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Hector Servadac/II/17

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Hetzel (p. 246-260).
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CHAPITRE XVI


QUI TRAITE DE LA GRANDE QUESTION DU RETOUR À LA TERRE ET DE LA PROPOSITION HARDIE QUI FUT FAITE PAR LE LIEUTENANT PROCOPE.


À son retour, Hector Servadac fit connaître au comte Timascheff le résultat de sa visite aux Anglais. Il ne lui cacha pas que Ceuta avait été vendu par les Espagnols, qui, d’ailleurs, n’avaient aucun droit de le vendre, et il ne tut que ses projets personnels.

Il fut donc convenu que, puisque les Anglais ne voulaient pas venir à la Terre-Chaude, on se passerait de leur concours. Ils étaient prévenus. À eux de s’en tirer comme ils l’entendraient.

Restait donc à traiter cette grave question de la nouvelle rencontre qui devait se produire entre la comète et le sphéroïde terrestre.

En principe, il fallait regarder comme un véritable miracle que, lors du premier choc, le capitaine Servadac, ses compagnons, les animaux, en un mot tous les êtres enlevés à la terre, eussent survécu. Cela tenait sans doute à ce que le mouvement s’était lentement modifié par suite de circonstances inconnues. Si la terre comptait quelques victimes déjà, on le saurait plus tard. En tout cas, un fait certain, c’est que nul de ceux qui avaient été emportés, aussi bien à l’île Gourbi qu’à Gibraltar, à Ceuta, à Madalena et à Formentera, n’avait personnellement souffert de la collision.

En serait-il de même au retour ? Il n’y fallait pas compter, très-probablement.

Ce fut dans la journée du 10 novembre que se traita cette importante question. Le comte Timascheff, le capitaine Servadac et le lieutenant Procope se réunirent dans cette excavation qui leur servait de salle commune. Ben-Zouf fut naturellement admis à la séance. Quant à Palmyrin Rosette, régulièrement convoqué, il avait refusé de venir, cette question ne l’intéressant en aucune manière. Depuis la disparition de sa chère Nérina, il ne pouvait se consoler. Menacé de perdre sa comète, comme il avait perdu son satellite, il désirait qu’on le laissât tranquille. Ce qu’on fit.

Le capitaine Servadac et le comte Timascheff, de plus en plus froids l’un pour l’autre, ne laissèrent rien paraître de leurs secrètes pensées et discutèrent la question dans l’intérêt de tous.

Le capitaine Servadac prit d’abord la parole en ces termes :

« Messieurs, dit-il, nous voici au 10 novembre. Si les calculs de mon ex-professeur sont justes, — et ils doivent l’être, — c’est donc exactement dans cinquante et un jours qu’une nouvelle rencontre s’opérera entre la comète et la terre. En prévision de cette éventualité, avons-nous quelque précaution à prendre ?

— Évidemment, capitaine, répondit le comte Timascheff ; mais est-il en notre pouvoir d’en prendre, et ne sommes-nous pas absolument à la merci de la Providence ?

— Elle ne défend pas de s’aider, monsieur le comte, reprit le capitaine Servadac. Au contraire.

— Avez-vous quelque idée de ce que l’on peut faire, capitaine Servadac ?

— Aucune, en vérité.

— Comment, messieurs, dit alors Ben-Zouf, des savants comme vous sauf le respect que je vous dois, ne sont pas capables de diriger cette satanée comète où ils voudront et comme ils le voudront ?

— D’abord, nous ne sommes pas des savants, Ben-Zouf, répondit le capitaine Servadac, et, le fussions-nous, nous n’y pourrions rien. Vois si Palmyrin Rosette, qui, lui, est un savant…

— Mal embouché, dit Ben-Zouf.

— Soit, mais savant, peut empêcher sa Gallia de retourner à la terre !

— Mais à quoi sert la science alors ?

— À savoir, la plupart du temps, qu’on ne sait pas encore tout ! répondit le comte Timascheff.

— Messieurs, dit le lieutenant Procope, il est certain que, dans ce nouveau choc, divers dangers nous menacent. Si vous le voulez bien, je vais les énumérer, et nous verrons s’il est possible de les combattre, ou, tout au moins, d’en atténuer les effets.

