Gaieté

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Petits châteaux de Bohême : prose et poésie
Eugène Didier (p. 32-33).

GAIETÉ

Petit piqueton de Mareuil,
Plus clairet qu’un vin d’Argenteuil,
Que ta saveur est souveraine !
Les Romains ne t’ont pas compris
Lorsqu’habitant l’ancien Paris
Ils te préféraient le Surêne.

Ta liqueur rose, ô joli vin !
Semble faite du sang divin
De quelque nymphe bocagère ;
Tu perles au bord désiré

D’un verre à côtes, coloré
Par les teintes de la fougère.

Tu me guéris pendant l’été
De la soif qu’un vin plus vanté
M’avait laissé depuis la veille [1] ;
Ton goût suret, mais doux aussi,
Happant mon palais épaissi,
Me rafraîchit quand je m’éveille.

Eh quoi ! si gai dès le matin,
Je foule d’un pied incertain
Le sentier où verdit ton pampre !…
― Et je n’ai pas de Richelet
Pour finir ce docte couplet…
Et trouver une rime en ampre [2].


  1. Il y a une faute, mais dans le goût du temps.
  2. Richelet. Ampre : pampre — pas de rime.