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Les Odes (Ronsard)/Hinne à la Nuit

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Les Odes (Ronsard)
Les Odes, Texte établi par Hugues VaganayGarnier3 (p. 398-399).
Hinne à la Nuit.

[Texte de 1550 : Livre III, ix.]

   Nuit, des amours ministre et sergente fidele
Des arrests de Venus, et des saintes lois d’elle.
         Qui secrète acompaignes
L’impatient ami de l’heure acoutumée,
O l’aimée des Dieus, mais plus encore aimée
         Des étoiles compaignes.

   Nature de tes dons adore l’excellence.
Tu caches les plaisirs desous muet silence
         Que l’amour jouissante
Donne, quand ton obscur étroitement assemble
Les amans embrassés, et qu’ils tumbent ensemble
         Sous l’ardeur languissante.

   Lors que l’amie main court par la cuisse, et ores
Par les tetins, ausquels ne s’acompare encores
         Nul ivoire qu’on voie.
Et la langue en errant sur la joiie, et la face.
Plus d’odeurs, et de fleurs, là naissantes, amasse
         Que l’Orient n’envoie.

   C’est toi qui les soucis, et les gennes mordantes,
Et tout le soin enclos en nos âmes ardantes
         Par ton présent arraches.
C’est toi qui rens la vie ans vergiers qui languissent,
Aus jardins la rousée, et aus cieus qui noircissent
         Les idoles attaches.

   Mai, si te plaist déesse une fin à ma peine.
Et donte sous mes braz celle qui est tant pleine
         De menasses cruelles,
Affin que de ses yeus (yeus qui captif me tiennent)
Les trop ardens flambeaus plus brûler ne me viennent
         Le fond de mes mouelles.