George Sand, sa vie et ses œuvres/4/11

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Plon et Nourrit (4p. 320-409).



CHAPITRE XI

1855-1862


Œuvres autobiographiques de George Sand. — Le plan primitif des Lettres d’un voyageur. — Le Journal de Piffoël. — La Lettre d’un oncle. — Un Voyage au Mont-Dore et l’Histoire de ma vie. — Existence à Nohant de 1849 à 1855. — Alexandre Manceau. — Nini Clésinger. — Terre et Ciel de Jean Reynaud et Evenor et Leucippe. — Voyage en Italie en 1855. — Impressions italiennes et la Daniella. — Charles Edmond et la PresseLes Beaux Messieurs de Bois-Doré, les Dames vertes. — Gargilesse et La Villa Algira. — Labeur sans trêve. — Entomologie, botanique et minéralogie. — Jean de la Roche. — Maladie et voyage à Tamaris en 1861. — Valvèdre, Flavie, Antonia et M. Rodrigues. — M. Francis Laur et Louis Maillard. — Le Marquis de Villemer. — Tamaris. Edmond Plauchut. — Autour de la table et Promenades autour d’un village. — La Famille de Germandre. — Alexandre Dumas.


Chacun sait que dans les graves et tragiques moments de la vie : face à face avec la mort, lors d’une maladie sérieuse, après la perte d’un être chéri ou après une rupture définitive avec un ami, involontairement on revit ses joies et ses peines, un examen de conscience s’impose, on se juge et parfois on se condamne. Si l’on est écrivain, ces moments sont la cause et la source première de Confidences et de Confessions. Maintes fois des tristesses, des événements tragiques éveillèrent chez George Sand le désir d’expliquer son être intime, de raconter les actes extérieurs qui le révélèrent. Plusieurs fois ce projet lui vint et presque toujours son génie créateur lui fit abandonner son plan primitif ; elle écrivit alors des œuvres qui n’étaient que mi-autobiographiques, des pages où à la Wahrheit (la vérité) se substituait la Dichtung (la fiction).

Si on laisse de côté les romans de Mme Sand contenant des détails autobiographiques (que nous avons notés chaque fois que nous les analysions) tels qu’Indiana, Valentine, Mattéa, Lélia, Elle et lui, le Toast, Lucrezia, Spiridion, Isidora, le Poëme de Myrza, le Diable aux champs, etc., etc., etc.), on doit considérer comme une tentative d’autobiographie les Lettres d’un voyageur. Voici ce que George Sand en dit elle-même :

Je viens de relire les Lettres d’un Voyageur de septembre 1834 et de janvier 1835 et j’y retrouve le plan d’un ouvrage que je m’étais promis de continuer toute ma vie. Voici quel était ce plan suivi au début de la série, mais dont je me suis écartée en continuant et que je semble avoir tout à fait perdu de vue à la fin. Cet abandon apparent veut surtout dire que j’ai réuni sous le même titre de Lettres d’un voyageur diverses lettres ou séries de lettres qui ne rentraient pas dans l’intention et la manière des premières[1]. Cette intention et cette manière consistaient dans ma pensée première à rendre compte des dispositions successives de mon esprit d’une façon naïve et arrangée en même temps… Je créai donc au hasard de la plume et me laissant aller à toute fantaisie un moi fantastique très vieux, très expérimenté et partant très désespéré. Ce troisième état de mon moi supposé, le désespoir, était le seul vrai, et je pouvais, en me laissant aller à mes idées noires, me placer dans la situation du vieil oncle[2], du vieux voyageur que je faisais parler… En un mot je voulais faire le propre roman de ma vie et n’en être pas le personnage réel, mais le personnage pensant et analysant…


Le Journal de Piffoël, dont nous avons plusieurs fois cité des extraits et qui ne fut jamais publié en entier, excepté le petit épisode intitulé la Fauvette du docteur[3], présente comme une suite de ces Lettres d’un voyageur, écrite de nouveau au nom d’un prétendu « vieux docteur », pessimiste et désabusé.

Cette histoire de sa vie était trop incomplète pour satisfaire George Sand, elle décida dès lors d’écrire ses mémoires.

Dans une note au bas d’un article de 1857 de Charles de Mazade sur l’Histoire de ma vie, Buloz dit que George Sand avait dès l’époque qui suivit sa rupture tragique avec Musset, vers 1835-36, l’intention sérieuse d’écrire ses mémoires, et qu’on peut en retrouver le plan et des détails dans les lettres de Mme Sand qu’il a gardées dans ses cartons :

… « Nous n’avons pas oublié non plus que dans l’hiver de 1835 Mme Sand eut pour la première fois l’idée d’écrire quatre volumes seulement de mémoires, qui ne devaient paraître qu’après sa mort. Quand il nous arrive de feuilleter encore les trois ou quatre cents lettres de Mme Sand qui nous restent entre les mains, nous y trouvons non seulement crayonné le plan de ces mémoires, mais quelques-uns même des éléments de ce livre posthume, pendant les dix premières et plus belles années de la vie littéraire de l’auteur… »

Mais bien avant 1835-36, vers 1827, en récapitulant probablement sa vie de jeune fille et de jeune mariée, sous l’impression de la trahison de son mari, de sa rupture morale avec lui et de son amour pour Aurélien de Sèze, George Sand avait songé à écrire son autobiographie.

Ce prototype de l’Histoire de ma vie s’appelle Voyage en Auvergne et en Espagne, fut écrit pour Zoé Leroy et fut, comme nous l’avons dit, imprimé, déjà après la mort de George Sand, dans le Figaro de 1888. L’original est écrit sur de petits cahiers in-8° et présente une série de très petits chapitres, parfois de deux ou trois lignes, qui sont comme un sommaire de ses futurs mémoires. Voici le commencement et quelques extraits de ce très intéressant écrit très important pour nous, où — cinq années entières avant la naissance de la future George Sand — se reflètent avec une étonnante intensité toutes les faces de son admirable talent. Ce qui est absolument typique c’est le style, c’est la forme de cette première œuvre autobiographique, c’est le récit spontané, familier des événements tantôt plein d’humour, de verve, et tantôt de profond sentiment, ce sont des digression, des plaintes amères sur son sort, des réflexions d’une puissance extraordinaire sur des thèmes généraux, de poétiques paysages, des excursions de naturaliste, des épisodes comiques dialogues, des esquisses satiriques de personnages burlesques ou étranges, des pages alertes et gaies rappelant ses lettres intimes et d’autres écrites en sonores périodes évoquant le style de Lélia. Il est très curieux de noter le fait surprenant que George Sand avait, dès lors, ébauché en lignes générales le plan de son Histoire de ma vie tel qu’il fut exécuté plus tard.


Mont-Dore, dimanche 12 août.

J’arrive. Que c’est bête un voyage d’amateur. Je suis exténuée ! Que suis-je venue faire ici ?

Chercher la santé ? où est-elle la santé ? Je suis d’une humeur de chien.

Lundi. — C’est bizarre, une vie comme celle-ci. C’est même plaisant. Je me réconcilie. Cependant, je ne me sens pas encore assez d’aplomb pour rester au salon. Nouvelle débarquée, tous les regards se portent sur moi. Que c’est sot de faire attention à moi ! Je viens dans ma chambre…

…Çà, que faire ? Il pleut. Jamais je n’ai eu tant envie de me promener. Je suis fantasque aujourd’hui. Je fais la jolie femme. Ah ! pour femme, pas trop ! Jolie encore moins. C’était bon il y a dix ans. Je n’ai pas de livre qui me plaise.

Ce que j’ai emporté est absurde. C’est égal, cela me donnera un maintien pour sortir seule.

J’aurai l’air de lire, de penser à quelque chose et je pourrai à mon aise ne penser à rien.

À rien ! Quand ne pense-t-on à rien ? Qu’on serait heureux si, un quart d’heure dans la vie, on pouvait ne penser à rien ! Mais en dormant même, on rêve !…

…Ah ! il y a un bénitier auprès de mon lit. C’est une attention, cela me rappelle le couvent. Comment donc ! mais c’est charmant, un bénitier ! Me voilà bien, si j’écrivais à quelqu’un ? oui, à ma mère, par exemple ! à ma mère, ah Dieu ! Ô ma mère, que vous ai-je fait ? pourquoi ne m’aimez-vous pas ? Je suis bonne pourtant. Je suis bonne, vous le savez bien. J’ai cent défauts, mais je suis bonne dans le fond. J’ai mes violences et elles sont terribles. Mais vous en aperçûtes-vous jamais ? Oh ! que j’étais facile à mener ! Un mot de vous détruisait toutes mes résolutions. Je vous avouais tout ce qu’en tenant caché j’aurais pu faire servir à adoucir mon sort. Mais, chose étrange, vous saviez également me faire peur et m’attendrir.

Quand vous étiez en colère, je tremblais, j’étais pâle et me sentais mourir. Quand vous m’entouriez de vos séductions, j’arrosais vos mains de pleurs… Oh ! que je vous aurais aimée, ma mère, si vous l’aviez voulu ! Mais vous m’avez trahie, vous m’avez menti, ma mère, est-ce possible ? vous m’avez menti ! Oh ! que vous êtes coupable I Vous avez brisé mon cœur. Vous m’avez fait une blessure qui saignera toute la vie. Vous avez aigri mon caractère et faussé mon jugement.

Vous m’avez mis dans l’âme une sécheresse, une amertume que je retrouve dans tout.

Croyez-vous que j’ai oublié tout cela quand maintenant vous me caressez ? Oh ! vos caresses me font du mal. Quand vous m’embrassez, mon cœur se gonfle et, si j’osais pleurer devant vous, je pleurerais ! Et quand je vois une autre fille dans les bras de sa mère, heureuse, adorée, protégée, je me tords les mains et je pense à vous qui m’avez abandonnée. Ma mère, Dieu vous pardonne ! Il vous pardonnera. Dieu est parfait. Mais vous m’avez fait bien du mal.

Je voudrais me venger, je voudrais pouvoir vous faire du bien. Vous verriez que je ne suis pas une mauvaise fille ! Ah ! je n’étais pas née pour cela !!!

Voilà ma lettre ; l’enverrai-je ?

Pauvre mère ! que de chagrin elle vous ferait ! Vous êtes légère, mais vous n’êtes pas méchante. Non, vous ne l’êtes point. Vous n’êtes que bizarre. Ah ! je ne vous ferai jamais de reproches. Je pleurerai en silence. Vous vieillirez tranquille.

Je me sens très mal à présent. À quoi ai-je été songer 1 Si j’allais consulter le médecin ? Encore quelque âne ! Je n’irai point, qu’ai-je à faire de lui ?

Mais, mon Dieu, à qui écrirai-je donc ? Je sais bien à qui je n’écrirai pas[4].

À Adolphe[5] ? C’est un ami despote. Je n’aime pas la tyrannie. À Stéphane[6] ? C’est un fou, un vrai pédant. Je déteste la science. À Gustave[7] ? C’est une bête. Les bêtes m’ennuient. À mon père[8] ? L’excellent cœur ! Mais que lui dirai-je ? Lui raconter ce que j’ai vu à Clermont ? l’éternelle relation obhgée ! Mais je n’ai rien vu ! J’ai été partout. J’ai attrapé un coup de soleil au Puy-de-Dôme. Je me suis éreintée à cheval, époumonée à pied. Et tout cela pourquoi ? Si, je le sais !… Il n’y a pas là de quoi faire une lettre. Mon Dieu, qu’on est bête quand on a de l’humeur.

Je vas écrire à Zoé[9], Elle est si bonne ! C’est un ange. Oui, mais elle montrerait ma lettre et je ne veux pas qu’on se souvienne de moi[10]. À Jane[11] plutôt. C’est une reine. Oh ! je lui ferais horreur dans ce moment-ci.

