Histoire de Miss Clarisse Harlove/Lettre 107

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Traduction par Abbé Prévost.
Boulé (Ip. 436-442).


M Lovelace au même.

mais cette femme, n’est-ce pas la divine Clarisse (supprimons le nom d’Harlove, que je méprise dans tout autre qu’elle) ? N’est-ce pas sur cet adorable objet que retombent implicitement mes menaces ? Si la vertu est la véritable noblesse, que Clarisse est ennoblie par la sienne ! Et qu’une alliance avec elle serait capable aussi d’ennoblir, s’il n’y avait point à lui reprocher la famille dont elle est sortie, et qu’elle préfère à moi ! Cependant, marchons la sonde en main. N’y a-t-il rien eu de repréhensible jusqu’à présent en elle-même ? Et quand on pourrait tout expliquer en ma faveur, mes réflexions sur le passé ne me rendront-elles pas malheureux, aussi-tôt que la nouveauté sera dépouillée de ses charmes, et que je serai en possession du bonheur où j’aspire ? Un libertin capable de délicatesse, la pousse plus loin que les autres hommes. Comme il est rare qu’il trouve les résistances de la vertu dans les femmes avec lesquelles il se lie, il s’accoutume à juger de toutes les autres par celles qu’il a connues. Il n’y a point de femme au monde qui résiste à la persévérance d’un amant, lorsqu’il fait proportionner l’attaque aux inclinations : c’est-là, comme tu sais, le premier article du symbole des libertins. Eh quoi, Lovelace ? T’entends-je demander avec surprise : peux-tu douter de la plus admirable de toutes les femmes ? Doutes-tu de la vertu de Clarisse ? Je n’en doute point, cher ami. Je n’ose en douter. La religieuse vénération que j’ai pour elle me ferait trouver de l’impiété dans ce doute. Mais je te demande à mon tour, ne se peut-il pas que le principe de sa vertu soit l’orgueil ? De qui est-elle fille ? De quel sexe est-elle ? Si Clarisse est impeccable, d’où lui vient son privilége ? L’idée orgueilleuse de donner un grand exemple à son sexe peut l’avoir soutenue jusqu’à présent. Mais cet orgueil n’est-il pas abbattu ? Connais-tu des hommes ou des femmes qui soient capables de résister à l’infortune et à l’humiliation ? Humilie particulièrement une femme, et tu verras, avec très-peu d’exceptions, que l’abaissement passe jusqu’à l’ame. Miss Clarisse Harlove est-elle donc le modèle de la vertu ? Est-ce la vertu même ? Tout le monde en a cette idée, me répondra-t-on, tous ceux qui la connaissent, tous ceux qui ont entendu parler d’elle. C’est-à-dire que le bruit commun est en sa faveur. Mais le bruit commun établit-il la vertu ? La sienne est-elle éprouvée ? Où est l’audacieux qui ait osé mettre la vertu de Clarisse à l’épreuve ? Je t’ai dit, Belford, que je voulais raisonner avec moi-même ; et je me trouve engagé dans cette discussion sans m’en être aperçu. Poussons-la jusqu’à la rigueur. Je sais que tout ce qui m’est échappé jusqu’ici, et tout ce qui va sortir volontairement de ma plume, ne te paraîtra pas fort généreux dans un amant ; mais, en mettant la vertu au creuset, mon dessein n’est-il pas de l’exalter, si je l’en vois sortir pure et triomphante ? écartons, pour un moment, toutes les considérations qui peuvent naître d’une foiblesse à laquelle quelques-uns donneraient assez mal-à-propos le nom de gratitude , et qui n’est souvent propre qu’à corrompre un cœur noble. Au fait, cher ami. Je vais mettre ma charmante à la plus sévère épreuve ; dans la vue d’apprendre à toutes les personnes de son sexe que tu voudras instruire par la communication de quelques passages de mes lettres, ce qu’elles doivent être pour mériter l’estime d’un galant homme, ce qu’on attend d’elles ; et si elles ont à faire à quelque tête sensée et délicate (orgueilleuse, si tu veux), combien