Fin de vie (notes et souvenirs)/Chapitre XXVIII

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Imprimerie Julien Lecerf (p. 125-129).

XXVIII


Beaucoup sont désignés dans le latin de l’archevêque, comme celui-ci par exemple : Notatus de ebriositate, vendit vinum suum et inebriat parrochinos moos.

« Il saoûle ses paroissiens. »

Et cet autre :

Frequentat tabernas et potat ad garsoit.

« Hante les cabarets, boit et s’emplit jusqu’au gavion : ad grasoit. »

Quant à leur science, beaucoup ne savent ni lire, ni chanter, incapables de dire leur messe, et ne la disant pas : nec scit celebrare mirsam.

C’est l’archevêque qui le constate. Aussi ne le voit-on guère à l’église : non residet bene in ecclesia, vadit cum niso super pagnum ubi vull. « Il va l’épervier sur le poing partout où il veut. »

Mais à Sainte-Austreberthe, Eudes Rigaud rencontre un bien joli ermite : habet in heremo suo duas moniales secum : « Deux nonnettes dans son ermitage. »

Toute cette histoire était écrite non pas seulement dans la mémoire de Rigaud, mais dans les entrailles de la France. Michelet eût pu l’y retrouver.

Plus tard, en effet, il soupçonna que là était la vraie chronique, la chronique vivante, et sut en tenir compte pour son histoire de la Révolution.

L’article de M. Leduc, sur les Conditions sanitaires de la France me fait songer à quelques détails de l’histoire de Jeanne Darc, omis par tous les historiens : c’est que la pauvre fille avait des poux et sentait mauvais comme les religieuses qui, maintenant encore, empêchées par leurs statuts, ne se lavent jamais, source de puanteur et de contagion dans les hôpitaux ; l’hygiène seule suffirait à les en faire chasser.

Jeanne avait donc des poux, mais tous ses contemporains en avaient ! Tenue en malpropreté par l’Église (voir Leduc), l’Europe entière, jusqu’au-delà du dix-septième siècle, fut une immense pouillerie. En mille ans, pas un bain !…

Et Sa Majesté très chrétienne Louis le Grand n’en prit jamais.

Dans les collèges, sous son règne, maîtres et disciples étaient mangés par la vermine. David Ferrand (Muse normande) fait dire à un écolier des jésuites, écrivant à sa famille :


Je suis incommodey des poux et des punaises
Mais j’endure chela, ce sont fleurs d’écolier.


L’épouillage mutuel était chez les jésuites l’amusette ordinaire, et puis, de l’un à l’autre, ils se faisaient de gentils échanges. « Il n’a pas quatre poux qu’il ne m’en donne deux. » (David Ferrand.)

À Londres, clubs radicaux, associations ouvrières, préparent pour le 1er mai une manifestation importante. La police permet d’élever douze tribunes dans Hyde Park.

Journaux réactionnaires risiblement occupés à figer le sang de leur clientèle.

Menaces pour le 1er mai de cataclysmes inouïs, universels, sans espoir de trouver au monde un coin pour se cacher ; émigration impossible ailleurs que dans la lune.

Les bien-pensants en concluent que toute l’attention doit se porter sur le péril social, et non sur le prétendu péril clérical, dont ils conseillent de ne plus parler.

Quant aux opportunistes, ils vont, à les entendre, sauver le monde, et ça irait tout seul, si les radicaux n’étaient là qui voudraient bien, eux aussi, avoir part au sauvetage.

Repensant aux colères juives, je me répète qu’aucune nation n’a cultivé la haine comme la nation juive, devenue la fin, par cela même, odieuse à tous les peuples.

Israël ne voulait que détruire la gentilité, c’est-à-dire le monde entier, par la guerre, par la trahison, par tous les impurs trafics.

La Bible cependant, leur haineuse Bible, est devenue livre universel d’enseignement et d’empoisonnement populaire. La Société biblique, il y a plusieurs années déjà, se vantait de l’avoir disséminée par toute la terre, imprimée en 169 langues, au nombre de 46,000,000 d’exemplaires.

Voilà une des œuvres les plus considérables et les plus récentes du protestantisme. Recul épouvantable. Le signal en fut donné en face même de notre belle Renaissance italienne et française par ces cerveaux étroits, Luther et Calvin.

Sans ce premier recul, aurait-on vu chez nous, au temps même de Voltaire et de Diderot, le Genevois Rousseau nous refouler jusque par delà le Nouveau Testament ?

Et qu’aurait été le Nouveau Testament, sinon une tentative d’adoucissement aux prophètes de malheur ?