Explication suivie des quatre Évangiles/Chapitre 1

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Chaîne d’or sur l’évangile de saint Jean Chapitre 2


CHAPITRE PREMIER.



v. 1



Au commencement était le Verbe.



S. Chrysostome : (hom. 3 sur S. Jean.) Tandis que tous les autres Evangélistes commencent par l’incarnation du Sauveur, saint Jean, sans s’arrêter à sa conception, à sa naissance, à son éducation, aux progrès successifs de ses premières années, raconte immédiatement en ces termes la génération éternelle : « Au commencement était le Verbe. » — S. AUG. (Liv. des 83 quest.) Le mot grec λόγος signifie également en latin raison et verbe, mais ici la signification de verbe est préférable, parce qu’elle exprime mieux les rapports, non-seulement avec le Père, mais avec les créatures qui ont été faites par la puissance opérative du Verbe. La raison, au contraire, même quand elle n’agit pas, s’appelle toujours raison.




S. AUG. (Traité 3 sur S. Jean.) L’usage journalier de la parole, lui fait perdre de son prix à nos yeux, et nous en faisons peu de cas, à cause de la nature passagère du son dont elle est revêtue. Or, il est une parole dans l’homme lui-même qui reste dans l’intérieur de son âme, car le son est produit par la bouche. La parole véritable, à laquelle convient particulièrement ce nom, est celle que le son vous fait entendre, mais ce n’est pas le son lui-même.— S. AUG. (de la Trinité, 15, 10.) Celui qui peut comprendre la parole non-seulement avant que le son de la voix la rende sensible, mais avant même que l’image des sons se présente à la pensée, peut voir déjà dans ce miroir et sous cette image obscure quelque ressemblance du Verbe dont il est dit : « Au commencement était le Verbe. » En effet, lorsque nous énonçons ce que nous savons, le verbe doit nécessairement naître de la science que nous possédons, et ce verbe doit être de même nature que la science dont il est l’expression. La pensée qui naît de ce que nous savons est un verbe qui nous instruit intérieurement, et ce verbe n’est ni grec, ni latin, il n’appartient à aucune langue. Mais lorsque nous voulons le produire au dehors, nous sommes obligés d’employer un signe qui eu soit l’expression. Le verbe qui se fait entendre an dehors est donc le signe de ce verbe qui demeure caché à l’intérieur, et auquel convient bien plus justement le nom de verbe. Car ce qui sort de la bouche, c’est la voix du verbe, et on ne lui donne le nom de verbe ou de parole, que par son union avec la parole intérieure, qui est son unique raison d’être.




S. BAS. (hom. sur ces par.) Le Verbe dont parle ici l’Evangéliste n’est pas un verbe humain ; comment, en effet, supposer au commencement l’existence du verbe humain, alors que l’homme fut créé le dernier de tous les êtres ? Ce Verbe qui était au commencement, n’est donc point le verbe humain, ce n’est point non plus le verbe des anges ; car toute créature est postérieure à l’origine des siècles, et a reçu du Créateur le principe de son existence. Elevez-vous donc ici à la hauteur de l’Evangéliste, c’est le Fils unique qu’il appelle le Verbe.




S. Chrysostome : (hom. 2 sur S. Jean.) Mais pourquoi saint Jean nous parle-t-il immédiatement du Fils, sans rien dire du Père ? C’est que le Père était connu de tous les hommes, sinon comme Père, du moins comme Dieu ; le Fils unique, au contraire, n’était pas connu. Voilà pourquoi l’Evangéliste s’applique dès le commencement à en donner la connaissance à ceux qui ne l’avaient pas. Disons plus, le Père lui-même est compris dans tout ce qu’il dit du Fils. C’est pour cette raison qu’il lui donne le nom de Verbe. Il veut enseigner que le Verbe est le Fils unique de Dieu, il détruit donc par avance toute idée d’une génération charnelle, en montrant que ce Verbe a été engendré de Dieu d’une manière incorruptible. Une seconde raison pour laquelle il lui donne ce nom, c’est que le Fils de Dieu devait nous faire connaître ce qui concerne le Père. Aussi ne l’appelle-t-il pas simplement Verbe, mais il le distingue de tous les autres verbes, en ajoutant l’article. L’Ecriture a coutume d’appeler verbe ou parole les lois et les commandements de Dieu ; mais le Verbe dont il est ici question est une substance, une personne, un être qui est né du Père par une naissance exempte de corruption et de douleur.




S. BAS. (hom. précéd.) Mais pourquoi est-il le Verbe ? parce que sa naissance est sans douleur, parce qu’il est l’image de celui qui l’a engendré, qu’il le reproduit tout entier en lui-même, sans aucune division, et en possédant comme lui toute perfection. — S. AUG. (de la Trin., 15, 13.) De même qu’il existe une grande différence entre notre science et celle de Dieu, le verbe qui est le produit de notre science est aussi bien différent du Verbe de Dieu qui est né de l’essence même du Père ; comme si je disais qu’il est né de la science du Père, de la sagesse du Père, ou ce qui est plus expressif encore, du Père, qui est science, du Père, qui est sagesse. Le Verbe de Dieu, Fils unique du Père, est donc semblable et égal à son Père en toutes choses ; car il est tout ce qu’est le Père, il n’est cependant pas le Père, parce que l’un est le Fils, et l’autre le Père. Le Fils connaît tout ce que connaît le Père, puisqu’il reçoit du Père la connaissance en même temps que l’être. Connaître et exister sont ici une seule et même chose ; et ainsi le Fils n’est point pour le Père le principe de la connaissance, parce qu’il n’est pas pour lui le principe de l’existence. C’est donc en s’énonçant lui-même, que le Père a engendré le Verbe qui lui est égal en toutes choses ; car il ne se serait pas énoncé dans toute son intégrité et dans toute sa perfection, si son Verbe lui était inférieur ou supérieur en quelque chose. N’hésitons pas à considérer quelle distance sépare de ce Verbe divin notre verbe intérieur, dans lequel nous trouvons cependant quelque analogie avec lui. Le verbe de notre intelligence ne reçoit pas immédiatement sa forme définitive, c’est d’abord une idée vague qui s’agite dans l’intérieur de notre âme, et qui est le produit des différentes pensées qui se présentent successivement à notre esprit. Le verbe véritable n’existe, que lorsque de ces pensées qui s’agitent et se succèdent dans notre âme, naît la connaissance qui donne à son tour naissance au verbe, et ce verbe ressemble en tout à cette connaissance ; car la pensée doit nécessairement avoir la même nature que la connaissance dont elle est le produit. Qui ne voit quelle différence extrême dans le Verbe de Dieu, qui possède la forme et la nature de Dieu sans l’avoir acquise par ces divers essais de formation, sans qu’il puisse jamais la perdre, et qui est l’image simple et consubstantielle du Père ? C’est la raison pour laquelle l’Evangéliste l’appelle le Verbe de Dieu, plutôt que la pensée de Dieu ; il ne veut pas qu’on puisse supposer en Dieu une chose qui soit soumise au changement, ou au progrès du temps ; qui commence à prendre une forme qu’elle n’avait pas auparavant, et qu’elle peut perdre un moment après en retombant dans les vagues agitations de l’intelligence. — S. AUG. (serm. 38 sur les par. du Seig.) C’est qu’en effet le Verbe de Dieu est la forme qui n’a jamais été soumise à la formation, c’est la forme de toutes les formes, la forme immuable, exempte de vicissitudes, de décroissance, de toute succession, de toute étendue mesurable, la forme qui surpasse toutes choses, qui existe en toutes choses, qui est le fondement sur lequel reposent toutes choses, et le faîte qui les couvre et les domine.




S. BAS. (hom. précéd.) Notre verbe extérieur a quelque ressemblance avec le Verbe de Dieu. Notre verbe, en effet, reproduit la conception de notre esprit, car nous exprimons par la parole ce que notre intelligence a préalablement conçu. Notre cœur est comme une source, et la parole que nous prononçons est comme le ruisseau qui sort de cette source.




S. Chrysostome : (hom. précéd.) Remarquez ici la prudence spirituelle de l’Evangéliste. Il savait que les hommes avaient de tout temps rendu des honneurs divins à l’être qu’ils reconnaissaient exister avant toutes les créatures et qu’ils appelaient Dieu. C’est donc par cet être qu’il commence en lui donnant le nom de principe, et bientôt celui de Dieu : « Dans le principe était le Verbe. » — ORIG. Ce nom de principe ou de commencement a plusieurs significations. Il peut signifier le commencement d’un chemin ou d’une longueur quelconque, comme dans ces paroles : « Le commencement de la bonne voie est de faire la justice. » (Pr 16, 5.) Il signifie encore le principe ou commencement de la génération, comme dans ces paroles du livre de Job : « Il est le commencement des créatures de Dieu ; et l’on peut, sans rien dire d’extraordinaire, affirmer que Dieu est le commencement ou le principe de toutes choses. Pour ceux qui regardent la matière comme éternelle et incréée, elle est le principe de tous les êtres qui ont été tirés de cette matière préexistante. Le mot principe a encore une signification plus particulière, comme lorsque saint Paul dit que le Christ est le principe de ceux qui ont été faits à l’image de Dieu. (Col 1) Il y a encore le commencement ou le principe de la discipline et de la morale chrétienne, et c’est dans ce sens que le même Apôtre dit aux Hébreux : « Lorsqu’on raison du temps, vous devriez être maîtres, vous avez encore besoin qu’on vous enseigne les premiers commencements do la parole de Dieu. » (Hé 5, 12.) Le mot principe a lui-même deux sens différents, il y a le principe considéré dans ses rapports avec nous. Ainsi le Christ est par nature le principe de la sagesse, on tant qu’il est la sagesse et le Verbe de Dieu ; et il est pour nous ce même principe en tant que Verbe fait chair. Parmi toutes ces significations différentes du mot principe, nous pouvons choisir ici celle qui exprime le principe agissant ; car le Christ créateur est comme le principe en tant qu’il est la sagesse, et le Verbe dans le principe, est la même chose que le Verbe dans la sagesse ; car le Sauveur est la source d’une infinité de biens. De même donc que la vie était dans le Verbe, ainsi le Verbe était dans le principe, c’est-à-dire dans la sagesse. Considèrez, si d’après cette signification, il est possible d’entendre le principe, dans ce sens que c’est suivant les règles de cette sagesse, et les idées exemplaires qu’elle renferme, que toutes choses ont été faites. Ou bien encore, comme le Père est le principe du Fils, le principe des créatures et de tous les êtres, il faut entendre ces paroles : « Dans le principe était le Verbe, » dans ce sens que le Verbe qui était le Fils, était dans le principe, c’est-à-dire dans le Père. — S. AUG, (de la Trin., 6, 2.) Ou bien encore, ces paroles : « Au commencement, » dans le principe, signifient : « Avant toutes choses. » — S. BAS. (hom. précéd.) Le Saint-Esprit a prévu que des envieux et les détracteurs de la gloire du Fils unique chercheraient à détruire par leurs sophismes la foi des fidèles en disant : S’il a été engendré, on ne peut pas dire qu’il était, et avant d’être engendré, il n’était pas. C’est pour fermer par avance la bouche à ces blasphémateurs, que l’Esprit saint dit : « Au commencement était le Verbe. »




S. HIL. (de la Trin., 2.) Tous les temps sont dépassés, tous les siècles sont franchis, toutes les années disparaissent ; imaginez tel principe que vous voudrez, vous ne pouvez circonscrire celui-ci dans les limites du temps, il existait avant tout les temps.




S. Chrysostome : (hom. 2 sur S. Jean.) Lorsqu’un homme monte sur un navire, tant qu’il est près du rivage, il voit se dérouler devant lui les ports et les cités, mais dès qu’il est avancé en pleine mer, il perd de vue ces premiers objets, sans que ses yeux puissent s’arrêter sur aucun point. Ainsi l’Evangéliste, en nous élevant au-dessus de toutes les créatures, laisse notre regard comme suspendu et sans objet, et ne lui permet d’entrevoir ni aucunes bornes dans les hautes régions où il l’a transporté, ni aucunes limites où il puisse se fixer, car ces paroles : « Au commencement, » expriment à la fois l’Etre infini et éternel.




S. AUG. (serm. 38 sur les par. du Seign.) On fait cette objection : S’il est Fils, donc il est né. Nous l’avouons. Ils ajoutent : S’il est né un Fils au Père, il était Père avant la naissance de son Fils. La foi rejette cette conclusion. Mais, poursuit-on, expliquez-moi donc comment le Père a pu avoir un Fils, qui fut coéternel au Père dont il est né, car le fils naît après son père pour lui succéder après sa mort. Ils vont chercher leurs comparaisons dans les créatures, il nous faut donc aussi trouver des comparaisons à l’appui des vérités que nous défendons. Mais comment pouvoir trouver dans toute la création un être coéternel, alors qu’aucune créature n’est éternelle ? Si nous pouvions trouver ici-bas deux êtres absolument contemporains, l’un qui engendre, l’autre qui est engendré, nous pourrions avoir une idée de l’éternité simultanée du Père et du Fils. La sagesse nous est représentée dans l’Ecriture comme l’éclat de la lumière éternelle et comme l’image du Père. Cherchons dans ces deux termes une comparaison qui, à l’aide de deux choses existant simultanément, puisse nous donner l’idée de deux êtres coéternels. Personne n’ignore que l’éclat de la lumière vient du feu ; supposons donc que le feu est le père de cet éclat, dès que j’allume une lampe, le feu et la lumière existent simultanément. Donnez-moi du feu sans lumière, et je vous concéderai que le Père n’a point eu de Fils. L’image doit son existence au miroir, cette image se produit dès qu’un homme se regarde dans un miroir, mais celui qui se regarde dans un miroir existait avant de s’en approcher. Prenons encore comme objet de comparaison une plante on un arbuste nés sur le bord des eaux, est-ce que leur image ne naît pas simultanément avec eux ? Si donc cet arbuste existait toujours, l’image de l’arbuste aurait la même durée. Or, ce qui vient d’un être est vraiment né de lui ; l’être qui a engendré peut donc toujours avoir existé avec celui qui est né de lui. Mais on me dira : Je comprends que le Père soit éternel, et que le Fils lui soit coéternel, mais de la même manière que je comprends l’éclat du feu moins brillant que le feu lui-même, ou comme l’image de l’arbuste qui se produit dans les eaux, moins réelle et moins parfaite que l’arbuste lui-même. Non, l’égalité est parfaite et absolue. Je ne le crois point, me réplique-t-on, parce que vos comparaisons ne sont pas justes. Peut-être, cependant, trouverons-nous dans les créatures des choses qui nous feront comprendre comment le Fils est coéternel au Père, sans lui être inférieur, mais ce ne sera pas dans un seul objet de comparaison. Joignons donc ensemble deux comparaisons différentes, celle qu’ils donnent eux-mêmes et celle que nous apportons. Ils ont emprunté leur comparaison aux êtres qui sont postérieurs par le temps à ceux qui leur donnent naissance, par exemple, à l’homme qui naît d’un autre homme ; mais cependant ces deux hommes ont une même nature. Nous trouvons donc dans cette naissance l’égalité de nature, mais nous n’y trouvons pas l’égalité d’existence. Au contraire, dans cette autre comparaison empruntée à l’éclat du feu et à l’image de l’arbuste, vous ne trouvez pas l’égalité de nature, mais l’égalité de temps. Vous trouvez donc réunies en Dieu les propriétés qui sont disséminées dans plusieurs créatures, et vous les trouvez réunies, non pas comme elles sont dans les créatures, mais avec la perfection qui convient au Créateur.




actes du concile d’ephèse. L’Ecriture appelle le Fils, tantôt le Fils du Père, tantôt le Verbe, tantôt l’éclat de la lumière éternelle, et elle emploie tour à tour ces divers noms en parlant du Christ, pour les opposer aux blasphèmes de l’hérésie. Votre fils est de même nature que vous ; l’Ecriture, pour vous montrer que le Père et le Fils ont une même nature, appelle le Fils, qui est né du Père, son Fils unique. Mais comme la naissance d’un fils rappelle l’idée de souffrance et de douleur qui accompagnent inséparablement la génération humaine, la sainte Ecriture appelle le Fils de Dieu le Verbe, pour éloigner toute idée de souffrance de la génération divine. Et encore, tout père est incontestablement plus âgé que son fils, mais il n’en est pas de même pour la nature divine, et c’est pour cela qu’elle appelle le Fils unique du Père, l’éclat de la lumière éternelle. En effet, la lumière naît du soleil, mais elle ne lui est point postérieure. Le nom d’éclat de la lumière éternelle vous montre donc que le Fils est coéternel au Père, le nom de Verbe vous prouve l’impassibilité de sa naissance, et le nom de Fils, sa consubstantialité avec le Père.




S. Chrysostome : (hom. 2 sur S. Jean). On objecte encore : Ces paroles : « Au commencement, » ne signifient pas simplement et nécessairement l’éternité, car n’est-il pas dit de la création du ciel et de la terre : « Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre ? » Mais qu’a de commun cette expression : « Il était, » avec cette autre : « Il fit ? » Lorsqu’on dit d’un homme : « Il est » cette expression marque le temps présent ; lorsqu’on l’applique à Dieu, elle signifie celui qui existe toujours et de toute éternité. De même l’expression : « Il était, » appliquée à notre nature, signifie le temps passé, mais lorsqu’il s’agit de Dieu, elle exprime son éternité. — ORIG. (hom. 2. sur div. sujets.) Le verbe être a une double signification, tantôt il exprime les différentes successions de temps, lorsqu’il se conjugue avec d’autres verbes ; tantôt il exprime la nature de la chose dont on parle sans aucune succession de temps, c’est pour cela qu’il est appelé verbe substantif. — S. HIL. (De la Trin., 2.) Jetez donc un regard sur le monde, comprenez ce qui est écrit du monde : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. » Ce qui est créé reçoit donc l’existence au commencement, et ce qui se trouve renfermé dans le principe qui lui donne l’existence se trouve également renfermé dans les limites du temps. Or, ce simple pécheur, sans lettres, sans science, s’affranchit des bornes du temps, remonte avant tous les siècles et s’élève au-dessus de tout commencement. Car ce qui était, c’est ce qui est, ce qui n’est circonscrit par aucune durée, et qui était au commencement ce qu’il est, bien plutôt qu’il n’était fait. — ALCUIN. C’est donc contre ceux qui alléguaient la naissance temporelle du Christ, pour enseigner qu’il n’avait pas toujours existé, que l’Evangéliste commence son récit par l’éternité du Verbe : « Au commencement était le Verbe. »




Et le Verbe était en Dieu.




S. Chrysostome : (hom. 2 sur S. Jean.) C’est surtout le propre de Dieu d’être éternel et sans commencement, c’est ce que l’Evangéliste a établi tout d’abord, mais de peur qu’on ne vînt à conclure de ces paroles : « Au commencement était le Verbe, » que le Verbe n’a pas été engendré, il ajoute aussitôt pour repousser cette idée : « Et le Verbe était en Dieu. » — S. HIL. (De la Trin., 2.) Il est dans le Père sans aucun commencement, il n’est point soumis à la succession du temps, mais il a un principe de son existence. — S. BAS. (hom. précéd.) Il s’exprime encore de la sorte contre ceux qui osaient blasphémer que le Verbe n’était pas. Où donc était le Verbe ? Il n’était pas dans un lieu, car ce qui ne peut être circonscrit, ne peut être soumis aux lois de l’espace. Mais où était-il donc ? Il était en Dieu. Or, ni le Père, ni le Fils, ne peuvent être contenus dans aucun espace.




ORIG. Il est utile de faire remarquer que nous lisons dans l’Ecriture, que le verbe ou la parole a été faite ou adressée à quelques-uns, par exemple à Osée, à Isaïe, à Jérémie ; mais le Verbe n’est pas fait en Dieu comme une chose qui n’existe pas en lui. C’est donc d’un être qui est éternellement en lui, que l’Evangéliste dit : « Et le Verbe était avec Dieu, » paroles qui prouvent que, même au commencement le Fils n’a jamais été séparé du Père. — S. Chrysostome : (hom. 3 sur S. Jean.) Il ne dit pas : Il était en Dieu, mais : « Il était avec Dieu, » nous montrant ainsi son éternité comme personne distincte. — THEOPHYL. L’erreur de Sabellius se trouve détruite par ces paroles. Cet hérétique enseignait que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne formaient qu’une seule personne, qui se manifestait tantôt comme le Père, tantôt comme le Fils, et tantôt comme le Saint-Esprit ; mais quoi de plus fort pour le confondre que ces paroles : « Et le Verbe était en Dieu ? » car l’Evangéliste déclare ouvertement que le Fils est différent du Père, qu il désigne ici par le nom de Dieu.




Et le Verbe était Dieu.




S. HIL. (De la Trin., 2.) Vous me direz : Le Verbe, c’est le son de la voix l’énoncé des choses, l’expression des pensées. Le Verbe était dans le principe avec Dieu, parce que la parole, expression de la pensée, est éternelle, lorsque celui qui pense est éternel lui-même. Mais comment le Verbe était-il au commencement, lui qui n’est ni avant, ni après le temps ; je ne sais même s’il peut exister dans le temps ? Lorsque les hommes parlent, leur parole n’existe pas avant qu’ils ouvrent la bouche, et lorsqu’ils ont fini de parler, elle n’existe plus ; au moment même où ils arrivent à la fin de leurs discours, le commencement a cessé d’exister ; Mais si vous avez admis, tout ignorant que vous êtes, ces premières paroles : « Au commencement était le Verbe, » pourquoi demander ce que signifient les suivantes : « Et le Verbe était avec Dieu. » Est-ce que vous pouviez supposer qu’en Dieu le Verbe était l’expression d’une pensée cachée, ou bien Jean aurait-il ignoré la différence qui existe entre ces deux termes : Etre et assister ? Ce qui était au commencement vous est présenté comme étant, non pas dans un autre, mais avec un autre. Faites donc attention au nom et à la nature qu’il donne au Verbe : « Et le Verbe était Dieu. » Il n’est plus question du son de la voix, de l’expression de la pensée ; ce verbe est un être subsistant et non pas un son, c’est une substance, une nature et non une simple expression, ce n’est pas une chose vaine, c’est un Dieu. — S. HIL. (De la Trin., 7.) L’Evangéliste lui donne le nom de Dieu sans aucune addition étrangère qui puisse être matière à difficulté. Il a bien été dit à Moïse : « Je t’ai établi le dieu de Pharaon. » (Ex 7, 1.) Mais on voit immédiatement la raison de cette dénomination dans le mol qui l’accompagne : « de Pharaon, » c’est-à-dire, que Moïse a été établi le dieu de Pharaon, pour s’en faire craindre et prier, pour le châtier et pour le guérir ; mais il y a une grande différence entre ces deux choses : Etre établi le dieu de quelqu’un et être véritablement Dieu. Je me rappelle encore un autre endroit des Ecritures où nous lisons : « J’ai dit : Vous êtes des dieux. » (Ps 81) Mais il est facile de voir que ce nom n’est donné ici que par simple concession ; et ces paroles : « J’ai dit, » expriment bien plutôt une manière de parler que la réalité du nom qui est donné. Au contraire, lorsque j’entends ces paroles : « Et le Verbe était Dieu ; » je comprends que ce n’est point une simple dénomination, mais une véritable démonstration de sa divinité.




S. BAS. (homél. précéd.) C’est ainsi que l’Evangéliste réprime les calomnies et les blasphèmes de ceux qui osent demander : Qu’est-ce que le Verbe ? Il répond : « Et le Verbe était Dieu. » — THEOPHYL. On peut encore donner une autre liaison de ces paroles avec ce qui précède. Puisque le Verbe était avec Dieu, il est évident qu’il y avait deux personnes distinctes, n’ayant toutes deux qu’une seule et même nature ; c’est ce qu’affirmé l’Evangéliste : « Et le Verbe était Dieu, » c’est-à-dire, que le Père et le Fils n’ont qu’une même nature, comme ils n’ont qu’une même divinité. — ORIG. Ajoutons que le Verbe ou la parole que Dieu adressait aux prophètes, les éclairait, de la lumière de la sagesse ; au contraire, le Verbe qui est avec Dieu, reçoit de Dieu la nature divine, et voilà pourquoi saint Jean a fait précéder ces paroles : « Et le Verbe était Dieu ; » de ces autres : « Et le Verbe était avec Dieu ou en Dieu. » — S. Chrysostome : (hom. 4 sur S. Jean.) Et il n’est pas Dieu dans le sens de Platon, qui l’appelle tantôt une certaine intelligence, tantôt l’âme du monde, toutes choses complètement étrangères à sa nature divine. Mais on nous fait cette objection : Le Père est appelé Dieu avec addition de l’article, et le Fils sans l’article. Que dit en effet l’apôtre saint Paul ? « Du grand Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ. » (Tite, 2, 13.) Et dans un autre endroit : « Qui est Dieu au-dessus de toutes choses ? » (Rm 9, 5.) C’est-à-dire, que le Fils est appelé Dieu sans article. Nous répondons que la même observation peut s’appliquer au Père. En effet, saint Paul écrivant aux Philippiens, dit : « Qui ayant la forme et la nature de Dieu (έν μορφή Θεού, sans article), n’a point cru que ce fût pour lui une usurpation d’être égal à Dieu. » (Ph 2, 6.) Et dans son Epître aux Romains : « Grâce et paix soient à vous de la part de Dieu (άπό Θεού, sans article), notre Père, et de Jésus-Christ Notre Seigneur. » (Rm 1, 7.) D’ailleurs, il était parfaitement inutile de mettre ici l’article, alors qu’on l’avait employé mainte fois dans ce qui précède. Donc le Fils n’est pas Dieu dans un sens plus restreint, parce que le nom de Dieu qui lui est donné n’est pas précédé de l’article.




verset 2.



Il était au commencement avec Dieu.




S. HIL. (De la Trin., 2.) Ces paroles : « Et le Verbe était Dieu, » m’étonnent, et cette locution inusitée me jette dans le trouble, lorsque je me rappelle que les prophètes ont annoncé un seul Dieu. Mais notre pêcheur calme bientôt ce trouble en donnant la raison d’un si grand mystère ; il rapporte tout à un seul Dieu, et fait ainsi disparaître toute idée injurieuse à la divinité, toute pensée d’amoindrissement ou de succession de temps, en ajoutant : « Il était au commencement avec Dieu, » avec Dieu qui n’a pas été engendré, et dont il est proclamé seul le Fils unique, qui est Dieu. — THEOPHYL. Ou encore, c’est pour prévenir ce soupçon diabolique qui pouvait en troubler plusieurs, que le Seigneur étant Dieu, s’était déclaré contre son Père (comme l’ont imaginé les fables des païens), et séparé de son Père pour se mettre en opposition avec lui, que l’Evangéliste ajoute : « Il était au commencement avec Dieu, » c’est-à-dire, le Verbe de Dieu n’a jamais eu d’existence séparée de celle de Dieu.




