Histoire de Jonvelle/Corre

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CORRE


Nous avons étudié Corre et ses monuments en traitant l’époque gallo-romaine. Après les invasions des barbares, il sort de ses ruines et reparaît au neuvième siècle, déjà environné d’une certaine considération. Rodolphe Ier, roi de Bourgogne, à la prière du comte Rotfrède, donne au prêtre Pharulphe l’église de Saint-Maurice de Coldrinicum. Pharulphe, issu sans doute d’une famille patricienne, possédait dans le comté de Port plusieurs autres domaines. Il en fit don la même année à l’église métropolitaine de Saint-Jean, pour le salut de son âme, de ses parents, du comte et du roi, ses premiers bienfaiteurs, en stipulant expressément que quiconque attaquerait cette fondation pieuse, serait condamné à payer cent livres d’or. Cette charte, rapportée par Dunod dans son Histoire du comté de Bourgogne, fut donnée à Besançon le 3 des nones de février de la cinquième année du règne de Rodolphe Ier (3 février 893).

Vers 1090, l’église de Corre fut détachée, avec plusieurs autres bénéfices, de la mense capitulaire de Saint-Jean, par l’archevêque Hugues III, pour la dotation du monastère de Saint-Vincent. En 1184, le pape Lucius III, à la prière de l’abbé Guichard, renouvela les confirmations que les papes Innocent II et Alexandre III avaient faites des possessions de cette abbaye. Dans l’énumération de ses bénéfices figurent la chapelle de Corre et ses appendices.

En 1150 et 1155, Arnulphe, clerc de Corre, de Colrâ, est témoin d’une charte de l’archevêque Humbert en faveur de Clairefontaine. En 1172 et 1178, d’autres donations, faites aux mêmes religieux par Thierry de Vellefaux, sur les territoires de Melincourt et de Dampierre, eurent pour témoins Nochaire et Varin, chapelains de Corre, avec les abbés Guy de Cherlieu, Thiébaud de la Charité et Vuillaume de Bithaine.

En 1242, Hugues, curé de Corre, donne à Saint-Vincent sa maison située sur le cimetière de l’église Saint-Pierre. Cette église était donc paroissiale.

En 1247, transaction entre l’abbaye de Saint-Vincent et le curé de la chapellenie de Corre : on y convient que celui-ci et ses successeurs auront le denier de charité des dimanches, le denier de baptême, le denier de visite, les gerbes, les prestations, le trenténal et les aumônes dépassant six sous estevenants. Quant aux autres revenus, le curé en aura le tiers, et le reste sera pour le couvent.

1250. L’archevêque Guillaume de la Tour confirme aux mêmes bénédictins les bénéfices reçus de ses prédécesseurs, en particulier l’église de Bourbonne avec ta chapelle du château, les églises de Vauconcourt, d’Ormoy, d’Aisey, de Buffignécourt, de Blondefontaine, de Raincourt, et à Corre l’église Saint-Maurice avec la moitié de Saint-Pierre.

1294. Sur la présentation de l’abbé de Saint-Vincent, l’archevêque Eudes nomme Gaucher de Bregille à la cure de Corre, devenue vacante par la résignation d’Aimon dit Joseph. Le nouveau titulaire est institué avec dispense des ordres sacrés, non encore reçus.

1329. L’archevêque Vital réitère l’union de la paroisse de Corre à l’abbaye de Saint-Vincent, et il ordonne à l’abbé d’y entretenir un vicaire perpétuel pour les fonctions pastorales. En 1416, le droit de patronage sur les églises de Corre rapportait à Saint-Vincent cinq livres huit sous estevenants. En 1527 et 1711, le revenu da la cure était amodié cent soixante francs et celui du patronage huit francs, plus tard cinq francs huit sous.

Il ne reste que l’église Saint-Pierre, dont le sanctuaire offre un cachet d’antiquité assez semblable à ceux de Demangevelle, de Jonvelle et d’Aisey. Le sacrarium caché derrière le retable et une peinture murale que le badigeon a recouverte, indiquent une architecture du treizième ou du quatorzième siècle. La nef est récente, et la chapelle latérale est du dix-septième siècle.