elles doivent apporter de soin, par une conduite régulière et constante, à ne pas lui donner occasion de juger désavantageusement de leur caractère, par des faveurs hasardées, qui seront toujours traitées de foiblesses. Une femme n’a-t-elle pas en garde l’honneur d’un homme ? Et ses fautes ne jettent-elles pas plus de honte sur un mari que sur elle-même ? Ce n’est pas sans raison, Belford, que j’ai toujours eu du dégoût pour l’état d’entraves. Au fait, encore une fois, puisque je suis tombé sur cette importante question : savoir, si je dois prendre une femme ; et si ce doit être une femme de la première ou de la seconde main ? L’examen sera de bonne foi. Je rendrai à cette chère personne, non-seulement une sévère, mais une généreuse justice ; car mon dessein est de la juger par ses propres règles, aussi bien que par nos principes. Elle se reproche d’être entrée en correspondance avec moi, c’est-à-dire avec un homme d’un caractère fort libre, qui s’est d’abord proposé de l’engager dans ce commerce, et qui a réussi par des moyens qu’elle ignore elle-même. Voyons : quels ont été ses motifs pour cette correspondance ? S’ils n’ont pas été d’une nature que sa délicatesse puisse trouver condamnable, pourquoi se les reprocher ? A-t-elle été capable d’erreur ? L’a-t-elle été d’y persister ? N’importe, qui était le tentateur, ou quelle était la tentation. C’est le fait, c’est l’erreur qui est maintenant devant nous. A-t-elle persisté contre la défense de son père ? C’est un reproche qu’elle se fait. Jamais une fille, néanmoins, eût-elle de plus hautes idées du devoir filial et de l’autorité paternelle ? Non, jamais. Quels doivent donc avoir été les motifs qui ont eu plus de force que le devoir sur une fille si respectueuse ? Qu’en ai-je dû penser dans le tems ? Quelles espérances en ai-je dû concevoir ? On dira que sa principale vue était de prévenir des accidens redoutables, entre ses proches et l’homme qu’ils insultaient de concert. Fort bien : mais pourquoi prenait-elle plus d’intérêt à la sûreté des autres, qu’ils n’y en prenaient eux-mêmes ? D’ailleurs, la fameuse rencontre n’était-elle pas arrivée ? Une personne de vertu devait-elle connaître des raisons assez fortes pour la faire passer sur un devoir évident ; sur-tout lorsqu’il n’était question que de prévenir un mal incertain ? Je crois t’entendre encore : quoi, Lovelace ! C’est le tentateur qui devient aujourd’hui l’accusateur ? Non, mon ami ; je n’accuse personne. Je ne fais que raisonner avec moi-même ; et dans le fond de mon cœur, je justifie et je révère cette fille divine. Mais laisse-moi chercher néanmoins si c’est à la vérité qu’elle doit sa justification, ou à ma foiblesse , qui est le véritable nom de l’amour. Lui supposerons-nous un autre motif ? Ce sera, si tu veux, l’amour : motif que tout l’univers jugera excusable ; non parce qu’il le pense, pour te le dire en passant, mais parce que tout l’univers sent qu’il peut être égaré par cette fatale passion. Que ce soit donc l’amour. Mais l’amour de qui ? D’un Lovelace, me réponds-tu. N’y a-t-il qu’un Lovelace au monde ? Combien de Lovelaces peuvent avoir senti l’impression d’une si charmante figure et de tant d’admirables qualités ! C’est sa réputation qui a commencé ma défaite ; c’est sa beauté et l’excellence de son esprit qui ont rivé mes chaînes. Aujourd’hui, ce sont toutes ces forces ensembles qui forment un lien comme invincible, et qui me la font juger digne de mes attaques, digne de toute mon ambition. Mais a-t-elle eu la bonne foi, la candeur, de reconnaître cet amour ? Elle ne l’a pas eue. S’il est donc vrai qu’il se trouve de l’amour au fond, n’y a-t-il pas avec lui quelque vice caché sous son ombre ? De l’affectation, par