '^^^ ’ ^^’^r’Y^ ’^*f ;^^,•.,, „ Te BRÛLES. Gaël, loisg li. Gallois, ti{a) losk. (4) Brûle. Gacl, loisg. GaUois, losk. Bre-Breton, lé [a] losk. ton, losk. Il bbûle. Gaël, loisg se [s p. h). Gallois, hev (5) Brûler. Gaël, loisgat. _ Gallois, loski. ’0) losk. Breton, héñ ’a] losk. Breton, loski ou leski, loskañ et loskein. Nocs buClons. Gaël, loisg sinn{s ^. h). GA- (6) Brûlant. GiHl^ do iir. da)loisgat. Gall., lois, ni (a) losk. Breton, ni (a) losk. { et enn loski. Breton, da, d et enn [eur] loski. Vors BRÛLEZ. Gaël, ioi«ûr «it"f« p. ft). Gallois, T^ % r- -i / i •. r’ 1 c’koui ’a] losk. Breton, Âoui (a losk., P^’^^’^T bR^ler. Gacl, ar [zu] loisgat. Gai-Us BRÛLENT. Gaël, loisg iañl. Gallois, hi «’^. ar loski. Bretop, anc., ar ou war (nez) houiñt ’a) losk. Breton, hinl et hi [a] losk. ’^*"*^’ (2 Je brûlerais. Gaël iil., loisg-f^aim. Gai- Ayant brûlé. Gacl, ar loisgat. Gallois, fl^oMlois anc. et breton, Unk-j-em. WTitt. Jmk-f-enn. dé loski. Breton, ar [lercli) ou goudé loski. Te brûlerais. Guël, loisgf-air. Gallois anc, Été brûlé. Gaël, loisgail (pr. loskèl). Gallotk-f-ez. Breton^ losk-f-cz. lois, loskel. Breton, loskel.
  86. (1) Je suis brûlé. Gaël-irland., loisg-ar mi. Gallois, loskir mé ou mé [a] io^/cir. Breton, mé a losker. Tu es brûlé. Gaël-irl., loisg-ar ti. Gallois, loskir lé ou té (a) loskir. Breton, té [a) losker. Il est brûlé. Gaël-irl., loisg-ar hé. Gallois, loskir hev ou hev {a) loskir. Breton, héñ (a) losker. Nous sommes brûlés. Gaël-irl., loisg-ar sinn {s p. h d’où hinn]. Gallois, loskir ni ou hon [a] loskir. Breton, iii ou hun a losker. Vous êtes brûlés. Gaël-irl., loisg-ar siv ou hiv. Gallois, loskir c’houiou c boui (a) loskir. Breton, clioui (a) losker. Ils sont brûlés. Gaël-irl., loisgar iad ou aiñt. Gallois, loskir iñt ou Jiouiñt [a] loskir. Breton, hi ou hiñt (a) losker. (2) Je serais brûlé. Gaël-irl., loisg-f-ar mi. Gallois anc., mi (a) losk-f-ir. Breton, me (a) losk-f-ed. Tu serais brûlé. Gaël-irl., loisg-f-ar ti. Gallois, ti [a] losk-f-ir. Breton, lé (a) losk-fed. Il serait brûlé. Gaël-irl., loisk-f-arhé. Gallois, hev (o) losk-f-ir. Bret., héñ ^a) losk-f-ed. Nous serions brûlés. Gaël-irl., loisg-f-ar sinn. Gallois, ni (a) losk-f-ir. Breton, ni (a) losk-f-ed. Vous seriez brûlés. Gaël-irl., loisg-f-ar siv. Gallois, c’houi [a] losk-f-ir. Breton, c’houi [a) losk-f-ed. Ils seraient brûlés. Gaël-irl., loisg-f-ar iad ou aiñt. Gallois, iñt (a) losk-f-ir. Breton, iñt ou hi (a) losk-f-ed. (3) Je fus brûlé. Gaël-écos., loisgeadh mi (pron. loskedj. Gallois, losked mi owmi [a] losked. Bret., mé (a) losked. (4) Je suis. Gaël-irl., beiz mi. Gallois, bézav. Breton, bézann (anc. hézaff). Tu es. Gaël-irl., beiz ti. Gallois, bëz-i. Breton, bézez. Il est. Gaël-irl., beiz hé. Gallois, &(^«… Breton, béz… Nous sommes. Gaël-irl., beiz sinn (s p. h). Gallois, héz-on. Breton, béz-om ou béz-omp. Vous êtes. Gaël-irl., beiz siv. Gallois, bés^ ouc’h. Breton, béz-oc’h et béz-it. Ils sont. Gaël-irl., beiz iad ou iañt. Gai lois, biz-añt. Breton, béz-oñt. Je serai. Gaël, bimi et biziz mi. Gallois, béz-ouiv. Breton, béz-inn (anc. léziff). Tu seras. Gaël. M zi et biziz ti. Gallois, béz-i. Breton, béz-i. Il sera. Gaël, 6t se et )6uû se. Gallois, ;&ez-d. Breton, béz-ô. Nous serons. Gaël, bi sinn et biziz sinn. Gallois, 6^z-om. Breton, béz-imp. Vous serez. Gaël. bi siv et biziz siv. Gallois, béz-ocli. Breton, béz-ot ou béz-oc’h. Ils seront. Bis iañl et biziz iañt. Gallois, béz-oñl. Breton, béz-iñt. Sois. Gaël, biz. Gallois, béz. Breton, béz. Qu’il soit. Gaël, bizeadh (pr. bizet) hé. Gall., bézet. Breton, bézet. Soyons. Gaël, bizeam. Gallois, bézoun. Breton, bézomp. Soyez. Gaël, biziv. Gallois, bézouc’h. Breton, bézit et bézoc’h. Qu’ils soient. Gaël, bizeadh (pron. bizel) iañl. Galles, bézant. Breton, bézoñl. Etre. Gaël, biz. Gallois, bod. Breton, béza, but et bout. Etant. Gaël, do (pron. da) biz, (en constr. viz). Gallois, bod ( en constr. vodj. Breton ô bézd (en constr. ô véza). Devant être. Gaël, do biz (en constr. do tizj. Gallois, i bod [en constr. i vodJ. Breton, da béza ( en constr. da vézaj. (5) Je fus. Gaël, bi, bo ou ba ou ici (en constr. voij mi. Gallois, bou-m’. Breton, bo-enn (en construct., vo-enn, et, par contract., oenn.) Tu fus. Gaël, 601 ou voi ti. Gallois, boues-C ou t’MOsf. Breton, boez té, voez ou ocz. Il fut. Gaël, boi ou voi hé. Gallois, bou ou vou. Breton, i&oe’, roe’ou oe, etc.
