Histoire critique de l’établissement de la monarchie françoise dans les Gaules/Livre 1/Chapitre 18

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LIVRE 1 CHAPITRE 18


de la nation gothique.

nous avons dit dans le quatorziéme chapitre de cet ouvrage que du côté du septentrion l’empire romain confinoit avec le païs de trois nations principales, et dont chacune comprenoit plusieurs peuples. Nous y avons dit encore que ces trois nations étoient la germanique, la gothique et la scythique. Il nous convient donc après avoir parlé assez au long de la nation germanique, de dire à présent quelque chose de la nation gothique et de la nation scythique. En effet, ces deux nations ont eu presque autant de part à la destruction de l’empire d’occident, qui donna lieu à l’établissement de la monarchie françoise dans les Gaules, que les nations établies depuis long-tems dans la Germanie. Ce fut la nation gothique qui, pour ainsi dire, sappa les fondemens de cet édifice, à qui Virgile, et tant d’autres poëtes avoient promis une durée éternelle. Les gots de quelque contrée que ce soit qu’ils ayent été originaires, vinrent s’établir sur la rive gauche du bas Danube, après que les romains eurent abandonné l’ancienne Dace, c’est-à-dire, la province que Trajan avoit soumise au-delà de ce fleuve par rapport à l’Italie. Or, ce fut vers l’année de Jesus-Christ deux cens soixante et quatorze, qu’Aurelien retira les troupes et les habitans de cette province, et que désesperant de pouvoir la garder, il prit le parti de conserver du moins à l’empire les citoïens romains dont elle étoit habitée. Voyons à présent ce qu’on lit concernant le gots dans la premiere des histoires que Procope a écrites, et dans laquelle il lui convenoit par consequent d’apprendre à son lecteur quels étoient les barbares qu’il alloit voir aux prises avec les romains. " il faut dire ici quels étoient les barbares,… etc. " les ostrogots habitoient à l’orient du païs des visigots. L’infanterie de la nation dont nous parlons, avoit plus de réputation que sa cavalerie. Cette infanterie ne sçavoit pas se bien servir des fleches ni des autres armes offensives qui se dardent ou qui se tirent. Son mérite consistoit à se bien battre l’épée à la main. Au reste, tous les peuples de cette nation n’étoient point également braves ni gens d’honneur. Par exemple, les auteurs du cinquiéme siécle ne parlent point avantageusement du courage et des mœurs des vandales. Suivant le rapport de ces écrivains, il n’y avoit point de peuple barbare dont on fît moins de cas. J’ajouterai même qu’une de ses tribus qui subsiste encore aujourd’hui dans les états du roi de Prusse, en forme d’un peuple particulier, et aussi distingué du reste des habitans des païs situés autour de celui où elle demeure, que les juifs le sont des chrétiens en Italie, y a la même réputation que les vandales avoient dans l’empire d’occident au tems dont nous parlons ici. Voici le portrait des vandales modernes, tel que le fit Frederic-Guillaume électeur de Brandebourg, et bisayeul du roi de Prusse d’aujourd’hui, en s’entretenant avec Monsieur Tollius, personne connuë dans la république des lettres, et qui traversoit les états de ce prince. " c’est un peuple leger, séditieux et perfide, qui n’habite que dans des bourgades,… etc. " il semble que de tous les peuples de la nation gothique, les vandales fussent le peuple le plus nombreux. Suivant les apparences, il étoit le premier qui eût envoyé des peuplades du côté de l’occident, et jusques sur les bo rds de la mer Baltique. Tacite qui écrivoit sous Trajan, parle déja des vandales comme d’une des nations qui habitoient dans la Germanie au tems où il vivoit, et même il les met au nombre des peuples germaniques. Cependant les vandales, qui subsistent encore aujourd’hui en Allemagne en forme de peuple séparé, ne parlent point la même langue, que les nations qui sont sorties originairement des peuples germaniques et qui confinent avec lui. Il peut bien se faire que les copistes de Tacite ayent écrit ici les vandales au lieu d’un autre nom. En effet, Sidonius Apollinaris appelle les vandales qui de son tems s’étoient établis en Afrique le rebelle parti des bords du Tanaïs , et Procope dit positivement que les vandales qui firent dans les Gaules la célébre invasion de quatre cens sept, habitoient sur les bords des Palus Méotides. Ces contrées n’ont point fait partie de la Germanie ancienne. Comme nous ne faisons point l’histoire d’une monarchie établie par les gots, il seroit inutile de parler ici plus au long de cette nation, dont nous ne devons même rapporter les disgraces et les succès, que lorsqu’ils se trouvent faire une partie des annales des francs.