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Histoire d’une Marie/p1/01

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F. Rieder et Cie, éditeurs (p. 11-25).
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«… Et même le vice n’est pas toujours le vice : j’ai vu des femmes, sur les joues desquelles le vice était peint en rouge, et dans leur cœur habitait la pureté du ciel.
xxx« J’ai vu des femmes… je voudrais les revoir encore… »
Henri Heine





PREMIÈRE PARTIE





I



Devant sa porte :

— Bonsoir, mère.

— Bonsoir, Marie.

Les autres dormaient déjà. Elle tenait une bougie allumée. Elle tourna la clef et fut seule. C’était une mansarde pas bien loin de la rue parce que la maison n’avait pas d’étage, ni bien large parce qu’il fallait aussi de la place pour le grenier. La fenêtre se levait comme le couvercle d’une boîte. Il y avait le lit ; il y avait une malle où les vêtements s’entassent, au lieu de pendre comme dans une armoire ; il y avait la bougie, mais très courte parce que les jeunes filles qui se couchent n’ont pas besoin d’une longue lumière.

Dans la mansarde, contre le mur, se trouvait accroché un petit miroir. Si petits qu’ils soient, les miroirs servent aux jeunes filles à se regarder. Marie se plaça devant, enleva son corsage, fit glisser sa jupe. Comme elle n’était pas assez haut pour ce qu’elle voulait voir, elle grimpa sur une chaise et troussa sa chemise jusqu’au dessus des seins.

Il y eut ainsi, dans la mansarde, encadré comme une peinture, un hôte de plus : le reflet d’un ventre nu dans une glace.

Cet hôte était inquiétant. De face, on n’y voyait rien : égal, bien rond, comme sont les ventres, avec un joli nombril qui riait au milieu ; de profil, il poussait une bosse dure à toucher, et qui, sous le doigt, s’enfonçait pour aussitôt reparaître.

Depuis quinze jours, cette bosse avait grossi ; dans quinze jours elle aurait pris le double, ensuite elle grossirait davantage, soulèverait le corset, la jupe et alors… Alors, pour ne plus voir, on rabat la chemise, on souffle la bougie et c’est comme dans toutes les mansardes où les jeunes filles, avant de se coucher, ont éteint leur lumière.

Pourtant la bosse reste et, avec elle, l’inquiétude.

Ce qu’il adviendrait, Marie le savait bien. Un jour, Mère lui dirait : « Mais Marie, qu’avez-vous donc ? » Ou bien ce serait Père, avec des mots durs et des gifles. De cela, Marie n’en voulait pas. Ses parents, elle les quitterait plutôt ; elle leur inventerait une histoire, oh non ! pas pour mentir, mais parce que chagriner Mère lui ferait de la peine, parce qu’elle avait peur aussi des réprimandes de Père dont l’indignation marchait avec une canne.

Marie était douillette des reins et de cœur sensible. Elle avait vingt-deux ans, une jolie taille svelte, une peau soyeuse d’un blanc lumineux. Elle s’aimait dans son corps, parce que son corps était doux. Elle coiffait ses cheveux en bandeaux, comme on les coiffe au pays, mais eût préféré des frisettes, si son père l’avait permis. Il ne manquait à ses joues qu’un peu de rose et de chair. Ses yeux riaient doux. Même quand elle pleurait, ses lèvres semblaient arrondir un baiser, toujours prêt à tomber ; c’est lui qu’on voyait tout d’abord ; on avait envie de se mettre en dessous pour ne pas laisser se perdre ce beau fruit rouge.

Elle n’avait goûté jusqu’à présent d’autres joies que l’amour dont elle portait déjà la peine. Elle ne disait pas la honte. La honte dérive de la morale et celle-ci est une richesse qu’on ne possède pas sans l’avoir reçue. On ne la lui avait pas donnée.

Ancien instituteur, son père en détenait, sans doute, le trésor ; on peut le supposer. Mais il le gardait pour lui seul avaricieusement ou, tout au plus, l’émiettait en proverbes adaptés à son usage :

— Les parents d’abord, les enfants ensuite, affirmait-il à table en se servant le premier, largement et du meilleur.

