Grand dictionnaire universel du XIXe siècle/Florio (François), romancier italien

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FLORIO (François), romancier italien, né à Florence au XVe siècle. On croit qu’il fut nommé secrétaire de l’archevêque de Tours, mais on ne sait rien de certain sur sa vie. Il passe pour être l’auteur de l’ouvrage intitulé : De amore Camilli et AEmiliae Aretinorum liber, lequel fut imprimé pour la première fois à Paris vers 1475 (in-4°).


FLORIO (Jean), philologue anglais, surnommé le Résolu, né à Londres vers 1540, mort en 1625. Il appartenait à une famille italienne protestante qui s’était réfugiée en Angleterre. Il enseigna le français et l’italien à l’université d’Oxford, puis fut chargé d’apprendre ces langues au prince Henri, fils de Jacques Ier. Florio parvint dans la suite aux postes de gentilhomme de la chambre et de secrétaire de la reine. Ses principaux ouvrages sont : Premiers fruits d’où l’on peut tirer des discours familiers, de joyeux proverbes, des mots piquants et des maximes précieuses (1578, in-8°) ; Seconds fruits à recueillir de douze arbres de goût différent, mais délicieux au palais des Italiens comme des Anglais (1591, in-8°) ; Jardin de récréation contenant six mille proverbes italiens (1591) ; Dictionnaire italien et anglais (1597, in-fol.), l’ouvrage le plus complet en ce genre qu’il y eut alors.


FLORIO (François), historien et archéologue italien, né à Udine en 1705, mort dans cette ville en 1791. Il entra dans les ordres, fut chanoine à Aquilée, puis à Udine, refusa un évêché que lui offrait Benoît XIV et consacra tous ses loisirs k l’élude de l’histoire et des antiquités ecclésiastiques. Bien que très-laborieux, il n’a écrit que quelques opuscules et un certain nombre de savantes dissertations insérées pour la plupart dans les Mémoires do la Société Colombaire.— Son frère, le comte Daniel Florio, poète, ’ né à Udine en 1710, mort en 1789, acquit une assez grande réputation en Italie par des pièces de vers de circonstance, des cantates, etc., dans lesquelles on trouve du naturel, de la facilité, des pensées délicates et fines. Le comte Florio a réuni et publié ses productions sous le titre de Poesie varie (Udine, 1777, in-8°).


FLORIOT (Pierre), théologien français, né à Langres en 1604, mort à Paris en 1691. Il dirigea d’abord l’école établie aux Granges par les solitaires de Port-Royal, devint ensuite curé des Lays, près de Rambouillet, puis prit la direction spirituelle des religieuses de Port-Royal-des-Champs. On a de lui : la Morale du Pater (Rouen, 1672, in-4°), ouvrage réimprimé sous le titre de : la Morale chrétienne rapportée aux instructions que Jésus-Christ nous a données dans l’Oraison dominicale, et souvent réédité ; Homélies morales sur les évangiles de tous les dimanches de l’année, etc. (Paris, 1677, 2 vol. in-4°), etc.

FLORIPONDIO s. m. (flo-ri-pon-di-o). Bot. Espèce de stratnoine arborescente, qui croît dans l’Amérique du Sud : Les Chiliens se servent des fleurs de floripondio pour résoudre les tumeurs. (V. de Bomare.)

