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Grand dictionnaire universel du XIXe siècle/Renier (charles-alphonse-léon)

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Administration du grand dictionnaire universel (13, part. 3p. 959).

RENIER (Charles-Alphonse-Léon), épigraphiste français, membre de l’Institut, né à Charleville (Ardennes) le 2 mai 1809. Il débuta dans la carrière de l’enseignement et, a l’âge de vingt-trois ans, il était principal du collège de Nesle (Somme). Il eut un moment l’intention d’acquérir une imprimerie, mais abandonna bientôt cette idée pour se vouer aux sciences d’érudition et spécialement à l’archéologie classique. A partir de 1839, il devint le collaborateur le plus assidu de Philippe Lebas au Dictionnaire encyclopédique de la France (1839-1845, 14 vol. in-8°). M. Léon Renier fut même le directeur de fait de cette publication importante durant la mission scientifique de Philippe Lebas en Asie Mineure (1843-1845). Quand l’ouvrage fut achevé, la maison Didot lui confia une entreprise beaucoup plus considérable. Il s’agissait de refondre en entier, sous le nom Encyclopédie moderne (1845-1851, 30 vol. in-8° l’ancienne encyclopédie Courtin, dépassée depuis longtemps par le progrès des sciences naturelles et historiques. M. Léon Renier s’acquitta de cette tâche immense avec honneur, et ses nombreux articles d’archéologie publiés dans ce recueil commencèrent sa réputation de savant. Les travaux de Philippe Lebas, auxquels il s’était associé pour une part importante, lui avaient dès lors rendu l’antiquité familière. Il devait être, avec Mommsen et quelques autres savants du premier ordre, tels que Borghesi et Heuzen, un des initiateurs de cette nouvelle école historique suivant laquelle le monde grec et romain s’est à peine révété à nos yeux, parce qu’on ne l’a étudié jusqu’ici que dans les restes de sa littérature, tandis que ses monumentspourraient fournir des moyens d’information inattendus. Les recherches mises au jour par l’école dont nous parlons, entre autres particularités remarquables, ont mis le XIXe siècle en possession clé tout ce qu’il fallait pour se rendre un compte exact et détaillé, de l’administration romaine.

M. Léon Renier se fit admettre, en 1845, dans la Société des antiquaires de France. En 1847, il fonda une revue spéciale (Revue de philologie, de littérature et d’histoire ancienne) dans l’intérêt de ses études personnelles, car les recueils de ce genre ne peuvent s’attendre qu’à un succès limité. Les événements de 1848 firent disparaître la Revue de philologie, qui, néanmoins, n’avait pas été tout à fait inutile à son fondateur. Deux missions en Algérie (1851 et 1854), dont l’une dura dix-huit mois, lui furent confièes par le gouvernement. Les Romains ont laissé dans le nord de l’Afrique des traces sans nombre


de leur domination. M. Léon Renier se rendit en Algérie en vue de recueillir ces vestiges de la civilisation romaine, qui existent là en meilleur état qu’en Europe, car les pays civilisés effacent plus vite l’empreinte des siècles sur leur territoire que les pays dont l’état sauvage a repris possession, et la civilisation arabe peut, à beaucoup d’égards, être assimilée à l’état sauvage. Le savant français recueillit en Algérie une grande quantité d’inscriptions latines inédites. Le recueil entier de ces inscriptions doit former deux volumes grand in-4°, dont le premier, intitulé Inscriptions romaines de l’Algérie, a paru en et contient le texte de 4,417 inscriptions, la plupart non encore publiées. L’ouvrage valut tout de suite à M. Léon Renier une réputation européenne. Déjà, en 1854, il avait été choisi par le comité des travaux historiques pour réunir les éléments d’un Corpus des inscriptions latines de la Gaule. Le succès de ses inscriptions romaines de l’Algérie lui ouvrit, en 1856, les portes de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, où il remplaça M. H. Fortoul. Il était, depuis de longues années, bibliothécaire à la Sorbonne et il succéda, en 1860, à Philippe Lebas comme administrateur de la bibliothèque de l’Université. L’année suivante, la chaire d’épigraphie latine fut fondée en sa faveur au Collège de France. La même année, il fut, en même temps que M. Sébastien Cornu, désigné pour aller à Rome négocier, au nom du gouvernement français, l’acquisition du fameux musée Campana. La négociation eut le succès qu’on en attendait, et, de retour à Paris, M. Léon Renier, de concert avec M. Cornu, procéda au classement des objets d’art, qui furent d’abord exposés au Palais de l’industrie, puis envoyés au Louvre. Durant son voyage à Rome, M. Léon Renier avait aussi acheté, pour le compte personnel de Napoléon III, les jardins Farnèse, qui appartenaient à l’ex-roi de Naples, François II. Ces jardins occupent, dans l’enceinte de l’ancienne Roma quadrata de Romulus, une partie de l’emplacement du palais des césars. Les fouilles exécutées dans les jardins Farnèse par M. Pietro Rosa et d’après les indications de M. Léon Renier, qui les dirigeait de loin, amenèrent des découvertes importantes. En dehors de ses ouvrages de longue haleine, M. Léon Renier a publié plusieurs mémoires dans le recueil de la Société des antiquaires de France, dont il a été nommé président ; dans la Revue archéologique, qui le compte parmi ses fondateurs ; dans le Bulletin de l’Institut archéologique de Rome. En 1848, il a publié, dans l’Annuaire de la Société des antiquaires de France, la partie de la Géographie de Ptolémée qui concerne la Gaule, accompagnée d’une traduction française ; puis, en 1850, une édition des Itinéraires romains, dont il existe un tirage à part ; enfin, en 1854, des Mélanges d’épigraphie (1 vol. in-8°). On doit encore à M. Léon Renier une traduction française de Théocrite ainsi que plusieurs éditions d’ouvrages classiques. Parmi les mémoires présentés par lui à l’Académie des inscriptions et insérés dans les mémoires de l’Académie, nous en signalerons deux : Sur une inscription trouvée à Orléans ; Sur les officiers qui ont assisté à un conseil de guerre tenu par Titus avant la prise de Jérusalem. M. Léon Renier s’est associé à deux entreprises qui feront époque dans l’histoire de l’érudition. La première concerne l’édition d’un recueil complet de toutes les inscriptions latines connues : Corpus inscriptionum lalinarum absolutissimum. L’idée vient de l’Académie de Berlin, qui a chargé le savant Ritchl de publier le premier volume Berlin, 1862, gr. in-fol.). Les principaux membres de la commission créée à Berlin sont MM. Heuzen et Mommsen, outre M. Renier, auquel sont confiés le second volume (Inscriptions d’Afrique) et le troisième (Inscriptions de la Gaule). L’épigraphiste français a été aussi nommé président d’une commission créée en France en vue d’éditer les œuvres du célèbre archéologue italien, comte Borghesi, destinées à opérer une révolution profonde dans l’érudition moderne. Borghesi est sans contredit l’homme qui, depuis la Renaissance, a le mieux connu l’antiquité romaine. Ses opuscules, ses lettres, ses mémoires, dispersés depuis soixante ans à tous les vents du ciel, étaient aux trois quarts perdus pour la science. La tâche de les réunir, d’en donner un texte exact, de les commenter, de les mettre en ordre pourrait suffire à la vie d’un homme. M. Léon Renier s’en est chargé à peu près seul, et la rapidité avec laquelle il la mene est un sûr garant qu’il saura l’accomplir en entier. M. Léon Renier est officier de la Légion d’honneur depuis 1862 et directeur de l’Ecole pratique des hautes études.