Exégèse des Lieux Communs/115

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Mercure de France (p. 195-196).

CXV

On ne peut pas faire deux choses à la fois.


Traduction en langue bourgeoise du Nemo potest duobus dominis servire. Nul ne peut servir deux maîtres. C’est une espèce de pudeur qui empêche de citer bravement le Texte et nous en sommes avertis par le mot chose. C’est comme qui dirait : Il est tout chose, il a mal à son chose ou il a peur de montrer son chose. Car le Bourgeois a la pudeur de ce qui est beau ou noble, comme d’autres ont la pudeur de ce qui est malpropre ou hideux. Nuance où se manifeste son génie.

Toutefois le Texte saint, même traduit de la sorte, ne l’enchaîne pas, car ce possédé de Celui qui se nomme Légion, locataire, sans le savoir, des sépulcres du désert et que deux mille cochons pourront à peine déménager, quand il le faudra, échappe continuellement à tous ses dompteurs.

Le Bourgeois ne serait plus lui, s’il marchait avec l’Esprit du Seigneur. Il accorde qu’on ne peut pas faire deux choses contradictoires, sans doute, mais dans le seul cas où on entreprendrait de les faire simultanément. De toute autre manière, ça va très bien. Honorer son père, par exemple, et lui lancer au visage un paquet d’ordures sont pour lui deux actes conciliables, si on est attentif à ne pas les accomplir dans le même quart d’heure. Tout est là, ne pas faire deux choses à la fois. Admirable tempérament d’une doctrine trop rigoureuse. Il suffit d’en regarder les conséquences, les applications sans nombre…

Quand viendra le Cordonnier qui doit fixer définitivement l’Évangile ?