Haine du pauvre

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Œuvres complètesGallimard (p. 1456-1457).

HAINE DU PAUVRE


Ta guenille nocturne étalant par ses trous
Des rousseurs de ses poils et de ta peau, je l'aime,
Vieux spectre, et c'est pourquoi je te jette vingt sous.

Ton front servile et bas n'a pas la fierté blême :
Tu comprends que le pauvre est le frère du chien
Et ne vas pas drapant ta lésine en poëme.

Comme un chacal sortant de sa pierre, ô chrétien,
Tu rampes à plat ventre après qui te bafoue.
Vieux, combien par grimace ? et par larme, combien ?

Mets à nu ta vieillesse et que ta gueuse joue,
Dèche, et de mes vingt sous chatouille la vertu,
A bas !... — les deux genoux !... — la barbe dans la boue !


Que veut cette médaille idiote, ris-tu ?
L’argent brilla, le cuivre un jour se vert-de-grise,
Et je suis peu dévot et je suis fort têtu,

Choisis. — jetée ? alors, voici ma pièce prise.
Serre-la dans tes doigts et pense que tu l’as
Parce que j'en tiens trop, ou par simple méprise.

C'est le prix, si tu n'as pas peur, d'un coutelas.

Une autre version, datant de 186^, fut citée au cours du meme article, et empruntée à un petit carnet de cuir.