— Chacun son métier, prêchait-il de son fauteuil, en regardant les autres besogner.

Son métier, à lui, se résumait à ceci : avoir été instituteur. Cela coûtait cher, car ce métier entraîne à boire.

D’une sévérité pédante, il se vengeait sur Marie de n’avoir plus d’autres victimes à fustiger. Sa gifle restait pédagogique et, si l’on peut dire, concentrée. La douzaine que chaque jour en mûrissait au bout de ses doigts de cuistre, il eût pu les répartir entre les dix joues que lui offrait sa descendance ; il les réservait à Marie, ainsi que le voulait sans doute le droit d’aînesse.

Encore que brutales, de pareilles leçons sont insuffisantes. Mieux qu’avec des gifles, il sied de planter, entre le Bien et le Mal, des barrières diversement coloriées. Ou d’ériger des poteaux : Ici l’on passe — Ici l’on ne passe pas. Sans quoi, toutes les routes sont des routes. Faute de guide, Marie ne les discernait guère et passait de l’une à l’autre avec inconscience.

Quant à sa mère, la bonne femme, elle eût pu l’éduquer. Mais Marie ne la voyait que le matin, endossant vite sa mante pour aller à l’ouvrage et le soir l’enlevant, pâle, endormie déjà, avant de se mettre au lit.

Elle ignorait moins que les petites filles participent aux infortunes de leurs parents.

Elle était née la première ; longtemps elle avait été la seule. Son père enseignait alors la grammaire aux enfants d’un hameau. Fillette aux tresses enrubannées, on l’appelait : ma jolie demoiselle, pour flatter Monsieur l’Instituteur : un personnage. Jeunes et heureux, ses parents la gâtaient.

Une première sœur vint plus tard, dans la ferme où le père, qui avait démissionné, réunissait, à défaut d’élèves, des vaches. Plus de rubans dans les tresses. Chaussée de sabots, elle traînait, avec sa mère, des seaux remplis de lait. Moins heureux, Père la bousculait plus souvent : ses vaches crevaient.

Trois fois encore, elle vit arriver un petit frère ; ensuite, une petite sœur ; longtemps après, toutes les bêtes étant mortes, un dernier trouvé dans la maison qu’ils occupaient maintenant aux confins d’une ville d’eau, à trois rues de la plage.

Grands frères et jeune sœur, Marie les soignait, depuis la cadette dont il fallait encore laver les langes, jusqu’aux tartines des plus grands qui allaient déjà en métier. Mère n’avait pas le temps, trop occupée à soigner le ménage des autres, pour soutenir celui des siens. Le père se contentait de les avoir faits.

Pas seulement les trois rues qui éloignaient Marie de la plage. La pauvreté est plus longue que trois rues. Marie n’avait pas aperçu deux fois la mer. La mer était là, derrière la digue, pour les étrangers. L’hiver, ceux-ci partis, elle envoyait, par-dessus la ville, des bourrasques ; l’été, elle se donnait aux belles dames et se fût certainement refusée aux filles qui ont pour tout luxe leur cheviotte du dimanche.

Ce que les riches appellent la « saison » devenait pour Marie plus de besogne, quelquefois une tranche de viande, grâce à la mère qui travaillait davantage, plus de tracas aussi, à cause du père. Il connaissait l’anglais et ne refusait pas ses services d’interprète aux villégiateurs bien payants. Seulement, il exigeait de l’argent de poche, parce que l’argent vient à l’argent. Et saoul, le soir, il ramenait, en fin de compte, ses vomissures.

De ses premiers rubans, elle avait gardé une fierté, une finesse d’allure et de goût qui la distinguait de ses frères, des lourdauds engendrés d’une matière plus épaisse, entre des draps moins souples. Elle préférait le chapeau à la casquette. Elle aimait les casseroles qui reluisent, les chambres sans poussière, les habits bien brossés. Quand un régiment passait, elle sentait, au bout des cils, des larmes délicates la piquer : c’était, quoi qu’on en pense, une émotion esthétique.

