Guerre et Paix (trad. Bienstock)/II/04

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Traduction par J.-Wladimir Bienstock.
Stock (Œuvres complètes, volume 7p. 272-286).


IV

Le régiment des hussards de Pavlograd était disposé à deux milles de Braunau. L’escadron dans lequel servait comme junker Nicolas Rostov, occupait le village allemand de Saltzeneck. Au chef d’escadron, le capitaine Denissov, connu dans toute la division de cavalerie sous le nom de Vaska Denissov, était réservé le meilleur logement du village. Depuis que le junker Rostov avait rejoint le régiment, en Pologne, il logeait avec le chef d’escadron.

Le 8 octobre, alors que le quartier général était mis sur pied par la nouvelle de la défaite de Mack, dans l’escadron, la vie de campagne s’écoulait tranquille comme auparavant. Denissov, qui avait passé toute la nuit à jouer aux cartes, n’était pas encore rentré quand Rostov, de bonne heure le matin, revenait, à cheval, de la distribution du fourrage. Rostov, en uniforme de junker, s’approcha du perron, poussa le cheval, d’un geste élégant, jeune, souleva une de ses jambes et resta un moment sur l’étrier comme s’il ne voulait pas se séparer de son cheval. Enfin il sauta à terre, et appela le planton.

— Eh ! Bondarenko, mon ami ! — dit-il à un hussard qui se précipitait vers son cheval. — Promène-le, — prononça-t-il avec cette douceur fraternelle, joyeuse, que les jeunes gens emploient avec tous quand ils sont heureux.

— J’obéis, Votre Excellence, — répondit le Petit-Russien en secouant gaîment la tête.

— Fais attention, promène-le bien !

Un autre hussard s’empressait aussi près du cheval, mais Bondarenko avait déjà saisi la bride. Il était évident que le junker donnait de bons pourboires et que son service rapportait. Rostov caressa la crinière de son cheval, puis la croupe et s’arrêta sur le perron. « Mais ! ce sera un bon cheval, » — se dit-il ; et en souriant, il arrangea son sabre et gravit les marches en faisant sonner ses éperons. Le propriétaire allemand, en gilet de flanelle et coiffé d’un bonnet, tenant la fourche avec laquelle il chargeait le fumier, regardait de l’étable. Le visage de l’Allemand s’éclaira tout à coup en voyant Rostov. Il eut un sourire jovial et lui cligna des yeux : « Schön, gut Morgen ! Schön, gut Morgen ! [1] » répéta-t-il visiblement heureux de la présence du jeune homme.

Schon fleissig ! [2] — répondit Rostov avec le même sourire cordial qui ne quittait pas son visage animé. — Hoch Œstreicher ! Hoch Russen ! Kaiser Alexander hoch ! [3] — dit-il à l’Allemand, répétant les paroles que le propriétaire prononçait souvent.

L’Allemand se mit à rire, sortit tout-à-fait de l’étable, ôta son bonnet et l’agita en criant :

Und die ganze Welt hoch ! [4]

Rostov agita son képi comme l’Allemand et en riant cria :

« Und vivat die ganze Welt. » Bien qu’il n’y eût aucun motif particulier de joie ni pour l’Allemand qui nettoyait son étable, ni pour Rostov qui était allé chercher du fourrage avec la compagnie, ces deux hommes, avec un enthousiasme heureux, un amour fraternel, se regardaient l’un l’autre, agitaient la tête en signe d’affection réciproque, puis se séparèrent en souriant : l’Allemand retournant dans son étable et Rostov dans la chaumière qu'il habitait avec Denissov.

— Où est ton maître ? — demanda-t-il à Lavrouchka, le valet fripon de Denissov, connu de tout le régiment.

— Il n’est pas rentré, hier soir. Il a sans doute perdu, — répondit Lavrouchka. — Je sais : quand il gagne, il vient de bonne heure pour s’en vanter, et s’il ne vient pas jusqu’au matin, alors c’est qu’il a perdu et il arrive de mauvaise humeur. Vous prendrez du café ?