Avant 1793, Corre possédait encore une chapelle dans la Grande-Rue : on en voit les vestiges dans une cave.


Corre faisait partie de la seigneurie de Jonvelle. Guy II de Jonvelle (1210), Simon Ier de Saissefontaine et Elisabeth, son épouse (1238), y accordèrent plusieurs droits aux religieux de Clairefontaine. Toutefois, ce village eut aussi ses chevaliers. Sous ce titre, les chartes données à Clairefontaine par les sires de Jonvelle mentionnent Pierre ( 1130), Hugues (1160), Richard (1195, 1198), Pierre (1205, 1218), Liébaud (1257), etc. Villencus de Blondefontaine, qui possédait à Corre un petit fief, imita la pieuse générosité du suzerain, en donnant aux moines de Clairefontaine les pâturages de sa terre, le bois nécessaire aux bergers et quatre sous de cens (1247).

Vers le milieu du quinzième siècle, Corre servit de rendez-vous aux plénipotentiaires des ducs de Bourgogne et de Lorraine, pour le règlement des frontières respectives[1]. Un siècle plus tard, il devint lui-même un sujet de grandes contestations entre les deux princes. Les officiers de Lorraine s’étaient permis d’élever publiquement les panonceaux et blasons de leur maître ; mais la cour souveraine de Dole ordonna au procureur fiscal du bailliage d’Amont de « faire discrètement et honnestement oster lesdits pannonceaulx, et mettre ceulx de l’empereur, comme conte et seigneur patrimonial du conté de Bourgoigne. »

1586. La communauté de Corre contribue au rétablissement du pont de Jonvelle. En 1608, le roi lui accorde cent cinquante francs sur les revenus de la ville, en paiement de ses déboursés et de ses services pour cette œuvre[2].

En 1589, la seigneurie de Corre était démembrée du domaine de Jonvelle, du moins en partie. A cette date, François de Choiseul, chevalier et capitaine de cinquante hommes d’armes, donna son dénombrement au comte de Champlitte, pour sa terre de Corre, acquise de Marie-Marguerite de Cicon, dame de Richecourt, et d’Anne de Montureux, femme de Nicolas de Pouilly, seigneur d’Aisey, Ranzevelle, etc.

Au dix-septième siècle, Corre était mi-parti, c’est à-dire avait deux juridictions bien distinctes, l’une du Comté et l’autre du Barrois. Les sujets du Barrois, ressortissant de l’officialité de Châtillon, étaient alors au nombre de vingt-six, et possédaient autant de maisons, qui furent ruinées par la guerre, à l’exception de trois. Cette rue s’appelle encore aujourd’hui rue de Lorraine. En 1660, le procureur général de Bassigny déclare, dans un procès-verbal, que les habitants de Corre, Barrois et Comtois, ne possèdent aucun bois propre à bâtir, et qu’ils ne peuvent relever leurs maisons qu’au moyen d’emprunts écrasants.

Dans le voisinage de Corre, d’autres villages étaient même tri-partis entre Lorraine, Champagne et Comté. D’autres étaient de surséance, en totalité ou en partie, tels que Montureux, Fresne, Melay, Blondefontaine, Vauvillers. Les territoires étaient dits de surséance quand ils n’étaient attribués à aucun des États limitrophes. A cette bizarre indécision des lignes démarcatives de frontière s’ajoutait la singularité des enclaves réciproques : autant de complications qui occasionnaient les plus grands embarras pour le commerce et pour le transit des marchandises.

En 1703, la justice seigneuriale de Corre, distraite de la prévôté de Jonvelle, fut achetée pour deux mille livres, par Elisabeth de Masson, marquise de Clermont, dame de Corre, Vauvillers, Demangevelle, etc. En 1704, le roi de France et le duc de Lorraine firent entre eux un traité de partage et d’échanges, dans lequel fut stipulée la cession de la justice seigneuriale que le duc avait à Corre. L’année suivante, cette portion fut adjugée à Jean Leroux, juge royal et maire du lieu, pour 426 livres 13 sous 4 deniers.

  1. V. page 127
  2. V. page 180