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Grand dictionnaire universel du XIXe siècle/Ricasoli (le baron bettino)

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Administration du grand dictionnaire universel (13, part. 4p. 1175).

RICASOLI (le baron Bettino), homme d’Etat italien, né le 9 mars 1809.11 descend d’une ancienne famille toscane, originaire de la Lombardie. L’un des membres de cette famille, un évêque, qui a joué un rôle important dans l’histoire de Florence, fut envoyé à Paris par la seigneurie pour demander l’extradition de Strozzi, et il emporta, en cas de besoin, du poison pour s’en débarrasser. Un autre Ricasoli, Bettino Ricasoli, qui, vers le milieu du xive siècle, termina victorieusement une guerre dans la Romagne, était chef du parti guelfe et s’efforça d’éloigner les gibelins du gouvernement. Pour obtenir l’exclusion de deux membres de ce parti, il avait plusieurs fois, mais inutilement, remanié le conseil des Vingt-Quatre, qui devait approuver ce décret. A bout de patience, Bettino le convoque un jour dans son palais ; là, il fait fermer les portes et s’en fait apporter les clefs ; puis il jure que personne ne sortira que le décret ne soit signé. Le conseil résiste. Bettino présente vingt-deux fois le décret. Enfin, pendant la nuit, de guerre lasse, les "Vingt-Quatre cèdent et approuvent l’exclusion. Le baron Bettino Ricasoli qui vit aujourd’hui, tout en étant incapable de la moindre violence, a cependant quelque chose de l’énergique audace du premier Bettino.

Élevé à Pise et à Florence, il y connut Tito Manzi, ancien ministre de la police du royaume d’Etrurie, les exilés Poerio, Colletta, Pepe et d’autres partisans de l’indépendance et de l’unité de l’Italie, les réformateurs Niccolius Salvagnoli, de Potter, et épousa, fort jeune encore, une fille de l’illustre maison des Bonaccorsi. Jusqu’à, l’époque du réveil de l’Italie en 1847, il passa sa vie en voyages ou dans son château féodal de Brolio, étudiant l’agriculture, qu’il améliora beaucoup en Toscane et sur laquelle il écrivit des mémoires spéciaux. Il se fit donc agronome, dans un but de progrès, de science et d’humanité, pour améliorer le sort de ses fermiers. Il obtint, pour ses excellents vins de Chianti, une médaille a l’Exposition de Paris et la croix de la Légion d’honneur. Il eut le mérite de prouver, par son exemple, que les maremmes toscanes pouvaient Être assainies. En 1S47, il envoya au grand-duc une sorte de mémoire dans lequel il exposait la situation difticjle de la Toscane et demandait des institutions monarchiques selon l’esprit des temps. Quelque temps après, des difficultés s’étant élevées entre le duc de Modène, l’Autriche et la Toscane, au sujet du duché de Lucques, Léopold II, ayant choisi Charles-Albert pour arbitre, lui envoya le baron Ricasoli, qui remplit sa mission avec succès. Sur ces entrefaites, la Révolution éclata, Ricasoli fonda alors, de concert avec Salvagnoli et Lambruschini, un journal intitulé la Palria, dans lequel fut adopté le programme fuori à Barbari. Ricasoli développa son programme unitaire d’une monarchie nationale et de l’Italie délivrée du pape et de l’a domination autrichienne. Néanmoins, il refusa de s’unir avec Montanelli et Guerrazzi. Nommé gonfalonier (maire) de Florence, il résigna cette charge lorsqu’il vit le grand-duc prendre des ministres dont la politique était contraire à la sienne. Il se tint à l’écart du mouvement républicain et, lorsque Montanelli et Guerrazzi ne furent plus au pouvoir, il devint membre de la commission exécutive. Il eut la faiblesse de croire aux promesses du grand-duc et fit partie de la commission de gouvernement qui se forma bientôt après pour le rappeler. Lorsque le prince, manquant k sa parole, revint avec les Autrichiens, le fier baron renvoya au grand-duc ses décorations et alla se renfermer dans son château de Brolio. Puis, comme Léopold II, sous le prétexte de dessécher les maremmes, se contentait de dessécher, selon le mot de Giusti, les poches de ses sujets, le seigneur de Brolio, voulant lui donner une leçon, acheta une partie de ces marais, se rendit en Angleterre où il se procura des machines et des instruments perfectionnés, revint en Italie, se rendit sur les lieux avec ses paysans et, bravant les dépenses et les fièvres, vint à bout de fertiliser ces terrains pestilentiels. Au printemps de 1859, les libéraux modérés avaient rédigé une brochure, L'Autriche et la Toscane, qui était une déclaration de guerre à la maison de Lorraine. Mais on n’osait pas la publier ; on proposait, au lieu de cette brochure, une adresse au prince, pour lui demander des réformes. Ricasoli repoussa ce mezzo termine. 11 ajouta son nom à celui des rédacteurs et le manifeste parut. Le grand-duc, mis au défi, lit appel a l’armée ; mais l’armée se mit du côté du peuple et Léopold partit pour l’Autriche. Le baron Bettino fut, après ce départ, ministre de l’intérieur dans le gouvernement constitué par le commissaire du roi Victor-Emmanuel, M. Boncompagni. Après le départ de celui-ci, il resta gouverneur général de la Toscane. Se roidissant contre les stipulations de Villafranca, il ne prit le pouvoir qu’avec la résolution immuable de tout sacrilier à la grandeur et à l’indépendance de sa patrie. Il éconduisit tous les diplomates officiels ou officieux qui avaient pour mission de sauvegarder l’autonomie de la Toscane: MM. de La Perrière, de Reiset, Pietri, Poniatowski. Au moment où la Fiance parais-