  87. (t) Je suis. Gaël, as et is mi. Gallois, es (2) Voyez plus haut, p. xvij. Note 5. ouf. Breton . éz oun (anc. éz ouff.) Tu es. Gaël, . U. Gallois, es ou. Breton, f^^^^ r^^o^^r^ ; ., mi loisçaU Il est. Gaël, is Hé. Gallois, es ev. Breton, [^P- ; ^^^^^^^ ^^^i^ ( P-n. . 0) Nous sommes. Gaël, is sinn. Gallois, es om /f ^r^wL^f Pr ? ’ ^/’ w^ ?^^ ! el es on. Breton, éz omp. t^ZT’J^^fleJlf’^^^^^ Vous êtes. Gaël, is it, Gallois, es ouc’h. Bre- Jf T. fi. i» ï !’ ^.’^' ;^^f • ’ ^' ^^ ^oisff. n *fz nr’h ^" ^^llois, bézouiv losked. BrcloD, léloi ezocn. … . _ zinn loskel, etc. Ils sont. Gael, w land. Gallois, e* mt. Bre- y ^„j,. L …’,.* r- -i i. . ton éz iñi ® ’^ «KULÉ. Gael-écos., bizinn his- ’ . .,, . . „ . ^"- Gallois, bezoun losked. lireton, bizerm Je suis. Gacl-ccos., za on zô mi. Gallois, loskel, etc. mi zy (pron. zô). Breton, mé zô. Sois brûlé. Gaël-écos., biz loisgait. Gal-Tu es. Gael, zô ti. Gallois, ii zy (pr. zô). lois, béz hsked. Breton, béz loskel. Breton, t^zo. Être ou devant être brûlé. Gaël-écos., Il est. Gaol, z6 hé. Gallois, hev zy. Breton, do ou da viz loisgait. Gallois, i vod losked. liai (a) zô, etc. Breton, da véza ou da vul loskel.
  88. Non solùm jugum, verùm etiam linguam (Ethelbert. Chron. ad ann. 430.) Venerunt suam dumitis gentibus. (S. August. De Civi- transmariniBritones in Armoricam, id est, in tate Dei. Liv. 19. C. 7.) minorem Britanniam. (Chronic. S. Michael. in (2) Sermo haud multùm diversus. (Tacit. Biblioth. Labb.) lîivallus, à transraarinis ve-Agricol. C. 11.) niens Britannis cum multitudine navium, (3) (Alexandre Severo) mulier Druias eun- possedit tofam minorem Britanniam. (Act. li exelamavit gallicosermone. (Lampridius, ad S. Wiiinoch. Ex. mss. Vedast. V. Acta. Bened. ana. 234. Vil. Alexandri Severi. ) T. 1.) (4) Fidcicommissa quocumque sermone…. (8)Budicus (ad ann. 490 cùm ad recipiendum non solùm lalino, vel graeco, sed etiam puni- regnum armoricae gentis veniret… cum tota 00, vel gallicano. (Ulpien. Digesta. ad ann. familia sua et classe applicuit. (Usser. p. 291.) 230. L. 32. Tit. 1.) — EmitHarlhoctransmarinus(Brito)quamdam (5) Dùmcogilorae hominem Gallura… ver- triburaxxu villas… à Gradlono, regeBrilonum ; bafacturum, vereor ne oñendat vestras ni- etideo seipsum commendavitprœdictoregiatmiùm urbanasaures sermo ruslicior.-Éfaiitcè queomniasua.(Cart. Landeven. Mss. ;Adpraediloquere. (Sulpic. Sever. Dialog.) candum populo ejusdemlinguœ, in occidenle (6) Prœdicatio ad plebera… per trivia, per consistenti. raare transfretavit(Maglorius) prorura, per devia…. turba sine numéro…. po- perans finibus territoriiDolensis. (Bolland. 24 pulus arbiter judiciumelamore testatur… im- oot.) — (Quemdampeccatorem)misit(episcopus mensae muUitudinis numerositas cura conju- lîrito) in peregrinatione usquè ad episcopiim gibus ac liberis convenerat. (Acta. S. Germani, Dolensem in Cornugalliam propter veterrimam Apud Bolland.) Nec tantùm sub ecclesiarum amicitiara… eo quôd et Britones et archiparietibus, per eos (Germanum et Lupum) episcopus illius terrae essenl unius linguœ et rerbi divini seraina, verùm etiàm per rura unius nalionis, quamvis dividerentur spatio spargebantur et compila… verbis trahitur po- terrarura… et lanlo meliùs poterat indiilgenpnlus innumerabilis. (Acta. S. Lupi. ibid. 18 tiam requirere, cognito suo sermone. (Labbe et 27.) Concilia. !. V. p. 830. ad ann. 560.)— Judocus (7) Exules (Britones) Gallise tenent partes, de iiluslri procedens genealogia Riovalli qui
  89. prinripabatar in transmarina, sive in majorl quos solummodo suœ genlîs et linguœ esse no-Rritannia, … in copiosa navium mulliludine verat… verbo suo restituent. (Sirmund. Coh-
    • teriorf>m sibi subjecit Britanniara. (Du- cilia Galliaî. T. III. p. 297.)
    ri) Le Chroniqueur de S. Denys Tad ann. ^^] Cartularium Rotonensc (ad ann. 821. ) traduit au xm’ :. Icèle grnt, dil-il, rc- "jss Mragm^nts publics par M. de Courson, firM encor la langue des anciens /irelons. >, H’stoiredes Peuples bretons. T. I. p. 412. rn. Bouquet. T. V. p. 210.) (4) Chronique de S. Denys. (Apud scriploj Episcopis.. fjecli’ï… Dux lîritanniœ… res. rerura. Gallic et Franc. T. V. p. 240.) de
  90. In solitudinem et vastum creraium omnino tota regio… Nulia ibi tunc domus habitationis erat, nulla hominum conversatio. (Acta S. Gildæ Kuynensis. D. Morice. T. I. Preuves.) Fugientes indè præ timore Normannorum (Britones) dispersi sunt per Franciam, Aquitaniam et Burgundiam. (Chronic. Nannet. D. Bouquet. T. VIII. p. 256.)