exemple ? Ou, si tu veux, de l’orgueil ? Que résulte-t-il ? La divine Clarisse serait donc capable d’aimer un homme qu’elle ne doit pas aimer. Elle serait donc capable d’affectation. Sa vertu n’aurait donc que l’orgueil pour fondement ; et, s’il y a de la vérité dans ces trois suppositions, la divine Clarisse ne serait donc qu’une femme ! Comment peut-elle amuser un amant tel que le sien ; le faire trembler, lui qui s’est fait une habitude de triompher des autres femmes ; le faire douter si elle a de l’amour pour lui, ou pour quelque homme au monde ; et n’avoir pas eu sur elle-même un juste empire, dans des occasions qu’elle croit de la plus haute importance pour son honneur ? (tu vois, Belford, que je la juge par ses propres idées). Mais s’être laissé piquer par l’injustice d’autrui, jusqu’à promettre d’abandonner la maison de son père, et de partir avec un homme dont elle connaissait le caractère, en stipulant même de faire dépendre son mariage de plusieurs suppositions éloignées et sans vraisemblance ! Quand le sujet de ses plaintes aurait été capable de justifier toute autre femme, une Clarisse devait-elle ouvrir l’entrée de son cœur à des ressentimens dont elle se condamne aujourd’hui d’avoir été si touchée ? Mais voyons cette chère créature qui prend la résolution de révoquer sa promesse ; qui ne s’en détermine pas moins à se trouver au rendez-vous avec son amant, homme dont elle connaît la hardiesse et l’intrépidité, à qui elle a manqué de parole plus d’une fois, et qui vient, comme elle doit s’y attendre, dans la disposition de recueillir le fruit de ses services, c’est-à-dire résolu de l’enlever. Voyons cet homme qui l’enlève actuellement, et qui en devient le maître absolu. Ne peut-il pas se trouver, je le répète, d’autres Lovelaces, d’autres mortels audacieux et constans qui lui ressemblent, quoiqu’ils puissent ne pas conduire tout-à-fait leurs desseins par les mêmes voies ? Est-il donc vrai qu’une Clarisse ait été fragile, suivant ses propres règles, fragile sur des points de cette importance ? Et ne se peut-il pas qu’elle le devienne encore plus ; qu’elle le soit sur le plus grand point, vers lequel toutes ses autres fragilités semblent l’acheminer naturellement ? Ne me dis pas que, pour nous comme pour ce sexe, la vertu est une faveur du ciel ; je ne parle ici que de l’empire moral que chacun peut avoir sur ses sens : et ne me demande pas pourquoi l’homme s’accorde des libertés qu’il refuse aux femmes, et dont il ne veut pas même qu’elles puissent être soupçonnées ? Vains argumens, puisque les fautes d’une femme sont plus injurieuses pour son mari, que celles d’un mari ne le sont pour sa femme. Ne comprends-tu pas quel odieux désordre les premières jetteraient dans la succession des familles ? Le crime ne saurait être égal. D’ailleurs, j’ai lu quelque part que la femme est faite pour l’homme : cette dépendance entraîne une obligation plus indispensable à la vertu. Toi, Lovelace ! (me dirais-tu, peut-être, si je te connaissais moins) toi, demander tant de perfection dans une femme ! Oui, moi, puis-je te répondre. Connais-tu le grand César ? Sais-tu qu’il répudia sa femme sur un simple soupçon ? César était aussi libertin que Lovelace, et n’était pas plus fier. Cependant je conviens qu’il n’y eut peut-être jamais de femme qui ait tant approché que ma Clarisse de la nature angélique. Mais, encore une fois, n’a-t-elle pas déjà fait des démarches qu’elle condamne elle-même ? Des démarches, dont le public et sa propre famille ne l’auraient pas crue capable, et que ses plus chers parens ne veulent pas lui pardonner ? Ne t’étonne pas même que je n’admette point, en faveur de sa vertu, l’excuse qu’on peut tirer de ses justes ressentimens. Les