sait s’opposer le plus vivement à ses projets, il dit, une nuit, k M. Dali’Ongaro.qui prenait congé de lui en partant pour Paris ; « Dites k ces messieurs que j’ai dix siècles d’existence, que je suis le dernier de ma race, et que je donnerai jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour maintenir l’intégrité de mon programme politique. » Sur ces entrefaites M. de Cavour fit accepter son programme à Paris et aplanit ainsi les plus grandes difficultés extérieures. Le comte Walewski dut se retirer et Ricasoli eut la victoire. En même temps, il prit des mesures pour empêcher tout trouble intérieur, toute agitation du parti avancé, et sa conduite, a cette occasion, donna lieu à quelques accusations de despotisme ; toutefois, ses ennemis eux-mêmes ne purent s’empêcher de lui rendre justice et de reconnaître qu’il n’eut qu’un but, le triomphe de l’unité italienne.

Lorsque la réunion de la Toscane au Piémont fut accomplie (mars 1860), le baron Ricasoli voulait se retirer; mais, cédant aux instances du gouvernement, il resta quelque temps encore aux affaires et empêcha l’expédition projetée sur Rome par un lieutenant de Garibaldi, Nicotera. Quand il se retira du pouvoir, le baron Ricasoli, élu député dans trois collèges électoraux, alla représenter Florence au parlement italien. Il y lut incontestablement l’homme le plus considérable de la droite jusqu’au moment où la mort de M. de Cavour l’appela k la présidence du conseil des ministres (juin 1861). Je continuerai, dit-il dans son programme officiel, la politique du comte de Cavour. » Tel fut, en effet, le but qu’il se proposa pendant les huit mois qu’il fut au pouvoir:aller à Rome et à Venise, sans trop compter sur une alliance étrangère et en s’appuyant sur les forces vives de l’Italie et sur le parti d’action. Ce fut cette dernière partie de son programme qui, en lui donnant à gauche les voix qu’il perdit à droite, déplaça la majorité parlementaire, ce qui amena sa démission (1er mars 1862).

En quittant la direction des affaires, dans laquelle il eut pour successeur M. Ratlazzi, le baron Ricasoli fut élu président de la Chambre; mais il refusa de remplir ces fonctions, auxquelles son manque de souplesse le rendait peu propre, et il continua à. siéger, comme simple député, jusqu’au 20 juin 1866. À cette époque, le gouvernement italien, marchant d’accord avec la Prusse, déclarait la guerre à l’Autriche. Appelé k succéder au général Lamarmora comme président du conseil, M. Ricasoli constitua un nouveau cabinet et prit le portefeuille de l’intérieur. Après cette courte guerre, qui valut à l’Italie, malgré ses échecs, de rentrer en possession de la Vénétie, le ministre essaya, mais inutilement, d’obtenir la cession du Trentin, s’attacha à calmer l’agitation qui régnait dans le •pays et chargea le général Cadova de mettre fin. aux troubles qui venaient d’éclater en Sicile. Ce fut également dans un but d’apaisement, en un moment où les esprits étaient vivement surexcités par la question de Rome capitale, qu’il rappela dans leurs diocèses les évêques qu’on avait dû éloigner, écrivit des circulaires pour recommander la modération et déclara que le gouvernement’s’efforcerait de mettre en pratique la formule chère k Cavour: « L’Église libre dans l’État libre. » En outre, il régla la question relative k la dette pontificale, qui fut prise à la charge du royaume d’Italie, en proportion des territoires annexés.

Le 11 février 1867, la Chambre des députés ayant repoussé le projet de loi Langrand-Dumonceau relativement aux biens ecclésiastiques, le baron Ricasoli donna sa démission; mais Victor-Emmanuel ne voulut pas l’accepter, et le gouvernement fit appel au pays en décrétant la dissolution de la Chambre et de nouvelles élections. Bien que, dans la Chambre nouvelle, le cabinet eût la majorité, M. Ricasoli pensa qu’il lui serait fort difficile de faire passer le projet de loi Lun grand et, au mois d’avril, il se démit irrévocablement de ses fonctions ministérielles, laissant encore une fois à M. Rattazzi la direction des affaires. Depuis cette époque, il a continué de siéger k la Chambre et de donner sou appui à lu politique gouvernementale sous les ministères Menabrea, Lanza-Sella et Minghetti. Lors de la discussion sur le projet de loi des corporations religieuses, en mai 18.73, il proposa, relativement aux maisons génêralices, un amendement qui fut voté par la Chambre et qui est ainsi conçu : ■ Sur le reste des biens ecclésiastiques, déduction faite du capital des pensions, en raison de seize fois leur montant, il sera alloué au saint-siége une rente jusqu’à concurrence de 400, 000 fr. pour pourvoir k l’entretien des représentants des ordres religieux existant à l’étranger. Jusqu’à ce que le saint-siégô dispose de ladite somme, le gouvernement pourra en confier temporairement l’administration à des corps ecclésiastiques juridiquement existants à Rome. »