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Exposition de la doctrine de l’Église catholique orthodoxe/1866/Préface

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Librairie de l’Union Chrétienne (p. xvii-xli).



Notre principal but, en publiant le présent ouvrage, a été de concourir, selon nos moyens, à la grande œuvre de l’union des Églises. Persuadé que cette union ne peut avoir lieu que sur le lerrain d’une parfaite orthodoxie, nous avons entrepris d’exposer la doctrine de la vénérable Église catholique orientale, qui prétend, à bon droit, avoir conservé, depuis Jésus-Christ, le dépôt de la révélation, intact, et pur de tout alliage humain.

On ne peut nier que cette Église n’ait une existence continue depuis les temps apostoliques. Ce qui n’est pas moins incontestable, c’est qu’on ne pourrait indiquer, dans son existence, la date d’une seule innovation.

Ces deux faits disent assez combien son témoignage doit avoir d’autorité aux yeux des vrais chrétiens qui comprennent que la révélation est un fait, et que la raison du fait est le témoignage clair et continu.

Le christianisme n’est pas un système philosophique que chacun a le droit d’interpréter comme il lui plaît. Jésus-Christ a révélé une doctrine positive ; son enseignement est un fait qui, comme tous les faits, doit être appuyé sur un témoignage constant pour être accepté comme vrai. Toute question doctrinale, dans le christianisme, se réduit donc à cette question de fait : Jésus-Christ a-t-il révélé telle ou telle Doctrine ? Comment répondre à une telle question, sinon par le témoignage constant d’une société chrétienne, une dans son existence, invariable dans sa foi, immobile comme un rocher au milieu de toutes les élaborations, de toutes les fantaisies de l’esprit humain ?

Où trouvera-t-on cette société chrétienne, sinon dans l’Église catholique orientale ? L’Église romaine prétend l’être ; mais l’histoire est là qui donne les dates de ses innovations successives dans son enseignement dogmatique comme dans sa constitution. L’Église anglicane et les diverses Églises protestantes prétendent avoir renoué, au seizième siècle, des liens qui les rattachent à l’Église primitive ; mais ils ne peuvent nier ces deux faits palpables : 1° que la doctrine qu’elles ont proclamée comme vraie, à l’époque de leur réformation, n’est pas celle qu’elles professaient un siècle auparavant ; 2° que ce qu’elles ont proclamé vrai au seizième siècle n’est basé que sur des interprétations bibliques, qui n’ont pas le caractère de l’infaillibilité.

Ces Églises peuvent d’autant moins contester ce dernier fait qu’elles ont admis des interprétations différentes sur les questions les plus fondamentales du Christianisme, et qu’elles offrent encore, de nos jours, le spectacle de leurs diversités.

Toutes les Églises occidentales, du neuvième au seizième siècle, ont professé les doctrines de Rome ; plusieurs ont aujourd’hui des doctrines contraires. Elles ne peuvent, par conséquent, prétendre à une existence une et continue. La doctrine révélée n’a pas été pour elles un héritage reçu et transmis sans interruption de génération en génération, depuis Jésus-Christ jusqu’à nos jours.

Pour l’Église catholique orientale SEULE, le christianisme a été un héritage de ce genre ; c’est pourquoi son témoignage actuel équivaut à celui du siècle apostolique. Son enseignement est l’écho fidèle des écrits et de la prédication des apôtres, de l’enseignement des Pères, des décrets des conciles œcuméniques. Elle a assisté à toutes les transformations que l’on a fait subir au christianisme en occident. Plus vieille que l’Église romaine, elle a été témoin de tous les actes de la papauté et elle en a noté les innovations successives ; elle a assisté à la naissance de toutes les Églises, de toutes les sectes, et, au milieu des mouvements en sens contraires qui agitaient les esprits, elle est restée immobile, fermement attachée à cette recommandation de saint Paul : Garde le dépôt.

C’est la doctrine de cette vénérable Église que nous avons entrepris d’exposer. Notre but n’est pas de la défendre complètement, c’est pourquoi nous ne donnons pas toutes les preuves scripturaires et traditionnelles qui militent en sa faveur. Notre intention est seulement de l’exposer avec exactitude.