S. Chrysostome : (hom. 4 sur S. Jean.) Ou bien encore ces paroles : « Au commencement était le Verbe, » tout en établissant l’éternité du Verbe, pouvaient laisser croire que la vie du Père avait précédé, ne fût-ce que d’un moment la vie du Fils ; saint Jean va au-devant de cette pensée, et se hâte de dire : « Il était dans le commencement avec Dieu, » il n’en a jamais été séparé, mais il était toujours Dieu avec Dieu. Ou encore, comme ces paroles : « Et le Verbe était Dieu, » pouvaient donner ù penser que la divinité du Fils était moindre que celle du Père, il apporte aussitôt un des attributs particuliers de la divinité, c’est-à-dire, l’éternité, en disant : « Il était au commencement avec Dieu ; et il fait ensuite connaître quelle a été son œuvre, en ajoutant : « Toutes choses ont été faites par lui. »




ORIG. Ou bien encore, l’Evangéliste résume les trois propositions qui précèdent dans cette seule proposition : « Il était au commencement avec Dieu. » La première de ces propositions nous a appris quand était le Verbe, il était au commencement ; la seconde, avec qui il était, avec Dieu ; la troisième, ce qu’il était, il était Dieu. Voulant donc démontrer que le Verbe dont il vient de parler est vraiment Dieu, et résumer dans une quatrième proposition les trois qui précèdent : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu, » il ajoute : « Il était au commencement avec Dieu. » Demandera-t-on pourquoi l’Evangéliste n’a pas dit : « au commencement était le Verbe de Dieu, et le Verbe de Dieu était avec Dieu, et le Verbe de Dieu était Dieu ? » Nous répondons que pour tout homme qui reconnaît que la vérité est une, il est évident que la manifestation de la vérité, manifestation qui est la sagesse, doit être également une. Or, s’il n’y a qu’une seule vérité et qu’une seule sagesse, la parole qui est l’expression de la vérité, et qui répand la sagesse dans ceux qui sont capables de la recevoir, doit aussi être une. En donnant cette réponse, nous sommes loin de dire que le Verbe n’est pas le Verbe de Dieu, mais nous voulons simplement montrer l’utilité de l’omission du mot Dieu. D’ailleurs, saint Jean lui-même dit dans l’Apocalypse : « Et son nom est le Verbe de Dieu. » — ALCUIN. Mais pourquoi s’est-il servi du verbe substantif, « il était ? » Pour vous faire comprendre que le Verbe de Dieu, coéternel à Dieu le Père, précède tous les temps.




v. 3.



Toutes choses ont été faites par lui.




ALCUIN. Après avoir exposé la nature du Fils, l’Evangéliste fait connaître ses œuvres : « Toutes choses ont été faites par lui, » c’est-à-dire, tout ce qui existe comme substance ou comme propriété. — S. HIL. (De la Trin., 2.) On pouvait dire encore : Le Verbe était au commencement, mais il a pu ne pas exister avant le commencement ? Saint Jean répond : « Toutes choses ont été faites par lui. » Celui par qui a été fait tout ce qui est fait est un être infini, et comme toutes choses viennent de lui, il est aussi le principe du temps.




S. Chrysostome : (hom. 4 sur S. Jean.) Moïse commence l’histoire de l’Ancien Testament, par le récit détaillé de la création des choses extérieures : « Au commencement, dit-il, Dieu fit le ciel et la terre ; » paroles qu’il fait suivre de la création de la lumière, du firmament, des étoiles et des différentes espèces d’animaux. L’Evangéliste, an contraire, abrège et résume tout ce récit en un seul mot, comme étant connu de ses auditeurs ; il entreprend un sujet plus sublime, et consacre tout son Evangile, non aux œuvres de la création, mais à la gloire du Créateur. — S. AUG. (de la Gen., à la lett. 2.) Ces paroles : « Toutes choses ont été faites par lui, » nous prouvent suffisamment que la lumière elle-même a été faite par lui, lorsque Dieu dit : « Que la lumière soit, » de même que tous les autres ouvrages de la création. Mais s’il en est ainsi, puisque le Verbe de Dieu, qui est Dieu lui-même, est coéternel à Dieu le Père, cette parole que Dieu prononce : « Que la lumière soit, » est éternelle, bien que la créature n’ait été faite que dans le temps. Ces expressions que nous employons, quand, alors, désignent un temps déterminé, mais quand une chose doit être faite par Dieu, elle est éternelle dans le Verbe de Dieu, et elle est faite au moment où le Verbe a résolu de la faire, car dans ce Verbe, il n’y a aucune de ces successions de temps indiquées par ces expressions quand, alors, parce que le Verbe tout entier est éternel.




S. AUG. (Traité 1 sur S. Jean.) Comment donc pourrait-il se faire que le Verbe de Dieu ait été fait, alors que c’est par le Verbe que Dieu a fait toutes choses ? Et si ce Verbe a été fait, par quel autre Verbe a-t-il été fait ? Si vous dites qu’il est le Verbe du Verbe par lequel il a été fait, moi je l’appelle le Fils unique de Dieu. Mais si vous ne l’appelez pas le Verbe du Verbe, reconnaissez qu’il n’a pas été fait, puisque toutes choses ont été faites par lui. — S. AUG. (De la Trin., 6.) S’il n’a pas été fait, il n’est pas créature, il a la même nature que son Père, car toute substance qui n’est pas Dieu est créature, et la substance qui n’a pas été créée est nécessairement la nature divine.

THEOPHYL. Tel est le langage que tiennent les Ariens ; tout a été fait par le Fils, comme nous disons qu’une porte a été faite avec une scie qui a servi d’instrument à l’ouvrier, c’est-à-dire, qu’il n’a pas agi comme créateur, mais comme instrument. Et ils prétendent que le Fils a été fait pour servir d’instrument à la création des autres êtres. Nous répondons simplement aux auteurs de ce mensonge : Si, comme vous le dites, le Père avait créé le Fils, pour s’en servir comme d’un instrument, la nature du Fils serait beaucoup moins noble que celle des autres créatures qui ont été faites par lui. De même qu’une scie est d’un rang inférieur à celui des ouvrages qu’elle sert à faire, puisqu’elle n’existe que pour eux ; c’est par le même dessein, disent-ils, que Dieu a créé le Fils, comme si Dieu n’eût jamais produit son Fils, dans l’hypothèse où il n’aurait pas dû créer l’univers. Peut-on tenir un raisonnement plus insensé ? Mais, ajoutent-ils, pourquoi l’Evangéliste n’a-t-il pas dit que le Verbe a fait toutes choses, et s’est-il servi de la préposition par : « Toutes choses ont été faites par lui ? » C’est afin que vous ne croyez pas que le Fils n’a pas été engendré, qu’il est sans principe, et comme le créateur de Dieu. — S. Chrysostome : (hom. 5 sur S. Jean.) Si du reste cette expression : « Par lui » vous déconcerte, et que vous vouliez trouver dans l’Ecriture un témoignage que le Verbe a tout fait lui-même, écoutez David : « Au commencement, Seigneur, vous avez créé la terre, et les cieux sont les œuvres de vos mains. » (Ps. 101) C’est du Fils que le Roi-prophète parle ainsi, comme vous l’apprend l’apôtre saint Paul, qui lui applique ces paroles dans son Epître aux Hébreux (He 1). Si vous prétendez que c’est du Père que le Roi-prophète a voulu parler, et que saint Paul applique ces paroles au Fils, notre raisonnement conserve toute sa force, car saint Paul ne les aurait jamais appliquées au Fils, s’il n’avait été profondément convaincu que le Père et le Fils ont la même puissance et la même divinité. Si la préposition par vous parait indiquer une infériorité quelconque, pourquoi saint Paul remploie-t-il à l’occasion du Père ? « Dieu, écrit-il aux Corinthiens, par lequel vous avez été appelés à la société de son Fils Jésus-Christ, Nôtre-Seigneur, est fidèle ; » (1 Co 1, 9) et encore : « Paul, Apôtre par la volonté de Dieu ? » — ORIG. Valentin est aussi tombé dans l’erreur, en disant que le Verbe avait été pour le Créateur la cause de la création du monde. Car si les choses étaient telles qu’il les affirme, l’Evangéliste aurait dû dire : que le Verbe a tout fait par le Créateur, et non que le Créateur a tout fait par le Verbe.




Et sans lui rien n’a été fait.




S. Chrysostome : (hom. 5 sur S. Jean,) Ces paroles : « Toutes choses ont été faites par lui, » ne comprennent pas seulement les êtres dont Moïse nous rapporte la création ; aussi saint Jean ajoute-t-il expressément : « Et sans lui rien n’a été fait, » soit des choses visibles, soit des invisibles. Ou encore : c’est afin qu’on ne fût point tenté de restreindre aux miracles racontés par les autres évangélistes, ces paroles : « Toutes choses ont été faites par lui, » qu’il ajoute : « Et sans lui rien n’a été fait. » — S. HIL. (De la Trin., 2.) Ou encore : Ces paroles : « Toutes choses ont été faites par lui, » ont un sens indéterminé. Or, il y a un être qui n’a pas été engendré et qui n’a été fait par personne ; il y a un Fils qui a été engendré par celui qui n’a pas eu de naissance, et l’Evangéliste fait nécessairement supposer que le Père est l’auteur de toutes choses, en parlant de celui qui lui est si étroitement associé, et en disant : « Sans lui rien n’a été fait. » Car puisque rien n’a été fait sans lui, je conclus nécessairement qu’il n’est pas seul, mais qu’il y eu a un par qui tout a été fait, et un autre sans lequel rien n’a été fait. — ORIG. (homélie 2 sur divers sujets.) Ou encore : L’Evangéliste veut aller au-devant de cette pensée qu’il y a des choses qui sont faites par le Verbe, et d’autres qui existent par elles-mêmes indépendamment du Verbe, et c’est pour cela qu’il ajoute : « Et sans lui rien n’a été fait, » c’est-à-dire, rien n’a été fait en dehors de lui, car il embrasse, contient et conserve toutes choses. — S. AUG. (Quest. sur l’Anc. et le Nouv. Test., 97.) Ou bien encore : Ces paroles : « Sans lui rien n’a été fait, » éloignent de nous jusqu’à l’idée que le Verbe soit une simple créature. Comment soutenir, en effet, qu’il est une créature, lorsque l’Evangéliste affirme que Dieu n’a rien fait sans lui ?




ORIG. (Traité sur S. Jean.) Ou bien encore, si toutes choses ont été faites par le Verbe, et qu’au nombre de ces choses se trouve le mal et tout le malheureux courant du péché, le Verbe serait donc l’auteur du mal et du péché, ce qu’il est impossible d’admettre. Le néant et le non être sont deux termes qui ont la même signification. L’Apôtre lui-même semble appeler le mal le non être, lorsqu’il dit : « Dieu appelle les choses qui sont comme celles qui ne sont pas ; » (Rm 4) ainsi sous le nom de rien, il faut comprendre le mal qui a été fait sans le Verbe. — S. AUG. (Traité 1 sur S. Jean.) En effet, le péché n’a point été fait par le Verbe, et il est évident que le péché c’est le rien, ou le non être, et que les hommes tombent dans le rien, lorsqu’ils commettent le péché. L’idole, non plus, n’a pas été faite par le Verbe ; elle a bien une forme humaine, et c’est par le Verbe que l’homme a été fait. Mais la forme humaine n’a pas été donnée à l’idole par le Verbe, car il est écrit : « Nous savons qu’une idole n’est rien. » (1 Co 8) Donc aucune de ces choses n’a été faite par le Verbe, mais il est l’auteur de tout ce qui existe dans la nature, et de tout l’ensemble des créatures depuis l’ange jusqu’au vermisseau.




ORIG. (Traité 2 sur S. Jean.) Valentin retranche du nombre des choses qui ont été faites par le Verbe, celles qui ont été faites dans les siècles, et dont il fait remonter l’existence avant le Verbe ; opinion contraire à toute évidence ; car les choses qu’il regarde comme divines ne sont point comprises dans toutes ces choses qui ont été faites par le Verbe, et celles qui, de son avis, sont sujettes à la destruction, en font évidemment partie. Quelques-uns prétendent, mais à tort, que le démon n’est pas une créature de Dieu ; ce n’est qu’en tant qu’il est démon, qu’il n’est pas créature de Dieu, mais celui qui a eu le malheur de devenir un démon, est vraiment l’œuvre de Dieu ; ainsi, disons-nous qu’un homicide n’est point l’œuvre et la créature de Dieu, bien cependant que comme homme il soit véritablement son œuvre.




S. AUG. (de la nature du bien, 25.) Il ne faut point s’arrêter à l’opinion absurde de ceux qui prétendent qu’il faut entendre ici le rien d’un certain ordre d’êtres, parce que ce mot rien se trouve placé à la fin de la phrase ; ils ne comprennent pas qu’il n’y a aucune différence entre ces deux manières de s’exprimer : « Sans lui, rien n’a été fait, » ou : « Sans lui n’a été fait rien. »




ORIG. (Traité 2 sur S. Jean.) Si l’on prend le verbe dans le sens qu’il se trouve en chacun de nous, et qu’il nous a été donné par le Verbe qui était au commencement, ou peut dire que nous ne faisons rien sans ce verbe, en prenant le mot rien dans son sens le plus simple. L’Apôtre dit : « Que sans la loi, le péché était mort, mais que le commandement étant survenu, le péché est ressuscité ; » (Rm 7, 8-9) car le péché n’est pas imputé, lorsque la loi n’est pas encore. Le péché n’existait pas non plus, avant que le Verbe descendît sur la terre, au témoignage de Nôtre-Seigneur lui-même : « Si je n’étais pas venu, et que je ne leur eusse point parlé, ils n’auraient pas de péché. (Jn 15) En effet, il ne reste aucune excuse à celui qui veut se justifier de ses fautes, alors qu’il a refusé d’obéir au Verbe qui était présent, et qui lui indiquait ce qu’il devait faire. Nous ne devons cependant ni inculper ni accuser le Verbe, pas plus qu’on ne peut accuser un maître dont les leçons ont ôté à son élève tout moyen de rejeter ses fautes sur son ignorance. Donc toutes choses ont été faites par le Verbe, non-seulement les choses de la nature, mais tous les êtres privés de raison.




v. 4.



Ce qui a été fait était vie en lui.




Bède : L’Evangéliste vient de dire que toute créature a été faite par le Verbe ; mais afin qu’on ne pût supposer dans le Verbe une volonté changeante (comme si par exemple il avait voulu faire une créature à laquelle il n’aurait jamais songé de toute éternité), il prend soin de nous enseigner que la création a eu lieu, il est vrai, dans le temps, mais que le moment et l’objet de la création ont toujours existé dans la pensée de l’éternelle sagesse, vérité qu’expriment ces paroles : « Ce qui a été fait était vie en lui. »




S. AUG. (Traité 1 sur S. Jean) On peut ainsi ponctuer ce texte : « Ce qui a été fait en lui, était vie, » et si nous adoptons cette ponctuation, il faut dire : Tout était vie, car qu’y a-t-il qui ne soit fait par lui ? Il est la sagesse de Dieu, et nous lisons dans le Psaume 103 : « Vous avez tout fait dans la sagesse. » Toutes choses ont donc été faites en lui comme elles ont été faites par lui. Mais si tout ce qui a été fait en lui est vie, donc la terre est vie, donc la pierre est vie aussi. Gardons-nous de cette interprétation inconvenante qui nous serait commune avec les manichéens, et nous ferait tenir avec eux ce langage absurde, qu’une pierre, qu’une muraille ont en elles la vie. Essaie-t-on de les reprendre et de les réfuter ? ils cherchent à s’appuyer sur les Ecritures et nous disent : Pourquoi est-il écrit : « Ce qui a été fait en lui, était vie ? » Il faut donc préférer cette ponctuation : « Ce qui a été fait, était vie en lui. » Quel est le sens de ces paroles ? La terre a été faite, mais la terre qui a été faite n’est point la vie ; ce qui est vie, c’est cette raison, cette pensée éternelle qui existent dans la sagesse de bien, et en vertu de laquelle la terre a été faite. Ainsi la vie n’est point dans un meuble quelconque, lorsqu’il est exécuté ; ce meuble, ce bâtiment, si l’on veut, est vie dans son plan, parce qu’il est vivant dans la pensée, dans le dessein de l’ouvrier ou de l’architecte ; de même comme la sagesse de Dieu, par laquelle toutes choses ont été faites, contient dans ses plans éternels tout ce qui se fait d’après ces plans, bien que ces choses ne soient point en elles-mêmes la vie, elles sont vivantes dans celui qui les a faites.




ORIG. (hom. sur div. suj.) On peut donc sans craindre d’erreur séparer ainsi les deux membres de cette phrase : « Ce qui a été fait en lui, était vie, » et voici quel serait le sens : Toutes les choses qui ont été faites par lui et en lui sont vivantes et une même chose en lui. Car elles étaient, c’est-à-dire elles existaient en lui, comme dans leur cause, avant d’exister effectivement en elles-mêmes. Demandera-t-on comment toutes les choses qui ont été faites par le Verbe sont vivantes eu lui, et subsistent en lui d’une manière uniforme comme dans leur cause ? La nature des êtres créés vous en offre des exemples. Voyez comment toutes les choses que renferme la sphère de ce monde visible subsistent comme dans leur cause et d’une manière uniforme dans le soleil, qui est le plus grand des astres ; comment le nombre infini des végétaux et des fruits est contenu dans chacune des semences ; comment les règles multipliées viennent se réduire à l’unité dans l’art de l’ouvrier, et sont comme vivantes dans l’esprit qui les met en ordre ; comment enfin le nombre infini des lignes subsiste comme une seule unité dans un seul point. De ces différents exemples puisés dans la nature, vous pourriez vous élever comme sur les ailes de la contemplation du monde physique jusqu’aux oracles du Verbe, pour les considérer avec toute la pénétration de l’esprit, et pour voir autant que cela est donné à des intelligences créées, comment toutes les choses qui ont été faites par le Verbe sont vivantes et ont été faites en lui.




S. HIL. (de la Trin., 2.) On peut encore lire et entendre ces paroles d’une autre manière. En entendant l’Evangéliste dire : « Sans lui rien n’a été fait, » quelque esprit troublé pourrait dire : II y a donc quelque chose qui a été fait par un autre, et qui cependant n’a pas été fait sans lui, et si quelque chose a été fait par un autre, bien que non sans lui, toutes choses n’ont pas été faites par lui ; car il y a une grande différence entre faire soi-même, et s’associer à l’opération d’un autre. L’Evangéliste expose donc que rien n’a été fait sans lui en disant : « Ce qui a été fait en lui, » donc ce qui a été fait en lui n’a pas été fait sans lui. Car ce qui a été fait en lui, a été fait aussi par lui, au témoignage de l’Apôtre : « Toutes choses ont été créées par lui et en lui. (Col 1, 16.) C’est pour lui aussi que toutes choses ont été créées, parce que le Dieu créateur s’est soumis à une naissance temporelle ; mais ici rien n’a été fait sans lui de ce qui a été fait en lui, parce que le Dieu qui voulait naître parmi nous était la vie ; et celui qui était la vie, n’a pas attendu sa naissance pour devenir la vie. Rien donc de ce qui se faisait en lui, ne se faisait sans lui, parce qu’il est la vie qui produisait ces choses, et le Dieu qui a consenti à naître parmi nous, n’a pas attendu sa naissance pour exister, mais il existait aussi en naissant.




S. Chrysostome : (hom. 4 sur S. Jean.) Ou encore dans un autre sens, ne plaçons pas après ces paroles : « Sans lui rien n’a été fait, » le point qui termine la phrase, comme font les hérétiques qui prétendent que l’Esprit saint a été créé, et qui lui appliquent celles qui suivent : « Ce qui a été fait en lui, était la vie. » En effet, cette explication est inadmissible. D’abord ce n’était pas le moment de parler de l’Esprit saint ; mais supposons qu’il soit question de l’Esprit saint, et admettons leur manière de lire le texte, leur explication n’en sera ni moins absurde ni moins inconvenante. Ils prétendent donc que ces paroles : « Ce qui a été fait en lui était la vie, » s’appliquent à l’Esprit saint qui est la vie. Mais cette vie est en même temps la lumière, car nous lisons à la suite : « Et la vie était la lumière des hommes. » Donc d’après ces hérétiques, c’est l’Esprit saint qui est appelé ici la lumière de tous. Mais ce que l’Evangéliste appelait plus haut le Verbe, c’est ce qu’il appelle ici Dieu, la vie et la lumière. Or, comme le Verbe s’est fait chair, ce sera donc l’Esprit saint qui se sera incarné et non le Fils. Il faut donc renoncer à cette manière de lire le texte, et adopter une lecture et une explication plus raisonnables. Or, voici comme on doit lire : « Toutes choses ont été faites par lui, et sans lui rien n’a été fait de ce qui a été fait, » et arrêter là le sens de la phrase, puis recommencer ensuite : « En lui était la vie, comme s’il disait : « Sans lui rien n’a été fait de ce qui a été fait, » c’est-à-dire de tout ce qui devait être fait. Vous voyez comment en ajoutant deux mots au premier membre de phrase, on fait disparaître toute difficulté. En effet, en disant : « Sans lui rien n’a été fait, » et en ajoutant : « De ce qui a été fait, » l’Evangéliste embrasse toutes les créatures visibles et invisibles, et exclut évidemment l’Esprit saint, car l’Esprit saint ne peut être compris parmi les créatures qui pouvaient être faites et appelées à la vie. Ces paroles de saint Jean ont donc pour objet la création de l’univers ; il en vient ensuite à l’idée de la Providence dont il parle en ces termes : « En lui était la vie. » De même que vous ne pouvez épuiser ni diminuer une de ces sources profondes qui donnent naissance aux grands fleuves et alimentent les mers, ainsi vous ne pouvez supposer la moindre altération dans le Fils unique, quelles que soient les œuvres que vous croyiez qu’il ait faites. Ces paroles : « En lui était la vie, » ne se rapportent pas seulement à la création, mais à la Providence qui conserve l’existence aux choses qui ont été créées. Gardez-vous toutefois de supposer rien de composé ou de créé dans le Fils, en entendant l’Evangéliste tous dire : « En lui était la vie, » car a comme le Père a en soi la vie, ainsi a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en soi. » (Jn 5) Ne supposez donc rien de créé dans le Fils, pas plus que vous ne le supposez dans le Père.




ORIG. (Traité 3 sur S. Jean.) On peut donner encore cette autre explication : Il faut se rappeler que dans le Sauveur certains attributs ne sont point pour lui, mais pour les autres, et certains autres sont tout à la fois pour lui et pour les autres. Comment donc doit-on ici entendre ces paroles : « Ce qui a été fait dans le Verbe, était vie en lui ? » Signifient-elles qu’il était la vie pour lui et pour les autres, ou qu’il ne l’était que pour les autres ? et s’il ne l’était que pour les autres, quels sont ces antres ? Le Verbe est à la fois vie et lumière. Or, il est la lumière des hommes, il est donc aussi la vie de ceux dont il est la lumière, et ainsi lorsque l’Evangéliste dit qu’il est la vie, ce n’est point pour lui, mais pour ceux dont il est la lumière. Cette vie est inséparable du Verbe de Dieu, et elle existe par lui, aussitôt qu’elle a été faite, il faut, en effet, que la raison ou le Verbe soit comme préexistant dans l’âme pour la purifier, et lui donner une pureté exempte de tout péché, afin que la vie puisse s’introduire et se répandre dans celui qui s’est rendu capable de recevoir le Verbe de Dieu. Aussi l’Evangéliste ne dit pas que le Verbe a été fait au commencement ; car on ne peut supposer de commencement où le Verbe de Dieu n’existât point, mais la vie des hommes n’était pas toujours dans le Verbe ; cette vie des hommes a été faite, parce que cette vie était la lumière des hommes. En effet, avant que l’homme existât, il n’était pas la lumière des hommes, cette lumière ne pouvant se comprendre que dans ses rapports avec les hommes. C’est pourquoi saint Jean dit : « Ce qui a été fait était vie dans le Verbe, » et non pas : Ce qui était dans le Verbe était vie. D’après une autre variante qui n’est pas dénuée de fondement, on lit : « Ce qui a été fait en lui, était vie. » Or, si nous comprenons que la vie des hommes qui est dans le Verbe, est celle dont il a dit : « Je suis la vie, » (Jn 11, 14) nous en conclurons qu’aucun de ceux qui refusent de croire à Jésus-Christ n’a la vie en lui, et que tous ceux qui ne vivent pas en Dieu sont morts.




Et la vie était la lumière des hommes.




THÉOPHYL. L’Evangéliste vient de dire : « En lui était la vie, » pour éloigner de vous cette pensée, que le Verbe n’avait point la vie. Il vous enseigne maintenant qu’il est la vie spirituelle et la lumière de tous les êtres raisonnables : « Et la vie était la lumière des hommes ; » comme s’il disait : Cette lumière n’est point sensible, c’est une lumière toute spirituelle qui éclaire l’âme elle-même. — S. AUG. (Traité 1 sur S. Jean.) C’est cette vie qui éclaire tous les hommes ; les animaux sont privés de cette lumière, parce qu’ils n’ont point d’âmes raisonnables, capables de voir la sagesse. L’homme, au contraire, qui a été fait à l’image de Dieu, est doué d’une âme raisonnable qui lui permet de comprendre la-sagesse. Ainsi cette vie qui a donné l’existence à toutes choses, est en même temps la lumière, qui éclaire non pas indistinctement tous les animaux, mais les hommes raisonnables.




THEOPHYL. Il ne dit pas que cette lumière éclaire seulement les Juifs, c’est la lumière de tous les hommes. Tous les hommes, en effet, par là même qu’ils reçoivent l’intelligence et la raison du Verbe qui les a créés, sont éclairés de cette divine lumière ; car la raison qui nous a été donnée, et qui fait de nous des êtres raisonnables, est la lumière qui nous éclaire sur ce que nous devons faire et sur ce que nous devons éviter.




ORIG. N’oublions pas de remarquer que le Verbe est la vie avant d’être la lumière des hommes ; il eût été peu logique de dire qu’il éclairait ceux qui n’avaient point la vie, et de faire précéder la vie par la lumière. Mais si ces paroles : « La vie était la lumière des hommes, » doivent s’entendre exclusivement des hommes, il en faudra conclure que Jésus-Christ n’est la lumière et la vie que des hommes seuls, ce qui est contraire à la foi. Lors donc qu’une chose est affirmée de quelques-uns, ce n’est pas à l’exclusion des autres. Ainsi, il est écrit de Dieu, qu’il est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; évidemment, il n’est pas exclusivement le Dieu de ces patriarches. De ce qu’il est la lumière des hommes, il ne s’ensuit donc point qu’il ne soit pas également la lumière pour d’autres. Il en est qui s’appuient sur ces paroles : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance, » pour soutenir qu’il faut ici comprendre sous le nom d’hommes tous les êtres qui ont été faits à l’image et à la ressemblance de Dieu ; et ainsi la lumière des hommes, c’est la lumière qui éclaire toute créature raisonnable.




v. 5.



Et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas comprise.




S. AUG. (Traité 1 sur S. Jean.) Cette vie était donc la lumière des hommes, mais les cœurs des insensés ne peuvent comprendre cette lumière, appesantis qu’ils sont par leurs péchés qui leur dérobent la vue de cette divine lumière. Toutefois, qu’ils ne croient pas que cette lumière est loin d’eux, parce qu’ils ne peuvent la voir : « Et la lumière luit dans les ténèbres, dit l’Evangéliste, et les ténèbres ne l’ont pas comprise. » Placez un aveugle devant le soleil, le soleil lui est présent, mais il est comme absent pour le soleil. Or, tout insensé est un aveugle ; la sagesse est devant lui, mais comme elle est devant un aveugle, elle ne peut éclairer ses yeux, non parce qu’elle est loin de lui, mais parce qu’il est loin d’elle.




