Essais/édition Michaud, 1907/Avertissement du traducteur

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Traduction par Michaud.
Firmin Didot (Livre Ip. --).


ESSAIS


DE


MONTAIGNE




TEXTE ORIGINAL, ACCOMPAGNÉ DE LA TRADUCTION

EN LANGAGE DE NOS JOURS,


PAR


le Général MICHAUD




PREMIER VOLUME




PARIS


LIBRAIRIE DE PARIS
Firmin-Didot et Cie, Éditeurs
56, RUE JACOB, 56

1907






ESSAIS DE MONTAIGNE






PLANCHE I

Montaigne.png


MICHEL DE MONTAIGNE
(se prononçait Montagne)
(1533-1592)




ESSAIS DE MONTAIGNE

(Self-édition*)

———

TEXTE ORIGINAL, ACCOMPAGNÉ DE LA TRADUCTION
EN LANGAGE DE NOS JOURS,

PAR

le Gal MICHAUD

———


PREMIER VOLUME



oqǀpo



PARIS

LIBRAIRIE FIRMIN-DIDOT ET CIE, ÉDITEURS

56, RUE Jacob, 56

1907

*Édition se suffisant à elle-même.



Cet ouvrage se compose de quatre volumes, comprenant :

1er volume. — Avertissement, table générale des chapitres, texte et traduction du commencement au chapitre 6 inclus du livre II.

2e volume. — Texte et traduction du chapitre 7 inclus du livre II au chapitre 35 inclus de ce même livre.

3e volume. — Texte et traduction du chapitre 36 du livre II jusqu’à la fin.

4e volume[1]. — Notice sur Montaigne, etc. ; sommaire des Essais, variantes, notes, lexique, etc.

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ILLUSTRATIONS :

1er vol. — Portrait de l’auteur, armoiries et signature.

2e vol. — Plan du domaine et perspective du manoir de Montaigne.

3e vol. — Vue de la tour de Montaigne et plan des étages.

4e vol. — Fac-similé d’une page du manuscrit de Bordeaux.


Voir sur ces illustrations, la notice insérée à cet effet au
quatrième volume, en tête des Notes.
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AVERTISSEMENT.
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La présente édition des Essais de Montaigne (self-édition) comprend : le texte original de cet ouvrage d’après l’édition de 1595 et sa traduction en langage de nos jours, avec sommaires intercalés ; un ensemble de ces mêmes sommaires, les citations classées par ordre alphabétique, de très nombreuses notes hors texte inédites et autres ; un glossaire ; un lexique des noms propres, avec index analytique des principales matières, etc.; enfin, une notice sur l’auteur et sur son œuvre.

Montaigne se distingue entre tous par le sujet qu’il traite et la forme simple et humoristique qu’il y emploie : « Il a cela pour lui, dit Pascal, qu’un homme bête ne le comprendra jamais » ; de son côté, Laboulaye le tient « comme le seul moraliste qu’on lise avec plaisir, quand on n’a plus quarante ans » ; et il ajoute : « On peut ouvrir les Essais au hasard, toute page en est sérieuse et donne à réfléchir. »

Son sujet, c’est l’homme, qu’il étudie dans sa réalité, avec ses besoins, ses passions et les conditions en lesquelles il se trouve pour y satisfaire ; et, pour plus de vérité, c’est lui-même qu’il analyse. Mais s’il parle de lui, c’est de manière à nous occuper de nous ; et qui le lit, s’y reconnaît aujourd’hui comme il y a trois siècles, au temps où l’auteur écrivait, parce que ce qu’il a peint, ce n’est pas la société humaine qui, elle, change constamment, mais l’homme lui-même lequel, pour si « ondoyant et divers » qu’il soit, au fond demeure toujours le même.

Certainement Montaigne a vieilli ; il émet bien des assertions qui, avec le progrès des mœurs, le développement des sciences, les idées nouvelles, les événements accomplis, ne sont plus exactes ; sa lecture n’en demeure pas moins intéressante et profitable, parce que ces assertions, accompagnées d’observations sur la nature humaine, qui sont et seront toujours vraies, présentées d’une manière saisissante, éveillent en nous un retour inconscient sur nous-mêmes ; l’humanité peut continuer à progresser, les Essais seront toujours d’actualité ; et à qui, en ce siècle essentiellement utilitaire, demanderait à quoi aujourd’hui peut encore servir cette lecture, on peut, en toute assurance, répondre que nulle n’est plus propre à nous garder d’une présomption exagérée, à nous inspirer de l’indulgence pour autrui, nous maintenir en possession de nous-mêmes, amener en nous la résignation contre la souffrance ou la mauvaise fortune, et, quoi qu’il advienne, faire le calme en nos âmes.