  91. Fugit aulem tune temporis Matuedonino comes de Poher ad regem Angloruracum ingenti multitudine Britonum. (Chron. Nannet.)
  92. D. Morice. Preuves. T. I. Col. 335.
  93. Lingua britannica, in Nordwallia, delicatior et ornatior et laudabilior est quanto alienigenis terra illa impermixtior esse perhibetur. (Giraldus Cambr. Itinerar. Cambriæ).
  94. C’est l’âge que leur donnent Sharon Turner (Vindication of the ancient british poems, p. 28.) Ed. Ehuyd (Archœologia britannica, p. 223.) Owen (Mémoires de la Société royale des antiquaires de Londres (Archæologia). V. XIV, p. 1 et suiv.) ; et les paléographes allemands et anglais les plus distingués
  95. A vindication of genuineness of the ancient british poems, 1803. — Archives philosophiques, politiques et littéraires, 1818. T. III. p. 88. — Examen critique des sources bretonnes ; Contes populaires des anciens Bretons, 1842. T. II. p. 301.
  96. Dans l’Archœologia Cornu-britannica. (Sherbone, 1790.) Le manuscrit (Vespasian. A. XIV. Bibl colon.) se trouve au Musée britannique, où je l’ai consulté.
  97. Codex Ecclesia ; Lichfeldensis. Catalog. p. 289 et 290.
  98. Litteris utuntur græcis. (De Belle Gallico.)
  99. Sharon Turner en cite une partie. (Vindication of genuineness of the ancient british poems, p. 130.) Voyez aussi Camden. (Britannia, art. Glamorganshire.)
  100. Citée par Lhuyd. (Archæologia britannica, p. 92.)
  101. Levr dû Kaervarzin. (Biblioth. d’Hengurt, in-4o velin.)
  102. Levr Taliesin. (Ibid.} in-8o exto. - vélin.
  103. Nous avons cru de noire devoir de suivre Icment en arrivant aux temps modernes que la raelhode de ces derniers, quelque bizarre nous changeons de système avec la coutume, qu elle semble aujourd hui et contrairement (2) On l’a public dans le troisième volume à 1 éditeur de 1 ArchéfAogie galloise, dans les du Myvyr. archaiology of wales. citations que nous faisons ci-après j cest seu-
  104. Vereor ne offendat vestras urbanas aures sermo rusticior (Sulpic. Sever. Dialog.) — Nescio quid gallicè dixit, riserurit omnes. (Aulu-Gell.)
  105. Fastidiosus et incultus transalpini sermonis horror… Sermonis cellici squammam depositura nobilitas, nunc oratorio stilo, nunc etiam camenalibus modis imbucbatur. (Sidonius-Apollin. ad Ecdicium. I. III. Ep. 3.)
  106. Concilium remense. (Ap. Daru. Hist. de Bretagne. T. I.)
  107. Hujus sancti viri (Pauli-Aurelianensis) gesta scripta reperi, sed britannicà garrulitate ità confusa, ut legentibus fiunt onerosa… inauditum locutionis genus quosque studiosos à lectione suminovebat. (Apud Boll. T. II, p. 3.)
  108. Ainsi, de ecclesia ils firent eglouiz, et, par contraction, iliz ; de scola, skol ; de communio, komun ; de excommunicatus, eskomun ; de communicare, komuna ou komunia, etc.
    Né kémerav komun gan eskomun ménec’h.
    Am komuno Diou (Doué) hé-un. (Merzin.)
    « Je ne reçois point la communion de moines excommuniés. Que Dieu lui-même me donne la communion.» (Myvyrian Arch. T. I. p. 153.)
  109. De trinitas, trinitatis, ils firent trindod ou trinded. du monde. (Ibid.) (4) De benedictus, bendiget ou benniget. Mé a boé enn logod jjoel bendiget, qu’il soit béni. (Taliésin.) Enn goulad ë ’ann) trindod. (Taliésin.) ^5) u^j^^ord angel. Gérwer angel. [T Aies.) i ai été souris dans le pays de la Trinité. Les paroles de l’ange. (Myvyrian Arcli. T. I. p. 39.) (6) Prctor David, le cœur de David. Reks (2) De mutus, mud, elc. rehsed. le roi des rois. Krc’h é menez ; gwenn Icin dar ;, 7) gwélaz-lé Dominus fortis ? as-tu vu Mud eo aon. g e lavar. le Seigneur puissant ? vS. SuUo.), 0 >/.,, »^ 1 ’jf i- I . .,„ ;„^ rK, :ii„v,.,„ I ^, 1 • (8 iJarogan doufn DoMiNi, la prédiction La ncigefbrlc. surla montagne j la cime profonde du Seigneur.
    ;„’r ^rh^S M v’^v^^^^ ’"'^T RoGENTP. SFonncM, le roi des nations pui..
    [Kiur parler. ( Mi vyr an Arcii. 1. I. n. 1G3 • rr -. j xt . •, _ •,. ’ … *. j.|j. xuj.) sanles.— //on tad, HON PATKR. Notre perc. {^) lïc ^pohare, espeiha. j^^^a nôz rag déz, pater noster, ambdlo, Ne herenl… la nuit se cache devant le jour, notre père, Am ESPF. iLio m da ied. (Taliesin.) je me promène, elc. Myvyrian. T. I. p. 23, Mes parents me dépouilleront de mes biens 32, 33, 34, 39.)
  110. J’en ai vu une copie au collège de Jésus, à Oxford, faite en 1270, par Edern, surnomme Tévod-aour ou langue d’or. Elle commence au folio 1117e du mss intitulé Le livre rouge d’Hergest.
  111. Boet abendiget er gwez dû
    A lennouaz ë (al) lagad oez dû
    Gwallog ap Léinog, penn-lu.

