Exégèse des Lieux Communs/171

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Mercure de France (p. 276-277).

CLXXI

Je suis philosophe
ou
l’An quarante.


Je vous en prie, ne demandez pas à ce tanneur s’il appartient à l’école d’Ionie fondée par Thalès et renouvelée par Anaxagore ; ne cherchez pas à savoir s’il est pythagoricien, métaphysicien, platonicien ou péripatéticien ; s’il est disciple d’Euclide ou d’Antisthènes, de Pyrrhon ou d’Epicure, de Zènon ou de Carnéade ; ne faites pas la folie de le supposer éclectique, mystique, stoïque, sceptique, syncrétique ou empirique. Enfin, et surtout, n’allez pas imaginer un christianisme quelconque. Quand il vous dit qu’il est philosophe, cela signifie tout simplement qu’il a le ventre plein, la digestion sans embargo, le porte-monnaie ou le portefeuille convenablement dodu et que, par conséquent, il se fout du reste « comme de l’An quarante ».

Je me suis souvent demandé ce que pouvait être cet An quarante si fameux et si dédaigné des philosophes. Impossible de rien trouver. Pourtant il a dû se passer quelque chose de peu ordinaire, cette année-là. Comment le savoir ? Les éphémérides et les tableaux synoptiques ne donnent rien. Remarquons seulement que l’An quarante est un point extrême de comparaison, un étalon de mépris. Peut-être faudrait-il savoir, avant tout, ce que le Bourgeois méprise le plus au monde. Mais qui oserait descendre dans cet abîme ? Cum in profundum venerit, contemnit.