Décidément je n’écrirai pas, mais qu’est-ce que je fais donc à présent ?…

Puis, la jeune femme se désespère de l’inutilité de sa vie, elle songe au suicide, mais n’a pas le courage de se tuer, à cause du petit Maurice ; elle voudrait pourtant mourir, se débarrasser a de la corvée de la vie », elle s’ennuie et ne sait que faire… Puis, tout à coup elle esquisse le portrait de M. Garrick, le gardien de l’établissement balnéaire, qui, pour tuer le temps, fait avec ses fils des collections minéralogiques, estropie les noms latins d’une manière épouvantable, mais au fond ne dit « guère plus de bêtises que beaucoup de savants de ma connaissance, » et à ce propos la jeune pessimiste lance une phrase toute Georgesandesque :

Je déteste les grands mots et le grand savoir en manchettes et en jabot. Je les aime à la folie en casquette et en sabots.

Puis elle ajoute : « Garrick est fort aimable et je ne m’étonne pas des bontés de M. Ramond pour lui. » (M. Ramond — soit dit par parenthèse — c’est Raymond Aurélien de Sèze, qui apparaît plus loin sous le pseudonyme transparent de M. Lesène et qui apparaîtra dans Indiana sous celui de Raymon de la Ramière.) Et enfin elle dessine en quelques traits bouffons la société de la petite ville d’eaux et ses établissements thermaux.

Mais avec tout cela, le temps n’avance guère.

…On ne dînera que dans deux heures. Il m’est impossible de m’amuser de rien avec suite aujourd’hui. J’ai la tête fort malade. En vain j’ai cherché tous ces jours passés à m’étourdir par la fatigue. Ce chagrin, ce chagrin ne sait pas dormir et ne veut pas se taire. Ô angoisse !…

Au fait, si je me plaignais à moi-même ? Comme ce serait nouveau, ce pourrait me distraire.

Si je me racontais mon histoire ? C’est une bonne idée. Écrivons des mémoires. C’est un genre à la portée de tout le monde, et cela fera bon effet. Les pensées d’hier feront diversion à celles d’aujourd’hui. Mais surtout pas un mot du présent. Je l’écrirais avec une plume de feu trempée dans du fiel. Aussi bien, puisque me voilà écrivant mon voyage, je suis bien aise qu’il y ait de tout, et que la chose dont il soit le moins question soit précisément mon voyage. Commençons.

Ferai-je une préface ? Oui. Il en faut une. C’est indispensable et je veux faire un ouvrage complet. Passons à la préface.

Mémoires inédits.
Préface

J’écris mon histoire pour me désennuyer (Fin.)

Bien. Je ne vois pas ce qu’on peut dire de plus et de mieux. Cela est véritable, positif, clair, concis. On voit tout d’abord ce que je veux dire. — Passons au chapitre premier, pour suivre les règles de l’art, il faudrait faire un peu l’histoire de mes parents et même remonter à celle de leurs parents à la seconde ou troisième génération. Mais comme je n’ai pas le temps et que je prétends finir mon ouvrage avant de dîner, je passe à ma propre histoire.

I

Je naquis dans la rue Mélée (sic) l’an XII de la république. Ma mère était au bal. J’arrivais entre la chaîne anglaise et la queue du chat.

On n’eut que le temps de m’envelopper dans un fichu de crêpe rose et de m’emporter. C’était d’un bon augure, dit-on. Les augures ne se justifient que quand ils annoncent le mal.

Le lecteur voit que dès le début c’est là en abrégé la vraie Histoire de ma vie qui ne présente qu’une version développée de ces mémoires premiers. Nous y trouvons notamment et « l’histoire des parents et même celle de leurs parents à la seconde et troisième générations », histoire qui doit expliquer et faire prononcer l’absolution sur bien des faits de la vie de l’auteur, et le « premier chapitre » commençant par le récit de sa naissance en « l’an XII de la République », et même, au vol de la plume, la remarque amèrement ironique sur ce que les pronostics gais et roses accompagnant la venue au monde de l’auteur de Lélia et du Journal de Piffoël et lui prophétisant un avenir riant, ne se sont pas justifiés. Puis vient une série de petits chapitres qui ne présentent pour le lecteur qui connaît l’Histoire de ma vie et l’histoire réelle des premières années de George Sand, qu’un précis de tout ce qu’il a lu ; c’est pour cela que ces petits chapitres nous intéressent. C’est l’Histoire de ma vie en germe :

II

Je fus mise en sevrage à Chaillot, pendant que ma mère partit pour l’Italie[12]. Clotilde et moi demeurâmes là chez une bonne femme jusqu’à deux ou trois ans.

On nous apportait le dimanche à Paris sur un âne, chacune dans un panier avec les choux et les carottes qu’on vendait à la halle.

III

Ma grand’mère me prit et fit de moi une demoiselle. J’arrivais d’Espagne. J’avais la fièvre, la gale et des poux. On m’apprit à lire, on me décrassa. Je devins gentille, un peu colère pourtant.

IV

Je jouais à colin-maillard, à traîne ballet, à la main-chaude, voire à l’oie. J’avais un précepteur.

Le chapitre V manque.

Il est évident qu’Aurore Dudevant saute sa vie de couvent, ce qu’elle n’évita pas lorsqu’elle parla de sa vie plus tard. Mais en 1827 il est probable qu’elle ne voulait pas parler à la légère de ses impressions pieuses. Donc, immédiatement après le chapitre IV, vient le chapitre VI.

VI

Quand j’eus seize ans, on s’aperçut comme j’arrivais du couvent que j’étais une jolie fille.

J’étais fraîche quoique brune. Je ressemblais à ces fleurs de buisson, un peu sauvages, sans art, sans culture, mais de couleurs vives et agréables. J’avais une profusion de cheveux presque noirs qui sont devenus depuis presque blonds. En me regardant dans une glace, je puis dire pourtant que je ne me suis jamais fait grand plaisir. Je suis noire, mes traits sont taillés et non pas finis. On dit que c’est l’expression de ma figure qui la rend intéressante. Et je le crois car en me regardant de sang-froid, comme je me regarde toujours, je n’ai jamais pu comprendre comment on a fait attention à moi. Mes yeux, qu’on a vantés souvent, me semblent froids et bêtes. D’où je conclus qu’il faut qu’une femme s’aime beaucoup pour avoir de l’expression dans la figure lorsqu’elle se regarde et pour se trouver jolie. Si je me voyais dans les yeux de quelqu’un que j’aime, je serais sans doute plus contente de l’ouvrage de ma mère.

On retrouve bien dans l’Histoire de ma vie ce même portrait, rien qu’un peu modifié selon l’année un peu ultérieure où il fut tracé, 1847, année où l’Histoire de ma vie fut commencée.

VII

J’avais l’humeur gaie et pourtant rêveuse. Car il y a des contrastes dans tous les caractères et surtout dans le mien. L’expression la plus naturelle à mes traits était la méditation.

Et il y avait, disait-on, dans ce regard distrait, une fixité qui ressemblait à celle du serpent, lorsqu’il fascine sa proie. Du moins c’était la comparaison ampoulée de mes adorateurs de province. Un d’eux surtout s’y laissa prendre, tandis que je lui préférais Colette.

VIII

J’eus dix-sept ans. En vérité, ai-je jamais eu dix-sept ans ? C’est si loin que si l’on ne m’assurait qu’il est une époque dans la vie où personne ne peut passer sans compter dix-sept ans, je croirais que je n’ai jamais vu cette belle saison.

Je commençais les veilles et les larmes.

IX, X et XI

Je perdis ma bienfaitrice, mon bonheur et ma beauté.

X

Ma mère...

XI

Ma sœur me repoussa et me trahit.

XII

Mon frère… fut toujours bon, mais faible. Il ne sut pas me défendre.

XIII

On chassa André, on m’ôta tous ceux que j’aimais. Arrachée à Nohant ma patrie, seule et désolée, il me restait un pauvre chien qui m’égayait par ses folies. On m’ôta mon pauvre chien[13].

XVI OU XVII

Quand je fus mariée, j’eus un fils, et il y a encore un ou deux chapitres qui me sont absolument sortis de la mémoire. Si l’on me montrait quelque chose qui eût rapport à ce temps-là, je tressaillerais peut-être d’effroi ou de douleur.

Mais si l’on ne m’en parle pas, je n’y songe pas. Je n’ai pourtant pas le don de l’oubli. J’ai le sentiment du passé si je n’en ai le souvenir. Hélas ! et quand je regarde mon teint flétri, ma vieillesse anticipée[14], quand je sens dans mon cœur éteint, glacé, quand je sens dans mon corps des douleurs affreuses, fruits amers du désespoir, des sanglots renfermés et des tristes veilles, je vois bien que j’ai vécu. Je n’ai pas besoin de me rappeler quels jours commencèrent ma ruine et quels jours la finirent.

XX

Le cœur demeura pur comme le miroir.

Eh ! ogni respiro appanna.

Il fut ardent, il fut sincère, mais il fut aveugle ; on ne put le ternir, on le brisa.

XXI

Je partis pour les Pyrénées… Qu’est-ce que j’entends là ? Déjà le dîner ? J’ai donc bien rêvassé au lieu d’écrire ! Oui, j’ai fait une pause après chaque chapitre et les deux heures sont écoulées, et je n’en suis qu’à la moitié. Que dis-je ? Je ne fais que commencer… Allons, ce sera pour un second volume, en attendant, envoyons celui-ci à un libraire, à M. Panckouke ou à M. Ladvocat ? À M. Ladvocat :

Monsieur, je vous envoie mon ouvrage. Il est bon, c’est moi qui vous le dis.

Je suis avec considération…


C’est par cette allègre drôlerie que les mémoires se terminent soudain : plus loin on y voit la suite du journal du voyage, jour par jour, l’auteur jase avec une spontanéité toute prime-sautière sur tous les « baigneurs » et tous les incidents survenus dans la petite ville d’eaux ; nous voyous apparaître quantité de personnages plus ou moins comiques (MM. Lesène, Ramond et même un Russe qui porte le nom estropié de Kologrigoff et, on ne sait pas trop pourquoi, parle français avec un accent allemand !). Et au milieu de toutes ces petites scènes bouffonnes, voilà que surgissent tout à coup deux épisodes ou deux morceaux fort poétiques : une page lyrique adressée à l’âne qui portait la petite Aurore sur son dos de Paris à Chaillot, et une autre page que l’auteur prétend être fortuitement trouvée dans son journal, intitulée les Corbeaux et écrite dans un style parfaitement imité de Chateaubriand ou… de Lélia. Puis, dans la Seconde partie : Voyage en Espagne, Aurore Dudevant raconte à peu près tout ce qu’elle conta plus tard dans l’Histoire de ma vie du voyage qu’elle fit avec sa mère pour rejoindre M. Dupin en Espagne et toutes ses impressions enfantines d’alors. Nous ne nous arrêterons point sur cette fin de la première partie du Journal de voyage, surtout important comme témoignage du talent inné et spontané de George Sand. Il se dégage de ces lignes écrites au courant de la plume, tant de précision dans les expressions, tant d’observation des caractères, tant de puissance poétique, d’humour et tant de nostalgie désespérée qu’on a peine à croire que leur auteur n’était qu’une femme de vingt-trois ans, mariée à un hobereau médiocre, passant ses vacances dans mie ville d’eaux, au milieu d’un tas d’adorateurs ennuyeux, et qui joue de sa plume comme d’autres jouent de l’éventail. Nous avons déjà noté cet éveil spontané du talent de George Sand ; ce qui nous importe c’est de marquer la ressemblance des Souvenirs d’Auvergne avec l’Histoire de ma vie. Ce n’est pas seulement le plan général, mais même la manière de raconter, le procédé et le point de départ sont identiques. Il est vrai que la jeune femme de vingt-trois ans ne peint que ses sentiments personnels et ses propres pensées, tandis que la femme de quarante-trois trouve nécessaire de mêler à son récit des réflexions et des raisonnements sur des thèmes généraux. Mais, dès que la narration touche à des événements trop intimes, nous voyons apparaître à la place de George Sand, l’auteur du Voyage au Mont-Dore. Si on n’envisage que les deux préfaces, on peut croire que les deux auteurs avaient deux buts différents. « Pourquoi ce livre ? » Aurore Dudevant répond : pour tuer le temps, George Sand prétend que le récit sincère et véridique de la vie de chaque homme peut servir à tous les hommes : la loi de la solidarité oblige chacun à partager avec les autres les fruits de son expérience, de ses réflexions et de ses peines… Mais lorsque l’auteur commence son récit et nous conte l’histoire de ses parents, de ses ancêtres, sa naissance, son enfance à Paris et à Chaillot, son voyage en Espagne, les efforts de sa grand’mère « à faire une demoiselle » de la petite sauvageonne qu’elle était, les « excentricités » de sa mère, la liberté dont elle jouissait à Nohant et ses jeux au grand air, puis nous parle d’Hippolyte, de Deschartres, de son couvent, du retour à Nohant, quand elle évoque les lectures nocturnes, la mort de l’aïeule, le divorce moral avec sa mère (jusqu’à l’exil du petit chien inclusivement), son désespoir de jeune fille, son mariage, la naissance de Maurice, alors nous reconnaissons que l’auteur suit de point en point le plan tracé dans le Voyage en Auvergne. Après quoi, soudain l’auteur de l’Histoire, comme l’auteur du Voyage, s’interrompt uniquement pour dire au lecteur : « Il y a ici encore un ou deux chapitres fort intéressants, mais ils sont absolument sortis de ma mémoire… »

