Essai sur l’origine des Helminthes

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

École Impériale Vétérinaire de Toulouse.

ESSAI
SUR
L’ORIGINE DES HELMINTHES
Par M. CASSEFIÈRE (Émile).
Simile non semper parit sui simile.

THÈSE POUR LE DIPLÔME DE MÉDECIN VÉTÉRINAIRE
présentée et soutenue le 20 juillet 1869

TOULOUSE
IMPRIMERIE TROYES OUVRIERS RÉUNIS
rue saint-Pantaléon, 5
1869



ÉCOLES IMPÉRIALES VÉTÉRINAIRES



Inspecteur général.
M. H. BOULEY, O. ❄, Membre de l’Institut de France, de l’Académie de Médecine, etc.



ÉCOLE DE TOULOUSE



Directeur.

M. LAVOCAT ❄, membre de l’Académie des Sciences de Toulouse, etc.

Professeurs.

MM. LAVOCAT ❄ Physiologie et tératologie.
Anatomie des régions chirurgicales.
LAFOSSE ❄ Pathologie médicale et maladies parasitaires.
Police sanitaire.
Jurisprudence.
Clinique et consultations.
LARROQUE Physique.
Chimie.
Pharmacie et Matière médicale.
Toxicologie et Médecine légale.
GOURDON Hygiène générale et Agriculture.
Hygiène appliquée ou Zootechnie.
Botanique.
SERRES Pathologie et Thérapeutique générale.
Pathologie chirurgicale et Obstétrique.
Manuel opératoire.
Direction des Exercices pratiques.
ARLOING Anatomie générale.
Anatomie descriptive.
Extérieur des animaux domestiques.
Zoologie.

Chefs de Service.
 
MM. BONNAUD Clinique et Chirurgie.
MAURI Anatomie, Physiologie et Extérieur.
BIDAUD Physique, Chimie et Pharmacie.
JURY D’EXAMEN
――


MM. BOULEY O. ❄, Inspecteur-général.
LAVOCAT ❄, Directeur.
LAFOSSE ❄, Professeurs.
LARROQUE,
GOURDON,
SERRES,
ARLOING, Chefs de Service.
Bonnaud,
Mauri,
Bidaud,



PROGRAMME D’EXAMEN
――
Instruction ministérielle du 12 octobre 1866.
――


THÉORIE Épreuves
écrites
Dissertation sur une question de Pathologie spéciale dans ses rapports avec la Jurisprudence et la Police sanitaire, en la forme soit d’un procès-verbal, soit d’un rapport judiciaire, ou à l’autorité administrative ;
Dissertation sur une question complexe d’Anatomie et de Physiologie.
Épreuves
orales
Pathologie médicale spéciale ;
Pathologie chirurgicale ; Obstétrique ;
Manuel opératoire ;
Thérapeutique générale ; Posologie et Toxicologie ; Médecine légale ;
Police sanitaire et Jurisprudence ;
Agriculture, Hygiène, Zootechnie.
PRATIQUE Épreuves
pratiques
Opérations chirurgicales ;
Examen clinique d’un animal malade ;
Examen extérieur de l’animal en vente ;
Analyses de sels ;
Pharmacie pratique ;
Examen pratique de Botanique médicale et fourragère.
MEIS ET AMICIS.

À Madame JOLY (née SAISSET)
Faible témoignage de reconnaissance.



AVANT-PROPOS.





En prenant pour thèse l’origine des Helminthes, je dois déclarer que ce ne sont pas mes observations ni ce que je puis ajouter à l’histoire de cette origine qui m’ont engagé à traiter ce sujet. Ma trop jeune expérience ne me permet pas de rendre plus complets les écrits qui ont été publiés jusqu’à ce jour sur cette grande question.

Toutefois, je ne me dissimulerai pas le danger qu’il peut y avoir à aborder un sujet dont les savants les plus illustres de notre époque semblent avoir fait leur étude favorite.

Pour atteindre mon but, dans la limite des ressources mises à ma disposition, j’ai consulté pour la construction de ma thèse, plusieurs ouvrages d’Helminthologie, écrits par des naturalistes d’un haut mérite, parmi lesquels je dois citer en première ligne : Van Beneden, Von-Siebold, Cuvier, Küchenmeister, etc., et MM. Davaine, Baillet, etc. ; enfin j’ai pris un grand nombre de documents dans le savant ouvrage de pathologie générale de M. Lafosse. Ceci posé, je m’efforcerai, autant que possible de remplir consciencieusement ma tâche, et l’indulgence de mes lecteurs me tiendra compte de ma bonne volonté.

Obtiendrai-je l’approbation de quelques-uns d’entre eux ? Je l’ignore. Dans tous les cas, j’ose espérer que ce petit travail, malgré ses nombreuses imperfections, sera reçu avec bienveillance par mes honorables professeurs et qu’ils voudront bien l’agréer comme l’expression de ma bien vive reconnaissance.

Émile Cassefière.



INTRODUCTION




« Les entozoaires sont des animaux qui vivent dans les organes des autres animaux, et qui n’ont point d’organes respiratoires distincts ou déterminés, ni d’appendices articulés propres à la locomotion » (Davaine).

Dans le langage médical on désigne communément sous le nom d’Helminthes, d’Entozoaires, de vers intestinaux, des animaux du sous-embranchement des vers « qui se ressemblent par leur manière de vivre en parasites, au moins pendant une certaine période de leur existence, dans l’intérieur des diverses parties du corps des autres animaux, mais qui diffèrent beaucoup entre eux par leur mode d’organisation (Milne Ewards)

Les Helminthes constituent la dernière classe du sous-embranchement des vers, qui elle-même fait partie de l’embranchement des animaux annelés.

M. Baillet, professeur à l’École impériale d’Alfort, dans son remarquable travail sur les Helminthes, les divise en trois ordres, savoir : les Nématoïdes, les Trématodes et les Cestoïdes. À l’exemple de MM. Blanchard et Van Beneden, il réunit provisoirement l’histoire de Acanthocéphales à celle des Nématoïdes.

Voici en quelques mots l’organisation des Helminthes en général :

La forme annelée du corps des Helminthes, très-accusée dans le tænia et le botriocéphale, se voit d’une manière moins sensible chez les Nématoïdes, et cette forme disparaît même entièrement chez les Trématodes.

Leur enveloppe extérieure ou tégument, est plus ou moins résistante, suivant qu’elle est doublée ou non, à l’intérieur d’une couche de fibres musculaires ; grâce à la présence de ces fibres musculaires, l’animal qui en est possesseur, peut exécuter certains mouvements, sans doute peu étendus, mais qui sont parfois très-rapides.

La sensibilité de ce tégument est généralement obtuse.

Le système nerveux complétemnent dégradé, n’est représenté que par quelques ganglions antérieurs, diversement disséminés, desquels s’échappent deux cordons nerveux parcourant toute la longueur du corps et ne présentant que peu ou point de renflements ganglionnaires. Placés un de chaque côté du corps, ces cordons nerveux se trouvent distincts dans toute leur étendue.