Mais il n’en est pas de même de la langue que parle leur auteur ; plus on s’éloigne de l’époque où il écrivait, moins elle demeure facilement intelligible, en raison des mots et des tournures de phrase hors d’usage qui s’y rencontrent parfois en grand nombre, surtout quand il disserte, au lieu de raconter. Déjà, en 1790, un de ses éditeurs disait, sans cependant le réaliser, « qu’il fallait mettre les Essais à la portée de ceux auxquels manque le loisir de les déchiffrer ». Ce qui était déjà vrai alors, l’est plus encore maintenant, où moins de gens qu’autrefois sont inoccupés, où les occupations de chacun se sont multipliées, et où le nombre de ceux qui s’adonnent aux études littéraires va diminuant constamment. C’est en raison de cet état de choses que la présente édition a été entreprise ; son but est de faire que la lecture de cet ouvrage, si foncièrement profitable à quiconque vit ou a vécu tant soit peu de la vie agitée de ce monde, devienne aussi facile et intéressante aujourd’hui pour tous qu’elle l’était autrefois pour quelques-uns.

Les érudits y trouveront, conforme, à l’édition de 1595, d’Abel Langelier, la meilleure qui ait été publiée, un texte auquel ils pourront s’en tenir. S’ils veulent pousser plus loin, les relevés des variantes de l’exemplaire manuscrit de Bordeaux et de l’édition de 1588 satisferont leur légitime désir, en même temps que la table des citations leur donnera possibilité de se reporter aisément à telle édition que ce soit. De plus, les sommaires placés en regard aideront leurs recherches et même leurs lectures, en précisant l’idée que le texte développe, aidant ainsi à sa compréhension, parfois difficile dans tout ouvrage philosophique, et même dans Montaigne, si peu semblable qu’il soit à cet égard à tous autres qui se sont occupés de ces questions. — Dans les passages les laissant indécis, ils auront encore la ressource de consulter la traduction en langage de nos jours qui accompagne le texte original ; ils y trouveront une interprétation qu’ils seront toujours libres de ne pas accepter et même de critiquer.

Je crois cependant devoir faire observer à ceux chez lesquels cette prédisposition existe, que la différence est grande entre l’attention passagère permettant de relever les imperfections que, de-ci, de-là, peuvent présenter quelques membres de phrase et le travail de longue haleine qu’est l’expression, dans leur intégralité de la totalité des idées contenues dans un ouvrage aussi considérable ; et que, de fait, une traduction de Montaigne présente de très réelles difficultés pour arriver à lui conserver, dans la mesure du possible, la concision et la délicatesse des nuances qui abondent en lui et rendre d’une façon compréhensible certains passages obscurs ou ambigus. Cette difficulté n’apparaît pas de prime abord : mais, pour s’en rendre compte, il suffit d’en lire à haute voix un fragment de quelque étendue, une page entière par exemple, la première venue ; on verra de suite combien elle est aujourd’hui difficilement lisible et parfois même peu compréhensible ; et si, ensuite, la plume à la main, on s’essaie à traduire cette même page, de manière que la lecture à haute voix en soit courante et nettement saisissable, on constatera combien malaisément on est arrivé à un résultat satisfaisant ; c’est une épreuve à laquelle je convie nos critiques, avant qu’ils ne formulent leurs appréciations. Pourront-elles, du reste, être plus sévères que celles émises par anticipation par Naigeon, il y a cent ans passés : « Le projet de récrire les Essais dans notre langue, peut passer comme tant d’autres idées par la tête d’un ignorant et d’un sot, mais n’entrera jamais dans celle d’un lecteur judicieux, instruit et d’un goût délicat et sûr » ; j’ai indiqué ci-dessus les raisons qui, nonobstant, nous ont fait passer outre. Du reste, envisageant cette traduction non plus au point de vue esthétique, mais sous le rapport utilitaire, G. Guizot n’a-t-il pas dit : « Pour bien saisir les idées de Montaigne et les juger à leur valeur, il faut se résigner à un travail déplaisant ; il faut les dépouiller de leur forme ancienne et originale et les traduire en langage d’aujourd’hui. »

Ceux auxquels le vieux français est moins familier, ne seront plus absolument privés d’entrer en connaissance de cette œuvre si pleine d’intérêt et d’originalité. La traduction, qui serre d’assez près le texte, leur procurera cette satisfaction, en même temps que les notes et le lexique leur donneront tous les renseignements qu’une curiosité, qui naîtra d’elle-même, leur fera désirer quand le temps ne les pressera pas trop.

Si exacte que puisse être une traduction de Montaigne, et le proverbe italien est ici, comme ailleurs, de toute vérité : « Traduttore traditore », elle ne saurait pourtant rendre « la précision, l’énergie, la hardiesse de son style, le naturel, qui en font un de ses principaux charmes et donnent à son ouvrage un caractère si particulier et si piquant ; son parler en effet a une grâce qui ne se peut égaler en langage moderne ». Pour suppléer à cette infériorité et ne pas faire tort à l’auteur, que notre intention est de vulgariser et non d’amoindrir, texte et traduction ont été juxtaposés : juxtaposition que nous tenons comme tellement juste et indispensable, que nous nous ferions un véritable scrupule de consentir, aujourd’hui et plus tard, à ce que cette traduction, dont du reste elle permet de juger de la fidélité, soit publiée séparément.