ORIG. (Traité 3 sur S. Jean.) Si la vie est la même chose que la lumière des hommes, aucun de ceux qui sont dans les ténèbres ne vit véritablement, comme aucun de ceux qui sont vivants n’est dans les ténèbres, car tout homme qui a la vie est dans la lumière, comme réciproquement tout homme qui est dans la lumière a la vie en lui. Or, d’après ce que nous avons dit des contraires, nous pouvons comprendre et apprécier ici les contraires dont l’Evangéliste ne parle pas. Le contraire de la vie c’est la mort, et le contraire de la lumière des hommes, ce sont les ténèbres qui couvrent leur intelligence. Donc celui qui est dans les ténèbres est aussi dans la mort, et celui qui fait des œuvres de mort ne peut être que dans les ténèbres ; celui au contraire qui fait des œuvres de lumière, ou celui dont les œuvres brillent devant les hommes, et qui a toujours présent le souvenir de Dieu, n’est point dans la mort, d’après cette parole du Psaume sixième : « Celui qui se souvient de vous n’est point redevable à la mort. » Que les ténèbres des hommes et de la mort soient telles de leur nature ou pour d’autres causes, c’est une autre question. Or, nous étions autrefois ténèbres, mais nous sommes devenus lumière en Notre-Seigneur (Ep 5), si nous sommes tant soit peu initiés à la sainteté et à la vie spirituelle. Tout homme qui a été autrefois ténèbres, l’a été comme l’apôtre saint Paul, tout en demeurant capable de devenir lumière dans le Seigneur. — (Hom. 2 sur div. suj.) Ou bien encore, dans un autre sens, la lumière des hommes, c’est Nôtre-Seigneur Jésus-Christ, qui s’est manifesté lui-même dans la nature humaine à toute créature raisonnable et intelligente, et a révélé aux cœurs des fidèles les mystères de sa divinité qui le rend égal au Père ; ce que saint Paul exprime en ces termes : « Vous étiez autrefois ténèbres, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur. » Dites donc : « La lumière luit dans les ténèbres, » parce que le genre humain tout entier était plonge, non par nature, mais par suite du péché originel dans les ténèbres de l’ignorance qui lui dérobaient la connaissance de la vérité ; or Jésus-Christ, après être né d’une Vierge, a brillé comme une vive lumière dans le cœur de tous ceux qui veulent le connaître. Il en est toutefois qui persistent à demeurer dans les ténèbres épaisses de l’impiété et de l’incrédulité, voilà pourquoi l’Evangéliste ajoute : « Et les ténèbres ne l’ont point comprise, » c’est-à-dire, la lumière luit dans les ténèbres des urnes fidèles, ténèbres qu’elle dissipe en faisant naître la foi et en conduisant à l’espérance. Mais l’ignorance et la perfidie des cœurs privés de la véritable sagesse n’ont pu comprendre la lumière du Verbe de Dieu qui brillait dans une chair mortelle. Telle est l’explication morale de ces paroles ; en voici le sens littéral : La nature humaine, en la supposant même exempte de péché, ne pourrait pas luire par ses propres forces, car de sa nature elle n’est pas lumière, mais capable seulement de participer à la lumière ; elle peut recevoir la sagesse, mais elle n’est pas la sagesse elle-même. L’air qui nous environne ne luit point par lui-même et ne mérite que le nom de ténèbres. Ainsi notre nature, considérée en elle-même, est une certaine substance ténébreuse, capable d’être éclairée par la lumière de la sagesse. Lorsque l’atmosphère est pénétrée par les rayons du soleil, on ne peut pas dire qu’elle luit par elle-même, mais qu’elle est éclairée par la lumière du soleil ; ainsi, lorsque la partie intelligente de notre nature jouit de la présence du Verbe, ce n’est point par elle-même qu’elle arrive à la connaissance de son Dieu et des autres choses intelligibles, mais par la lumière divine, qui l’éclairé de ses rayons. La lumière luit donc dans les ténèbres, parce que le Verbe de Dieu, qui est la vie et la lumière des hommes, ne cesse de répandre cette lumière dans notre nature qui, considérée en elle-même, n’est qu’une substance ténébreuse et informe, et comme la lumière par elle-même est incompréhensible à toute créature, c’est avec raison que l’Evangéliste ajoute : « Et les ténèbres ne l’ont point comprise. »




S. Chrysostome : (hom. 4 sur S. Jean.) On peut encore expliquer ces paroles dans un autre sens : L’Evangéliste a voulu d’abord nous parler de la création, et il nous apprend ensuite les biens spirituels dont le Verbe nous a comblés en venant parmi nous, en disant : « Et la vie était la lumière des hommes. » Il ne dit pas : Il était la lumière des Juifs, mais il était la lumière de tous les hommes sans exception ; car ce sont pas seulement les Juifs, mais les Gentils, qui sont parvenus à la connaissance du Verbe. S’il n’ajoute pas qu’il était la lumière des anges, c’est qu’il parle seulement ici de la nature humaine à laquelle le Verbe de Dieu est venu annoncer de si grands biens.




ORIG. (Traité 1 sur S. Jean.) On nous demande pourquoi ce n’est point le Verbe qui est appelé la lumière des hommes, mais la vie qui est dans le Verbe ? Nous répondons que la vie dont il est ici question n’est pas la vie qui est commune aux créatures raisonnables, mais celle qui est unie au Verbe et qui nous est donnée par la participation à ce Verbe primitif et essentiel, pour nous faire discerner la vie apparente et sans réalité et désirer la véritable vie. Nous participons donc premièrement à la vie qui, pour quelques-uns, n’est point encore la possession actuelle de la lumière, mais la faculté de la recevoir, parce qu’ils n’ont point un désir assez vif de ce qui peut leur donner la science. Pour d’autres, au contraire, cette vie est la participation actuelle à la lumière, ce sont ceux qui, suivant le conseil de l’Apôtre, recherchent les dons les plus parfaits (1 Co 12), c’est le Verbe de la sagesse qui est suivi de près par les enseignements de la science.




S. Chrysostome : (hom. 4 sur S. Jean.) Ou bien encore, la vie dont parle ici l’Evangéliste, n’est pas seulement celle que nous avons reçue par la création, mais la vie éternelle et immortelle qui nous est préparée par la providence de Dieu. Lorsque nous entrons en possession de cette vie, l’empire de la mort est à jamais détruit, et dès que cette lumière brille à nos yeux, les ténèbres disparaissent sans retour ; ni la mort ne peut triompher de cette vie qui est éternelle, ni les ténèbres obscurcir cette lumière qui ne s’éteindra jamais. « Et la lumière luit dans les ténèbres. » Ces ténèbres, c’est la mort et l’erreur, car la lumière sensible ne luit pas dans les ténèbres, mais elles disparaissent à son approche, tandis que la prédication de Jésus-Christ a brillé au milieu de l’erreur qui étendait son règne sur toute la terre et l’a chassée devant elle ; et Jésus-Christ, par sa mort, a changé la mort en vie et a remporté sur elle un triomphe si complet, qu’il a délivré ceux qu’elle retenait captifs. C’est donc parce que cette prédication n’a pu être vaincue ni par la mort, ni par l’erreur, et qu’elle brille de toute part du plus vif éclat et par sa propre force, que l’Evangéliste ajoute : « Et les ténèbres ne l’ont point comprise. »




ORIG. (Traité 4 sur S. Jean.) Il faut savoir que le mot ténèbres, comme le nom d’hommes, signifie deux choses spirituelles. Nous disons d’un homme qui est en possession de la lumière, qu’il fait les œuvres de la lumière, et qu’il puise la connaissance au sein même de la lumière de la science. Tout au contraire, nous appelons ténèbres les actes coupables et la fausse science qui n’a que l’apparence de la science. Mais de même que le Père est lumière et qu’il n’y a point en lui de ténèbres (1 Jn 1, 5), ainsi en est-il du Sauveur. Toutefois, comme il a revêtu la ressemblance de la chair du péché (Rm 8), on peut dire sans inconvenance, qu’il y a en lui quelques ténèbres, puisqu’il a pris sur lui nos ténèbres pour les dissiper. Cette lumière, qui est devenue la vie des hommes, brille au milieu des ténèbres de nos âmes, et répand ses clartés là où le prince de ces ténèbres est en guerre avec le genre humain. (Ep 6) Les ténèbres ont persécuté cette lumière, comme le prouve ce que le Sauveur et ses disciples ont eu à souffrir dans ce combat des ténèbres contre les enfants de lumière. Mais grâce à la protection divine, ces ténèbres restent sans force, et ne peuvent s’emparer de la lumière, ou parce que la lenteur naturelle de leur marche ne leur permet pas de suivre la course rapide de la lumière, ou parce qu’elles sont mises en fuite à son approche si elles attendent son arrivée. Remarquons que les ténèbres ne sont pas toujours prises en mauvaise part, et qu’elles sont quelquefois le symbole d’une bonne chose, par exemple, dans ce passage du Psalmiste : « Il a choisi sa retraite dans les ténèbres, » c’est-à-dire, que tout ce qui a rapport à Dieu, est comme caché et incompréhensible pour l’intelligence humaine. Les ténèbres, entendues dans ce sens, conduisent à la lumière et finissent par la saisir, car ce que l’ignorance couvrait comme d’un nuage devient une lumière éclatante pour celui qui a cherché à la connaître. — S. AUG. (De la cité de Dieu, 10, 3.) Un platonicien a dit que le commencement de ce saint Evangile devrait être écrit en lettres d’or et placé dans l’endroit le plus éminent de toutes les Églises. — Bède : En effet, les autres Evangélistes racontent la naissance temporelle du Christ ; saint Jean nous affirme qu’il était au commencement. Les autres le font descendre aussitôt du haut du ciel parmi les hommes ; saint Jean déclare qu’il a toujours été avec Dieu : « Et le Verbe était avec Dieu. » Les trois premiers évangélistes décrivent sa vie mortelle au milieu des hommes ; saint Jean nous le présente comme Dieu étant avec Dieu au commencement : « Il était au commencement avec Dieu. » Les trois autres racontent les grandes choses qu’il a faites comme homme ; saint Jean nous enseigne que Dieu le Père a fait toutes choses par lui : « Toutes choses ont été faites par lui, et rien n’a été fait sans lui. »




Versets 6-8.



S. AUG. (Traité 2 sur S. Jean.) Tout ce qui précède avait pour objet la divinité de Jésus-Christ, qui, en venant à nous, s’est revêtu d’une forme humaine. Mais comme dans le Verbe fait chair, l’humanité cachait un Dieu ; un homme extraordinaire fut envoyé devant lui, pour découvrir en lui, par son témoignage, un caractère supérieur à l’homme. Et quel a été cet envoyé ? « Il y eut un homme. » — THEOPHYL. Ce ne fut pas un ange, pour détruire les idées qu’un grand nombre s’était faites de la nature de Jean-Baptiste. — S. AUG. Et comment pourra-t-il nous dire la vérité en parlant de Dieu ? « II fut envoyé de Dieu. » — S. Chrysostome : (hom. 6 sur S. Jean.) Gardez-vous de croire que cet envoyé de Dieu tienne un langage purement humain, ce n’est point de lui-même qu’il vient parler, toutes ses paroles lui sont dictées par celui qui l’a envoyé ; c’est pour cela qu’un prophète lui donne le nom d’ange en parlant de lui : « Voici que j’envoie mon ange, » car un ange (ou envoyé), ne dit rien de lui-même, et ne fait que transmettre les ordres de celui qui l’envoie. Ces paroles : « Il fut envoyé, » ne signifie pas un acte qui tend à donner l’être, mais qui destine à l’accomplissement d’un ministère. De même qu’Isaïe ne fut pas appelé d’autre part que du monde où il était, et qu’il fut envoyé au peuple du moment qu’il eut vu le Seigneur assis sur un trône sublime et élevé ; ainsi Jean fut envoyé du désert pour baptiser, comme il l’atteste lui-même : « Celui qui m’a envoyé baptiser, m’a dit : Celui sur lequel vous verrez, » etc.




S. AUG. Comment s’appelait-il ? « Son nom était Jean. » — ALCUIN. c’est-à-dire, grâce de Dieu ou celui en qui était la grâce de Dieu, c’est-à-dire, celui qui, le premier, a fait connaître Jésus-Christ au monde par son témoignage. Ou bien encore, le nom de Jean signifie il a été donné, parce qu’il lui a été donné par la grâce de Dieu, non-seulement d’être le précurseur du Roi des rois, mais de le baptiser.

S. AUG. Pourquoi fût-il envoyé ? « Il vint comme témoin pour rendre témoignage à la lumière. »




ORIG. (Traité 5 sur S. Jean.) Il en est qui cherchent à jeter le blâme sur les témoignages que les prophètes ont rendus à Jésus-Christ, et qui prétendent que le Fils de Dieu n’a pas besoin de témoins, et qu’il présente des motifs suffisants de crédulité, soit dans ses enseignements salutaires, soit dans ses miracles tout divins. Moïse lui-même, disent-ils, ne mérita créance que par ses paroles et ses miracles, sans avoir besoin d’être précédé par des témoins. Nous répondons qu’il est un grand nombre de motifs qui peuvent déterminer la foi, mais que tel motif, malgré sa force apparente, ne produira sur quelques-uns aucune impression, tandis que tel autre sera tout-puissant pour les amener à la foi. Or, Dieu a des moyens à l’infini pour amener les hommes à croire qu’un Dieu a daigné se faire homme pour sauver les hommes. Aussi est-ce un fait certain que les oracles des prophètes en ont forcé un grand nombre à croire à la divinité de Jésus-Christ, étonnés qu’ils étaient de voir que tant de prophètes l’avaient annoncé avant son avènement, et prédit d’une manière précise le lieu de sa naissance, et d’autres circonstances semblables. Il faut encore remarquer que les miracles opérés par Jésus-Christ, avaient plus de force pour amener à la foi ceux qui en étaient témoins ou ses contemporains, mais que plusieurs siècles après ils pouvaient n’avoir plus la même puissance, et passer même aux yeux de quelques-uns pour des fables. Donc, lorsqu’un long espace de temps nous sépare de ces miracles, le motif le plus fort de crédibilité, ce sont les prophéties jointes aux miracles. Disons encore, que par ce témoignage rendu à Dieu, plusieurs se sont couverts de gloire. C’est donc vouloir enlever au chœur des prophètes la grâce signalée qui lui a été faite, que de contester l’utilité des témoignages qu’ils ont rendus à Jésus-christ. Jean est venu se joindre à ces prophètes, en rendant lui-même témoignage à la lumière. — S. Chrysostome : (hom. 5 sur S. Jean.) Ce n’est pas sans doute que la lumière eût besoin de témoignage, mais l’Evangéliste nous apprend le vrai motif de la mission de Jean, dans les paroles suivantes : « Afin que tous crussent par lui. » Le Fils de Dieu a pris une chair mortelle pour sauver tous les hommes d’une perte inévitable, et c’est par suite du même dessein qu’il envoie devant lui un homme pour précurseur, afin que cette voix d’un de leurs semblables les déterminât plus facilement à venir à lui. — Bède : L’Evangéliste ne dit pas : Afin que tous crussent en lui, (car maudit est l’homme qui met sa confiance dans l’homme), (Jr 7, 5) mais : « Afin que tous crussent par lui, » c’est-à-dire, que tous par son témoignage crussent à cette lumière. — THEOPHYL. Que quelques-uns aient refusé de croire, Jean n’en est pas responsable. Si un homme s’enferme dans une maison obscure, et se prive ainsi de voir les rayons du soleil, la faute n’en est pas au soleil mais bien à lui-même ; ainsi Jean a été envoyé, afin que tous crussent par lui ; si ce but n’a pas été entièrement atteint, le saint précurseur n’en est pas la cause.




S. Chrysostome : (hom. 6 sur S. Jean.) D’après l’opinion commune, celui qui rend témoignage nous paraît ordinairement supérieur à celui qui est l’objet de son témoignage, et plus digne de foi ; aussi l’Evangéliste se hâte de détruire ici ce préjugé en ajoutant : « Il n’était pas la lumière, mais il était venu pour rendre témoignage à la lumière. » Si telle n’a pas été son intention en répétant ces paroles : « Pour rendre témoignage à la lumière, » ce membre de phrase est complètement superflu. Ce n’est pas un développement de la doctrine, c’est une répétition de mots inutiles.




THEOPHYL. Mais la conclusion de ces paroles n’est-elle pas que ni Jean-Baptiste, ni aucun autre saint n’ont été ou ne sont la lumière ? Si nous voulons donner à un saint le nom de lumière, il faut employer le mot lumière sans article ; si l’on vous demande, par exemple : Jean est-il la lumière ? répondez qu’il est lumière, sans mettre l’article, mais non pas la lumière avec l’article ; car il n’est pas la lumière par excellence, et il n’est lumière, que parce qu’il est entré en participation de la vraie lumière.




v. 9.



S. AUG. (Traité 2 sur S. Jean.) Nous voyons ici quelle est cette lumière à laquelle Jean-Baptiste rend témoignage : « Celui-là était la vraie lumière. » — S. Chrysostome : (hom. 6 sur S. Jean.) Ou bien encore, l’Evangéliste venait de dire que Jean-Baptiste avait été envoyé et était venu pour rendre témoignage à la lumière. Or, ce témoignage d’un homme envoyé tout récemment pouvait faire croire à l’origine récente aussi de celui à qui il rendait témoignage ; il élève donc aussitôt nos pensées vers cette existence antérieure à tout commencement, et qui ne doit jamais avoir de fin : « Celui-là était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. » — S. AUG. (Traité 2 sur S. Jean.) Pourquoi saint Jean ajoute-t-il le mot vraie ? C’est qu’on donne aussi à l’homme qui est éclairé le nom de lumière, mais la vraie lumière est celle qui éclaire elle-même. Nos yeux aussi sont appelés des lumières, et cependant c’est en vain que ces lumières sont ouvertes, si pour les éclairer, on n’allume une lampe pendant la nuit, où si dans le jour le soleil ne répand sur eux ses clartés. Aussi l’Evangéliste ajoute : « Qui éclaire tout homme. » Si elle éclaire tout homme, elle éclaire donc Jean lui-même. Elle éclairait donc celui qu’elle avait choisi pour lui rendre témoignage. Il arrive souvent que le soleil nous fait connaître son lever par la lumière qu’il fait rayonner sur les corps, et cependant nous ne pouvons le voir de nos yeux. Ainsi ceux qui ont les yeux trop malades ou trop faibles pour voir le soleil, peuvent cependant les arrêter sur un mur qui réfléchit sa lumière, sur une montagne, sur un arbre ou sur tout autre objet semblable. Il en était de même de ceux au milieu desquels Jésus-Christ était venu, et qui étaient encore beaucoup moins capables de le voir. Il a donc éclairé Jean de ses rayons, et Jean, qui confessait hautement la source d’où lui venait cette lumière, fit connaître ainsi celui qui l’éclairait. Il ajoute : « Venant en ce monde, » c’est qu’en effet, si l’homme ne venait pas en ce monde, il n’aurait pas besoin d’être éclairé, mais il faut qu’il soit éclairé, parce qu’il a quitté l’endroit où il aurait joui toujours de cette divine lumière. — THEOPHYL. Que le manichéen rougisse d’oser dire que nous sommes l’œuvre d’un Créateur mauvais et ténébreux ; car jamais nous ne pourrions être éclairés si nous n’étions les créatures de la vraie lumière.




S. Chrysostome : (hom. 8 sur S. Jean.) Où sont aussi ceux qui prétendent que Jésus-Christ n’est pas le vrai Dieu ? alors qu’il est appelé ici la vraie lumière. Mais s’il éclaire tout homme venant en ce monde, comment se fait-il qu’un si grand nombre soient demeurés dans les ténèbres ? Car tous n’ont pas connu le culte qui est dû à Jésus-Christ. Il éclaire tout homme, autant qu’il dépend de lui. Mais s’il en est qui ont fermé volontairement les yeux de leur âme pour ne point recevoir les rayons de cette divine lumière, les ténèbres dans lesquelles ils demeurent plongés, ne viennent pas de la nature delà lumière, mais de la malice de ceux qui se privent volontairement du don de la grâce. Car la grâce a été répandue sur tous les hommes et ceux qui ont refusé de la recevoir, ne doivent imputer qu’à eux-mêmes leur aveuglement. — S. AUG. (Enchirid,, 109.) Ces paroles : « Qui éclaire tout homme, » veulent dire non pas que tous les hommes sans exception sont éclairés, mais que personne ne peut l’être que par cette lumière. — Bède : Il nous éclaire, soit en nous donnant la raison, soit en répandant en nous sa divine sagesse ; car nous ne pouvons nous donner la sagesse, pas plus que nous n’avons pu nous donner l’existence.




ORIG. (hom. 2 sur div. suj.) Ou bien encore, nous ne devons pas entendre ces paroles : « Qui éclaire tout homme venant en ce monde, » de ceux qui entrent dans le monde avec un corps formé d’après les principes secrets qui président à la génération, mais de ceux qui entrent dans le monde invisible par la régénération spirituelle de la grâce conférée par le baptême. Voilà pourquoi cette lumière éclaire ceux qui entrent dans le monde des vertus, et non pas ceux qui se précipitent dans le monde des vices.




THEOPHYL. Ou bien encore, cette lumière qui nous est donnée de Dieu, c’est l’intelligence dont il nous a doués pour nous diriger ici-bas, intelligence qui s’appelle aussi la raison naturelle, mais un grand nombre, par le mauvais usage dé la raison, se sont jetés eux-mêmes dans les ténèbres.




v. 10.



S. AUG. (Traité 2 sur S. Jean.) La lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, est venue sur la terre sous le voile d’une chair mortelle ; car tant qu’elle n’y était que par la divinité, elle était invisible pour les insensés, pour les aveugles et pour les méchants dont saint Jean a dit plus haut : « Les ténèbres ne l’ont point comprise, » c’est pour cela qu’il dit ici : « Il était dans le monde. » — ORIG. (hom. 2 sur div. suj.) Lorsque celui qui parle cesse de parler, sa voix cesse de se faire entendre ; de même si le Père céleste ne faisait plus entendre son Verbe, l’œuvre du Verbe, c’est-à-dire l’univers qu’il a créé, cesserait d’exister. — S. AUG. (Traité 2 sur S. Jean.) N’allez pas croire qu’il était dans le monde comme sont dans le monde la terre, les animaux, les hommes, ou comme le ciel, le soleil, les étoiles ; il y était comme un ouvrier qui dirige l’ouvrage sorti de ses mains : « Et le monde a été fait par lui. » Toutefois il n’a pas créé le monde comme un ouvrier fait son ouvrage, car l’ouvrier est en dehors de l’ouvrage qu’il travaille, Dieu, au contraire, est comme répandu dans le monde qu’il crée, il est présent partout, et il n’est pas un seul être qui soit en dehors de son immensité. C’est donc par la présence de sa divinité, qu’il fait tout ce qu’il crée, et qu’il gouverne tout ce qu’il a créé. Il était donc dans le monde, comme le Créateur du monde.




S. Chrysostome : (hom. 8 sur S. Jean.) Et encore, comme il était dans le monde, mais sans être contemporain du monde, l’Evangéliste ajoute : « Et le monde a été fait par lui, et il vous élève ainsi jusqu’à l’existence éternelle du Fils unique. » En effet, en entendant dire que tout cet univers est son ouvrage, fût-on d’une intelligence bornée, on sera forcé de reconnaître qu’il existait avant son ouvrage. — THEOPHYL. Saint Jean confond en même temps l’erreur insensée de Marcion, qui prétendait que c’était un mauvais principe qui avait créé toutes choses, et celle des ariens qui osaient soutenir que le Fils de Dieu était une simple créature.




S. AUG. (comme précéd.) Que signifient ces paroles : « Le monde a été fait par lui ? » On appelle monde le ciel, la terre, la mer, et tout ce qu’ils contiennent. Dans un autre sens, on donne encore ce nom à ceux qui aiment le monde, et c’est de ce monde qu’il est dit : « Le monde ne l’a point connu. » On ne peut dire, en effet, ni du ciel, ni des anges, ni des astres, qu’ils n’ont pas connu le Créateur, dont les démons eux-mêmes confessent la puissance. Toutes les créatures lui ont donc rendu témoignage. Quels sont ceux qui ne l’ont point connu ? Ceux qui sont appelés le monde, parce qu’ils aiment le monde, car en aimant le monde, nous habitons de cœur dans le monde ; ceux, au contraire, qui n’aiment pas le monde, sont de corps dans le monde, mais ils habitent le ciel par le cœur, suivant ces paroles de l’Apôtre : « Pour nous, nous vivons déjà dans le ciel. » (Ph 3) C’est donc parce qu’ils ont aimé le monde, qu’ils ont mérité eux-mêmes le nom du monde où ils habitent. Lorsque nous disons d’une maison qu’elle est bonne ou qu’elle est mauvaise, ce n’est point aux murailles que s’adressent notre blâme ou nos louanges, mais à ceux qui l’habitent ; c’est ainsi que nous appelons monde ceux qui habitent le monde par leurs affections. — S. Chrysostome : (hom. 8 sur S. Jean.) Quant aux amis de Dieu, ils l’ont connu avant même qu’il eût rendu sa présence sensible, c’est-à-dire avant son avènement en ce monde, comme le prouvent ces paroles du Sauveur : « Abraham, votre père, a tressailli du désir de voir mon jour. » (Jn 8, 56.) Lors donc que les Gentils nous adressent ce reproche. Pourquoi le Sauveur n’est-il venu opérer notre salut que dans les derniers temps, après tant de siècles écoulés, sans qu’il ait pensé à nous ? Nous leur répondons, qu’avant même son avènement, il était dans le monde, sa providence s’étendait à toutes ses œuvres, et il était connu de tous ceux qui en étaient dignes ; et si le monde ne l’a pas connu, ceux dont le monde n’était pas digne, ont mérité de le connaître. En disant : « Le monde ne l’a point connu, » il a indiqué sommairement la cause de cette ignorance ; car le monde ici sont les hommes qui ne sont attachés qu’au monde, qui n’ont de goût et d’affection que pour le monde ; or rien ne trouble autant l’âme que l’amour énervant des choses présentes.




Versets 11-13.



S. Chrysostome : (hom. 9 sur S. Jean.) Ces paroles : « Le monde ne l’a point connu, » doivent s’entendre des temps qui ont précédé l’incarnation. Celles qui suivent : « Il est venu dans son héritage, » se rapportent aux temps de la prédication de l’Evangile.— S. AUG. (Traité 2 sur S. Jean.) « Il est venu dans son héritage, » parce que toutes choses ont été faites par lui. — THEOPHYL. On peut donc entendre ici ou le monde, ou la Judée, qu’il avait choisie pour héritage. — S. Chrysostome : (hom. 9 et 10 sur S. Jean.) Il est venu dans son héritage, non pas dans un motif d’intérêt personnel (car Dieu n’a besoin de personne), mais pour combler les siens de bienfaits. Mais d’où a pu venir celui qui remplit tout de son immensité, et qui est présent partout ? C’est par un effet de sa grande condescendance qu’il est venu jusqu’à nous ; il était au milieu du monde, sans que le monde pensât à sa présence, parce qu’il n’eu était pas connu ; il a donc daigné se revêtir d’un corps sensible. C’est cette manifestation et cette condescendance, qu’il appelle sa présence ou son avènement (hom. 11) Or, Dieu, plein de bonté et de miséricorde, ne néglige rien de ce qui peut nous élever à une vertu éminente. Aussi ne veut-il s’attacher personne par force ou par nécessité, et ne veut nous attirer à lui que par la persuasion et par les bienfaits. De là vient que les uns le reçurent, et que les autres refusèrent de le recevoir ; car il ne veut pas qu’on soit à son service malgré soi et comme par contrainte ; celui qui le sert forcément et de mauvaise grâce, est à ses yeux comme celui qui refuse complètement de le servir : « Et les siens ne l’ont pas reçu. » (hom. 9.) L’Evangéliste appelle les Juifs les siens, comme étant son peuple privilégié, ou bien tous les hommes comme étant tous ses créatures. Dans l’étonnement où le jetait la conduite insensée du genre humain, il s’est écrié plus haut : « Le monde a été fait par lui, et le monde n’a point connu son Créateur ; » ici l’ingratitude des Juifs le remplit d’indignation, et il lance contre eux cette accusation bien plus grave : « Et les siens ne l’ont pas reçu. »




S. AUG. (Traité 1 sur S, Jean.) Mais si personne absolument ne l’a reçu, personne donc n’est sauvé ; car la condition essentielle du salut, c’est de recevoir Jésus-Christ, aussi l’Evangéliste ajoute : « Tous ceux qui l’ont reçu, » etc. — S. Chrysostome : (hom. 10 sur S. Jean.) Esclaves ou hommes libres, grecs ou barbares, savants ou illettrés, hommes ou femmes, enfants ou vieillards, tous ont été rendus dignes du même honneur : « Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. »— S. AUG. (comme précéd.) Quelle extrême bonté ! il était né Fils unique, et il n’a pas voulu demeurer seul ; il n’a pas craint d’avoir des cohéritiers, parce que son héritage ne peut être amoindri par le partage qu’il en fait. — S. Chrysostome : (hom. 10.) Il ne dit pas qu’il les fit enfants de Dieu, mais qu’il leur à donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, nous apprenant ainsi que ce n’est qu’au prix de grands efforts que nous pouvons conserver sans tache ce caractère de l’adoption qui a été imprimé et gravé dans notre âme par le baptême. Il nous enseigne encore que personne ne peut nous ôter ce pouvoir, si nous-mêmes ne consentons à nous en dépouiller. Ceux à qui les hommes délèguent une partie de leur puissance ou de leur autorité, la possèdent presque à l’égal de ceux qui la leur ont donnée ; à plus forte raison en sera-t-il ainsi de nous qui avons reçu cet honneur de Dieu même. Il veut encore nous apprendre que cette grâce n’est donnée qu’à ceux qui la veulent et qui la recherchent ; car c’est le concours du libre arbitre et de l’opération de la grâce, qui nous fait enfants de Dieu. — THEOPHYL. Ou bien encore, il veut parler ici de cette filiation parfaite, dont la résurrection doit nous mettre en possession, d’après ces paroles de l’Apôtre : « Attendant l’effet de l’adoption divine, la rédemption de notre corps. » (Rm 8) Il nous a donc donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, c’est-à-dire d’obtenir cette grâce dans la vie future.




