Français, reprenez le pouvoir !/Partie 4/Chapitre 17

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L’environnement au cœur de toutes les politiques publiques

L’épanouissement personnel passe aussi par une nouvelle relation entre les Français et leur cadre de vie. Notre pays, précurseur dans les années 1970 avec la politique de l’eau, la création de parcs naturels et du Conservatoire du littoral, le plan TGV, le programme électronucléaire – qui, n’en déplaise aux Verts, permet de réduire l’émission de CO2 – a, au fil du temps, complètement laissé de côté cette problématique, alors même qu’il apparaissait de plus en plus évident qu’elle constituera l’enjeu majeur du siècle! Le fait est scientifiquement établi[1]. Notre fragile habitat est gravement altéré par le modèle économique actuellement exporté vers les géants industriels et commerciaux tels la Chine, l’Inde et le Brésil. Tous les constats sont convergents: il faudrait une planète cinq à six fois plus grande pour supporter un développement aussi agressif. De surcroît, malgré la raréfaction des énergies fossiles dont l’épuisement est prévu d’ici quelques décennies, l’économie mondiale persiste à bâtir son expansion sur le pétrole et sur le gaz naturel. Chacun – où qu’il réside – a pris acte de ces menaces. Chacun a pu faire le constat de l’absurdité et de l’imprévoyance qui président à la gestion de l’économie mondiale. Hélas, focalisés sur nos propres activités, noyés dans le tourbillon des nouvelles quotidiennes, nous perdons de vue l’essentiel et tout continue comme si de rien n’était. Tous les ministres de l’Environnement ont raconté comment ils étaient peu considérés dans leurs gouvernements respectifs, qu’ils soient de droite ou de gauche.

Mon expérience comme conseiller de Michel Barnier entre 1993 et 1995 m’a conforté dans l’idée qu’il n’était pas possible de dissocier la question environnementale du fonctionnement de notre système économique et social au niveau national, mais surtout européen et mondial. Il n’est donc pas étonnant que notre classe politique, hypnotisée par le veau d’or de la mondialisation, ait été impuissante à bâtir, ou simplement à imaginer, une vraie politique de protection de notre environnement. Cessons enfin de nous contenter de mesures cosmétiques qui ne touchent pas à l’origine des pollutions. Elles n’ont aucune crédibilité et ne sont pas à la hauteur de la catastrophe écologique planétaire qui nous menace. Nous devons replacer la préoccupation environnementale au cœur de tous les choix publics, au même titre que la préoccupation sociale.

Les deux vont d’ailleurs de pair, pour humaniser une économie devenue folle. La France a un rôle à jouer pour prouver qu’une nation peut, à son échelle, infléchir le cours des choses et défendre ainsi avec crédibilité la réforme du système international. Mais, pour vraiment infléchir le cours des choses, la préoccupation environnementale doit être réintroduite au cœur de l’économie de marché. Il faut trouver les mesures adéquates pour changer les comportements individuels des ménages comme des entreprises. Trois d’entre elles méritent d’être considérées.

Il est temps tout d’abord de retrouver l’État qui sait investir plutôt que de laisser ses dépenses de fonctionnement exploser. Comme nous l’avons déjà vu en évoquant l’aménagement du territoire, il faut relancer la politique des grands investissements publics, à la fois dans le domaine énergétique et dans le domaine des transports (fluvial, ferroutage, transports publics…). Le lancement d’un emprunt d’environ 150 milliards d’euros au niveau européen a été proposé par le sénateur Laffite et permettrait ainsi, sur les réserves de la Banque européenne d’inves­tissement, de donner un sens concret et positif à la construction européenne.

Il faut ensuite beaucoup miser sur la recherche. Le protocole de Kyoto est utile mais n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Si les États-Unis ont tort de le refuser, ils ont raison de penser que seul un saut scientifique et technologique permettra d’inverser vraiment la situation. Ils ont d’ailleurs souvent attendu d’avoir mis au point de nouvelles inventions techniques pour accepter de ratifier de nouvelles normes internationales.

L’invention du moteur propre est, à cet égard, l’enjeu de ce début de siècle! Mais dans tous les domaines, des percées pourraient permettre d’économiser les ressources, de recycler les produits, de limiter les pollutions. Là aussi, la France doit doper sa recherche et faire comprendre que l’écologie n’a rien à voir avec l’immobilisme, ni avec le malthusianisme. À cet égard, les Verts ont fait perdre autant de temps à l’environnement que le FN à l’idée de nation. La volonté politique ne peut suffire, si les mécanismes économiques n’incitent pas les acteurs à changer de comportement.