— Parle, Procope, » répondit le comte Timascheff.

Tous causaient si tranquillement de ces choses, qu’on eût dit vraiment qu’elles ne les regardaient pas.

« Messieurs, reprit le lieutenant Procope, il faut d’abord se demander de quelle façon pourra se produire cette nouvelle rencontre entre la comète et le globe terrestre. Nous verrons ensuite ce qu’il y a à craindre ou à espérer dans chacun des cas possibles.

— Rien de plus logique, répondit le capitaine Servadac ; mais n’oublions pas que les deux astres se dirigent l’un vers l’autre, et que leur vitesse, au moment du choc, sera de quatre vingt-dix mille lieues à l’heure !

— Deux jolis trains ! se permit d’ajouter Ben-Zouf.

— Voyons donc comment s’effectuera le choc, reprit le lieutenant Procope. Les deux astres se rencontreront ou obliquement ou normalement. Dans le premier cas, il peut arriver que Gallia ne fasse qu’effleurer la terre, comme la première fois, après en avoir arraché encore quelques morceaux, et qu’elle retourne graviter dans l’espace. Mais son orbite serait sans doute dérangée, et nous aurons peu de chances, si nous avions survécu, de jamais revoir nos semblables.

— Ce qui ferait l’affaire de monsieur Palmyrin Rosette, mais non la nôtre, fit observer le judicieux Ben-Zouf.

— Laissons donc de côté cette hypothèse, répondit le comte Timascheff. Nous en connaissons suffisamment les avantages et les désavantages. Arrivons au choc direct, c’est-à-dire au cas où, après avoir heurté la terre, Gallia y resterait attachée.

— Comme une verrue sur une figure, dit Ben-Zouf.

— Silence, Ben-Zouf, répondit Hector Servadac.

— Oui, mon capitaine.

— Voyons donc, reprit le lieutenant Procope, quelles sont les hypothèses que présente un choc direct. Avant tout, il faut admettre que la masse de la terre étant de beaucoup supérieure à celle de Gallia, sa vitesse ne sera pas retardée dans cette rencontre et qu’elle emportera la comète avec elle.

— Cela est admis, répondit le capitaine Servadac.

— Eh bien, messieurs, dans l’hypothèse d’un choc direct, ou Gallia accostera la terre par la partie de sa surface que nous occupons à l’équateur, ou par la partie située à nos antipodes, ou, enfin, par l’un ou l’autre de ses pôles. Or, dans ces divers cas, les chances sont pour que pas un des êtres vivants qu’elle porte n’y puisse survivre.

— Expliquez-vous, lieutenant, dit le capitaine Servadac.

— Si nous sommes, au moment de la rencontre, à la partie heurtante de l’équateur, nous serons écrasés.

— Cela va de soi, répondit Ben-Zouf.

— Si nous sommes aux antipodes de cette partie, outre la certitude d’être écrasés encore, puisque la vitesse qui nous animera sera subitement anéantie, — ce qui équivaudra à un choc, — nous avons encore la certitude d’être asphyxiés. En effet, l’atmosphère gallienne ira se mêler à l’atmosphère terrestre, et il n’y aura plus d’air respirable sur le sommet de cette montagne, haute de cent lieues, que formera Gallia sur la terre.

— Et si Gallia heurte la terre par l’un ou l’autre de ses pôles ?… demanda le comte Timascheff.

— Dans ce cas, répondit le lieutenant Procope, nous serons inévitablement projetés et brisés dans une chute épouvantable.

— Très-bien, dit Ben-Zouf.

— J’ajoute, au cas impossible où aucune de ces hypothèses ne se produirait, que nous serons infailliblement brûlés.

— Brûlés ? dit Hector Servadac.

— Oui, car, lorsque la vitesse de Gallia, Venant à être anéantie par l’obstacle, se transformera en chaleur, la comète sera en tout ou en partie incendiée sous l’influence d’une température qui s’élèvera à quelques milliers de degrés ! »

Tout ce que disait le lieutenant Procope était rigoureusement exact. Ses auditeurs le regardaient et écoutaient, sans être autrement étonnés, le développement de ces différentes hypothèses.

