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Exposition de la doctrine de l’Église catholique orthodoxe/1884/Première Partie/IV

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Fischbacher / Félix Callewaert père (p. 73-87).


IV

RÉDEMPTION.


« Qui aussi a été crucifié pour nous sous Ponce-Pilate, a souffert et a été enseveli ; et est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures ; et est monté au ciel, est aussi à la droite du Père ; et de nouveau, viendra avec gloire juger les vivants et les morts ; et dont le règne n’aura pas de fin. »


Après avoir enseigné la vérité aux hommes, Jésus-Christ voulut immoler l’humanité, dans sa personne, en dévouant sa nature humaine à la mort, afin de faire vivre, avec elle, l’humanité d’une vie ressuscitée et régénérée. C’est pourquoi il fut crucifié. Il mourut pour elle, afin de la racheter, de la sauver et de lui mériter la vie éternelle.

Ce n’est que par Jésus-Christ, unique rédempteur, unique médiateur, que nous pouvons être justifiés. Ce n’est qu’en lui que nous pouvons l’être, c’est-à-dire en nous identifiant à lui par la foi.

Mais, pour que cette foi nous unisse à Jésus-Christ, il faut qu’elle soit vraie, c’est-à-dire qu’elle nous fasse pratiquer les commandements ou les vertus qui y sont prescrites.

Nos bonnes œuvres n’ont pas la vertu de nous justifier par elles-mêmes ; mais elles sont la conséquence nécessaire de la vraie foi, et cette foi, se manifestant par les œuvres, nous unit au Rédempteur qui nous justifie.

La foi qui nous excite au bien est un don de Dieu ; il nous a été mérité par Jésus-Christ ; tout ce qui est bon en nous vient donc de la grâce de Dieu, en Jésus-Christ ; et, sans cette grâce, nous ne pouvons rien faire de bon et d’utile pour notre salut.

Notre nature étant plus portée au mal qu’au bien, depuis la chute originelle, c’est la grâce de Dieu qui nous donne un plus grand amour du bien et rétablit ainsi notre libre arbitre dans un état où la pratique du vrai bien nous devient possible.

Donc lorsqu’on invoque la sainte Vierge et les saints, on les prie seulement de nous obtenir de Dieu la grâce et la justification que Jésus-Christ nous a méritées, et on ne les regarde point comme des médiateurs proprement dits, auprès de Dieu.

Jésus-Christ fut crucifié à l’époque où Ponce-Pilate était gouverneur de la Judée, et lorsque Tibère était empereur des Romains.

Pendant le temps qui a précédé cette époque, les hommes ont connu sa venue future, parce que Dieu l’avait révélée dès le commencement. Cette révélation primitive s’étant obscurcie, à cause des erreurs dans lesquelles les hommes tombèrent, Dieu choisit le peuple israélite qu’il chargea spécialement de conserver la promesse de l’Envoyé divin ou Messie, et d’en rendre témoignage devant le reste de l’humanité. Ce peuple reçut, par le ministère de Moïse, une constitution et des rites religieux dont le but était la conservation de la promesse ; il eut des prophètes qui annoncèrent toutes les circonstances de la vie du Messie, et, en particulier, l’endurcissement d’Israël qui mettrait à mort Celui qui serait envoyé pour sauver le monde.

Jésus-Christ accomplit toutes les prophéties, dans sa vie, dans ses souffrances, dans sa mort, et dans sa résurrection qui eut lieu le troisième jour, selon les Écritures.

Ainsi Jésus-Christ a été le centre de toute la vraie religion, depuis le commencement du monde. Attendu comme Messie, adoré comme Sauveur, il a été le principe du salut pour tous les hommes, et ce n’est qu’en lui que l’on a pu trouver la vérité et la grâce. Il a conservé, de la religion primitive et de la religion israélite, le fonds dogmatique et moral qui était vérité puisqu’il venait de Dieu ; il a remplacé, par la réalité, les rites figuratifs, institués pour rappeler la promesse de sa mission. C’est ainsi que, depuis le commencement du monde, il n’y a eu qu’une vraie religion, un seul sauveur et rédempteur, et que le christianisme n’est que le développement et l’accomplissement de la religion primitive et de la religion israélite.

Jésus-Christ ressuscité quitta le monde visible et rentra dans le monde invisible. Le Verbe, dans son humanité même qui lui est unie hypostatiquement à jamais, jouit d’une puissance égale à celle du Père ; c’est ce que signifient ces paroles : est assis à la droite du Père. L’humanité, en Jésus-Christ, ne possède pas la même essence que le Père ; mais, par son union avec le Verbe, elle est unie à cette essence, et elle représente, en Dieu, l’humanité entière régénérée.

