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Histoire de France abrégée/13

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Dezobry & Magdeleine (p. 124-127).


CHAPITRE XIII

Fin du moyen âge et commencement des temps modernes.
— Découvertes et inventions ; lettres et arts.


231. Prise de Constantinople par les Turcs ; fin du Moyen âge. — C’est pendant le règne de Charles VII, en 1453, que Constantinople, capitale de l’empire grec, et boulevard du christianisme en Europe, fut prise par les Turcs Ottomans, et devint le siège de leur empire. Cet événement, à cause de son importance, est choisi ordinairement comme la date précise qui marque la fin du moyen âge et le commencement des temps modernes ; il coïncide presque avec la fin de la guerre de Cent ans. Le moyen âge est l’espace de temps qui s’est écoulé depuis la grande Invasion des Barbares jusqu’à la prise de Constantinople ; on l’appelle ainsi, parce qu’il tient le milieu entre les temps anciens et les temps modernes. C’est pendant cette curieuse époque que se sont formées les principales nations de l’Europe moderne, France, Angleterre, Espagne, etc. Alors sont nées, par la corruption du latin mêlé à l’ancien idiome germanique, les langues que parlent aujourd’hui ces différentes nations. Alors aussi, la civilisation moderne a commencé d’éclore et a grandi peu-à-peu sous la protection du christianisme. Les progrès de l’esprit humain pendant cette période sont marqués par une suite de glorieuses découvertes.

232. Découvertes. — La boussole, la poudre à canon, le papier de linge, les lunettes, l’imprimerie, la gravure, la peinture à l’huile. — C’est d’abord la boussole, connue dès le XIIe siècle par les Génois, qui, grâce à cet admirable instrument, explorèrent, sans crainte de s’égarer, des mers jusque-là redoutées. Vient ensuite la poudre à canon, que les Chinois connaissaient dans des temps fort reculés et qui fut apportée en Europe par les Arabes. C’est donc à tort qu’on suppose qu’elle a été inventée par un moine anglais du XIIIe siècle, Roger Bacon, qu’une vaste science faisait passer pour magicien. Le premier usage bien constaté qui en ait été fait date de la bataille de Crécy. Le papier de linge, aussi en usage chez les Arabes, était employé en Europe en 1243. Les lunettes furent inventées dans la XIIIe siècle, à Florence.

Mais la plus grande et la plus importante, sans contredit, de toutes les découvertes fut celle de l’imprimerie. Par cette invention merveilleuse, le XVe siècle changea les destinées du monde en ouvrant tout un nouveau domaine à l’esprit humain, et en multipliant les livres à l’infini, au moment même où la prise de Constantinople par les Turcs chassait de cette ville tous les savants et envoyait avec eux à l’Occident les manuscrits qui renfermaient les chefs-d’œuvre de Platon, d’Aristote, de Virgile, d’Homère, etc. La découverte se fit pour ainsi dire en trois fois : Gutenberg de Strasbourg imagina d’abord vers 1440 de graver des caractères sur une table de bois, qu’il revêtait d’un enduit noir. Puis il s’associa vers 1445 à Faust et à Schœffer de Mayence, et ils fabriquèrent en bois des caractères séparés et mobiles. Plus tard enfin, ils donnèrent à ces caractères la solidité nécessaire en substituant la fonte au bois. Les premiers imprimeurs se hâtèrent de multiplier les copies des plus beaux monuments de la littérature ancienne, et fournirent ainsi de nombreux aliments aux investigations de la science.

L’art de graver sur bois et sur cuivre fut une conséquence et une imitation de l’imprimerie ; on le doit à un orfèvre de Florence. Vers le même temps, les frères Van-Eyck de Bruges inventèrent la peinture à l’huile.

233. Troubadours et trouvères. — Roman de la Rose. — L’histoire de la littérature en France, depuis Charlemagne jusqu’aux temps modernes, n’est que le récit d’un long et pénible enfantement. Grâce aux chants des troubadours ou poètes du Midi et des trouvères ou poètes du Nord ; qui parcouraient les châteaux et assistaient aux fêtes en célébrant les exploits des anciens preux ou chevaliers, la langue se forma peu-à-peu[1], et la poésie fit de bonne heure des progrès. Le premier grand monument qu’elle produisit fut le Roman de la Rose, composé de plus de dix-huit mille vers, et qui date du XIVe siècle. Selon Boileau, ce fut Villon qui, par ses ballades et ses rondeaux,


… Sut le premier, dans ces siècles grossiers,
Débrouiller l’art confus de nos vieux romanciers.


Ce poète est contemporain de Louis XI ; Il appartient donc aux temps modernes.

234. Théâtre. Mystères. — Pendant cette époque, la poésie dramatique était à peine sortie de l’enfance ; les plaisirs du théâtre n’avaient d’abord consisté que dans la représentation des mystères de la religion. Un des plus célèbres mystères représentait la passion de N.-S. J.-C; la pièce se jouait dans une large rue on bien sur une place. Tous les passants y prenaient part ou comme spectateurs ou comme acteurs. Les principaux personnages récitaient une sorte de dialogue en vers ou en prose rimée, auquel Ils ajoutaient souvent eux-mêmes ce que leur suggérait leur imagination. Les mystères furent aussi un des moyens qu’on employa pour distraire Charles VI dans ses accès de folie.

235. Philosophie scolastique. — Histoire. — La prose se forma plus lentement que la poésie. Les Universités maintinrent longtemps les esprits dans la barbarie d’un enseignement bizarre, fondé presque exclusivement sur les idées d’Aristote, et qui donnait en mauvais latin des connaissances confuses sur la théologie, la grammaire, l’astrologie, l’alchimie, etc. Toutefois la philosophie scolastique, qui s’attachait à démontrer par le raisonnement, les dogmes chrétiens, produisit d’illustres docteurs, dont la parole fit autorité dans les écoles, dont les ouvrages témoignent assez par l’ampleur des vues, par la hauteur des conceptions, par le tour quelquefois heureux de la pensée, que la littérature scolastique ne fut ni sans éclat ni sans grandeur. Parmi les noms célèbres de cette époque, parmi ceux dont les travaux ont en quelque sorte continué l’œuvre des saint Ambroise, des saint Augustin, des saint Jérôme et autres Pères de l’Eglise latine du Ve et du VIe siècle, nous pouvons citer saint Anselme de Cantorbéry, le dominicain Albert le Grand, son illustre disciple saint Thomas d’Aquin, saint Bonaventure, et Jean Gerson, l’auteur présumé de l’Imitation de J.-C. L’histoire compte aussi quatre grands noms, outre une foule nombreuse de chroniqueurs : ce sont, au XIIIe siècle, Villehardoin, qui a raconté la quatrième croisade et l’histoire de l’empire latin de Constantinople, et Joinville, qui a écrit dans un style naïf et pittoresque Les faits et gestes du bon roy Loys (saint Louis) ; au XIVe siècle, Froissart, l’agréable conteur de nos guerres contre les Anglais ; au XVe, Commines, l’historien de Louis XI, Avec ce dernier, l’histoire prend déjà quelque chose de cette gravité qui la distingue dans les temps modernes.


  1. La langue du Midi, où k’on disait oc pour oui, étaient la langue d’oc ; celle du nord, où l’on disait oyl pour oui, fut la langue d’oyl. Le nom de Languedoc est resté celui d’une province méridionales de la France.