Cette sensibilité lui venait de sa mère qui n’avait pas toujours été une bête de somme. Par son père, elle savait que les hommes, la main rude pour les autres, douillette pour eux, peuvent de tout, et avant tous, prélever la grosse part, au moins de ce qui est bon. Elle tenait d’ailleurs autre chose de lui, dont les sœurs, des gaillardes à moustaches, traînaient beaucoup d’enfants. Très jeune, elle se montrait déjà particulièrement attentive à reboutonner la culotte de ses petits frères quand ils avaient fini de faire pipi.

Un jour un voisin passa. En vareuse ou sous la casquette, il eût été l’ouvrier qui part à sa besogne, dont on ne pense même pas : « Tiens, il passe ». Mais celui-ci portait un veston bien taillé, une jolie cravate, des moustaches très fines retroussées par le bout. Et puis, quand il eut passé quelquefois, elle sut qu’il s’appelait Hector, ce qui lui permit de se dire :

— Voilà M. Hector qui passe.

Il passait quatre fois par jour : deux fois avant le dîner, deux fois après, et régulièrement aux mêmes heures.

À ces moments, Marie trouvait souvent à faire quelque chose, à la fenêtre, du côté de la rue :

— Oh ! père, ce store fonctionne mal. Mère, on a jeté de la boue sur la vitre…

Ensuite Hector.

Il souriait ; il avait une façon bien à lui de sourire, en clignant d’un œil :

— Je sais que vous êtes là. Moi aussi je suis là, avec mon beau veston, mes cheveux fins, mes moustaches que je retrousse exprès pour vous, tenez, comme ça.

Elle ne pouvait répondre avec des mots ; un jour elle répondit de la tête, à peine. Il ne le vit pas, il passa outre. Le lendemain elle osa plus fort, avec la tête et un peu de la main. Un autre soir, elle se risqua sur le seuil, parce qu’elle avait vu, dans la main d’Hector, quelque chose de blanc qui tomba, qu’elle ramassa tout plié par terre.

Une lettre, une écriture plus fine que celle du père qui appelait la sienne de la calligraphie.

Hector disait :

— Vous êtes une rose.

Et jamais elle n’avait songé qu’elle pût ressembler à une rose.

— Je pense à vous.

Et Marie aussi pensait à lui.

— Venez, ce soir, à dix heures, sur votre porte.

Et elle aussi, ce soir, comme elle le souhaitait !

Heureusement, il est convenable que les jeunes filles dorment seules dans leur mansarde.

Ses parents couchés, elle n’eut qu’à retirer les bottines qui font du bruit, descendre quelques marches, et, sur la pointe des bas, au bout du couloir, tirer un verrou :

— Je suis là.

Or cette voix était la voix d’un homme et pour la première fois, quelque chose en Marie eut peur. Non seulement parce qu’en tournant, la porte avait grincé, ou qu’on aurait pu se réveiller dans la maison. Cela venait d’ailleurs qu’elle n’aurait su dire.

Elle alla s’appuyer du dos à la muraille et sagement Hector se mit auprès d’elle, comme un voisin pour la causette.

Au ciel, le clair de lune montrait les choses de la terre autrement qu’en plein jour : on voyait les arbres de la chaussée et leurs feuilles étaient bleues ; un champ de trèfles avec des fleurs moins écarlates ; le mur du cimetière là-bas, si blanc qu’on eût pu voir à travers et, au-dessus, un grand Christ qui ouvrait tout larges les bras pour recevoir à plein corps la lumière.

— Voulez-vous, dit Hector, que nous marchions un peu.

— Oh ! non, fit Marie, pas cela.

Elle le savait. Son père l’avait dit : « Celles qui se promènent la nuit avec des jeunes gens sont des chattes en folie. » Elle ne voulait pas être une chatte en folie. De plus, elle était sur ses bas et les convenances veulent des chaussures quand on marche. Mais elle ne défendit pas sa main.