S. Chrysostome : (hom. 10.) Comme dans la distribution de ces biens ineffables, il appartient à Dieu de donner la grâce, de même qu’il appartient à l’homme de faire acte de foi, saint Jean ajoute : « A ceux qui croient en son nom. » Pourquoi ne nous dites-vous pas, saint Evangéliste, quel sera le supplice de ceux qui n’ont pas voulu le recevoir ? Mais quel supplice plus grand pour ceux qui ont reçu le pouvoir de devenir enfants de Dieu, que de refuser de le devenir, et de se priver volontairement d’un si grand honneur ? Toutefois ce ne sera pas leur seul supplice, ils seront condamnés à un feu qui ne s’éteindra jamais, comme l’Evangéliste le déclarera plus ouvertement dans la suite. (Jn 3)




S. AUG. (même traité.) Ceux qui croient en son nom deviennent donc enfants de Dieu et frères de Jésus-Christ, et prennent par là même une nouvelle naissance. Comment, en effet, sans cette seconde naissance pourraient-ils devenir enfants de Dieu ? Les enfants dès hommes naissent de la chair et du sang, delà volonté de l’homme et de l’union des époux. Mais comment naissent les enfants de Dieu ? Ils ne sont pas nés des sangs, c’est-à-dire, de l’homme et de la femme. Le mot sangs (sanguina ou sanguines) n’est pas latin, mais comme cette expression est au pluriel dans le texte grec, le traducteur aima mieux la rendre de la sorte, sauf à employer un mot peu conforme aux règles de la latinité, pour faire mieux comprendre la vérité aux esprits moins intelligents. En effet, les enfants naissent du mélange du sang de l’homme et de la femme. — Bède : Il est bon aussi de remarquer que dans la sainte Ecriture, le mot sang au pluriel signifie ordinairement le péché, comme dans ce passage du Psaume 50 : « Délivrez-moi des sangs (de sanguinibus). »




S. AUG. (même traité.) Dans les paroles suivantes : « Ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme ; » la chair est synonyme de la femme, en souvenir de sa création. Lorsque, en effet, elle eut été créée d’une côte du premier homme, Adam lui dit : « Voici l’os de mes os et la chair de ma chair. » Le mot chair signifie donc ici la femme, de même que souvent l’esprit est le symbole du mari, parce que son rôle est de commander, et celui de la femme de servir. Quelle maison plus mal ordonnée, en effet, que celle où la femme commande au mari ? Les enfants de Dieu ne sont donc nés ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. — Bède : La génération charnelle de tous les hommes tire son origine de l’union des époux, tandis que la génération spirituelle a pour principe la grâce de l’Esprit saint.




S. Chrysostome : (hom. 10 sur S. Jean.) L’Evangéliste, en parlant ainsi, veut nous faire comprendre d’un côté la bassesse de la première génération qui vient du sang et de la volonté de la chair, et l’élévation de la seconde qui vient de la grâce et ennoblit notre nature, afin que nous ayons une haute idée de la grâce qui nous a engendrés, et que nous ne négligions rien pour la conserver.




v. 13.



S. AUG. (même traité.) Cette idée d’une naissance qui vient de Dieu était de nature à inspirer un sentiment d’étonnement mêlé de frayeur, et il pouvait même paraître incroyable que les hommes soient nés de Dieu. Aussi l’Evangéliste s’empresse de nous rassurer, en ajoutant : « Et le Verbe a été fait chair. » Qu’y a-t-il d’étonnant que des hommes naissent de Dieu ? Considérez Dieu lui-même qui a voulu naître des hommes. — S. Chrysostome : (hom. 11 sur S. Jean.) Ou bien encore : après avoir dit que ceux qui l’ont reçu ont reçu de Dieu une nouvelle naissance, il fait connaître la cause d’un si grand honneur, c’est que le Verbe s’est fait chair, car le propre Fils de Dieu est devenu le Fils de l’homme, afin de rendre les hommes enfants de Dieu. Lorsque vous entendez dire que le Verbe s’est fait chair, ne vous laissez pas troubler par ces paroles. Il n’a point changé en chair la nature divine (interprétation qui serait une impiété), mais il a pris la forme d’esclave en demeurant ce qu’il est. C’est pour confondre les blasphèmes de ceux qui prétendent que tout ce qui a rapport à l’incarnation était fantastique et imaginaire que l’Evangéliste s’est servi de cette expression : « A été fait, » expression qui ne signifie pas un changement de substance, mais l’union du Fils de Dieu à une chair véritable. S’ils viennent nous dire que Dieu étant tout-puissant, a bien pu changer en chair sa nature divine, nous répondrons que Dieu peut tout ce qui n’atteint pas directement son être divin. Or, toute idée de changement est directement opposée à cette nature immuable.




S. AUG. (De la Trin., 15, 11) De même que notre Verbe ou notre parole devient en quelque sorte la voix du corps en s’unissant à elle pour se manifester aux sens des hommes, ainsi le Verbe de Dieu s’est fait chair, en s’unissant à elle pour se manifester aussi aux hommes ; notre parole devient voix, mais elle n’est pas changée en voix ; ainsi le Verbe de Dieu s’est fait chair, mais loin de nous la pensée qu’il ait été changé en chair. Il s’est uni à la chair, mais il ne s’est pas transformé en chair, il s’est fait chair comme notre parole se fait voix. — CONS. D’EPH. La parole qui sort de nos lèvres et dont nous faisons usage dans nos rapports avec les autres hommes, est une parole incorporelle qui n’est sensible ni à la vue, ni au toucher ; mais lorsqu’elle s’est comme revêtue de lettres et de formes extérieures, elle devient visible et accessible à la vue comme au toucher. De même le Verbe de Dieu qui, par sa nature, est invisible, est devenu visible ; il est incorporel aussi par sa nature, et il a pris un corps accessible au toucher. — ALCUIN. (Liv. 1, chap. 1, sur S. Jean.) Ces paroles : « Le Verbe s’est fait chair, » ne doivent pas s’entendre dans un autre sens que celui-ci : Dieu s’est fait homme en prenant un corps et une âme. De même que chacun de nous est un composé d’un corps et d’une âme qui ne forment qu’un seul homme ; ainsi Jésus-Christ, depuis son incarnation, ne fait qu’une seule personne formée de la divinité, d’un corps, et d’une âme. La divinité du Verbe a daigné s’unir à cette nature humaine qu’elle avait choisie spécialement pour qu’elle devînt une seule personne en Jésus-Christ. La nature divine n’a subi dans cette union aucune altération, aucun changement, elle s’est simplement unie à la nature humaine qu’elle n’avait pas auparavant. (Liv. 3, de la foi en la Trin., chap. 9.) C’est une vérité incontestable que le Fils de Dieu a pris, non pas la personne, mais la nature humaine pour l’unir à sa personne divine et éternelle ; l’homme a comme passé en Dieu, non point par un changement de nature, mais par son union avec la personne divine. Il n’y a donc point deux Christs, il n’y a qu’un seul Christ, Dieu et homme tout à la fois. (Liv. 1, cont. Félix d’Urgel.) Cette union du Verbe avec la chair est tellement ineffable, que pour l’exprimer, nous disons que le Verbe s’est fait chair, quoique le Verbe n’ait pas été changé en chair, et cette chair est appelée Dieu, bien qu’elle ne soit pas elle-même changée en la nature divine. (Liv. 3.) Nous confessons donc qu’il y a dans la seule personne de Jésus-Christ deux natures unies entre elles par un lien si ineffable, que chacune d’elles conservant ses propriétés, cette sainte et admirable union nous présente, non pas un changement ou une altération de la divinité, mais une élévation sublime pour l’humanité, c’est-à-dire, que Dieu n’a pas été changé en l’homme, mais l’homme glorifié en Dieu, etc. (Dans la Glose.) Nous croyons qu’une âme incorporelle peut être unie à un corps, et que l’union de ces deux substances fait un seul homme ; nous devons croire plus facilement que la nature divine qui est incorporelle, s’est unie à une âme jointe à un corps pour former une seule personne, de manière que le Verbe n’a pas été changé en chair, ni la chair dans le Verbe, pas plus que le corps ne se change en âme, ni l’âme en corps.




THEOPHYL. Apollinaire de Laodicée a voulu appuyer son hérésie sur ces paroles ; il prétendait que le Christ n’avait point eu d’âme raisonnable, mais seulement un corps ayant pour âme la divinité qui gouvernait et dirigeait le corps. — S. AUG. (cont. Les Ar., ch. 9.) Vous êtes impressionné de ce qu’il est écrit que le Verbe s’est fait chair, sans qu’il soit question de l’âme ? Mais rappelez-vous que la chair est souvent mise pour l’homme tout entier en vertu de cette locution figurée qui emploie la partie pour le tout, comme dans ces paroles : « Toute chair viendra à vous. » (Ps 64) Et dans ces autres : « Nulle chair ne sera justifiée par les œuvres de la loi. » Ce que l’Apôtre explique plus clairement dans l’Epître aux Galates : « L’homme ne sera point justifié par les œuvres de la loi. » (Ga 2) Ces paroles : « Le Verbe s’est fait chair, » ont donc la même signification que celles-ci : « Le Verbe s’est fait homme. »




THEOPHYL. Si l’Evangéliste nomme de préférence la chair, c’est pour nous montrer la condescendance inénarrable de Dieu, et nous faire admirer sa miséricorde qui l’a porté à s’unir pour notre salut, à ce qui est séparé de sa nature par une distance incommensurable, c’est-à-dire la chair. L’âme, en effet, a quelques points de rapprochement avec Dieu. Mais si le Verbe, en s’incarnant, n’avait pas pris une âme humaine, il s’ensuivrait que nos âmes ne seraient ni guéries ni rachetées, car le Sauveur n’a sanctifié que ce qu’il s’est uni. C’est l’âme qui, la première s’est rendue coupable, ne serait-il donc pas ridicule de supposer qu’il se soit uni la chair pour la sanctifier, tandis qu’il aurait délaissé la partie la plus noble de l’homme, comme aussi la plus malade ? Ainsi se trouve encore détruite l’hérésie de Nestorius, qui enseignait que ce n’est pas le Verbe-Dieu qui s’est fait homme et qui a été conçu du sang d’une Vierge, mais que la Vierge a enfanté un homme, orné et enrichi de toutes les vertus, et que le Verbe de Dieu s’était uni. Il concluait de là qu’il y avait en Jésus-Christ deux fils, l’un né de la Vierge, qui était homme, l’autre né de Dieu, c’était son luis, qui était uni à cet homme par les liens de la grâce et de la charité. L’Evangéliste lui a répondu d’avance, en affirmant que c’est le Verbe lui-même qui s’est fait homme, et non pas que le Verbe a fait choix d’un homme vertueux pour s’unir à lui.




S. CYR. (Lett. 8 à Nestor. ; 4 dans l’édit. lat.) Le Verbe s’est fait homme en s’unissant une chair animée d’une âme raisonnable, par une union ineffable et incompréhensible, qui ne fait en lui qu’une seule personne, et il a été appelé Fils de l’homme, non par suite d’une simple union de volonté ou de bon vouloir, ni parce qu’il avait pris la simple personnalité de l’homme, mais par suite de l’union véritable de deux natures différentes qui n’ont formé qu’un seul Christ et qu’un seul Fils, sans que cette union étroite ait détruit la différence des deux natures.




THEOPHYL. De ces paroles : « Le Verbe s’est fait chair, » nous concluons que le Verbe s’est fait homme, et que tout en demeurant Fils de Dieu, il est devenu fils de la femme, à qui nous donnons le nom distinctif de mère de Dieu, parce qu’elle a véritablement engendré Dieu selon la chair.




S. HIL. (De la Trin., 10.) Il en est qui veulent que le Fils unique de Dieu, c’est-à-dire, le Dieu Verbe, qui était en Dieu au commencement, ne soit pas Dieu substantiellement, mais seulement la parole d’une voix qui s’est produite, c’est-à-dire, que le Fils serait pour Dieu le Père, ce que la parole est pour ceux qui la profèrent. Par suite de cette erreur, ils cherchent à nier, par leurs raisonnements insidieux, que le Verbe-Dieu soit né comme homme et comme Christ, en demeurant Dieu. Ils donnent à cette conception et à cette naissance une cause toute naturelle, et refusent de leur reconnaître un caractère mystérieux et divin, de sorte que dans leur sentiment, le Dieu Verbe n’a pas reçu son humanité d’un enfantement virginal, mais il a été simplement dans la personne de Jésus, comme l’esprit de prophétie était dans les prophètes. Ils nous reprochent d’ailleurs de dire que le Christ, dans sa naissance, n’a pas pris un corps et une âme semblables au nôtre, alors que nous professons hautement que le Verbe fait chair a pris en naissant une nature comme à la nôtre, et qu’il est vrai fils de Dieu, en même temps qu’il est né vrai Fils de l’homme. Mais de même qu’il avait reçu de la Vierge un corps qu’il avait lui-même créé, c’est de lui-même aussi que vient l’âme qu’il s’est unie, et qui d’ailleurs n’est jamais donnée à l’homme par voie de génération. Or, puisqu’il est certain qu’il est à la fois Fils de l’homme et Fils de Dieu, n’est-il pas ridicule de supposer en dehors du Fils de Dieu, du Verbe fait chair, je ne sais quel prophète, animé par le Verbe de Dieu, alors qu’il est certain que le Seigneur Jésus-Christ est à la fois Fils de Dieu et Fils de l’homme ? — S. Chrysostome : (hom. 10 sur S. Jean.) L’Evangéliste détruit par avance la fausse idée que ces paroles : « Le Verbe s’est fait chair, » pourraient faire naître dans certains esprits, d’un changement ou d’une transformation de cette nature incorruptible, en ajoutant : « Et il a habité parmi nous. » Car celui qui habite n’est pas une même chose avec le lieu qu’il habite, il en diffère. Je parle ici de la différence de nature, car en vertu de l’union étroite qui existe entre les deux natures, le Dieu Verbe fait chair, ne forme qu’une seule personne sans aucune confusion, comme sans destruction de ces deux natures. — ALCUIN. Ou bien encore : « Il a habité parmi nous, » c’est-à-dire, il a vécu et conversé parmi les hommes.




v. 14.



S. Chrysostome : (hom. 11 sur S. Jean.) Nous avons donc été faits enfants de Dieu et en vertu du mystère du Verbe fait chair ; l’Evangéliste nous fait connaître un nouveau bienfait de l’incarnation : « Et nous avons vu sa gloire ; » car jamais nous n’aurions pu la voir, si lui-même ne s’était manifesté à nous sous une forme semblable à la nôtre. En effet, si les Hébreux n’ont pu soutenir l’éclat du visage glorifié de Moïse, qu’il fallut couvrir d’un voile, comment, nous, dont l’origine et les instincts sont tout terrestres, pourrions-nous soutenir à découvert la vue de la Divinité, inaccessible même aux vertus supérieures des cieux.




S. AUG. (Traité 2 sur S. Jean.) Ou bien encore, ces paroles : « Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, » nous apprennent que le Verbe a fait du mystère de sa naissance comme un collyre pour éclaircir les yeux de notre cœur, et nous permettre de voir sa Majesté à travers son humanité : « Et nous avons vu sa gloire. » Personne ne pourrait voir sa gloire, s’il n’était guéri par l’humilité de son incarnation. L’œil de l’homme était comme obscurci par la poussière soulevée de la terre, il avait les yeux malades, et Dieu lui met comme de la terre sur les yeux pour les guérir. La chair vous avait aveuglé, c’est la chair qui vous guérit. L’âme était devenue charnelle en donnant son consentement aux affections de la chair, et c’est ainsi que l’œil du cœur avait été aveuglé. Le médecin vous a fait un collyre en venant revêtu d’une chair mortelle pour réprimer les vices de la chair, car le Verbe s’est fait chair, afin que vous puissiez dire : « Nous avons vu sa gloire. »




S. Chrysostome : (hom. 12 sur S. Jean.) Saint Jean ajoute : « Comme la gloire du Fils unique. » C’est, qu’en effet, un grand nombre de prophètes ont été glorifiés, tels que Moïse, Elie, Elisée, et beaucoup d’autres qui ont opéré de grands miracles. Il en est de même des anges qui, en apparaissant aux hommes, ont fait briller à leurs yeux la gloire qui est propre à leur nature ; c’est ainsi que les chérubins et les séraphins ont été vus par le prophète, environnés d’une gloire éclatante. L’Evangéliste nous élève bien au-dessus de cette gloire, au-dessus de toute nature et de toute gloire créée, et nous conduit jusqu’au faite de tous les biens. Or voici le sens de ses paroles : La gloire que nous avons vue n’est pas la gloire d’un prophète, d’un homme ordinaire, ni même d’un ange, d’un archange, ou de quelqu’une des puissances supérieures, mais c’est comme la gloire du dominateur lui-même, du roi, du Fils unique par nature. — S. GREG. (Moral., 18, 6.) En effet, dans les saintes Ecritures, les particules, de même, comme (sicut, quasi), n’indiquent pas toujours une simple ressemblance, mais quelquefois une parfaite identité, comme dans ces paroles : « Comme du Fils unique du Père. » — S. Chrysostome : (hom. 12 sur S. Jean.) Ceux qui ont vu un roi dans toute sa gloire et sa majesté, dans l’impuissance où ils sont de rendre comme ils le voudraient l’impression produite sur eux par tant d’éclat et de splendeur, s’expriment ordinairement de la sorte : Pourquoi vous en dirai-je davantage ? C’était comme un roi. Saint Jean s’exprime de la même manière : « Nous avons vu sa gloire comme, celle du Fils unique du Père. » Lorsque les anges apparaissaient, c’était toujours comme des serviteurs qui exécutent les ordres de leur maître ; mais le Fils de Dieu, quoique sous une forme humaine, se révèle comme étant le Seigneur. D’ailleurs, les créatures le reconnaissent comme leur Maître ; l’étoile, en appelant les mages à son berceau ; les anges, en annonçant sa naissance aux bergers ; l’enfant (Jean-Baptiste), en tressaillant dans le sein de sa mère. Le Père lui-même lui a rendu témoignage du haut des cieux, et le Paraclet en descendant sur lui lors de son baptême. Que dis-je, toute la nature a proclamé bien plus haut que la multitude qu’il était le roi des cieux. Il mettait les démons en fuite, il guérissait toutes les maladies, faisait sortir les morts de leurs tombeaux, retirait les âmes de l’abîme du mal pour les conduire au sommet des plus éminentes vertus. Qui pourrait dire la sagesse de ses préceptes, la force de ses lois divines et la belle harmonie de la vie toute angélique qu’il est venu établir parmi les hommes ?




ORIG. (hom. 2 sur div. suj.) Les paroles qui suivent : « Plein de grâce et de vérité, » peuvent s’entendre de deux manières différentes, c’est-à-dire de l’humanité et de la divinité du Verbe incarné. Ainsi la plénitude de la grâce se rapporterait à l’humanité, par laquelle le Christ est le chef de l’Église et le premier né de toute créature. En effet, c’est en lui que s’est manifesté le plus grand et le plus merveilleux effet de la grâce, en vertu de laquelle l’homme est devenu dieu sans aucun mérite de sa part. La plénitude de la grâce eu Jésus-Christ peut encore s’entendre de l’Esprit saint, dont les sept dons remplirent l’humanité du Sauveur. (Is 11) La plénitude de la vérité se rapporte à la divinité. Si vous aimez mieux appliquer au Nouveau Testament cette plénitude de grâce et de vérité, vous pourriez dire avec beaucoup de vraisemblance que la plénitude de la grâce du Nouveau Testament nous a été donnée par Jésus-Christ, et que la vérité des symboles figuratifs de la loi s’est accomplie en lui. — THEOPHYL. Ou encore, il est plein de grâce, à cause de la grâce de ses paroles, comme le prédit David : « La grâce est répandue sur vos lèvres » (Ps 44) ; il est plein de vérité, en comparaison de Moïse et des prophètes qui parlaient ou agissaient eu figure, tandis que toutes les paroles comme toutes les actions de Jésus-Christ étaient vérité.

Verset 15



ALCUIN. Nous avons vu plus haut qu’un homme avait été envoyé pour rendre témoignage ; l’Evangéliste rapporte ici le témoignage que le Précurseur rend publiquement à l’élévation de l’humanité en Jésus-Christ et à l’éternité de son existence divine : « Jean rend témoignage de lui. » — S. Chrysostome : (hom. 13 sur S. Jean.) Ou bien, tel est le motif qui a déterminé l’Evangéliste à rapporter ce témoignage : Ne croyez pas, semble-t-il dire, que c’est pour avoir longtemps vécu avec le Sauveur et nous être assis à la même table, que nous lui rendons ainsi un témoignage de reconnaissance ; car Jean-Baptiste qui ne l’avait pas vu auparavant, qui n’avait point vécu avec lui, lui rend le même témoignage. Il revient à plusieurs reprises sur ce témoignage, et le reproduit avec le plus grand soin sous différentes formes, parce que les Juifs avaient Jean-Baptiste en très-grande estime. Les autres évangélistes ont invoqué les oracles des anciens prophètes. « Ceci s’est fait, disent-ils, afin que fût accomplie la parole du prophète. » Saint Jean, au contraire, produit un témoin plus élevé, et aussi plus récent, non qu’il prétende donner du crédit au Maître par le témoignage du serviteur, mais pour s’accommoder à la faiblesse de ses auditeurs. Si le Fils de Dieu n’eût pris la forme de serviteur, il n’eût pu être reçu par les hommes ; de même s’il n’eût préparé par la voix de son serviteur l’esprit de ses semblables, peu de Juifs eussent consenti à recevoir la parole de Jésus-Christ : « Et il dit à haute voix, » c’est-à-dire qu’il parle publiquement, avec confiance et en toute liberté, et sans rien dissimuler. Toutefois, il ne commence point par dire que Jésus est le Fils unique de Dieu par nature, mais il dit à haute voix : « Voici celui dont je disais : Celui qui doit venir après moi, a été fait pins grand que moi, parce qu’il était avant moi. » Les mères des petits oiseaux n’apprennent pas tout de suite à voler à leurs petits ; ils commencent par les faire sortir de leur nid, puis les laissent se reposer, puis les exercent de nouveau, et enfin leur font prendre un essor plus rapide dans les airs. Jean-Baptiste fait de même, il ne porte pas tout d’abord les Juifs à de hautes considérations, mais il les élève insensiblement au-dessus de la terre en leur disant que le Christ était au-dessus de lui, ce qui était un grand point. Et voyez avec quelle prudence il lui rend témoignage. Il n’attend pas que Jésus soit présent pour le faire connaître, il l’annonce avant qu’il eût paru au milieu des Juifs. C’est ce qu’indiquent ces paroles : « Voici celui dont je disais, » etc. Jean-Baptiste agit de la sorte pour préparer les esprits à recevoir plus facilement Jésus-Christ, sans être arrêté par ses humiliations volontaires et l’extrême simplicité de son extérieur. En effet, le Sauveur avait un extérieur si simple et si ordinaire, que si les Juifs n’avaient entendu parler de lui qu’après l’avoir vu, ils se seraient moqués du témoignage de Jean.




THEOPHYL. Il dit : « Celui qui vient après moi, » dans l’ordre de la naissance temporelle ; Jean-Baptiste, en effet, précédait le Christ de six moissons ce rapport.— S. Chrysostome : (hom. 13.) Ou bien encore,-il ne parle pas ici de la naissance de Jésus du sein de Marie ; car Jésus était déjà né, quand Jean-Baptiste tenait ce langage, mais du commencement de sa vie évangélique. Il dit : « il a été fait avant moi, » c’est-à-dire qu’il est plus illustre et plus digne d’honneur et de gloire. Ne croyez pas, semble-t-il dire, que je sois plus grand que lui, parce que je le précède dans la carrière de la prédication. — THEOPHYL. Les ariens interprètent ce passage, dans ce sens que le Fils de Dieu n’est pas engendré du Père, mais qu’il a été fait comme toutes les autres créatures. — S. AUG. (Traité 3 sur S. Jean.) Ces paroles ne veulent donc pas dire : Il a été fait avant que je fusse fait moi-même, mais il a été placé au-dessus de moi.




S. Chrysostome : (hom. précéd.) Si ces paroles : « Il a été fait avant moi, » devaient s’entendre du commencement de l’existence, il serait fort inutile d’ajouter : « Parce qu’il était avant moi. » Car qui est assez ignorant, pour ne pas savoir que celui qui a été fait avant lui était avant lui ? Si telle avait été son intention, voici comme il aurait dû s’exprimer : Il était avant moi, parce qu’il a été fait avant moi. Ces paroles : « Il a été fait avant moi, » doivent donc s’entendre d’une priorité d’honneur, et Jean-Baptiste présente comme étant déjà accompli ce qui devait se faire, selon la coutume des prophètes qui parlaient des choses à venir comme si elles étaient déjà passées.




Versets 16-17.



ORIG. (Traité 5 sur S. Jean.) Ces paroles sont la continuation du témoignage que Jean-Baptiste rend à Jésus-Christ, et on se trompe en attribuant les réflexions qui suivent à saint Jean l’Evangéliste, jusqu’à ces paroles : « Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a fait connaître. » C’est faire violence au texte que de supposer que le discours du Précurseur est interrompu par les réflexions de l’Evangéliste, et l’enchaînement des paroles est ici visible pour qui est capable de le saisir. Jean-Baptiste venait de dire : « Il a été fait plus grand que moi, parce qu’il était avant moi. » Or, poursuit-il, je suis porté à croire et à conclure qu’il est avant moi, parce que nous avons reçu, moi, et les prophètes avant moi, une seconde grâce après la première ; car l’esprit de Dieu, après les symboles figuratifs, les a conduits jusqu’à la contemplation de la vérité. En recevant ainsi de sa plénitude, nous comprenons que la loi a été donnée par Moïse, et que la grâce et la vérité ont été données ou plutôt ont été faites par Jésus-Christ ; car Dieu le Père a donné la loi par Moïse, et il a fait la grâce et la vérité par Jésus-Christ. Mais puisque Jésus a dit : « Je suis la vérité, » comment la vérité a-t elle pu être faite par lui ? Nous répondons que la vérité substantielle, la vérité première qui est le principe et le modèle de toutes les vérités qui existent dans l’esprit de ceux qui enseignent la vérité, n’a été faite ni par Jésus-Christ ni par aucun autre ; la vérité qui a été faite par Jésus-Christ est donc celle que nous remarquons dans saint Paul et dans les autres Apôtres. — S. Chrysostome : (hom. 13 sur S. Jean.) On peut dire encore que saint Jean l’Evangéliste joint ici son témoignage à celui de Jean-Baptiste. Ainsi ces paroles : « Et nous avons reçu tous de sa plénitude, » etc., ne sont pas les paroles du Précurseur, mais celles du disciple, et voici quel en est le sens : Et nous autres aussi, les douze Apôtres, et toute la multitude des fidèles présents et futurs, nous avons tous reçu de sa plénitude.