L’appareil digestif existe dans les Nématoides et les Trématodes ; d’après Émile Blanchard, il serait remplacé chez les Cestoïdes par deux conduits ou canaux particuliers, s’anastomosant dans chacun des anneaux et que Van Beneden, et d’autres Helminthologistes fort distingués, considèrent comme des canaux sécréteurs.

Le sang des Helminthes est incolore et se trouve renfermé dans les espaces interorganiques ; c’est ce qui constitue la circulation lacunaire. D’après Émile Blanchard, indépendamment de cette circulation, il existerait encore des vaisseaux longitudinaux, réunis par des branches transversales, destinés au transport du sang et dont la disposition varie chez les divers ordres d’Helminthes.

Vu la faible quantité d’oxygène nécessaire pour modifier le sang de ces animaux, ils n’ont pas d’organes particuliers affectés à la respiration. Cette fonction s’accomplit à travers les pores de leur tégument qui est doué d’un grand pouvoir absorbant.

Parvenu à une certaine période de leur existence, les Helminthes possèdent généralement des organes de reproduction, seulement les sexes peuvent comme chez les Nématoïdes, être séparés, ou réunis comme chez les Trématodes et les Cestoïdes. Le nombre de testicules et de spicules, varie infiniment, suivant les ordres et les genres que l’on étudie. Il en est de même de la vulve, des oviductes et des ovaires chez la femelle ; mais, quel que soit l’Helminthe que l’on considère et à quel ordre qu’il appartienne, les ovaires renferment toujours une quantité d’œufs prodigieuse.

Ces préliminaires indispensables étant établis, je vais rentrer dans mon sujet, que je me propose de traiter en trois chapitres.

Dans le premier je passerai en revue les diverses objections que les partisans de la Genèse spontanée opposent à ceux qui cherchent à faire provenir les Helminthes du dehors, et les faits que l’on produit pour démontrer que telle est bien l’origine exclusive de ces parasites, afin de pouvoir établir sur des raisons solides, s’il y a lieu d’adopter exclusivement l’une ou l’autre des deux opinions qui divisent les naturalistes. Dans un deuxième chapitre je parlerai des divers modes de génération et principalement de la génération alternante des Helminthes. Enfin, je consacrerai le troisième et dernier, à la description des transformations et des migrations de ces parasites ; tel est le plan que je me suis tracé.




CHAPITRE I.

De tout temps on s’est demandé si l’Helminthe qui apparaît dans l’intérieur de l’organisme d’un animal, n’était pas un produit de cet organisme.

Les Helminthes, comme on le sait, ne se ressemblent pas chez toutes les espèces animales et quelquefois même ils varient de forme, suivant qu’ils sont dans telle ou telle partie du corps ; souvent les places qu’ils occupent sont si profondes et si bien fermées de toutes parts, que de prime-abord on peut croire que de pareils hôtes ne peuvent être venus du dehors. Et ce qui tendrait encore à appuyer cette croyance, c’est que dans un grand nombre de cas on n’aperçoit chez ces parasites aucune trace d’organes génitaux.

D’autres fois, les Helminthes sont pourvus d’un appareil propre à la reproduction et pondent des œufs ; mais, dans l’endroit qu’ils ont choisi pour leur habitat, on ne voit naître aucun Helminthe de ces œufs, et lors même que ceux-ci en produiraient après leur expulsion au dehors, il resterait encore à expliquer comment cette progéniture pourrait, de là, pénétrer dans l’organisme d’autres animaux et s’y établir.

Enfin, la plupart de ces parasites ont une conformation très différente de celle des animaux qui vivent dans le monde extérieur, et semblent, au premier abord, ne pouvoir être assimilés à aucun de ceux-ci.

Toutes ces considérations et beaucoup d’autres arguments analogues, avaient porté la plupart des naturalistes à penser que les vers intestinaux étaient engendrés par l’être qui les renfermait.

Jusque dans ces derniers temps la présence des Helminthes dans la profondeur du corps des animaux était attribuée par la plupart des naturalistes et des médecins à un phénomène de génération dite spontanée, et aujourd’hui encore cette manière de voir compte certains partisans.

Personne n’a su, mieux que Bérard, trop tôt enlevé à la science, réunir les arguments que l’on pouvait faire valoir il y a quelques années encore en faveur de la génération spontanée des Helminthes. C’est à lui que je vais emprunter les objections que les partisans de l’Hétérogénie opposent à leurs adversaires.

Si l’on admet, disent-ils, que les Helminthes ont été créés dès l’origine et qu’ils ne se sont propagés depuis que par les procédés ordinaires de génération, on ne peut expliquer leur pénétration dans l’organisme, qu’en partant des trois suppositions suivantes :

1° L’individu dans lequel on observe les parasites en a reçu le germe de ses parents ;

2° Il a reçu les animaux eux-mêmes tout formés ;

3° Ou bien, enfin, il a reçu le germe du dehors.

Voyons les objections que les spontéparistes opposent à ces hypothèses.

L’individu dans lequel on observe les parasites en a reçu le germe de ses parents.

La première objection à faire à cette hypothèse est qu’elle recule la difficulté sans la lever : en l’admettant on se place dans un cercle vicieux, on cherche l’origine des Helminthes et on prétend les faire naître de germes qui en sont issus. En effet, en faisant provenir le germe des ascendants de l’individu dans lequel on observe les parasites, on est forcé d’admettre que les ascendants avaient les mêmes vers, que les œufs de ces vers ont été absorbés, charriés dans la circulation, et s’il s’agit du père, qu’ils se sont mêlés au sperme et sont allés s’établir et se développer dans l’ovule fécondé ; si, au contraire, il s’agit de la mère, il faut reconnaître que les œufs des parasites sont arrivés par la circulation dans l’ovaire, et se sont introduits dans ses ovules ; ou bien que, déposés à la surface du placenta, ils ont été absorbés pour passer dans la circulation fœtale. Or tout cela, disent les hétérogénistes, est impossible, car, fût-il demontré que l’absorption s’exerce sur les corps solides, les œufs de plusieurs entozoaires sont trop gros pour entrer par cette voie dans la circulation, et les capillaires d’un animal à sang chaud seraient trop étroits pour lui livrer passage. Et de plus, combien de parents n’ont jamais eu de vers, dont les enfants en sont infectés ; et si, à une époque quelconque de leur vie, ils en ont été incommodés, le renouvellement progressif des organes par les réactions interstitielles n’a-t-il pas dû en dissiper les dernières traces ?

D’ailleurs, d’où viendraient eux-mêmes ces germes des parents ?

Il a reçu les animaux eux-mêmes tout formés !

À l’aide de cette hypothèse on expliquerait l’existence des vers sur les surfaces muqueuses ; mais on retombe dans des difficultés, pour ce qui est de leur arrivée dans les cavités séreuses ou dans les parenchymes.

Ou bien, il a reçu les germes du dehors !