Elle avait cinq doigts et, avec chacun, Hector voulut faire connaissance ; d’abord le petit, si petit qu’à peine on le trouve ; puis un plus grand où il y a de la place, déjà, pour une caresse ; puis de plus grands, pour deux caresses ; puis ce méchant pouce, tout seul, à l’écart :

— Viens ici, méchant pouce, qu’on te ramène.

Puis ce fut la paume, de jolis coussins bourrés de chair moelleuse ; les ongles, qui sont les vitres par où regardent les doigts ; les bras, de beaux chemins blancs, aussi haut que le permet la manche. Et après la main droite, Hector découvrit la main gauche, avec les doigts, avec la paume, avec le bras ; et quand il les eut connues toutes deux, elles étaient à lui ; il les garda.

Était-ce défendu ? Elles ne cherchaient pas à fuir. Elles habitaient là, bien au chaud, dans une maison nouvelle. Elles auraient voulu être plus nombreuses : dix mains, vingt mains, par tout le corps, où il aurait pu les chercher… ensuite les prendre.

Mais ils ne restaient pas toujours seuls : il arrivait des pas. Ils devaient alors se séparer, lui, la cacher de son ombre, elle, par-dessus l’épaule, s’assurer qu’on ne la devinait pas. Elle constatait :

— C’est le boulanger qui rentre.

Il répondait :

— Le boulanger rentre tard.

Entre eux, il n’existait encore que cela pour en former des mots. Mais bientôt, ils découvrirent autre chose :

— Je me souviens, racontait Marie. J’ai fréquenté, pendant quelques jours, une école de religieuses.

— Tiens, moi aussi, répondit Hector.

— Il tombait de la neige : un matin, un garçon en a fait une grosse boule et me l’a lancée en plein sur le nez. J’ai saigné.

— C’est curieux. Moi, je ne sais plus si la petite fille a saigné : mais, pour sûr, ma boule lui est allée en plein milieu du visage.

Vous étiez déjà bien méchant.

— Et vous déjà bien jolie.

Elle voulut savoir ce qu’étaient devenues ces mains qui avaient si durement pétri la neige ; elles étaient grandes, elles étaient larges, elles avaient des os solides ; elles tenaient bien ce qu’elles prenaient : des mains de mâles… les mains d’Hector.

Glissant sous un nuage, la lune avait pris congé des étoiles qui brillaient seules. Ce fut la nuit et même minuit. Hector le constata aux douze coups d’une cloche.

À minuit on se sépare.

— Déjà, soupira Hector.

Leurs mains se lâchèrent, puis se reprirent, puis, de nouveau, plus longuement. Il restait quelque chose à dire, un mot qui ne venait pas tout de suite, qu’ils pensaient dans leur tête, qu’ils pensaient dans leurs doigts, un mot qui leur gonflait la bouche, qui devait en sortir pour que, l’un de l’autre, ils l’emportent, après quoi Marie pour Hector ne serait plus une voisine, ni Hector pour Marie un voisin.

En attendant ce mot, leurs mains se goûtaient ; ils écoutaient la cloche sonner d’autres coups, la demie ou l’heure, ils ne savaient plus. Enfin Hector se pencha ; il se pencha sur Marie et lentement, comme s’il tirait le mot du plus profond de son cœur :

— Je vous aime, souffla-t-il.

Pour Marie, elle n’osa pas. Elle détourna la tête, il faisait noir cependant, mais elle n’eût pas voulu qu’il la vît. Très vite, elle répondit :

— Moi aussi.

Et pour que ce fût sûr absolument, bien pour lui, pas pour un autre, elle ajouta :

— Hector.

Ils n’avaient pas dit autre chose, et pourtant le lendemain, puis d’autres soirs, Marie quittait sa mansarde et, dehors :

— Je suis là, chuchotait la voix.

Leurs mains tout de suite se retrouvaient.

Le premier jour, elle avait eu une aventure. Vers midi, elle arrangeait un pli du rideau qui tombait mal. Son père se trouvait là :

— Qu’avez-vous, dit-il, vous êtes si rouge.