S. AUG. (Traité 3 sur S. Jean.) Et qu’avez-vous donc reçu ? « Grâce pour grâce, » c’est-à-dire que nous avons reçu de sa plénitude je ne sais quoi d’ineffable, et ensuite grâce pour grâce. Ainsi nous avons reçu de sa plénitude, d’abord la grâce, et nous avons reçu ensuite grâce pour grâce. Quelle est la première grâce que nous avons reçue ? La foi, qui est appelée grâce, parce qu’elle est donnée gratuitement. Le pécheur a donc reçu cette première grâce qui a été pour lui le principe de la rémission de ses péchés ; et il a de nouveau reçu grâce pour grâce, c’est-à-dire que, pour cette grâce qui nous fait vivre de la foi, nous en recevrons une autre, c’est-à-dire la vie éternelle. Car la vie éternelle est comme la récompensé de la foi, et comme la foi est une grâce, la vie éternelle est aussi une grâce donnée pour une autre grâce. Cette grâce n’existait pas dans l’Ancien Testament, parce que la loi menaçait sans porter secours ; elle commandait sans guérir, elle montrait le mal sans le faire disparaître, et se contentait de préparer les hommes à recevoir le médecin qui devait venir avec la grâce et la vérité. Voilà pourquoi l’Evangéliste ajoute : « La loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ, » car la mort de votre Seigneur a détruit la mort temporelle et la mort éternelle ; et c’est là cette grâce que la loi promettait et ne donnait pas.




S. Chrysostome : (hom. 14 sur S. Jean.) Ou bien, nous avons reçu grâce pour grâce, c’est-à-dire une grâce nouvelle pour la grâce ancienne. De même, en effet, qu’il y a justice et justice, adoption et adoption, circoncision et circoncision, il y a aussi grâce et grâce, la première comme figure, la seconde comme vérité. Jean-Baptiste parle de la sorte pour prouver aux Juifs qu’eux-mêmes n’étaient sauvés que par grâce, et que nous-mêmes, tous tant que nous sommes, nous ne pouvons arriver au salut par une autre voie. Ce fut donc une véritable grâce, et un acte de miséricorde que la loi qui fut donnée aux Juifs. Aussi l’Evangéliste, voulant faire ressortir la grandeur des dons qui ont été faits, ajoute : « La loi a été donnée par Moïse, mais la grâce, » etc. Il avait plus haut établi une comparaison entre Jésus-Christ et lui, en disant : « Il a été fait plus grand que moi. » Ici saint Jean fait cette comparaison entre Jésus-Christ et Moïse qui fut pour les Juifs l’objet d’une bien plus grande admiration que Jean-Baptiste. Et voyez quelle est ici sa prudence : Il n’établit pas la comparaison entre les personnes, mais entre les choses, et il oppose la grâce et la vérité à la loi, aussi bien que cette expression : « A été donnée, » à cette autre : « A été faite. » Il dit de la loi qu’elle a été donnée, c’était l’œuvre d’un serviteur qui transmet ce qu’il a reçu selon l’ordre qui lui a été imposé. Ces paroles, au contraire : « La grâce et la vérité ont été faites, » indiquent un roi qui remet tous les péchés par sa puissance, c’est ce que faisait Jésus : « Vos péchés vous sont remis (Mc 2, 9), et encore : « Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés, » etc. (Mc 2, 10 et 11.) Vous voyez comme la grâce a été faite par Jésus-Christ, considérez comment la vérité nous est aussi venue de la même manière. Le don du baptême, le bienfait de l’adoption qui nous est donné par le Saint-Esprit, et une multitude d’autres dons sont les preuves et les fruits de la grâce. Quant à la vérité, nous comprendrons mieux comment elle est venue par Jésus-Christ, si nous avons une connaissance parfaite des figures de la loi ; car tout ce qui devait s’accomplir dans le Nouveau Testament a été annoncé et figuré dans l’Ancien, et c’est Jésus-Christ qui est venu accomplir toutes ces figures. C’est ainsi que la figure a été donnée par Moïse, et que la vérité a été faite par Jésus-Christ.




S. AUG. (de la Trin., 13, 20.) Ou bien encore, nous pouvons rapporter la grâce à la science, et la vérité à la sagesse. Parmi les choses qui ont pris naissance dans le cours des temps, la grâce par excellence qui nous a été donnée, c’est que l’homme ait été uni à Dieu en unité de personne ; et dans les choses de l’éternité, la vérité suprême et par excellence doit s’entendre du Verbe de Dieu.




v. 18.



ORIG. (Traité 6 sur S. Jean.) C’est sans aucune raison qu’Héracléon prétend que ces paroles ne sont point de Jean-Baptiste, mais de l’Evangéliste. En effet, si les paroles qui précèdent : « Nous avons tous reçu de sa plénitude, » ont été dites par le saint Précurseur, comment ne pas admettre comme conséquence, que celui qui avait reçu de la plénitude de Jésus-Christ et une seconde grâce pour la première, celui qui avait déclaré que la loi avait été donnée par Moïse, et que la grâce et la vérité étaient venues par Jésus-Christ, ait compris comment personne n’a jamais vu Dieu, mais que le Fils unique, qui repose dans le sein du Père, a donné la connaissance de ces mystères, non-seulement à Jean, mais à tous ceux qui marchent dans les voies de la perfection ? Et ce n’est pas la première fois que celui qui est dans le sein du Père les révélait, comme si avant les Apôtres, personne n’avait été digne de recevoir cette révélation ; car lui qui existait avant qu’Abraham fût fait, nous apprend qu’Abraham a tressailli du désir de voir son jour, et qu’il en a été rempli de joie.




S. Chrysostome : (hom. 15 sur S. Jean.) Ou bien, c’est l’Evangéliste lui-même qui, pour faire ressortir la prééminence des dons que Jésus-Christ nous a faits sur ceux dont Moïse a été le dispensateur, nous indique le véritable motif de cette supériorité. Moïse, simple serviteur, a été le dispensateur de grâces moins importantes ; Jésus, au contraire, le souverain Seigneur et Fils de roi, a répandu sur nous des grâces d’un ordre bien supérieur, lui dont l’existence est éternelle comme celle du Père, et qui jouit éternellement de sa présence. Voila l’explication de ces paroles : « Personne n’a jamais vu Dieu. » — S. AUG. (Lettre 112 à Pauline.) Que signifient donc ces paroles de Jacob : « J’ai vu le Seigneur face, à face, » (Gn 32) et ce qui est écnt de Moïse, qu’il parlait à Dieu face à face (Ex 33), et encore ce que le prophète Isaïe dit de lui-même : « J’ai vu le Seigneur des armées assis sur un trône ? » (chap. 6)— S. GREG. (Moral., 28, 18) Ces textes nous donnant clairement à comprendre que pendant cette vie mortelle, on peut bien voir Dieu sous certaines figures, mais jamais dans la claire manifestation de sa nature, c’est-à-dire que, l’âme comme inspirée par la grâce de l’Esprit saint, le voit comme à travers ces figures, mais sans pouvoir jamais parvenir à la vue intime de son essence. C’est ainsi que Jacob, qui affirme qu’il a vu Dieu, n a vu cependant qu’un ange ; c’est ainsi encore que Moïse, qui parlait à Dieu face à face, lui fait cette prière : « Manifestez-vous à moi ouvertement, afin que je vous voie et que je vous connaisse ». D’où nous pouvons conclure qu’il avait soif de voir dans toute sa splendeur cette nature infinie qu’il avait commencé à voir dans des figures imparfaites.




S. Chrysostome : (hom. précéd.) Si les patriarches de l’Ancien Testament avaient véritablement vu la nature divine, ils ne l’auraient point vue sous des formes différentes, car cette divine nature est simple et sans figure, on ne peut la supposer ni assise, ni debout, ni en marche, toutes choses qui ne conviennent qu’aux corps. Aussi écoutez comment Dieu parle par son prophète : « J’ai multiplié pour eux les visions, et ils m’ont représenté à vous sous des images différentes. » (Os 12) C’est-à-dire, je me suis accommodé à leur faiblesse ; je ne leur ai pas apparu tel que j’étais. Comme le Fils de Dieu devait se manifester à nous dans une chair véritable, il les préparait dès lors à voir Dieu, autant que cela leur était possible.




S. AUG. (Lettr. à Pauline.) Mais comment concilier ces paroles : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu, » (Mt 5) et ces autres : « Lorsqu’il apparaîtra, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est, » avec celles-ci : « Personne n’a jamais vu Dieu ? » On peut répondre que les témoignages qu’on vient de citer ont pour objet la vision future de Dieu, et non la vision actuelle. Le texte dit en effet : « Ils verront Dieu, » et non : Ils ont vu Dieu ; de même encore : « Nous le verrons tel qu’il est, » et non pas : Nous l’avons vu. Or, Jean dit ici : « Personne n’a jamais vu Dieu, » ou dans cette vie tel qu’il est, ou même dans la vie des anges, où Dieu n’est pas vu comme le sont les objets extérieurs par les yeux du corps.




S. GREG. (Moral., 18, 28.) Que cependant, même dans cette chair corruptible, des âmes qui ont fait d’immenses progrès dans la vertu puissent voir la splendeur divine avec les yeux perçants de la contemplation cela n’est nullement en contradiction avec ces paroles ; car celui qui a le bonheur de voir la sagesse qui est Dieu, meurt entièrement à la vie présente, et s’affranchit ainsi de toutes ses affections. S. AUG. (De la Gen. ; explic. littér., 27) Si, en effet on ne meurt à cette vie soit en se séparant réellement du corps, sent en se détachant si parfaitement des sens extérieurs, qu’on puisse dire avec l’Apôtre, qu’on ne sait si on est avec son corps ou en dehors de son corps (2 Co 12), ou ne peut être élevé jusqu’à la hauteur de cette contemplation.




S. GREG. (Moral., 18, 28.) Il en est qui ont prétendu que, même dans cette région du bonheur, Dieu pourra être vu dans sa gloire, mais nullement dans sa nature. Leurs recherches plus subtiles qu approfondies les ont induits en erreur, car pour cette essence simple et immuable la gloire n’est pas différente de la nature.




S. AUG. (Lettre à Pauline.) Dira-t-on que ces paroles : « Personne n’a jamais vu Dieu, » doivent s’entendre des hommes seuls, comme l’explique plus ouvertement l’Apôtre, quand il dit : « Qu’aucun homme ou que nul homme n’a vu et ne peut voir. » (1 Tm 6) La difficulté se résout d’elle-même, et ces paroles : « Personne n’a jamais vu Dieu, » ne sont nullement en opposition avec ces autres du Sauveur : « Leurs anges voient toujours la face de mon Père, » (Mt 18) puisqu’il est facile de comprendre que les anges voient Dieu, qu’aucun homme n’a jamais pu voir. — S. GREG. (Moral., 18, 28.) D’autres cependant soutiennent qu’il est impossible, même aux anges de voir Dieu. — S. Chrysostome : (hom. précéd.) Certainement, ni les prophètes, ni les anges, ni les archanges, n’ont jamais vu ce qu’est Dieu en lui-même. Si vous interrogez les anges, ils ne vous diront rien de la substance divine, ils se contentent de chanter : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. » (Lc 2) Désirez-vous apprendre quelque chose de plus des chérubins et des séraphins ? Vous n’entendrez sortir de leur bouche que cette hymne mystérieuse de la sainteté de Dieu : « Le ciel et la terre sont pleins de sa gloire. » (Is 6) — S. AUG. (Lett. à Pauline.) Ces paroles sont encore vraies en ce sens, que personne n’a jamais pu comprendre, non-seulement des yeux du corps, mais par les forces de son esprit, la plénitude de l’essence divine. Il y a, en effet, une grande différence entre la simple vision et la compréhension parfaite. Nous voyons ce dont nous apercevons la présence de quelque manière que ce soit, mais nous comprenons une chose quand nous la voyons si parfaitement, qu’aucune des parties qui la composent n’échappe à nos investigations. — S. AUG. Il n’y a donc que le Fils et l’Esprit saint qui puissent voir le Père, car comment une simple créature pourrait-elle voir une nature incréée ? Personne donc ne connaît le Père, si ce n’est le Fils : « Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a fait connaître. » Et de peur que le nom de Fils vous donne à penser qu’il s’agit ici d’au de ceux qui sont devenus fils de Dieu par sa grâce, l’article précède le mot Fils (ό υίος). Et si cela ne suffit pas encore, on vous dit que c’est le Fils unique.




S. HIL. (De la Trin., 6) Le nom de Fils ne paraissait pas encore assez explicite pour exprimer la nature divine, si Jean-Baptiste n’y ajoutait une propriété qui le rend exclusif et incommunicable. En effet, par l’emploi de ces seuls mots : Fils et unique, il exclue toute idée d’adoption, puisque la nature divine seule peut remplir toute la signification de ce nom. — S. Chrysostome : (hom. précéd.) Il ajoute encore une autre preuve de la même vérité : « Qui est dans le sein du Père, » privilège bien supérieur à celui de voir simplement Dieu. Celui qui ne fait que le voir, n’a pas une connaissance parfaite de ce qu’il voit. Mais celui qui demeure dans le sein du Père, ne peut rien ignorer de ce qui est en Dieu. Lors donc que vous entendez ces paroles : « Personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, » ne les prenez pas dans ce sens que le Fils a du Père une connaissance supérieure à celle de tous les hommes, mais qui cependant n’embrasse point l’immensité de son être, car l’Evangéliste vous dit qu’il demeure dans le sein du Père, pour vous faire comprendre son union intime avec le Père, et son existence coéternelle avec lui. — S. AUG. (Tr. 3 sur S. Jean. ) « Dans le sein du Père, » c’est-à-dire, dans le secret du Père, car Dieu n’a pas de sein comme celui que nous formons avec nos vêtements, il ne s’assoie point comme nous, il ne porte pas de ceinture qui puisse former un sein. Mais on appelle le secret du Père le sein du Père, parce que le sein chez nous est comme une partie intime de nous- mêmes. C’est donc celui qui a connu le Père dans le secret du Père, qui nous a raconté ce qu’il a vu.




S. Chrysostome : (hom. précéd.) Comment nous l’a-t-il raconté ? Eu proclamant qu’il n’y a qu’un seul Dieu ; mais c’est ce que Moïse et les prophètes avaient fait avant lui. Que nous a donc fait connaître de plus le Fils, qui demeurait dans le sein du Père ? Il nous a enseigné d’abord que les prophètes n’ont annoncé l’existence d’un seul Dieu que par la vertu du Fils unique ; secondement, que nous avons reçu par ce Fils unique des grâces bien plus grandes et plus abondantes ; troisièmement, que Dieu est esprit, et que ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité (Jn 4), et enfin que Dieu est le Père du Fils unique. — Bède : Si on rapporte au passé ce mot (enarravit), il a raconté, nous dirons que le Fils de l’homme nous a l’ait connaître ce que nous devions penser et croire de l’unité de la Trinité, comment nous devons nous élever jusqu’à la contemplation d’un si grand mystère et par quelles œuvres nous pouvons y parvenir. Si on traduit ce mot au futur, le sens sera que le Fils racontera ce qu’il a vu dans le sein du Père, lorsqu’il introduira ses élus dans les célestes clartés de la vision éternelle. — S. AUG. (Traité 3.) Il s’est trouvé des hommes qui, trompés par la vanité de leur cœur, ont dit : Le Père est invisible, le Fils, au contraire, est visible. Si dans leur pensée, le Fils est visible, parce qu’il s’est revêtu d’un corps sensible, nous sommes de leur avis, et c’est aussi ce qu’enseigne la foi catholique ; mais s’ils prétendent qu’il était visible avant même son incarnation, ils tombent dans une grave absurdité. Jésus-Christ est la sagesse et la vertu de Dieu, or la sagesse de Dieu ne peut pas être vue des yeux du corps. La parole, le verbe de l’homme est invisible pour les yeux de l’homme, comment le Verbe de Dieu pourrait-il être visible ? — S. Chrysostome : (hom. préc.) Ce n’est donc pas au Père seul que se rapportent ces paroles : « Personne n’a jamais vu Dieu, mais elles sont également vraies du Fils, dont saint Paul a dit : « Il est l’image du Dieu invisible, » or, celui qui est l’image d’un être invisible, est invisible lui-même.




Versets 19-23.



ORIG. (Traité 6 sur S. Jean.) C’est ici le second témoignage que nous voyons Jean-Baptiste rendre à Jésus-Christ, puisque le premier commence à ces paroles : « Voici celui dont je disais : celui qui doit venir après eux, » etc., et se termine par ces autres : « C’est lui qui l’a raconté. » — THEOPHYL. On peut dire encore que l’Evangéliste, après avoir rapporté le témoignage rendu par Jean-Baptiste à Jésus-Christ : « Il a été fait plus grand que moi, » etc., nous fait connaître l’époque à laquelle le saint précurseur a rendu ce témoignage : « Et tel est le témoignage de Jean, lorsque les Juifs lui envoyèrent, » etc. — ORIG. (Traité 6.) Les Juifs qui envoient cette députation étaient parents de Jean-Baptiste, comme étant eux-mêmes de race sacerdotale, et ils envoient pour demander à Jean qui il était, des prêtres et des lévites de Jérusalem, c’est-à-dire, des hommes élevés au-dessus des autres, et par leur vocation, et par la ville qu’ils habitaient. Ils s’adressent donc à Jean avec les marques du plus grand respect, jamais ils n’agirent de cette manière à l’égard du Sauveur. Mais la démarche qu’ils font aujourd’hui auprès de Jean-Baptiste, le saint précurseur la fit lui-même à l’égard de Jésus-Christ, en envoyant ses propres disciples lui demander : « Etes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »— S. Chrysostome : (hom. 16 sur S. Jean.) Jean-Baptiste était à leurs yeux si digne de foi, qu’ils étaient disposés à croire au témoignage qu’il rendrait de lui-même : « Ils envoyèrent pour demander : Qui êtes vous ? » — S. AUG. (Traité 4 sur S. Jean.) Ils ne lui auraient pas envoyé cette députation, s’ils n’avaient été frappés du caractère de supériorité qui brillait en sa personne et en vertu duquel il donnait le baptême. — ORIG. (Traité 6 sur S. Jean.) Jean-Baptiste démêlait dans la question des prêtres et des lévites le doute où ils étaient, s’il n’était pas le Christ qui baptisait, doute qu’ils se gardaient bien de produire au dehors, de crainte de paraître téméraires. Aussi s’empresse-t-il tout d’abord de détruire cette opinion erronée, et de préparer ainsi les voies à la vérité, en déclarant ouvertement qu’il n’est pas le Christ. Ajoutons que le temps où le Christ devait venir était pour le peuple juif un temps d’espérance et de joie dont il jouissait par avance, parce que les docteurs de la loi recueillaient dans les saintes Ecritures les témoignages qui attestaient que ce temps était proche ; c’est ce qui explique comment Théodas réunit autour de lui une assez grande multitude de peuple, et après lui Judas, le Galiléen, au temps du dénombrement du peuple. (Ac 5) Comme l’avènement du Christ était alors l’objet des plus ardents désirs et de l’attente universelle, les Juifs envoient demander à Jean : « Qui êtes-vous ? » pour savoir s’il avouerait qu’il était le Christ. Or, en disant : « Je ne suis point le Christ ; » il ne nie pas, mais au contraire, confesse ouvertement la vérité. — S. GREG. (hom. 7 sur les Evang.) Il nie clairement ce qu’il n’est pas, mais il ne nie pas ce qu’il est. Son langage, est celui de la vérité, et il mérite ainsi de devenir le membre de celui dont il ne voulait pas usurper injustement le nom.




S. Chrysostome : (hom. 16 sur S. Jean.) On peut dire encore que les Juifs avaient à l’égard de Jean-Baptiste, des sentiments beaucoup trop humains. Ils regardaient comme indigne de lui d’être inférieur au Christ, à cause de l’éclat extraordinaire qui entourait toutes les circonstances de sa vie, sa naissance illustre (il était fils du prince des prêtres), son éducation austère, et le mépris qu’il faisait des choses humaines. Jésus-Christ, au contraire, paraissait venir d’une famille obscure, comme les Juifs le lui reprochaient : « Est-ce qu’il n’est pas le fils du charpentier ? » et sa manière de se nourrir et de se vêtir n’avait rien qui le distinguât des autres hommes. Or, comme Jean envoyait continuellement à Jésus-Christ, et que les Juifs cependant préféraient l’avoir pour maître, ils lui envoient une députation, dans l’espérance de l’amener par leurs flatteries, à déclarer qu’il était le Christ. Ce ne sont donc point des hommes du peuple qu’ils lui députent (comme lorsqu’ils envoient au Christ des serviteurs et des hérodiens), mais des prêtres et des lévites, et encore n’étaient-ce pas les premiers venus, mais des prêtres de Jérusalem, c’est-à-dire, les plus honorables et les plus distingués d’entre eux. Ils lui envoient donc demander : « Qui êtes-vous ? » non pas qu’ils ignorent ce qu’il est, mais parce qu’ils veulent l’amener à donner une réponse conforme à leurs désirs. Aussi Jean-Baptiste répond à leurs pensées plutôt qu’à leur question : « Il confessa, et il ne le nia point, il confessa : Je ne suis pas le Christ. » Et voyez la sagesse de l’Evangéliste, il répète trois fois à peu près la même expression, pour faire ressortir la vertu de Jean-Baptiste, et la malice insensée des Juifs ; car c’est le devoir d’un serviteur fidèle, non-seulement de ne pas ravir la gloire qui appartient à son maître, mais de la rejeter quand elle lui est offerte, même par un grand nombre. C’était par ignorance que le peuple conjecturait que Jean-Baptiste pourrait être le Christ, tandis que c’est avec mauvaise intention que les prêtres et les lévites lui adressent cette question, espérant l’amener par leurs flatteries au résultat qu’ils désiraient. Si telle n’avait pas été leur intention, lorsque Jean leur eut répondu : « Je ne suis pas le Christ, » ils se fussent empressés de dire : Nous n’avons jamais eu cette pensée, ce n’est pas ce que nous sommes venus vous demander. Mais honteux de voir leur pensées ainsi dévoilées, ils passent aussitôt à une autre question : « Qui êtes-vous donc, lui dirent-ils ? Etes-vous Elie ? » — S. AUG. (Traité 4 sur S. Jean.) Ils savaient qu’Elie devait précéder le Christ, car le nom du Christ n’était ignoré de personne chez les Juifs. Ils ne croyaient pas que Jean-Baptiste fût le Christ, ils n’avaient pas cependant perdu toute espérance de l’avènement prochain du Christ, et avec cette espérance, la venue du Christ fut pour eux comme une véritable pierre de scandale.




« Et il répondit : Je ne le suis pas. » — S. GREG. (hom. 7.) Cette réponse donne lieu à une difficulté assez grande : les disciples de Jésus l’ayant un jour questionné sur l’avènement d’Elie, il leur répondit : « Puisque vous voulez le savoir, c’est Jean lui-même qui est Elie. » (Mt 11) Ici on demanda à Jean-Baptiste lui-même s’il est Elie, et il répond : « Je ne le suis pas. » Comment peut-il être le prophète de la vérité, si ces paroles sont en désaccord avec celles de la vérité ? — ORIG. (Traité précédent.) On dira peut-être que Jean-Baptiste ignorait qu’il fût Elie, et c’est l’opinion que soutiennent ceux qui professent la doctrine de la transmigration des âmes dans de nouveaux corps. Les Juifs lui demandent donc par les prêtres et les lévites s’il était Elie, parce qu’ils admettent comme véritable le dogme de la transmigration successive des âmes, dogme conforme à leurs traditions et à leurs doctrines secrètes ; et Jean-Baptiste leur répond : « Je ne suis pas Elie, » parce qu’il ignore sa première existence dans un autre corps. Mais comment peut-on supposer raisonnablement que Jean, qui, comme prophète, a été inondé des lumières de l’Esprit saint, et nous a révélé de si grandes vérités sur Dieu et sur son Fils unique, ait pu ignorer que son âme avait autrefois animé le corps d’Elie ? — S. GREG. (hom. 7.) Si l’on veut examiner à fond cette difficulté, on trouvera le moyen de concilier cette contradiction apparente. Que dit, en effet, l’ange à Zacharie ? « Il marchera devant lui dans l’esprit et la vertu d’Elie, » c’est-à-dire, que Jean-Baptiste devait précéder le premier avènement, comme Elie devra un jour précéder le second ; de même qu’Elie sera le précurseur du Juge, ainsi Jean-Baptiste devait être le précurseur du Rédempteur ; Jean-Baptiste était donc Elie en esprit, mais il ne l’était pas en personne. Ce que le Sauveur affirme de l’esprit d’Elie, Jean le nie de la personne. Il était juste, en effet, que le Seigneur parlât de Jean à ses disciples dans un sens spirituel, tandis que Jean devait répondre au peuple encore grossier, en niant dans le sens littéral, qu’il fût Elie en personne.




ORIG. Jean répondit donc aux prêtres et aux lévites ; « Je ne le suis pas, » en devinant l’intention qui avait dicté leur demande. Cette question, en effet, avait pour but de savoir, non pas s’il avait le même esprit qu’Elie, mais s’il était en réalité cet Elie, qui avait été enlevé dans les cieux, et qui, sans passer par une nouvelle naissance, apparaissait de nouveau conformément à l’attente des Juifs. Ceux qui croient à la transmigration des âmes dans de nouveaux corps, diront qu’il est invraisemblable que des prêtres et des lévites pussent ignorer la naissance d’un fils, que Zacharie, prêtre si distingué, eut dans sa vieillesse, surtout lorsque saint Luc nous atteste qu’à sa naissance, tous les habitants du voisinage furent remplis de crainte, et que le bruit de ces merveilles se répandit dans tout le pays des montagnes de Judée. Peut-être, comme ils savaient qu’Elie viendrait avant Jésus-Christ vers la fin du monde, demandent-ils à Jean-Baptiste, dans le sens figuré : « Est-ce vous qui annoncez l’arrivée du Christ, qui doit venir à la fin du monde ? » Et il répond avec sagesse : « Non, ce n’est pas moi. » Un grand nombre savait que Jésus était né de Marie, mais quelques-uns ne laissaient pas de tomber dans cette erreur qu’il pouvait être Jean-Baptiste, ou Elie, ou quelqu’un des prophètes ; il n’y a donc rien d’étonnant que, tandis que les uns savaient parfaitement que Jean-Baptiste était fils de Zacharie, d’autres fussent dans le doute s’il n’était pas le prophète Elie qu’ils attendaient. Mais comme il avait paru plusieurs prophètes en Israël, l’objet de leur attente était surtout en prophète que Moïse avait annoncé en ces termes : « Dieu vous suscitera un prophète du milieu de vos frères, vous lui obéirez comme à moi. » (Dt 5, 5 ; Ex 24, 7-8.) C’est ce qui explique la troisième question qu’ils font à Jean-Baptiste, non pas s’il était simplement prophète, mais s’il était le prophète avec l’article, comme porte le texte grec : « Etes-vous le prophète ? » Le peuple d’Israël savait, qu’aucun des prophètes n’avait été celui que Moïse avait annoncé, et qui devait, à l’exemple de ce législateur du peuple de Dieu, être le médiateur entre Dieu et les hommes, et transmettre à ses disciples le testament ou l’alliance qu’il recevait de Dieu. Or, tandis que les Juifs refusaient de reconnaître dans Jésus-Christ ce prophète prédit par Moïse, et voulaient attribuer ce nom à un autre que lui, Jean savait que Jésus était vraiment ce prophète. Aussi répond-il : « Je ne le suis pas. » — S. AUG. (Traité précéd.) Peut-être répond-il de la sorte, parce qu’il était plus grand qu’un prophète, les prophètes ayant prédit le Christ longtemps à l’avance, tandis que Jean le montrait présent au milieu des hommes.