— Donne, donne.

Dix minutes après, Lavrouchka apportait le café.

— Il arrive ! — dit-il. — Ah ! c’est le malheur, !… Rostov regarda par la fenêtre et aperçut Denissov qui entrait à la maison. Denissov était petit, avec un visage rouge, des yeux noirs brillants, des moustaches noires hérissées et des cheveux noirs. Son veston était déboutonné, il avait des pantalons larges et flottants, et son shako de hussard, cabossé, était posé en arrière. La tête baissée, la mine sombre, il s’approchait du perron.

— Lavrouchka, — cria-t-il d’une voix forte et fraîche. — Eh bien ! ôte, idiot.

— Mais j’ôte sans cela, répondit Lavrouchka.

— Ah ! tu es déjà levé, — dit Denissov en entrant dans la chambre.

— Depuis longtemps, — répondit Rostov. — J’ai déjà été chercher le fourrage et j’ai vu mademoiselle Mathilde.

— Voilà, et moi mon che’ ! hier, j’ai pe’du comme un fils de chien, — cria Denissov qui ne prononçait pas la lettre r. — La guigne ! Quand tu es pa’ti, ça tou’nait. Eh ! du thé !

Denissov en grimaçant et en montrant ses dents courtes et fortes, des deux mains embroussaillait ses cheveux noirs, dressés comme une forêt.

— C’est le diable qui m’a ent’aîné chez ce Rat (sobriquet d’un officier), — dit-il en se frottant à deux mains le front et le visage. — Pense un peu, pas une seule ca’te, pas une seule, je ne t’ouvais pas. Denissov prit la pipe préparée qu’on lui tendit, la serra fortement, en laissa tomber le feu, la frappa sur le plancher et continua à crier :

— Simple donne, pa’ole bat, pa’ole bat.

Denissov laissa tomber le reste du feu, cassa la pipe et la jeta.

Il se tut et tout à coup, de ses yeux brillants, noirs, regarda gaîment Rostov.

— Si enco’e il y avait des femmes. Ici, sauf boi’e, il n’y a ’ien à fai’e. Qu’on se batte plus vite, au moins. Eh ! qui va là ? — cria-t-il en entendant des pas lourds qui s’arrêtaient avec un bruit d’éperons, et un toussotement respectueux.

— Le maréchal des logis ! annonça Lavrouchka. Denissov grimaça encore davantage.

— Ça va mal, — dit-il en jetant à Rostov sa bourse qui renfermait quelques pièces d’or. — Mon che’, compte ce qui ’este là-dedans, et cache la bou’se sous l’o’eiller. — Et il se rendit près du maréchal des logis. Rostov prit l’argent, et faisant une pile des pièces d’or neuves et une pile des anciennes, il se mit à les compter.

— Ah ! Telianine ! Bonjou’ ! On m’a bien a’angé hier, — disait Denissov dans l’autre chambre.

— Chez qui ? Chez Bikov, chez le Rat ?… Je le savais, — répondit une voix aiguë, et aussitôt dans la chambre où était Rostov entra le lieutenant Telianine, un officier de son escadron.

Rostov jeta la bourse sous l’oreiller et serra la petite main moite qu’on lui tendait. Telianine avant la campagne, pour une raison quelconque, avait été renvoyé de la garde. Au régiment sa tenue était correcte, mais on ne l’aimait pas, et surtout Rostov ne pouvait ni vaincre ni cacher le dégoût irraisonné qu’il ressentait pour cet officier.

— Eh bien, mon jeune cavalier, comment trouvez-vous mon Gratchik ? — demanda-t-il. (Gratchik c’était un cheval de selle vendu par Telianine à Rostov.) Le lieutenant ne regardait jamais en face son interlocuteur ; ses yeux erraient sans cesse d’un objet à l’autre. — Je vous ai vu passer aujourd’hui.

— Oui, c’est un bon cheval, — répondit Rostov, — bien que ce cheval qu’il avait payé sept cents roubles ne valût pas la moitié de cette somme. — Mais il commence à boiter un peu du pied gauche de devant, — ajouta-t-il.