    (Gweznou.)

    Soit maudite l’oie noire qui tira l’œil qui était noir de Galgac le fils de Leinog, le chef de guerre. (Myvyrian. Arch. T. I. p. 166.)

    Boet abendiget eh gwez gwenn,
    A lennouaz hé lagad 0’ hé penn.

    Soit maudite L’oie blanche qui tira son œil DE sa télé. {Ibid.)

  112. Aneurin dit kadki, chien de combat, au lieu de ki kad ; mais en même temps il dit kad traez, le combat du rivage, au lieu de traez kad. (Myvyr. Arch. T. 1. p. 4.)
  113. Ainsi les auteurs de l’époque qui nous occupe écrivaient à volonté déved bic’hAK et déved bic’hES. de petit brebis et de petites brebis ; davad bichxy et davad bichv. N, un petit brebis et une petite brebis ; mais, en parlant, on changeait invariablement la consonne muable de l’adjectif de forte en douce, et l’on disait : davad vie han, une petite brebis, et le genre se trouvait indiqué par cette permutation. E {aT)gour am rozaz (aroaz d’in) ë (ar) gwin A’r (hag ar) méirc’h mor (meûr). « L’homme qui me donna le vin et les grands chevaux, » dit Taliésin. (Myvyr. ï. I. p. 22.) Avec l’accord en nombre, av ce mcirc’A, pluriel de marc’h, il eût fallu merion, pluriel de mor, grand ; mais ailleurs, il fait accorder l’adjectif. Toutefois, il n’y a que trcs-peu d’adjectifs qui admettent cet accord inobligatoire en nombre, comme il n’y en a aussi que quelques-uns qui soient susceptibles de l’accord en genre, et seulement au singulier ; de sorte que l’accord en genre et en nombre serait moins une règle qu’une exception à la règle.
  114. C’hocékac’h na (éged) gwin gwenn. (Tal.) Plus doux que du vin blanc. (Myvyrian. Arch. T. I. p. 67. ; D’id gwin gorré er gwellaf. (Ib.) A toi du vin au-dessus du meilleur (Ib. p. 47.) Mor [meûr) trdant eo gen-ev. (Merzin.) Je suis très-misérable (mot à mot, très-misérable est avec moi). (Myvyr. Arch. p. 48.) N’cdfeoJ GWAs urz dén nag (éged) urz églouiz (ilizj. (Merzin.) Le commandement de l’homme n’est pas plus dur que celui de l’Eglise. (Myvvr. Arch. p. 141.)
  115. (1) Am eskoued (skoed) ar (war) më (ma) eskoe : (skoaz), h’am klez (klézé) ar më (ma)ftWn, Enn koed Kélidoni é koushiz-ev më (ma) hûn. (Merzin.) Mon écu sur mon épaule et mon épée sur ma cuisse, au bois de Kélidon, j’ai dormi mon sommeil. (Myvyr. Arch. p. 150). Dû, le (ta) marc’h, dû të (la) kappan (chupenn ), Du le penn, dû i’é-unan. (Id.) Noir (est) Ion cheval, noir (est) ion habit, noire (est) ta tête, (lu es) noir (oi-mème. (Ibid. p. 132.) Réuiniaz uÈ mdb hag hé merc’h. (Ibid.) J’ai ruiné son lils et*a fille. (Ib. p. 132.) Dext -le gen-ev em (ï-’na [énâ). Viens avec moi dans ma maison-ià. (Taliésio. p. 47.) Jleb faén’ei (eo) ned a (oé) ganet. (Aneurin.) Quiconque a été engendré nesl pas sans reproche. (Myvyr. Arch. p. 16.^ Poci (piou) a oer (oar) kana } (Taliésin.) Qci sail chanter ? l’É/icno ’hanô)" ë (ann) (cir kacr. (Id.) QcEL esllc nom des Irois villes ? (2) En voici plusieurs. Je me bornerai, romme précédemment, aux temps principaux des Ttrbes les plus usuels. À’m kraer eo mdb ñïaïr (Mari). (Taliésin.) Mon Créateur est le l’ils de Mario, ^^fyvyr. Arch. p. 7G. ) — Enn nev uof :, é béz hag ém4. f Ib. Il a été au ciel, il y sera, et il y est. — Mfe-n-OTiF harz. (Id.) Je suis barde. — Tringa (treuzi) é nev uêz më c’hoanl. (Id.) Mon désir était de passer au ciel.— Gañtiñt >é bézaf (Id.) Je ne suis point avec eux. — Goun (péz) a boé hag a bez (Ib.) Je sais ce qui fût et ce qui pourrait être. (p. 76.) — Boem marc, Boem béo. (Ib.) J’ai été mort, j’oi été vivant. — Barz aman é ma né kàn : a’ (pez) a kanô ka-NET ! (Id.) Le barde qui est ici ne chante (pas) : ce qu’il chantera, qu’il le chante. (Myv. Arch, p. 34.) — Men c ma cmellien ha goulizar lirienl Men éma ë gwerzorien’i Où sont les trèfles et la rosée sur le gazon.’ où sont les poëtes ?(lbid.) — Keneñt (kanañl) ^werzoricn.’ (Id.)Que les poêles chantent ! (Ib.)— Boé DioM [Doué] em diski. (Id.) Dieu était à minslruirc. (p. 76. J — Nag ev, kouskine gallaf (c’hallann (S. Sulio). Ni moi, je ne puis dormir. (Ibid. p. 162.). ff^n’aouder nef ma ners (Ib.) Le Créateur du ciel me fortifie (Id.) — Kréaoudernef az DiANKo ! (Id.) Que le Créateur du ciel te perde.’(Ib.)— Mé az karaf. (Ib.) Je t’aime (Ib.) — 11a é kouski é ma Liouélin ? (Ib.) Est-ce que Liouélin est à dormir’ ! (Id.) — //a klévAZ- (^ Tpez) a kân Beuno ? — Kàn te Pater ha (hag) azKredo, — Rag ankou të tiziai affô. (Myvyr. Arch. p. 173.) As-tu entendu ce que chante (dit) S. iieuno ? Chante (dis) ton Pater et ton CVedo, car la mort Valteindra bientôt. — Mé >é d. vf. ( Id.) Je ne vais pas. (Ib. p. 47.) Pa keid bézi, ha vàh DEiT ?(Id.) Combien de temps «cras-(u, et quand reviendras - tu l (Id.) — Pan DKUAF Kacrséon. (Id.) Quand je vertu
  116. reviens de Kerscon. (Id.) — Pan deüfoñt er kad. (Id.) Quand ils viendront au combat. —Pan dei Kadwaladrl (Id.) Quand viendra Cadualader ? - Arglouiz né gwizem Ma te a krogasem ; - Galoudek nef ha pep tud,- Ve GwizEMpiouoEZ-ouf(Id.) Seigneur, nous ne savions pas que c était toi que nous crucifiiobs ; puissant (souverain) du ciel et de tous les hommes, nous ne savions qui tu étais.
  117. Deg blenez ha deugeñt. (Merzin.) Dix ans et quarante (50 ans. Myvir. Arch. p. 135.) — Seiz avalen. Sept pommes. (Id. p. 150.)
  118. Eeun kana, éeun diski, éeun barnout. (Myvyrian. Arch. of Wales. T. III. p. 291.)
  119. Elle vivement frappé les savants du pays de Galles. L’un d’eux, rendant compte de notre Barzaz-Breiz, chants populaires de la Bretagne, dans une Revue anglaise, l’Archœologia cambrensis (Avril 1846. p 193] s’exprime ainsi : « Ces chants sont accompagnés d’une traduction française, mais un Gallois n’aurait nullement besoin de traduction pour