Nous lisons dans les Souvenirs d’Auvergne des lignes mystérieuses sur les « jours qui commencèrent ma ruine et ceux qui la finirent », c’est-à-dire sur les malheurs conjugaux d’Aurore Dudevant, sur son amour non moins malheureux pour Aurélien de Sèze, et immédiatement après : « Je partis pour les Pyrénées… » Tout cela apparaît dans l’Histoire de ma vie sous la forme des lignes non moins mystérieuses sur « l’être » qui aida Aurore « à supporter sa solitude », sur sa rupture finale avec lui, ou des pages consacrées au voyage dans les Pyrénées, pleines d’ellipses mentales, de sous-entendus, d’allusions à « Bordeaux », aux « chênes de Montesquieu, » à la « Brède » à l’Esprit des lois[15]. Et à travers tout cela dans les deux versions, des mémoires passe comme un fil rouge la même pensée :

« Le cœur resta pur, comme le miroir, il fut ardent, il fut Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/349 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/350 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/351 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/352 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/353 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/354 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/355 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/356 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/357 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/358 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/359 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/360 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/361 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/362 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/363 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/364 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/365 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/366 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/367 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/368 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/369 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/370 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/371 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/372 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/373 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/374 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/375 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/376 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/377 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/378 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/379 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/380 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/381 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/382 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/383 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/384 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/385 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/386 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/387 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/388 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/389 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/390 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/391 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/392 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/393 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/394 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/395 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/396 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/397

Entre temps la suspension de la Presse — probablement grâce à l’intervention de Mme Sand — fut levée. Charles Edmond continuait à lui demander son roman suédois pour ce journal ; elle lui répondit :

…Quant au Château des Étoiles, ça ne peut pas s’arranger comme ça. Comment passerai-je l’été avec deux mille francs ? Rappelez-vous Nohant : il y a du monde et de la dépense. Pour m’arranger du budget que vous m’offrez, il faudrait aller vivre à Gargilesse, ce qui ne serait pas très désagréable, mais ce qui n’est possible que dans nos courts moments de vie de garçon. Donc, cherchez un autre problème, cher ami, ou dites-moi de chercher un autre titre à annoncer dans la Presse. J’aurai largement le temps de vous faire un roman pour l’époque où vous en aurez besoin, et je pense, d’ici à une quinzaine, vous dire mon titre. Voilà, quant au Château en question, l’ultimatum non de ma volonté, mais de ma caisse…


L’affaire avec la Presse ne s’arrangea pas et le Château des Étoiles fut publié dans la Revue des Deux Mondes, à laquelle George Sand revint ainsi après une querelle de dix-huit ans (car quoique le Château des désertes y parût en 1851, l’auteur n’y fut pour rien, le manuscrit ayant été cédé à cette revue par un autre éditeur qui l’avait acheté)[16]. L’Homme de neige parut dans la Revue des Deux Mondes du 1er juin au 15 septembre. Cette affaire fut arrangée par Émile Aucante, le secrétaire de Mme Sand, l’ami de toute sa famille et l’hôte constant de Nohant de 1848 à 1858[17].

L’Homme de Neige terminé, Mme Sand, à partir de 1858, revint souvent à Gargilesse pour y séjourner « en garçon », parfois pour quelques jours, parfois pour quelques semaines. Elle écrit par exemple le 23 avril 1858 à Ernest Périgois, à Tourin, où il vivait exilé, après l’incident Orsini, et où Solange voulait aller le retrouver :

« …Sol. s’apprête à partir le 26 ; elle est souffrante et je Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/399

Elle note dans son Journal, à la date du 29 mai 1858 :

Je reste à la maison et finis mon roman Thérèse (Elle et Lui) commencé le 4 mai, 620 pages en 25 jours. C’est un joli coup de collier. Je n’ai jamais travaillé avec autant de plaisir qu’à Gargilesse. J’ai fait ici 200 pages malgré les longues promenades[18].

Mme Sand avait bien raison de dire que ses séjours à Gargilesse lui permettaient d’accomplir le double, le triple de son labeur ordinaire. C’est ainsi qu’elle écrivit de 1857 à 1862, non seulement treize romans (la Daniella, les Dames vertes, les Beaux Messieurs de Bois-Doré, l’Homme de Neige, Narcisse, Flavie, Jean de la Roche, Elle et Lui, Constance Verrier, la Ville noire, le Marquis de Villemer, la Famille de Germandre et Valvèdre), mais encore toute une série d’articles pour ses deux recueils : Promenades autour d’un village et Autour de la table[19], le texte pour deux albums de dessins de Maurice Sand : Visions à la campagne et Masques et Bouffons et enfin trois pièces : Marguerite de Sainte-Gemme, le Pavé et le Drac.

Et en effet, rien que par les lettres de Mme Sand à Maurice, de mai-juillet 1858, on voit combien ce calme refuge à Gargilesse, plus encore que sa vieille maison de Nohant, lui permettait de travailler beaucoup, sans trop de fatigue.


Nohant, 19 mai 1858.

Cher fanfan, j’ai reçu ta lettre ce matin, je pars après-demain, c’est-à-dire demain jeudi 20 (car il est minuit passé) pour la Villa Algira, où je finirai probablement le roman court que j’ai en train[20]. J’y resterai huit jours. Donc, dans le milieu de la semaine prochaine je serai revenue et je trouverai, j’espère, les explications nécessaires pour me mettre à ton texte fantastique[21] ; car celles que tu me donnes sont encore insuffisantes. Est-ce quinze cents lettres pour chaque sujet ? je le présume, mais d’après la phrase, on croirait que c’est quinze cents lettres pour huit sujets. Quand faut-il que ce soit livré ? tu sais qu’il me faut les points sur les i et qu’alors je suis exacte comme un chemin de fer.

Dis à Émile de ne pas m’envoyer d’autre argent (s’il ne l’a fait) d’ici à jeudi de la semaine prochaine. Mais s’il y avait quelque chose de pressé à me faire savoir, qu’il écrive sous l’adresse de Manceau : À monsieur Manceau, propriétaire à Gargilesse, par Eguzon (Indre). À présent le facteur y passe tous les jours. Écris-moi z-y, toi, pour que je ne sois pas huit jours sans nouvelles de toi, ce qui me gâte un peu mes délices de Gargilesse. Ne fût-ce qu’un mot. Et puis, je suis bien aise de voir si, de là, on peut correspondre avec Paris, au besoin. Ne donne à personne et dis à Émile de ne donner à personne mon adresse pour ce pays-là, et ne mettez pas mon nom sur la lettre, car les ennuyeux m’y poursuivraient de leurs épîtres en vers et en prose. Tu me disais dans ta lettre d’avant-hier, que j’aurais à faire seize feuilles pour tes huit lithographies. Une feuille dans notre argot, c’est seize pages, tu vois donc bien que je ne serais pas fixée par de telles indications et qu’il me faut une de ces notes techniques et précises comme Émile sait le faire.

Nous allons donc encore écheniller sans toi les buissons fleuris de la Creuse ! Manceau emporte de quoi charger un navire, en boîtes de toutes sortes. Il emporte même une énorme boîte à éclosions pour que son absence ne soit pas fatale à sa progéniture, et qu’il puisse la transpercer paternellement d’un fer rouge, dès qu’elle aura vu la lumière. Encourage-le dans ses travaux et recherches, car il y a des moments où il dit : Pourvu que ça amuse encore Maurice, les bêtes ! Et il mérite d’être payé du mal de chien qu’il se donne pour la science, par une mention honorable de son patron. Il a fini et refini sa planche. Il va faire le savant et le propriétaire, moi je vais refaire mes expériences sur l’eau de source de Gargilesse qui est je crois, plus souveraine que toutes celles qu’on me prescrit[22]. J’étais guérie là-bas, et je ne le suis pas ici par l’eau de Vichy. À mon retour, je prendrai le régime Philips que tu m’envoies, et me priverai d’asperges avec délice. Bonsoir, mon Bouli, je te bige et te regrette. J’espère que tu te portes bien, pauvre Parisien. Je voudrais pouvoir t’envoyer la campagne dans ton atelier.

Villa Algira, 24 mai 1858.

Nous sommes à Gargilesse, mon Bouli, et nous n’y avons pas beau tems, bien que nous nous soyons mis en route par un soleil magnifique. Mais ce mois de mai ne veut pas se décider à tenir les promesses du mois d’avril. On dit que c’est excellent pour les biens de la terre, à la bonne heure !

Heureusement la maisonnette est bien close et bien habitable, quelque temps qu’il fasse, et j’y travaille quand il pleut. Aujourd’hui c’était grande fête ici : nous avons vu, en déjeunant, une procession très pittoresque sur le chemin qui descend devant la fenêtre de l’hôtel Malasset ; les enfants en avant, puis les hommes, puis les femmes et ensuite une foule de femmes, de vieillards et d’enfants par trois et quatre à la fois sur des chevaux et sur des ânes, sans selle ni bride. Nous avions à déjeuner la famille Vergne, avec qui nous avons fait ensuite une belle promenade par un tems couvert ; nous sommes rentrés au moment où la pluie commençait, et, ce soir, tous les vents de la montagne sont déchaînés et le ruisseau grossi par la pluie chante comme un perdu.

J’ai été malade en arrivant ici, je ne sais de quoi. J’ai dormi dix-huit heures et je suis tout à fait vaillante, car j’ai marché comme un Basque aujourd’hui. Ce pays est toujours attrayant ; tous les jours on y découvre des sites superbes ou des recoins charmants et bizarres. Ma petite chambre microscopique me plaît beaucoup. De mon lit je vois la lune se coucher dans un bois tout noir au haut de la colline. Et puis on est très aimable pour nous dans le village. Nous en sommes, tout à fait, à présent. Tous les enfants chassent la chenille et apportent souvent des choses intéressantes. Manceau les met à l’ordre et donne des récompenses selon la trouvaille, rien si la chenille n’est pas apportée fraîche et bien portante dans une feuille, rien si elle est commune. Un beau jour, tout le village fera partie de la Société entomologique.