« Mais, monsieur Procope, dit Ben-Zouf, une question. Si Gallia tombe dans la mer ?

— Quelque profonds que soient l’Atlantique ou le Pacifique, répondit le lieutenant Procope, — et leur profondeur ne dépasse pas quelques lieues, — le coussin d’eau sera toujours insuffisant pour amortir le choc. Donc, tous les effets que j’ai indiqués tout à l’heure se reproduiraient

— Et même avec la noyade en plus !... répondit Ben Zouf.

— Ainsi, messieurs, dit le capitaine Servadac, brisés, noyés, écrasés, asphyxiés ou rôtis, tel est le sort qui nous attend, quelle que soit la manière dont la rencontre se fera !

— Oui, capitaine Servadac, répondit sans hésiter le lieutenant Procope.

— Eh bien, dit Ben-Zouf, puisqu’il en est ainsi, je ne vois absolument qu’une chose à faire !

— Laquelle ? demanda Hector Servadac.

— C’est de quitter Gallia avant le choc.

— Et le moyen ?

— Oh ! le moyen est bien simple ! répondit tranquillement Ben Zouf. Il n’y en a pas !

— Peut-être ! » dit le lieutenant Procope.

Tous les regards se portèrent sur le lieutenant, qui, la tête dans les mains, réfléchissait à quelque projet audacieux.

« Peut-être, répéta-t-il, et, si extravagant que mon plan puisse vous paraître, je crois qu’il faudra l’exécuter.

— Parle, Procope, » répondit le comte Timascheff.

Le lieutenant resta, pendant quelques instants encore, plongé dans ses réflexions. Puis :

« Ben-Zouf, reprit-il, a indiqué le seul parti qu’il y eût à prendre : quitter Gallia avant le choc.

— Est-ce donc possible ? demanda le comte Timascheff.

— Oui… peut-être… oui !

— Et comment ?

— Au moyen d’un ballon !...

— Un ballon ! s’écria le capitaine Servadac. Mais c’est bien usé, votre ballon ! Même dans les romans, on n’ose plus s’en servir !

— Veuillez m’écouter, messieurs, reprit le lieutenant Procope, en fronçant légèrement le sourcil. À la condition de connaître exactement l’instant où s’effectuera le choc, nous pouvons, une heure auparavant, nous enlever dans l’atmosphère de Gallia. Cette atmosphère nous entraînera nécessairement avec sa vitesse acquise ; mais, avant la rencontre, elle pourra se confondre avec l’atmosphère terrestre, et il est possible que, par une sorte de glissement, le ballon passe de l’une à l’autre, en évitant le choc direct, et qu’il se maintienne en l’air, pendant que la collision se produira.

— Bien, Procope, répondit le comte Timascheff, nous te comprenons… et ce que tu as dit là, nous le ferons !

— Sur cent chances, reprit le lieutenant Procope, nous en avons quatre-vingt-dix-neuf contre nous !

— Quatre-vingt-dix-neuf !

— Au moins, car il est certain qu’au moment où son mouvement de translation s’arrêtera, le ballon sera brûlé.

— Lui aussi ? s’écria Ben-Zouf.

— Lui aussi bien que la comète, répondit Procope… à moins que dans cette fusion entre les deux atmosphères… Je ne sais trop… il me serait difficile de dire… mais mieux vaut, ce me semble, au moment du choc, avoir quitté le sol de Gallia.

— Oui ! oui ! dit le capitaine Servadac. N’y eût-il qu’une chance bonne sur cent mille, nous la courrons !

— Mais nous n’avons pas d’hydrogène pour gonfler un ballon… dit le comte Timascheff.

— L’air chaud nous suffira, répondit Procope, car il ne sera pas nécessaire de rester plus d’une heure dans l’air.

— Bien, dif le capitaine Servadac… une montgolfière… c’est primitif et plus facile à fabriquer… Mais l’enveloppe ?...