persécutions et les tentations ne sont-elles pas l’épreuve des ames vertueuses ? Il n’y a point d’obstacles ni de ressentimens qui autorisent la vertu à s’anéantir elle-même. Reprenons. Crois-tu que celui qui a pu la mener si loin, ne soit pas encouragé, par le succès, à marcher en avant ? Il n’est question que d’un essai, Belford. Qui s’alarmera d’un essai pour une femme toute divine ? Tu sais que je me suis quelquefois plu à faire des essais sur de jeunes personnes de mérite et d’un assez beau nom. C’est une chose étrange que je n’en aie pas encore trouvé une qui ait tenu ferme plus d’un mois, ou assez long-temps pour épuiser mon invention. J’en ai tiré des conclusions fâcheuses ; et si je n’en découvre aucune dont la vertu soit incorruptible, tu vois que je serai en état de prêter serment contre tout le sexe. Toutes les femmes sont donc intéressées à l’épreuve que je médite. Quelle est celle qui, connaissant Clarisse, ne mît pas volontiers sur sa tête l’honneur de toute l’espèce ? Que celle qui le refuserait s’avance, et soutienne l’engagement à sa place. Je t’assure, cher ami, que j’ai des idées prodigieusement hautes de la vertu comme de toutes les graces et les perfections auxquelles je n’ai pas été capable de parvenir. Tous les libertins n’en diraient pas autant. Ils craindraient de se condamner eux-mêmes, en approuvant ce qu’ils négligent. Mais l’ingénuité a toujours fait une éclatante partie de mon caractère. Satan, qui a bonne part, comme tu peux croire, au dessein que j’ai formé, mit notre premier père à de rudes épreuves ; et c’est à la conduite que ce bon-homme tint dans ces occasions, qu’il a dû la réparation de son honneur, et les récompenses qui sont venues à la suite. Une personne innocente, qui a le malheur d’être soupçonnée, ne doit-elle pas souhaiter que tous les doutes soient éclaircis ? Renaud, dans l’ Arioste , éloigna de lui la coupe du chevalier Mantouan, sans vouloir tenter l’expérience. L’auteur lui prête de fort bonnes raisons : " pourquoi chercherais-je ce que je serais au désespoir de trouver ? Ma femme est d’un sexe fragile. Je ne puis avoir meilleure opinion d’elle. Si je trouve des raisons de l’estimer moins, la disgrâce sera pour moi-même ". Mais Renaud n’eût pas refusé de mettre la dame à l’épreuve, avant qu’elle eût été sa femme, et lorsqu’il aurait pu tirer avantage de ses lumières. Pour moi, je n’aurais pas rejeté la coupe, quoique marié ; n’eût-ce été que pour me confirmer la bonne opinion que j’aurais eue de l’honnêteté de ma chère moitié. J’aurais voulu savoir si j’avais une colombe ou un serpent dans mon sein. En un mot, que penser d’une vertu qui redouterait les épreuves, et par conséquent d’une femme qui voudrait les éviter ? Je conclus que, pour établir parfaitement l’honneur d’une si excellente créature, il est nécessaire qu’elle soit éprouvée ; et par qui, si ce n’est par celui qu’elle accuse de l’avoir déjà fait mollir sur des points de moindre importance ? Son propre intérêt le demande ; non-seulement parce qu’il a déjà fait quelque impression sur elle, mais encore parce que le regret qu’elle en a, doit faire présumer qu’elle sera plus en garde contre de nouvelles attaques. Il faut convenir que sa situation présente est un peu à son désavantage ; mais la victoire lui en sera plus glorieuse. Ajoutons qu’une seule épreuve ne suffirait pas : pourquoi ? Parce que le cœur d’une femme peut être d’airain dans un moment, et de cire dans l’autre. Je l’ai vérifié mille fois, et toi sans doute aussi. Les femmes, diras-tu, ne passeraient pas mal leur tems, si tous les hommes s’avisaient de les mettre à l’épreuve. Mais, Belford, ce n’est pas mon avis non plus. Quoique libertin, je ne suis pas ami du libertinage