Exégèse des Lieux Communs/060

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Mercure de France (p. 117-118).

LX

On ne meurt qu’une fois.


Autant dire qu’on ne vit qu’une fois et c’est déjà trop quand on est un imbécile ou un malfaisant, ce qui ne peut jamais être — faut-il sans cesse le redire ? — le cas du Bourgeois.

Ce serait intéressant, tout de même, de savoir ce qu’il entend par mourir, une ou plusieurs fois. J’ai déjà demandé ce qu’il pouvait bien entendre par le mot vivre, et la réponse a été si peu satisfaisante que je suis découragé. Le Bourgeois est un malin qui ne dit que ce qu’il veut. Il ne faut pas se plaindre que ce marié est trop beau.

Une seule chose — oh ! une chose de rien du tout — me paraît claire. C’est qu’il ne veut absolument pas marcher avec l’Apocalypse, laquelle parle d’une « seconde mort ». Mais tout le monde sait ce qu’il faut penser de l’Apocalypse. On en a trop de toutes ces histoires d’étang de feu, de pluie de soufre, de sauterelles et de scorpions, du puits de l’abîme et de la Bête aux dix cornes.

Voltaire, qu’on ne lit plus assez, aujourd’hui, a répondu victorieusement à tout cela et à beaucoup d’autres choses dans son immortel Dictionnaire philosophique. Avec une inconcevable noblesse de langage, il y explique le génie et, en général, toutes les manifestations de l’âme humaine, qu’on croyait auparavant l’effet d’un souffle inspirateur, par l’extrême difficulté de faire caca. Un efficace purgatif, et Napoléon devient immédiatement un imbécile. Plongez-vous dans les foirades de Voltaire qui n’était pas constipé, lui, je vous en réponds, et vous verrez si ce n’est pas mourir deux fois.

Post-scriptum. — Il est utile de rappeler que Voltaire n’était pas un scatologue.