« Ils lui dirent donc : Qui êtes-vous, afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés ? » — S. Chrysostome : (hom. 16 sur S. Jean.) Voyez comme ils insistent et le pressent de nouvelles questions, et comme Jean-Baptiste leur répond avec douceur en détruisant toutes leurs fausses idées et leur faisant connaître ce qu’il était en vérité : « Il répondit : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert. » — S. AUG. (Traité précéd.) Cette prophétie d’Isaïe a reçu son accomplissement dans la personne de Jean-Baptiste. — S. GREG. (hom. 7.) Vous savez que le Fils unique de Dieu est appelé le Verbe du Père ; or, notre langage nous aide à nous rendre compte de ce fait, que la voix doit retentir d’abord, pour que le verbe ou la parole puisse être entendue. Jean affirme donc qu’il est la voix, parce qu’il précède le Verbe, et que c’est par son ministère que le Verbe du Père a été connu des hommes.— ORIG. Héracléon, dans ses réflexions absurdes sur Jean et les prophètes, reconnaît que le Sauveur est bien le Verbe, et que Jean est la voix, parce que tout prophète n’est qu’un son. Nous lui répondrons par ces paroles de l’Apôtre : « Si la trompette ne rend qu’un son confus, qui est-ce qui se préparera au combat ? » (1 Co 14) Si donc la voix des prophètes n’est qu’un son, comment le Sauveur nous ordonne-t-il de recourir à cette voix ? « Scrutez les Ecritures, nous dit-il. » (Jn 5, 1.) Or, Jean déclare qu’il est non pas la voix qui crie dans le désert, mais « la voix de celui qui crie dans le désert, » c’est-à-dire, de celui qui se tenait debout et disait à haute voix : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. » (Jn 7) Il parle à haute voix pour se faire entendre de ceux qui étaient éloignés, et aussi pour faire comprendre à ceux qui ont l’ouïe dure, l’importance des vérités qu’il leur enseignait. — THEOPHYL. Ou bien encore, Jean est la voix, parce qu’il annonce ouvertement la vérité, tandis que sous la loi le langage des prophètes était couvert d’obscurité. — S. GREG. (hom. 7.) Ou encore, Jean criait dans le désert, parce qu’il venait annoncer la consolation du Rédempteur à la Judée, semblable à un lieu désert et abandonné. — ORIG. (Traité précéd.) La voix qui crie dans le désert est nécessaire à l’âme abandonnée de Dieu, pour la ramener dans les voies droites qui conduisent à lui, sans qu’elle s’égare davantage dans les voies tortueuses du serpent mauvais, pour l’élever par la méditation jusqu’à la contemplation de la vérité sans mélange d’erreur, et faire succéder à cette méditation sérieuse la pratique des bonnes œuvres. Voilà le sens de ces paroles : « Rendez droite la voie du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. » — S. GREG. (hom. 7.) La voie du Seigneur va droit au cœur, lorsqu’on écoute avec humilité la parole de vérité ; elle va droit au cœur lorsqu’elle le prépare à l’accomplissement des divins préceptes.




Versets 24-28.



ORIG. (Traité 7 sur S.. Jean.) Après que Jean-Baptiste eut fait cette réponse aux prêtres et aux lévites, les pharisiens l’interrogèrent de nouveau : « Or, ceux qui avaient été envoyés, étaient des pharisiens. » Autant qu’il est permis de le conjecturer d’après le contexte, ce fut là le troisième témoignage. On peut remarquer que les prêtres et les lévites avaient fait au saint Précurseur une question pleine de convenance et conforme ù leur caractère : « Qui êtes-vous ? » Cette question n’est ni insolente ni déplacée, tout y est digne de vrais ministres de Dieu. Mais les pharisiens, justifiant la signification de leurs noms, qui veut dire divisés, importuns et fâcheux, font à Jean-Baptiste, par esprit de division, une question blessante : « Ils l’interrogèrent, et lui dirent : Pourquoi donc baptisez-vous, si vous n’êtes ni le Christ, ni Elie, ni le Prophète ? » Ce n’est point qu’ils désirent eu savoir la raison, ils veulent tout simplement l’empêcher de baptiser. Avec cela, je ne sais quel motif les portait encore à recevoir le baptême de Jean. Pour expliquer cette conduite, il faut dire que les pharisiens venaient recevoir ce baptême sans y croire, par hypocrisie, et par crainte du peuple. — S. Chrysostome : (hom. 15 sur S, Jean.) On peut dire encore que les prêtres et les lévites eux-mêmes étaient du nombre des pharisiens ; ils n’ont pu triompher de Jean par leurs flatteries, ils cherchent donc à l’accuser pour le forcer de faire un aveu contraire à la vérité : « Et ils l’interrogèrent et lui dirent : Pourquoi baptisez-vous, si vous n’êtes ni le Christ, ni Elie, ni le Prophète ? » Comme si c’était une témérité impardonnable de baptiser, sans être le Christ, ou son précurseur, ou son héraut, c’est-à-dire un prophète.




S. GREG. (hom. 7.) Mais l’amour de la bonté dans les saints est à l’épreuve même des questions malveillantes qui leur sont adressées. Aussi Jean-Baptiste ne répond à ces paroles dictées par un sentiment de jalousie, que par les enseignements de la vie : « Il leur répondit : Moi, je baptise dans l’eau. » — ORIG. (Traité 8 sur S. Jean.) Quelle autre réponse convenait-il de faire à cette question : « Pourquoi baptisez-vous ? » que de bien définir la nature de son baptême qui était un baptême purement corporel.




S. GREG. (hom. 7.) En effet, Jean-Baptiste ne baptisait pas dans l’esprit, mais dans l’eau, parce que son baptême ne pouvait effacer les péchés ; ce baptême lavait dans l’eau les corps de ceux qui venaient le recevoir, mais ne purifiait pas les âmes par le pardon. Pourquoi donc baptise-t-il, puisque son baptême ne peut remettre les péchés ? C’était pour remplir encore ici son office de précurseur ; sa propre naissance avait précédé la naissance du Seigneur, son baptême devait aussi précéder le baptême du Sauveur. Il avait été le précurseur du Christ en l’annonçant aux Juifs, il était juste qu’il le fût aussi par un baptême qui était la figure du sacrement do baptême, et qu’en baptisant de la sorte, il annonçât le mystère de la rédemption, et déclarât que le Rédempteur se trouvait au milieu d’eux, sans en être connu : « Mais il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas. » C’est qu’en effet, le Seigneur s’étant manifesté dans un corps sensible, il était visible dans son corps, et invisible dans sa majesté.




S. Chrysostome : (hom. 16.) Jean-Baptiste parlait de la sorte, parce que le Sauveur était mêlé au peuple, comme un homme ordinaire, pour nous apprendre qu’il voulait en tout pratiquer l’humilité. Ces paroles : « Que vous ne connaissez pas, » doivent s’entendre d’une connaissance parfaite, qui s’étendit par conséquent à la nature du Sauveur et à son origine divine. — S. AUG. (Traité 4 sur S. Jean.) Son humilité le couvrait comme d’un voile qui ne permettait pas de le voir, c’est pour cola qu’il fallut allumer une lampe. — THEOPHYL. Ou bien le Seigneur était au milieu des pharisiens sans en être connu, parce qu’ils prétendaient savoir les Ecritures ; comme le Seigneur s’y trouve annoncé, il était au milieu d’eux, c’est-à-dire au milieu de leurs cœurs, mais ils ne le connaissaient pas, parce qu’ils ne comprenaient pas les Ecritures. Ou bien encore, Jésus-Christ était au milieu des pharisiens, en tant que médiateur de Dieu et des hommes pour les unir à Dieu, mais les pharisiens ne le connaissaient pas.




ORIG. (Traité 7) Ou bien encore, après avoir répondu à la première partie de leur question : « Pourquoi baptisez-vous ? » en leur disant : « Moi, je baptise, dans l’eau, » il répond à la seconde partie : « Si vous n’êtes pas le Christ, » en faisant l’éloge de la nature supérieure et divine du Christ, dont la puissance est si grande qu’il est invisible dans sa divinité, bien qu’il soit présent partout, et comme répandu dans tout ce vaste univers, ce qu’il veut exprimer par ces paroles : « Il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas. » En effet, il est répandu dans tout cet univers, et en pénètre toutes les parties, tout ce qui est créé ne l’est que par lui ; car toutes choses ont été faites par lui. Il était donc évidemment au milieu de ceux qui demandaient à Jean-Baptiste : « Pourquoi baptisez-vous ? » Ou bien encore, ces paroles : « Il y en a un au milieu de vous, » doivent s’entendre de nous tous ; car il est au milieu de nous, en tant que nous sommes des êtres raisonnables, puisque la partie la plus excellente de notre âme, c’est-à-dire notre cœur, se trouve au milieu de notre corps. Ceux donc qui portent le Verbe au milieu d’eux, mais qui ne connaissaient ni sa nature, ni son origine, ni la manière dont il est en eux, ont le Verbe au milieu d’eux, sans le connaître. Mais pour Jean, il le connaissent, de là ce reproche qu’il leur fait : « Il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas. » Les pharisiens qui attendaient la venue du Christ, n’apercevaient en lui rien d’aussi élevé, et le regardaient simplement comme un homme vertueux, voilà pourquoi Jean-Baptiste leur reproche d’ignorer l’excellence et la supériorité du Sauveur. Il leur dit : « Il est, il se tient au milieu de vous, » car de même que le Père reste toujours immuable et au-dessus de toute vicissitude, ainsi le Verbe se tient aussi toujours prêt à nous sauver, c’est dans ce but qu’il s’est incarné, et qu’il se tient au milieu des hommes comme invisible et sans en être connu. Et pour ne pas laisser à penser que celui qui est invisible, qui pénètre le cœur de tous les hommes, et l’univers tout entier, est différent de celui qui s’est incarné et qui s’est manifesté sur la terre, Jean-Baptiste ajoute : « C’est lui qui doit venir après moi, » c’est-à-dire qui doit se manifester aux hommes après moi. L’expression après, n’a pas ici le même sens que dans ces paroles où Jésus nous invite à marcher après lui. (Mt 16 ; Lc 9) D’un côté, le Sauveur nous ordonne de le suivre, afin de pouvoir parvenir jusqu’au Père en marchant sur ses traces ; de l’autre, Jean-Baptiste veut nous faire connaître le but et la fin de sa prédication : il est venu pour préparer les hommes, par la foi, à recevoir des enseignements plus parfaits que ceux qu’il leur donnait. — S. Chrysostome : (hom. préced.) Il leur dit donc : « C’est lui qui doit venir après moi, » c’est-à-dire : Ne croyez pas que mon baptême contienne et donne toute perfection, s’il en était ainsi, un autre ne viendrait pas après moi pour donner un baptême différent. Mon baptême en est la préparation, il passera comme une ombre et une image pour faire place à la réalité ; car il faut que celui qui doit annoncer la vérité, vienne après moi. Si mon baptême était parfait, il n’y aurait pas lieu de lui en substituer un second. Aussi a-t-il soin d’ajouter : « Qui a été fait plus grand que moi, » c’est-à-dire qui est plus illustre et plus digne d’honneur et de gloire que moi. — S. GREG. Ces paroles : « Il a été fait avant moi, » veulent dire, il m’a été préféré. Il vient après moi ; parce que sa naissance a suivi la mienne, mais il a été fait avant moi, parce qu’il a été placé au-dessus de moi.




S. Chrysostome : (hom. 16 sur S. Jean.) Mais Jean-Baptiste ne veut pas laisser supposer qu’on puisse établir une comparaison entre le Christ et lui, et pour montrer que sa gloire est incomparable, il ajoute : « Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa chaussure, » c’est-à-dire il est tellement élevé au-dessus de moi, que je ne suis pas digne d’être compté au nombre de ses derniers serviteurs, car c’est un des derniers offices, que de dénouer la courroie des chaussures.—S. AUG. (Traité 4 sur S. Jean.) Se juger digne seulement de dénouer la courroie de sa chaussure, eût déjà été dans Jean-Baptiste un grand acte d’humilité. — S. GREG. (hom. préc.) On peut encore donner cette explication. C’était un usage chez les anciens Juifs, que lorsqu’un homme refusait de prendre pour femme celle que la loi lui faisait un devoir d’épouser, celui qui devait l’épouser alors par ordre de parenté, était la chaussure au premier. Or, sous quel titre Jésus-Christ s’est-il surtout manifesté parmi les hommes ? comme l’Epoux de la sainte Église. C’est donc avec raison que Jean-Baptiste se déclare indigne de dénouer la courroie de sa chaussure, comme s’il faisait ouvertement un aveu : Je ne suis pas digne de déchausser les pieds du Rédempteur, parce que je ne veux pas usurper injustement le titre d’époux. On peut encore l’entendre dans un autre sens. Qui ne sait que les chaussures sont faites de la peau des animaux, que l’on dépouille après leur mort ? Or, le Sauveur par son incarnation, apparut comme ayant les pieds couverts d’une chaussure, en unissant sa divinité à notre nature mortelle et corruptible. La courroie de la chaussure est donc comme le lien de cette union mystérieuse. Jean-Baptiste ne peut dénouer la courroie de sa chaussure, parce qu’il ne peut approfondir lui-même le mystère de l’incarnation, et il semble tenir ce langage : Qu’y a-t-il d’étonnant qu’il ait été placé au-dessus de moi, lui qui est né, il est vrai, après moi, mais dont la naissance est pour moi un mystère incompréhensible ? — ORIG. Un auteur a donné de ce passage cette interprétation qui a quelque vraisemblance : Je n’ai pas assez d’importance pour que le Fils de Dieu descende pour moi des hauteurs des cieux et se revête d’un corps mortel comme d’une chaussure.




S. Chrysostome : (hom. 17 sur S. Jean.) Jean-Baptiste prêchait publiquement les prérogatives du Christ avec une indépendance pleine de dignité, et l’Evangéliste désigne le lieu où il faisait entendre sa voix : « Ceci se passa à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait. » Ce n’est ni dans l’intérieur d’une maison, ni dans un lieu retiré qu’il annonçait Jésus-Christ, c’était au-delà du Jourdain, au milieu d’une nombreuse multitude, et en présence de ceux qu’il avait baptisés. Quelques exemplaires portent, et peut-être avec plus de raison : « A Bethabara, » car Béthanie n’est ni au delà du Jourdain, ni dans le désert, mais près de Jérusalem. — LA GLOSE. Ou bien, il faut admettre deux endroits du nom de Béthanie, l’un au delà du Jourdain, et l’autre près de Jérusalem, et où Lazare fut ressuscité. — S. Chrysostome : (hom. 17.) C’est encore pour un autre motif que l’Evangéliste fait connaître le nom du lieu où Jean baptisait. Il racontait des faits dont la date n’était pas éloignée, et remontaient à quelque temps seulement auparavant ; il appelle donc en témoignage de la véracité de son récit ceux qui avaient été les témoins oculaires de ces faits, qu’il confirme par la désignation des lieux où ils se sont passés.




ALCUIN. Béthanie signifie maison d’obéissance, ce qui nous apprend que c’est par l’obéissance de la foi, que tous les hommes doivent parvenir au baptême. —

ORIG. (Traité 7 sur S. Jean. ) Béthanie signifie encore maison de la préparation, et cette signification se rapporte parfaitement au baptême de Jean, qui avait pour fin de préparer au Seigneur un peuple parfait. Le mot Jourdain veut dire leur descente ; or, quel est ce fleuve, si ce n’est notre Sauveur qui purifie tous ceux qui entrent dans le monde, en descendant et en s’humiliant non pour lui-même, mais dans la personne du genre humain. Ce fleuve sépare les terres et les villes données par Moïse, de celles qui ont été données par Josué, et les eaux rapides de ce fleuve portent la joie dans la cité de Dieu. (Ps 45, 5) De même que le serpent se cache dans le fleuve d’Égypte, ainsi Dieu se cache dans ce fleuve, car le Père est dans le Fils, et ceux qui viennent pour se purifier dans ses eaux, se dépouillent Je l’opprobre de l’Égypte, et se rendent dignes d’avoir part à l’héritage, ils sont purifiés de la lèpre, et ils méritent de recevoir une double grâce et de voir descendre en eux l’Esprit de Dieu, car la colombe spirituelle ne descend point sur un autre fleuve. C’est au delà du Jourdain que Jean donne son baptême, comme précurseur de celui qui venait appeler non les justes, mais les pécheurs.




Versets 20-31.



ORIG. (Traité 6 sur S.Jean.) Après ce témoignage de Jean-Baptiste, Jésus vient à lui ; le saint Précurseur, non-seulement persévère dans son témoignage, mais il expose des effets plus merveilleux encore de la venue du Rédempteur, et qui sont comme figurés par le second jour dont il est question : « Le jour suivant, Jean vit Jésus venant à lui. » Autrefois la mère de Jésus, aussitôt qu’elle l’eut conçu, était allé visiter la mère de Jean qui était encore enceinte, et aussitôt que la voix de Marie, qui saluait sa parente, eut frappé les oreilles d’Elisabeth, Jean tressaillit dans le sein de sa mère. Ici Jean-Baptiste voit venir à lui et s’approcher de lui Jésus lui-même, à qui il a rendu témoignage. Il est dans l’ordre que l’homme soit d’abord instruit par le témoignage des autres, avant de juger par ses yeux de la vérité de ce qui lui a été enseigné. La visite de Marie à Elisabeth, qui était son inférieure, et la démarche du Fils de Dieu, qui vient trouver Jean-Baptiste, nous apprennent l’humilité et le zèle avec lequel nous devons nous rendre utiles à ceux qui sont nos inférieurs. Nous ne voyons pas ici de quel endroit le Sauveur vint trouver Jean-Baptiste, mais nous pouvons le conclure de ces paroles de saint Matthieu : « Alors Jésus vint de la Galilée sur les bords du Jourdain, pour être baptisé par lui. » (Mt 2) — S. Chrysostome : (hom. 17.) Ou bien, saint Matthieu raconte l’arrivée de Jésus-Christ sur les bords du Jourdain pour recevoir le baptême, et saint Jean une autre démarche du Sauveur pour se rendre près de Jean-Baptiste après son baptême, c’est ce que semble indiquer la suite de son récit : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe, » etc. Les Evangélistes se sont comme partagé, en effet, les diverses époques de la vie de Jésus. Saint Matthieu passe sous silence tous les faits qui ont précédé la prison de Jean-Baptiste, et passe immédiatement aux événements qui l’ont suivie ; tandis que saint Jean s’attache surtout à raconter les faits qui ont eu lieu avant que le saint Précurseur fût jeté dans les fers. C’est ce qu’il fait en ces termes : « Le lendemain, Jean vit Jésus, » etc. Pourquoi Jésus vient-il trouver Jean-Baptiste une seconde fois après son baptême ? parce que le Sauveur avait été baptisé avec un grand nombre d’autres, et qu’il ne voulait pas qu’on put soupçonner qu’il était venu trouver Jean-Baptiste pour le même motif, c’est-à-dire pour confesser ses péchés, ou recevoir dans le Jourdain le baptême de pénitence. Il revient donc trouver Jean-Baptiste, pour lui donner occasion de détruire cette fausse opinion, ce que Jean fait en ces termes : « Et il dit : Voici l’Agneau de Dieu, » etc. Il était de toute évidence, en effet, que celui dont la sainteté infinie devait effacer les péchés des autres, ne venait pas pour confesser ses péchés, mais pour donner occasion à Jean-Baptiste de lui rendre témoignage. Disons encore qu’il vient une seconde fois pour confirmer la vérité des premiers témoignages dans l’esprit de ceux qui les avait entendus, et les préparer à en recevoir d’autres. Jean-Baptiste dit : « Voici l’Agneau de Dieu, » pour signifier que c’est cet Agneau qui était autrefois attendu, pour rappeler la prophétie d’Isaïe, les symboles figuratifs de la loi ancienne, et conduire ainsi plus facilement les hommes à la vérité par les figures.





S. AUG. (Traité 4 sur S. Jean.) Si un agneau est innocent, et que Jean soit un agneau, n’est-il pas innocent par là même ? Mais tous les hommes descendent de cette race coupable dont David disait en gémissant : « Voici que j’ai été conçu dans l’iniquité. » (Ps 50) Il n’y a donc que cet Agneau qui ne soit point né de cette race. Il n’a point été conçu dans l’iniquité, et sa mère ne l’a point nourri dans son sein d’un sang impur. Il a été conçu par une vierge, enfanté par une vierge, parce qu’elle l’a conçu par la foi, et que c’est par la foi qu’elle lui a donné le jour.




ORIG. (Traité 6 sur S. Jean.) On offrait dans le temple comme victimes cinq espèces d’animaux, trois choisies parmi les animaux terrestres, le veau, la brebis et la chèvre, deux parmi les oiseaux, la tourterelle et la colombe. L’espèce ovine en fournissait trois : le bélier, la brebis et l’agneau, et parmi ces trois derniers, Jean-Baptiste choisit l’agneau comme figure du Sauveur, parce que l’agneau était la victime des sacrifices qu’on offrait chaque jour, l’un le matin et l’autre le soir. Or, quel est ce sacrifice que la nature raisonnable doit offrir à Dieu chaque jour, si ce n’est le Verbe toujours plein de force, de vie et de beauté, et qui nous est ici représenté sous la figure d’un agneau ? C’est lui qui sera notre sacrifice du matin, qui applique notre intelligence à la méditation des vérités divines, car notre âme ne peut toujours être appliquée à des choses aussi relevées, à cause de son étroite union avec ce corps mortel qui l’appesantit. De cette vérité que Jésus-Christ est un agneau, nous pourrions tirer encore plusieurs conséquences très-utiles, et nous arriverions ainsi jusqu’au sacrifice du soir, qui représente les choses corporelles. Or, celui qui a offert cet agneau en sacrifice, c’est Dieu qui était comme caché dans l’homme ; c’est le grand-prêtre qui a dit : « Personne ne m’ôte la vie, mais je la donne de moi-même, » (Jn 10) et c’est pour cela qu’il est appelé l’Agneau de Dieu ; car il a pris sur lui toutes nos infirmités (Is 53) ; il a effacé tous les péchés du monde (1 P 2) ; et a reçu la mort comme un baptême. (Lc 12) Dieu, en effet, ne laisse passer sans les reprendre et les châtier aucune de nos actions contraires à sa loi, et ce n’est qu’au prix des plus grands efforts qu’elles peuvent être ramenées à cette règle divine.




THEOPHYL. Ou bien encore, Jésus-Christ est appelé l’Agneau de Dieu, en ce sens que sa mort a été acceptée par Dieu le Père pour notre salut, ou parce qu’il l’a livré lui-même à la mort pour nous sauver. C’est ainsi que nous avons coutume de dire : « Cette offrande est de tel homme, » c’est-à-dire que cet homme l’a offerte ; de même Jésus-Christ est appelé l’Agneau de Dieu, parce que Dieu a offert son Fils à la mort pour notre salut. L’agneau figuratif n’a effacé le péché d’aucun homme ; l’Agneau véritable a effacé le péché du monde tout entier qu’il a délivré de la colère de Dieu, aux châtiments de laquelle il était exposé. C’est pour cela que Jean-Baptiste dit : « Voici celui qui efface le péché du monde. » Il ne dit pas : Qui effacera, mais : « Qui efface les péchés du monde, » c’est-à-dire qu’il continue toujours de le faire. Ce n’est pas seulement dans sa passion et sur la croix qu’il efface le péché du monde, il n’a cessé de l’effacer depuis sa mort jusqu’à présent, il n’est pas toujours crucifié, il est vrai, puisqu’il n’ a offert qu’un seul sacrifice pour nos péchés, mais il ne cesse de les effacer par la vertu de ce sacrifice.




S. GREG. (Moral., 8, 20.) Il ôtera entièrement le péché du genre humain, lorsque notre corruption sera remplacée par la glorieuse incorruptibilité ; car nous ne pouvons être affranchis de tout péché tant que nous sommes retenus captifs dans ce corps de mort. — THEOPHYL. Mais pourquoi dit-il : « Le péché du monde, » et non pas : Les péchés du monde ? C’est pour renfermer dans cette dénomination générale l’universalité des péchés, comme lorsque nous disons : l’homme a été chassé du paradis, c’est-à-dire le genre humain tout entier.




Bède : Ou bien, le péché du monde signifie le péché originel, qui est commun au genre humain tout entier. Or, c’est ce péché originel, et tous ceux que les hommes y ont ajoutés, que Jésus-Christ efface par sa grâce. — S. AUG. (Traité 4 sur S. Jean.) Celui qui, en prenant notre nature, n’a point pris notre péché, est celui-là même qui efface notre péché. Vous savez qu’il est des hommes qui tiennent ce langage : Nous remettons les péchés aux hommes, parce que nous sommes saints ; car si celui qui baptise n’a pas la sainteté, comment peut-il effacer le péché d’un autre, lui dont l’âme est souillée par toute sorte de péchés ? A ces prétentions, nous nous contentons d’opposer ces paroles : « Voici celui qui efface le péché du monde, » paroles qui détruisent toute confiance présomptueuse dans les hommes. — ORIG. (comme préced.) De même qu’au sacrifice de l’agneau figuratif les autres sacrifices prescrits par la loi se trouvaient joints par un lien étroit, ainsi au sacrifice de l’Agneau véritable, viennent s’unir par un lien non moins intime, d’autres sacrifices semblables, le sacrifice des martyrs qui répandent leur sang, et dont la patience, la foi et le zèle ardent détruisent et anéantissent tous les obstacles que les impies voudraient apporter au bien.




THEOPHYL. Jean-Baptiste avait dit précédemment à ceux qu’on lui avait envoyés : « Il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas, » il le fait connaître maintenant à ceux qui l’ignoraient : « C’est celui dont j’ai dit : Un homme vient après moi, » etc. Il appelle le Seigneur un homme, parce qu’il avait atteint la plénitude de l’âge, puisqu’il fut baptisé à l’âge de trente ans ; ou encore, parce qu’il est le mari spirituel de l’âme et l’époux de l’Église, ce qui a fait dire à saint Paul : « Je vous ai fiancés à un seul homme qui est Jésus-Christ, pour vous présenter à lui comme une vierge toute pure, » (2 Co 2) — S. AUG. (Traité 4 sur S. Jean.) Il est venu après moi, parce que sa naissance a suivi la mienne, mais « il a été fait avant moi, » c’est-à-dire qu’il a été placé au-dessus de moi. — S. GREG. (hom. 7 sur les Evang.) La raison de cette prééminence de Jésus, c’est, ajoute-t-il : « Qu’il était avant moi, » c’est-à-dire, quoique ma naissance précède lu sienne, il ne laisse pas d’être au-dessus de moi, parce que son existence n’est point limitée par l’époque de sa naissance, car celui qui a voulu naître d’une mère dans le temps, a été engendré par son Père on dehors de toute succession de temps. — THEOPHYL. Ecoutez ces paroles, ô Arius ! Jean ne dit pas : Il a été créé avant moi, mais : « Il était avant moi. » Que les sectateurs de Paul de Samosate entendent aussi ces paroles, et qu’ils apprennent que Jésus ne tire pas sa première origine de Marie, car s’il avait reçu d’elle le principe de son existence, comment aurait-il pu exister avant son précurseur, puisqu’il est évident que la naissance de Jean-Baptiste précédait de six mois la naissance temporelle de Jésus-Christ ?