Elle avait répondu :

— Rien, père, un peu mal de tête.

C’est vrai, elle avait mal de tête ; mais à la même minute, Hector passait.

— Tu as raison, réfléchissait Hector, il faut être prudente.

— Oui, répondait Marie, j’ai versé ce matin beaucoup d’huile sur les gonds.

Au ciel brûlait la même lune, qui, à verser tant de lumière, s’usait comme une bougie qui fond. Un soir, il n’en resta pas plus haut qu’une mèche et le vent la souffla.

Les mains se parlent plus à l’aise dans le noir ; les mains voient clair dans le noir. À plat dans le dos, elles disent à la taille : « Plie-toi », pendant que la bouche dit à la bouche : « Toi, je te prends ». Les mains vous parcourent jusqu’aux épaules ; les mains glissent sous le châle au long du corsage où sont les seins.

— Non, pas ça, disait Marie, pas ça.

Mais si habiles pour voir, les mains sont très bêtes pour entendre :

— Hé ! hé ! continuaient les mains, nous trouvons ici cinq petits boutons ; trois en porcelaine, puis deux autres plus moelleux.

Des fois, Marie devenait toute rouge, d’autres fois, elle devenait toute pâle. Elle s’amusait de la différence. Elle-même avait besoin de connaître Hector, ces bras plus durs, cette poitrine plus large, ce corps de mâle si différent du sien.

Tu as encore mal noué ta cravate, disait-elle en s’étirant au long de lui, pour la refaire.

Un soir, la pluie tomba. Ils durent se réfugier contre la façade, puis entrer dans le vestibule parce que l’eau les atteignait encore. Marie ferma la porte sur eux. Non, qu’elle l’eût désiré, mais elle fit de la sorte une obscurité nouvelle qui entrait dans les yeux plus noire que l’obscurité de la rue, plus inquiétante aussi, parce qu’elle vous renferme, seule, avec un homme. Elle l’écoutait respirer ; elle devina tout à coup qu’il l’attirait contre lui, que ses mains la cherchaient où elles ne l’avaient pas cherchée encore. Et c’était plus que des mains ; c’étaient les bras tout entiers, c’étaient les jambes, c’était la bouche, c’était la poitrine, comme une volonté sur la sienne.

Et pour la deuxième fois, Marie eut peur.

Elle serra les genoux, elle voulut crier. Mais ses parents tout près !… N’osant crier pour se défendre, elle se défendit mal. Bientôt elle ne se défendit plus du tout et, d’elle-même, se laissa glisser sur les dalles, comme on accepte.

D’ailleurs le mal n’eût-il pas été plus grand si, en se débattant, elle avait réveillé la canne de son père ?

Quand elle fut debout, Marie pensa d’abord à son chignon, car elle n’aimait aucun désordre. Ses cheveux en place, elle n’eut plus de gêne ; elle ouvrit la porte pour que la nuit du dehors entrât comme une clarté.

L’air était doux. Ayant accompli ce qu’il fallait, la pluie relançait sur d’autres seuils, au bras d’autres Hector, d’autres Marie. Il souriait. Elle eut un petit reproche :

— Tu ne me l’avais jamais demandé.

Il survint alors d’autres pluies, d’autres fuites dans les vestibules. Les mansardes sont plus sûres. Marie avait la sienne. Hector y vint.

Elle se livrait avec joie. Il était l’homme qui prend tout ; elle, la femme dont la chair fleurit pour qu’on la cueille.

Elle ne réservait rien, ni dans son cœur, ni dans sa chemise :

— Ce que tu voudras, mais pas de bruit.

Faire du bruit eût été mal.

Avant l’aube Hector s’échappait. Il n’y avait pas d’étage : il passait par la fenêtre et sautait. Une fois, comme il partait ainsi, elle perçut dans l’escalier la voix de son père. Elle ne sentit plus ses jambes et tomba sur le lit, où elle resta un long moment. Ce fut sa troisième peur : la plus forte.

Il ne se passa d’ailleurs rien, sinon que, de ce jour, elle fut enceinte.