FI.OR1S (François de Vriend), dit Franc Flore ou Fran» Florin, célèbre peintre d’histoire, né à Anvers en 1520, mort dans’la même ville en 1570. Fils d’un tailleur’de pierres, il suivit d’abord les conseils paternels, lit de la statuaire chez l’un de ses oncles, Corneillede Vriend, et y prit le goût du dessin. Mais la statuaire ne répondait pas aux besoins de sa nature ; il quitta sa ville natale et alla suivre à Liège les leçons d’un peintre en renom k cette époque, Lambert Lombard. Ses premiers essais dans l’atelier de Lombard révélèrent k un si haut degré l’instinct de l’imitation et la fidélité du souvenir, que ses toiles semblaient peintes par la brosse du professeur ; bientôt même celui-ci fut surpassé par son élève. Aussi, dès que Frans eut acquis l’expérience nécessaire pour traduire librement ses propres inspirations, il abandonna l’atelier liégeois, revint à Anvers et y ouvrit une école où les jeunes gens se pressèrent en foule. Peu après son retour, en 1540, il avait été reçu franc maître da la confrérie de Saiut-Luc. À la même époque, il produisit quelques.tableaux qui le placèrent très-haut dans l’estime de ses compatriotes. Il profita de l’aisance que lui avaient procurée ce commencement de célébrité et les bénéfices de son école pour se rendre en Italie, dont il visita les principales villes. Il était, dit-on, à Rome le jour de Noèl 1541, quand Michel-Ange découvrit la chapelle Sixtine. Ebloui par les magnificences de cette création surhumaine, Floris s’abîma dans la contemplation de ces fresques inimitables ; le grand Florentin fut pour lui comme un dieu. « Floris, dit M. Paul Mantz, étudia longtemps la fresque de la Sixtine, et il en garda dans sa mémoire comme une éternelle image où revivait toujours ce terrible Jugement, avec la mâle fierté de son dessin héroïque et les mélancolies de sa coloration monotone, mate, attristée. • Il comprit que le défaut de l’école flamande avait été jusqu’alors de trop négliger la connaissance de l’antique, et fit une élude particulière, non pas seulement des chefs-d’œuvre de Michel-Ange, mais aussi des œuvres les plus célèbres des maîtres florentins et romains. Son dessin y gagna beaucoup en correction ; sa. manière séperfectionna sous le rapport du style et du choixdes formes. Il dut plus tard k cette application le mérite d’être le premier Flamand dont les tableaux rappellent, quoique d’un peu loin, les productions des maîtres italiens pour la grâce et la pureté des formes. Frans était l’une de ces intelligences promptes et vivaces qui ont soif de connaître, un de ces esprits curieux que le travail attire et vivifie ; il profila de son séjour en Italie pour compléter son instruction artistique par la culture des sciences et des-lettres, et devint ainsi l’un des hommes de son temps les plus recherchés pour l’agrément et l’intérêt de leur conversation. Comme peintre, quand il retourna dans son pays, il y rapportait d’Italie mieux que des impressions, mieux que des souvenirs : ses cartons regorgeaient de projets et d’esquisses michelungesques qui firent révolution chez ses paisibles compatriotes. Le public et les artis’tes le proclamèrent leur Jtaphuël, comme qui dirait Vange de l’école flamande, sans se préoccuper de ce fait, que Floris imitait surtout Michel-Ange, à qui il avait voué le culte le plus ardent. Les plus grands seigneurs, le prince d’Orange, les comtes de Horn et d’Egmont, luttèrent de générosité et de faveurs pour l’attirer dans leurs fêtes, auxquelles il ajoutait un aurait nouveau par sa présence et les charmes da son entretien ; tous, hommes du peuple ou , personnages illustres, le portaient aux nues { et le saluaient du surnom à’Incomparable. Parmi les bons travaux de cette brillante époque de sa vie, à faut citer un Crucifix

; pour une église de Delft. Plus tard, en 1549,

lorsque Charles-Quint fit son entrée k An-1 vers, Frans Floris fut chargé, avec Jean de , Vriès, de diriger l’exécution des arcs de , triomphe élevés k l’occasion de cette solennité. Frans se mit k l’œuvre ; il travaillait sept heures par jour et, grâce k sa facilité prodigieuse, peignait une figure par heure, avec assez de soin toutefois pour que les détails de ces figures, qui étaient faites pour être vues de loin, aient pu soutenir un examen attentif et mériter même d’être étudiés de près. Il eut encore pareille commande quand Philippe II vint k son tour prendre possession d Anvers. C’est alors qu’il exécuta cette immense composition représentant la Victoire debout au milieu des peuples domptés

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ftar l’Espagne. L’artiste, dont le cœur ne vnait pas le talent, osa graver lui-même, en 1552, cette allégorie si cruellemont humiliante pour son pays, et comme si l’affront n’était pas assez grand, il y ajouta six vers fils sont, il est vrai, des plus mauvais) à la déification de ce misérable roi. Quoi qu’il en soit, ces divers travaux étaient pleins de verve chaude et de brillante imagination ; ces beaux Arcs de triomphe ont mérité d’être gravés par d’habiles artistes. Frans avait dessiné en Italie bon nombre de morceaux d’antiquités ; il savait avec adresse fairo entrer quelqu’un de ces dessins dans chacune de ses compositions, et cet ornement était toujours d’un heureux effet. Pourtant, le célèbre peintre n’avait pas encore donné la mesure de sa force. Il lui fallait des sujets plus dignes do son pinceau. Il ne se ré vêla tout entier que dans la Chute des auges rebelles, un chef-d’œuvre entre les chefs-d’œuvre qu’on admire au musée d’Anvers. Cinq ans après, en 1559, il peignit une Nativité qui fuit aujourd’hui partto du même musée ; elle avait été exécutée pour la cathédrale d’Anvers, comme pendant a une Assomption de la Vierye qui n’est pas venue jusqu’à nous.

