Franck - Dictionnaire des sciences philosophiques/2e éd., 1875/Académie

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Dictionnaire des sciences philosophiques
par une société de professeurs et de savants

ACADÉMIE. L’Académie était un gymnase d’Athènes ainsi appelé du nom du héros Académus. Platon ayant choisi ce lieu pour y réunir ses disciples, l’école philosophique, dont il est le chef, prit à son tour le nom d’École académique ou simplement d’Académie.

L’École académique, considérée en général, embrasse une période de quatre siècles, depuis Platon jusqu’à Antiochus, et comprend les sys­tèmes philosophiques d’une importance et d’un caractère bien différents. Les uns admettent trois Académies : la première, celle de Platon ; la moyenne, celle d’Arcésilas ; la nouvelle, celle de Carnéade et de Clitomaque. Les autres en admet­tent quatre, savoir, avec les trois précédentes, celle de Philon et de Charmide. D’autres enfin ajoutent une cinquième Académie, celle d’Antiochus (Sextus Emp., Hyp. Pyrrh., lib. I, c. XXXIIl).

Parmi ces distinctions, une seule est impor­tante : c’est celle qui sépare Platon et ses vrais disciples, Speusippe et Xénocrate, et toute cette famille de faux platoniciens, de demi-sceptiques dont Arcésilas est le père, et Antiochus le der­nier membre considérable.

Ce qui marque d’un caractère commun cette seconde Académie, héritière infidèle de Platon, c’est la doctrine du vraisemblable, du probable, tô πιθανόν, qu’elle essaya d’introduire en toutes choses.

Arcésilas la proposa le premier, et la soutint avec subtilité et avec vigueur contre le dogma­tisme stoïcien et le pyrrhonisme absolu de Timon et de ses disciples, essayant ainsi de se frayer une route entre un doute excessif, qui choque le sens commun et détruit la vie, et ces tentatives orgueilleuses d’atteindre, avec des facultés bor­nées et relatives, une vérité définitive et absolue.

Après Arcésilas, l’Académie ne produisit aucun grand maître, jusqu’au moment où Carnéade vint jeter sur elle l’éclat de sa brillante renommée. Carnéade était le génie de la controverse. Il livra au stoïcisme un combat acharné, où, tout en re­cevant lui-même de rudes atteintes, il porta à son adversaire des coups mortels. Armé du sorite, son argument favori (Sextus, Adv. Mathem., éd. de Genève, p. 212 sqq.), Carnéade s’attacha à prouver qu’entre une aperception vraie et une aperception fausse il n’y a pas de limite saisissable, l’intervalle étant rempli par une infinité d’aperceptions dont la différence est infiniment petite (Cic., Acad. quæst., lib. II, c. xxix sqq.).

Si la certitude absolue est impossible, si le doute absolu est une extravagance, il ne reste au bon sens que la vraisemblance, la probabilité. Disciple d’Arcésilas sur ce point, comme sur tous les autres, mais disciple toujours original, Car­néade fit d’une opinion encore indécise un sys­tème régulier, et porta dans l’analyse de la pro­babilité, de ses degrés, des signes qui la révèlent, la pénétration et l’ingénieuse subtilité de son esprit (Sextus, Adv. Mathem., p. 169 B ; Hyp. Pyrrh., lib. I, c. xxxiii).

Après Carneade, la chute de l’Académie ne se fit pas attendre. Clitomaque écrivit les doctrines de son maître, mais sans y rien ajouter de consi­dérable (Cic., Acad. quæst., lib. II, c. xxxi sqq. ; Sextus, Adv. Mathem., p. 308). Ni Charmadas, ni Melanchtus de Rhodes, ni Métrodore de Stratonice, ne parvinrent à relever l’école décroissante Enfin Antiochus et Philon, comme épuisés par la lutte, passèrent à l’ennemi.

Philon ne combat qu’avec mollesse le critérium stoïcien, la célèbre φαντασία καταληπτική, si vi­goureusement pressée par Arcésilas et Carnéade. Il alla même jusqu’à accorder à ses adversaires qu’à parler absolument, la vérité peut être com­prise (Sextus, Hyp. Pyrrh., lib. I, c. x.vxm). L’Académie n’existait plus après cet aveu.

Antiochus s’allie avec le vieil adversaire de sa propre école, le stoïcisme. Il ne veut reconnaître dans les diverses écoles académiques que les membres dispersés d’une même famille, et rêvant entre toutes les philosophies rivales une harmo­nie fantastique, du même œil qui confond Xéno­crate et Arcésilas, il voit le stoïcisme dans Platon (Cic., l. c., c. xxii, xlii, xliii, xlvi ; de Nat. Deor., lib. I, c. vii).

Cette tentative impuissante d’éclectisme mar­que le terme des destinées de l’École académi­que.

Voyez, outre les ouvrages que nous avons cités et les histoires générales de la philosophie. Foucher, Histoire des Académiciens, in-12, Paris, 1690 ; le même, Dissert, de philosophia academica, in-12, Paris, 1692 ; Gerlach, Commentatio exhibens academicorum juniorum de probabi­litate disputationes, in-4, Goëtt. Em. S.