Flower-de-Luce/Noël

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NOËL

 

Envoyé à M. Agassiz, la veille de Noël 1864, avec un panier de vins divers.


L'Academie en respect,
Nonobstant l'incorrection,
A la faveur du sujet,
        Ture-lure,
N'y fera point de rature;
Noël! ture-lure-lure.


NOËL.



QUAND les astres de Noël
Brillaient, palpitaient au ciel,
Six gaillards, et chacun ivre,
Chantaient gaiment dans le givre,
        "Bons amis
Aliens done chez Agassiz!"


Ces illustres Pèlerins
D'Outre-Mer adroits et fins,
Se donnant des airs de prêtre,
A l'envi se vantaient d'être
        "Bons amis
De Jean Rudolphe Agassiz!"

Œil-de-Perdrix, grand farceur,
Sans reproche et sans pudeur,
Dans son patois de Bourgogne,
Bredouillait comme un ivrogne,
        "Bons amis,
J'ai danse chez Agassiz!"


Verzenay le Champenois,
Bon Français, point New-Yorquois,
Mais des environs d'Avize,
Fredonne à mainte reprise,
        "Bons amis,
J'ai chanté chez Agassiz!"

A côté marchait un vieux
Hidalgo, mais non mousseux;
Dans le temps de Charlemagne
Fut son père Grand d'Espagne!
        "Bons amis
J'ai diné chez Agassiz!"


Derrière eux un Bordelais,
Gascon, s'il en fut jamais,
Parfumé de poésie
Riait, chantait, plein de vie,
        "Bons amis,
J'ai soupé chez Agassiz!"

Avec ce beau cadet, roux,
Bras dessus et bras dessous,
Mine altière et couleur terne,
Vint le Sire de Sauterne;
        "Bons amis,
J'ai couché chez Agassiz!"


Mais le dernier de ces preux,
Était un pauvre Chartreux,
Qui disait, d'un ton robuste,
"Bénédictions sur le Juste!
        Bons amis
Bénissons Père Agassiz!"

Ils arrivent trois à trois,
Montent l'escalier de bois
Clopin-clopant! quel gendarme
Peut permettre ce vacarme,
        Bons amis,
A la porte d'Agassiz!

"Ouvrez done, mon bon Seigneur,
Ouvrez vite et n'ayez peur;
Ouvrez, ouvrez, car nous sommes
Gens de bien et gentilshommes,
        Bons amis
De la famille Agassiz!"

Chut, ganaches! taisez-vous!
C'en est trop de vos glouglous;
Épargnez aux Philosophes
Vos abominables strophes!
        Bons amis,
Respectez mon Agassiz!