Galehaut, sire des Îles Lointaines/46

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Plon-Nourrit et Cie (2p. 242-243).


XLVI


Mais, la nuit, Morgane la déloyale le plongea par enchantement dans un sommeil profond ; puis elle le fit enlever dans une litière que deux bons palefrois portèrent à un réduit qu’elle avait au lieu le plus secret de la forêt. Et là, elle l’éveilla.

— Lancelot, lui dit-elle, je vous tiens en ma prison, et vous n’en sortirez jamais que vous ne m’ayez accordé l’anneau que vous portez au doigt.

C’était la bague que la reine lui avait donnée.

— Dame, dit-il, vous n’aurez jamais l’anneau sans le doigt.

Elle savait bien de qui il le tenait. Et elle en possédait un autre dont la reine lui avait fait présent jadis, qui était presque semblable : sur l’un et l’autre un couple d’amants s’entre-baisaient ; seulement, sur celui de Lancelot, ils tenaient un cœur dans leurs mains, tandis que, sur l’anneau de Morgane, ils avaient les mains jointes.

— C’est donc, reprit-elle, que vous ne désirez guère d’être délivré, puisque vous ne voulez me donner pour rançon une chose qui vaut si peu ! Sachez pourtant qu’avant samedi la Tour Douloureuse sera assaillie et que, si vous n’y êtes, vous serez honni à toujours.

— Dame, vous n’aurez point l’anneau si vous ne me coupez le doigt. Et si messire Gauvain est délivré en mon absence, jamais plus je ne mangerai.

— Mais, au cas où je vous laisserais aller, me jureriez-vous sur les saints de rentrer en ma prison après la conquête du château ?

Lancelot fit le serment. Alors Morgane l’honora et le festoya de son mieux, et le mercredi elle le fit partir avec une de ses demoiselles et deux écuyers pour le guider.