Nous ne savons pas au juste quel jour nous repartirons. Mais à la fin de la semaine nous serons à Nohant, tu peux nous y écrire alors. Mais j’espère recevoir de tes nouvelles ici auparavant. Il faut écrire par Eguzon. Autrement, c’est un jour de retard à Argenton. J’ai beaucoup pensé à tes sujets fantastiques la nuit que j’étais malade, et que je ne dormais pas. Il y avait dans le ciel et sur l’horizon, les animaux les plus bizarres dans les nuages et dans les silhouettes des branches ; et je voyais très bien tous les dessins en nature.

Bonsoir, mon cher Bouli, travailles-tu bien ? Moi, j’espère finir ici mon roman. Manceau, qui n’a pas voulu sortir un instant pendant que j’étais patraque, a dessiné des chenilles eu quantité et dans une grande perfection de fini et d’exactitude. Marie des poules[23], soigne celles qui sont à Nohant, on lui a appris. La boîte à éclosions est ici et la chasse continue.

J’ai reçu hier des nouvelles de Sol, elle va bien. Dis à Émile que j’ai corrigé et renvoyé à Buloz des masses d’épreuves[24].

Elle écrit à Poncy à la fin de sa lettre du 19 juin 1858 :

Manceau vous envoie toutes ses tendresses. Nous avons passé l’hiver ici tous les deux, allant de temps en temps passer la semaine dans une chaumière qu’il a achetée, moyennant la somme de huit cents francs, au bord de la Creuse, dans un pays enchanteur, bien que la distance ne soit que de douze lieues. Nous rêvons voyages. Si une certaine circonstance se réalisait, nous irions passer l’automne ou l’hiver en Afrique et alors, certes, nous nous verrions. Mais, il y a toujours le triste mais ! nous ne faisons encore qu’espérer.

Nous avons déjà noté que presque toutes les œuvres de George Sand de 1850-1860 reflètent son goût pour l’histoire naturelle. Notons aussi que dès ses tout premiers romans — à commencer par l’ « encyclopédique » princesse Cavalcanti adonnée entre autres à l’entomologie — George Sand montrait très souvent ses héros et ses héroïnes s’occupant de différentes branches de la science, ceux-ci de botanique, celles-là de minéralogie, les troisièmes de géologie, d’autres encore collectionnant des papillons, des minéraux, des coquillages pétrifiés. Cette passion pour les sciences naturelles domine à présent tous les romans de Mme Sand. La plupart de ses personnages adorent dame Nature autant que leurs maîtresses ou leurs fiancées. Allant à un rendez-vous, ils remarquent les couches géologiques des rochers, ils ramassent des pierres ou attrapent des lépidoptères, en attendant le moment bienheureux où leur adorée les mettra eux-mêmes sous sa pantoufle.

C’est ainsi que nous voyons dans Flavie des entomologistes, des ornithologues, des minéralogistes et des oiseaux empaillés, et des boîtes de fer-blanc, et des chrysalides, et des papillons, et, au milieu d’eux, la ravissante et pimpante chrysalide et papillonne Flavie, la spirituelle et coquette fille de M. ***. M. *** s’occupe à collectionner des oiseaux empaillés ; son père est un peu maniaque, comme tous les collectionneurs ; il est un fort mauvais chaperon pour une jeune personne aussi légère et aussi volontaire. Il veut la marier au jeune lord Malcolm, autant parce que ce seigneur et sa mère, la belle lady Rosemonde, sont des gens charmants, que parce que lord Malcolm a la passion de l’histoire naturelle, mais surtout parce qu’il est l’ami d’une célébrité future, d’un certain savant extraordinaire, M. Émilius.

Cet homme est une vraie encyclopédie vivante, s’occupant d’ophtahnologie et de zoologie, et d’ornithologie et d’entomologie en particulier. Il a de plus voyagé en Afrique, en Sibérie, dans les Indes, et il arrive dans les environs de Rome, juste au moment où lady Rosemonde et Flavie s’y trouvent en partie de plaisir. Flavie est entourée d’adorateurs et flirte avec tous. C’est une jeune fille très moderne, tellement moderne par son entrain, son bagout, sa crânerie, son indépendance et ses spirituelles sorties que le roman semble écrit, non en 1857, mais en 1917 ! Bien loin d’être sentimentale, Flavie se croit incapable de tout entraînement passionnel : il lui plaît de voir tout le monde à ses pieds, mais elle veut garder sa liberté et se promet bien de ne jamais devenir la femme d’un savant. Fi, quelle horreur ! Elle soupçonne Malcolm d’être quelque chose comme cela. Elle décide donc de faire la leçon à son fiancé en l’effrayant ; mais, comme cela arrive toujours, elle est attrapée, comme un papillon. Son aplomb, son flirt éternel et sa légèreté lui jouent un mauvais tour. Elle croit que Malcolm veut l’espionner, la soumettre à une surveillance secrète, tandis que l’ami de Malcolm, le savant Émilius, s’adonne simplement à la poursuite d’une noctuelle, car la « Flavie » dont Malcolm s’entretient avec son ami Émilius, n’est point elle, mais un papillon jaune à corsage de velours. Or Flavie croit que le monde entier ne s’occupe que d’elle ! La jeune fille commet alors une série de bévues et d’erreurs. Elle se met à faire la coquette avec Émilius, mais c’est elle qui s’éprend de lui passionnément. Dès lors elle abdique toute haine pour les sciences naturelles et « les gens qui se promènent sans gants ». Elle s’efforce même de tenter Émilius par l’offre de sa grande fortune. Cette fortune faciliterait ses recherches biologiques et physiologiques. Mais, hélas ! le savant reste fidèle à son unique passion : la science ! Il dit franchement à Flavie que ses charmes ne l’enchaîneraient pas longtemps, qu’elle a besoin d’un amour et d’une adoration non partagés, exclusifs ; s’il l’épousait il la rendrait malheureuse ; ne le voulant pas, il la repousse. Ce coup terrible devient néanmoins pour la jeune fille jusqu’alors dominée par un amour-propre excessif la cause d’un changement moral bienfaisant. Il lui révèle le prix des choses et lui fait comprendre quel est le vrai bonheur de la femme. Elle abandonne ses caprices, sa légèreté, ses flirts et finit par épouser, non pas le savant Émilius, mais M. Émile Vaureponne, décidée à devenir son épouse dévouée et fidèle. Quant à lord Malcolm, lui aussi guérit de son amour pour cette jeune personne inquiétante et trouve le bonheur en se mariant avec sa petite cousine Anna qui l’adore depuis son enfance.

Peu de nouvelles de George Sand sont écrites avec plus de grâce, de verve, d’esprit ; peu sont aussi remplies de fines observations que Flavie. Elle respire la fraîcheur comme si elle avait été écrite hier ; ni Mme Gyp, ni M. Marcel Prévost — qui reproduisent si incomparablement le jargon et toutes les allures des jeunes demoiselles contemporaines, sportives, pleines d’aplomb et d’amour-propre, — n’auraient pu rendre avec plus de précision et de drôlerie le style alerte, typique et personnel en même temps de Flavie dans ses lettres : le roman est écrit sous forme de lettres. Quant à l’idée générale du roman, c’est un des thèmes favoris de George Sand : le changement, l’élévation, la renaissance d’une âme sous la bienfaisante influence du véritable amour ; et en même temps la suprématie des hommes adonnés aux grandes idées, à l’étude, sur les gens qui ne sont occupés que de leur propre moi.

Nous trouvons la même idée dans Jean de la Roche. Dans la Préface même — qui est une réponse au livre indigne de Paul de Musset — Mme Sand dit que « ce pamphlet » lui remplaça son herbier oublié lorsqu’elle suivait la trace de ses héros dans les montagnes du Puy de Dôme et du Sancy et « les pages du livre infâme furent purifiées par le contact des fleurs, suaves choses de Dieu qui lui firent oublier les fanges de la civilisation ».

Dans ce roman qui se passe en Auvergne — le héros, absorbé par sa personnalité, analyse ses sentiments, ceux de sa fiancée, la jeune Anglaise Love Butler, et se trouve inférieur à cette jeune fille sans expérience, parce que celle-ci, dès son plus jeune âge, a travaillé sérieusement, étudié la nature, et que sa vie n’a été qu’un acte de dévouement : elle a acquis ainsi, pour lutter contre toutes les épreuves de la vie, une force morale que Jean, malgré son intelligence, son âge, sa sensibilité, ne possède pas, son amour n’étant qu’une passion égoïste. Love Butler, ainsi que son père et l’ami de la maison, le ridicule savant Junius Black, sont tous, bien entendu, épris de minéralogie, de botanique et collectionnent avec fureur.

De même dans Valvèdre (dédié à Maurice) Mme Sand dit dans sa Préface qu’elle a mis, dans ce roman, une idée savourée en commun : « la nécessité de sortir de soi » en étudiant la nature, au lieu de se complaire à l’éternelle analyse de ses sentiments ou de ses sensations. En effet, la coquette et nonchalante Alida de Valvèdre, et le poète dilettante Valigny, êtres futiles et égoïstes, se meurent d’ennui. Leur passion seule compte pour eux et ils se trouvent ainsi entraînés à commettre une foule de mensonges, de tromperies, de forfaits sans nombre et doivent finalement baisser pavillon devant le mari d’Alida — Valvèdre — un homme déjà âgé, entièrement voué à la science, devant Mlles Obernay, habituées, dès leur jeune âge, à s’intéresser aux choses sérieuses et devant le vieil Israélite Moserwald, qui, malgré tous ses travers, tout son prosaïsme bourgeois, est capable de sacrifice et de vrai amour, tandis que ces deux amants aptes à jouer uniquement la comédie de la passion, ont voué au malheur la famille des Valvèdre.

On dit souvent que Valvèdre est la contre-partie de Jacques, que c’est la défense des vieux maris trompés, que c’est le procès fait à la liberté d’aimer, tandis que Jacques en est le plaidoyer. Il y a là une erreur. Jacques est une apologie de l’amour tout-puissant ; Valvèdre est un jugement prononcé contre l’amour passe-temps, né du désœuvrement.

Ce Moserwald — soit dit par parenthèse — est un des très rares Israélites que l’on trouve dans les romans de George Sand. Mme Sand avait peu de sympathie pour la race d’Israël, la trouvant antisociale, empreinte d’esprit bourgeois. C’est ainsi que dans une lettre à Victor Borie (du 16 avril 1857) elle dit à propos du poème d’Edouard Grenier, le Juif errant :

…Son poème est très remarquable. Moi, je vois dans le Juif errant la personnification du peuple juif, toujours riche et banni au moyen âge, avec ses immortels cinq sous, qui ne s’épuisent jamais, son activité, sa dureté de cœur pour quiconque n’est pas de sa race, et en train de devenir le roi du monde et de tuer Jésus-Christ, c’est-à-dire l’idéal. Il en sera ainsi par le droit du savoir-faire, et, dans cinquante ans, la France sera juive. Certains docteurs israélites le prêchent déjà. Ils ne se trompent pas…

L’antipathie de Chopin pour les juifs a aussi un peu son écho dans les œuvres de Mme Sand. Dans les Sept cordes de la lyre on voit paraître un juif avide : c’est un usurier sordide.

Moserwald, lui, représente un autre type de juif, un bourgeois riche, un sac à or, croyant que tout s’achète. Mais sous l’influence de son amour malheureux pour Alida, il comprend, lui aussi, qu’avec de l’argent on peut, tout au plus, conjurer des désastres matériels, que l’argent est un instrument pour faire le bien, mais qu’il peut aussi faire le mal.