Les Hétérogénistes n’admettent pas plus cette hypothèse que les précédentes, elle est même absurde en ce qui concerne les entozoaires des animaux herbivores ; car les vers, du moins à ce que l’on croit, ne vivent pas en dehors du corps des animaux ; les carnassiers seuls pourraient, en dévorant leur proie, avaler les parasites. Suppose-t-on alors qu’ils proviennent d’autres animaux, et qu’une fois introduits dans le corps ils y subissent de véritables transformations ? Mais cela est contraire à toutes les analogies ; que l’on prenne telle plante que l’on voudra, on pourra la modifier par des cultures successives, mais on n’obtiendra que des variétés plus ou moins dissemblables, et jamais des individus d’une organisation tout-à-fait opposée ; il en sera de même dans le croisement des races animales.

D’ailleurs, l’immuabilité de ces êtres peut se déduire, je crois, de cette circonstance curieuse que certains entozoaires sont communs à plusieurs espèces, tels que l’ascaride qui se retrouve chez l’homme, le lion, le cheval, le bœuf, etc., la douve du foie qu’on a rencontrée chez l’homme, le chameau, le cerf, le cheval, le cochon, etc. ; tandis que d’autres, les tænias par exemple, ne se ressemblent pas dans les divers animaux. Comment pourrait-on admettre que les mêmes êtres exerceraient sur les germes venus du dehors, tantôt une influence identique, et tantôt une action différente ? Enfin, d’après l’expérience de Pallas, qui, ayant introduit sous la peau d’un chien des œufs rouges de tænia propre à cet animal, les vit se développer et acquérir en un mois la longueur d’un pouce, il faudrait encore conclure qu’une fois modifiés, les germes sont devenus immuables.

C’est ainsi que de négation en négation, on arrivait à l’admission forcée de la génération spontanée des Helminthes.

On peut dire avec Bérard, qu’il est invraisemblable, sinon impossible, d’admettre que l’animal dans lequel on observe les entozoaires en a reçu le germe de ses parents. Toutefois le doute peut être permis en ce qui concerne l’impossibilité de substance de ces parasites au dehors du corps des animaux ; car nous verrons que diverses espèces passent la première partie de leur existence dans le corps d’un grand nombre de larves ou d’insectes parfaits, qu’ils abandonnent ensuite pour se rendre dans la terre où ils achèvent leur développement.

Le doute est aussi permis en ce qui concerne la transmission par la mère, car l’hérédité de certains Helminthes reçoit aujourd’hui la sanction d’une explication physiologique positive.

Ainsi dans la ladrerie du porc par exemple, il est facile de concevoir que les proscolex, êtres essentiellement microscopiques, peuvent se trouver mélangés au sperme du mâle qui les a déglutis, que par l’intermédiaire de la semence, par conséquent, ils ont pu être portés jusqu’aux ovules ; ou qu’ils pouvaient déjà, lors de la fécondation, se trouver dans les ovaires si c’était la femelle qui les eût déglutis avant la copulation ; qu’enfin, pendant la gestation, le sang qui aborde au placenta et sert à la nutrition du fœtus, peut porter à ce dernier les proscolex, qui, en s’y développant, feront surgir la ladrerie, reconnaissable déjà, au moment où les fœtus verront le jour, ou peu de temps après leur naissance.

On est aussi loin d’admettre que les Helminthes d’une espèce animale ne peuvent vivre chez un animal d’une espèce différente ; car nous verrons au contraire que, dans la plupart des cas, les tænias du chien, par exemple, ont vécu tout d’abord sous une forme particulière dans les tissus d’un herbivore et que c’est en faisant sa proie de celui-ci, que le carnassier s’est inoculé les cestoïdes de son tube digestif.

Mais, il faut le dire, à l’époque de Berard on ne possédait encore que des connaissances imparfaites sur l’Helminthologie.

Aujourd’hui l’origine des vers intestinaux n’est plus un mystère pour les physiologistes. On sait qu’ils naissent les uns des autres, comme le font les animaux ordinaires ; que la plupart d’entre eux subissent, dans le jeune âge, des métamorphoses variées qui les rendent difficiles à reconnaître, et qu’en général ils voyagent du corps d’un animal dans le corps d’un animal d’espèce différente, pour y achever leur développement, et s’y reproduire au moyen d’œufs dont l’évolution ne pourra se faire que dans quelque autre milieu. On a pu suivre beaucoup de ces êtres singuliers dans leurs migrations, les semer en quelque sorte dans les organismes propres à les héberger, les voir pénétrer à travers les tissus de leurs hôtes, et constater les métamorphoses qu’ils subissent ; enfin, on a pu se procurer leur progéniture et s’en servir pour renouveler avec succès les expériences d’ensemencement dont je viens de parler.

CHAPITRE II.
Simile non semper parit sui simile.

Les Helminthes présentent, je peux le dire, tous les modes connus de génération, depuis le plus simple, jusqu’au plus compliqué. Ainsi : les Cysticerques sont Gemmipares ; chez tous les autres il y a fécondation, et les sexes sont réunis ou isolés. Dans le premier cas, tantôt les individus sont Hermaphrodites, et se suffisent à eux-mêmes, comme les Cestoïdes ; tantôt ils sont Androgynes, et doivent s’accoupler avec un animal semblable à eux : tels sont les Trématodes.

Les Entozoaires à sexes isolés, présentent aussi deux degrés ; ainsi les Acanthocéphales ne paraissent pas avoir besoin d’accouplements, les œufs étant fécondés par le mâle hors du corps de la mère, et les Nématoïdes y sont, au contraire, assujettis.

Quant aux individus nés de germes, ils ne parcourent pas les mêmes phases d’évolutions que leur mère qui est sortie d’un œuf ; ils viennent au monde moins jeunes, si je peux m’exprimer ainsi, et ils sautent le premier âge : « c’est l’enfant, qui naît adolescent, et qui a été engendré par une mère encore à la mamelle, qui n’atteint pas l’âge de l’adolescence. » (Van Beneden). De cette seconde génération, on en voit souvent naître une troisième et une quatrième, dont les individus ont tantôt la même forme, tantôt une forme différente, jusqu’à ce qu’enfin une génération finale, revêtue de tous les attributs sexuels, engendre de nouveau des œufs et une liqueur séminale mâle, pour recommencer le même cycle d’évolutions.

La génération s’accompagne chez certains Helminthes, comme chez beaucoup d’autres animaux d’espèce inférieure, de phénomènes particuliers que Steenstrup, naturaliste Danois, a désignés sous le nom de génération alternante.

L’appréciation exacte des phénomènes qui ont donné lieu à la théorie de la génération alternante étant assez récente, il importe de donner ici quelques éclaircissements à cet égard, d’autant plus que des exemples de ce mode de génération se présenteront fréquemment dans le chapitre suivant.

