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Festons et astragales/Les Raisins

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Festons et astragalesAlphonse Lemerre, éditeur (p. 90-91).

Les Raisins


 

Dans la vigne, au mur étalée,
La lune glisse lentement,
Et, sous la feuille dentelée,
Caresse le raisin dormant.

Tout à coup la grappe en alerte
S’éveille et croit le jour venu ;


Chaque grain, gonflant sa peau verte,
Frissonne au vent comme un sein nu.

Chaque bourgeon, rouge de honte,
Semble une perle de corail ;
Le tronc frémit, la sève monte,
Toute la vigne est en travail.

Clarté menteuse ! erreur fatale !
Ô vigne, reprends ton sommeil ;
Ce n’est point à ce reflet pâle
Que ton sang deviendra vermeil.

Pampres pressés, attendez l’heure,
L’aube du jour est loin encor,
Et ce rayon qui vous effleure
Est plus froid qu’un baiser de mort !