Dans les Essais, les en-tête des chapitres n’ont que rarement un rapport tel avec les sujets si divers qui y sont traités, qu’ils renseignent suffisamment ; la table qui en a été faite et son annexe constituent un fil conducteur simple et utile, pour s’orienter dans ce fouillis inextricable par lui-même. — L’ensemble des sommaires ajoute à cette première facilité et la complète en faisant ressortir la liaison, toujours si difficile à saisir dans ce pêle-mêle de pensées ingénieuses, mais jetées le plus souvent sans ordre et au hasard ; il rend possible à tous de se faire une idée précise de l’ouvrage et de s’y reconnaître à coup sûr ; aussi sera-t-il fréquemment consulté, d’autant que des renvois, établis paragraphe par paragraphe, reportent, sans hésitation, au texte lui-même.

Il a semblé également intéressant de donner un relevé des passages des Essais les plus fréquemment cités, avec indication de l’endroit du texte où ils se trouvent ; pouvant ainsi les replacer dans le cadre d’où ils ont été tirés, on sera à même, le cas échéant, de leur restituer leur véritable sens dont, assez souvent, ils sont détournés.

En outre des mots et locutions hors d’usage dont nous avons déjà parlé, des faits historiques peu connus, des allusions à des événements de l’époque, des indications à préciser, des erreurs même se rencontrent fréquemment dans Montaigne. Les notes qui accompagnent cette édition sont de toutes sortes ; elles ont pour objet d’élucider ces divei"s points, et aussi de renseigner succinctement sur les principaux personnages mis en cause, signaler certains emprunts faits à notre auteur, ainsi que quelques-unes des appréciations émises par ses commentateurs, les sources où lui-même a puisé, enfin de consigner des rapprochements que la lecture de l’ouvrage fait naître spontanément.

C’est cet ensemble qui, donnant possibilité à chacun de lire les Essais avec intérêt et de les méditer à sa convenance, suivant l’instruction qu’il possède et le temps dont il dispose, fait que la présente édition justifie d’être à la portée de tous.

De ces diverses parties, seule la traduction en langage de nos jours qui, à la vérité, en dehors du texte original, en constitue le gros œuvre, est uniquement de nous ; et encore y avons-nous inséré, à peu près telles quelles, les traductions des citations latines, grecques, etc., auxquelles ont successivement collaboré tous les éditeurs de Montaigne, depuis Mademoiselle de Gournay à laquelle en est due la presque totalité.

Les sommaires ont été relevés dans Amaury Duval ; généralement, on s’est borné à les transcrire sans y rien changer, parfois cependant ils ont été complétés : dans les derniers chapitres notamment, modifications et additions sont assez fréquentes.

Les notes, toujours trop nombreuses pour les érudits, jamais assez pour les autres, ont, en raison de leur multiplicité et pour conserver au texte sa physionomie, été groupées dans un volume séparé. Pour la plupart d’entre elles, tous ceux qui jusqu’ici se sont particulièrement occupés de Montaigne, les Coste, Naigeon, Jamet, Leclerc, G. Guizot, Payen, Margerie, Bonnefon et autres, ainsi que les auteurs dont il s’est principalement inspire : Hérodote, Cicéron, Sénèque, Pline, Tite-Live, Plutarque, Diogène Laerce, etc., ont été largement mis à contribution ; du reste la part contributive de chacun est mentionnée partout où elle s’est exercée.

Le lexique comprend tous les noms propres qui se rencontrent dans le texte.

L’index analytique des principales matières a été établi en s’aidant des éditions antérieures comme, du reste, toutes en ont agi avec celles qui les ont précédées.

Notes et lexique ont reçu une très notable extension, en vue de faire que l’ouvrage se suffise à lui-même.

Pour donner satisfaction à certains, il a été joint un glossaire que d’autres considèrent presque comme une superfétation, la traduction et les notes permettant en effet, la plupart du temps, de s’en passer.

Ce faisant, nous croyons avoir, avec l’aide de nos devanciers, ajouté à leur œuvre, sans nous dissimuler que les Essais se prêtent à tant de dissertations et de commentaires, que beaucoup demeure qui pourrait être fait ; touchant même ce qui est, peut-être devrions-nous, avant de le livrer à la publicité, maintes fois encore « sur le métier remettre notre ouvrage », mais l’âge nous gagne.

Gal M.
Montgeron, août 1906.

  1. Ce volume, indépendant des autres, est susceptible par sa contexture d’être aisément utilisé avec n’importe quelle édition des Essais ancienne ou moderne, moyennant un simple tableau de concordance de pagination facile à établir soi-même.