Nous savons tous que chez les animaux supérieurs, comme les vertébrés, le jeune animal, déjà très semblable à ses ascendants au moment de sa naissance, est évidemment le fils immédiat de ses parents. Il en est de même chez les insectes qui subissent des métamorphoses ; car, si au sortir de l’œuf, la larve diffère essentiellement des individus qui l’ont produite, il n’en est pas moins vrai qu’un même individu, après avoir éprouvé plusieurs transformations, arrive à l’état parfait sans qu’aucune génération intermédiaire se soit interposée entre lui et ses parents.

La reproduction de l’espèce donne lieu, chez certains animaux, à des phénomènes d’un autre ordre : je veux parler enfin de la génération alternante.

En 1842 Steenstrup a publié un travail remarquable sur ce mode de génération, dans lequel il fait connaître le résultat de diverses observations intéressantes, qui lui sont propres. Il les coordonne avec les faits si extraordinaires observés par ses prédécesseurs, les rattache à un même principe, et fait jaillir un jour nouveau du choc de ces phénomènes.

Voyons en quelques mots ce que le professeur de Copenhague pense de ce phénomène.

Steenstrup croit que les différents animaux dont nous venons de parler présentent, dans leur reproduction, le même phénomène que les abeilles, les fourmis, etc., et que ce phénomène n’a rien de commun avec une métamorphose.

Ce savant reconnaît dans diverses classes des rangs inférieurs, des individus neutres, qu’il compare aux neutres des abeilles ; il les appelle nourrices ; ces nourrices, au lieu de produire elles-mêmes, ne mettent au jour que le fruit qui leur a été confié et dont elles gardent simplement le dépôt. Ce sont, dit Steenstrup, de fausses mères, qui partagent avec les mères véritables le rôle de la maternité. Les véritables mères portent d’après lui, les ovaires, tandis que les nourrices n’ont que l’utérus. Les nourrices sont matériellement impropres à la reproduction. Voilà le phénomène auquel Steenstrup a donné le nom de génération alternante.

Ainsi, cette génération consiste, d’après ce savant, en ce qu’un animal, au lieu de donner naissance à un animal semblable à lui, en produit un qu’il appelle nourrice, qui ne lui ressemble pas, mais qui produira une progéniture qui lui a été confiée, et dont la forme ressemble au premier parent.

La mère seule pond des œufs et engendre ; la nourrice n’est qu’une partie de la mère avec son utérus ; la nourrice est sœur des petits qu’elle porte dans son sein et non pas mère. Voilà le fond de la pensée de Steenstrup.

Cette théorie a été généralement acceptée ; car elle fut mise au jour dans un moment favorable, et la lumière se fit à l’instant même sur une masse de phénomènes restés obscurs jusqu’alors.

Cependant cette théorie ne satisfait pas à toutes les exigences, et tous les faits ne s’expliquent pas par elle ; aussi plusieurs naturalistes se sont-ils tenus sur la réserve. On sentait qu’il y avait là un phénomène, mais dont la clef véritable n’était pas encore trouvée. Or, voici comment s’exprime à ce propos, Van Beneden, dans son travail sur les Cestoïdes : « Il y a, dit-il, deux sortes de reproduction, une par bourgeon et une par œuf ; les embryons provenant d’un œuf (les ovigènes) sont agames et fournissent seulement des bourgeons : les autres provenant de bourgeons (les phytogènes) sont, au contraire, pourvus de sexes et produisent des œufs. Les phases que parcourent ces embryons ovigènes ou phytogènes ne sont pas toujours les mêmes, et lorsque ces individus présentent des différences, il y a pour Steenstrup une génération alternante. »[1]

Pour Van Beneden la nourrice est une mère véritable, qui engendre pour son compte, mais qui souvent ne produit que des gemmes et se flétrit avant d’atteindre sa forme adulte.

Rud. Zeuckart dit dans un travail très intéressant, que la génération alternante est due, comme le dit Van Beneden, à une reproduction alternativement agame et sexuelle, et le phénomène rentre dans la loi commune, quand on en considère la nourrice de Steenstrup comme une larve qui se flétrit en mettant ses bourgeons au monde ; c’est une fille qui ne pourra jamais ressembler à sa mère, parce qu’elle a donné des bourgeons avant d’être femme : elle est épuisée par cette progéniture.

C’est ainsi que la génération alternante n’est qu’une partie du phénomène présenté par quelques animaux à double reproduction agame et sexuelle. Ceux qui sortent de l’œuf donnent naissance à des bourgeons qui commencent leur évolution moins bas que les autres ; et si les premiers s’arrêtent dans leur développement et restent à l’état de larve, tandis que les seconds, sans avoir passé par la forme du premier âge, deviennent adultes et complets pour pondre des œufs, il y aura une véritable alternance ; nous aurons le phénomène de la génération alternante.

Mais toutes les larves ou nourrices, ne sont pas fatalement condamnées à périr avant l’âge mûr ; dans quelques cas elles prennent, tout en ayant donné des germes, les allures et les organes de l’animal complet, et il n’y a plus de génération alternante, quoique les mêmes phénomènes aient lieu. La fille, tout en ayant déjà engendré des gemmes, devient femme et ressemble à sa mère. Schultze a fait connaître des exemples de ce cas.

En général la larve seule est gemmipare, mais dans quelques ordres on voit aussi des animaux gemmipares à l’état adulte et qui ont simultanément une reproduction par gemmes et par œufs.

Enfin on voit toute une série de nouvelles modifications surgir dans quelques familles des rangs inférieurs ; le même groupe d’animaux formant un ordre très-naturel, présente quelquefois à côté d’une véritable alternance dans le sens de Steenstrup, le développement direct par simple métamorphose.

Steenstrup a fait de ce phénomène quelque chose d’isolé, une particularité de reproduction, une anomalie ; on ne doit pas le suivre dans cette voie. Leuckart dit avec raison : « La science ne peut pas séparer artificiellement ce qu’elle peut naturellement unir. »

Comme on a pu le voir, Steenstrup appelle nourrice, l’individu non sexué qui donne naissance à l’individu sexué ; et grand’nourrice, l’individu non sexué qui, lorsqu’il y a deux phases sexuelles de génération, donne naissance à la nourrice. Van Beneden appelle la nourrice Scolex et la grand’nourrice Proscolex. Parmi les Entozoaires, les Cestoïdes et les Trématodes sont ceux qui offrent les exemples les mieux caractérisés d’une génération alternante, dont les phases se rattachent à un transport successif, dans un certain nombre d’animaux (hôtes) qui sont généralement les mêmes pour une même espèce d’Entozoaires.

CHAPITRE III.

« On entend par Migrations, l’ensemble des phénomènes qui se produisent lorsqu’un Helminthe, après avoir accompli l’une des phases de son existence dans les organes d’un animal déterminé, passe chez un animal d’une autre espèce, afin d’y vivre dans des conditions nouvelles, indispensables à son développement ultérieur. » (Baillet).


Le premier fait important à l’appui de l’hypothèse des migrations des Helminthes fut introduit dans la science vers la fin du siècle dernier, par un naturaliste danois, nommé Abildgaard. Par des expériences, cet auteur constata que les vers intestinaux qu’on nomme aujourd’hui schistocéphales, et qu’on trouve dans le corps de l’Épinocle, peuvent continuer de vivre dans l’intestin du canard, lorsque le poisson qui le renfermait a été mangé par cet oiseau.