Une seconde fois, le Verbe revêtu de l’humanité, apparaîtra dans le monde. Il jugera tous les hommes qui auront vécu depuis le commencement du monde. Une sentence définitive sera rendue relativement aux bons et aux méchants, et Jésus-Christ règnera à jamais sur l’humanité qui, séparée en élus et en réprouvés, vivra d’une vie immortelle dans les conditions qui lui seront assignées par le juge souverain.

Le monde visible sera détruit ; et la terre elle-même sera consumée par le feu. (2. Pet., iii, 12.)




DIFFÉRENCES ENTRE LES ÉGLISES CHRÉTIENNES TOUCHANT LE DOGME DE LA RÉDEMPTION.


Jusqu’à ces derniers siècles, l’Église romaine avait conservé, touchant le dogme de la rédemption, la même doctrine que l’Église orientale. De nos jours, la plus grande confusion règne dans son enseignement. Des théologiens soutiennent l’ancienne doctrine ; d’autres en ont inventé de nouvelles. Ces derniers semblent plus autorisés que les premiers, et leur doctrine est plus conforme à l’enseignement des bulles papales. Nous pouvons donc regarder leur doctrine comme celle de l’Église romaine actuelle.

Voici les principaux points dans lesquels elle diffère de la doctrine de l’Église orientale et de l’ancienne Église latine :

1° Nos œuvres sont le principe de la justification, car nous méritons la première grâce. En conséquence notre justification est due à notre initiative, et non pas à la grâce de Dieu donnée gratuitement par les mérites de Jésus-Christ. Cette doctrine, qui n’est autre que le semi-pélagianisme, est appuyée sur la bulle Unigenitus, acceptée par l’Église romaine comme règle de foi.

2° Les saints ont eu des mérites surabondants qui forment un trésor dont le pape a la disposition, et qu’il distribue comme il l’entend, soit aux vivants, soit aux morts, au moyen des indulgences.

Cette notion des indulgences, fondée sur les mérites surabondants des saints, est contraire à ce principe catholique : que personne n’a, devant Dieu, de mérite personnel, et que tout notre mérite n’est que celui de Jésus-Christ lui-même qui nous est appliqué, et par lequel seul, nous obtenons le salut.

3° La bienheureuse Vierge Marie a été en dehors de l’humanité, n’ayant pas été conçue avec le péché originel. Elle a concouru à notre rédemption ; elle est médiatrice comme Jésus-Christ est médiateur ; elle est le corollaire de la sainte Trinité.

Ces erreurs monstrueuses sont passées aujourd’hui dans l’enseignement commun de l’Église romaine comme on le voit par les livres les plus autorisés. Elle a donc abandonné la notion exacte de la rédemption qui consiste à admettre : 1° Que Jésus-Christ est notre unique médiateur ; 2° qu’il a été le rédempteur de l’humanité, sans aucune exception ; 3° que nous sommes justifiés par notre union avec lui dans la foi ; 4° que le commencement comme le complément de notre salut est dû à la grâce de Dieu, donnée gratuitement ; 5° que nos mérites ne sont que des dons de Dieu, c’est-à-dire, l’application qu’il nous fait des mérites de Jésus-Christ ; 6° que les saints n’ont obtenu le salut que par les mérites de Jésus-Christ, et que, par conséquent, le prétendu trésor de leurs mérites surabondants, n’est qu’une imagination erronée.



L’Église anglicane professe une doctrine conforme à celle de l’Église orientale sur la rédemption et la justification, comme on le voit par les articles de religion 9, 10, 11, 12, 13, 14 et 15 qui se complètent les uns par les autres, et desquels résulte l’exposé complet de son enseignement sur la justification par la foi ; sur les œuvres qui naissent de la foi, sans lesquelles la foi serait morte et ne serait pas la foi qui justifie.



On pourrait trouver des propositions exagérées dans plusieurs théologiens protestants touchant la justification par la foi sans les œuvres. Mais, d’après l’étude de leur enseignement général, on peut dire qu’ils ne regardent pas comme foi justifiante, une foi purement spéculative, mais bien une foi pratique, c’est-à-dire, de laquelle naissent les bonnes œuvres.

Entendue ainsi, leur doctrine est à peu près conforme à celle de l’Église orientale, et l’on peut expliquer les exagérations de quelques-uns de leurs théologiens, par les exagérations, en sens contraire, de certains théologiens romains qu’ils avaient pour but de combattre.