C’est pourquoi la piste la plus prometteuse réside dans la mise en œuvre d’une fiscalité de l’environnement. De tout temps, la fiscalité a orienté les comportements. L’État sait bien orienter les masses financières en fonction de préoccupations d’intérêt général, pourquoi ne le ferait-il pas au profit du bien commun qu’est notre environnement?

Quantité de rapports proposent des mesures fiscales intéressantes. Le dernier en date, celui des sénateurs Laffite (UMP) et Sanier (SOC), mérite considération. Il prône avec intelligence les éternels bâtons (vignette proportionnelle aux émissions de CO2 par kilomètre) et carottes (crédits d’impôts pour l’équipement des ménages en nouveaux appareils moins consommateurs). Debout la République avait, il y a déjà trois ans et dans l’indifférence absolue, publié un rapport sur la politique énergétique française, proposant trente mesures nouvelles[2]. Je me souviens comme si j’y étais encore de la conférence de presse de présentation de ce document: seul un journaliste d’un média à faible tirage s’était déplacé!

Il faudrait créer dans notre pays (qui a beaucoup de retard sur l’Allemagne) des filières professionnelles d’installateurs, de fabricants de produits protecteurs de l’environnement. D’autres idées originales ont été proposées comme la création d’un livret vert à l’image des livrets A, B, bleu, Codevi ou d’épargne populaire.

L’introduction d’une dose de défiscalisation des intérêts pour cette épargne verte permettrait, selon Philippe Laget[3], de financer des équipements labellisés. De même, ce responsable de la Société Générale propose d’exonérer de prélèvements fiscaux les plus-values réalisées sur des fonds investis dans des valeurs dites « vertes »[4].

Mais il va de soi, si l’on veut agir vite, que la mise en place d’une telle politique implique de s’affranchir du dogmatisme ultralibéral de l’Union européenne. Force d’ailleurs est de reconnaître qu’en cas de crise, la France n’a pas hésité à agir seule. Souvenons-nous de l’affaire des farines animales, finalement interdites totalement, que le gouvernement français avait proscrites unilatéralement, forçant de fait les autres pays membres à nous suivre, tandis que la Commission tempêtait!

Là aussi, seule la volonté politique peut donner l’impulsion. L’épauler par un référendum sera d’ailleurs nécessaire. Pour bâtir cette stratégie avec tous ses volets thématiques (eau, déchets, air, bruit, paysages) et sectoriels (énergie, transports, habitat, agriculture…), il va de soi qu’il faut revoir notre structure administrative.

Je propose ainsi que le ministère de l’Environnement s’intègre dans un grand ministère des Transports, de l’Énergie, du Logement, de l’Aménagement du territoire. Je crois aussi nécessaire que le Premier ministre soit aussi ministre de l’Environnement, comme Raymond Barre, Premier ministre en 1976, avait été aussi ministre des Finances. Car rien ne changera si le Premier ministre n’oblige pas dans chaque décision à prendre en compte le volet environnemental.

La France, avec ses paysages exceptionnels, la diversité de ses terroirs, son art de vivre, sa position de leader mondial dans les produits haut de gamme, devrait mieux comprendre que les autres nations que l’écologie, loin d’être un poids, une contrainte, constitue un formidable atout pour son développement et pour l’épanouissement de ses habitants.

Si tant d’Européens ont soif de s’installer dans nos campagnes, c’est parce que cet art de vivre a autant de valeur que l’accumulation de biens dans un univers sans âme. La vraie richesse d’un pays et de ses habitants tient à l’évidence à cet équilibre entre un niveau de vie qui doit être le plus élevé possible et une harmonie avec la nature qui doit être préservée. La puissance économique, la justice sociale et la protection de notre environnement forment donc le socle de la France humaine.


  1. Publication en mars 2005 du rapport de l’ONU « Millenium Ecosystem Assessment », rédigé par 1 360 scientifiques de 95 nationalités différentes.
  2. Voir Annexe 2.
  3. Les Échos, 28 août 2006.
  4. Ce manque à gagner serait, en tout cas, bien inférieur au coût des tonnes de CO2 évitées, actualisé sur de nombreuses années et calculé au prix d’un marché vraisemblablement haussier sur le long terme, malgré d’inévitables trous d’air de jeunesse. Que l’État montre l’exemple en ciblant ses incitations fiscales sur les secteurs du bâtiment et du transport routier, qui représentent environ 45 % des émissions de gaz à effet de serre. Les banques sauront alors pousser vers leurs clients les produits fiscalement verts et mettre ainsi la force de leurs réseaux de distribution au service d’un développement soutenable.