— C’est le sabot qui s’est fendu, ce n’est rien, je vous montrerai quel rivet il faut y mettre.

— Oui, oui, vous me montrerez s’il vous plaît, — dit Rostov.

— Je vous montrerai, je vous montrerai, ce n’est pas un secret. Et pour ce cheval, vous me remercierez.

— Alors, je donne l’ordre d’amener le cheval, — dit Rostov pour se débarrasser de Telianine. Et il sortit pour donner cet ordre.

Dans le vestibule, Denissov, la pipe à la bouche, était assis sur le seuil, devant le maréchal des logis qui lui faisait un rapport. En apercevant Rostov, Denissov fronça les sourcils, et montrant la chambre où était resté Telianine, il fit une grimace et se secoua avec dégoût.

— Oh ! je ne suppo’te pas ce ga’çon-là, — dit-il sans être gêné par la présence du maréchal des logis.

Rostov haussa les épaules, et son geste semblait dire : — Moi non plus, mais que faire ! — Et ayant donné ses ordres, il retourna près de Telianine.

Celui-ci était toujours dans la pose nonchalante qu’il avait au moment où Rostov était sorti, et il frottait ses mains petites et blanches.

« Comme il y a des physionomies dégoûtantes, » pensa Rostov en entrant dans la chambre.

— Eh bien, vous avez donné l’ordre d’amener le cheval, — demanda Telianine en se levant et en regardant négligemment autour de lui.

— Oui, j’ai donné des ordres.

— Ah ! alors, allons voir. Je ne suis venu que pour demander à Denissov l’ordre d’hier. Vous l’avez reçu, Denissov ?

— Non, pas enco’e, où allez-vous ?

— Je vais apprendre au jeune homme comment il faut ferrer un cheval, — répondit Telianine.

Il sortit sur le perron, et, dans l’écurie, le lieutenant montra comment il fallait ferrer et partit chez lui.

Quand Rostov rentra, une bouteille d’eau-de-vie et un saucisson étaient déjà sur la table. Denissov était installé devant la table et écrivait. Il regarda Rostov d’un air grave.

— Je lui éc’is, à elle, — fit-il. Il s’accouda sur la table, la plume à la main, et, évidemment heureux de pouvoir raconter bien vite tout ce qu il voulait écrire, il détailla sa lettre à Rostov.

— Vois-tu, mon ami, — dit-il, — tant que nous n’aimons pas, nous do’mons, nous sommes des fils de la poussiè’e… Une fois que tu aimes, tu es Dieu, tu es pu’ comme au p’emier jour de la C’éation… Qu’y a-t-il enco’e ? Envoie-le au diable, — cria-t-il à Lavrouchka, qui, sans la moindre crainte, s’approchait de lui.

— Mais quoi donc, vous avez ordonné vous-même. C’est le maréchal des logis qui vient toucher de l’argent.

— « Mauvaise affaire ». — se dit-il. — Combien ’este-t-il d’a’gent dans la bou’se ? demanda-t-il à Rostov.

— Sept pièces neuves et trois vieilles.

— Ah ! comme c’est mal ! Eh bien, g’edin, pou’quoi ’estes-tu ici, envoie le ma’échal des logis, — cria Denissov à Lavrouchka.

— Je t’en prie, Denissov, prends de l’argent chez moi, j’en ai, fit Rostov en rougissant.

— Je n’aime pas à emp’unter à mes amis, je n’aime pas cela, dit Denissov.

— Si tu n’acceptes pas mon argent en vrai camarade, tu m’offenseras. J’en ai assez, je t’assure, — répéta Rostov.

— Mais non. — Et Denissov s’approcha du lit pour prendre la bourse sous l’oreiller.

— Où l’as-tu mise ? — demanda t-il à Rostov.

— Sous l’oreiller de dessous.

— Mais non.

Denissov jeta à terre les deux oreillers, la bourse n’y était pas.

— En voilà un mi’acle !