Vers la même époque, des expériences analogues furent tentées par Block sur les ligules des poissons, et par Gaze sur les cestoïdes du chat ; mais elles ne donnèrent que des résultats négatifs. La question en resta là pendant près d’un demi-siècle, bien qu’en 1820, Creplin eût fait connaître toutes les formes intermédiaires entre les vers intestinaux des poissons et ceux des canards, dont les transmigrations avaient été signalées précédemment par Abildgaard. En 1842, l’attention fut appelée de nouveau sur ce sujet par une observation due à Von Siebold.

Ce naturaliste distingué reconnut l’identité de structure entre la portion cœphalique du cysticerque de la souris, et la tête du tænia crassicolis du chat.

Quelques années après, Van Beneden, professeur à l’université de Louvain, fit voir que les Tétrarynques qui vivent dans l’intérieur des corps des poissons osseux ne diffèrent de certains vers intestinaux des poissons cartilagineux que par l’absence de l’appareil reproducteur, et que ces derniers Helminthes doivent être considérés comme la forme adulte des premiers. Ce ne serait donc qu’en mangeant les poissons osseux infestés de trétarhynques que les poissons cartilagineux recevraient dans leur intestin les parasites qui y vivent. Enfin, en 1851, le fait de ces transmigrations et de ces métamorphoses des Helminthes a été établi expérimentalement par le docteur Küchenmeister, qui en administrant à des chiens et à des chats le cysticercus-pisiformis du lièvre et du lapin, a vu ce vers se transformer en tænia. Des expériences analogues furent faites aussitôt par Von Siebold, Haubner, Gurlt, Van Beneden, ainsi que par plusieurs autres zoologistes, et les résultats en furent si favorables à l’hypothèse en question, qu’aujourd’hui presque tous les zoologistes physiologistes s’accordent pour la considérer comme étant l’expression de la vérité.

Règle générale : tout animal a ses parasites ; mais indépendamment de ses vers propres, plusieurs animaux, surtout ceux qui se nourrissent de matières végétales et servent de pâture aux carnassiers, nourrissent encore des vers qui ne sont, pour ainsi dire, pas à eux et qui sont destinés à des hôtes carnassiers : ces derniers vers ne demeurent jamais adultes dans le corps du patron de passage ; ce n’est jamais que dans l’intestin du carnassier qu’ils se complètent. C’est ainsi que le lapin nourrit le cysticerque pisiforme pour le compte du chien, la souris le cysticerque pour le chat, le mouton le cœnure pour le loup et le chien, en même temps que le lapin, la souris et le mouton portent leur tænia propre. Ces tænias des herbivores diffèrent toujours des tænias des carnassiers par des caractères nettement tranchés. Du reste, comment les vers s’introduiraient-ils dans le corps des carnassiers dont la nourriture consiste en chair et en sang, si ce n’est par le corps de leur victime ? L’herbivore sert de véhicule au parasite pour pénétrer dans le corps du carnassier. « Le cysticerque est une pilule dorée par un lambeau de chair. » (Van Beneden).

Certains vers ne peuvent arriver directement à leur destination ; il faut qu’ils fassent un détour : on comprend que le lapin mange l’herbe sur laquelle le chien a déposé les œufs de tænia, et qu’il avale ces œufs avec l’herbe ; mais comment les œufs pénétreront-ils dans l’estomac des carnassiers qui ne mangent que de la chair ? Il faut les faire avaler avec la chair, et la nature a fait germer dans la chair des herbivores ces mêmes vers qui doivent pénétrer dans les carnassiers.

Les évolutions de ces vers se trouvent arrêtées dans leurs cours, si le patron qui les héberge meurt de sa mort naturelle, et ils périssent sous leur première forme. Le ver peut ainsi végéter pendant des années ; mais, à peine passe-t-il dans les voies digestives de l’hôte auquel il est destiné, qu’une activité extraordinaire surgit, le temps est mis à profit : au bout de deux heures, sa forme a complétement changé, et au bout de vingt-quatre heures, c’est à peine s’il est encore reconnaissable.

Les Nématoïdes sont quelquefois soumis comme les Cestoïdes et les Trématodes, à la nécessité des migrations, ainsi que l’a observé Siebold, sur le genre Mermis et Gordius, vers qui, arrivés à un certain développement, quittent le corps de l’hôte qui les héberge, pour aller s’enfermer dans l’intérieur de la terre humide, où ils vont pondre leurs œufs.

Les individus nouveaux qui proviennent de ces œufs, n’attendent plus dès lors qu’une occasion favorable se présente, pour se faufiler, pénétrer dans l’organisme d’un animal semblable à ceux qu’ont habités leurs ascendants.

Les Sclérostomes au contraire, pondent dans l’intestin des animaux qui les renferment, les œufs portés au dehors éclosent dans les matières fécales, s’y accroissent, y subissent des mues, et reviennent ensuite dans un organisme pour y achever leur existence.

Comme on peut le voir par ce qui précède, ces vers ont besoin d’habiter successivement la terre humide, où ils prennent naissance ; l’intérieur du corps d’un animal, où ils rencontrent la nourriture qui leur convient et où ils grandissent, sans pouvoir arriver à maturité ; puis la terre, où ils deviennent aptes à se reproduire, où ils pondent les œufs dont sortiront de nouveaux vers, destinés à être bientôt des parasites comme l’avaient été leurs procréateurs.

Les découvertes récentes faites sur les antozoaires démontrent que dans leurs métamorphoses et leurs modes de génération, se trouvent tous les renseignements propres à faciliter la solution des problèmes les plus embarrassants en apparence, relatifs à leur pénétration dans l’économie.

C’est grâce aux belles découvertes des savants naturalistes que j’ai déjà cités, que l’on sait aujourd’hui que des Helminthes d’aspect très-différents ne sont en réalité que des individus de la même espèce à divers degrés d’évolution.

Ainsi que je l’ai dit dans le chapitre précédent, c’est surtout chez les Cestoïdes et les Trématodes qu’on rencontre les exemples les mieux caractérisés de génération alternante. Je vais en quelques mots dépeindre les développements, migrations et transformations propres à chacun de ces deux ordres d’Helminthes.

La génération alternante des Cestoïdes s’accomplit dans un milieu unique. Leurs œufs sont transportés avec les aliments dans le tube digestif d’un animal herbivore ou carnivore (1er hôte) ; leur enveloppe est dissoute par le suc gastrique, et la larve se trouve mise en liberté ; au moyen des crochets dont elle est munie, elle traverse la paroi de l’intestin et gagne à travers les tissus un point quelconque des vaisseaux ; le torrent circulatoire la transporte alors dans différents points de l’organisme (foie, poumon, muscles, cerveau, etc.,). Après avoir perdu ses crochets, elle se métamorphose en une vésicule contractile remplie de liquide (cyste), à laquelle Van Beneden donne le nom de proscolex.