  120. » les comprendre ; car où est la difTérence ma- « Mieux vaut vin blanc de grappe (de raisin) » tériellc entre les strophes suivantes, que que de mûre ; mieux vaut vin blanc de grappe. » nous plaçons en regard les unes des » Mieux vaut vin nouveau quebière ; mieux » autres, en breton et en gallois. ^^„4 vin nouveau. V. •"’*',^’» BRETON. GALLOIS.. fî ( :ti 0/. ! GwelUofrvslnKwennbâr Gwell jw gwin g^vyn bâr «Mieux vaut Vin de Gaulois que de pom- . Nalégfd^mouarl Namwyar ! mes } mieux vaut Vin de Gaulois. Gwelkügwinfenvennbâr. GwellywswingAvynbâr. «gang rouge et vin blanc, one rivière ! Gmlleofiwinnévez ^onf ;,’"^"’^*^^ sang rouge et vin blanc.« -( Lk vin des Gabnii ’ na (éired* mtz : O ! na naeclil °. °.. • • ; Gwen êo -nvin névez. Gwell yw gwin newydd. tois, chant de guerre armoricain composé an Gwell eo Rv/m ar Gall Gwell yw }, nvin Gai vi*^ siècle, suivant M. Augustm ihicrry.) ^aKa^ali Nag aval ; j^ rapprochement qu’on vient de faire en Gwell to gwin arGall. <^"fl U,^ fr.’. uîn, wvn dit P^us que toutes les rénexions du monde : GwadruzCag. mg. enD, Gwaed^hudaag^^. n8>^)n, j, [,, J ^e seule est différente ; quant à In Gwadruzhagwiiigwenn. GwaedrhuddagwjDgwyn. prononciation, elle est la même.
  121. Chants populaires de la Bretagne. T. I. p. 219.
  122. Kadiou citharista. Cartular. Kemperleg. Apud D. Morice. Preuves. T. I. col. 432.
  123. Chants populaires de la Bretagne. T. I. p. 209, et T. II. p. 15.
  124. Ibid. p. 263.
  125. Lingua mihi ignota el turpis. (Epistol.)
  126. Moribus linguàque nonnihil à nostris britonibus degeneres. (Ed. de Saville. p. 7 et 8.)
  127. Cambris in multis adhùc et ferè cunctis intelligibili. (Giraldus. Cambriie descriptio. c. 6.)
  128. Vid. suprà. p. xx. Note 1.
  129. Froissard. Edition de Buchon.
  130. Romano verbo, seu lingua materna. (Ap. D. Morice. Preuves. T I)
  131. Doceantur laici i presbyteris… baptizare debere… in lingua britonica… omnia verba proferantur sermone britannico… Et quando laicus puerurim baptizaverit, sacerdos diligenter interroget quid factura fuerit et quid dictura, et si invenerit in lingua britonica integrè et debito modo verba sacraraenti protulisse, approbet factum. (Ibid.)
  132. Rectores nonnulii idioma vulgare britannicum ignorantes. (Lobineau. Preuves. T. II. col. 1609.)
  133. His præcipimus ut ecclesias resignent in Il est référé dans une production du 15 manibus ordinarii. (D. Lobineau. T. II, col. mars 1571 et décrit de la manière suivante : 1609.) « Livre en latin et en breton, contenant tous (2) Sunt quidam populi quos Galli vocant les cours des dîmes, en chacune paroisse, par Britoncs br’Uonizanles… quamvis plurimi eo- ordre, avec les noms des sujets audit devoir, rum Gallorum linguâ loqui sciant, multi ta- etc. » (Lanjuinais. Mémoire sur l’origine des men non nisi suâ linguâ loquuntur. (Bolland. dimes. Rennes. Vatar. 1776.) april. T. I. p. 495. ) (5) Voyez plus loin. (3) J’ai entre les mains, dit le P. Grégoire, (6) Musée britannique. Bibholh. Coton. les statuts synodaux de Léon, du xur, xi’ et M» in-4° vel. Cleop. B. G. 5. 19. A, put)lié, XV* siècle, sur vélin, en latin et en breton, d’après un autre manuscrit moins ancien, (Dict. Préface, p. 9. ) dans l’Archœol. of Wales. T. II, p. 81.
  134. P. 202. — Ce mystère a été traduit par Le Gonidec. Paris. Merlin. 1837.
  135. Musée brit. Biblioth. Coton. Cléop. N. F. B. 5. 9.
  136. Bibl. royale. Fonds Lancelot, no 160.
  137. Wrken, au lieu de urken (Cart. Rhed. Ibid. p. 420) ; et aourken, au lieu de aurken (Ibid.) Wenrann, au lieu de uenrann. Warhen, au lieu de uarhen. (Cart. Land. fol. 150 et 140.)
  138. Oedd pour oid, usité antérieurement. Guillaume Le Breton (1180) écrit oedd : mech (4) Jehan Calvez. Tréguier. 1499. ^^^.^^ ^^^^ ^^j. jl ^^^^ j interpretalur, pu- !o, Dans la biblioth. de. M. le comte de Ker- dor fuit, honte fut ; on dit maintenant oe. tjariou, à la (^, rand’ Ville. (^9) Illrgard pour kirgars. (Cart. Landev. Ti Le Cartulairc de Hedon écrit rt«fetpoe. fid. 143 verso.) Drem riid pour cZremrûz. (Ibid. h’inl-xcallon. Kalanhedre. {Ap. DeCourson, fo. lCi%.) MorweriienponrmQrwézen. MerTnin Histoire dfs peuples Bretons. T. L p. 39V)A !e- pour Merzin. Terra de Vuz pour de Pud ou de yiellor. ( Ibid. p. 396. ) Kertcigar. [ Ibid. p. Pudd ou de Pudh, comme on écrivait avant. Î)8. 1 — Le litre des Croisades de la famille (De Courson, loco cit. p. 404. —. Siz. Idem, de Kergariou porte kacrkariou ; celui des Ibid. p. 408.) Seidhun pour sdzun. (Cart. Carcoet, kacrkoel. Landev. fol. I’f2 recto. )
  139. Ils n’ont pourtant pas disparu de l’alphabet, car le copiste de sainte Nonne écrit Dewy (p. 1). Wmendi (p. 118). — Knech (p. 54). Kaer (p. 162).
  140. Ainsi les auteurs écrivent graçç (Ste Nonne, p. 94), le mot qui précédemment s’écrivait grâd et grâdh, et qui s’écrit aujourd’hui gras ; orçza (Ibid. p. 24), le mot qui s’orthographiait aux siècles précédents ardha ou wardha, et qui s’orthographie maintenant warzé ou arsa
  141. On peut ouvrir au hasard tous les livres bretons du xiiie au xve siècle ; je ne veux point bigarrer ces pages d’exemples trop faciles à trouver.
  142. Ainsi l’auteur du mystère de sainte Nonne [p. 12] emploie le verbe rescuscitaff (sic), et, dans la même page, son équivalent celtique dasçorc’haz (sic) pour dazorc’haz. Ainsi il use indifféremment du mot bonjour et de dez mat d’é-hoch (p. 138 et 140.) Ainsi il se sert du mot latin incantator (p. 82), enchanteur, et Lagadeuc, du roman achantour, au lieu du mot breton kelc’hier, alors en usage comme aujourd’hui. Ce dernier fait encore usage des mots épistolen (d’epistola), épître ; affin (d’affinis), parent ; abondant {(ïahuuànxxs), abominabl (d’abominabilis), appert (d’apertus), etc., etc. ; au lieu de lizer, de nés, de kaougañt, de eûzuz et de anat, vraies expressions bretonnes. Voici, avec son orthographe arbitraire, un échantillon de ce jargon mixte : c’est la paraphrase de la première partie de l’Ave, Maria, tirée des Heuriou brezonek ha latin :