— Nous la taillerons dans les voiles de la’’Dobryna’’, qui sont en toile légère et résistante…

— Bien parlé, Procope, répondit le comte Timascheff. Tu as vraiment réponse atout.

— Hurrah ! bravo ! » cria Ben-Zouf, pour conclure.

C’était, en vérité, un plan hardi que venait de proposer le lieutenant Procope. Toutefois, la perte des colons étant assurée en toute autre hypothèse, il fallait tenter l’aventure et résolument. Pour cela, il importait de connaître exactement, non-seulement l’heure, mais la minute, mais, s’il était possible, la seconde à laquelle la collision se produirait.

Le capitaine Servadac se chargea de le demander à Palmyrin Rosette, en prenant toutes sortes de ménagements. Donc, dès cette époque, sous la direction du lieutenant, on commença la construction de la montgolfière. Elle devait être d’assez grande dimension pour enlever tous les habitants de la Terre-Chaude, au nombre de vingt-trois, — car, après leur refus, il n’y avait plus à se préoccuper des Anglais de Gibraltar et de Ceuta.

En outre, le lieutenant Procope résolut d’accroître ses chances en se donnant la possibilité de planer plus longtemps dans l’atmosphère, après le choc, si le ballon avait résisté. Il se pouvait faire qu’il eût à chercher un endroit convenable pour atterrir, et il ne fallait pas que son véhicule lui manquât. De là, cette résolution qu’il prit d’emporter une certaine quantité de combustible, herbe ou paille sèche, pour réchauffer l’air intérieur de la montgolfière. C’est ainsi que procédaient autrefois les premiers aérostiers.

Les voiles de la Dobryna avaient été emmagasinées à Nina-Ruche. Elles étaient faites d’un tissu très-serré, qu’il serait facile de rendre plus étanche encore au moyen d’un vernis. Tous ces ingrédients se trouvaient dans la cargaison de la tartane, et par conséquent à la disposition du lieutenant. Celui-ci traça avec soin le gabarit des bandes à découper. Ce travail se fit dans de bonnes conditions, et tout le monde s’employa à la couture de ces bandes, — tous, y compris la petite Nina. Les matelots russes, très-exercés à ce genre d’ouvrage, montrèrent aux Espagnols comment ils devaient s’y prendre, et le nouvel atelier ne chôma pas.

On dit tous, — mais en exceptant le juif, dont personne ne regretta l’absence, — et Palmyrin Rosette, qui ne voulait seulement pas savoir que l’on construisît une montgolfière !

Un mois se passa dans ces travaux. Le capitaine Servadac n’avait pas encore trouvé l’occasion de poser à son ex-professeur la question relative à la nouvelle rencontre des deux astres. Palmyrin Rosette était inabordable. Des jours se passaient sans qu’on l’aperçût. La température étant redevenue presque supportable pendant le jour, il se confinait dans son observatoire, dont il avait repris possession, et il n’y laissait pénétrer personne. À une première ouverture du capitaine Servadac, il avait fort mal répondu. Plus que jamais désespéré de revenir à la terre, il ne voulait pas se préoccuper des périls du retour, ni rien faire pour le salut commun.

Et, cependant, c’était une chose essentielle que de connaître avec une extrême exactitude cet instant où les deux astres se réuniraient l’un à l’autre avec une vitesse de vingt-sept lieues à la seconde.

Le capitaine Servadac dut donc patienter, et il patienta.

Cependant, Gallia continuait à se rapprocher progressivement du soleil. Le disque terrestre grossissait visiblement aux yeux des Galliens. La comète, pendant le mois de novembre, avait franchi cinquante-neuf millions de lieues, et, au 1er décembre, elle ne s’était plus trouvée qu’à soixante-dix-huit millions de lieues du soleil.

La température se relevait considérablement et provoqua la débâcle avec le dégel. Ce fut un magnifique spectacle que celui de cette mer qui se disloquait et se dissolvait. On entendit cette « grande voix des glaces », comme disent les baleiniers. Sur les pentes du volcan et du littoral, les premiers filets d’eau serpentèrent capricieusement. Des torrents, puis des cascades s’improvisèrent en quelques jours. Les neiges des hauteurs fondaient de toutes parts.