Le héros de Valvèdre s’appelle Francis. Ce roman parut en 1861. Or, au commencement de 1862, George Sand fit la connaissance d’un israélite, auquel elle soutint, d’une part, que la richesse, l’argent, gâtent les hommes ; qu’étant riche il fallait posséder une grande force d’âme pour rester bon, et d’autre part c’est à propos de cet israélite, venu si délicatement en aide à un certain Francis fort réel, que Mme Sand demandait à Dumas fils s’il avait remarqué… « qu’avec les juifs il n’y avait pas de milieu ; quand ils se mêlent d’être généreux et bons, ils le sont plus que les croyants du Nouveau Testament ». Nous dirons bientôt qui était ce représentant d’Israël.

En 1860, la même année où fut écrit Valvèdre, parut un roman, qui, s’il n’eut pas autant d’éclat que les premières œuvres de George Sand, lui attira néanmoins de nouveau les sympathies générales et devint l’un de ses livres les plus aimés et toujours relus. Ce fut le célèbre Marquis de Villemer.

Hélas ! au risque d’encourir l’anathème de tous les fidèles sandistes, nous devons confesser que nous ne partageons pas cet engouement ; sans parler des premiers romans de George Sand, nous trouvons même parmi ses toutes dernières créations des œuvres qui nous attirent infiniment plus par la profondeur de la pensée et la vivacité du récit. Nous qui n’étions pas nés lorsque Villemer éveilla cette admiration unanime, nous trouvons son exposition à la fois naïve et froide. Cette histoire d’une « pauvre mais noble » lectrice qui gagne le cœur du mélancolique fils cadet d’une vieille douairière nous parait peu intéressante, et son dénouement rappelle singulièrement les vertueuses et touchantes nouvelles anglaises des journaux pour adolescents.

Nous devons avouer pourtant que peu de romans se lisent avec autant de plaisir que la première partie de Villemer ; peu de types littéraires restent aussi nettement gravés dans la mémoire que celui de cette vieille marquise, du duc d’Aléria, de Mme d’Arglade, de la vieille duchesse de Dunières, de l’alerte et résolue Diane de Xaintrailles. Tous ces personnages sont des types tracés magistralement, avec vigueur et en même temps avec un fini merveilleux, avec cette science à saisir les détails caractéristiques qui est le propre des grands maîtres de l’art. Or, parmi tous les représentants de l’ancien faubourg Saint-Germain que l’auteur de la Marquise savait si bien portraiturer, il faut donner la palme à la marquise de Villemer. Quel curieux être humain que cette vieille dame qui sait avec tant de simplicité, par point d’honneur, payer les dettes de son fils, et accepter avec tant de philosophie sa ruine, tout en ne pouvant se résoudre à monter dans une voiture de louage ! Il n’y a qu’à lire une page des conversations entre la marquise et Caroline ou avec ses fils pour comprendre que c’est dans le salon de son aïeule, Marie-Aurore de Saxe, ou au château de son cousin René de Villeneuve, ou encore dans les familles de ses amies de couvent, Mlles de La Rochejaquelein, de Grammont, de Wismes, que la future George Sand entendit de semblables entretiens, et certainement pas dans l’appartement bourgeois de sa mère, ni chez ses amis politiques et littéraires de la dernière période de sa vie. Et ce langage, toutes les allures de la vieille dame sont rendus avec un art incomparable, ils lui donnent ce je ne sais quoi qui la distingue d’une quantité de personnages de romans. Malgré tous ses travers, ses façons d’être singulières, — sa personnalité humaine, son âme demeurent visibles, et nous ressentons pour cette curieuse représentante d’un monde suranné un sentiment de chaude sympathie, de même que toutes les sorties étranges et les brusqueries du vieux prince Bolkonsky dans la Guerre et la Paix de Tolstoï, ne peuvent nous cacher sa vraie âme, grande et belle, et ne nous empêchent pas de l’aimer avec passion. La vivacité, l’activité extrême de son esprit et même sa mondanité expliquent la préférence de la marquise pour son fils aîné, le duc d’Aléria, né d’un premier mariage. Celui-ci est le type du viveur charmant, du mauvais sujet adoré des femmes. Par contre, son frère Urbain, est le type de l’amoureux vertueux, morne et discoureur, souvent ennuyeux. Ces deux hommes se croient un moment rivaux : tous deux aiment Caroline, mais non du même amour, et cette passion est le point culminant de l’œuvre. Or, le duc d’Aléria, ce fils prodigue, est cher à sa mère comme au lecteur ; ce dernier comprend parfaitement que Diane de Xaintrailles préfère ce brillant et spirituel quadragénaire à son jeune frère vertueux. De plus, le duc trahit par maint trait ses ancêtres espagnols remontant au grand Cid, et sa vieille noblesse française. Ces doubles traits de race lui donnent beaucoup de relief.

Quant aux héros principaux, Urbain et Caroline, nous ne pouvons rien en dire : ils nous laissent indifférents et froids, malgré toutes leurs vertus, ou à cause de cet excès de vertus.

Par contre, la vive, décidée et un peu audacieuse Diane traverse les dernières pages du roman comme une ravissante silhouette. Malgré sa naïveté classique et son rire obligatoire d’ingénue de dix-sept ans, elle est aussi marquée de traits de race typique qui en font plus qu’une pensionnaire de convention. C’est bien une petite échappée du couvent, espiègle et rieuse, mais c’est aussi une fille de qualité, sachant apprécier à leur juste valeur les hommes et les choses.

Tous ces traits typiques qui caractérisent les personnages, le ton admirablement soutenu de la première partie font le charme du roman. C’est comme un beau tableau hollandais où tout : effets de lumière, détails d’intérieur, figures principales et secondaires sont peints avec une précision, un réalisme, une vérité de coloris merveilleux. Ce sont ces qualités-là qui font pardonner au Marquis de Villemer la naïveté de sa fable, la pâleur des deux héros, toutes les invraisemblables aventures de la seconde partie et son ennuyeuse conclusion.

Le Marquis de Villemer fut mis à la scène et joué au théâtre de l’Odéon en 1864. La pièce eut le même succès que le roman. C’est une des comédies les plus connues de George Sand : elle resta au répertoire. Nous pensons néanmoins qu’elle est très inférieure au roman.

On dit que c’est Alexandre Dumas fils qui donna à George Sand l’idée première de sa pièce, et l’aida à en établir la construction. En quoi consista cette aide ? il est impossible de le dire à présent, car le manuscrit qui existe est écrit ou plutôt copié de la première jusqu’à la dernière ligne de la main de George Sand et le brouillon ou plutôt les brouillons (car Mme Sand refit au moins deux fois toute la pièce de fond en comble) furent détruits[25]. Quant à Alexandre Dumas, il se dédit en faveur de George Sand de toute part de collaboration : il refusa toujours de donner un seul renseignement sur ce qui était dû à sa plume. « C’est un service qu’on se rend entre confrères, cela ne vaut pas la peine d’en parler », avait-il coutume de répondre lorsqu’on le questionnait plus tard à ce sujet. On dit couramment que cette part consista à émailler de mots le rôle du duc d’Aléria. Mais lorsque nous avons mot à mot comparé la pièce au roman, nous nous sommes, à notre grand étonnement, convaincus que le duc ne s’y montrait ni plus gai, ni plus spirituel. Au contraire, beaucoup de traits fins, de mots et de petites reparties manquent dans la version théâtrale. Ainsi, nous préférons le premier dialogue de Caroline et du duc, tel qu’il se trouve dans le roman, à celui de la comédie. Le commencement de cette scène : la conversation de Caroline avec un inconnu, qui se trouve au dernier moment être le duc ; les quiproquos et les situations comiques qui en proviennent ; la soudaine prière, si touchante, de cet inconnu qui demande à Caroline de lui tendre la main ; la crainte visible de cet homme mondain de ne pas être trouvé digne d’un simple shake-hands, et ses dernières paroles, prononcées d’une voix tremblante : « Ayez soin de ma mère, » tout cela est changé et gâté dans la pièce. Dans le roman ce n’est qu’à ce moment que Caroline s’écrie : « Ah ! Je sais à présent qui vous êtes. Vous êtes le duc d’Aléria. » Dans la comédie, elle sait tout de suite à qui elle parle ; c’est pour cela que ni la prière du duc, ni la réponse de Caroline, ni les paroles finales ne produisent sur le spectateur cette impression inattendue, troublante et touchante. Le dialogue est privé de cet arôme d’inconnu, de mystérieux, de mélancolique, qu’on devine malgré l’apparente gaieté du duc. On y sent une noble âme souffrant de ses propres péchés et ne portant que le masque de l’insouciance. Dans la pièce, ce trait est à peine perceptible ; ce n’est que le jeu d’un bon acteur qui peut y remédier.

Le rôle de Mme d’Arglade n’a pas moins souffert. Dans le roman c’est une bourgeoise vaniteuse qui se faufile, grâce à son babil, à sa feinte naïveté et à son habileté à se plier aux goûts de n’importe qui, dans le monde restreint du Faubourg. Et c’est un type comique et déplaisant, plein de caractère, fait de main de maître. Il est réduit dans la comédie à une banale intrigante de convention.

Nous savons que la scène entre les deux frères produit au théâtre une impression profonde. Nous trouvons cependant que les nécessités dramatiques lui enlèvent de la vérité, du naturel. L’unité de lieu entraîne certaines impossibilités fâcheuses. Xous voyons, entre autres, Diane de Xaintrailles arriver chez la marquise de Villemer à une heure matinale impossible. Nous regrettons aussi de voir la lettre si incomparablement écrite de la duchesse de Dunières et cette charmante vieille dame elle-même remplacées par le personnage volontairement comique et les propos burlesques du duc de Dunières. Tout ceci fait s’envoler la fine analyse psychologique des sentiments, des états d’âme que George Sand savait peindre si excellemment.

Nos lecteurs trouvent peut-être que nous jugeons trop sévèrement cette pièce[26] et se demandent comment elle a pu avoir un tel succès. Nous croyons que ce succès est dû au roman. Mais justement ce qui fait le charme du roman ne se retrouve pas dans la pièce. Pour nous c’est le premier acte qui est le mieux réussi ; la couleur du roman y est mieux maintenue, ainsi que la fidélité des personnages aux types qu’ils représentent dans le roman ; enfin la plupart des dialogues sont gardés tels que.

Il est douteux que George Sand ait pu travailler autant en ces années, si elle ne s’était périodiquement retirée dans « son village », à Gargilesse. Or, ces excursions aux bords de la Creuse eurent une autre signification pour l’œuvre de l’écrivain. Les légendes et les récits sur le château de Briantes lui suggérèrent l’idée d’écrire les Beaux Messieurs de Bois Doré. Le château de Sarzay lui servit de prétexte pour écrire un autre roman dont l’action se passe à Gargilesse même et dans les environs. C’est la Famille de Germandre qui parut en 1861.

Dans l’une de ses Promenades autour d’un village. George Sand avait raconté comment elle et ses compagnons avaient découvert une curieuse famille de gentilshommes ruinés descendants de la brillante maison des Montmorency-Fosseux, devenus paysans et vivant à Gargilesse où l’on pouvait entendre un simple villageois crier : « Dites à Mlle de Montmorency d’apporter de l’eau » et voir ladite Mlle de Montmorency puiser l’eau, porter des seaux et traire les vaches, tout comme dans ce village russe peuplé de princes décrit par Herzen, où un paysan criait : « Hé ! prince Ivan, viens donc labourer. » Et le prince de répondre du bout de son champ : « J’y cours, prince Wassili, » tous les deux n’étant nullement des princes laboureurs par principe, comme Tolstoï, mais de vrais paysans pauvres et insignifiants.

Cette demoiselle de Montmorency et sa famille apparaissent dans le roman de George Sand sous le nom de Mlle Corisande de Germandre et de son frère, le chevalier de Germandre, laboureur, qui arrivent au château de Germandre en qualité d’héritiers, devant assister, avec toute leur parenté titrée, à l’ouverture du testament du chef de leur famille, le marquis de Germandre, prétendu maniaque. Naturellement les représentants démocratisés de la noble famille sont, sous tous les rapports, supérieurs à leurs aristocratiques cousins, et il va de soi que, grâce à son esprit observateur et à ses connaissances multiples, le chevalier-laboureur devine le secret du mystérieux coffret, secret dont la découverte donne droit à tout l’héritage du marquis maniaque, d’après son testament.