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Nous n’avons certes pas la prétention d’avoir fait un travail irréprochable ; encore moins nous flattons-nous d’avoir présenté cette sublime doctrine dans sa divine majesté ; aussi, sommes-nous dans l’intention de compléter notre travail et de le corriger, conformément aux observations que voudront bien nous faire nos pères et nos frères dans la foi. Nous avons travaillé avec autant de soin et d’exactitude qu’il nous a été possible ; mais qui peut se flatter d’être infaillible et d’embrasser, d’une manière complète et dans leur ensemble, toutes les questions de la divine philosophie qui nous est venue du ciel ?

Nous n’avons point adopté de plan à nous pour exposer la doctrine de l’Église. Nous avons suivi, pour la partie dogmatique, le symbole Nicœno-Constantinopolitain, en accompagnant chaque article d’un commentaire aussi bref que possible. Après la partie dogmatique, nous avons traité de la morale, puis de la discipline, enfin de la liturgie. Cette méthode nous a obligé à quelques répétitions. Mais nous avons préféré revenir plusieurs fois sur le même sujet que d’avoir recours à des renvois toujours désagréables pour les lecteurs. Par exemple, en commentant les mots Créateur du ciel et de la terre, des choses visibles et invisibles, nous avons dû parler, non-seulement des deux mondes visible et invisible, mais des rapports qu’ils ont entre eux ; nous sommes revenus sur ces rapports, plusieurs fois, lorsque le sujet le demandait. Les renseignements ainsi donnés çà et là forment un ensemble et se complètent les uns par les autres, comme il sera facile de s’en convaincre par une lecture tant soit peu sérieuse.

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On remarquera que nous ne parlons pas de l’Église américaine. C’est qu’elle est la même que l’Église anglicane, de laquelle elle est sortie.

Nous distinguons cette dernière des Églises protestantes, parce qu’elle a une base toute différente. On sait que les protestants rejettent le sacerdoce conféré par l’ordination, tandis que l’Église anglicane admet, non-seulement l’ordination comme le moyen de transmettre le sacerdoce, mais les trois Ordres sacrés de l’épiscopat, de la prêtrise et du diaconat, comme formant la hiérarchie essentielle de l’Église.

Nous n’entendons par protestantisme que l’ensemble des agrégations luthériennes ou calvinistes qui reposent exclusivement sur la Bible interprétée individuellement ; qui n’ont pas de sacerdoce transmis par l’ordination, mais seulement un ministère délégué, soit par les fidèles, soit par ceux qui sont censés les représenter.

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On remarquera aussi que nous avons placé l’Église arménienne parmi les représentants de la vraie Église. Ceci ne doit pas s’entendre d’une manière absolue, mais seulement au point de vue de la conservation de la saine doctrine et de la constitution divine de l’Église. En effet, l’Église arménienne, s’étant séparée des Églises orientale et occidentale à l’époque du concile de Chalcédoine, et par suite d’un simple malentendu, n’a pris aucune part à la vie commune de l’Église depuis cette époque, et s’est mise ainsi en état de schisme. Malgré cet état, elle est restée fermement attachée aux croyances primitives, et elle est encore, aujourd’hui, en accord doctrinal parfait avec l’Église catholique orientale. C’est à ce point de vue seulement que nous l’avons indiquée comme représentant la véritable Église, telle qu’elle existait dans son unité, au cinquième siècle.

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Nous devons indiquer les sources où nous avons principalement puisé pour composer le présent ouvrage.

Pour l’Église orthodoxe, nous n’avons eu besoin que de l’Écriture sainte, des saints Pères et des Conciles œcuméniques ; car ce sont là les vraies sources de sa doctrine. Cependant, pour contrôler nos propres études, nous avons consulté avec soin la Lettre encyclique des patriarches d’Orient, adressée à Pie IX ; le grand Catéchisme orthodoxe, composé par Mgr Philarète de Moscou, approuvé par le Saint-Synode de Russie, et traduit en grec avec approbation des patriarches ; l’Introduction à la Théologie et la Théologie dogmatique de Mgr Macarius, évêque actuel de Karkhoff, ouvrage savant, digne d’être consulté par les plus doctes théologiens.