    Mé ho salut, laouen a façz,
    Mari guerc’hez, so leun a gracz :
    Enn ho coff exempt a péchet
    Ez vezo concepvet Salver an bed.
    An froez ho coff so benniguet, etc.

    Je vous salue, joyeux de visage, Marie vierge, qui êtes pleine de grâce ; dans votre sein, exempt de pêché, sera conçu le Sauveur du monde. Le fruit de votre ventre est béni. (Fol vj.)

    Dans Ste Nonne (1re partie, xiiie se p. 18), le premier vers est écrit :

    Me hoz salut, louen en façç

    Il est curieux de comparer cette citation avec la suivante, qui est l’Ave, Maria, en prose, usité avant le xiie siècle :

    Ann péoc’h gwell, Maïr (Mari), kel laun (leûn) o (a) gradh (gras), Dev (Doué) (eo) ged-it-té (gen-it-té), bendiget (benniget) out enn mesk er gouragez ; ha bendigedig (bennigedik) eo frouez të kov-té, Iesu. (Myvyr. arch. T. I. p. 559.) On retrouve ici le véritable falut celtique. Ann peoc’h gwell (la paix la meilleure à vous), remplacé au xiie siècle par le mot roman salut.

  143. (Ij An bet, le monde (Ste Nonne, p. 2.) Eux don nessafu ha don dleourien ; ha non dilaez (euz) a hanen, de ce lieu-ci (Ib. p. 4). Ouz-iff da vezout temptet ; hoguen hon dilivret hon (ouz-in) de moi (Ib. p. 4). Leûn ah a glac’har, oll anquen. Evelse bezet graet. (Heuriou. f. vj.) plein de chagrin (Ib. p. 8). Da tregont blizien V/^ :« ; »«-> :.,««„ ^n n é. 1. -i t {Ib. p. 4). A trente ans. Dit (pour da Ü). A toi ZZil^n <Ti^^ Pater (Tavantlexu-^ siècle : Ib d6 etc llein{hoD) lad erhounoudenn nefouez, skîiK- P. TiDiEVi të heno i deuel të lier naz ; gouneller të (2) Me eo Merhn am EDx(euzl valicinel. Je io^^l j^egis fégiz) enn nef ar douar ivez,• ro fuU Merlin qui ai prHil (Ib. p. 48]. Te, flu- do i-ni heziu{hiziou]hein hara pemdeziol [pemniier. .. a laziff. Kuniter, je le tuerai (Ib. p. désiekj ; ha mazcu i-ni (d’hon-ni) hein delc- . Aman… k toe sebeliet, a credaffj ici, diou [dléou] ’vel e mazeuom-ni Vn deledouir d a clé enterre, je crois.— Dek her, qu il soit (d’iion dlcourien). Ha nag arouin ni e proveicnu ( p. 6 ;. Il serait facile de multiplier les digaez ; eizr gwarez-nirag droug. Tel-hen becxemples pour tous les autres temps des rct. (Myvyrian. Arch. T. I. p. 558.) vf :rbes.
    On va en juger par l’Oraison dominicale, (4) Il commence par ces mots 
    El lever (levrj
    telle qu’elle est donnée dans les Heures bre- a gelver ë (ar) Brûd, ned amgen ( ned eo né-Vjnnet ci /a(inc« du xv 8iècle, et telle qu’elle était met) isloriaou Brénined énez Brelaeñ hag heu avant le xir. Je conserve à chacune sa physio- (ho) henôiou (hanôiou) oV (oc’h ârjkenlaf héd nomie orthographique. Voici la plus moderne : e (ann) divézaf… Brelaeñ a gelvetgwech arall Hon lai pchenni so enn nejfuou ; bezet hoz Albion, etc. « Le livre qui est nommé le Brut hanô sA’fTiFiET ; deuel deomp hel hoz roente- (tradition) n’est que les histoires des princes de lez ; cvel en neffuar en dotiar davezo grael ho l’île de Brefagne et leurs noms, du premier au voi. oNTKZ ; roil don corffou an bara matériel, dernier… La lirclagne était nommée autrefois doncncffûu an bara cellstiel, hiziu ; pardo- Albion, etc. (Musée Britann. Biblioth. Colon. fsp. i dimp houpechedou etef maz pahdoxnomp Cleop. B. 5, 19. A. col. 1. verso. ) plus
  144. Longuerana, p. 221.
  145. Giles de Kerampuil, recteur de Cléden-Poher, traduction bretonne du Catéchisme latin du P. Canisius. Préface. — Paris. Jacques Keruer. 1576.
  146. Myvyrian Arch. of Wales. Préface. p. 10.
  147. Giles de Kerampuil. Ibidem.
  148. Dictionnaire breton-celtique. Préf. p. 9.
  149. Barzaz-Breiz, Chants populaires de la Bretagne. (édit de 1846.) T. II. p. 23.
  150. Quoniàm clerici indigent gallicâ. (Lagadeuc. Dictionnaire. Préface.)
  151. Voy. p. xxxiv.
  152. Ciceron.
  153. Lettres de la rime de Navarre. Lettre xcix. p. 163, datée de la Basse-Bretagne et d’octobre 1537.
  154. Factum du procès des religieux de la province des Récollets de Bretagne, p. 4.
  155. Audita controicrsici, 10 avril 1671. Copie de la sentence.
  156. Vie de Michel Le Nobletz (Edit. de 1666), p. 151, 173 et 265.