Lorsque George Sand travaillait, à la fin de l’automne 1860, à cette Famille de Germandre, elle tomba subitement malade du typhus et presque immédiatement elle perdit connaissance. Elle resta longtemps alitée, entourée de Maurice et de Manceau épeurés et de sa parente Mme Pauline Villot qui se trouvait par hasard à Nohant avec son fils Lucien. Eh bien, l’écrivain nota plus tard le fait curieux qu’au milieu des divagations de la fièvre, elle voyait à tour de rôle les personnes se tenant auprès de son lit, et les héros de son roman, avec lesquels elle se promenait à travers des châteaux et des rochers inconnus, et que même à demi évanouie elle continuait à développer le fil de sa narration. Cela prouve à quel point le travail de son imagination était incessant et comment George Sand avait habitué son esprit à ne jamais rester inactif : elle pensait à tout, excepté à elle-même.

Tout le train de vie établi et maintenu à Nohant depuis 1851 (exception faite du voyage d’Italie en 1855) fut bouleversé par cette maladie de Mme Sand. Sur le conseil de son médecin, elle dut quitter le Berry à la fin de février 1861 et se transporter dans le Midi de la France, où elle passa tout le printemps à Tamaris, près de Toulon. Elle y fut accompagnée par Maurice, Manceau et le jeune Lucien Villot, très aimé de tous les Sand, mais prématurément mort peu de temps après, en 1862. Ce séjour à Tamaris provoqua la création du roman qui porte ce nom et parut l’année suivante. Il est surtout intéressant par ses descriptions et les types des indigènes. De plus, c’est lors de ce séjour dans le Midi que George Sand eut l’idée du Drac. La pièce a pour sujet la croyance provençale au lutin nommé le drac, rappelant le korrigan breton, le trilby suisse et l’erco vénitien jadis chanté par George Sand. Cette comédie fut plus tard remaniée par Paul Meurice pour les théâtres de Paris (la version de George Sand ne fut jouée qu’à Nohant et imprimée dans le volume du Théâtre de Nohant).

C’est quand Mme Sand était à Tamaris, se guérissant au soleil du Midi, qu’y arriva Edmond Plauchut, avec lequel elle était en correspondance depuis 1849[27].

Dès leur première entrevue avec Plauchut, Mme Sand et son fils apprécièrent cette âme droite, ce cœur chaleureux, et Mme Sand lui voua une sympathie maternelle qui se changea vite en une amitié à toute épreuve. Plauchut devint un fidèle de Nohant et un vrai ami dévoué à toute la famille Sand. Ce dévouement ne changea jamais, ni durant la vie de Mme Sand, ni après sa mort. Il resta l’ami des enfants et petits-enfants de George Sand jusqu’à sa dernière heure et fit toujours preuve pour la mémoire de sa grande amie d’une piété fervente. Il fut, selon son vœu, enterré au cimetière de Nohant et fit graver sur sa tombe : « On me croit mort, mais je suis ici. »

Au mois de mai, Maurice, qui s’ennuyait à Tamaris, partit avec le prince et la princesse Jérôme en Algérie, puis en Espagne, au Portugal et enfin en Amérique. Il décrivit son voyage, qui dura jusqu’au mois de novembre, dans le volume Six mille lieues à toute vapeur, dont George Sand écrivit la préface, comme nous l’avons dit. Elle revint avec Manceau vers le 8 juin à Nohant, après un petit voyage en Savoie et dans le Dauphiné (où elle venait de placer l’action de Valvèdre, imprimé au printemps dans la Revue des Deux Mondes, et où elle fit une visite au directeur de ladite revue, Buloz). Puis, en continuant sa route, elle s’arrêta à Montluçon où elle revisita les usines et les mines, ayant pour guide un ingénieur de ses amis[28].

Dans Flavie, dans Valvèdre et dans Jean de la Roche, les lépidoptères, les couches « tertiaires » ou « dévoniennes », les « ombellifères » et les « labiées » n’apparaissent que comme les marottes des héros. Dans Antonia, c’est une fleur rare qui est pour ainsi dire l’héroïne du roman.

L’Antonia est un spécimen de liliacées merveilleux, à grand’peine obtenu par la culture et possédée par Antoine Thierry, vieux célibataire avare et maniaque, riche commerçant du dix-huitième siècle. La secrète passion de sa vie est la culture des fleurs rares. L’Antonia, cette merveilleuse fleur, devient donc le point de départ d’une série d’aventures compliquées. Antoine Thierry ne pardonne pas à sa belle-sœur, la veuve du célèbre peintre Thierry, d’avoir refusé de l’épouser. Il se venge sur elle et sur son fils, peintre aussi, en les faisant souffrir de leur indigence. Il les tient dans la dépendance de sa générosité, et, finalement, il les opprime tout à fait, lorsqu’il apprend que le jeune Thierry est aimé par la jeune marquise qui vient encore de le repousser. Or, par ce mariage il voulait la sauver des poursuites de sa méchante belle-mère et des créanciers de son mari défunt. Pour comble de malheur, voici que dans un accès d’enthousiasme, le jeune peintre brise l’Antonia qu’il venait de peindre pour son oncle. Cette peinture lui avait presque fait regagner le cœur de ce dernier.

Tout est perdu. Antoine Thierry chasse sa belle-sœur et son neveu de la maison qu’ils habitent. La marquise ne voulant pas être la cause de la ruine de celui qu’elle aime feint de le repousser et se retire au couvent. Un autre neveu, un jeune robin. Marcel Thierry, s’efforce en vain d’amadouer son oncle. Chacun fait assaut de désintéressement et de noblesse d’âme. Soudain tout est changé. Revenue à Paris, la marquise accorde à son amoureux un rendez-vous criminel, résolue à se noyer après. Son amant la sauve, le procureur déjoue les ruses de son oncle et arrange tout pour le bien général. L’Antonia a fleuri de nouveau. Antoine Thierry baptise la fleur du nom de la marquise, puis, en oncle de comédie, il consent au mariage de son neveu et lègue au jeune couple toute sa fortune.

Tout cela serait simplement ennuyeux, n’étaient les caractères des personnages secondaires, finement tracés et maintenus : par exemple Marcel Thierry, robin du dix-huitième siècle, sournois et peu enclin aux finesses sentimentales ; puis, quelques traits — assez caricaturés — de l’oncle ; mais surtout la peinture, pleine de détails typiques de ce que George Sand représentait avec un charme et une vérité de ton et de couleur incomparables : la vie et les hommes du grand monde de la fin du dix-huitième siècle. La marquise Antoinette, sa famille, son amie, sa soubrette, leurs propos, leurs manières, leurs attifages et falbalas, leurs propos, tout cela est frappant de pénétration dans l’esprit de l’époque et extraordinaire comme science et savoir. Si la vieille Mme Dupin de Francueil, née de Saxe, avait pu ressusciter et lire Antonia, elle aurait certes beaucoup reconnu de ce qui l’avait entourée jadis, ou de ce qu’elle avait raconté à sa petite-fille. La belle-mère de Casimir Dudevant, la méchante, sèche et revêche baronne Dudevant, aurait aussi pu — avec bien moins de plaisir ! — se reconnaître sous les traits de la belle-mère du feu mari de la marquise : à l’instar de la baronne _ Dudevant, celle-ci tâchait, par amour de l’art, de faire toutes les méchancetés et tous les désagréments possibles à sa belle-fille[29].

Ce roman est dédié à Edouard Rodrigues, ex-saint-simonien, très riche, mécène et amateur de musique qui fut l’aide de George Sand dans une quantité de bonnes œuvres, comme par exemple l’éducation d’enfants pauvres, le soutien de jeunes gens nécessiteux, la distribution de petites sommes à cette troupe de malheureux qui fourmillait toujours près de George Sand, vrais ou prétendus indigents qui exploitaient sa confiance.

George Sand écrivit en tête d’Antonia :

À monsieur Edouard Rodrigues.

À vous qui adoptez les orphelins et qui faites le bien tout simplement à deux mains et à livre ouvert, comme vous lisez Mozart et Beethoven.

Dans ces lettres à Rodrigues, Mme Sand écrit qu’elle aurait voulu lui « dédier non pas Antonia », mais un roman « qui exprime mieux une idée générale et personnelle en même temps »[30], c’était Mademoiselle La Quintinie, qu’elle écrivait alors, mais elle « n’a pas osé », ne voulant pas « mêler le nom de M. Rodrigues au torrent d’injures que certaine presse va vomir contre elle »[31], et aussi, paraît-il, pour ne pas dédier à Rodrigues un roman « à tendance », lui qui appréciait surtout en elle la consolatrice venant dissiper par son divin talent les tristesses et les dégoûts de notre existence, tandis qu’elle s’estimait surtout un soldat, un champion de la vérité.

Je suis soldat, lui écrit-elle un autre jour, et mon devoir est la guerre quand l’on envahit la patrie de mon idée[32]

George Sand fut néanmoins profondément émue en apprenant quelle influence bienfaisante elle avait exercée sur M. Rodrigues :

Mon cœur est tout pénétré, monsieur, de cette amitié si bonne et si vraie que vous me témoignez. En me la révélant, mon cher Alexandre (Dumas) savait bien que dans la vie littéraire digne et croyante, le public n’est pour nous qu’un très petit nombre d’âmes choisies auxquelles nous sommes heureux de plaire. Le reste profite s’il peut et s’il veut de ce que nous tâchons de dire de bon et de vrai, mais nous ne le connaissons pas et si nous le consultions, il nous égarerait comme il égare tous ceux qui lui font des concessions intéressées. Mais le petit nombre qui pense comme nous et qui dirait comme nous s’il voulait dire, celui-là nous soutient et nous donne une force intérieure dont nous devons le remercier. Aussi, monsieur, je vous remercie de cœur, ainsi que cette chère malade[33], dont Alexandre m’a parlé. Mais ce n’est pas moi qui vous ai rendu bon, c’est tout au plus si je vous ai fait sentir que vous l’étiez. Pour cette bonté je chéris votre suffrage et j’y penserai désormais pour me rendre meilleure moi-même. Vous voyez que l’échange sera égal et complet et que si je vous ai fait du bien, vous me le rendez pleinement…

Le fait est que Rodrigues disait d’elle à Dumas fils et écrivait à George Sand elle-même qu’il se considérait comme son débiteur parce qu’elle avait exercé une influence salutaire sur toute sa vie : grâce à elle il devint meilleur.

Voilà une récompense qui échoit rarement aux poètes, voilà le but vers lequel tendent tous ceux qui voudraient « exhausser les âmes par le son de leur lyre », voilà le prix des efforts constants et incessants de George Sand à peindre dans ses romans des natures bonnes, élevées, idéales.

…Je connais quelques natures aussi bonnes que celle que j’invente, — écrivait George Sand un peu plus tard à M. Rodrigues, — et c’e ?t là ce qui soutient ma foi. On ne rêve pas ce qui n’est pas, et à ceux qui me reprochent d’être optimiste, je réponds qu’ils sont bien malheureux de n’avoir pas rencontré des cœurs d’or dans leur triste vie. Dans la jeunesse j’étais sceptique aussi : c’était frayeur de l’inconnu et manque d’expérience ou expérience mal faite. Quand on a vécu, il n’est pas permis de juger ainsi et c’est à recouvrer le sens de la justice que la vieillesse est bonne.