En même temps, les vapeurs commencèrent à s’élever sur l’horizon. Peu à peu des nuages se formèrent et se déplacèrent rapidement sous l’action des vents, qui s’étaient tus pendant le long hiver gallien. On devait compter sur de prochains troubles atmosphériques, mais, en somme, c’était la vie qui revenait avec la chaleur et la lumière à la surface de la comète.

Toutefois, deux accidents prévus se produisirent alors et amenèrent la destruction de la marine gallienne.

Au moment de la débâcle, la goëlette et la tartane étaient encore élevées de cent pieds au-dessus du niveau de la mer. Leur énorme piédestal avait légèrement fléchi et s’inclinait avec le dégel. Sa base, minée par les eaux plus chaudes, ainsi que cela arrive aux icebergs de la mer Arctique, menaçait de lui manquer. Il était impossible de sauver les deux bâtiments, et c’était à la montgolfière de les remplacer.

Ce fut pendant la nuit du 12 au 13 décembre que la débâcle s’accomplit. Par suite d’une rupture d’équilibre, le massif de glace culbuta tout d’un bloc. C’en était fait de la Hansa et de la Dobryna. qui se brisèrent sur les récifs du littoral.

Ce malheur, qu’ils attendaient, qu’ils ne pouvaient empêcher, ne laissa pas d’impressionner douloureusement les colons. On eût dit que quelque chose de la terre venait de leur manquer.

Dire ce que furent les lamentations d’Isac Hakhabut devant cette destruction instantanée de sa tartane, les malédictions qu’il lança contre la mauvaise race, c’est impossible. Il accusa le capitaine Servadac et les siens. Si on ne l’avait pas obligé à conduire la Hansa à cette crique de la Terre-Chaude, si on l’eût laissée au port de l’île Gourbi, tout cela ne serait pas arrivé ! On avait agi contre sa volonté, on était responsable, et, de retour à la terre, il saurait bien actionner ceux qui lui avaient causé un tel dommage !

« Mordioux ! s’écria le capitaine Servadac, taisez-vous, maître Isac, ou je vous fais mettre aux fers ! »

Isac Hakhabut se tut et retourna dans son trou.

Le 14 décembre, la montgolfière fut achevée. Soigneusement cousue et vernie, elle était d’une solidité remarquable. Le filet avait été fabriqué avec les légers cordages de la Dobryna. La nacelle, faite de claies d’osier qui formaient les compartiments de cale à bord de la Hansa, était suffisante à contenir vingt-trois personnes. Il ne s’agissait, après tout, que d’une courte ascension, — le temps de se glisser avec l’atmosphère de Gallia dans l’atmosphère terrestre. On ne devait pas regarder à ses aises.

Restait donc toujours cette question d’heure, de minute et de seconde, sur laquelle le rébarbatif, l’entêté Palmyrin Rosette ne s’était pas encore prononcé.

À cette époque, Gallia recoupa l’orbite de Mars, qui se trouvait à une distance de cinquante-six millions de lieues environ. Il n’y avait donc rien à craindre.

Cependant, ce jour-là, 15 décembre, pendant la nuit, les Galliens purent croire que leur dernière heure était arrivée. Une sorte de tremblement de « terre » se produisit. Le volcan s’agita comme s’il eût été secoué par quelque convulsion souterraine. Le capitaine Servadac et ses compagnons crurent que la comète se disloquait, et ils quittèrent en toute hâte le massif ébranlé.

En même temps, des cris se firent entendre dans l’observatoire, et l’on vit apparaître sur les roches l’infortuné professeur, un morceau de sa lunette brisée à la main.

Mais on ne s’occupa pas de le plaindre. Dans cette sombre nuit, un second satellite parut graviter autour de Gallia.

C’était un morceau même de la comète !

Sous l’action d’une expansion intérieure, elle s’était dédoublée, ainsi qu’avait fait autrefois la Comète Gambart. Un énorme fragment, détaché d’elle-même, avait été lancé dans l’espace, et il emportait avec lui les Anglais de Ceuta et les Anglais de Gibraltar !