S. Chrysostome : (hom. 17 sur S. Jean.) On pouvait soupçonner Jean-Baptiste d’obéir à la voix de l’amitié ou aux liens du sang qui l’unissaient à Jésus-Christ en lui rendant un si glorieux témoignage ; aussi se hâte-t-il d’ajouter : « Et moi, je ne le connaissais pas, » ce qui devait paraître vraisemblable, puisque Jean avait toujours vécu dans le désert. Les prodiges qui avaient entouré le berceau de Jésus enfant, par exemple, lors de l’adoration des mages, ou dans d’autres circonstances semblables, remontaient à une époque déjà éloignée, et au temps de la première enfance de Jean-Baptiste. Depuis, le Sauveur avait passé sa vie dans l’obscurité, et sans être connu de personne, comme le déclare Jean-Baptiste lui-même : « Mais c’est afin qu’il fût manifesté en Israël, que je suis venu baptiser dans l’eau. » Donc tous ces prétendus miracles avec lesquels Jésus se serait joué dès son enfance, sont autant de fictions dénuées de fondement. Si Jésus avait fait des miracles dès sa première enfance, Jean l’aurait connu de quelque manière, et le peuple n’eût pas en besoin qu’on le lui fit connaître. Ce baptême n’était donc nullement nécessaire au Sauveur, et il n’avait d’autre raison que de préparer les hommes à croire en Jésus-Christ. Aussi Jean-Baptiste ne dit pas : Je suis venu pour purifier ceux qui reçoivent mon baptême, ou pour les délivrer de leurs péchés, mais : « Je suis venu, afin qu’il fût manifesté eu Israël. » Mais ne pouvait-il donc faire connaître Jésus-Christ, et déterminer le peuple à croire en lui, sans qu’il fût nécessaire de baptiser ? Oui, sans doute, mais il atteignait ainsi plus facilement ce but, car la foule ne se fût pas empressée d’accourir à lui, si la prédication n’eût pas été suivie du baptême.




S. AUG. (Traité 4 sur S. Jean.) Mais dès que le Seigneur fut connu, il était inutile de lui préparer les voies, puisqu’il devenait lui-même la voie pour ceux qui le connaissaient. Aussi le baptême de Jean ne dura plus longtemps, et seulement jusqu’à ce qu’il eût fait connaître suffisamment le Sauveur, si humble dans tout son extérieur. (Tr. 5.) C’est donc pour nous donner un exemple d’humilité, et nous engager à recevoir le baptême qui efface les péchés et nous donne le salut, que le Seigneur a daigné être baptisé des mains de son serviteur. Mais afin que le baptême du serviteur ne fût pas mis au-dessus du baptême du Seigneur, d’autres reçurent aussi le baptême du serviteur. Or ceux qui recevaient le baptême du serviteur, devaient encore nécessairement recevoir le baptême du Seigneur, tandis que ceux qui recevaient le baptême du Seigneur, n’avaient nul besoin du baptême du serviteur.




Versets 32-34.



S. Chrysostome : (hom. 17 sur S. Jean.) Le témoignage que Jean-Baptiste avait rendu à Jésus, qu’il pouvait seul remettre les péchés du monde entier, avait pour objet un mystère si relevé qu’il pouvait jeter dans l’étonnement et la stupeur ceux qui l’entendaient, et c’est pour le rendre plus digne de foi qu’il le fait remonter jusqu’à Dieu et à l’Esprit saint. En effet, on pouvait dire à Jean : « Comment donc l’avez-vous connu ? » C’est, répond-il par l’Esprit saint qui est descendu sur lui : « Et Jean rendit encore ce témoignage : J’ai vu l’Esprit saint descendre sur lui, » etc. — S. AUG. (de la Trin., 15, 20.) Ce n’est pas cependant que Jésus n’ait reçu l’onction de l’Esprit saint, que lorsqu’il descendit sur lui, après son baptême, sous la forme d’une colombe. Le Sauveur daignait alors représenter son corps mystique, c’est-à-dire son Église, dans laquelle surtout ceux qui sont baptisés reçoivent l’Esprit saint. Il serait, en effet, de la dernière absurdité de croire que Jésus ne reçut l’Esprit saint qu’à l’âge de trente ans, puisqu’il avait cet âge lorsqu’il fut baptisé et qu’il vint recevoir le baptême de Jean sans aucun péché, mais aussi sans avoir reçu l’Esprit saint. Il est écrit de Jean, son serviteur et son précurseur : « Il sera rempli de l’Esprit saint dès le sein de sa mère, » et quoiqu’il eût un homme pour père, il reçut l’Esprit saint dès le sein de sa mère, que devrons-nous donc penser et croire de Jésus-Christ fait homme, lui dont la conception dans le sein de sa mère eut pour principe, non point la chair, mais l’Esprit ?




S. AUG. (du comb. chrét., 22) Nous ne disons pas que Jésus-Christ seul avait un véritable corps, tandis que l’Esprit saint ne se manifesta aux yeux des hommes que sous une apparence trompeuse. Il est aussi indigne de l’Esprit saint que du Fils de Dieu, d’induire les hommes en erreur. Aussi disons-nous que Dieu, qui a créé tout de rien, a pu fort bien créer un véritable corps de colombe sans l’intermédiaire d’aucun oiseau de cette espèce, avec la même facilité qu’il forma un véritable corps dans le sein de la Vierge, sans le concours d’aucun homme.




S. AUG. (Traité 6, sur S. Jean.) L’Esprit saint s’est manifesté aux hommes sous deux formes visibles différentes, sous la forme d’une colombe lorsqu’il descendit sur Nôtre-Seigneur après son baptême, et sous la forme de langues de feu quand il descendit sur les Apôtres réunis. D’un côté, c’est le symbole de la simplicité, de l’autre, l’emblème de la ferveur. La forme de la colombe apprend à ceux qui ont été sanctifiés par l’Esprit saint, à fuir toute duplicité ; et le feu enseigne à la simplicité, à ne point faire ses actions avec froideur. Ne vous étonnez pas que les langues soient divisées. Ne craignez pas la division, reconnaissez dans la colombe le symbole de l’unité. Il fallait que l’Esprit saint descendît sur Nôtre-Seigneur sous la forme d’une colombe, pour apprendre à tous les chrétiens qu’on reconnaîtra qu’ils ont reçu l’Esprit saint, s’ils ont la simplicité de la colombe et s’ils vivent avec leurs frères dans cette paix véritable que figurent les baisers des colombes. Les corbeaux donnent aussi des baisers, mais en même temps ils déchirent ; la colombe ne sait point déchirer, les corbeaux se nourrissent de corps qui ont été mis à mort, ce que ne fait pas la colombe, qui ne se nourrit que des fruits de la terre. Que si la colombe fait entendre des gémissements d’amour, ne soyons pas surpris que l’Esprit saint ait voulu apparaître sous la forme d’une colombe, lui qui prie pour nous par ses gémissements ineffables. (Rm 9) Ce n’est point en lui même, mais en nous que l’Esprit saint gémit par les gémissements qu’il nous inspire. Celui qui gémit d’être accablé sous le poids de ce corps mortel, et de vivre éloigné du Seigneur, gémit d’une manière agréable à Dieu. Mais il en est beaucoup qui gémissent d’être privés de la félicité de ce monde, ou d’être brisés par les épreuves, accablés sous le poids écrasant des infirmités du corps, ce ne sont pas là les gémissements de la colombe. Sous quelle forme devait se manifester l’Esprit saint pour représenter l’unité, si ce n’est sous la forme de la colombe, afin de pouvoir dire à l’Église, après lui avoir donné la paix ; « Ma colombe est unique ? » (Ct 6) Quel symbole plus convenable de l’humilité, que cet oiseau simple et gémissant ? La sainte et véritable Trinité apparut toute entière dans cette circonstance ; le Père, dans cette voix qui dit : « Vous êtes mon Fils bien-aimé. » Le Fils dans celui qui est baptisé, et l’Esprit saint dans la colombe. C’est au nom de cette Trinité, que les Apôtres ont été envoyés pour baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. (Mt 28)




S. GREG. (Moral., 28, 41.) Jean-Baptiste ajoute : « Et demeurer sur lui, » car l’Esprit descend, il est vrai, dans le cœur de tous les fidèles, mais c’est dans le médiateur seul qu’il demeure d’une manière spéciale, parce qu’il ne s’est jamais séparé de l’humanité de Jésus, de la divinité duquel il procède. Or le Sauveur parlant à ses disciples de cet Esprit, leur dit aussi : « Il demeurera en vous. » (Jn 16) A quel titre particulier demeure-t-il donc en Jésus-Christ ? C’est ce qu’il nous sera facile de reconnaître si nous faisons une distinction entre les dons de l’Esprit saint. S’agit-il des dons sans lesquels il est impossible de parvenir à la vie, comme la douceur, l’humilité, la foi, l’espérance et la charité, l’Esprit saint demeure dans tous les fidèles. Mais quant aux dons qui out pour objet la manifestation de l’Esprit saint, et qui tendent moins à conserver la vie spirituelle en nous qu’à l’établir dans les autres, l’Esprit saint ne demeure pas toujours en ceux qui ont reçu ces dons, et il se dérobe quelquefois à l’éclat des miracles pour rendre plus humbles les vertus qu’il a inspirées ; Jésus-Christ, au contraire, a eu toujours et en toutes circonstances l’Esprit saint en lui.




S. Chrysostome : (hom. 17 sur S. Jean.) Que personne ne pense que Jésus-Christ eut besoin de recevoir l’Esprit saint, comme nous avons besoin de le recevoir nous-mêmes ; Jean-Baptiste détruit jusqu’à l’ombre de ce soupçon, en déclarant que l’unique motif de la descente du Saint-Esprit sur Jésus était de le faire connaître : « Et moi je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, m’a dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit saint descendre et se reposer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit saint. » — S. AUG. (Traité 5 sur S. Jean.) Mais qui donc a envoyé Jean-Baptiste ? Si nous disons : le Père, nous disons vrai ; si nous disons : le Fils, nous disons vrai encore, mais beaucoup plus vrai, si nous disons le Père et le Fils. Mais comment pouvait-il ne pas connaître celui qui l’avait envoyé ? S’il ne connaissait pas celui des mains duquel il voulait recevoir le baptême, il parlait donc d’une manière inconsidérée, lorsqu’il lui disait : « C’est moi qui dois être baptisé par vous. » Il le connaissait donc, pourquoi donc alors affirme-t-il qu’il ne le connaissait pas ? — S. Chrysostome : (hom. 17 sur S. Jean.) Jean-Baptiste, en disant : « Je ne le connaissais pas, » veut parler d’une époque antérieure et non de celle du baptême, où il dit à Jésus : « C’est moi qui dois être baptisé par vous. » S. AUG. (Traité 5 sur S. Jean.) Si nous lisons les autres évangélistes qui se sont étendus davantage sur le baptême du Sauveur, nous y verrons de la manière la plus claire que la colombe est descendue sur le Seigneur, lorsqu’il sortit de l’eau. Or, si la colombe n’est descendue qu’après le baptême, et que Jean-Baptiste ait dit à Jésus avant son baptême : « C’est moi qui dois être baptisé par vous, » il le connaissait donc avant son baptême ; et comment alors a-t-il pu dire : « Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser m’a dit : Celui sur lequel vous verrez descendre l’Esprit saint ? » etc. Sont-ce ces dernières paroles qui lui ont fait connaître celui qu’il ne connaissait pas ? Jean-Baptiste savait que le Sauveur était le Fils de Dieu, il savait également qu’il baptiserait dans l’Esprit saint. Car avant que Jésus-Christ se rendît sur les bords du Jourdain, alors que le peuple venait en foule trouver Jean-Baptiste, il leur dit : « Celui qui vient après moi est plus grand que moi, c’est lui qui vous baptisera dans l’eau et dans le feu. » Mais que ne savait donc pas Jean-Baptiste ? Il ne savait pas que le pouvoir du baptême devait appartenir exclusivement en propre au Seigneur, qui devait le conserver, de manière à ce que ni Pierre ni Paul ne pussent dire : « Mon baptême, » comme nous voyons que Paul a dit : « Mon Evangile ; » et que l’administration de ce sacrement devait être confié également aux bons et aux mauvais. Que vous importe un mauvais ministre, alors que le Seigneur est bon ? On a rebaptisé après le baptême de Jean-Baptiste, ou n’a point rebaptisé après le baptême d’un homicide, parce que Jean n’a donné que son baptême, et que l’homicide a donné le baptême de Jésus-Christ, et que la sainteté de ce sacrement est si grande, qu’elle ne peut être souillée par un ministre coupable d’homicide. Le Seigneur aurait pu, s’il avait voulu, donner à l’un de ses serviteurs le pouvoir d’administrer le baptême en son propre nom, et attribuer au sacrement de baptême conféré au nom de son serviteur, une efficacité aussi grande que celle du baptême donné par le Seigneur lui-même. Il ne l’a pas voulu, afin que ceux qui reçoivent son baptême missent toute leur espérance en celui au nom duquel ils reconnaîtraient avoir été baptisés, et il n’a point voulu qu’un serviteur plaçât son espérance dans un autre serviteur. S’il avait transmis ce pouvoir à ses serviteurs, il y aurait autant de baptêmes qu’il y a de serviteurs ; et comme on a dit le baptême de Jean, on aurait dit aussi le baptême de Pierre ou de Paul. Ce pouvoir que Jésus-Christ s’est exclusivement réservé, est le fondement de l’unité de l’Église, dont il est dit : « Une seule est ma colombe. » (Ct 6) Il peut se faire que quelqu’un ait reçu le baptême d’un autre que de la colombe, mais il est impossible que ce baptême ait pour lui la moindre efficacité.




S. Chrysostome : (hom. 17 sur S. Jean.) Le Père avait fait entendre sa voix pour proclamer son Fils, l’Esprit saint descend des cieux pour fixer les paroles du Père sur la tête de Jésus-Christ, afin que personne ne fût tenté d’attribuer à Jean ce qui ne convenait qu’à Jésus-Christ. Mais comment, me dira-t-on, les Juifs ne crurent-ils pas s’ils ont vu l’Esprit saint descendre sur Jésus ? C’est que de telles apparitions n’exigent pas seulement les yeux du corps, mais encore ceux de l’âme. Lorsqu’ils furent témoins des miracles que faisait Jésus, l’envie égara leur raison à ce point qu’ils affirmaient le contraire de ce qu’ils avaient vu ; comment donc veut-t-on que la seule apparition de l’Esprit saint ait pu dissiper leur incrédulité ? Suivant quelques-uns, tous ne virent pas l’Esprit saint, mais seulement Jean-Baptiste, et ceux dont les dispositions étaient meilleures ; car bien qu’il fût possible de voir des yeux du corps l’Esprit saint descendre sous la forme d’une colombe, il n’était pas nécessaire que tous fussent témoins de cette apparition miraculeuse. Le prophète Zacharie (Za 1-6) ; Daniel (Dn 7-10) ; Ezéchiel (Ez 1 ; 3 ; 8 ; 10-11 ; 37 ; 40 ; etc.), n’eurent-ils pas plusieurs visions sous des formes sensibles, sans qu’aucun autre en fût témoin ? Moïse lui-même, n’a-t-il pas vu des choses qui n’ont été révélées à aucun autre ? c’est pour cela que Jean-Baptiste ajoute : « J’ai vu et j’ai rendu témoignage que celui-ci est le Fils de Dieu. » Il lui avait donné le nom d’Agneau de Dieu, il avait annoncé qu’il baptiserait dans l’Esprit saint, mais jusqu’ici il ne l’avait point appelé Fils de Dieu. — S. AUG. (Traité 7 sur S. Jean.) C’était au Fils unique de Dieu, et non point à un Fils adoptif que devait être réservé le pouvoir de baptiser. Les fils adoptifs sont les ministres du Fils unique, le Fils unique a seul le pouvoir du baptême, les fils adoptifs n’eu ont que l’administration.




Versets 35-36.



S. Chrysostome : (Hom. 17 sur S. Jean.) Plusieurs peut-être n’avaient pas prêté grande attention aux premiers discours de Jean-Baptiste, il multiplie donc coup sur coup les témoignages pour les rendre plus attentifs : « Le lendemain, dit l’Evangéliste, Jean était encore là avec deux de ses disciples. » — Bède : (hom. pour la vigil. de S. And.) Jean se tenait encore là, parce qu’il s’était élevé dans la pratique des vertus à une tulle hauteur, qu’il ne pouvait en être renversé par aucune tentation, par aucune épreuve. Ses disciples étaient avec lui, parce qu’ils suivaient les enseignements de leur Maître avec un cœur plein de docilité et de constance.




S. Chrysostome : (hom. précéd.) Mais pourquoi Jean-Baptiste, au lieu de parcourir toute la Judée pour annoncer Jésus en tous lieux, se tient-il sur les bords du Jourdain, attendant pour le faire connaître, que le Sauveur vienne le trouver ? Parce qu’il réservait cette mission aux œuvres mêmes de Jésus-Christ. Considérez d’ailleurs combien cette conduite fut plus utile à l’édification des âmes. Jean-Baptiste ne fit que jeter une petite étincelle, et on vit aussitôt s’allumer un grand incendie. Si un autre eût parcouru la Judée pour annoncer Jésus-Christ, on eût pu l’accuser d’agir par un motif tout humain, et sa prédication eût donné lieu à mille soupçons. C’est pour cette raison que les prophètes et les Apôtres ont annoncé Jésus-Christ lorsqu’il n’était pas présent, les uns avant son avènement et son incarnation, les autres après son ascension. Mais voyez comme Jean-Baptiste rend témoignage non-seulement de la voix, mais des yeux : « Et regardant Jésus qui s’avançait, il dit : Voici l’Agneau de Dieu. » — THEOPHYL. Il regarde Jésus, comme-pour exprimer par son regard les sentiments de joie et d’admiration que lui fait éprouver la présence de Jésus-Christ.




S. AUG. (Traité 7 sur S. Jean.) Jean était l’ami de l’Epoux, il ne cherchait point sa propre gloire, mais rendait témoignage à la vérité, aussi ne voulut-il point retenir près de lui ses disciples et les empêcher de suivre le Seigneur, et c’est lui, au contraire, qui leur montre celui qu’ils devaient suivre en leur disant : « Voici l’Agneau de Dieu. » — S. Chrysostome : (hom. 17 sur S. Jean.) Il ne leur fait pas de longs discours, il n’a qu’une chose en vue, c’est de les amener et de les unir à Jésus- Christ, il savait que pour le reste, ils n’auraient pas besoin de son témoignage. Pourquoi encore Jean-Baptiste ne s’adresse-t-il pas à ses disciples en particulier, mais leur dit-il publiquement devant tout le peuple : « Voici l’Agneau de Dieu. » En se déterminant à suivre Jésus-Christ, par suite d’un enseignement qui s’adressait à tous, leur résolution fut beaucoup plus ferme et plus constante, et ce ne fut pas eu considération de leur Maître, mais dans leur intérêt, qu’ils s’attachèrent au Sauveur. Remarquons encore que le discours de Jean-Baptiste ne contient aucune prière, aucune instance, il se contenta d’exprimer son admiration à la vue de Jésus-Christ, défaire connaître la grâce qu’il apporte an monde, et de quelle manière il doit purifier les âmes, deux choses que signifie le nom d’Agneau. Il l’appelle l’Agneau avec l’article δ άμνός, c’est-à-dire l’Agneau par excellence. — S. AUG. (Traité 7 sur S. Jean.) Le Sauveur est en effet l’Agneau proprement dit, le seul qui soit sans péché, dont on n’a pas en besoin de laver les souillures, mais qui a été sans souillure aucune. Il est par excellence l’Agneau de Dieu, parce que ce n’est que par le sang de cet Agneau, que les hommes ont pu être rachetés. C’est cet Agneau que redoutent les loups, et qui a donné la mort au lion après que lui-même avait été mis à mort. — Bède : Il s’appelle encore Agneau, parce qu’il devait nous laisser en don gratuit sa toison pour nous en faire une robe nuptiale, c’est-à-dire qu’il a voulu nous laisser les exemples de sa vie, pour nous communiquer les saintes ardeurs de la charité. ALCUIN. Dans le sens figuré, Jean s’arrête, c’est-à-dire que la loi cesse, et Jésus vient, c’est-à-dire la grâce de l’Evangile, à laquelle la loi elle-même rend témoignage. Jésus se met en marche pour réunir ses disciples. — Bède : Cette marche de Jésus représente la divine économie de l’incarnation, par laquelle il a daigné venir jusqu’à nous, et nous laisser les exemples d’une vie sainte.




Versets 37-41.



ALCUIN. Les disciples de Jean ayant entendu le témoignage qu’il rendait à Jésus, qu’il était l’Agneau de Dieu, se montrèrent dociles à ses conseils et suivirent Jésus : « Les deux disciples l’entendirent parler ainsi, et suivirent Jésus. »




S. Chrysostome : (hom. 17 sur S. Jean.) Remarquez que lorsque Jean-Baptiste se contentait de dire : « Celui qui vient après moi, est avant moi, et je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa chaussure, » il n’a pris ni gagné personne ; mais aussitôt qu’il parle de son incarnation et par là même de ses humiliations, en disant : « Voici l’Agneau de Dieu, » ses disciples se mettent aussitôt à la suite de Jésus. Il en est un très-grand nombre qui se sentent moins attirés à Dieu par les considérations élevées sur sa nature divine, que par l’exposé de sa bonté, de sa miséricorde et de ce qu’il a fait pour le salut des hommes. Remarquez que tandis que Jean-Baptiste prononce ces paroles : « Voici l’Agneau de Dieu, » Jésus ne dit rien. En effet, d’après les usages reçus, l’époux reste dans le silence, d’autres lui amènent l’épouse, et la lui remettent entre les mains ; mais aussitôt qu’il l’a prise pour épouse, il lui témoigne tant d’affection, qu’elle ne se souvient plus de ceux qui l’ont conduite à son époux. Ainsi lorsque Jésus-Christ vient pour épouser l’Église, il ne dit rien non plus, Jean-Baptiste, son ami, s’approche seul, lui présente la main droite de son épouse, lorsque par ses discours il remet comme entre ses mains les âmes des hommes. Jésus les accueille et leur témoigne aussi tant d’amour qu’elles ne retournent plus à Jean-Baptiste. Remarquons encore que dans la célébration des noces, ce n’est pas la jeune fille qui va au-devant de son époux, c’est lui-même qui vient la trouver (quand ce serait un fils de roi qui épouserait une humble servante) ; Nôtre-Seigneur Jésus-Christ a fait de même ; la nature humaine n’est point montée dans les cieux, c’est le Fils de Dieu qui est venu la trouver et qui l’a conduite dans la maison paternelle. Il y eut sans doute d’autres disciples de Jean, qui non-seulement ne suivirent point Jésus-Christ, mais qui nourrirent contre lui des sentiments d’envie, et se montrèrent jaloux de sa gloire. Mais ceux dont les dispositions étaient meilleures s’attachèrent à Jésus aussitôt qu’ils l’eurent connu, non par mépris de leur premier maître, mais par la persuasion où ils étaient d’après les enseignements du Précurseur, que Jésus-Christ les baptiserait dans l’Esprit saint. Considérez dans ces disciples un saint empressement mêlé d’une sage réserve. En se mettant à la suite de Jésus, ils ne se hâtent pas de l’interroger sur les grandes vérités du salut, et ce n’est pas en public, mais en particulier, qu’ils cherchent à lui parler : « Alors Jésus s’étant retourné, et les voyant qui le suivaient, leur dit : Que cherchez-vous ? » Ces paroles nous apprennent que lorsque nous commençons sincèrement à vouloir le bien, Dieu nous prodigue les occasions de salut. Jésus interroge ses disciples, non pour en apprendre quelque chose, mais pour se les rendre plus familiers, leur inspirer une plus grande confiance, et leur montrer qu’ils sont vraiment dignes de ses divins enseignements.




THEOPHYL. Considérez ici que Nôtre-Seigneur se tourne vers ceux qui le suivent, et abaisse sur eux ses regards ; c’est qu’en effet, si vous ne marchez à sa suite par la pratique des bonnes œuvres, vous ne parviendrez jamais à voir sa face adorable, ni à entrer dans sa maison. — ALCUIN. Ces deux disciples suivaient donc Jésus par derrière, dans l’intention de le voir, mais sans pouvoir y parvenir. Aussi, que fait Jésus ? il se retourne, et descend, pour ainsi dire, des hauteurs de sa majesté, afin que ses disciples puissent contempler sa face adorable. — ORIG. (Traité 7 sur S. Jean.) Peut-être n’est-ce pas sans raison qu’après le sixième témoignage, Jean-Baptiste cesse de parler de Jésus à ses disciples, et c’est Jésus lui-même qui se rend pour ainsi dire un septième témoignage en leur demandant : « Que cherchez-vous ? » — S. Chrysostome : (hom. 18 sur S. Jean.) Ces deux disciples font paraître leur amour pour Jésus-Christ, non-seulement par leur empressement à le suivre, mais par la question qu’ils lui adressent : « Et ils demandèrent : Maître, où habitez-vous ? » Jésus ne leur a encore rien appris, et ils lui donnent le nom de Maître pour se ranger d’eux-mêmes au nombre de ses disciples, et lui faire connaître la raison qui les a déterminés à s’attacher à lui.




ORIG. Après avoir été convaincus et amenés à Jésus par le témoignage de Jean, les deux disciples, par cette question, reconnaissent Jésus pour leur docteur, et expriment le désir de voir l’habitation du Fils de Dieu. — ALCUIN. Car ce n’est pas en passant qu’ils veulent profiter de ses divins enseignements, ils lui demandent où il demeure, afin de pouvoir se pénétrer de ses paroles dans le secret, visiter plus souvent le Sauveur, et en recevoir une instruction plus parfaite. Dans le sens mystique, ils demandent à Jésus-Christ dans quelles âmes il daigne habiter, afin qu’en imitant leurs exemples, ils puissent mériter la même faveur. Ou bien encore, ils virent Jésus marcher, et lui demandent aussitôt où il demeure ; et il nous enseigne par là, lorsque nous méditons intérieurement sur l’incarnation du Fils de Dieu, à le prier avec instance et ferveur de nous faire connaître le lieu de son éternelle demeure. Jésus approuve la légitimité de leur demande, et leur ouvre volontiers ses secrets : « Et il leur dit : Venez et voyez. » C’est-à-dire : Ce n’est point par des paroles, mais par des œuvres, que vous pouvez apprendre quelle est mon habitation. Venez donc par la foi et par les œuvres, et vous verrez par l’intelligence qui vous sera donnée. — ORIG. Ou bien encore, par cette parole : « Venez, » il les invite à la vie active, et par cette autre : « Voyez, » à la vie contemplative.




S. Chrysostome : (hom. 18 sur S. Jean.) Jésus ne leur indique ni la maison ni le lieu qu’il habitait, mais il les attire à sa suite, et leur montre ainsi qu’il les accepte pour ses disciples. Il ne leur dit pas : « Il n’est pas temps encore, demain vous apprendrez ce que vous désirez savoir, mais il leur parle comme à des amis et à des familiers qui auraient depuis longtemps déjà vécu avec lui. Mais comment concilier ce que le Sauveur dit ailleurs : « Le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête, » (Mt 8 ; Lc 9) avec ce qu’il dit ici : « Venez et voyez quelle est ma demeure ? » Ces paroles : « Le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête, » veulent simplement dire qu’il n’avait pas de demeure en propre, et non pas qu’il n’habitait pas dans une maison. Voilà pourquoi l’Evangéliste ajoute : « Ils vinrent et virent où il demeurait, et ils restèrent près de lui ce jour-là. Il ne dit pas le motif qui les retint près de lui, il est évident que c’était pour entendre ses divines leçons.




S. AUG. (Traité 7 sur S. Jean). Quel heureux jour pour ces disciples, quelle heureuse nuit ! Construisons donc nous-mêmes aussi dans notre cœur, et élevons une maison où Jésus vienne habiter et où il nous instruise.