  157. Ha c’houi ivéz, komun, mé hô péd, klévet krenn (2) Cinquante livres d’amende contre cha- ^’ ËkrHan cun des acteurs, et pareille peine contre les ouvriers qui a ;aicnt’^ travaillé à dresser le théâtre, et contre toutes les personnes qui ’, tu, avaient prêté leur champ, leurmaison, eu des ^^7 vlLueT costumes aux acteurs. jGs Colloques de Quicquicr, etc. "MorWix, fn^V V £k ^’Itt^lT ’^" Parlement de Bre- ig^. St-Brieuc, 16i0 Quimper^Tl et 1679 ! tagne. P. 555, 56, 57. *^ ’ (6) Voyez le dictionnaire de Boistc, à ce ulronez a Iliz, noulans naoourchisien, ^qi barbare.
  158. (1^ Qui ne se rappelle celle qui commence El qui finit par ceux-ci : par le vers : _ C’est un P^tra Baragouinez, gms Que je tiens, que je mène, De Basse-Bretagne, C’est un Vélra Baragouinez, guas, Que je liens par le bras. Tant qu’il vous plaira. Tu danseras, Uara-Ségal Tu danseras, vilain PéUa.
  159. Barzaz-Breiz. T- II. p. 89.
  160. Voyez plus haut, p. xxxviij.
  161. Arrêt de l’an 1565, contre le recteur du bourg de Paul-Muzillac, maistre Jean Guicho. (Sauvageau. L. I. ch. 204.)
  162. Vie de Michel Le Noblelz, p. 286.
  163. Ibid. p. 351.
  164. Ibid. p. 350.
  165. Vie de Michel Le Nobletz, p. 386.
  166. Ibid. p. 133.
  167. Ibid. p. 266.
  168. Ibid. p. 217.
  169. Ibid. p. 156 et 292.
  170. Ibid. p. 295.
  171. Vie de Michel Le Nobletz, p. 298.
  172. Ibid. p. 314.
  173. Vie du P. Maunoir, p. 143 (éd. de 1834.)
  174. Ibid. p. 104.
  175. Vie du P. Maunoir, p. 139.
  176. Vie de Michel Le Noblelz, p. 114, 117 et 151.
  177. Préface, p. 17 et 18.
  178. Ibid. p. 4 et 5.
  179. Aazl aMazlliràomô,, ma. T6 anntààMaiMr’ Agaméjoubrdz éz eoñt, ennnôz, cvel al loar, Marô eo hô sklérijen, marô eo hô tâd ker ! Ilag enn deiz, évtl ann héol, ha dré hô skier ije (Hent ab babadoz, édit. de 1689, p. 138.) E pellaoñt diouc’h a Vreiz ar gwall dévalijm (2)£ttn troad hô deùz war ar môr, eunn ail ( Ibid., p. 141- ) vder ann douar ;
  180. Dén gwiziek ha dén fur, reizier ar brésonek.
  181. Imprimé à Paris, chez Quillevere.
  182. Chez le même.
  183. A Morlaix, sur le Pont-Bourret.
  184. Même ville, au couvent de Cuburien.
  185. A Paris, chez Jean Kerver.
  186. La première édition à Nantes, la seconde à Morlaix, chez Georges Allienne.
  187. La première édition, chez l’auteur, à (11) Angoulême, Trémeau, éditeur. Paris, Roscoff ; la seconde, à Londres ; la troisième, Delloye. à Saiut-Brieuc, chez G. Doublet. (12/ Paris, Duvergier, éditeur ( première (2) A Quimper-Corentin, chez Jean Har- édit. ) Lorient, Gousset (deuxième édit. ) douin. — A Morlaix, chez De Ploesquellec. (13) Paris, Charpentier, éditeur ( première (3) A Quimper, chez Hardouin. édit.) Ihid., Delloye (2"^ et 3^ édit.) Ibid, (4) Ibid. chez Simon Perrier. Franck (4« édit.) (5) A Rennes, chez Julien Vatar. (14) Saint -Brieuc, L. Prud’homme, éditeur. (6) A Paris, chez François de La Guette. (15) Brest, Le Fournier, éditeur. (7) A Quimper, chez Simon Perrier. (16) Quimper, Blot, éditeur. (8) A Morlaix, chez Guilmer. (17) Ibid. ) lh’)d. (18) Vannes, Lrimarzelle, éditeur.
  188. Ibid.
  189. Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur.
  190. Quimperlé, Guffanti-Breton, éditeur.
  191. Saint-Brieuc, L. Prud’homme, éditeur.
  192. La Revue d’Armorique a donné de nombreux morceaux choisis tirés de leurs œuvres de celles de plusieurs autres poètes vivants, dans une série d’articles intitulés : Revue de la poésie bretonne contemporaine, 1843, 1844, 1845 et 1846.
  193. Ainsi, au heu de lleo (écoute), dont le double l est aspiré, et qu’on prononçait encore an xiiie siècle c’hléo (voy. sainte Nonne, p. 4 et 6), on écrivit et l’on prononça léo. Au lieu de llavar (langage), on écrivit et prononça lavar. Au lieu de laézroñsi (vol), laéroñsi. Au lieu de bezret (cimetière), béret. Au lieu de breuzr (frère), breûr. Au lieu de gouzaffet (souffert), gouzavet. Au lieu de aznaout (connaître), anaout. An lieu de goffiziédégez (savoir), gouiziégez. Au lieu de marv (mort), marô ; de bézaff (être), de pédaff (je prie), d’anézaff (lui), de gañt-haff (avec lui), etc., bézann, pédann, anézhañ, gañt-hañ, etc.

