Exégèse des Lieux Communs/133

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Mercure de France (p. 229-230).

CXXXIII

À quelque chose malheur est bon.


Le malheur des autres, cela va sans dire. Il n’y a même que cela de bon. Il est assez difficile de se figurer une chose heureuse arrivant à un voisin de campagne, par exemple, et dont on puisse tirer parti. La preuve, c’est que le bonheur des uns ne fait pas le bonheur des autres, comme le dit fort exactement un autre Lieu Commun presque identique.

Votre meilleur ami vient d’hériter inopinément de plusieurs centaines de millions de francs. Eh bien ! il est probable que vous n’en tirerez pas un centime. Peut-être même entreprendra-t-il de vous dépouiller, car il vous ressemble comme un frère.

Ce qui est incontestablement bon, c’est de voir souffrir le prochain, de savoir qu’il souffre. C’est bon en soi et c’est bon par les conséquences, puisqu’un homme abattu est un homme qu’on peut manger. Or, il est bien connu qu’il n’y a pas de chair, pas même celle du cochon, qui soit aussi savoureuse.