Vous voyez bien que j’ai raison de croire puisque vous voilà devant moi, cher monsieur, et si, en vous écrivant, je me rappelais qu’il existe des égoïstes. Dieu me crierait : « À quoi songes-tu ? C’est bien le moment !…

La correspondance entre George Sand et Rodrigues se noua à l’occasion de l’éducation d’un jeune garçon, M. Francis Laur, qui, adolescent encore, gagnait sa vie et soutenait sa mère, en servant de secrétaire et de guide à un vieil ami de Mme Sand, M. Charles Duvernet, subitement devenu aveugle[34]. Mme Maurice Sand nous avait raconté que Francis Laur, tout enfant encore, avait d’emblée gagné la confiance et les sympathies de Mme Sand un jour, qu’aidant à faire un rangement dans la maison, il avait soudain découvert au grenier, au milieu des vieilles paperasses, les naïfs et touchants bouquets de fleurs sauvages que, dans les jours bienheureux de jeunesse, en 1834, le docteur Pagello cueillait de grand matin pour Mme Sand, au pied des Alpes vénitiennes, et lui présentait à son réveil ; elle les avait soigneusement séchés et gardés au milieu de ses souvenirs, mais les croyait perdus et les revit avec joie. Mme Sand s’intéressa au sort du jeune garçon laborieux ; elle y intéressa Rodrigues et celui-ci lui donna les moyens de faire de bonnes études à domicile, de passer ses examens, afin d’entrer dans une école supérieure, et de devenir ingénieur. C’est M. Louis Maillard, ingénieur des colonies, naturaliste et voyageur, un parent d’Alexandre Manceau et un grand ami de Mme Sand qui, vers 1860, prit une vive part à cette bonne œuvre-là. Ayant passé plusieurs années à l’île de la Réunion-Louis Maillard écrivit une série d’études sur sa faune, sa flore et sa formation géologique ; revenu en France, il voua son temps et ses efforts à l’éducation de deux enfants noirs qu’il eut d’une femme des colonies, et son épouse l’y seconda généreusement. Mme Sand plaça chez Maillard Francis Laur, puis son petit-neveu Simonnet (fils de sa nièce Mme Léontine Simonnet, née Châtiron) et il se forma autour de Louis Maillard comme un petit pensionnat qu’il dirigeait. C’est ainsi que Mme Sand fit participer M. Louis Maillard à la bonne œuvre de M. Rodrigues, Or, elle se lia d’une si grande amitié avec lui qu’elle le nomma l’un de ses trois exécuteurs testamentaires par rapport à la conservation et à la publication de sa correspondance avec Musset. (Voir notre vol. II, p. 177). Mme Sand écrivit aussi deux fois sur Maillard, ayant consacré deux articles sympathiques : l’un à son livre sur Vile de la Réunion et l’autre à la description faite par M. Deshayes de ses collections conchyliologiques. Ces articles parurent tous les deux en 1863 dans la Revue des Deux Mondes, et font maintenant partie du volume Questions d’art et de littérature[35].

Quant aux lettres multiples de Mme Sand à Louis Maillard, écrites de 1862 à 1865, elles occupent une place marquante dans sa correspondance et sont extrêmement précieuses pour sa biographie, mais elles ne sont pas imprimées dans sa Correspondance. Une partie en fut publiée déjà après la mort de Maurice Sand, comme appendice aux lettres de Mme Sand à Rodrigues et à Francis Laur. Toutes ces correspondances parurent sous le titre de Autour d’un enfant dans la Revue de Paris de 1899. La préface, écrite par M, Henri Amie, contient beaucoup de faits et de détails fort précieux, et par quelques lignes chaleureuses évoque dans l’esprit du lecteur cette atmosphère de l’amour du prochain que George Sand créait autour d’elle. Cette correspondance est l’une des pages les plus sympathiques de l’histoire de George Sand ; elle nous initie, une fois de plus, à ce charme que l’écrivain exerçait sur ceux qui l’approchaient, et nous montre comment Mme Sand attirait ses amis dans le cercle magique de cette « bonté active » où elle vivait et agissait.

Au printemps de cette année de 1862 où parut Antonia, Maurice Sand remplit enfin le désir ardent et constant de sa mère : Il se maria. L’apparition à Nohant d’une jeune maîtresse de maison apporta de grands changements dans la vie de Mme Sand et signala le commencement d’une période nouvelle de son existence, la dernière et peut-être la plus heureuse. Nous en parlerons dans le chapitre suivant. Nous allons clore celui-ci par quelques extraits de lettres de George Sand à Dumas fils. Disons quelques mots à propos de la correspondance entre George Sand et Dumas dont la partie la plus intéressante se rapporte à 1860-1863. Ces lettres nous renseignent complètement sur la ce véritable histoire du Marquis de Villemer », tant de fois racontée et commentée de toutes les manières, mais en réalité restée ignorée, inconnue ou — ce qui pis est — faussée. De plus, il y a parmi ces lettres des pages qui sont comme le résumé de la vie morale et intellectuelle de George Sand pendant ces douze dernières années ; elles sont importantes aussi comme l’expression de son opinion sur son « fidèle tête-à-tête » Manceau.

Quoique lié d’amitié avec Mme Sand dès 1851, Dumas fils n’est venu pour la première fois à Nohant que le 9 juillet 1861 et il y est resté jusqu’au 10 août. Il était à ce moment malade, nerveux, très abattu après l’échec de l’une de ses pièces, les complications de sa vie intime et les ennuis de sa vie d’écrivain, pourtant si « veinarde ». Mme Sand — qui lui avait déclaré, dès l’article qu’il écrivit sur Flaminio, en imitant le parler de miss Barbara[36] : « je adopte vous pour un fils de moâ, » — tâcha de remonter le moral à ce « cher grand fils lumineux », alors pessimiste et découragé, de lui rendre avant tout la confiance en ses propres forces. Elle s’efforça aussi à lui insuffler la foi à l’idéal et l’optimiste panthéisme auquel elle était arrivée. En septembre, Dumas revint encore une fois à Nohant, accompagné cette fois par Mme Narishkine et Mlle Olga Narishkine, ainsi que par le peintre Marchal. Ces dames étant parties, Dumas resta jusqu’au 9 octobre, en compagnie du peintre Véron, qu’on nommait V’ron et de Mlle Marie Lambert, du Gymnase, portant le sobriquet de Mlle Drac, en allusion à cette œuvre de Mme Sand, dédiée à Dumas.

Dumas s’était beaucoup plu à Nohant, cette vie simple, partagée entre le travail et les amusements naïfs, la bonne humeur qui régnait entre tous les habitués de la maison, l’amitié de Mme Sand et l’admiration enthousiaste de Manceau lui rendirent le calme moral, et finalement ce séjour lui fit le bien qu’il en attendait. Dès sa première venue, Dumas avait emporté avec lui le volume de Villemer, avec l’idée d’en tirer une pièce. Au bout de très peu de temps, il envoya, en effet, à Mme Sand un scénario de la pièce à faire et un premier acte tout fait[37].

Mme Sand fut étonnée et émerveillée à la fois de cette facilité et de ce savoir-faire dramatique. Et dès ce moment, pendant deux ans, de septembre 1861 à octobre 1863, presque toutes les lettres entre Dumas et George Sand contiennent des détails extrêmement curieux et précieux sur la genèse de cette pièce, sur le travail accompli par chacun des deux collaborateurs, et enfin sur les scrupules de Mme Sand à signer à elle seule cette pièce, faite par eux deux, et à en accepter tous les profits futurs, scrupules que Dumas finit par vaincre tous en avançant comme suprême argument le fait que Mme Sand avait fait toute la partie descriptive de l’Affaire Clemenceau, et que lui, Dumas, l’avait pourtant signée seul. Cette correspondance entre Dumas et Mme Sand réfute, à elle seule, d’une manière absolue, presque tous les « faits » se rapportant à Villemer, racontés dans les Mémoires récemment parus de M. Duquesnel, Mais nous allons encore démontrer dans le chapitre suivant que presque tout ce que cet auteur avance sur n’importe quel fait de cet épisode de la vie de Mme Sand n’est que… de « l’histoire telle qu’on l’écrit ».

À monsieur Alexandre Dumas fils.
Nohant, 26 août 1861.

Tant mieux et vive le fer, si vous vous en trouvez bien : moi, j’y crois, ayant vu de vrais miracles sortir de l’officine de mon vieux ami[38]. On vous embrasse et on vous aime. Continuez à faucher. Voilà un remède qui seconde diablement l’effet du fer ! Les bains d’arrosoir, c’est bon aussi. Le travail aussi, la campagne aussi. Tout est bon quand le jugement est sain et le cœur honnête. Avec ça et de la jeunesse, et du talent vrai, on surmonte tout. Je suis bien curieuse de ce qui va sortir de Villemer. Ça m’amuse un peu de penser que la moelle va se détacher sans que j’aie la peine de découper le morceau et qu’à mon réveil un de ces matins, je verrai se produire un nanan auquel je n’aurai pas mis la main.

Vous savez nos conventions auxquelles il ne faut pas revenir dire non. Nous partageons les profits, s’il y en a, et je crois qu’il y en aura. Je crois aussi que la chose faite et lancée, il faudra que je vous donne un petit écrit, parce que je suis vieille, et que je peux mourir, et que plus tard, ça fait des si et des mais ennuyeux. Ne riez pas de ma régularité, c’est une habitude que j’ai, surtout depuis ma maladie si subite et si bête, de tenir mes affaires en ordre comme si je devais partir le lendemain. Ne me répondez pas à ce projet-là. Comme Manceau naturellement dévore vos lettres avec moi et que mes idées de mort l’attristent toujours, il ne faut pas les lui remettre sous les yeux. Pour moi ce ne sont pas des idées tristes. J’ai, sur la mort, des croyances très douces et très riantes, et je m’imagine n’avoir mérité qu’un sort très gentil dans l’autre vie. Je ne demande pas à être dans le septième ciel avec les séraphins et à contempler à toute heure la face du Très-Haut D’abord je ne crois pas qu’il y ait ni face ni profil, et puis si c’est une grande jouissance d’être aux premières places, ce n’est pas pour moi une nécessité. Il y a tant de jolis petits mondes à habiter ! fût-ce même un autre coin de celui-ci, sous une autre forme ! que de bonheurs cachés peut-être dans l’inconnu des autres existences ! Et qui nous dit que la nôtre soit la meilleure ?

J’ai passé bien des heures de ma vie à regarder pousser l’herbe, ou à contempler la sérénité des grosses pierres au clair de lune. Je vous ai dit ça, je crois. Je m’identifiais tellement au mode d’existence de ces choses tranquilles, prétendues inertes, que j’arrivais à participer à leur calme béatitude. Et de cet hébétement sortait tout à coup de mon cœur un élan très enthousiaste et très passionné pour celui, quel qu’il soit, qui a fait ces deux grandes choses : la vie et le repos, l’activité et le sommeil. Ah ! nous voilà dans les nuages, moquez-vous de votre m’man, mais aimez-la tout de même, sa toccade n’a rien de mauvais.

Donnez de vos nouvelles, quand ça ne vous ennuie pas, et revenez sitôt que le cœur dira : allons.

Je ne vous charge de rien pour ceux qui vous entourent : mais vous savez que j’aime qui vous aime.

Manceau pionce, mais je ne jurerais pas qu’il ne pensât à vous quand même en rêve.

En voilà un que vous pouvez estimer sans crainte de déception. Quel être tout cœur et tout dévouement ! C’est bien probablement les douze ans que j’ai passés avec lui du matin au soir qui m’ont définitivement réconciliée avec la nature humaine. Il y a aussi Maurice marchant toujours droit et sagement dans son chemin tracé — et puis il y a moi qui suis capable de reconnaissance et d’appréciation. Alors, je me disais dans mes restes de vieux spleen : Eh bien, si nous sommes trois bous cœurs pas bêtes au fond, il y en a certainement d’autres, et probablement beaucoup d’autres, car nous ne pouvons pas avoir la prétention d’être des exceptions de tous points. Nous serions alors des monstres ! Suivez mon raisonnement ! Bonsoir.