Jamais peut-être atelier dé peintre n’a vu foule aussi nombreuse que cette qui, k cette époque, se pressait aux leçons de Floris, Le nombre de ses élèves était de plus do cent vingt. Un talent applaudi, une fortune splendide (plus de 1,000 florins de rente) semblaient assurer désormais à Frans Floris la plus belle existence que puisse rêver un artiste. Mais les fuméesde l’orgueil et l’enivrement des richesses lui montèrent au cerveau : il fut d’abord prodigue, et la prodigalité le conduisit à l’intempérance, k l’abus de la boisson, k l’ivrognerie la plus dégradante. Il s’était toujours fait une sorte de gloire de passer pour le plus grand buveur de son temps ; il avait soutenu et gagné, k ce propos, les gageures les plus extravagantes. Les surexcitations de la boisson se joignant k sa facilité prodigieuse, il en était résulté, dans le principe, une promptitude et une hardiesse d’exécution dont il était surpris lui-même aux heures de sang-froid. Mais il glissait sur une pente fatale et en arriva, de chuté en chute, jusqu’à la misère la plus sordide. Maintes fois, malgré sa notoriété et ses puissants amis, il se vit forcé, non pour.avoir du pain, mais pour assouvir sa hideuse passion, de travailler comme un manœuvre aux peintures d’autrui. Et pourtant des éclairs de génie venaient parfois traverser son ivresse. Les morceaux peints en ces courts moments de répit sont pleins de hardiesses inouïes. ■ Ce sont, comme dit M. Paul Matltz, les songes bizarres d’un élève de Michel-Ange devenu fou. » 11 faut encore placer a cette époque plusieurs décorations k sujets mythologiques exécutées dans les diverses résidences des plus riches amateurs d’Anvers ; parmi ces décorations, se remarque une série où le peintre semble avoir repris possession de lui-même et de son talent : les Travaux d’Hercule, que d’habiles artistes ont reproduits par la gravure.

On était en 1658 : la Belgique touchait aux phases les plus sombres de son histoire ; les comtes de Horn et d’Egmont venaient d’être décapités. Floris n’avait donc plus ses deux puissants protecteurs, et la misère revint alors plus poignante et plus sordide. Les deux tableaux qui datent de cette époque — les derniers qu’ait produits son pinceau, — ne purent l’arracher k cette affreuse situation. Le premier est un Christ en croix, très-inférieur aux moindres productions du même artiste ; le second, la Résurrection du Sauveur, est une ébauche inachevée, la mort ayant arrêté la main du peintre.

L’influence de Frans Floris sur l’art flamand fut immense et, à notre avis, très-rogrettable. Ses hardiesses séduisantes, mais toutes personnelles, entraînèrent les peintres de son temps vers le style italien, si |ieu compatible avec les instincts nationaux. Frans avait eu le rare bonheur de prouver des qualités réelles dans ses imitations de Michel-Ange, dans ses réminiscences d’André del Sarto ; mais ses élèves, imitateurs impuissants, ne firent que corrompre le goût public. Il ne fallut rien moins que l’apparition du grand Rubens pour remettre dans sa voie cette école égarée, pour la rendre k son . originalité native. Il est k regretter quejfrans Floris ait apparu dans l’école flamande k une époque où Jean de Bruges et Quintin Metzis eu étaient les meilleurs peintres ; ce n’est que par comparaison avec ces artistes médiocres qu’il put être surnommé l’Incoynparable ot entraîner tous les pinceaux flamands dans une dépendance serviîe de ses principes. A toute autre époque, on eût adopté sa grande manière pour la correction du dessin, la supériorité du style, le choix des formes ; mais on se fût donné de garde d’arrêter sèchement, comme lui, les contours des figures, d’imiter lo coloris atono de ses carnations, et, au lieu d’enrichir l’originalité flamande par une sérieuse étude de l’antique, d’abdiquer cette originalité pour lui substituer lo clinquant de l’école italienne.

Le musée de Bruxelles possède le Jugement dernier de Frans Floris ; mais queqlues morceaux en ont été repeints par des mains étrangères. Les têtes, grandes comme nature, qu’on voit au bas de Ta composition, ont été retouchées, sinon ajoutées par un autre pinceau, peut-être par un pinceau moderne. On


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