Fables de La Fontaine (éd. Mame 1897)/Le Renard et la Cigogne

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Livre I
FablesMame (p. 32-34).


XVII

LE RENARD ET LA CIGOGNE


Compère le renard se mit un jour en frais,
Et retint à dîner commère la cigogne.
Le régal fut petit et sans beaucoup d’apprêts.
Le galant, pour toute besogne,
Avait un brouet clair ; il vivait chichement.

Ce brouet fut par lui servi sur une assiette :
La cigogne au long bec n’en put attraper miette ;
Et le drôle eut lapé le tout en un moment.
Pour se venger de cette tromperie,
À quelque temps de là la cigogne le prie.
Volontiers, lui dit-il ; car avec mes amis
Je ne fais point cérémonie.
À l’heure dite, il courut au logis
De la cigogne son hôtesse ;
Loua très fort sa politesse ;
Trouva le dîner cuit à point.
Bon appétit surtout : renards n’en manquent point.

Il se réjouissait à l’odeur de la viande,
Mise en menus morceaux, et qu’il croyait friande.
On servit, pour l’embarrasser,
En un vase à long col et d’étroite embouchure.
Le bec de la cigogne y pouvait bien passer ;
Mais le museau du sire était d’autre mesure.
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un renard qu’une poule aurait pris,
Serrant la queue, et portant bas l’oreille.

Trompeurs, c’est pour vous que j’écris ;
Attendez-vous à la pareille.