Fables de Florian (1838)/2/Le Danseur de corde et le Balancier

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LE DANSEUR DE CORDE ET LE BALANCIER

FABLE XVI.

LE DANSEUR DE CORDE ET LE BALANCIER.


S

ur la corde tendue un jeune

voltigeur
Apprenait à danser ; et déjà son
adresse,
Apprenait à danser ; et déjà sonSes tours de force, de souplesse,
Faisaient venir maint spectateur.
Sur son étroit chemin on le voit qui s’avance,
Le balancier en main, l’air libre, le corps droit,
Hardi, léger autant qu’adroit ;
Il s’élève, descend, va, vient, plus haut s’élance,
Retombe, remonte en cadence,
Et, semblable à certains oiseaux
Qui rasent en volant la surface des eaux,
Son pied touche, sans qu’on le voie,

À la corde qui plie et dans l’air le renvoie.
Notre jeune danseur, tout fier de son talent,
Dit un jour : À quoi bon ce balancier pesant
Qui me fatigue et m’embarrasse ?
Si je dansais sans lui, j’aurais bien plus de grâce,
De force et de légèreté.
Aussitôt fait que dit. Le balancier jeté,
Notre étourdi chancelle, étend les bras et tombe.
Il se cassa le nez, et tout le monde en rit.
Jeunes gens, jeunes gens, ne vous a-t-on pas dit
Que sans règle et sans frein tôt ou tard on succombe ?
La vertu, la raison, les lois, l’autorité,
Dans vos désirs fougueux vous causent quelque peine,
C’est le balancier qui vous gêne,
Mais qui fait votre sûreté.