Pour l’Église romaine, nous avons suivi les décrets du concile de Trente et le Catéchisme du même concile, en tenant compte des modifications successives apportées à la doctrine par les Bulles des papes et par les divers ouvrages théologiques qui jouissent des faveurs de Rome et de l’épiscopat romain. Ces ouvrages peuvent être à bon droit considérés comme les échos de l’enseignement actuel dans l’Église romaine. Nous indiquerons seulement ceux de Liguorio, du cardinal Gousset, du jésuite Gury ; et, parmi les Bulles qui ont modifié la doctrine du Concile de Trente, les Bulles Unigenitus et Ineffabilis et la dernière Encyclique de 1864, avec le Syllabus qui y est annexé.

Si l’on contestait une seule de nos assertions relativement à la doctrine de l’Église romaine, nous sommes en mesure de la prouver à l’aide de documents officiels émanant de la papauté, de mandements épiscopaux, ou d’ouvrages théologiques généralement approuvés par l’Église romaine.

Quant à l’Église anglicane, nous avons dû nous en référer principalement au Livre de Prières, qui contient le Catéchisme et les trente-neuf Articles de foi ou de religion. Ces articles étant l’exposé officiel des croyances dogmatiques de l’Église anglicane relativement aux points controversés entre elle et l’Église romaine, nous les avons considérés comme une véritable exposition de foi, et nous avons dû les prendre pour base principale dans ce que nous avions à dire de la doctrine.

Notre but étant d’aplanir, autant que possible, les obstacles qui s’opposent à l’union des Églises anglicane et américaine avec l’Église catholique orientale, nous avons adopté le sens le plus orthodoxe que les articles pouvaient présenter ; nous avons aussi profité des ouvrages publiés par la société Anglo-continentale pour faire connaître la doctrine de l’Église anglicane sur le continent.

Pour les Églises protestantes, nous avons dû prendre pour base les Confessions de foi d’Augsbourg et de La Rochelle ; mais comme ces documents ne sont plus l’expression fidèle des doctrines du protestantisme moderne, nous avons dû tenir compte des ouvrages les plus importants qui ont été publiés de nos jours par les théologiens protestants les plus renommés. Nous devons avouer que nous avons trouvé autant de protestantismes que d’écrivains, et que nous avons dû nous contenter de quelques données générales qui nous ont semblé admises plus communément.

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Nous n’avons pas voulu, dans cet ouvrage, faire étalage d’érudition. Ce n’est pas un livre savant, dans l’acception vulgaire de ce mot, que nous avons entrepris, mais un ouvrage clair, exact, lucide, qui puisse être lu par les gens du monde aussi bien que par les théologiens ; qui puisse être compris par les personnes les moins instruites.

Avons-nous réussi ? Il ne nous appartient pas de le dire. Si notre ouvrage est défectueux, nous espérons qu’on l’acceptera avec d’autant plus de bienveillance que nous n’avons eu pour but que d’être utile, et que nous sommes dans la disposition de profiter de toutes les observations justes qu’on voudra bien nous faire pour améliorer notre travail.

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En terminant ces remarques préliminaires, nous tenons à déclarer que nous ne suspectons pas les intentions des membres des Communions chrétiennes séparées de l’Église orthodoxe.

Nous regardons comme des erreurs toutes les doctrines qui ne sont pas en complète conformité avec la foi de la véritable Église ; mais nous ne voulons pas croire que tous ceux qui se trompent soient des hérétiques de parti pris. D’abord, pour qu’une erreur devienne une hérésie, il faut que l’Église, gardienne de la vérité révélée, ait déclaré cette erreur contraire à un dogme divin. Pour être hérétique il faut soutenir, malgré la définition de l’Église, une opinion opposée à une vérité révélée. Un homme qui se trompe peut être de bonne foi et excusable ; l’hérétique est un orgueilleux et un révolté qui mérite condamnation.

Nous voulons croire que, dans les Églises séparées, il y a plus d’hommes qui se trompent de bonne foi que d’hérétiques obstinés. C’est pourquoi nous leur offrons notre modeste travail avec tous les sentiments d’un amour vraiment fraternel. Nous les prions de le lire avec autant de bonne foi qu’il a été composé ; et nous voulons espérer que si la voix de la vérité se fait entendre, ils n’endurciront pas leur cœur et ne repousseront pas la lumière qui voudra briller dans leur intelligence.

Si ce petit livre fait quelque bien, nous l’attribuerons à la grâce de Dieu, qui se sert souvent de ce qu’il y a de plus humble pour opérer ses merveilles.


Wladimir Guettée,
Prêtre et docteur en théologie de l’Église
orthodoxe de Russie.