Il ne tarde pas à se former sur les parois internes de la vésicule un certain nombre de bourgeons qui bientôt acquièrent chacun l’aspect de la tête du ver cestoïde qu’ils sont destinés à reproduire. La vésicule a été longtemps décrite dans cet état comme un ver spécial (ver cystique)[2].

Elle reste à peu près stationnaire jusqu’au moment où l’animal dont les viscères la contenaient vient à servir à la nourriture d’un carnivore (2e hôte)[3], dans l’intestin duquel la vésicule est dissoute. Les têtes de cestoïdes (scolex de V. Beneden), présentent alors dans la partie postérieure un travail de segmentation transversale qui les divise en un nombre toujours croissant d’articles, à peu près de la même manière que cela a lieu lors de la transformation de l’un des polypes de l’Aurélie en Strobila ; ajoutons que chacun des articles de ce strobila de cestoïde répond en réalité à une méduse, car on y voit bientôt apparaître un appareil sexuel complet ; une fois munis de cet appareil, ces articles (proglottis), dont le nombre devient souvent très-considérable, produisent des œufs, les fécondent et se détachent alors pour être expulsés avec les matières fécales. De ces œufs sortent des embryons, qui ont été formés dans le proglottis même (tænia), ou ne se forment que plus tard, dans l’œuf abandonné dans l’eau (bothriocéphale).

Parmi les Trématodes, les Distomées ou Douves m’occuperont seules. Leurs embryons sont contractiles (ciliés ou non) ; nés dans l’eau, ils se fixent sur un mollusque gastéropode (1er hôte), et s’y transforment en une utricule germinative, vermiforme (scolex), qui porte le nom de sporocyste quand elle n’a ni bouche ni anus, et celui de redie quand elle possède l’un et l’autre. Cet organisme produit par des spores des cercaires, qui ne sont autre chose que des larves de distomes. Ils sont pourvus d’un prolongement caudal, locomoteur, qui leur permet, après s’être échappés du sporocyste et de leur 1er hôte, de se mouvoir dans l’eau, pour pénétrer bientôt dans l’animal qui doit leur donner une nouvelle hospitalité (2e hôte) et qui peut être un gastéropode, un ver, une larve d’insecte, un crustacé, un poisson ou un batracien. Une fois qu’ils s’y sont introduits, ils pénètrent dans l’intimité des tissus et s’y enkystent ; ils subissent alors une avant-dernière métamorphose et deviennent, en perdant leur appendice caudal, de véritables distomées, non encore sexuées. Il faut, pour qu’elles se complètent à cet égard, qu’elles arrivent dans un 3e hôte, qui est d’ordinaire un oiseau aquatique (canard, par exemple) ; c’est à ce dernier terme de leur migrations qu’elles produisent des œufs qui, une fois fécondés, donnent naissance à une larve dont nous venons de décrire les destinées compliquées.

Parmi les Annélides, les chœtopodes possèdent à peu près seuls la faculté de se reproduire alternativement par bourgeonnement et par œuf fécondé.

La reproduction non sexuée s’observe particulièrement chez les petites espèces : elle se fait par séparation de l’individu, en un ou plusieurs tronçons, avec ou sans multiplication préalable du nombre de ses anneaux.

Chez la syllis profilera, il y a simplement séparation d’un certain nombre de segments postérieurs remplis d’œufs, après toutefois qu’ils se sont munis d’une tête avec des yeux et des tentacules.

En revanche, chez l’autolytas prolifer, on remarque d’abord une multiplication considérable du nombre des segments sur des points particuliers de la longueur du corps ; il se forme ainsi, aux dépens de l’animal principal, deux individus, l’un mâle, l’autre femelle ; M. Milne-Ewards a observé, le premier, un mode de développement analogue chez le Myrianida. Tous ces vers, à une certaine époque de leur existence, présentent sur une partie de leur longueur une série d’individus qui, devenus sexués après leur séparation, reproduiront par œuf fécondé, un ver non sexué, après quoi les phénomènes se répéteront dans le même ordre.

C’est ici le moment de citer comme application à ce que je viens de dire, les admirables et curieuses transformations et migrations des tænias, que nous devons principalement aux remarquables travaux du Küchenmeister.

Lorsqu’on examine un tænia au moment où il a acquis tout son développement, on s’aperçoit que plusieurs de ses anneaux postérieurs se séparent des autres, qui restent encore adhérents à la tête. Ces anneaux renferment des milliers d’œufs qui ont chacun leur embryon ; ces embryons ne se développent jamais dans l’intestin de l’animal où le tænia s’est formé. On donne le nom de Proglottis ou Proglottides à ces anneaux fécondés.

Ainsi détachés du tronc du tænia, les proglottis sont rejetés avec les excréments hors du corps de l’animal ; cependant l’embryon contenu dans l’œuf n’éclot pas encore et il attend pour cela que les proglottis soient déglutis, avec les herbes, les aliments, etc., par un autre animal ; alors seulement l’embryon sort de son œuf, armé de six crochets disposés par paires et qui lui servent d’organe de locomotion.

Van Beneden donne à l’embryon nouvellement éclos le nom de Proscolex. À cet état, le ver pénètre dans l’appareil circulatoire, chemine avec le sang, et, arrivé dans l’organe où il doit subsister, il sort du vaisseau et s’établit dans le parenchyme de l’organe. C’est alors que l’embryon subit sa deuxième transformation ; à sa place, se forme une vésicule vivante, susceptible d’acquérir de grandes dimensions. Bientôt, à la surface de cette vésicule se produit, par gemmation, une ou plusieurs têtes, suivant l’espèce à laquelle elle appartient : une seule, comme dans le cysticercus tenuicollis, ou un très-grand nombre de têtes, comme chez le cænure cérébral.

Plus tard on distingue à chacune de ces têtes quatre ventouses, et même, chez certains tenioïdes un prolongement ou trompe entouré d’une double couronne de crochets ; dès que ces têtes sont mûres, elles se détachent de la vésicule, et prennent le nom de scolex (Van Beneden). Les scolex se composent, outre leur tête, d’un cou rétréci, en arrière duquel existe un corps très-court sur lequel se dessinent assez confusément des annulations.

Lorsque les scolex sont mûrs, si l’animal dans lequel ils vivent vient à périr, ils peuvent être dévorés avec les chairs, ou arriver d’une autre manière dans l’intestin de l’animal en qui doit s’opérer leur transformation en ver rubanaire. Ce dernier, d’après Von Siebold, porte le nom de strobila.

Le strobila diffère d’abord très-peu du scolex ; seulement sa tête, au lieu d’être invaginée, sort de sa gaine, et peu à peu il s’accroît par la formation successive de nouveaux anneaux, dans lesquels se forment et se perfectionnent les organes générateurs. Les derniers anneaux du proglottis mûrissent les premiers ; c’est à l’époque de leur maturité qu’ils se détachent, sont entraînés au dehors par les mouvements péristaltiques de l’intestin, en laissant sur leur passage des œufs fécondés.