… On veut que je sois un personnage. Moi, je ne veux être que votre maman. Vous avez du cœur, puisque vous m’aimez et je ne vous demande que ça. Je ne me suis jamais aperçue de ma supériorité en quoi que ce soit, puisque je n’ai jamais pu faire ce que j’ai conçu et rêvé que d’une manière très inférieure à mon idée. On ne me fera donc jamais croire, à moi, que j’en sais plus long que les autres. Restée enfant à tant d’égards, ce que j’aime le mieux dans les individualités de votre force c’est leur bonhomie et leur doute d’elles-mêmes. C’est, à mon sens, le principe de leur vitalité, car celui qui se couronne de ses propres mains a donné son dernier mot. S’il n’est pas fini, on peut du moins dire qu’il est achevé et qu’il se soutiendra peut-être, mais qu’il n’ira pas au delà. Tâchons donc de rester tout jeunes et tout tremblants jusqu’à la vieillesse et de nous imaginer, jusqu’à la veille de la mort, que nous ne faisons que commencer la vie ; c’est, je crois, le moyen d’acquérir toujours un peu, non pas seulement en talent, mais aussi en affection et en bonheur intime. Ce sentiment que le tout est plus grand, plus beau, plus fort et meilleur que nous, nous conseiTe dans ce beau rêve que vous appelez les illusions de la jeunesse, et que j’appelle, moi, l’idéal, c’est-à-dire la vue et le sens du vrai élevé par-dessus la vision du ciel rampant. Je suis optimiste en dépit de tout ce qui m’a déchirée, c’est ma seule qualité peut-être. Vous verrez qu’elle vous viendra. À votre âge j’étais aussi tourmentée et plus malade que vous au moral et au physique. Lasse de creuser les autres et moi-même, j’ai dit un beau matin : « Tout cela m’est égal. L’univers est grand et beau. Tout ce que nous croyons plein d’importance est si fugitif que ce n’est pas la peine d’y penser. Il n’y a dans la vie que deux ou trois choses vraies et sérieuses, et ces choses-là, si claires et si faciles, sont précisément celles que j’ai ignorées et dédaignées, mea culpa ! Mais j’ai été punie de ma bêtise, j’ai souffert autant qu’on peut souffrir ; je dois être pardonnée. Faisons la paix avec le bon Dieu !… »

  1. Nous avons déjà dit dans le chap. ix du vol. II de notre travail que le volume des Lettres d’un voyageur réunit : 1° les trois lettres, toutes lyriques, à Musset ; 2° des épanchements non moins lyriques et des réflexions élégiaques adressées à Néraud et Rollinat ; 3° une lettre politique à Everard (Michel de Bourges) ; 4° les impressions du voyage en Suisse et du jeu de Liszt racontées à Herbert (Charles Didier) ; 5° une lettre sur la phrénologie (à Liszt) ; 6° l’analyse critico-musicale des opéras de Meyerbeer et des œuvres de Berlioz (lettre à Meyerbeer) et enfin 7° un écrit polémique pro domo sua contre Nisard.
  2. Mme Sand indique plus loin, que la sixième Lettre d’un voyageur était intitulée Lettres d’un oncle. Cette indication n’est pas tout à fait exacte, de même qu’est inexacte l’indication, donnée plus haut, des lettres de « septembre 1834 et janvier 1835 ». Quoique nous l’ayons déjà dit dans le chap. x de notre deuxième volume, nous croyons indispensable de donner ici les dates, l’ordre et le numérotage des Lettres lors de leur première impression dans la Revue des Deux Mondes et les numéros sous lesquels elles sont réimprimées dans toutes les éditions des œuvres de George Sand depuis 1842 : 13 janvier 1835 : Lettres d’un Oncle.
    15 juin 1835, N° IV (à Everard)
    1er septembre 1835, N° V
    Revue des Deux Mondes Dans le volume Datées de :

    du 15 mai 1834, N° I
    15 juillet 1834, N° II à M***
    15 sept. 1834, N° III

    I
    II
    III
    Venise, 1er mai 1834.
    Sans date.
    Venise, juin 1834
    V (à Rollinat)
    VI à Everard (Michel)
    VII à Fr. Listz
    Janvier 1835.

    11, 15, 18, 20, 22, 23, 26, 29 avril 1835.
    Sur Lavater et une maison déserte.

    1er juin 1836, N° VI








    15 octobre 1836, Le Prince (M. de Talleyrand).

    nos IV et IX au Malgache et à Rollinat










    N° VIII

    Septembre 1835 :

    lundi soir
    mercredi soir
    jeudi
    vendredi, à Rollinat
    samedi
    au Malgache
    à Rollinat
    au Malgache, 15 mai 1836.
    introduction :
    minuit, six heures du matin dans ma chambre. Prière d’une matinée de printemps.

    15 novembre 1836, N° VII, à Charles Didier. X à Herbert Versailles, Auteuil, 2 sept. 1836,

    de Chalon à Lyon, Nantua, Genève, Fribourg.

    15 novembre 1836, N° VIII

    La Revue de Paris, de mai 1836, Lettre à M. Nisard.

    XI à Meyerbeer

    N° XII

    Genève, septembre 1836.

    Sans date.

    
    
  3. V. George Sand, sa vie et ses œuvres, vol. II, chap. xiii, p. 433-34.
  4. Allusion évidente à Aurélien de Sèze.
  5. Adolphe Dutheil.
  6. Stéphane Ajasson de Grandsagne (V. notre vol. Ier, p. 196-98,286-361, et vol. III de l’Histoire de ma vie, p. 327, 330, 334.)
  7. Gustave Papet.
  8. James Duplessis (V. notre vol. Ier, p. 216-220, et vol. III, p. 67).
  9. Zoé Leroy (V. vol. Ier, p. 264).
  10. C’est-à-dire que Zoé la montrerait encore à Aurélien de Sèze à qui Aurore Dudevant ne voulait point être rappelée à ce moment.
  11. Jane Bazouin (V. notre vol. Ier, p. 180, 250, 253, 259, 316).
  12. Cf. avec ce qui a été dit à la page 93 de notre premier volume, surtout la note à cette page.
  13. Nous avons raconté dans le chap. iv de notre premier volume comment la mère d’Aurore Dupin, après la mort de son aïeule, se mit à gouverner l’existence de sa fille et comment elle débuta dans ce rôle en la privant de son chien favori, de son petit groom et en jetant par la fenêtre tous ses livres.
  14. N’oublions pas que celle qui écrivait ces lignes avait à ce moment à peine vingt-trois ans !
  15. V. notre vol. ier, p. 269-270.
  16. À consulter, sur les relations entre le directeur de cette Revue et Mme Sand, le très intéressant ouvrage de Mme M.-L. Pailleron, paru au moment où notre livre était déjà terminé. Nous renvoyons aussi le lecteur au chapitre iii de notre troisième volume.
  17. Voir plus haut, p. 150-151, 191-196, 209, 230.
  18. Ce même journal nous apprend que « toute la correction de Elle et Lui est terminée le 1er juin » et « on part de Gargilesse pour retourner à Nohant ».
  19. Les articles sur Fenimore Cooper, Mme Allart, la Joconde gravée par Calamatta, sur les deux livres de Fromentin : Un été dans le Sahel et Une année dans le Sahara, sur Balzac, Béranger, etc., etc.
  20. Narcisse.
  21. C’est-à-dire le texte de ses dessins fantastiques Visions dans les campagnes.
  22. Mme Sand s’était tellement engouée de Gargilesse (qu’elle lui prédisait même dans ses articles un brillant avenir comme station balnéaire.
  23. Cette « Marie » était Marie Caillaud, qui joua plus tard un grand rôle à Nohant. Elle avait commencé par être gardeuse de basse-cour et laveuse de vaisselle ; puis Mme Sand se mit à lui enseigner à lire et à écrire, lui trouvant une rare intelligence ; plus tard elle la prit comme femme de chambre ; enfin Marie Caillaud joua la comédie à Nohant, devint une très bonne actrice et participa à toutes les représentations et fêtes organisées par les jeunes gens de la maison. Plus tard elle épousa l’un de ces jeunes gens. Nous la retrouverons dans le chapitre suivant.
  24. C’étaient les épreuves de l’Homme de neige.
  25. La pièce a été faite d’abord en quatre actes, puis refaite en cinq, puis de nouveau resserrée en quatre actes.
  26. Nous analysons la pièce à la suite du roman, ici, pour ne plus y revenir, quoique la comédie ne fût jouée qu’en 1864, et par cela même revient au chapitre suivant, où l’on trouvera les détails sur les premières représentations et sur les causes réelles de son succès.
  27. Voir notre vol. I, chap. i.
  28. On lit en note à la lettre de George Sand du 14 février 1861 (dans laquelle elle décrit son excursion à Montluçon et dit que « cela rentre dans son métier d’écrivain ») : « Mme Sand préparait alors son roman la Ville noire. Or, ce roman avait déjà paru en 1860. Donc les explications de M. Brothier — ingénieur à Montluçon — et les visites aux usines ne purent lui servir que pour quelques corrections ou quelques vérifications pour une nouvelle édition de ce roman. Nous avons aussi dit dans le chap. iii de notre précédent volume que Mme Sand avait peint, sous les traits d’Audebert, le vieux poète prolétaire Magu, mort en 1859.
  29. Voir notre vol. I et l’Histoire de ma vie, vol. III.
  30. Lettre du 17 octobre 1862.
  31. Lettre du 23 octobre 1862.
  32. Lettre du 27 octobre 1862.
  33. Mme B…, fille de M. Édouard Rodrigues.
  34. Voir Correspondance, t. V.
  35. Ces deux articles portaient le titre : Monsieur Maillard et ses travaux sur l’île de la Réunion dans la Revue des Deux Mondes ; en volume ils sont intitulés : Un cyclone à l’île de la Réunion et Conchyliologie de l’île de la Réunion.
  36. L’Anglaise qui remplace, dans cette pièce tirée de Tévérino, le curé si comique et si sympathique du roman.
  37. Mme Sand écrit dans sa lettre du 20 novembre 1861 (ce passage manque dans le vol. IV de sa Correspondance imprimée, il doit être placé à la p. 298 à la suite des mots se rapportant à Marchai : « Il nous a fait à tous nos portraits merveilleux, charmants comme dessin, et d’une ressemblance que les portraits n’ont jamais eue. Il ne se doutait pas de ça, lui il est tout étonné d’avoir réussi. ») : « Le mien de portrait est un chef-d’œuvre ; de même ceux de Maurice et de Manceau, et ceux de Véron et de Lucien, qu’il avait essayés en s’amusant. Il veut faire aussi celui de ma grande Marie. J’espère qu’il paie assez son écot ! Il s’y obstine et comment refuser ? Il va faire photographier le portrait qu’il a fait de moi, et vous aurez enfin quelque chose qui est moi et pas une autre. J’espère que je vous aurai comme ça quelque jour, car toutes vos photographies vous font affreux, et décidément la photographie sur nature est ce qu’il y a de plus menteur au monde. Ledit Marchal [puis viennent les lignes imprimées dans la Correspondance : repart pour voir sa mère… » etc.] Et enfin nous lisons dans cette lettre du 20 novembre : « Et dans tout ça je n’ai pas trouvé le temps de recopier ce chef-d’œuvre d’acte de Villemer, et je m’en faisais pourtant une fête. Manceau, lui, n’a pas respiré une heure depuis votre départ. » (Ces trois lignes sont encore omises dans la Correspondance, puis viennent les lignes imprimées à la p. 299 : « On vous attend pour retrouver le sens commun littéraire… »)
  38. Le docteur Vergne (de Beauregard.)