— Attends, tu l’as peut-être fait tomber ! — dit Rostov en prenant un à un les oreillers et les secouant. Il secoua aussi la couverture, mais pas de bourse.

— Ai-je donc oublié ? Non, je me suis même dit que tu la mettais sous ta tête comme un trésor, — dit Rostov. — Je l’ai mise ici. Où est-elle ? — demandait-il à Lavrouchka.

— Je ne suis pas entré. Elle doit être où vous l’avez mise.

— Mais non…

— Vous êtes toujours comme ça : vous jetez quelque part, et vous oubliez. Regardez dans vos poches.

— Non, si je n’avais pas pensé au trésor, mais je me rappelle très bien que je l’ai mise ici, — dit Rostov.

Lavrouchka défit tout le lit, regarda en dessous, fouilla toute la chambre et s’arrêta au milieu de la pièce. Denissov suivait en silence les mouvements de Lavrouchka, et quand celui-ci écarta les mains en disant que la bourse n’était nulle part, il regarda fixement Rostov.

— Rostov, tu ne plais…

Rostov sentant sur lui le regard de Denissov, leva les yeux mais aussitôt les baissa. Tout son sang, qui avait afflué à sa gorge, lui monta au visage, il ne pouvait plus respirer.

— Dans la chambre, personne n’est venu sauf vous-même et le lieutenant, elle doit donc être ici quelque part, — dit Lavrouchka.

— Eh toi, poupée du diable ! ’emue-toi plus vite et che’che, — cria tout à coup Denissov, qui s’empourprant, se jeta avec un geste menaçant sur le valet. — Que la bou’se se t’ouve, aut’ement je fouette’ai à mo’t ! Je vous fouette’ai tous…

Rostov, regardant de haut en bas Denissov, boutonna son dolman, prit son sabre et son képi.

— Je te dis que la bou’se doit se ’et’ouver, — criait Denissov en secouant par les épaules son brosseur et l’acculant au mur.

— Denissov, laisse-le, je sais qui l’a prise, — prononça Rostov en s’approchant de la porte et sans lever les yeux.

Denissov s’arrêta, réfléchit et comprenant à qui Rostov faisait allusion, il lui prit la main. — C’est fou ! — cria-t-il ; et les veines de son cou et de son front se tendaient comme des cordes. — Je te dis que tu es devenu fou, je ne pe’mett’ai pas cela. La bou’se est ici, je fouette’ai cette canaille et il la t’ouve’a.

— Je sais qui l’a prise, — répéta Rostov d’une voix tremblante en s’approchant de la porte.

— Et moi je te dis de ne pas fai’e cela, — cria Denissov en se jetant vers le junker pour le retenir.

Mais Rostov s’arracha de ses mains avec autant de fureur que si Denissov eût été son pire ennemi, et fixement il le regarda.

— Comprends-tu ce que tu dis ? — prononça-t-il d’une voix tremblante. — Sauf moi, personne n’était dans la chambre. Alors si non…

Il ne put achever et sortit.

— Ah que le diable t’empo’te toi et tout le monde ! — furent les derniers mots qu’entendit Rostov.

Rostov se rendit au logement de Telianine.

— Monsieur n’est pas à la maison, il est parti à l’État-Major, lui dit le brosseur de Telianine. Est-il arrivé quelque chose ? — ajouta-t-il en regardant avec étonnement le visage troublé du jeune officier.

— Non, rien.

— Il s’en faut de peu que vous ne l’ayez trouvé — dit le brosseur.

L’état-major était à trois verstes de Saltzeneck.

Rostov, sans revenir chez lui, prit un cheval et partit à l’état-major. Dans le village qu’il occupait, il y avait un cabaret fréquenté par les officiers. Rostov se rendit au cabaret. Près du perron, il remarqua le cheval de Telianine. Dans la deuxième salle du cabaret, l’officier était attablé devant un plat de saucisson et une bouteille de vin.

— Ah ! vous êtes venu aussi, jeune homme — dit-il en souriant et en remontant ses sourcils.