Ce sont ces proglottis ou leurs œufs qui, ainsi qu’il a été dit précédemment, doivent être déglutis pour qu’ils puissent recommencer le même cercle de migrations et de métamorphoses dans lequel nous les avons suivis.

D’après Van Beneden et Siebold le proglottis est l’animal parfait, et le ver rubanaire n’est qu’un être polizoïque, dont chaque anneau est destiné à devenir un animal distinct. D’où il résulte qu’entre deux proglottis adultes, dérivant l’un de l’autre, s’interposent deux nourrices qui sont :

La vésicule d’où dérivent les scolex et le scolex lui-même qui produit les proglottides.

Telles sont les diverses phases ou périodes de l’évolution d’un tænia en général : je ne peux mieux appliquer un exemple à l’appui de ce que je viens de dire, qu’en décrivant en quelques mots les transformations d’un tænia terrible par les ravages qu’il occasionne dans les organes qu’il attaque et qui produit la maladie connue sous le nom de Tournis chez les ruminants ; je veux parler du Tænia cœnurus.

Comme on le sait, il est généralement admis aujourd’hui que le Tournis, maladie qui affecte tous nos runimants domestiques et principalement ceux de l’espèce ovine, est occasionné par le cœnurus cérébral, scolex du Tænia cœnurus qui vit dans l’intestin du chien, et dont les proglottis étant rejetés avec les excréments sont avalés par les ruminants ; que des estomacs et des intestins de ces derniers ils se rendent, soit à travers les tissus, soit au moyen du sang dans lequel ils s’introduisent, jusque dans le cerveau, où s’effectue leur développement.

C’est à Küchenmeister que l’on doit aussi ces démonstrations.

M. Lafosse est parvenu à faire développer le tournis chez des agneaux en leur administrant des proglottis de tænia que le savant Küchenmeister lui avait envoyés d’Allemagne. M. Baillet a également provoqué cette maladie par l’ingestion du Tænia cœnurus chez le mouton, le veau, la chèvre.

Quoi qu’il en soit et bien qu’aujourd’hui il soit démontré que le Cænure provient du Tænia cœnurus du chien, s’ensuit-il, nous dit M. Lafosse, que ce tænia ou le cœnure ne puissent se développer par sponté parité chez les animaux qui leur donnent asile ?

Cette question n’est certainement pas encore résolue.

Ce qui est bien positif, par exemple, c’est que d’un seul procolex arrivé dans l’encéphale, naît une vésicule sur laquelle se développent par bouture ou gemmation, un grand nombre de têtes, qui toutes sont des rudiments de tænia ; c’est que de chacune de ces têtes arrivées dans l’intestin du chien peut provenir un tænia composé, comme on le sait, d’un nombre indéterminé d’anneaux, et que de tous ces anneaux, au moyen des nombreux germes qu’ils renferment, peuvent provenir des millions de cœnures.

Cette puissance de reproduction n’est pas un simple jeu de la nature dans ces vers, c’est au contraire, un besoin, une nécessité ; si les moyens de perpétuation n’étaient pas aussi nombreux, bien des espèces parasites périraient rapidement et ne pourraient se conserver dans le temps. Les jeunes animaux des classes supérieures, découvrent facilement le milieu dans lequel ils doivent vivre ; la mère les fait presque toujours éclore dans une abondante nourriture ; mais il en est différemment pour les Helminthes qui ont à chercher leur sol vivant et qui pour s’y installer, soit provisoirement, soit d’une manière définitive, ont des luttes à soutenir. Sur des centaines ou des millions d’œufs, que chaque individu pond à l’époque de sa maturité, il n’y en a que bien peu qui arrivent à leur destination ; et parmi les embryons qui éclosent, la grande majorité périt au milieu des mille dangers qui les assaillent à cette époque de leur vie.

« Pour vivre, dit Van Beneden, il faut que le jeune animal trouve son gîte et s’installe dans sa cabane ; c’est une citadelle vivante dont chaque parasite doit faire le siége ; si l’assiégeant a réussi dans l’assaut, chaque embryon engendre à lui seul une armée et toute la place est envahie. C’est le cheval de Troie qui cache ses soldats dans son flanc ». Ainsi le premier embryon qui parvient à sa destination, met au jour une, et quelquefois plusieurs générations, et ces générations nées dans la place, ne devant plus faire le siége, sont complètement dépourvues des organes propres à la locomotion et à l’assaut ; ne devant plus changer de milieu, elles n’éprouvent pas d’autres besoins que ceux de la nutrition et de la perpétuation.

« Ce n’est pas tout, continue Van Beneden, il y a souvent un second siége à faire ; car ce n’est pas toujours dans cette première place que l’espèce prend ses attributs sexuels. À cet effet, une nouvelle génération agame surgit de la précédente et porte des organes de locomotion, comme la grand-mère ; si cette nouvelle génération s’introduit à son tour dans la seconde place, chaque individu se débarrasse de ses appareils de siége et se loge de manière à pouvoir attendre patiemment la fin de sa mission.

» Une fois casé dans sa nouvelle demeure, son rôle change entièrement ; ce soldat, si actif et si plein de vie, s’endort au fond de son kiste et ne se réveille que quand sa prison vivante, c’est-à-dire l’hôte qui l’a hébergé, est dévoré par un autre animal. Ici son patron disparaît sous l’action dissolvante du suc gastrique ; sa loge même se dissout dans l’estomac, mais sans action dissolvante sur l’organisme vivant ; le suc de l’estomac, et peut-être la chaleur du nouveau milieu, le tire de son état d’engourdissement, et il commence une nouvelle vie. De l’estomac il se rend dans l’intestin, et de là il peut envahir les canaux biliaires, le foie, le poumon et tous les organes, en un mot, qui dépendent de l’appareil digestif. Une fois introduit dans son appartement définitif, le parasite s’accroît avec rapidité, grandit souvent considérablement ; au bout de quelques heures, l’appareil sexuel se montre avec tous ses attributs, et des milliers d’œufs vont semer sur la route de nouveaux patrons. » (Van Beneden).

Mais avant d’aller plus loin, il est bon que je me résume en quelques mots.

L’Œuf d’un tænia n’éclot jamais dans l’intestin de l’animal vertébré chez lequel a vécu son parent.

Porté en dehors par le proglottis, ou avec les matières fécales, lorsque la ponte a commencé dans l’intestin, il pénètre dans l’organisme d’un animal d’une espèce différente de celle qui a hébergé le strobila. Là, le Proscolex mis en liberté par suite de l’éclosion, se rend à travers les tissus, et souvent, à la faveur du cours du sang, jusque dans l’organe où se trouvent réunies les conditions indispensables à son développement ultérieur. Du oroscolex dérive, sous forme d’ampoule, une nourrice qui bientôt produit par gemmation un ou plusieurs scolex. Ceux-ci à leur tour sont introduits dans l’intestin d’un vertébré, quand ce dernier fait sa proie de l’animal sur lequel ils ont vécu jusqu’alors. Dans l’intestin, le scolex devient une nouvelle nourrice, et produit des anneaux sexués qui, se détachant bientôt du strobila dont ils font partie, vont, sous le nom de proglottis, disséminer les œufs dont leurs matrices sont remplies.