THEOPHYL. Ce n’est pas sans raison que l’Evangéliste nous indique quelle heure il était alors : « Or, il était environ, la dixième heure ; » il voulait apprendre aux docteurs comme aux disciples, qu’on ne doit point négliger le soin de la doctrine sous prétexte de l’heure avancée. — S. Chrysostome : (hom. précéd.) Ces disciples montraient un grand zèle pour s’instruire, puisqu’ils n’étaient point arrêtés par l’heure avancée qui touchait presque au coucher du soleil. La plupart des hommes, esclaves des besoins de la chair, ne peuvent dans le temps qui suit le repas appliquer leur esprit aux choses nécessaires, parce que leur corps est appesanti par la nourriture. Mais tel n’était pas Jean-Baptiste, qui avait formé ces disciples, et il pratiquait le soir une sobriété beaucoup plus grande que n’est la nôtre le matin.




S. AUG. (Traité précéd.) La dixième heure est encore ici le symbole de la loi qui a été donnée en dix préceptes. Le temps était venu d’accomplir par l’amour cette loi que les Juifs ne pouvaient accomplir par la crainte ; aussi est-ce à la dixième heure que Nôtre-Seigneur s’entend donner le nom de Maître ; car il n’y a de véritable maître de la loi, que celui qui en est l’auteur.




« André, frère de Simon Pierre, était un de ceux qui avaient entendu le témoignage de Jean, et qui avaient suivi Jésus. » — S. Chrysostome : (hom. 17 sur S. Jean.) Pourquoi l’Evangéliste ne nous fait-il pas connaître le nom de l’autre disciple ? Il en est qui donnent pour raison que saint Jean était lui-même ce disciple ; d’antres, que ce disciple n’était pas autrement important à connaître. Il n’y avait donc aucune utilité à nous apprendre son nom. L’Evangéliste ne nous a pas donné non plus le nom des soixante-douze disciples. — ALCUIN. On peut dire encore que ces deux disciples étaient André et Philippe.




Versets 41-43.



S. Chrysostome : (hom. 19 sur S. Jean.) André ne garda pas pour lui seul ce qu’il venait d’apprendre de Jésus, il s’empresse de courir vers son frère pour lui faire part des grâces qu’il vient de recevoir : « Or, il rencontra d’abord son frère Simon, et lui dit : Nous avons trouvé le Messie (c’est-à-dire le Christ). » — Bède : (hom. pour la vig. de S. And.) Oui, c’est bien avoir trouvé le Seigneur, que d’être embrasé pour lui d’un amour véritable, et plein de zèle pour le salut de ses frères.




S. Chrysostome : (hom. 19 sur S. Jean.) L’Evangéliste ne nous a pas rapporté l’entretien de Jésus-Christ avec ces deux disciples, mais il nous est permis de conjecturer quel en fut l’objet, par ce qu’André dit à son frère, et ce peu de paroles nous en donne comme l’abrégé. Nous y trouvons, en effet, la puissance du Maître qui avait porté le persuasion dans leurs âmes, et la vivacité des désirs dont leur cœur était depuis longtemps animé. En effet, cette parole : « Nous avons trouvé, » exprime le travail de l’enfantement d’une âme qui soupirait ardemment après la présence du Messie, et qui tressaille de joie d’avoir enfin trouvé l’objet de ses désirs. — S. AUG. Le mot Messie en hébreu, Christ en grec, veut dire oint en latin ; car le mot chrisma signifie onction. Tous les chrétiens reçoivent l’onction, d’après ces paroles : « Votre Dieu vous a sacré d’une onction de joie, qui vous élève au-dessus de tous ceux qui doivent la partager ; » (Ps 44) tous les saints, en effet, entrent en participation des dons du Christ, mais le Christ lui-même est le saint par excellence, et a reçu par lui-même une onction plus parfaite.— S. Chrysostome : (hom. précéd.) Aussi André ne l’appelle-t-il pas simplement Messie, mais le Messie avec l’article. Remarquez comme tout d’abord Pierre avait un esprit docile, il accourt aussitôt sans tarder, sans hésiter : « Et il l’amena à Jésus. » N’accusons pas et ne condamnons pas cette promptitude qui, sans plus d’informations, le fait ajouter foi aux paroles de son frère. On peut supposer raisonnablement qu’André prit soin de lui développer la grande vérité qu’il lui annonçait ; mais c’est la coutume des Evangélistes d’omettre un grand nombre de choses pour abréger leur récit. D’ailleurs, il n’est pas dit que Pierre crut immédiatement, mais que son frère l’amena à Jésus et le lui confia pour qu’il apprit de lui toutes les vérités nécessaires. Or, le Seigneur commence à lui révéler lui-même les secrets de sa divinité, et à confirmer cette révélation par les prédictions qu’il fait de l’avenir. En effet, les prophéties sont une preuve non moins forte que les miracles, elles sont même plus particulièrement l’œuvre de Dieu, que les démons ne peuvent imiter. Dans les miracles, l’illusion est possible, et on peut être trompé par l’apparence. Mais il n’appartient qu’à la nature divine et incorruptible de prédire l’avenir d’une manière certaine. C’est ce que fait ici Jésus : « Et Jésus, l’ayant regardé, lui dit : Vous êtes Simon, fils de Jonas, vous serez appelé Céphas, c’est-à-dire Pierre. »




Bède : Jésus le considère non-seulement des yeux du corps, mais c’est du regard éternel de sa divinité, qu’il voit la simplicité de son cœur et l’élévation de son âme qui devaient lui mériter d’être placé un jour à la tête de toute l’Église. Il ne faut pas chercher une autre signification du mot Pierre dans l’hébreu ou dans le syriaque ; car le mot Pierre a en grec et en latin la même signification que le mot Céphas en syriaque, et dans les deux langues, ce nom dérive du mot Pierre. Or, cet Apôtre est appelé Pierre, à cause de la fermeté de la foi avec laquelle il s’attacha à cette pierre, dont l’Apôtre a dit : « Or, la pierre était Jésus-Christ, » qui délivre des embûches de l’ennemi ceux qui espèrent en lui, et qui répand sur eux, comme un fleuve, l’abondance de ses grâces spirituelles.




S. AUG. (Traité précéd.) Il n’y a rien d’étonnant à ce que le Seigneur ait dit de qui Simon était fils. Il savait, en effet, le nom de tous les saints qu’il avait prédestinés avant la création du monde. Mais ce qui est vraiment extraordinaire, c’est qu’il ait changé son nom et l’ait appelé Pierre au lieu de Simon. Le nom de Pierre vient du mot petra, pierre, et la pierre, c’est l’Église, donc le nom de Pierre est la figure de l’Église. Le Seigneur veut exciter ici votre attention. Si Pierre avait porté ce nom auparavant, vous n’auriez pas aussi bien remarqué le mystère qu’il renferme, et vous auriez pu croire que ce nom vient du hasard plutôt que d’une disposition providentielle. C’est pour cela que Dieu a voulu qu’il portât auparavant un autre nom, pour faire ressortir plus vivement dans le nom qui lui fut substitué la force du mystère qu’il renfermait.




S. Chrysostome : (hom. 19.) Jésus a changé encore le nom de cet Apôtre, comme preuve qu’il était l’auteur de l’Ancien Testament, et que c’était lui-même qui avait changé les noms des patriarches, et appelé Abram, Abraham ; Sarai, Sara (Gn 17), et Jacob, Israël. (Gn 32) Pour plusieurs, il leur a donné leurs noms, dès leur naissance, par exemple à Isaac (Gn 17), et à Samson. (Jg 13) Pour d’autres, au contraire, il a changé les noms que leurs parents leur avaient donnés, c’est ce qu’il a fait ici pour Pierre, et plus tard pour les fils de Zébédée. (Mc 3) Ceux dont la vertu devait jeter un vif éclat dès leurs premières années, ont reçu alors leur nom, tandis que ceux dont le mérite et la vertu ne devaient se produire que plus tard, n’ont reçu aussi que plus tard le nom que Dieu leur destinait.




S. AUG. (de l’acc. des Evang., 2, 17.) Saint Jean raconte ici que c’est sur les bords du Jourdain (avant que Jésus se rendit en Galilée), que, sur le témoignage de Jean-Baptiste, deux de ses disciples, dont l’un, qui s’appelait André, amena son frère Simon à Jésus, se mirent à la suite du Sauveur, et que ce fut alors que Simon reçut le nom de Pierre. Or, il y a ce semble une assez grave contradiction entre ce récit et celui des autres évangélistes, d’après lesquels Jésus rencontra André et Simon qui prêchaient dans la Galilée, et les appela alors pour en faire ses disciples. Cette contradiction disparaît, en admettant que ces deux frères ne s’attachèrent pas au Sauveur inséparablement et d’une manière définitive, lorsqu’ils le rencontrèrent sur les bords du Jourdain. Ils connurent seulement alors qui il était, et ils retournèrent à leurs occupations. Que personne cependant n’aille penser que Pierre ne reçut son nom que dans la circonstance solennelle où Jésus lui dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » (Mt 16) Il reçut ce nom, lorsque le Sauveur lui dit : « Tu t’appelleras Céphas, c’est-à-dire, Pierre. » (Jn 1) — ALCUIN. On peut dire encore que Jésus ne lui donne pas ici le nom de Pierre, mais qu’il ne fait que présager qu’il lui sera donné plus tard, lorsqu’il lui dira : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » (Mt 16) Mais au moment même de changer son nom, Jésus voulut faire ressortir la signification mystérieuse du nom même qu’il avait reçu de ses parents. En effet Simon veut dire, qui est obéissant, Joanna, signifie grâce, et Jona, colombe. Le Sauveur semble donc lui dire : Vous êtes docile et obéissant, vous êtes le fils de la grâce ou le fils de la colombe, c’est-à-dire, de l’Esprit saint, car c’est l’Esprit saint qui vous a inspiré cette humilité, qui vous fait venir à moi sur la parole d’André votre frère ; vous n’avez pas dédaigné, vous son aîné, de suivre celui qui était plus jeune que tous, car le mérite de la foi l’emporte sur les prérogatives de l’âge.





Versets 43-46.



S. Chrysostome : (hom. 20 sur S. Jean.) Après ces premiers disciples, Jésus cherche à en convertir d’autres, c’est-à-dire, Philippe et Nathanaël : « Le lendemain Jésus voulut aller en Galilée. » — ALCUIN. En partant de la Judée, où Jean baptisait, Jésus quitte la Judée par honneur pour Jean-Baptiste, et pour ne point affaiblir l’influence de ses enseignements qui devaient encore alors se faire entendre. Sur le point d’appeler de nouveaux disciples à sa suite, il se dirige vers la Galilée, qui signifie transmigration et changement, et il apprend ainsi à ceux qui le suivent à sortir d’eux-mêmes, à faire de continuels progrès dans la vertu, et à parvenir à la joie éternelle par les souffrances, comme il a lui-même voulu avancer et croître en sagesse, en âge, en grâce devant Dieu et devant les hommes (Lc 11), et passer par les souffrances avant de ressusciter et d’entrer dans sa gloire : « Et il trouva Philippe, et Jésus lui dit : » Suivez-moi. On suit Jésus, quand on imite son humilité et sa passion, pour avoir part à la gloire de sa résurrection et de son ascension.




S. Chrysostome : (Hom 20.) Remarquez que le sauveur n a appelé personne à sa suite, avant qu’on eût commencé à s’attacher, à lui ; en effet, s’il avait cherché à se faire des disciples, avant que quelques-uns n’eussent pris cette détermination d’eux-mêmes, ils n’auraient peut-être pas persévéré longtemps. Mais au contraire, ils lui restent d’autant plus fidèlement attachés, que c’est volontairement qu’ils ont choisi de marcher à sa suite. Il appelle d’abord Philippe, qui lui était plus connu, comme étant de la Galilée. Mais comment expliquer cet empressement de Philippe à suivre Jésus ? André l’avait suivi sur le témoignage de Jean-Baptiste ; Pierre, sur la parole d’André ; Philippe n’a été instruit par personne, et cette seule parole de Jésus-Christ : « Suivez-moi, » suffit pour le déterminer à le suivre. On peut dire que Philippe avait déjà pris cette résolution lorsqu’il entendit Jean-Baptiste, ou que la voix de Jésus fut assez puissante pour produire cet effet. — THEOPHYL. Car la voix du Sauveur n’était pas un simple son qui frappe les oreilles, mais elle enflammait d’amour pour lui le cœur de ses disciples. D’ailleurs, Philippe avait la connaissance du Christ, et lisait assidûment les livres de Moïse, et y puisait l’espérance de son prochain avènement, il crut donc en lui aussitôt qu’il le vit. Peut-être encore fut-il instruit par André et par Pierre, qui étaient du même pays, et l’Evangéliste semble l’indiquer par ces paroles : « Or, Philippe était de Bethsaïde, de la même ville qu’André et Pierre, » etc. — S. Chrysostome : (hom. 20.) Nôtre-Seigneur Jésus-Christ fait encore éclater sa puissance en choisissant les plus illustres de ses disciples dans une terre qui n’avait porté jusqu’alors aucun fruit (car aucun prophète n’était sorti de la Galilée). — ALCUIN. Bethsaïde, signifie aussi maison des chasseurs, et par le nom de cette ville, l’Evangéliste veut nous montrer ce qu’étaient déjà intérieurement Philippe, Pierre et André, et comment ils rempliraient un jour la mission qui leur serait donnée en se livrant tout entiers à la chasse spirituelle des âmes pour leur donner la vie.




S. Chrysostome : (hom. 20.) Non-seulement Philippe fut docile aux paroles du Christ, mais il veut l’annoncer lui-même aux autres : « Philippe trouva Nathanaël, et lui dit : Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi, » etc. Voyez quelles étaient les saintes préoccupations ds son esprit, comme il méditait continuellement les livres de Moïse, et vivait dans l’attente de l’avènement du Christ. Il savait bien sans doute que le Christ devait venir, mais il ignorait jusque-là que Jésus fût le Christ. Il dit donc à Nathanaël : « Celui de qui Moïse a écrit et que les prophètes ont annoncé ; » il donne ainsi un nouveau poids à ses paroles, en montrant que l’étude de la loi et des prophètes lui était chère, et qu’il approfondissait tout en vérité, au témoignage de Jésus-Christ lui-même. Ne soyez pas surpris qu’il appelle Jésus fils de Joseph, il passait alors pour le fils de Joseph. — S. AUG. (Traité précéd.) C’est-à-dire, que sa mère était l’épouse de Joseph, car tous les chrétiens ont appris de l’Evangile, que Jésus a été conçu et qu’il est né d’une Vierge. Il ajoute le nom de son pays : « De Nazareth. » — THEOPHYL. Ce n’était pas le lieu de sa naissance, mais celui où il avait été élevé. Sa naissance était inconnue d’un grand nombre, mais on savait qu’il avait été élevé à Nazareth : « Nathanaël lui dit : Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? » — S. AUG. (Traité préced.) La réponse de Philippe se prête également à ces deux significations : ou bien la proposition de Nathanaël est affirmative : « Il peut venir quelque chose de bon de Nazareth, » et Philippe ajoute : « Venez et voyez, » ou bien elle est dubitative et sous forme d’interrogation : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? » et Philippe lui répond : « Venez et voyez. » Quelle que soit du reste celle des deux significations qu’on adopte, elle s’harmonise parfaitement avec ce qui suit. Examinons donc quel est le sens de ces paroles. Nathanaël, qui était très-instruit dans la loi, ayant entendu dire à Philippe : « Nous avons trouvé Jésus de Nazareth ; » ce dernier mot réveilla son espérance, et il dit : « Il peut venir quelque chose de bon de Nazareth. » Car il avait approfondi les Ecritures, et il savait (ce que les scribes et les pharisiens ignoraient), que c’était de Nazareth qu’on devait attendre le Sauveur. — ALCUIN. C’est lui qui est le saint par excellence, l’innocence, celui qui est sans tache et dont le prophète a dit : « Un rejeton sortira de la tige de Jessé, et du Nazaréen (une fleur) s’élèvera de sa racine. » (Is 11) On peut encore entendre ces paroles dans un sens dubitatif et sous forme d’interrogation. — S. Chrysostome : (hom. précéd.) Nathanaël savait, d’après les Ecritures, que Jésus devait sortir de Bethléem. Selon l’oracle du prophète Michée : « Et toi Bethléem, terre de Juda, c’est de toi que sortira le chef qui doit conduire mon peuple d’Israël. » (Mi 5) Lors donc qu’il entend dire à Philippe : « Jésus de Nazareth, » il a un moment d’hésitation, et trouve que cette indication n’est pas en rapport avec la prédication du prophète. Or, les prophètes donnent au Christ le nom de Nazaréen, parce que c’est à Nazareth qu’il fat élevé et qu’il passa la plus grande partie de sa vie. Remarquez encore la prudence et la douceur de Nathanaël dans la question qu’il adresse à Philippe, il ne lui dit pas : Vous m’induisez en erreur, mais il lui fait cette simple question : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? » Philippe, de son côté, n’est pas moins prudent, il n’est pas déconcerté par la question de Nathanaël, mais il insiste et veut absolument amener un nouveau disciple à Jésus-Christ : « Philippe lui dit : Venez et voyez. » Il l’entraîne jusqu’à Jésus-Christ, bien convaincu qu’il ne lui résistera point dès qu’il aura goûté la vérité de ses paroles et de sa doctrine.




Versets 47-51.



S. Chrysostome : (hom. 20 sur S. Jean.) Nathanaël, en refusant d’admettre que le Christ devait sortir de Nazareth, fait voir l’étude approfondie qu’il avait faite des Ecritures ; et en consentant à suivre celui qui lui annonçait sa présence, il montre le vif désir qu’il avait de voir le Christ, car il présumait que Philippe pouvait se tromper sur le lieu de sa naissance : « Jésus voyant venir Nathanaël, dit de lui : Voici un vrai Israélite, dans lequel il n’y a point de ruse. » Il ne croit pas devoir lui faire aucun reproche, bien que d’après ses paroles, il n’eut pas cru à l’instant même, parce qu’il s’attachait plus que Philippe aux indications des oracles prophétiques. Jésus porte donc de lui ce jugement : « Voici un vrai Israélite, dans lequel il n’y a pas de ruse, » parce que ses paroles ne respirent ni flatterie ni aversion. — S. AUG. (Traité précéd.) Ou bien encore, que signifie ces paroles : « Dans lequel il n’y a point de ruse ? » Veulent-elles dire que Nathanaël était pur de tout péché, et qu’il n’avait pas besoin de médecin ? Non, sans doute, car il n’est personne de ceux qui reçoivent le jour, qui n’ait besoin de recourir à ce médecin. Or, la ruse consiste à feindre une chose différente de celle qu’on fait. Dans quel sens donc n’y avait-il point de ruse dans Nathanaël ? C’est-à-dire, que s’il est pécheur, il ne craint pas de le reconnaître ; si au contraire il se disait juste, tout pécheur qu’il est, la ruse se fût trouvée sur ses lèvres. Le Sauveur loue donc dans Nathanaël, de reconnaître sincèrement qu’il est pécheur, mais il ne veut nullement dire qu’il soit sans péché.




THEOPHYL. Mais Nathanaël, malgré cet éloge, ne se rend pas aussitôt, il attend une preuve plus évidente, et il interroge le Sauveur : « Nathanaël lui dit : D’où me connaissez-vous ? » — S. Chrysostome : (hom. précéd.) La question de Nathanaël est la question d’un homme, la réponse de Jésus est celle d’un Dieu : « Avant que Philippe vous appelât, lui dit Jésus, je vous ai vu. » II l’a vu, non pas des yeux de l’homme, mais de ce regard divin que Dieu abaisse sur les hommes du haut des cieux. « Je vous ai vu, » c’est-à-dire, j’ai vu les habitudes de votre vie. Il ajoute : « Lorsque vous étiez sous le figuier, » là où il n’y avait personne, si ce n’est Philippe et Nathanaël qui s’entretenaient ensemble. L’Evangéliste fait remarquer que c’est en voyant Nathanaël de loin, que Jésus dit de lui : « Voici un vrai Israélite, » c’est-à-dire, avant que Philippe se fût approché de Jésus, de manière que vous ne puissiez élever aucun soupçon sur le témoignage du Sauveur. Jésus ne voulut pas répondre : Je ne suis pas né à Nazareth, comme Philippe vous l’a dit, mais à Bethléem, pour ne pas soulever de discussion sur ce point, c’eût été d’ailleurs une preuve insuffisante qu’il était le Christ, et il le prouve bien plus fortement en leur démontrant qu’il était présent à leur entretien.




S. AUG. (Traité 6 sur S. Jean.) Examinons si ce figuier a ici une signification particulière. Nous trouvons dans l’Evangile, un figuier maudit, parce qu’il n’avait que des feuilles et point de fruit. (Mt 21 ; Mc 11) Au commencement du monde Adam et Eve, après leur péché, se firent une ceinture de feuilles de figuier. (Gn 3) Les feuilles du figuier sont donc la figure des péchés. Or, Nathanaël était assis sous un figuier comme à l’ombre de la mort, et le Seigneur semble lui dire : O Israël ! vous qui êtes sans ruse ! O peuple qui vivez de la foi ! avant que je vous aie appelé par mes Apôtres, lorsque vous étiez encore à l’ombre de la mort, et avant que vous ayez pu me voir, je vous ai vu. — S. GREG. (Moral., 18, 20.) Ou bien, je vous ai vu pendant que vous étiez sous le figuier, c’est-à-dire, je vous ai choisi lorsque vous étiez encore sous les ombres de la loi.




S. AUG. (sermon 40 sur les paroles du Seigneur.) Nathanaël se souvint qu’il était sous le figuier où Jésus n’était présent que par sa science spirituelle et divine, et comme il savait qu’il était seul sous ce figuier, il reconnut que celui qui lui parlait ainsi était Dieu.




S. Chrysostome : (hom. 20 sur S. Jean.) Nathanaël reconnut donc que Jésus était vraiment le Christ, à la révélation qu’il vient de lui faire, a la connaissance qu’il avait de ses dispositions intérieures, et aussi parce que loin de le reprendre, il a fait son éloge, après le langage peu favorable en apparence que Nathanaël avait tenu à son égard : « Nathanaël lui répondit : Maître, vous êtes le Fils de Dieu, vous êtes le roi d’Israël, » c’est-à-dire, vous êtes celui que nous attendions, celui que nous cherchions. La preuve indubitable qui vient de lui être donnée, détermine cet aveu ; l’hésitation qu’il a manifestée d’abord montre son zèle à chercher la vérité, et son empressement à la reconnaître ensuite est une preuve de sa vertu et de sa religion. (Hom. 21.) Ce passage en embarrasse un grand nombre ; Pierre, disent-ils, qui a confessé que Jésus était le Fils de Dieu, après avoir été témoin de ses miracles et de sa doctrine, est proclamé bienheureux, de ce que le Père lui a révélé cette vérité, tandis que Nathanaël, qui confesse la divinité de Jésus, sans avoir ni vu ses miracles, ni entendu ses divins enseignements, ne reçoit point les mêmes louanges. En voici la raison, c’est que Pierre et Nathanaël ont tenu le même langage mais sans y attacher le même sens. Pierre a confessé que Jésus était le Fils de Dieu, et vrai Dieu lui-même ; Nathanaël, au contraire, ne voit encore en lui qu’un homme. Car en lui disant : « Vous êtes le Fils de Dieu ; » il ajoute : « Vous êtes le roi d’Israël. » Or, le Fils de Dieu n’est pas seulement le roi d’Israël, il est le roi de tout l’univers. La suite du texte rend encore plus sensible cette différence. En effet, Nôtre-Seigneur Jésus-Christ n’ajouta rien à la confession de Pierre, il considéra sa foi comme parfaite, et lui prédit que sur cette confession il bâtirait son Église, tandis que pour Nathanaël, dont la confession était moins complète et laissait beaucoup à désirer, il l’élève vers des considérations plus hautes : « Et Jésus lui dit : Parce que je vous ai dit : Je vous ai vu sous le figuier, vous croyez ; vous verrez de plus grandes choses, » c’est-à-dire, vous regardez comme une chose extraordinaire ce que je vous ai dit, et c’est pour cela que vous me proclamez roi d’Israël ; que direz-vous donc, lorsque vous verrez de plus grandes choses ? Et quelles sont ces choses ? « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme. » Voyez comme il l’élève peu à peu au-dessus de la terre, et l’amène à reconnaître que le Christ n’est pas seulement un homme. Car comment celui qui a les anges pour serviteurs, pourrait-il n’être qu’un homme ? Il se fait donc ainsi connaître pour le maître des anges qui descendirent sur Jésus et montèrent avec lui comme les ministres de sa divine royauté ; ils descendirent sur lui au moment de sa mort sur la croix, et montèrent au temps de sa résurrection et de son ascension. Ils avaient déjà rempli précédemment ce ministère lorsqu’ils s’approchèrent de lui pour le.servir dans le désert, et aussi lorsqu’ils annoncèrent sa naissance. Le Sauveur prouve donc ici l’avenir par le passé. En reconnaissant les signes de sa puissance dans le passé, Nathanaël pouvait plus facilement croire à la prédiction que le Sauveur lui faisait pour l’avenir.




S. AUG. (serm. 40 sur les par. du Seig.) Rappelons-nous l’ancienne histoire de Jacob, qui vit dans son sommeil une échelle posée sur la terre et dont le sommet touchait au ciel, et les anges de Dieu qui montaient et descendaient le long de l’échelle. (Gn 28) Jacob, comprenant la signification mystérieuse de cette vision, prit la pierre qu’il avait mise sous sa tête et répandit de l’huile dessus. Est-ce qu’il voulut en cela faire une idole ? Non, l’action de Jacob est ici figurative, et il ne rend aucun culte d’adoration à cette pierre. Vous voyez ici l’onction, reconnaissez aussi le Christ. Il est la pierre qui a été repoussée par ceux qui bâtissent. Puisque Jacob, qui fut appelé Israël (Gn 32), a vu cette échelle en songe, et que, d’un autre côté, Nathanaël, au témoignage de Jésus, est un vrai Israélite, c’est avec raison que le Sauveur lui rappelle le songe de Jacob, comme s’il lui disait : Le songe de celui dont vous portez le nom se réalisera pour vous-même, vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme. S’ils descendent sur lui, ils montent aussi jusqu’à lui, car il est tout à la fois dans les hauteurs des cieux et sur la terre, il est en haut dans sa propre nature, il est en bas dans la personne des siens.




S. AUG. (Traité 7 sur S. Jean.) Les bons prédicateurs qui annoncent vraiment Jésus-Christ, sont les anges de Dieu, ils montent et descendent sur le Fils de l’homme, à l’exemple de saint Paul, qui monta jusqu’au troisième ciel (2 Co 2), et qui est descendu jusqu’à donner du lait pour nourriture aux petits enfants. (1 Co 3) Jésus dit à Nathanaël : « Vous verrez encore de plus grandes choses, » car la justification de ceux que le Seigneur a appelés à la foi est un plus grand miracle que de nous avoir vus couchés et étendus à l’ombre de la mort. Que nous aurait-il servi, en effet, qu’il nous vit, si nous étions restés à l’ombre de la mort ? Mais pourquoi Nathanaël, à qui le Fils de Dieu a rendu un si glorieux témoignage, ne fait-il point partie des douze Apôtres ? Nous avons dû voir qu’il était instruit et versé dans la science de la loi, et c’est la raison pour laquelle le Seigneur ne voulut point l’admettre au nombre de ses Apôtres ; il aima mieux choisir des ignorants pour confondre la vaine science du monde. Dans le dessein qu’il avait formé d’abaisser la tête altière des orgueilleux, ce n’est point par l’éloquence d’un orateur qu’il voulut amener à lui un pêcheur, c’est par ce simple pêcheur qu’il convertit à lui les empereurs. Cyprien a été un grand orateur, mais avant lui nous voyons Pierre, qui n’était que pêcheur, et c’est par lui que devaient croire dans la suite, non-seulement les orateurs, mais les empereurs eux-mêmes.