— Oui, fit Rostov, comme si cette parole lui coûtait un grand effort à prononcer, et il s’assit à la table voisine. Tous deux se turent. Dans la salle il y avait deux Allemands et un officier russe. Tous se taisaient et l’on n’entendait que le bruit des fourchettes sur les assiettes et celui des mâchoires. Quand Telianine eut achevé son déjeuner, il tira de sa poche une bourse double, de ses doigts blancs, il en ouvrit le fermoir, tira une pièce d’or, souleva ses sourcils, et tendit la pièce au garçon.

— Plus vite, s’il vous plaît — fit-il.

La pièce d’or était neuve ; Rostov se leva et s’approcha de Telianine.

— Permettez-moi de regarder cette bourse, prononça-t-il à voix basse, presque indistincte.

Avec des regards fuyants, mais les sourcils toujours levés, Telianine tendit la bourse.

— Oui une très jolie bourse… Oui, oui — dit-il tout à coup en pâlissant. — Regardez-la, jeune homme.

Rostov prit la bourse, la regarda, regarda l’argent qui s’y trouvait, puis Telianine. Le lieutenant, comme à l’habitude, promenait ses regards autour de lui, et tout à coup, il parut très gai.

— Quand nous serons à Vienne je laisserai tout là-bas ; mais pour le moment, ici, dans cet affreux village, il n’y a même pas où dépenser. Eh bien, rendez-la moi. Jeune homme, je m’en irai.

Rostov se tut.

— Et vous aussi, pour déjeuner ? On ne mange pas mal, — continua Telianine — mais donnez donc.

Il tendit la main et prit la bourse.

Rostov la laissa. Telianine la mit dans la poche de son pantalon, ses sourcils se soulevèrent et sa bouche s’ouvrit comme pour dire « Oui, je mets ma bourse dans ma poche, c’est bien simple, et personne n’a rien à y voir. »

— Eh bien, jeune homme, dit-il en soupirant et en fixant les yeux de Rostov, en dessous des sourcils soulevés. Une lueur rapide comme l’étincelle électrique courut des yeux de Telianine à ceux de Rostov et inversement.

— Venez ici, — dit Rostov en prenant Telianine par le bras. Il l’entraîna vers la fenêtre. — C’est l’argent de Denissov, vous l’avez pris, — lui chuchota-t-il à l’oreille.

— Quoi, quoi ! Comment osez-vous ! — prononça Telianine.

Mais ces paroles résonnèrent comme un cri de prière désespérée demandant grâce. Aussitôt que Rostov entendit les sons de cette voix, l’énorme pierre du doute tomba de son âme. Il éprouvait de la joie et en même temps il plaignait le malheureux qui était devant lui ; mais il fallait aller jusqu’au bout.

— Les gens vont penser Dieu sait quoi, — balbutiait Telianine en prenant son chapeau et se dirigeant vers la petite salle vide… Il faut s’expliquer…

— Je sais ce que je dis et je le prouverai — prononça Rostov.

— Moi…

Le visage effrayé, pâle de Telianine, était tout tremblant ; les yeux erraient toujours, sans s’arrêter sur le visage de Rostov ; tout à coup, il entendit un gémissement :

— Comte ! ne perdez pas un jeune homme,… Voici ce maudit argent… prenez-le… — Il le jeta sur la table — J’ai un vieux père… une mère…

Rostov prit l’argent en évitant le regard de Telianine, et, sans prononcer un mot, il sortit de la salle. Mais sur le seuil il s’arrêta et se retourna :

— Mon Dieu — prononça-t-il, les yeux pleins de larmes — comment avez-vous pu faire cela ?

— Comte, — dit Telianine en s’approchant du jeune homme.

— Ne me touchez pas ! — exclama Rostov en se reculant. — Si vous avez besoin de cet argent prenez-le. — Et lui jetant la bourse, il s’enfuit du cabaret.

  1. Bonjour, bonjour !
  2. Déjà au travail !
  3. Vive l’Autriche ! Vive la Russie ! Vive l’empereur Alexandre !
  4. Et vive tout l’Univers !