    Va malloz a bédann gañt-ha,
    Ha gañd ar skeud eûz anézha.

    « Je lui donne ma malédiction, et même à son ombre ! » (Le Nobletz, Ar Vuhez gristen, p. 87.)

  194. Les auteurs des mystères de Ste Barbe et de St Gwénolé écrivent, comme aujourd’hui, mé a rai, je ferai, pour mé a grai ou a gourai, forme primitive. Da glasq (sic), à chercher, pour da klask ; da zisquif (sic), à instruire, pour da diski ; da gomps, à parler, pour da komps ; né hallez, tu ne peux, pour né gallez, etc.
  195. Il écrit an drâ, la chose, et, en marge, an trâ (fol. 8). A drà, de la chose, et, en marge, a trâ (fol. 13). A ra, il fait, et a gra (fol. 2, 3, 12). A réomp, nous faisons, et a gréomp (fol. 16). Na ret, vous ne faites, et na graet (f. 22). A ri, tu feras, et a gri (fol. 8), etc.
  196. On le voit clairement, quand on compare les morceaux communs à ces auteurs et à G. de Kerampuil. Ainsi, dans le Credo, ce dernier écrit encore, sans permutations, mé a cred en Doué, an tat holl-galloudec, crouer d’an efo ha d’an douar, hag en J.-C. hé map… Zo bézet laquaet d’an marvEz deùi da barn an ré bév hag an ré marv((. Ives Le Baelec, au contraire, suit déjà presque la manière moderne : mé a cred é Doué an tad oll-galloudec, croueur d’an en ha d’an douar, hac t. J.-C. hé vab… Zo bel léqueat d’An maro… é deùi dabarn ar réôco ha^ ar ré maro (p. 19). Pour que toutes les permutations fussent faites, il eût dû écrire : me a cRÉD… oll-c’HALLOuDEK… ÉTEÛi davARN ar ré véô hag ar ré varô. C’est ainsi qu’écrit, en 1712, l’auteur de Ar VohezGristen. (p. 7)
  197. Da bézaff ; ma tat, etc.
  198. C’est-à-dire, Da véza ; ma zat, etc. (p. 1.)
  199. Fol. 1, 2, 3, 4, 9, 1 3, IC, 19, 20, 22, 23. Khil diottz-in ann azrouañt C’est ce que tit Ives Le Baelec : J.- C., EvUna droublô ma skiant. s’éleva au ciel, dit-il, e bianoc’h évil ma vé ur « Ange de Dieu, gardien de mou âme, je FOULTH mont euz an oria>t d’an occidant, vous en supplie, par votre miséricorde éloignez p^/»in«/o 1/a IN icTD ociLi. (p. 33 et 35.) — N’est- de moi le démon, qu’il ne trouble pas mon csce pas, au bout de onze cents ans, l’aflectn- prit.» (Kentéliou Kristen (1659), p. 79). tion pédantesque de ïalicsinV (Voy. p. xxvj.) va éal-mâd, me ho suppu, Voy. p. xliv. Foc h eûz ac’hanon ar soursi, Préface, p. 31 et 32. A^’ lezii ked ann drouk-spéred La strophe suivante, d’après deux édi- D’amzroubli e fason é-bet. lions, l’une de 1659, l’autre de 1712, le « mon bon ange, je vous en supplie, prouvera de la manière la plus évidente : puisque vous avez souci de moi, ne laissez Eal Doué, mirer d’am éné pas le malin esprit me troul)ler en aucune fa-Mé hô péd, dré hô Irugaré, ton. » (Ar Vuhez Gristen (1712), p. 151).
  200. Dictionnaire français-celtique. Préface, dernière page.
  201. Dictionnaire breton, préface, p. 13.
  202. Ainsi le léonnais lavaret, dire, devient laret en Cornouaille, et lert sur les frontières du Morbihan. Laza, tuer, en Léon ; en Cornouaille, lazo ; en Vannes, lahein. Prézégi, parler, en Léon ; prézeg, en Corn. ; prég, en Vannes. Ankounac’haat, oublier, en Léon ; ankouat, en Corn ; ankout, en Vannes. Névéziñti, nouvelle, en Léon ; en Corn., néveñti, en Vannes, neûted. Divéza, dernier, en Léon ; en Corn., divéa ; en Vannes, devéañ, etc.
  203. On y trouvera des preuves multipliées de ce que j’avance. (Voir le second volume du Barzaz-Breiz, édition de 1846. Voir aussi les Kanaouennoù sañtel ; Ar feiz hag ar vrô, etc. ; et parmi les poésies contemporaines, Télen Arvor ; en attendant la publication si impatiemment désirée du recueil complet de celles du docteur Guizouarn, le barde cornouaillais. Pour la prose, ou peut recourir aux Lizériou Breùriez ar feiz.)
  204. En breton :

    Gwell eo diski mabik hihan
    Egéd dastum madou d’ézhan.