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Gabriel (RDDM)/03

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GABRIEL.

ROMAN DIALOGUÉ.

CINQUIÈME PARTIE.[1]

À Rome derrière le Colysée. Il commence à faire nuit.

Scène PREMIÈRE.


GABRIEL, en homme.

(Costume noir élégant et sévère, l’épée au coté. Il tient une lettre ouverte.) Le pape m’accorde enfin cette audience, et en secret, comme je la lui ai demandée ! Mon Dieu ! protége-moi, et fais qu’Astolphe du moins soit satisfait de son sort ! Je t’abandonne le mien, ô Providence, destinée mystérieuse ! (six heures sonnent à une église.) Voici l’heure du rendez-vous avec le saint-père. Dieu ! pardonne-moi cette dernière tromperie. Tu connais la pureté de mes intentions. Ma vie est une vie de mensonge, mais ce n’est pas moi qui l’ai faite ainsi, et mon cœur chérit la vérité !…

(Il agrafe son manteau, enfonce son chapeau sur ses yeux, et se dirige vers le Colysée. Antonio, qui vient d’en sortir, lui barre le passage.)


Scène II.

GABRIEL, ANTONIO.

ANTONIO, masqué.

Il y a assez long-temps que je cours après vous , que je vous cherche et que je vous guette. Je vous tiens enfin ; cette fois, vous ne m’échapperez pas. (Gabriel veut passer outre ; Antonio l’arrête par le bras. )


GABRIEL, se dégageant.

Laissez-moi, monsieur, je ne suis pas des vôtres.


ANTONIO, se démasquant.

Je suis Antonio, votre serviteur et votre ami. J’ai à vous parler ; veuillez m’entendre.


GABRIEL.

Cela m’est tout-à-fait impossible. Une affaire pressante me réclame. Je vous souhaite le bonsoir. (Il veut continuer ; Antonio l’arrête encore.)


ANTONIO.

Tous ne me quitterez pas sans me donner un rendez-vous et sans m’apprendre votre demeure. J’ai eu l’honneur de vous dire que je voulais vous parler en particulier.


GABRIEL.

Arrivé depuis une heure à Rome, j’en repars à l’instant même. Adieu.


ANTONIO.

Arrivé à Rome depuis trois mois, vous ne repartirez pas sans m’avoir entendu.


GABRIEL.

Veuillez m’excuser, nous n’avons rien de particulier à nous dire, et je vous répète que je suis pressé de vous quitter.


ANTONIO.

J’ai à vous parler d’Astolphe. Vous m’entendrez.


GABRIEL.

Eh bien ! dans un autre moment. Cela ne se peut aujourd’hui.


ANTONIO.

Enseignez-moi donc votre demeure.


GABRIEL.

Je ne le puis.


ANTONIO.

Je la découvrirai. Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/327 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/328 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/329 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/330 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/331 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/332 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/333 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/334 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/335 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/336 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/337 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/338 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/339 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/340 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/341 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/342 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/343 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/344 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/345 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/346 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/347 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/348 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/349 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/350 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/351 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/352 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/353 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/354 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/355 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/356 Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/357 mon maître, mon Jésus ! Envoyez-moi à la potence ; vous voyez bien que je me livre moi-même. Monsieur l’abbé, priez pour moi !


ASTOLPHE.

Ah ! lâche, fanatique, je t’écraserai sur le pavé.


LE PRÉCEPTEUR.

Les révélations de ce malheureux seront importantes ; épargnez-le, et ne doutez pas que le prince ne prenne dès demain l’initiative pour vous accuser. Du courage, seigneur Astolphe ! vous devez à la mémoire de celle qui vous a aimé, de purger votre honneur de ces calomnies.


ASTOLPHE, se tordant les bras.

Mon honneur ! que m’importe mon honneur ? (Il se jette sur le corps de Gabrielle. Marc le repousse.)


MARC.

Ah ! laissez-la tranquille à présent ! C’est vous qui l’avez tuée.


ASTOLPHE, se relevant avec égarement.

Oui ! c’est moi, oui, c’est moi ! qui ose dire le contraire ?… C’est moi qui suis son assassin !


LE PRÉCEPTEUR.

Calmez-vous et venez ! Il faut soustraire cette dépouille sacrée aux outrages de la publicité. Le jour est loin de paraître, emportons-la. Nous la déposerons dans le premier couvent. Nous l’ensevelirons nous-mêmes, et nous ne la quitterons que quand nous aurons caché dans le sein de la terre ce secret qui lui fut si cher.


ASTOLPHE.

Oh ! oui, qu’elle l’emporte dans la tombe, ce secret que j’ai voulu violer !…


LE PRÉCEPTEUR, à Giglio.

Suivez-nous, puisque vous éprouvez des remords salutaires. Je tâcherai de faire votre paix avec le ciel ; et, si vous voulez faire des révélations sincères, on pourra vous sauver la vie.


GIGLIO.

Je confesserai tout, mais je ne veux pas de la vie, pourvu que j’aie l’absolution.


ASTOLPHE, en délire.

Oui, tu auras l’absolution, et tu seras mon ami, mon compagnon ! Nous ne nous séparerons plus, car nous sommes deux assassins !

(Marc et Giglio emportent le cadavre, l’abbé entraîne Astolphe)

George Sand.
  1. Voyez les livraisons des 1er et 15 juillet.