Toutes ces métamorphoses, ces migrations et cette dissemblance entre beaucoup de ces parasites et leurs descendants directs, nous donnent la clef d’une foule de faits qui, pendant longtemps, étaient inexplicables par les lois générales de la physiologie, et qui étaient invoqués comme des arguments sans réplique en faveur de la génération spontanée. Il est vrai qu’on n’a pas encore les lumières nécessaires pour préciser le mode d’origine de tous les parasites que l’on rencontre dans l’intérieur de l’organisme de divers animaux ; mais, chaque jour, le nombre de ces difficultés diminue, et nous voyons rentrer dans la règle commune la naissance de quelques-uns de ces êtres singuliers. Ainsi, dernièrement encore on faisait provenir d’une génération spontanée, le Trichina spiralis, dans la profondeur des muscles de l’homme ; mais des expériences faites en Allemagne sont venues montrer que ce ver agame est en réalité le produit d’un Helminthe très voisin des trichocéphales, et qu’on pouvait en infester le tissu musculaire de divers animaux, en ingérant dans le tube digestif de ceux-ci des aliments qui renfermaient des parasites de cette espèce.

Ainsi qu’on peut le voir par les faits qui viennent d’être exposés, s’il sont exacts, rien ne serait plus facile désormais, que de se rendre compte de la présence des Helminthes dans l’intérieur des divers organes du corps d’un animal, puisque les œufs ou embryons de ces parasites peuvent s’insinuer dans le système vasculaire et se faire ainsi charrier vers leur organe respectif, suivant l’espèce à laquelle ils appartiennent.

Toutefois, il existe encore certains points, au sujet de la dissémination des Helminthes qui méritent d’être examinés un peu mieux, car on ne connaît pas au juste la provenance de tous les Helminthes qui se trouvent dans l’organisme de nos animaux domestiques, ni le lieu dans lequel s’effectuent certaines de leurs transformations, ni enfin si ces dernières sont invariables. Mais, ne suffirait-il pas que l’on fût nettement fixé, comme on paraît l’être au sujet de certains vers, tels que le tænia serrata, que l’on considère comme le strobyla du cysticercus pisiformis du lapin, le tænia cænurus qui proviendrait du cænure cérébral des ruminants ; enfin, du tænia cysticerci tenuicollis, strobyla du cysticercus tenuicollis des mêmes animaux, pour que l’on pût en déduire la similitude des modes précédents de migration et de transformation pour d’autres Helminthes que ceux dont je viens de citer le nom ?

Mais de ce que les procédés de génération des Helminthes ou d’autres animaux inférieurs, peuvent être rapportés à quelques-uns de ceux qui sont connus pour les autres espèces, est-on autorisé à conclure qu’il n’existe plus de génération spontanée ?

Beaucoup de savants naturalistes de nos jours, sont loin d’avoir une opinion aussi exclusive.

M. Lafosse, un de nos savants professeurs de l’École de Toulouse, se range parmi ces derniers, se basant sur les démonstrations auxquelles on peut arriver à l’aide de la Palingénésie (génération nouvelle.)

En effet, d’après les travaux palingénésiques, on aurait remarqué qu’à la suite des grands bouleversements qui ont détruit les espèces végétales et animales existantes, il s’est formé des espèces nouvelles différentes de celles qui existaient d’abord.

Il faut donc admettre que la force créatrice n’avait pas cessé d’agir à ces différents âges du monde. Il ne serait donc pas impossible que la terre se couvrît encore d’êtres animés en rapport avec le milieu dans lequel ils doivent subsister, si des cataclysmes nouveaux anéantissaient les animaux et les végétaux que nous voyons de nos jours. Du reste, les faits que l’on voit tous les jours se produire militent en faveur de cette hypothèse. On sait généralement que des animalcules et des cryptogames se forment aux dépens d’une matière organique quelconque, et sous l’influence de l’eau, de l’air ou d’un gaz, et des impondérables du monde inorganique.

Mais il est souvent difficile sinon impossible, de démontrer dans les liquides où ces êtres apparaissent les germes d’où les antagonistes de la Genèse spontanée s’obstinent à les faire provenir. Il est vrai que les vibrions ne se forment pas dans les macérations tenues dans un vase clos, ou ne recevant que de l’air ayant été purifié par la chaleur ou l’acide sulfurique ; mais de ce que les animalcules ne paraîtront pas dans les liquides recevant cet air ainsi décomposé, faut-il conclure que les œufs ou germes d’où proviennent ces animalcules ont été détruits par la chaleur ou l’acide sulfurique ? Est-ce qu’on ne pourrait pas plutôt attribuer leur absence à l’altération que l’on fait subir à l’air ? Et, comme nous le dit M. Lafosse, ne serait-il pas de ce gaz comme de l’aiguille aimantée qui devient astatique par la chaleur ou par l’effet de la foudre ? En effet, l’air peut renfermer des matières qui, sans être des germes ou des animalcules, peuvent néanmoins être indispensables à la formation des animalcules, et que la chaleur rouge et l’acide sulfurique détruisent.

Il est donc probable, que la force génératrice peut encore exister de nos jours et produire des êtres inférieurs.

Dès lors, pourquoi n’engendrerait-elle pas ces Helminthes, si imparfaits, que parfois leur organisation n’est pas plus avancée que celle de vibrions ?

Il serait donc à présumer que, une fois formés aux dépens de la matière organique, ces êtres, créés de toutes pièces, se propagent par les procédés ordinaires de génération. L’utilité de cette double origine s’expliquerait fort bien par l’extrême fragilité de ces êtres.

Émile Cassefière.

Toulouse, le 20 juillet 1869.

  1. Mém. sur les Cestoïdes, p. 106. Bulletin de l’Acad. de Bruxelles, mai 1847. Un mot sur le mode de reproduction.
  2. Le ver cystique se nomme cysticerque quand il ne se forme qu’un seul bourgeon dans la vésicule ; cœnure, quand il en a plusieurs, échinocoque, lorsque la vésicule primitive a produit dans son intérieur, une ou plusieurs générations de vésicules filles, où se forment les bourgeons.
  3. Voici les exemples les mieux connus de cette transmigration dans deux hôtes successivement :
    1er Hôte.
    Cysticercus cællulosæ (porc)
    Cystircus tan. medio canelluta (bœuf)
    Cystircus pisiformis (lièvre)
    Cystircus fasciolaris (souris)
    Cystircus longicollis (ruminants)
    Cystircus cerebralis (mouton)
    Cystircus hominis et veterinorum
    (homme Irlandais)
    2e Hôte.
    Tænia solium (homme)
    Taia mediocanellata (homme)
    Taia serrata (chien de chasse)
    Taia crassicolis (chat)
    Taia marginata (chien)
    Taia cœnurus (chien de berger)
    Taia echinococus (chien)