dans autrui, excepté dans toi et tes camarades. Enfin, recueille cette morale de mon ennuyeuse discussion : " les petites friponnes qui n’ont pas de goût pour l’épreuve, doivent faire un choix qui réponde à leurs dispositions. Elles doivent honorer de la préférence de bons et sages mâles, qui ne sont point accoutumés à la ruse ; qui les prendront sur le pied qu’elles se donnent ; et qui, ne trouvant rien d’absolument mauvais dans eux-mêmes, ne se portent pas aisément à soupçonner les autres ". Tu vas me demander à présent ce que deviendra la belle, si la victoire ne se range pas sous ses étendards ? Que veux-tu ? Une fois subjuguée, comme tu sais, elle l’est pour toujours. C’est une autre de nos maximes libertines. Quelle source de plaisir, pour un ennemi du mariage, de vivre avec une fille du mérite de Clarisse, sans cette incommode formalité qui oblige les femmes à changer réellement de nom, et qui entraîne tant d’autres sujets de dégoût ! Mais si Clarisse est toujours divine, si Clarisse sort glorieuse de l’épreuve ? Eh bien ! Je l’épouserai alors, n’en doute pas. Je bénirai mon étoile, à qui j’aurai l’obligation d’une femme que je regarderai comme un ange. Mais ne me haïra-t-elle pas ? Ne refusera-t-elle pas peut-être… non, non, Belford. Dans les circonstances où nous sommes, c’est ce que je redoute le moins. Me haïr ! Et pourquoi haïroit-elle un homme qui ne l’en aimera que mieux après l’épreuve ? Ajoute que j’ai le droit de représailles à faire valoir. Ma résolution n’est-elle pas justifiée par celle qu’elle a de m’éprouver moi-même ? N’a-t-elle pas déclaré qu’elle veut attendre, pour notre mariage, de bonnes preuves de ma réformation ? Finissons cette grave et éloquente lettre. Toi-même, que je suppose dans les intérêts de la belle, parce que je n’ignore pas que mon très-digne oncle t’a prié d’employer l’influence qu’il te croit sur mon esprit, pour me persuader de courber la tête sous le joug nuptial, ne me permets-tu pas de tenter si je pourrai la réduire au rang des mortelles ; d’essayer si, dans cette fleur de jeunesse, avec tant de charmes, avec une santé si parfaite, elle est véritablement inflexible, et supérieure aux foiblesses de la nature ? Je veux commencer à la première occasion. Je veillerai sur tous ses pas ; j’observerai chaque moment, pour saisir celui que je cherche ; d’autant plus qu’elle ne m’épargne pas, qu’elle prend avantage de tout ce qui se présente pour me tourmenter, et qu’au fond elle ne me croit point, elle ne s’attend point à me trouver honnête. Si Clarisse est une femme, si Clarisse m’aime, je la surprendrai une fois en défaut. L’amour est un traître pour ceux qui le logent. L’amour au-dedans, Lovelace au-dehors, elle sera plus qu’une femme, ou moi bien moins qu’un homme, si je ne sors pas victorieux. à présent, Belford, tu es informé de mes desseins. Clarisse est à moi ; mais elle m’appartiendra plus encore. Quoique le mariage soit en mon pouvoir, qui me blâmera d’essayer si je ne puis être son vainqueur autrement ? Si je manque de succès, sa gloire n’en peut tirer qu’un nouveau lustre, et ma confiance sera parfaite à l’avenir. C’est alors qu’elle méritera le sacrifice que je lui ferai de ma liberté, et que tout son sexe lui devra des honneurs presque divins. Vois-tu maintenant toute la circulation de mon entreprise ? Tu dois la voir comme dans un miroir. Cependant, cabale est le mot. Que mon secret ne t’échappe pas, même en songe. Personne ne doute qu’elle ne doive être ma femme. Elle passera pour telle, lorsque je te donnerai le mot. En attendant, je ferai parade de réformation ; et si je ne puis conduire la belle à Londres, quelqu’une de nos favorites me dédommagera de cette contrainte. J’ai tout dit.